POUR APPRENDRE SEUL

M. LAVARENNE
Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure
Docteur ès Lettres
Ancien Professeur agrégé au Lycée Condorcet
Professeur à la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand


PREMIÈRES ET SECONDES LEÇONS
DE
LATIN


À L’USAGE DE TOUS LES DÉBUTANTS
ET SPÉCIALEMENT
DES ADULTES ÉTUDIANT SEULS ET DES ÉCOLIERS EN VACANCES






NOTE SUR LA PRÉSENTE ÉDITION

Cette édition de la méthode de Lavarenne a été réalisée par les bénévoles du Cercle latin de la Nouvelle-France. On trouvera le texte intégral à télécharger gratuitement sur le site cerclelatin.org.

Le Cercle latin accorde la permission de reproduire ce livre à des fins personnelles ou éducatives, en conservant toutefois la mention de sa provenance accompagnée d’un hyperlien vers le site cerclelatin.org où se trouve l’édition électronique de cet ouvrage. Le lecteur est prié de signaler toute coquille ou erreur à l’adresse suivante: contact@cerclelatin.org ou dans le forum du site.

TOUTE REPRODUCTION À DES FINS COMMERCIALES EST ABSOLUMENT INTERDITE

PREMIÈRES LEÇONS DE LATIN

AVERTISSEMENT

Je publie aujourd’hui une nouvelle tranche des leçons par correspondance que j’ai envoyées naguère, lorsque j’étais professeur de lycée, à de nombreux élèves.

Destiné à remplacer des leçons orales, le présent ouvrage s’adresse aux personnes qui sont dans l’impossibilité de suivre les cours d’un établissement d’enseignement, en raison, soit de leurs occupations (fonctionnaires, employés), soit de leur résidence (instituteurs ruraux, écoliers en vacances, etc.). On y trouvera le ton d’une conversation, et les nombreuses redites qui sont indispensables pour faire entrer les notions voulues dans la mémoire de ceux qui étudient…​

Il n’y a guère que les adultes qui puissent travailler seuls. Cependant mes leçons ont aussi rendu service, pendant les vacances, à beaucoup d’élèves de 6e et de 5e qui y ont trouvé la possibilité de faire une révision claire et commode de ce qu’ils avaient appris en classe.

J’espère que ce livre sans prétention recevra du public le même accueil favorable que mes Leçons pratiques de composition française pour les baccalauréats, brevets et concours, et que mes Leçons particulières de version latine pour les baccalauréats et licences.

PREMIÈRE LEÇON

Plutôt que d’entamer de longs propos sur les avantages du latin, commençons-en aussitôt l’étude. Aussi bien je suppose toujours mes élèves pressés, soit qu’ils aient en vue la prépa­ration d’un examen plus ou moins prochain (étude utilitaire), soit que, par curiosité plus désintéressée, ils désirent ne pas être étrangers à la langue universelle, qui, depuis de longues générations, forme une des bases de la culture intellectuelle dans le monde entier.

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*   *

Le verbe être tient une place aussi importante en latin qu’en français. Nous en apprendrons aussitôt l’indicatif présent: je suis, tu es, etc.

Sum, es, est, sumus, estis, sunt.

Remarquez que, normalement, on n’emploie pas le pronom sujet (je, tu, etc.). De même en espagnol «soy» tout seul veut dire je suis. Le latin est donc une langue économique…​

Comment faut-il prononcer? La question est assez peu importante, au fond, car les conversations en latin sont deve­nues fort rares…​ Mais enfin, on peut être amené à citer un mot, un proverbe; à un examen, on vous donne un texte à lire.

En France, on a longtemps prononcé le latin d’une manière traditionnelle, qui s’écartait certainement beaucoup de la pro­nonciation antique. On prononçait toutes les lettres, y compris les e, sur lesquels on ne met jamais d’accent en écrivant, mais qui ne sont cependant jamais muets, et on donnait à u le son o quand il est devant un m ou un n final ou suivi d’une conson­ne. On prononçait donc sum, es, etc. comme des mots fran­çais qui seraient écrits: «somme (e muet), esse, esste, sumusse, esstiss, sonte».

Eram, qui veut dire j’étais, se prononçait érame,

ae se prononçait é.

Enfin, en se prononçait ène à la fin d’un mot: carmen (chant) se prononçait: carmène; et se prononçait in, comme dans main, à l’intérieur d’un mot: patientem se prononçait passyntème.

Il est certain que les Latins ne prononçaient pas de cette manière. Grâce aux ouvrages des grammairiens de l’Anti­quité, nous savons que u se prononçait ou, comme en alle­mand, en espagnol, etc.; c se prononçait k: Cicero = Kikéro; et g, gue: gerere (porter) = guéréré. On faisait sentir toutes les lettres: patientem = pa-ti-èn’tèm'. Il n’y avait pas de j, mais des i: Janus = Ianousse; pas de v, seulement des u: silva = siloua. La plupart des latinistes ont adopté aujourd’hui cette «prononciation restituée».

Mais c’est une illusion de croire qu’en prononçant ainsi on restitue au latin son aspect phonétique véritable. Il y avait en latin autre chose de très important, c’était l’accent tonique.

En français, quand je prononce ce vers de Racine (Esther):

Une postérité d’éternelle durée,

(qui a été promise par Dieu à Abraham, comme vous vous le rappelez), je n’ânonne pas (comme font malheureusement trop d’élèves dans les classes): u-ne-pos-té-ri-té-d’é-ter-nel-le-du-rée, en donnant à toutes les syllabes la même valeur. En disant:

une postérité d'éternelle durée,

j’accentue fortement les syllabes imprimées en caractères gras, assez peu les syllabes imprimées en italiques, très peu les autres, presque pas du tout les e muets.

Si ces différences d’accentuation sont peu considérables en français, vous savez qu’en anglais, en allemand, en espa­gnol, etc., l’accent joue un rôle énorme. Déplacez l’accent d’un mot, on ne reconnaîtra plus le mot. Je me rappelle qu’au cours d’un séjour à Londres, je vins à parler théâtre avec mon hôtesse, et elle me dit son admiration pour Sère Beurne. J’avouai que je n’avais jamais entendu parler de cette ac­trice. C’est qu’elle prononçait Sarah Bernhardt avec l’accent anglais. Elle accentuait les deux premières syllabes, et «ava­lait» les deux dernières.

Les Latins, eux aussi, plaçaient dans chaque mot un accent très net. Seulement ce n’était pas, comme dans nos langues modernes, un accent d’intensité: la voix n’appuyait pas plus sur la syllabe accentuée; c’était un accent de hauteur, c’est-à-dire qu’on prononçait la syllabe accentuée sur une note plus élevée. Il paraît que certains peuples du nord de l’Europe possèdent encore, de nos jours, un accent de ce genre. En tout cas, il nous est à peu près impossible, à nous Français, de le repro­duire. D’autre part, la place de l’accent varie selon la lon­gueur, ou, comme on dit, la quantité de l’avant-dernière syllabe ou pénultième des mots: si cette avant-dernière syllabe est longue (comme par exemple a dans le mot français pâte), elle porte l’accent: patiéntem; si elle est brève (comme par exemple dans patte), l’accent recule sur l’avant-avant-dernière syllabe (ou: antépénultième): Cicero. En pratique il est souvent impossible à un débutant, et même difficile à la plupart des étudiants, de connaître la quantité des syllabes latines, par conséquent de placer correctement l’accent. On renonce donc généralement à le faire sentir, et on se borne à adopter la prononciation dite «restituée». La prononciation «tradition­nelle» est encore employée par beaucoup de personnes d’un certain âge. La lutte a été longtemps chaude entre les partisans de ces deux prononciations. Il est certain que la «resti­tuée» est plus exacte, plus savante. Mais la «traditionnelle» offrait un gros avantage, c’est de nous faire plus facilement découvrir la parenté entre les mots français et les mots latins dont ils viennent. Nous reconnaissons facilement abondance dans abundantia, prononcé abondansia; beaucoup moins faci­lement dans abounndannthia, prononciation restituée. Or, un des gros avantages de l’étude du latin est justement de nous faire mieux comprendre le sens des mots français en nous fai­sant remonter à leurs origines, neuf mots français sur dix venant du latin, comme vous le savez. Quoi qu’il en soit, puisque l’Université a finalement adopté la prononciation «restituée», conformons-nous à sa décision.

Revenons-en à nos moutons, c’est-à-dire au verbe être. Ap­prenez bien ce premier temps, et remarquez bien sa ressem­blance avec le français. La deuxième et la troisième per­sonnes du singulier: tu es, il est, sont identiques. Sunt res­semble à sont comme un frère. Et les trois autres formes ne sont pas non plus bien éloignées des françaises.

Comme vous n’êtes pas encore fatigué par ce premier effort de mémoire, apprenons encore le passé de ce verbe être:

Fui, fuisti, fuit, fuimus, fuistis, fuerunt (ou fuere).

La ressemblance avec je fus, tu fus, etc., est également apparente. Je ne reviens pas sur l’absence du sujet: j’ai déjà dit qu’elle était constante. On n’exprime le pronom sujet que lorsqu’on veut insister sur l’idée que c’est lui, et non un autre, qui agit; ou encore, par exemple, pour opposer les actions de deux personnes: Ego sum bonus, tu es malus. Vous comprenez, sans avoir besoin du dictionnaire, que cela veut dire: «Moi, je suis bon, mais toi, tu es méchant». Notez en passant que tu est le même pronom qu’en français. Quant à ego, qui signifie moi, je, vous le retrouvez dans le vilain mot égoïste, celui qui ne pense qu’à son petit moi. Ces tristes individus ne manquent malheureusement pas, par le temps qui court.

Après cette pénible constatation, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le latin, je reviens à mon passé: fui, etc.

D’abord, je vais vous annoncer une bonne nouvelle. Tandis qu’en français nous avons: 1° un passé simple (je fus); 2° un passé composé (j’ai été); 3° un passé antérieur (j’eus été), le latin ne possède qu’un seul temps pour traduire ces trois formes. Ce sera autant de moins à apprendre: il en restera toujours assez…​

Ce passé latin est généralement appelé par les grammai­riens le parfait. Comparez les mots français: imparfait, plus-que-parfait.

En regardant ce parfait, donc, vous avez certainement été frappé d’y retrouver des terminaisons que vous aviez déjà vues au présent:

mus à la première personne du pluriel (nous écrirons dé­sormais 1re pl. Ce sera autant d’économie. Aussi bien la presse nous apprend de plus en plus à employer les abrévia­tions, depuis le B.C.G. jusqu’à l’O.N.U. (1).

(1) Bacille de Calmette et Guérin, Organisation des Nations-Unies.

Ce mus a donné en français mes: nous sommes, nous fûmes.

tis à la 2e pl.: estis, fuistis. En français, nous avons de même vous êtes, vous fûtes.

nt à la 3e pl.: sunt, fuerunt. Comparez le français: sont, furent.

Nota. — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’emploierai encore, désormais, une autre abréviation. Pour: comparez, j’écrirai: Cf., abrégé de confer, traduction de comparez, en latin. Cette abréviation est très employée, notamment dans les annotations de livres classiques français et étrangers. Puisque nous faisons du latin, c’est la moindre des choses que nous profitions d’une abréviation aussi commode.

t se retrouve à la 3e sing.: est et fuit; fr.: est, fut.

Cependant, si quelques terminaisons sont identiques au présent et au parfait, elles ne le sont pas toutes. Nous avons sum et fui, es et fuisti. C’est donc que tous les temps n’ont pas exactement les mêmes terminaisons. Cf. en français: j’aime et j’aimai, nous aimons et nous aimâmes.

Le présent sum est très irrégulier: c’est la même chose dans toutes les langues.

Mais le parfait fui se conjugue absolument comme tous les parfaits sans exception. Ainsi donc, dès maintenant vous sa­vez conjuguer le parfait de n’importe quel verbe latin: c’est une affaire…​, comme on dit quelquefois.

Mais pour ne pas vous tromper, notez bien dans votre verbe quel est le radical et quelle est la terminaison. Ainsi, dans fui, votre radical est fu, et la terminaison i. A toutes les personnes vous retrouvez le radical fu, et le reste appar­tient à la terminaison. Autrement dit, vos terminaisons, au parfait, sont: i, isti, it, imus, istis, erunt (ou, beaucoup plus rarement, ere).

Si vous voulez conjuguer le parfait amavi (j’ai aimé), vous prenez le radical amav (sans l'i), et vous y ajoutez les ter­minaisons vues: i, isti, it, etc.

J’ai aimé

amavi

Tu as aimé

amavisti

Il a aimé

amavit

Nous avons aimé

amavimus

Vous avez aimé

amavistis

Ils ont aimé

amaverunt (ou amavere).

C’est le moment de noter que le parfait d’un verbe vous est toujours donné par le dictionnaire. Il sert en effet à former d’autres temps: plus-que-parfait, futur antérieur, etc. C’est donc un temps primitif, comme on dit, et il est assez souvent différent du présent. Vous l’avez vu du reste dans fui, qui ne ressemble guère à sum.

Nous allons bientôt nous arrêter, car pour une première leçon je ne veux pas vous donner de méningite…​ Mais je veux encore enrichir vos connaissances sur un point.

Le verbe être a en latin plusieurs composés, c’est-à-dire des verbes qui sont formés tout simplement d’un préfixe, auquel s’ajoute ce verbe. Par exemple:

adsum, ades…​

je suis présent.

absum, abes…​

je suis absent. Au parfait, on a afui, le b étant tombé.

desum, dees…​

je manque, je fais faut.

obsum, obes…​

je nuis, je fais obstacle.

Je souligne exprès les préfixes des mots français dont je me sers pour traduire, toujours pour vous faire ressortir les rapports entre le latin et le français, et par là même pour vous faciliter la mémoire du latin.

Donc, pour traduire, par exemple: il fait obstacle: obest; tu es absent: abes, etc.

En voilà assez pour aujourd’hui. Je pense que vous avez tout compris, et tout retenu. Pour vous en assurer vous-même, je vous invite à faire quelques exercices. Naturelle­ment, faites-les de mémoire, je veux dire sans vous reporter au texte de la leçon. Si toutefois vous constatez, au moment d’écrire, que vous ne vous rappelez plus, alors c’est que vous n’avez pas encore suffisamment la leçon dans la tête; revoyez-la. En tout cas, ne regardez le corrigé du devoir qu'après avoir fait le devoir. C’est seulement en opérant ainsi que vous tirerez de ces leçons le maximum de profit.

EXERCICES

Etant donnés les verbes étudiés dans la leçon, et les verbes suivants:

delevi

j’ai détruit,

legi

j’ai lu,

audivi

j’ai entendu,

scripsi

j’ai écrit,

Traduire en français:

Amaverunt. Deestis. Obsunt. Fuistis. Legisti. Audivere. Adest. Scripsit. Delevimus. Legistis. Scripserunt. Afuit. Delevit. Legere. Obfuit. Amavisti. Adfuistis. Abest. Dees.

Traduire en latin:

J’ai été présent. Tu as détruit. Ils ont lu. Vous faites obs­tacle. Il a écouté. Nous fûmes absents. Tu as écrit. Nous avons aimé. J’ai manqué. Il écrivit. Toi, tu as écrit, moi, j’ai lu. Je suis. Vous avez détruit. Vous manquez. Ils ont fait obstacle. Il est présent. Ils ont entendu. Nous manquons. Vous avez été absents.

DEUXIÈME LEÇON

Aujourd’hui, nous allons entamer l’étude des noms, et, par la même occasion, des pronoms, qui ne sont autre chose que les remplaçants des noms, et des adjectifs, qui sont les fidèles compagnons des noms, et s’accordent toujours avec eux, — ce qui n’est pas toujours le cas entre compagnons.

En français, une règle générale, qui souffre très peu d’ex­ceptions, veut que la terminaison d’un nom, pronom, ou adjectif, ne soit pas la même au singulier et au pluriel. Homme fait au pluriel hommes. Elle fait elles, animal, animaux.

D’autre part, le féminin diffère du masculin: âne, ânesse; beau, belle; cordial, cordiale.

Il en est de même en latin. La terminaison d’un nom n’est pas la même au singulier qu’au pluriel. Une rose se dit rosa. Des roses, rosae (prononcez rosé, si vous adoptez la pronon­ciation «traditionnelle»; rosa-é, si vous adoptez la «resti­tuée»). La terminaison d’un adjectif varie selon le genre: bon se dit bonus, bonne, bona.

Jusqu’ici, rien de nouveau. Mais rassemblez toute votre attention pour bien comprendre la suite.

En latin, les noms (pronoms, adjectifs) changent aussi leur terminaison selon leur fonction dans la phrase.

Je vous rappelle qu’un nom peut être sujet d’un verbe, ou complément direct, indirect, circonstanciel, etc. C’est cela qu’on appelle sa fonction, ou son rôle.

Donc, si, pour donner à un mot sa forme correcte, il faut savoir exactement quelle est sa fonction, une étude prélimi­naire s’impose: celle de l'analyse grammaticale.

Je ne me fais pas d’illusion sur le peu d’enthousiasme que vous pouvez ressentir pour cette étude. On garde générale­ment, des analyses faites en classe, un souvenir peu drôla­tique. Ne vous attristez pas trop d’avance, cependant. Il ne s’agit plus de répéter indéfiniment: «Nom commun, mas­culin singulier»…​ Nous n’avons à nous préoccuper que de la fonction, et cela devient, non plus une question de mémoire, mais une question d’intelligence, ce qui est tout de même un peu plus intéressant.

Comment reconnaît-on le rôle joué par un nom dans une phrase, ou, pour parler plus exactement, dans une proposition?

1° Le sujet est l’être (personne ou chose) qui est dans l’état ou qui fait l’action exprimée par le verbe. Pierre chante. Paul est couché. Jean devient sérieux.

Cela est tellement simple qu’il n’y a pas lieu d’insister. Il y a cependant des élèves qui trouvent moyen de se tromper, lorsque le sujet, au lieu de précéder le verbe, le suit, ce qui est parfois le cas: Que dit-il? — Halte, s’écria la sentinelle. Mais un peu de bon sens suffit pour éviter cette erreur.

2° Le complément d’objet est l’être (personne ou chose) qui est l’objet de l’action faite par le sujet: Je regarde ma montre. Je veille à ma santé. La nuit succède au jour.

Si l’on n’a pas besoin d’intercaler une préposition entre le verbe et le complément d’objet, on dit qu’on a affaire à un complément d’objet direct: Je regarde ma montre. Pierre mange sa soupe. J’apprends le latin.

Si, au contraire, on est obligé, pour parler correctement, d’intercaler une préposition (généralement à) entre le verbe et le complément d’objet, on dit qu’on a un complément d’objet indirect: Je veille à ma santé. La nuit succède au jour.

Ainsi, en exprimant exactement la même pensée, on peut, selon le verbe que l’on emploie, avoir soit un complément di­rect, soit un complément indirect. Par exemple: la nuit succède au jour (indirect). La nuit remplace le jour (direct). Je veille à ma santé (indirect). Je surveille ma santé (direct).

Les verbes qui s’emploient avec un complément direct sont appelés verbes transitifs. Ceux qui s’emploient avec un com­plément indirect sont appelés verbes intransitifs.

On dit souvent actif dans le sens de transitif, et neutre dans le sens de intransitif.

3° La personne ou la chose en faveur de qui on agit, par exemple à qui on donne quelque chose, pour qui on fait un acte, est un complément d’attribution: Je donne un livre à Pierre. J’étudie pour moi-même.

Il est à noter que les frontières entre le complément d’objet indirect et le complément d’attribution sont assez flottantes. Dans: Je parle à ma mère, mère semble répondre aussi bien à la définition du complément d’objet indirect (j’entretiens ma mère), qu’à celle du complément d’attribution (j’articule des paroles en faveur de ma mère).

Il ne faut pas s’étonner de ces limites imprécises. La langue est une chose vivante. Or il y a toujours dans la vie quelque chose qui échappe à une analyse absolue, à une classification mathématique. Entre la santé proprement dite et la maladie proprement dite, combien d’états douteux! Entre l’intelligence vive et la sottise avérée, que de degrés insaisissables! C’est constamment que l’on éprouve des difficultés à cataloguer les êtres vivants, les sentiments humains, etc.

Mais nous voilà en pleines réflexions philosophiques à propos d’analyse grammaticale…​ Cela prouve bien que «tout est dans tout»…​

Retenons seulement que l’on peut parfois hésiter entre l’appellation de complément indirect et de complément d’attri­bution. Et le nom choisi importe peu, s’il correspond à une compréhension intelligente de la pensée. Dans la phrase: Il crie à tue-tête, il serait inepte d’appeler complément indirect ou complément d’attribution «à tue-tête», qui indique tout bonnement la manière de crier. Mais dans Je crie à mon frère, il n’y a rien d’absurde à appeler frère soit complément l’objet indirect, soit complément d’attribution.

4° Tous les compléments qui indiquent une circonstance de l’action: temps, lieu, manière, cause, etc., etc., s’appellent compléments circonstanciels. Ils n’offrent aucune difficulté à reconnaître.

Je vins le soir à Paris pour une visite. Par le train, j’arrivai en trois heures avec facilité.

Soir est complément circonstanciel de temps. Paris, c. c. de lieu. Visite, c. c. de but. Train, c. c. de manière (ou d’instru­ment). Trois heures, c. c. de temps. Facilité, c. c. de manière.

5° Tous les compléments ne se rapportent pas au verbe. Un nom peut avoir un complément: le livre de Pierre. Pierre est complément de nom. On dit aussi: complément déterminatif.

6° Une remarque encore, et ce sera tout. Il ne faut pas con­fondre avec un complément direct l’attribut, qui marque, non pas un être qui subit l’action du sujet, mais une manière d’être du sujet. Ainsi: Ce livre est utile. Notre situation semble bonne. Il arrive fatigué. Aristide mourut pauvre. Le lion est appelé le roi des animaux.

Tous les mots en caractères gras sont des attributs.

J’insiste beaucoup sur cette question de l’analyse des fonctions, parce que là est vraiment la clé de la compréhen­sion du latin.

Puisque les noms changent de terminaison selon leur fonc­tion, il est impossible d’écrire correctement en latin si l’on n’est pas capable de reconnaître les fonctions remplies par ces mots dans la phrase française.

Inversement, si l’on ne sait pas à quelles fonctions corres­pondent les terminaisons des mots latins, il est impossible de comprendre leur sens exact dans une phrase latine.

Ainsi, ne craignons pas de répéter que la seule méthode pour apprendre rapidement le latin, c’est d’avoir avant tout des notions très nettes d'analyse grammaticale.

Sans doute, à force de traduire du latin au petit bonheur, on finit par s’accoutumer aux mots, aux tournures, et on arrive à comprendre…​, tant bien que mal…​ C’est le cas de pas mal d’élèves au bout de cinq à six ans d’études au lycée. Mais est-ce là une méthode? Non. C’est une étude livrée au hasard, à la fantaisie. C’est le système du Français qui part en Angleterre sans savoir un mot d’anglais, et qui «se débrouille» comme il peut, à force de temps…​ et parce qu’il ne fait que cela. Mais nous n’avons pas le temps…​ ni le moyen…​ d’employer ce système en latin. Et puis, si l’on considère l’étude du latin comme essentiellement éducative, c’est justement parce qu’elle doit apprendre à distinguer, à voir clair, à se rendre un compte net des valeurs de chaque mot.

N’hésitons donc pas, en résumé, à nous remettre un mo­ment à l’analyse grammaticale.

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1° La forme à laquelle se met un nom (pronom ou adjectif) sujet s’appelle le nominatif. C’est la forme sous laquelle on nomme couramment ledit nom. Ainsi la rose se dit en latin rosa. Rosa est un nominatif.

Vous remarquez que, de même que le latin n’exprime pas le pronom sujet devant un verbe, il n’emploie pas d’article, ni défini (le, la, les) ni indéfini (un, une, des), devant un nom. Rosa peut donc signifier, à lui tout seul, la rose ou une rose.

Si le sujet a un attribut, l’attribut prend évidemment la même forme; on dit: le même cas. Dans: La rose est belle, rose et belle seront tous deux au nominatif. Rosa est pulchra. (Prononcez pulcra, ch se prononce toujours comme c tout seul.)

2° La forme que l’on donne à un nom lorsqu’il est complé­ment direct s’appelle l'accusatif. L’accusatif de rosa est rosam.

J’ai aimé une rose: amavi rosam.

3° Le complément indirect et le complément d’attribution, dont nous avons signalé la similitude, prennent la forme appe­lée datif. On dit couramment: se mettent au datif. Le datif de rosa est rosae. J’ai donné de l’eau à la rose: dedi aquam rosae.

Dedi, parfait, forme déjà connue.

Aquam, complément direct, accusatif de aqua (cf. français aquatique, aquarium, etc.). Rosae, complément d’attribution, datif.

Le mot datif est dérivé du verbe qui signifie donner. C’est le cas où on met la personne à qui l’on donne quelque chose.

4° Les compléments circonstanciels se mettent à l'ablatif.

L’ablatif de rosa est rosa.

La fourmi est dans la rose: formica est in rosa.

Formica, sujet, est au nominatif.

In signifie dans, comme en anglais, en allemand, etc.

Rosa, complément circonstanciel de lieu, est à l’ablatif.

5° Le complément du nom (complément déterminatif) se met au génitif. Le génitif de rosa est rosae (même forme que le datif).

La couleur de la rose: color rosae.

6° Enfin, quand on adresse la parole à quelqu’un ou à quelque chose, on adopte une forme dite vocatif (cf. en fran­çais invoquer, invocation, etc.), qui d’ailleurs est presque tou­jours semblable au nominatif.

Le vocatif de rosa est rosa.

O rose, tu es belle: rosa, es pulchra.

Réciter de suite les six cas auxquels peut se mettre un nom s’appelle décliner ce nom. Pour des raisons que nous explique­rons plus tard, nous adopterons, pour décliner les noms, l’ordre suivant:

Nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif, ablatif.

La déclinaison de rosa est donc:

Singulier

Pluriel

Nominatif

Rosa

Rosae

Vocatif

Rosa

Rosae

Accusatif

Rosam

Rosas

Génitif

Rosae

Rosarum

Datif

Rosae

Rosis

Ablatif

Rosa

Rosis

Nom., voc., abl. se ressemblent au singulier.

Gén. et dat. aussi.

Dat. et abl. se ressemblent au pluriel.

Le nom. pl. est semblable au gén. sing.

Lorsque vous cherchez dans le dictionnaire la traduction d’un nom latin, vous trouvez toujours le nominatif et le génitif sing. Les noms qui ont le nom. en a et le gén. en ae sont dits noms de la première déclinaison.

Beaucoup d’adjectifs féminins se déclinent de la même manière. Il faut bien se rappeler qu’en latin l’adjectif s’accorde avec le nom auquel il se rapporte en genre et en nombre, comme en français, et aussi en cas.

De la première déclinaison, par exemple, sont les noms: Rosa, la rose, Aqua, l’eau, que nous avons déjà vus; Terra, la terre, Herba, l’herbe, Stella, l’étoile (cf. constellation), Ira, la colère (cf. irascible), Silva, la forêt (cf. silvestre). Tous ces mots sont du féminin. Mais il y a aussi des mots de la pre­mière déclinaison qui sont du masculin. Tels: advena, l’étran­ger, Agricola, le laboureur, Incola, l’habitant, Nauta, le matelot.

Comme adjectifs féminins, notons: bona, bonne, pulchra, belle, déjà vus tous deux, magna, grande (cf. magnanime).

Je vous conseille beaucoup d’apprendre tous les exemples que vous rencontrez au cours des leçons. Il est très précieux de connaître le sens de beaucoup de mots. Certaines personnes, qui prétendent savoir le latin, n’arrivent pas à lire un texte sans être obligées de consulter à tout moment le dictionnaire. Ce n’est pas savoir une langue que d’en connaître la gram­maire, mais d’en ignorer le vocabulaire.

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Nous nous arrêterons ici pour les noms qui, aujourd’hui, nous ont demandé beaucoup d’explications. Mais vous pouvez, sans vous fatiguer, apprendre encore deux temps du verbe être:

1° L'imparfait de l’indicatif:

eram, eras, erat, eramus, eratis, erant.

Ce temps vous offre un bon exemple des terminaisons (on dit aussi désinences) régulières de toutes les personnes:

m; s; t; mus; tis; nt. On ne les trouve pas absolument à tous les temps. Preuve: fui, fuisti. Mais ce sont les désinences de presque tous les temps des verbes actifs.

2° Le futur de l’indicatif:

ero, eris, erit, erimus, eritis, erunt.

Notez bien la 1re et la 3e pl. ero, erunt, en o et u, tandis que toutes les autres sont en i.

Voilà une leçon bien remplie. Vos exercices diront si elle a été aussi bien comprise.

EXERCICES

Décliner au singulier et au pluriel:

Magna silva, la grande forêt.

Nota. — Il est inutile d’essayer de donner une traduction française de chaque cas. Donnez simplement le mot latin.

Dites la fonction de chacun des mots en italiques dans le texte suivant, et le cas auquel vous le mettriez en latin.

Exemple: compatriote, c. dét. de expérience, génitif.

Je vous l’avoue, plus j’y réfléchis, plus je trouve que toute la philosophie se résume dans la bonne humeur. Croyez-en l’expérience d’un compatriote qui vous a quittés jeune, et qui vous revient vieux, après avoir vu des mondes assez divers. Je ne vous enseignerai pas l’art de faire fortune, ni, comme on dit vulgairement, l’art de faire son chemin; cette spécia­lité-là m’est assez étrangère.

Mais, touchant au terme de ma vie, je peux vous dire un mot d’un art où j’ai pleinement réussi, c’est l’art d’être heureux. Eh bien! pour cela, les recettes ne sont pas nombreuses; il n’y en a qu’une, à vrai dire: c’est de ne pas chercher le bonheur, c’est de poursuivre un objet désintéressé, la science, l’art, le bien de nos semblables, le service de la patrie. A part un très petit nombre d’êtres, qu’il sera possible de diminuer indéfi­niment, il n’y a pas de déshérité du bonheur: notre bonheur, sauf de rares exceptions, est entre nos mains.

Voilà le résultat de mon expérience. Je vous la livre pour ce qu’elle vaut. J’ai toujours eu le goût de la vie, j’en verrai la fin sans tristesse, car je l’ai pleinement goûtée. Et je mourrai en félicitant les jeunes, car la vie est devant eux, et la vie est une chose excellente.

Ernest Renan.

TROISIÈME LEÇON

Notre premier soin va être d’appliquer les notions que nous avons acquises au cours des deux premières leçons. Si la question de l’emploi des cas en latin est restée encore un peu imprécise dans votre esprit, elle va s’éclairer par un exemple, beaucoup mieux que par de nouvelles explications théoriques.

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Premier exemple: thème (traduction du français en latin).

«Une blanche colombe était sur la rive de la Seine. Elle aperçut dans l’eau une petite fourmi presque morte. «O colombe, s’écria l’insecte, aide-moi.» La bonne colombe sauva la fourmi.»

Je n’ai pas besoin de vous avertir que cette imitation peu élégante de la jolie fable de La Fontaine «La colombe et la fourmi» n’a aucune prétention littéraire. Il s’agit simplement de vous fournir un texte facile à traduire, ne renfermant que des mots et des expressions adaptés à vos connaissances bien rudimentaires encore. Nous essaierons de trouver plus tard des thèmes plus intéressants. Encore notre texte, pour pri­mitif qu’il soit, a-t-il un sens: c’est déjà un progrès sur les phrases qu’on pouvait déguster, dit-on, dans certains exer­cices d’anglais il y a cinquante ans: «Le chapeau de ma tante est plus petit que la barque du matelot, mais la maison du général est peinte en vert»…​ et autres de la même saveur.

Si nous examinons les uns après les autres les mots de la première phrase, nous faisons les remarques suivantes:

Une: c’est un article indéfini (un, une, des). Le latin n’en possède pas. Nous n’avons pas à le traduire.

Notons en passant que un, une, ne sont pas toujours articles indéfinis. Ils peuvent être aussi adjectifs numéraux. Ainsi quand je dis: «Dans tout mon jardin, il n’y a aujourd’hui qu'une rose», j’insiste sur le nombre; une est adj. numéral. Nous pouvons nous rendre compte par là, une fois de plus, que l’analyse des mots n’est au fond que l’analyse des idées. Considérée ainsi, l’analyse grammaticale n’est pas si insipide qu’elle paraît au premier abord; c’est un exercice d’intelligence, de discernement.

Blanche est un adjectif: il s’accordera avec le nom auquel il se rapporte, savoir: colombe.

Colombe est le sujet de était; ce nom se mettra donc au nominatif. J’ouvre mon dictionnaire au mot colombe, et j’y lis: columba, ae, f. Cela signifie: ce mot est féminin (f.); il appar­tient à la 1re déclinaison, car son nominatif est en a et son génitif en ae (columba, columbae). Je ne suis donc pas embarassé pour traduire colombe par le nominatif columba, et l’adjectif blanche: alba, ae (c’est-à-dire, encore une fois, alba au nominatif, albae au génitif), s’accordera avec le nom sing. columba: nous aurons par conséquent le nominatif alba. Alba columba.

Je n’insisterai pas sur le verbe était: erat. Il n’y a pas là de difficulté. Plus tard, les verbes nous embarrasseront sou­vent plus que les noms, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Sur. Le dictionnaire m’indique: in. Nous avions déjà vu ce mot, dans le sens de dans, qu’il a aussi.

La, article défini, ne se traduit pas plus que une, article indéfini.

Rive est un complément circonstanciel de lieu. II doit donc se mettre, normalement, à l'ablatif. Rive se dit ripa, ae, f. Sur la rive: in ripa.

De la Seine. Seine est le complément du nom rive (ou: com­plément déterminatif de rive). On mettra le mot latin (Sequana, ae) au génitif, qui est Sequanae.

Ma phrase complète sera: «Alba columba erat in ripa Sequanae».

Je continue. Elle aperçut. Nous avons vu que le pronom sujet ne se traduit pas en latin. Le parfait du verbe apercevoir, j’ai aperçu, ou j’aperçus, est adspexi. Elle, 3e pers. sing.: adspexit.

Dans. Nous le connaissons: in.

L’eau, complém. circ. de lieu, est à l'ablatif. Aqua, aquae, f. Ablatif: aqua. L' ne se traduit pas.

Une petite fourmi. Une, article indéfini, ne se traduit pas. Petite, adjectif, s’accordera avec fourmi, en nombre, genre, cas. Fourmi est le complément d’objet direct de aperçut, nous emploie­rons donc l'accusatif du mot. Fourmi = formica, ae, f. Accusatif: formicam. Par suite petite, qui se dit parva, ae, sera à l'l’accusatif parvam.

Presque est un adverbe qui modifie morte. Les adverbes sont des mots invariables, comme en français. Presque = prope. Beaucoup d’adverbes se terminent en e.

Morte est un participe passé, c’est-à-dire en somme un adjec­tif, qui se rapporte aussi à formicam et se mettra au même cas, l’accusatif. Mortua, ae. Accus.: mortuam.

Adspexit in aqua parvam formicam prope mortuam.

O colombe: Interpellation, invocation, qui se met au vocatif: O columba.

S’écria l’insecte. Attention ici! Le verbe s’écrier, qui est pronominal en français, se traduit en latin par un verbe simple. Cela ne doit pas vous étonner, si vous considérez que s’écrier (en deux mots), ou crier (en un seul) ont au fond le même sens. Aussi trouverons-nous souvent des verbes pronominaux français traduits par des verbes non prono­minaux en latin.

Je m’écriai, ou: je me suis écrié (car nous savons qu’en latin il n’y a qu’un seul temps, le parfait, pour traduire le passé simple, le passé composé et le passé antérieur français), se dit: clamavi. Vous trouvez clamavi dans le psaume si connu: De profundis clamavi ad te, Domine. («Des profondeurs de l’abîme j’ai crié vers toi, Seigneur».) Ici nous avons la 3e sing.: clamavit.

Quelle est la fonction de l’insecte? Qui est-ce qui a crié? C’est l’insecte. C’est donc le sujet du verbe, bien qu’il soit placé après le verbe. J’ai déjà signalé que cela arrivait sou­vent, et qu’il fallait bien se garder de prendre ce sujet pour un complément direct, ce qui est une faute fréquente. Insecte sera donc au nomin. L' ne se traduit pas. Bestiola.

Aide-moi. Comme nous n’avons pas encore étudié l’impé­ratif, ni les pronoms, je suis obligé de vous donner telle quelle la traduction de ces deux mots: adjuva me. Vous re­marquez en passant que me (prononcez bien ) ressemble comme deux gouttes d’eau au français me, complément direct, par exemple dans: «Il me regarde».

Après ce début, vous n’aurez aucun mal à traduire:

La bonne colombe, sujet de sauva, nom.: bona columba.

Sauva, parfait, J’ai sauvé se dit servavi. 3e pers.: servavit.

La fourmi, compl. dir. de sauva, accus.: formicam.

Récapitulons: O columba, clamavit bestiola, adjuva me. Bona columba servavit formicam.

Comme je vous demanderai, en fait d’exercice, Je traduire la fin du récit, il vous sera facile de vous rendre compte si vous avez compris la méthode. Je ne vois d’ailleurs rien là qui puisse être au-dessus de vos forces.

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Après cette application de «vieilles» connaissances, si je puis dire, apprenons du nouveau.

La deuxième déclinaison se compose de noms et d’adjectifs dont le génitif est en i. Notez bien une fois de plus que c’est le génitif qui permet de reconnaître les déclinaisons. Le mo­dèle donné, de toute antiquité, pour cette deuxième décli­naison, c’est le mot dominus, «le seigneur». Apprenez-en la déclinaison:

Singulier

Pluriel

Nominatif

Dominus

Domini

Vocatif

Domine

Domini

Accusatif

Dominum

Dominos

Génitif

Domini

Dominorum

Datif

Domino

Dominis

Ablatif

Domino

Dominis

Il y a bien du rapport entre la 1re et la 2e déclinaisons, surtout au pluriel. Le datif et l’ablatif sont tous deux en is, comme dans rosis. L’accusatif est en s: dominos, rosas. Le génitif est en rum: dominorum, rosarum. A l’accus. et au gén., seule la voyelle diffère: a dans la 1re, o dans la 2e.

Le nominatif pluriel est identique au génitif singulier: domini, rosae.

L’accusatif singulier est en m dans les deux déclinaisons: rosam, dominum.

Notez que le datif et l’ablatif sing. sont identiques dans domino, tandis que nous avons datif rosae, ablatif rosa.

Enfin, remarquez que le vocatif de dominus est domine. C’est la seule déclinaison où le vocatif n’est pas semblable au nominatif. Vous vous rappellerez d’autant mieux cette forme Domine, que la liturgie en est remplie: De profundis clamavi ad te, Domine; Domine exaudi orationem meam («Sei­gneur, écoute ma prière»); etc.

Vous trouvez peut-être que je vous cite bien souvent la liturgie. Vous allez me traiter de «clérical» et, si vos opinions sont anticléricales, et que vous aimiez les vocables énergiques, de «calotin». Veuille bien croire que mes citations litur­giques, quelles que soient d’ailleurs mes opinions sur la religion, opinions qu’il ne vous intéresse probablement pas de connaître, sont faites en dehors de tout esprit clérical. Je prends assez souvent en effet mes exemples dans la liturgie, parce que c’est le seul latin que tout le monde ait l’occasion d’entendre ou de lire à chaque instant. Même les athées assistent, par politesse, aux offices de mariage et d’enterrement. Je sais bien qu’il existe encore quelques personnes qui se croiraient déshonorées si elles mettaient le pied dans une église, même pour une des cérémoniés dont je viens de parler. Mais leur nombre est heureusement des plus restreints. Je me permets de dire «heureusement», car il y a là une étroitesse d’esprit bien singulière. Ne refusons pas d’accompagner nos amis à l’église, au temple, à la synagogue, à la mosquée. Et quelle que soit leur religion et la nôtre, inclinons-nous avec respect devant l’hommage qu’ils rendent à leur façon au mystère que nous environne, et devant leur espoir en une justice suprême, espoir peut-être vain, mais qui, en tout cas, leur donne plus de force et de sérénité pour traverser le dur désert de la vie.

Mais nous voilà encore loin du latin…​ Je me suis laissé entraîner à des considérations morales, parce que j’avais cité un passage du De Profundis…​ Je vous en citerai sans doute d’autres encore, au cours de mes leçons, et je m’en excuse d’avance; j’aime beaucoup la musique liturgique, et, tout sentiment religieux à part, encore une fois, je considère l’Office des Morts, en particulier, comme un des plus magni­fiques poèmes lyriques qui aient jamais été écrits.

D’ailleurs, rassurez-vous. Je ne m’en tiendrai pas au latin d’église, loin de là. Car cette langue, qui date du temps de la décadence de l’Empire Romain, quand ce n’est pas du Moyen-Age, est une langue corrompue déjà par les nou­veautés barbares. Nous aurons plus souvent recours à Cicéron et à César, qui parlaient si purement, si «classi­quement». Mais pour commencer, je ne puis m’adresser qu’à ce que vous pouvez connaître un peu: le latin de la messe. Il est vrai que, depuis le Concile Vatican II, beaucoup de prières sont maintenant récitées en français. Néanmoins une partie des offices reste dite en latin, et les missels continuent à renfermer beaucoup de textes latins.

Quand vous aurez appris la déclinaison de Dominus, vous saurez la 2e déclinaison, en tenant compte toutefois des remarques suivantes:

1° Certains noms et adjectifs n’ont pas us au nominatif, par exemple puer, gén. pueri, «l’enfant» (cf. puéril, puéri­culture); vir, viri, «l’homme» (cf. viril, virilité). Ces mots n’ont pas non plus e au vocatif. On décline:

Puer, puer, puerum, pueri, puero, puero. Pueri, pueri, pueros, puerorum, pueris, pueris.

Vir, vir, virum, viri, viro, viro. Viri, viri, viros, virorum, viris, viris.

2° En français, nous avons deux genres: masculin et fémi­nin. En latin, comme en allemand, etc., il y a trois genres:

masculin, féminin et neutre, c’est-à-dire ce qui n’est ni mascu­lin, ni féminin. Hâtons-nous de dire que le genre d’un nom est souvent arbitraire (c’est-à-dire sans raison plausible). Pourquoi mensa, «la table», est-elle féminin, tandis que liber, libri, «le livre», est masculin?

Beaucoup de noms de la 2e déclin, sont du neutre. Ils se ter­minent alors en um, au lieu de us. Templum, «le temple», par exemple, se décline:

Singulier

Pluriel

Nominatif

Templum

Templa

Vocatif

Templum

Templa

Accusatif

Templum

Templa

Génitif

Templi

Templorum

Datif

Templo

Templis

Ablatif

Templo

Templis

Remarquez bien cette règle absolue pour toutes les décli­naisons latines: Dans les neutres (noms, adjectifs, pronoms), le nominatif, le vocatif et l’accusatif sont toujours sem­blables. (C’est pour cela que nous les déclinons de suite.)

Et cette autre, valable aussi pour toutes les déclinaisons (sauf dans quelques rares pronoms):

Le nominatif pluriel neutre est toujours en a (et par suite le vocatif et l’accusatif).

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N’oublions pas nos verbes. Apprenons le plus-que-parfait de être: j’avais été…​

Fueram, fueras, fuerat, fueramus, fueratis, fuerant.

Vous avez tout de suite remarqué que ce temps est formé du radical de fui, savoir: fu, et de l’imparfait de être (eram, etc.).

Vous formez de la même façon le plus-que-parfait de tous les verbes. Exemples: scripsi, «j’ai écrit»; «j’avais écrit»: scripseram; «j’ai lu»: legi; «j’avais lu»: legeram, etc.

Le futur antérieur, «j’aurai été», est: fuero, fueris, fuerit, fuerimus, fueritis, fuerint.

C’est donc le futur ero, etc., ajouté au radical du parfait. Notez cependant que le futur antérieur fait à la 3e pl. fuerint, tandis que le futur fait erunt. Fuerint a l’avantage d’éviter une confusion avec fuerunt, «ils furent».

Le futur antérieur de tous les verbes se forme de même: «j’aurai écrit»: scripsero, scripseris, etc. «J’aurai lu»: legero.

Vous voilà donc déjà bien avancés dans l’étude des verbes.

EXERCICES

Décliner:

Populus, i, m, «le peuple».

Niger, nigri, «noir», adj.

Verbum, i, n, «le mot» (cf. verbeux, «qui dit beaucoup de mots»).

a) Donner l’analyse des noms (fonction seulement) du texte suivant.

b) Traduire le texte suivant en latin.

Alors un laboureur voulut tuer la colombe avec une flèche. Mais la fourmi mordit le laboureur, il ne put lancer la flèche convenablement. Ainsi la fourmi sauva la colombe.

Nota. — Voici les mots dont vous avez besoin pour traduire ce texte:

«Alors» se dit: tum. «Laboureur» (déjà vu) = agricola, ae, m. Le parfait du vb. «vouloir», «je voulus», est volui; — «tuer», infinitif, se dit occidere; — «avec» ne se traduit pas; le cas auquel vous mettrez le nom «flèche» suffira pour indiquer la fonction, et par suite le sens en latin. «Flèche» = sagitta, ae, f. «Mais»: traduisez par autem, que vous pla­cerez seulement le 2e mot de la phrase latine, après «fourmi» par conséquent. Le parfait de «mordre» est momordi.

«Ne…​ pas…​», négation, se traduit par non. Le parfait de «pouvoir» est potui. «Lancer» se dit emittere. «Convenable­ment», adverbe invariable = recte. «Ainsi» = ita.

QUATRIÈME LEÇON

Nous avons montré la dernière fois comment on traduit du français en latin. Montrons aujourd’hui comment on doit traduire du latin en français.

Je choisis naturellement, pour cette version, un texte extrê­mement facile, si facile que vous le comprendrez sans aucun effort, d’autant plus que c’est la traduction d’une fable de La Fontaine que vous avez tous apprise. Mais permettez-moi, en vue de l’avenir, d’insister justement sur ce point impor­tant: quelque facile que vous paraisse une version, ou une phrase dans une version, ne vous contentez jamais de la deviner, je veux dire d’apercevoir le sens de quelques mots, et de traduire aussitôt, sans examiner posément le cas des noms, pronoms et adjectifs, c’est-à-dire leur fonction dans la phrase, le temps, le mode, la personne des verbes. Vous vous exposeriez souvent à des contresens graves. Nous le verrons plus d’une fois au cours de ce livre. C’est pourquoi aujour­d’hui, bien que nous ayons affaire à un texte extrêmement facile, je vais néanmoins insister sur la structure gramma­ticale, et je vous engage fortement à suivre très attentivement mes explications. Peut-être aurez-vous tendance à trouver leur minutie excessive. Mais au début il convient de ne rien laisser dans l’ombre, et d’adopter une méthode absolument rigoureuse: cette lenteur du début fait gagner du temps par la suite.

De lupo et agno.

Ad claram aquam rivi lupus et agnus simul venerunt. «Turba­visti aquam meam, inquit lupus. — Non possum, respondit alter, nam sum infra te. — Turbavisti tamen, et de me verba injusta dixisti, tu aut dominus tuus. Ergo te occido.» Ita infirmi saepe sunt praeda malorum.

Le titre sollicite déjà votre attention. Si vous consultez le dictionnaire, vous trouvez au mot de: «prép. (abl.), au sujet de». Ce qui signifie: de est une préposition après laquelle on trouve toujours l’ablatif (on dit souvent aussi: qui gouverne l’ablatif). Son sens est: «au sujet de».

Nous sommes par là même fixés sur le cas de lupo et agno. Un mot terminé en o peut être bien des choses. Certains nomi­natifs de la 3e déclinaison sont en o. La 1re personne du singu­lier du futur du verbe être est en o (ero). La 1re pers. sing. du présent indic. de la plupart des verbes est en o, etc., etc. Mais puisque les deux mots qui nous occupent sont placés après une préposition qui est toujours suivie de l’ablatif, lupo et agno sont deux ablatifs. Or, l’ablatif est en o dans la 2e déclin, (dominus). Le nominatif de ces deux mots est donc lupus et agnus (comme dominus) ou lupum et agnum (comme templum). Dans cette incertitude, seul le dictionnaire peut nous fixer. Nous y trouvons en effet lupus et agnus, «loup» et «agneau», comme vous l’aviez déjà deviné.

Remarquez que mon insistance sur ces deux mots est au fond invraisemblable. D’abord parce que ce sont deux mots si simples que le plus «cancre» des latinistes les connaît au bout d’un mois de latin. Ensuite, parce que, à la première ligne de la version, nous avons précisément lupus et agnus, ce qui suffit à nous éclairer sans tant de recherches. Mais j’ai insisté exprès. Car bien souvent l’évidence ne sera pas aussi claire; et la méthode indiquée vous permettra de marcher d’un pas sûr, au lieu de «bafouiller», en cherchant seulement à deviner, sans réfléchir à la grammaire.

Ainsi notre titre est: «Au sujet du loup et de l’agneau». C’est en effet l’habitude latine. Nous nous contentons, en français moderne, d’écrire: «Le loup et l’agneau». Mais, il n’y a pas si longtemps, Jean-Jacques Rousseau intitulait un de ses ouvrages: «Emile ou de l’Education».

Il est bien entendu que nous devons traduire: «Le loup et l’agneau», et non pas calquer la tournure latine, qui serait en français lourde, suprêmement inélégante. Il faut garder à chaque langue son cachet propre, sa physionomie. Nous au­rons souvent l’occasion de revenir là-dessus.

Ad claram…​ venerunt.

Au fur et à mesure que vos yeux se portent sur les mots de la phrase que vous lisez, je veux dire au cours de la toute première lecture, et sans que vous essayiez encore de traduire rationnellement, votre esprit n’est pas sans faire, presque machinalement, quelques remarques.

Ad: ce mot latin ne doit pas vous être totalement inconnu, bien que vous ne l’ayez pas encore appris. On a dû vous le citer comme préfixe servant à former beaucoup de mots français: «adduction» d’eau (amener de l’eau vers une ville, un immeuble, etc…​); «addition» (ajouter à quelque chose), etc…​ Vous devez aussi connaître quelques proverbes latins qui ont pâssé dans la langue courante: «expédier quelqu’un ad patres», vers ses pères, c’est-à-dire «le tuer». «Argument ad hominem», qui s’adresse directement à l’homme en question. «Registre ad hoc»: registre spécial pour cela. Nous avons affaire, en somme, à une préposition qui marque la direction, le but.

Claram aquam. Nous avons certainement là l’accusatif de la 1re déclinaison. Nous connaissons aqua, «l’eau».

Rivi, comme domini, doit être un génitif sing. ou un nom. pl. de rivus.

Lupus et agnus: deux nominatifs, certainement les sujets du verbe.

Venerunt nous rappelle fuerunt, parfait de l’indicatif de sum.

Cette toute première lecture ne nous donne pas le sens de la phrase. Mais elle prépare notre traduction raisonnée, en nous permettant de voir où se trouve chacun des mots: verbe, sujet, complément, que nous allons maintenant cher­cher à prendre dans un ordre rationnel pour arriver à une traduction satisfaisante.

Quel est le premier mot qui doit nous préoccuper?

C’est le verbe.

Je répète, pour que vous reteniez bien: C’EST LE VERBE.

Pourquoi mon insistance, qui doit vous étonner? Parce que cet ordre n’est pas toujours celui qu’on adopte. On dit parfois: «Pour traduire une phrase, cherchez d’abord le sujet, c’est-à-dire le nominatif». C’est une mauvaise méthode.

Supposez par exemple la phrase: Aqua pratum impleverunt incolae. Vous voulez commencer par chercher le nominatif: est-ce aqua, pratum ou incolae?

Supposez encore: Magnum gaudium dederunt bona consilia. Quel est le nominatif? gaudium ou consilia?

C’est qu’en effet l’ablatif de rosa est également rosa. Le géni­tif sing. rosae et le nominatif plur. rosae sont semblables. De même, domini (gén. sing.) et domini (nomin. plur.). Les accusatifs neutres ont la même forme que les nominatifs et nous verrons dans d’autres déclinaisons que d’autres confusions sont possibles.

Commençons au contraire par le verbe. Impleverunt: 3e pl.: «ont rempli». Le sujet est évidemment au pluriel: c’est incolae. Il nous faut ensuite un compl. direct, c’est-à-dire un accusatif: ce ne peut être que pratum, «le pré». Aqua, qui reste, ne peut être qu’un compl. circ. à l’ablatif: «d’eau».

Dans le 2e exemple: le verbe est dederunt, parfait: «ont donné». Le sujet est donc au pluriel: bona consilia. «Les bons conseils ont donné». Le compl. direct est l’accusatif magnum gaudium: «une grande joie».

J’ai pris là des exemples enfantins. Mais quand vous aurez affaire à des textes plus difficiles, vous apprécierez davantage encore la méthode.

Revenons donc, — c’est le cas de le dire — à nos moutons.

Le verbe venerunt, en nous rappelant fuerunt, nous apparaît immédiatement comme la 3e pl. d’un parfait. Ce parfait est veni, du verbe «venir»: «vinrent».

Le sujet? Nous pourrions à la rigueur hésiter entre rivi, nom. pl. de rivus, 2e déclin., «le ruisseau», et lupus et agnus, deux nomin. sing., qui valent un pluriel. Mais rivi peut être un génitif singulier, tandis que lupus et agnus ne peuvent être que des nominatifs. C’est donc eux évidemment les sujets. «Le loup et l’agneau vinrent».

A côté du verbe, nous apercevons un mot, simul, dont la terminaison ne ressemble à rien de ce que nous avons déjà étudié jusqu’ici. Nous n’avons qu’à chercher ce mot tel quel dans le dictionnaire, où nous trouvons: simul, adv., «en­semble».

Nous trouvons de même: Ad, prép. (acc.) «vers, à».

Ad claram aquam: «vinrent ensemble à l’eau claire».

Rivi: gén. de rivus, compl. déterminatif de aquam: «à l’eau claire d’un ruisseau».

Quelques remarques encore.

Rivi pourrait être, grammaticalement, le complément de lupus aussi bien que de aquam. Car, notons-le une fois pour toutes, en latin, il n’y a pas de place fixe dans la phrase, ni pour le sujet, ni pour les compléments. Cela est très impor­tant à retenir. C’est le cas qui permet de reconnaître la fonction d’un mot, et non sa place. En français, au contraire, dans la plupart des cas, la place du mot indique sa fonction. Dans: «L’abeille aime la fleur», l’abeille est sujet et fleur, compl. direct. Dans: «La fleur aime l’abeille», fleur est sujet et abeille compl. direct. En latin, peu importe qu’on commence par fleur ou par abeille. Comme l’une est au nominatif et l’autre à l’accusatif, il n’y a pas de confusion possible.

Nous verrons cependant plus tard que le latin a certaines préférences pour la place des mots. Ce n’est pas encore le moment de nous en occuper.

J’en reviens à rivi. Il pourrait être, disais-je, complément déterminatif de lupus. Mais ici ce n’est pas la grammaire qui va nous guider, c’est le simple bon sens. «L’eau du ruisseau» offre un sens satisfaisant. «Le loup du ruisseau» serait un personnage bien bizarre.

Autre remarque.

Nous avons dit, quand nous avons donné les règles de l’emploi des cas: les compléments circonstanciels se mettent à l'ablatif. Or nous avons ici un compl. circ. de lieu: «à l’eau pure», qui est à l'accusatif. Il y a de quoi troubler nos récentes acquisitions grammaticales…​

C’est que, pour commencer, je n’ai pas voulu compliquer les questions. Certes, en règle générale, les compl. circ. se mettent à l’ablatif. Mais il y a…​ comme partout…​ des excep­tions à cette règle. Notamment celle-ci: certaines prépositions veulent après elles l’ablatif, certaines autres, l’accusatif.

Et même deux prépositions: in «dans, sur», et sub «sous», gouvernent tantôt l’ablatif, tantôt l’accusatif.

Ad veut toujours l’accusatif: de là: ad aquam.

Dernière remarque.

Si je veux chercher dans le dictionnaire le sens de claram, adjectif, je dois chercher le mot clarus.

En effet, le dictionnaire latin me donne, comme le diction­naire français, le masculin des adjectifs et, dans les adjectifs que nous avons étudiés jusqu’ici, le masculin est en us, le féminin est en a, le neutre en um.

Ex.: Clarus, clara, clarum. Bonus, bona, bonum.

Bonus se décline comme dominus, bona comme rosa, bonum comme templum.

«Le loup et l’agneau arrivèrent ensemble à l’onde pure d’un ruisseau». Que de temps, que d’explications pour tra­duire cette misérable ligne…​ Mais je vous avais prévenu que je n’avais nullement l’intention de me presser. Mon désir n’est pas de faire du cent (lignes) à l’heure, mais de vous expliquer quelque chose absolument à fond. Et vous verrez que nous regagnerons bien vite le temps passé à nous arrêter.

Je vais d’ailleurs, pour vous faire plaisir, traduire à toute allure les lignes suivantes. Pour vous faire plaisir d’abord, et surtout parce qu’elles n’offrent aucune difficulté.

Turbavisti, 2e sing. du parfait, «tu as troublé», — aquam meam, acc., compl. dir. «mon eau» (vous avez cherché dans le dictionnaire meus, mea, meum, «mon»); — inquit, 3e sing. du parf.: «dit»; — lupus, nomin., sujet: «le loup». Non possum, 1re sing. d’un verbe composé de sum, analogue à ceux que nous avons déjà étudiés: «je ne puis pas»; — respondit, 3e sing. parf.: «répondit»; alter, nom sing., sujet: «l’autre»; — nam, conjonction de coordination: «car»; — sum: «je suis»; — infra, prép. (acc.): «au-dessous de toi» (te); — te est l’accus. de tu, comme me, déjà vu, est l’accus. de ego.

Turbavisti: «tu as troublé»; — tamen: «cependant»; — et: «et»; — dixisti, 2e sing. parf. (dixi): «tu as dit»; — verba, acc. pl. neutre (verbum, verbi, 2e décl.): «des mots»; — injusta, adjectif (injustus, a, um) acc. pl. n., se rapporte à verba: «injustes»; — de: «au sujet de»; — me, ablatif de ego (forme semblable donc à l’accusatif): «moi»; — tu: «toi» (nomin., sujet); — aut: «ou»; — dominus tuus, nomin., sujet: «ton maître». — Ergo: «donc»; — te occido, verbe: «je te tue». C’est la 1re sing. présent indicatif. Nous n’avons pas encore vu cette forme, mais c’est celle que le dictionnaire vous donne (contrairement au dictionnaire français, qui vous donne l’infinitif). Vous n’avez donc pas à vous tromper.

Ita: «ainsi»; — infirmi, nom. pl. de infirmus, 2e décl., sujet: «les faibles» (cf. français: infirmes); — sunt saepe: «sont souvent»; — praeda, nominatif comme rosa. Ce ne peut être le sujet, puisque le verbe est au pluriel, et que d’ailleurs nous avons déjà pour sujet infirmi. Mais c’est un attribut: «la proie»; — malorum, gén. pl. de malus, compl. dét. du nom proie: «des méchants».

«Tu as troublé mon eau, dit le loup. — Je ne puis pas, répondit l’autre, car je suis au-dessous de toi. — Tu l’as troublée tout de même, et tu m’as calomnié, toi ou ton maî­tre. Donc, je t’étrangle. — Ainsi les faibles sont bien souvent la proie des méchants.»

Vous remarquerez que dans ma construction définitive je n’ai pas conservé exactement les tournures dont je m’étais servi pour faire ma première traduction, alors que je cher­chais le sens de chaque mot l’un après l’autre. On appelle généralement cette première traduction «traduction litté­rale», c’est-à-dire qui prend, pour ainsi dire, le texte «lettre par lettre», ou encore: «mot-à-mot». Après avoir fait un «mot-à-mot» rigoureux, pour bien comprendre à fond la pensée de l’auteur, il faut écrire finalement sa version dans un français aussi pur, aussi élégant que possible: car la version est aussi un exercice de français, et un des plus efficaces pour former le style.

Exactitude et élégance, voilà les deux qualités maîtresses d’une bonne traduction. Ce seront les vôtres, je l’espère.

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*   *

Et maintenant, un peu de nouveau. Abordons la 3e décli­naison, qui est la plus importante de toutes, c’est-à-dire celle qui a le plus de mots.

Nous prendrons pour modèle: odor, «l’odeur»; et civis, «le citoyen».

Singulier

Pluriel

Nominatif:

odor

civis

odores

cives

Vocatif:

odor

civis

odores

cives

Accusatif:

odorem

civem

odores

cives

Génitif:

odoris

civis

odorum

civium

Datif:

odori

civi

odoribus

civibus

Ablatif:

odore

cive

odoribus

civibus

Faisons, à notre habitude, quelques remarques.

Le génitif singulier est en is. Nous avons déjà dit que c’est au génitif singulier que l’on reconnaît toujours à quelle dé­clinaison un nom appartient. La forme du nominatif n’a aucune importance, elle peut être des plus variées: odor, civis, homo (l’homme), mulier (la femme), infans (le bébé), nix (la neige), etc. Mais le génitif singulier a une grande importance, non seulement parce qu’il permet de reconnaître à quelle déclinaison on a affaire, mais encore parce qu’il donne, en retranchant la terminaison is, le radical du mot, (ici: odor-, civ-) auquel on ajoutera ensuite les terminaisons de tous les autres cas.

Le vocatif est toujours semblable au nominatif. On sait que Dominus, domine, fait seul exception (et les mots qui se déclinent comme lui, naturellement). L’accusatif singulier est en m, comme rosam et dominum.

Les nominatif, vocatif, accusatif pluriels sont semblables et sont en s, comme rosas et dominos.

Le datif et l’ablatif pluriels sont semblables, comme dans rosis et dominis. Mais au lieu de is, on a ibus, terminaison devenue populaire grâce à omnibus, voiture pour tous (datif pl. de omnis, «tout»), d’où l’imitation autobus, et le mot an­glais bus tout court, par abréviation.

Le génitif pluriel est en um, comme dans rosarum et domi­norum, mais sans la syllabe supplémentaire ar ou or.

Si j’ai gardé le génitif pluriel pour la fin, c’est pour mieux y insister. C’est en effet la forme qui doit solliciter toute votre attention.

Odor, odorum. Civis, civium.

Ainsi, certains mots ont le génitif pluriel en um, d’autres en ium.

On appelle ceux qui prennent un i «mots à thème (= radical) en i». Ce sont presque exclusivement:

1° Les mots qui ont le même nombre de syllabes au nomi­natif et au génitif, par exemple: civis, civis; fortis, fortis («courageux»); mare, maris («la mer»); amabilis, ama­bilis («aimable»); etc.

On les nomme: mots parisyllabiques (du latin par, «égal»);

2° Les mots dont le radical est terminé par deux conson­nes, par exemple: mons, montis («le mont»), radical: mont-; prudens, prudentis («prudent»), radical: prudent-.

Cependant quelques «mots à thème en i» ne rentrent pas dans ces deux catégories, par exemple: mus, muris («le rat»), nix, nivis («la neige»), etc. Le dictionnaire vous ren­seigne à leur sujet.

N’oubliez pas, à tous ces mots, de donner un génitif pluriel en ium: civium, fortium, marium, amabilium, montium, pruden­tium, murium, nivium, etc.

Au contraire, des mots comme iter, itineris, n. («le chemin»), corpus, corporis, n. («le corps»), vetus, veteris, adj. ( «vieux» ), qui ne sont pas parisyllabiques et dont le radical n’est terminé que par une seule consonne, ont le génitif plu­riel en um: itinerum, corporum, veterum.

*
*   *

Et les noms neutres de la 3e déclinaison?

Ils n’ont rien de particulier.

1° Les nominatif, vocatif et accusatif sont semblables, comme dans tous les neutres: opus, opus, opus, «l’œuvre». Iter, iter, iter, «le chemin». Mare, mare, mare, «la mer».

2° Le nominatif pluriel est toujours en a. Opus, operis, nom. pl. opera. Iter, itineris, nom. pl. itinera.

A noter seulement que si le génitif pluriel est en ium, le nominatif pluriel est en ia. Mare, maris, nom. pl.: maria.

C’est simple…​ Mais cela demande tout de même à être appris. Car ce n’est pas tout de comprendre, il faut retenir.

Voilà une longue leçon. Voilà quelques grands pas de faits. Mais il faut s’assurer, par des exercices, que le chemin par­couru est bien conquis.

EXERCICES

Décliner: Homo, hominis, «homme». Avis, avis, f., «oi­seau». Caput, capitis, neutre, «tête» (cf. condamnation capitale). Urbs, urbis, f., «ville» (cf. urbain).

Analyser et traduire les verbes suivants: venero, dixerunt, dixerint, inquit, venit, veneratis, possumus, estis, defuit, aberas.

Version. De mure rustico et mure urbano.

Olim mus urbanus invitavit ad cenam rusticum murem. Cibus erat optimus. Subito autem canes non longe latraverunt, et convivae pavidi in cavum decurrerunt. Tum rusticus: «Vale, inquit, malo vivere tute in paupere casa silvae».

Vocabulaire.Mus, muris, m.: «rat». — Rusticus, a, um, adj.: «des champs». — Urbanus, a, um, adj.: «de ville». — Olim: «autrefois». — Invitavi: «j’ai invité». — Cena, ae, f.: «repas». — Cibus, i, m.: «nourriture». — Optimus, a, um: «excellent». — Subito: «tout à coup», adv. — Canis, is, m.: «chien». — Longe: «loin». — Latravi, parf.: «j’ai aboyé». — Conviva, ae, m.: «convive». — Pavidus, a, um, adj.: «effrayé». — Cavus, i, m.: «trou». — Decurri, parf.: «j’ai couru». — Tum: «alors». — Vale: «adieu». — Malo: «je préfère». — Vivere, infinitif: «vivre». — Tute, adv.: «en sécurité». — Pauper, is, adj.: «pauvre». — Casa, ae, f.: «cabane». — Silva, ae, f.: «forêt».

CINQUIÈME LEÇON

Nous avons étudié la dernière fois la troisième déclinaison. Il nous reste encore quelques remarques à faire à son sujet.

Les noms neutres à thème en i, tels que mare, maris, «la mer», qui prennent, comme nous l’avons vu, ium au génitif pluriel (marium) et ia au nominatif pluriel (maria), ont l’abla­tif singulier en i au lieu de e: ablatif de mare, maris: mari (notez que cette forme est la même que celle du datif).

Récapitulons alors la déclinaison de Mare:

Singulier

Pluriel

Nominatif:

Mare

Maria

Vocatif:

Mare

Maria

Accusatif:

Mare

Maria

Génitif:

Maris

Marium

Datif:

Mari

Maribus

Ablatif:

Mari

Maribus

Les noms neutres en al et ar, comme animal (gén. animalis), altar (gén. altaris), «l’autel», qui étaient autrefois en ale, ars (animale, altare), ont conservé l’ablatif en i: animali, altari. Ils se déclinent donc absolument comme mare. Ex.: animal, animal, animal, animalis, animali, animali. Animalia, animalia, ani­malia, animalium, animalibus, animalibus.

La 3e déclinaison comprend beaucoup d'adjectifs. On les décline naturellement comme les noms.

On en trouve qui n’ont au nominatif singulier qu’une seule forme pour le masculin, le féminin et le neutre, par exemple: vetus, gén. veteris, «vieux», dont la déclinaison, absolument régulière, sera:

Singulier

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

Vetus

Vetus

Vetus

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Veterem

Veterem

Vetus

Génitif:

Veteris

Veteris

Veteris

Datif:

Veteri

Veteri

Veteri

Ablatif:

Vetere

Vetere

Vetere

Pluriel

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

Veteres

Veteres

Vetera

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Veteres

Veteres

Vetera

Génitif:

Veterum

Veterum

Veterum

Datif:

Veteribus

Veteribus

Veteribus

Ablatif:

Veteribus

Veteribus

Veteribus

On pourrait présenter cette déclinaison sous une forme plus concentrée, si je puis dire, en évitant de répéter les formes semblables, soit:

Singulier

masculin

féminin

neutre

Nom. et voc.

Vetus

Accusatif:

Veterem

Vetus

Génitif:

Veteris

Datif:

Veteri

Ablatif:

Vetere

Pluriel

masculin

féminin

neutre

Nom., Voc., Acc.:

Veteres

Vetera

Génitif:

Veterum

Datif et Ablatif:

Veteribus

D’autres adjectifs ont une seule forme pour le féminin et le masculin, et une autre pour le neutre. Exemple: fortis, «courageux», f.: fortis; neutre: forte.

Enfin quelques-uns ont une forme pour le masculin, une pour le féminin, une pour le neutre. Ex.: acer, «vif, violent»: masc. acer; fém. acris; neut. acre.

Comme le dictionnaire vous renseigne toujours sur ces formes, il est inutile de faire un effort de mémoire à ce propos.

Les adjectifs à thème en i, qui font ium au génitif pluriel, font i à l’ablatif singulier, tout comme mari.

On aura donc, par exemple;

Singulier

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Fortis

Forte

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Fortem

Forte

Génitif:

Fortis

Datif et ablatif:

Forti

Pluriel

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Fortes

Fortia

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Fortes

Fortia

Génitif:

Fortium

Datif et ablatif:

Fortibus

Déclinaison de acer:

Singulier

masculin

féminin

neutre

Nominatif

Acer

Acris

Acre

Accusatif:

Acrem

Acre

Génitif:

Acris

Datif et ablatif:

Acri

Pluriel

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

Acres

Acria

Accusatif:

Acres

Acria

Génitif:

Acrium

Datif et ablatif:

Acribus

Déclinaison de prudens:

Singulier

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Prudens

Accusatif:

Prudentem

Prudens

Génitif:

Prudentis

Datif et ablatif:

Prudenti

Pluriel

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Prudentes

Prudentia

Accusatif:

»

»

Génitif:

Prudentium

Datif et ablatif:

Prudentibus

Je vous ai donné tous ces exemples, qui ne sont pas indispensables, et qui se ressemblent beaucoup d’ailleurs, surtout afin que vous voyiez plusieurs fois la même chose, et qu’ainsi cela se grave peu à peu dans votre mémoire.

Vous avez certainement remarqué de vous-même que le nombre des formes à apprendre n’est pas si grand qu’il paraît au premier abord, car bien des formes sont semblables. Ainsi les nominatif, vocatif et accusatif neutres sont tou­jours semblables, comme nous l’avons déjà vu. Au pluriel, les nom., voc. et acc. sont semblables aussi pour le masculin et le féminin. Le datif et l’ablatif pluriels sont également semblables.

Une dernière remarque: Quand les adjectifs comme pru­dens, prudentis (imparisyllabiques à radical terminé par deux consonnes) qualifient une personne, on trouve à leur ablatif un e au lieu d’un i: cum filio prudente: «avec un fils prudent».

Vous voyez que cet ablatif singulier de la troisième décli­naison fait beaucoup parler de lui; on rencontre un certain nombre de gens comme cela…​

En somme, dans l’étude des déclinaisons, il y a peu d’efforts d’intelligence, de compréhension, à faire. Il faut surtout rete­nir et s’exercer à appliquer ce qu’on a appris.

*
*   *

Nous avons déjà étudié tout l’indicatif du verbe être et, par la même occasion, les temps composés de l’indicatif (plus-que-parfait et futur antérieur) de tous les verbes.

Aujourd’hui nous allons terminer l’étude de ce précieux auxiliaire si important dans toutes les langues.

L'impératif présent existe en latin comme en français:

«Sois» = es; «soyez» = este.

Mais en plus le latin possède un impératif futur, qui ex­prime un ordre pour l’avenir, et qui d’ailleurs ne s’emploie guère que dans les textes de lois, où il s’agit en effet d’édicter des prescriptions pour l’avenir. Dans le verbe être, cet impé­ratif futur est: esto, estote. On trouve aussi une 3e pers. pluriel: sunto, «qu’ils soient».

Le participe présent n’existe pas dans le verbe sum. C’est une anomalie à retenir, car il existe dans tous les autres verbes.

En revanche, il y a un participe futur que nous n’avons pas en français. Le sens de ce participe futur n’est d’ailleurs pas difficile à comprendre. Le participe présent «étant» veut dire en somme: «qui est». Le participe futur: futu­rus, a, um, veut dire: «qui sera». On le traduit parfois par: «devant être». Il faut bien voir que, dans cette traduction, «devant» n’exprime aucune idée d’obligation, mais seule­ment l’idée du futur, comme quand on dit, en parlant de quelqu’un qui a annoncé sa visite: «Il doit venir», c’est-à-dire: «Il va venir».

Rien de plus facile à retenir que le mot futurus, puisqu’il a donné en français futur: «Le futur général» veut bien dire: celui «qui sera» général.

L'infinitif présent est esse. Rien à remarquer sur lui. Il existe aussi un infinitif futur qu’on traduit souvent par «devoir être», le verbe devoir indiquant seulement l’avenir, comme je l’ai dit tout à l’heure.

Cet infinitif futur n’est autre chose que le participe futur accompagné de l'infinitif présent: futurus esse. Voici un exemple qui vous fera comprendre dans quel cas on peut l’employer: «Il prétend qu’il est prêt» peut se traduire par: «Il prétend être prêt», infinitif présent. De même: «Il prétend qu’il sera prêt» peut se traduire par: «Il pré­tend devoir être prêt», infinitif futur, en latin: futurus esse paratus.

Enfin, il existe un infinitif parfait, comme en français: avoir été = fuisse. Vous reconnaissez le radical fu du par­fait fui, qui sert à former tous les temps composés, et une terminaison isse, qui ressemble beaucoup à esse. Comparez la formation du plus-que-parfait de l’indicatif: fu et l’imparfait eram: fueram.

La formation de l’infinitif parfait est la même dans tous les verbes: «avoir écrit»: scripsisse. «Avoir détruit»: delevisse, etc.

Au subjonctif, nous trouvons les mêmes temps qu’en fran­çais, savoir:

Un présent: «que je sois»: sim, sis, sit, simus, sitis, sint, dont il n’y a rien à dire.

Un imparfait: «que je fusse»: essem, esses, esset, essemus, essetis, essent. Il est formé dans tous les verbes de l’infinitif présent, auquel on ajoute purement et simplement les dési­nences des personnes: de là cet adage que je vous engage à retenir: «L’imparfait du subjonctif est le temps le plus simple à former». Ainsi, soit l’infinitif amare, «aimer»: imp. subj.: amarem. Soit le verbe velle, «vouloir»: imp. subj. vellem; etc.

Un parfait: «que j’aie été»: fuerim, fueris, fuerit, fueri­mus, fueritis, fuerint. Ce temps est absolument le même que le futur antérieur de l’indicatif, sauf à la 1re du sing., qui est fuero au futur antérieur.

Un plus-que-parfait: «que j’eusse été»: fuissem, fuisses, fuisset, fuissemus, fuissetis, fuissent. Notez que le plus-que-parfait du subjonctif se forme comme l'imp. subj., c’est-à-dire avec l’infinitif, mais cette fois l’infinitif parfait, auquel on ajoute les désinences.

Le parfait et le plus-que-parfait du subjonctif se forment de même dans tous les verbes: «Que j’aie écrit»: scripserim; «que j’eusse écrit»: scripsissem. «Que j’eusse détruit»: delevissem, etc.

C’est tout pour le verbe être.

*
*   *

Vous avez sans doute remarqué l'absence du conditionnel. En effet, le latin ne possède pas de forme spéciale pour ce mode. Pour exprimer l’idée du conditionnel, il emploie le subjonctif.

1° Le conditionnel présent, «je serais», se traduit:

a) Par le subjonctif présent, si l’hypothèse est encore réali­sable. Exemple: «Si j’étais riche un jour, je serais heureux». Phrase que d’ailleurs je ne conseille à personne de prendre au sérieux, car il est bien connu que l’argent ne fait pas le bonheur. Ce qui fait le bonheur, c’est la santé, la conscience du devoir accompli…​ et l’étude du latin…​

Si olim («un jour», adverbe) dives sim, beatus sim.

Dives, gén. divitis, 3e décl., «riche». Beatus, a, um, «heu­reux»: béatitude, béat, etc.

Remarquez de plus que, dans la proposition commençant par si, le latin emploie le même temps que dans la proposition principale. Vous avez certainement entendu des étrangers ou des enfants dire: «Si je serais…​» Le latin parle comme eux.

b) Par l'imparfait du subjonctif, si l’hypothèse n’est plus réalisable. Par exemple: «Je voudrais bien donner 100.000 fr. pour fonder une caisse des retraites en faveur des anciens banquiers tombés dans la misère. Malheureusement, je n’ai plus en poche que 3 fr. 95. A cette triste constatation, je m’écrie alors: «Si aujourd’hui j’étais riche, je serais heu­reux». Si dives essem, beatus essem: l’imparfait du subjonctif, parce qu’il s’agit, d’une supposition malheureusement con­traire à la réalité.

2° Le conditionnel passé: «j’aurais été» se traduit par le plus-que-parfait du subjonctif. Exemple: «Si j’avais été riche à ce moment-là, j’aurais été heureux». Si dives tunc fuissem, beatus fuissem.

Voilà aujourd’hui bien des connaissances à consolider. C’est ce que nous allons essayer de faire en arrêtant là nos acquisitions nouvelles et en nous attelant à quelques exercices d’application.

EXERCICES

Déclinez l’adjectif virilis, e, «viril».

Déclinez l’expression: animal magnum.

Notez bien: animal, is, n.; magnus, a, um, adj., «grand».

Traduire en français: abessem, audiverat, audiverit, audi­visset, adsit, adesset, adfuisse, aderat, aderit, ades.

Traduire en latin: je serais, il aura été, qu’il ait été, être, j’écouterais (écouter = audire), que nous eussions écouté (le parfait de audire est audivi), que vous ayez été, vous avez été présents, qu’ils soient absénts, sois présent. Tu serais déjà savant, si tu écoutais; mais ton esprit est toujours absent.

Esprit = mens, mentis, f. — Ton = tuus, a, um. — Mais = sed. — Savant = doctus, a, um. — Déjà = jam. — Toujours = semper.

SIXIÈME LEÇON

Il nous reste encore deux déclinaisons à voir. Mais elles nous donneront moins de mal que les précédentes. D’abord, parce que vous avez maintenant un peu d’entraînement. Ensuite, parce que ces deux dernières déclinaisons ont un certain rapport avec la troisième. Enfin parce qu’elles ne comprennent que des noms (en nombre d’ailleurs restreint) et pas d’adjectifs.

La quatrième déclinaison a le génitif en us: nous savons que c’est au génitif singulier que l’on reconnaît une décli­naison. Le nominatif singulier est en us pour les masculins et féminins; en u pour les neutres.

L’exemple classique de la quatrième déclinaison est manus, «la main».

Singulier

Pluriel

Nominatif:

Manus

Manus

Vocatif:

Manus

Manus

Accusatif:

Manum

Manus

Génitif:

Manus

Manuum

Datif:

Manui

Manibus

Ablatif:

Manu

Manibus

Remarquons au singulier l’accusatif en m, comme tou­jours (rosam, dominum, civem). Le datif en i, comme dans civi, mais avec un u, que nous trouvons à tous les cas du singulier sans exception. L’ablatif seulement en u.

Au pluriel, les nominatif, vocatif et accusatif semblables, les datif et ablatif aussi. Le génitif en um comme dans la 3e déclinaison, mais avec un u en plus: manuum. Les datif et ablatif sont les seules formes de toute la déclinaison sans u. Ils sont absolument les mêmes que dans civibus.

Remarquons enfin que la forme manus, à elle toute seule, peut avoir six rôles: nom., voc. ou gén. sing.; nom., voc. ou acc. pluriel. Il faudra donc «ouvrir l’œil» en face d’un mot de la 4e déclin, en us, car il peut posséder de multiples sens.

Il y a aussi quelques noms neutres, par exemple: cornu, «la corne». Cornu, cornu, cornu, cornus, cornui, cornu. — Cornua, cornua, cornua, cornuum, cornibus, cornibus.

Il n’y a rien à remarquer sur eux. Dans tous les noms neutres, nous l’avons déjà vu bien souvent, les nom. voc. et acc. sont semblables, et le pluriel nom., voc., acc. est en a.

*
*   *

Les verbes vont nous demander un peu plus d’efforts.

Nous connaissons maintenant tout le verbe être et, par son «obligeant intermédiaire», les temps dérivés du parfait dans tous les verbes: plus-que-parfait et futur antérieur de l'indi­catif; parfait et plus-que-parfait du subjonctif, parfait de l'infinitif. De fu-i, nous avons tiré: fueram, fuero, fuerim, fuissem, fuisse. De même, de delevi, «j’ai détruit», nous tirons: deleveram, delevero, deleverim, delevissem, delevisse.

Nous pouvons aussi former l'imparfait du subjonctif de n’im­porte quel verbe: c’est «le temps le plus simple à former»: infinitif + désinences; esse: essem. Delere, «détruire»: delerem, etc.

Il ne nous reste donc plus à apprendre qu’une faible partie des verbes. Nous étudierons aujourd’hui le présent et l'im­parfait de l’indicatif.

Il y a en latin quatre conjugaisons, dont les infinitifs pré­sents sont terminés respectivement en are, ēre, ĕre et ire (ē = e long; ĕ = e bref).

L’énoncé de l’infinitif présent seul suffit pour nous faire connaître si un verbe est de la 1re (are) ou de la 4e (ire). Ainsi: amare, «aimer»; cantare, «chanter». Audire, «écou­ter, entendre». Nutrire, «nourrir», etc.

Mais en ce qui concerne la 2e et la 3e, il est nécessaire de recourir aussi à l’indicatif présent. Dans la 2e conjugaison, l’indicatif présent se termine en eo, es…​ Delere, «détruire»: deleo, «je détruis», deles, «tu détruis», etc. Monere, «aver­tir»: moneo, «j’avertis», mones, «tu avertis», etc. Dans la 3e conj., le présent de l’indicatif est en o, is…​ Legere, «lire»: lego, «je lis», legis, «tu lis»…​ Cadere, «tomber»: cado, «je tombe», cadis, «tu tombes»…​

Voici l'indicatif présent de ces quatre conjugaisons:

Amo

Deleo

Lego

Audio

Amas

Deles

Legis

Audis

Amat

Delet

Legit

Audit

Amamus

Delemus

Legimus

Audimus

Amatis

Deletis

Legitis

Auditis

Amant

Delent

Legunt

Audiunt

Les terminaisons des personnes sont toujours celles que vous connaissez déjà, du moins à partir de la 2e pers. du singulier: s, t, mus, tis, nt. Pour la 1re, nous avons jusqu’ici trouvé en général m: amaveram, amaverim, amavissem. Mais nous avions aussi trouvé o au futur ero, «je serai», et par suite à tous les futurs antérieurs: amavero, «j’aurai aimé», etc.

Ce qui fait la différence entre les quatre conjugaisons, c’est donc uniquement la voyelle qui précède ces désinences per­sonnelles. Nous trouvons dans la 1re conjugaison a, dans la 2e e, dans la 3e i, sauf à la 3e du pluriel, legunt. Quant à la 4e, remarquons qu’elle est toujours semblable à la 3e, sauf qu’elle ajoute un i au radical du verbe, quand il n’y en a pas dans la terminaison. Ainsi on a: audis, audit, audimus, auditis, absolument comme legis, legit, legimus, legitis. Mais on a aud-i-o, contre lego, et aud-i-unt, contre legunt.

*
*   *

Passons à l'imparfait de l’indicatif. Il a pour syllabe carac­téristique ba. Quand j’enseignais cela à des enfants, je leur racontais que ce temps est tellement imparfait qu’on en reste…​ baba…​ Ce n’est pas très fort, mais il faut se mettre à la portée de son auditoire, et ce n’est pas toujours ce qui est le plus spirituel qui fait retenir le mieux…​

Nous avons donc:

Amabam

Delebam

Legebam

Audiebam

Amabas

Delebas

Legebas

Audiebas

Amabat

Delebat

Legebat

Audiebat

Amabamus

Delebamus

Legebamus

Audiebamus

Amabatis

Delebatis

Legebatis

Audiebatis

Amabant

Delebant

Legebant

Audiebant

Sur amabam et delebam, il n’y a rien à dire du tout.

Legere fait legebam, comme delere fait delebam. Quant à la 4e, elle suit fidèlement la 3e, avec un i en plus à la fin du radical, comme je l’ai déjà fait remarquer pour le présent.

Tout cela n’offre rien de mystérieux, ni même rien de difficile à retenir. Cependant il faut faire un certain nombre d’exercices dessus, afin de s’entraîner. Car à force de voir des formes qui sont assez près les unes des autres, on a une tendance inévitable à faire des confusions.

*
*   *

Pour terminer, parlons d’une conjugaison qui est un peu à part des quatre que nous venons de voir: c’est la troisième conjugaison mixte.

Comme le nom de mixte l’indique, il s’agit de quelque chose qui, tout en étant de la troisième, est aussi d’une autre. Vous découvrirez vous-même de quoi il s’agit, si je vous conjugue le verbe capere, «prendre», qui fait à l’indicatif présent:

Capio, capis, capit, capimus, capitis, capiunt.

Il s’agit, vous le voyez donc, de verbes de la 3e conjugaison qui se conjuguent comme ceux de la 4e. Par exemple, on a l’imparfait capiebam.

En somme, on ne s’apercevra que ces verbes sont de la 3e, que lorsqu’on aura affaire à un temps formé de l’infinitif présent, par exemple l’imparfait du subjonctif, «le temps le plus simple à former», qui sera: caperem, caperes, etc.

Prenons maintenant le temps de faire quelques exercices, pour appliquer ce que nous avons appris aujourd’hui, et aussi pour revoir ce que nous avons appris autrefois: car ce n’est pas tout d’apprendre, il faut aussi ne pas oublier. Rien ne sert de courir…​ si l’on ne retient point. Terminons sur ce proverbe à peu près.

EXERCICES

Décliner: Fructus, us, m., «le fruit» (cf. fructueux, fructifier, etc.). Genu, us, «le genou» (cf. génuflexion).

Conjuguer: le présent ind. du verbe rapere, rapio, rapis, «voler»; l’imparfait indic. du verbe fleo, fles, «pleurer».

Traduire en latin: tu nourris; vous écoutiez; il avertit; ils lisent; nous avertissions; j’aurai détruit; j’aurais aimé; il aimait; tu as aimé; ils écoutent; avoir été; tu seras présent; vous aurez été présents; que vous ayez été présents; ils ont été présents.

Thème: Un corbeau, perché sur un arbre, tenait un fromage dans (son) bec. Alors un renard, attiré (par) l’odeur: «Bonjour, cher, (lui) dit-il. Par Hercule, tu es fort joli. Si tu chantes bien aussi, tu es sans doute le plus beau des habitants de la forêt». Le sot corbeau désire montrer (sa) superbe voix et ouvre le bec. Le fromage tombe, et le renard, souriant, emporte (sa) proie aussitôt.

Note. Ne pas traduire les mots entre parenthèses.

Vocabulaire. — Corbeau: corvus, i, m. — Perché: insidens, entis, adj. — Arbre: arbor, is, f. — Tenir: tenere, eo, es. — Fromage: caseus, i, m. — Bec: rostrum, i, n. — Alors: tum. — Renard: vulpes, is, f. — Attiré: attractus, a, um. — Odeur: odor, is, m. — Bonjour: ave. — Cher: optimus, a, um. — Dit-il: inquit. — Par Hercule: Hercule. — Fort joli: formo­sissimus, a, um. — Bien: bene. — Aussi: quoque. — Sans: sine (abl.). — Doute: dubium, i, n. — Le plus beau: pulcher­rimus, a, um. — Habitant: incola, ae, m. — Forêt: silva, ae, f. — Sot: Stultus, a, um. — Désirer: cupere, io, is. — Montrer: ostendo, is. — Superbe: praeclarus, a, um. — Voix: vox, vocis, f. — Ouvrir: aperire. — Tomber: fallo, is. — Souriant: subri­dens. — Emporter: rapere, io, is. — Proie: praeda, ae, f. — Aussitôt: statim.

SEPTIÈME LEÇON

Terminons-en aujourd’hui avec les déclinaisons.

La cinquième et dernière a le génitif singulier en ei et le nominatif singulier en es. Nous prendrons pour exemple: res, «la chose».

Singulier.

Pluriel.

Nominatif:

Res

Res

Vocatif:

Res

Res

Accusatif:

Rem

Res

Génitif:

Rei

Rerum

Datif:

Rei

Rebus

Ablatif:

Re

Rebus

Vous connaissez depuis longtemps rebus. Un rébus, c’est une phrase qu’on représente «par des choses» (des images) au lieu de mots.

Au singulier, nous avons toujours l’accusatif en m, le datif en i, comme civi et manui; l’ablatif en e tout seul, comme nous avions manu, en u tout seul. Le génitif et le datif sont semblables, comme dans rosa (rosae, rosae).

Au pluriel, à noter l'e partout, notamment à rebus, alors qu’on avait manibus, civibus. A noter aussi le génitif pluriel, rerum, qui se rapproche de rosarum, dominorum, plus que de civium ou de manuum.

Le nominatif est le même au pluriel qu’au singulier.

La cinquième déclinaison renferme peu de mots, mais elle possède quelques mots qu’on trouve très fréquemment, no­tamment res et dies, «jour».

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Pour compléter l’étude des adjectifs, nous devons parler de certains changements de forme qu’on leur fait subir quand on les emploie dans des comparaisons.

En français, nous disons: «Paul est bon. Mais Pierre est encore meilleur que lui». Pour la comparaison, on emploie donc une autre forme que la forme bon. On dit que meilleur est le comparatif de bon. De même, pire est le comparatif de mauvais.

D’ordinaire, au lieu de changer le mot (bon en meilleur, mauvais en pire), on se contente de faire précéder l’adjectif du mot plus: Paul est plus savant que Pierre.

En latin, au contraire, on ajoute une terminaison à l’adjec­tif. Par exemple, «savant» se dit doctus. «Plus savant» se dit doctior. Ainsi, pour former le comparatif d’un adjectif, on ajoute ior au radical.

Si vous avez appris l’anglais, vous avez vu par exemple que «grand» se dit great, et «plus grand», greater. Si vous avez appris l’allemand, vous avez vu que «grand» se dit gross, et «plus grand», grösser. Ior en latin, er en anglais et en alle­mand, eur en français (meilleur), autant de terminaisons qui sont parentes entre elles.

L’adjectif au comparatif (doctior) est de la 3e déclinaison, comme odor. On déclinera: Doctior, doctior, doctiorem, doctioris, doctiori, doctiore; doctiores, doctiores, doctiores, doctiorum, doctioribus, doctioribus.

Au neutre, au lieu de doctior, on a doctius. Us est une ter­minaison fréquente du neutre à la 3e déclinaison. Exemples:

corpus, corporis; opus, operis, «l’œuvre»; vulnus, vulneris, «la blessure», etc.

A part le nominatif doctius, et aussi le pluriel en a (doc­tiora), le neutre se décline absolument comme le masculin et le féminin: Doctius, doctius, doctius, doctioris, doctiori, doctiore. Doctiora, doctiorum, doctioribus.

L’adjectif au comparatif suit son éternel destin d’adjectif: c’est-à-dire qu’il s’accorde toujours avec le nom auquel il se rapporte.

«Paul est plus savant que Pierre»: Paulus est doctior quam Petrus.

Au lieu de faire suivre le comparatif de quam et le cas voulu par le sens (ici le nominatif parce que Pierre est le sujet du verbe «n’est savant» sous-entendu), on peut le faire suivre de l’ablatif seul: Paulus est doctior Petro.

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S’il s’agit de comparer entre elles plus de deux personnes ou choses, par exemple dans: «Paul est le plus savant de tous les élèves», on emploie une autre forme, qu’on appelle le superlatif. Nous disons quelquefois en français: «Ce livre est superlativement ennuyeux», c’est-à-dire: «au plus haut degré».

Le superlatif est en issimus. Pour doct-us, c’est doct-issi-mus qui se décline comme bonus, a, um.

Paulus est doctissimus omnium discipulorum.

Nous avons déjà vu omnis, e, «tout». Discipulus, «élève», a donné en français disciple. «Le disciple» est le titre d’un des plus beaux romans de Paul Bourget, que je vous engage vivement à lire, si vous ne l’avez déjà lu.

Le superlatif en latin n’a pas seulement le sens de «le plus». Il peut aussi signifier: très savant, quand il est em­ployé seul. Paulus est doctissimus: «Paul est très savant».

En français, nous possédons quelques formes calquées sur ce superlatif: savantissime, illustrissime, etc. Là, le sens est «très savant, très illustre». Dans généralissime, amiralissime, le sens est: «le plus haut en grade».

Comme il n’y a pas, dit le proverbe, de règle sans excep­tions, tous les comparatifs et superlatifs ne se forment pas de la manière régulière que je viens de dire.

1° D’abord, quelques adjectifs, terminés en ius, eus, uus, n’ont pas de forme en ior pour le comparatif, ni de forme en issimus pour le superlatif. On forme alors leur comparatif, comme en français, en plaçant devant eux magis, qui signifie «plus», et leur superlatif, en plaçant devant eux maxime, qui signifie «le plus», ou «très», selon le sens de la phrase.

«Pieux»: pius. «Plus pieux»: magis pius. «Très pieux»: maxime pius.

«Escarpé»: arduus. «Plus escarpé»: magis arduus. «Très escarpé»: maxime arduus.

2° Les adjectifs terminés en er au nom. masc. sing., comme pulcher, gén. pulchri; acer, gén. acris, «vif», forment régu­lièrement leur comparatif: pulchr-ior, acr-ior. Mais, pour for­mer leur superlatif, on ajoute rimus au nom. masc.: pulcher­rimus, acerrimus.

Facilis, «facile», fait au superlatif facillimus; et diffi­cilis, difficillimus. Similis, «semblable», fait simillimus; et dissimilis, «dissemblable», dissimillimus. Gracilis, «grêle», fait gracillimus; et humilis, «humble», fait humillimus.

4° Enfin, de même qu’en français il y a fort peu de rapport entre la forme positive bon et la forme comparative meilleur, certains comparatifs latins diffèrent sensiblement de l’adjectif positif:

Bonus

fait au comparatif

melior,

et au superlatif

optimus

Malus

pejor

pessimus

Magnus

major

maximus

Parvus, «petit»

minor

minimus

Multi, «nombreux»

plures

plurimi

Propinquus, «proche»

propior

proximus

Vous retrouvez sous ces différentes formes l’origine de nombreux mots français: améliorer, optimisme, sens péjoratif (c’est-à-dire sens défavorable), pessimiste, majorité et minorité, le maximum et le minimum, la pluralité, des suffrages, la proxi­mité d’un endroit. Habituez-vous à toujours rapprocher les mots latins des mots français, votre connaissance des deux langues y gagnera.

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Passons enfin aux verbes.

De tout l'indicatif, nous n’avons plus à étudier que le futur. Il est très différent, selon qu’on a affaire aux deux pre­mières conjugaisons (amare, delere) ou aux deux dernières (legere, audire).

En effet, on a:

Amabo, «j’aimerai»

Delebo, «je détruirai»

Amabis

Delebis

Amabit

Delebit

Amabimus

Delebimus

Amabitis

Delebitis

Amabunt

Delebunt

Legam, «je lirai»

Audiam, «j’entendrai»

Leges

Audies

Leget

Audiet

Legemus

Audiemus

Legetis

Audietis

Legent

Audient

Là encore, ce ne sont pas les terminaisons qui sont diffi­ciles. Mais ce qui arrive constamment aux débutants, c’est d’attribuer à legere ou à audire (ou aux verbes qui se conju­guent comme eux) un futur en bo, ce qui constitue un horrible barbarisme.

A ce propos, il n’est peut-être pas superflu d’expliquer ce que c’est qu’un barbarisme.

Les Grecs, qui étaient très fiers de leur civilisation, avaient pour tout ce qui n’était pas grec un mépris complet. Ils appe­laient les étrangers, tous en bloc, des Barbares. Faire un barbarisme en parlant, c’est faire une faute comme un étranger pouvait en faire en parlant grec; c’est donc employer un mot qui n’existe pas en grec, — ou en latin, — ou en français.

Ceci dit, revenons à notre futur.

Amabo et delebo ont les mêmes terminaisons que ero, eris, ou que lego, legis. Ce qui est surprenant dans legam, leges, audiam, audies, c’est de voir l'a de la première personne se changer brusquement en e à partir de la 2e.

Le subjonctif présent («que j’aime», etc.) est:

Amem

Deleam

Legam

Audiam

Ames

Deleas

Legas

Audias

Amet

Deleat

Legat

Audiat

Amemus

Deleamus

Legamus

Audiamus

Ametis

Deleatis

Legatis

Audiatis

Ament

Deleant

Legant

Audiant

La voyelle caractéristique est e tout seul dans la 1re conju­gaison, a tout seul dans la 3e, et à la fois e et a (ea) dans la 2e: «e, ea, a», formule simple et commode à retenir.

Ne parlons pas de la 4e; elle «emboîte le pas» à la 3e, comme d’habitude, mais toujours avec son i supplémentaire. La 3e mixte (capere: capiam, capias) fait comme elle, natu­rellement.

Vous devez comprendre maintenant pourquoi j’ai tenu à vous présenter ensemble le futur de l’indicatif et le présent du subjonctif. C’est pour vous faire observer aussitôt les confusions qu’on peut faire entre ces deux temps, surtout dans les 3e et 4e conjugaisons. En effet, la première personne est la même au futur et au subjonctif présent: legam, audiam. Cette ressemblance fait souvent oublier la différence qui existe entre les autres personnes. On prendra par exemple legat pour un futur, alors que c’est un subjonctif, ou leget pour un subjonctif, alors que c’est un futur.

Vous voilà prévenus: «un homme averti en vaut deux…​»

Encore quelques mots la prochaine fois sur les impératifs et les formes non personnelles du verbe, c’est-à-dire celles qui ne se conjuguent pas: infinitif, etc., et nous aurons appris à la fois toutes les déclinaisons et toutes les conjugaisons en ces huit premières leçons. Il n’y aura vraiment pas à se plaindre…​ si tout est su, naturellement.

«J’en accepte l’augure et j’ose l’espérer…​»

comme dit Auguste à la fin de Cinna, — pour des vœux, il est vrai, beaucoup plus ambitieux.

EXERCICES

Décliner: dies optatus, «le jour souhaité».

Nota. Il est très important d’apprendre à associer ainsi un nom et un adjectif de deux déclinaisons différentes, pour s’habituer à bien voir les diverses terminaisons qui peuvent se trouver à un même cas. Il est évident qu’en latin on rencontre constamment, se rapportant l’un à l’autre, des mots de plusieurs déclinaisons.

2° Former le comparatif et le superlatif de: sapiens, sapientis, «sage»; — niger, nigra, nigrum, «noir»; — fortis, forte, «courageux»; — similis, e, «semblable».

3° Donner le futur indicatif de: implere, eo, es, «emplir»; et de dicere, dico, dicis, «dire».

Traduire en français: Rapies. Cantes. Cantas. Cantabas. Cantares. Raperes. Rapiebas. Cantabis. Fleas. Fles. Fleretis. Flebitis. Nutriam. Nutriat. Nutriet.

Version. — Multae puellae Romanae formosos vultus habebant. — Nec fluctuum fremitus nec ventorum impetus peritos nautas terrent. — Boni cives parent legibus. — Quercus ramos ventus movet. — Equi agros arant et plaustra trahunt. — Alta quercus in terram cecidit. — Paupertas non terret poetam. — Quiescimus libenter in umbra magnorum ramorum. — Milites victoriam semper cupiunt. — Romani constituerant sapientes leges.

Vocabulaire

Ager, agri, m. champ.

Pareo, es, obéir.

Altus, a, um, haut.

Paupertas, atis, f. pauvreté.

Aro, as, labourer.

Peritus, a, um, habile.

Cado, cadis, pf. cecidi, tomber.

Plaustrum, i, n. chariot.

Constituo, is, fonder.

Poeta, ae, m., poète.

Cupio, is, ere, désirer.

Puella, ae, f., jeune fille.

Equus, i, m., cheval.

Quercus, us, f., chêne.

Fluctus, us, m., flot.

Quiesco, is, se reposer.

Formosus, a, um, joli.

Ramus, i, m., rameau.

Fremitus, us, m., frémissement.

Romanus, a, um, romain.

Habeo, es, avoir.

Sapiens, tis, adj., sage.

Impetus, us, assaut.

Semper, adv., toujours.

Lex, legis, f., loi.

Terreo, es, terrifier.

Libenter, adv., volontiers.

Traho, is, traîner.

Miles, itis, soldat.

Umbra, ae, f., ombre.

Moveo, es, pf. movi, remuer.

Ventus, i, m., vent.

Nauta, ae, m., matelot.

Victoria, ae, f., victoire

Multi, ae, a, beaucoup de.

Vultus, us, m., visage.

Nec, nec, ni…​ ni…​

HUITIÈME LEÇON

La déclinaison des pronoms français est très irrégulière. On a, quand ils sont sujets: je, tu; et quand ils sont complé­ments: me, te; je t'aime, tu m'aimes.

Il en est de même en latin. Voici la déclinaison du pronom de la 1re personne et du pronom de la 2e personne:

Nom.

Ego, je, moi.

Nos, nous.

Tu, tu, toi.

Vos, vous.

Acc.

Me

Nos

Te

Vos

Gén.

Mei

Nostri ou nostrum

Tui

Vestri ou vestrum

Datif

Mihi

Nobis

Tibi

Vobis

Abl.

Me

Nobis

Te

Vobis

Il n’y a qu’à constater, sans essayer de l’expliquer, la grande différence qui existe entre ego et me, entre me et nos, entre tu et vos. «C’est comme ça parce que c’est comme ça». Constamment dans l’étude des langues, nous en sommes réduits à cette formule qui résume notre impuissance à expli­quer. D’ailleurs, comme nous sommes habitués à ces diffé­rences dans nos pronoms français, nous n’y faisons guère plus attention en latin.

Remarquez bien en tout cas que, au singulier, l’accusatif et l’ablatif sont semblables: me, te. C’est un point à retenir, car nous n’avons rien trouvé d’analogue jusqu’ici, si ce n’est toutefois dans la déclinaison de cornu, neutre bien rare de la 4e déclinaison.

Au pluriel, au contraire, c’est le datif et l’ablatif qui sont semblables, comme à l’ordinaire.

Les datifs nous offrent des formes bien curieuses: mihi, tibi, au singulier; nobis, vobis, au pluriel. Nous sommes loin de tout ce que nous avons appris jusqu’ici à propos de ce cas. Malgré cette étrangeté, les formes nobis et vobis sont parmi les plus connues, en raison de deux formules fréquentes dans la liturgie (j’y reviens encore!): Miserere nobis, «ayez pitié de nous», et Dominus vobiscum, «que le Seigneur soit avec vous».

A ce propos, nous pouvons noter immédiatement cette règle un peu bizarre: la préposition cum («avec») se place après les pronoms personnels, et fait corps avec eux. Par exemple, on dit en français: un «vade mecum», c’est-à-dire un objet dont on ne se sépare jamais. Vade est l’impératif du verbe vadere, «aller, venir». L’expression signifie donc: «Viens avec moi». Cum gouverne toujours l’ablatif.

Quant au génitif de ces pronoms, il est tout bonnement emprunté aux adjectifs possessifs correspondants.

Mon se dit meus, mea, meum. Notre: noster, nostra, nostrum.
Ton se dit: tuus, tua, tuum. Votre: vester, vestra, vestrum.

Mei, tui, nostri, vestri, sont les génitifs de ces adjectifs possessifs.

Vous avez remarqué qu’au pluriel il existe deux formes de génitif: nostrum, vestrum et nostri, vestri. On n’emploie pas indifféremment l’une ou l’autre. Nostrum et vestrum ne s’emploient que pour signifier: «d’entre nous», «d’entre vous». C’est ce qu’on appelle «sens partitif», où il est question de faire partie d’un ensemble. Exemple: «Le meilleur de nous», ou «d’entre nous»: optimus nostrum. Mais si l’on dit: «L’esprit est la meilleure partie de nous», ce qui signifie la meilleure partie de notre individu, et non pas la meilleure personne de notre groupe, on traduira: Mens est optima pars nostri.

Est-il utile de répéter ce que nous avons déjà dit plusieurs fois, que le pronom personnel sujet ne s’exprime normalement pas devant le verbe? «Je ris» = rideo. «Tu pleures» = fles. Ce n’est que lorsqu’on veut insister sur l’idée du sujet qu’on l’exprime: «Hier, c’était toi qui riais, et moi qui pleurais. Aujourd’hui, c’est moi qui ris, et c’est toi qui pleures». Heri tu ridebas et ego flebam. Hodie ego rideo et tu fles.

Je viens donc de répéter une règle déjà expliquée. Ce n’est pas, certes, la dernière fois que cela m’arrivera. Car il ne suffit pas de lire, ni même d’apprendre une seule fois un mot ou une règle pour la savoir. Ce n’est que par la répétition que les idées entrent dans la tête, comme le geste dans la main: «C’est en forgeant qu’on devient forgeron». — Les spécialistes de la publicité le savent bien, eux qui s’atta­chent surtout à répéter leurs réclames. — Attendez-vous donc à ce que je vous répète plusieurs fois la même chose. Remarquez qu’aujourd’hui, d’ailleurs, j’ai introduit mon «rabâchage» d’une manière discrète: «Est-il utile…​?» ce qui semblait signifier que je n’allais pas répéter. Ainsi, lorsqu’un monsieur commence par: «Je n’ai pas de conseil à vous donner…​», vous pouvez être sûr qu’il va vous donner des conseils pendant trois quarts d’heure…​

Cette vue sur les pronoms ne serait pas complète si nous n’y ajoutions l’étude du pronom réfléchi de la 3e personne.

Du pronom réfléchi seulement. Car il n’y a pas en latin de pronom personnel de la 3e personne, correspondant à nos: il, elle, le, la, lui, ils, elles, les, leur. On les remplace par un des pronoms démonstratifs dont nous parlerons dans une prochaine leçon.

Le pronom réfléchi offre beaucoup d’analogie avec le pronom de la 2e personne (tu, te, tui, tibi, te):

Accusatif:

Se

Datif:

Sibi

Génitif:

Sui

Ablatif:

Se

Naturellement, je n’ai pas donné de nominatif. Qu’est-ce en effet que le pronom réfléchi? C’est le pronom qui renvoie au sujet de la phrase, qui le «réflète» pour ainsi dire: de même qui, si vous faites tomber un rayon lumineux sur une glace, vous obtenez un autre rayon, appelé rayon réfléchi. Il ne peut pas y avoir de rayon réfléchi s’il n’y a pas d’abord un autre rayon lumineux. De même il ne peut pas y avoir de pronom réfléchi, s’il n’y a pas d’abord un sujet exprimé. Autrement dit, le pronom réfléchi, par sa nature, ne peut pas être lui-même sujet. Il n’a donc pas de nominatif.

Il est important, pour éviter des contresens, de bien se rappeler que le pronom réfléchi (sui, sibi, se) renvoie toujours au sujet de la phrase. Petrus se amat, «Pierre s’aime» (il y a beaucoup de gens comme Pierre…​)

L’adjectif possessif suus, sua, suum renvoie toujours, lui aussi, au sujet de la phrase. Pater amat liberos suos: «le père aime ses enfants». Mais je ne puis pas dire: «J’aime ses en­fants», en employant suus pour traduire ses. Car le sujet est ici: Je, et les enfants ne sont pas les miens. Je serai obligé de traduire: «les enfants de celui-ci», en me servant du génitif d’un des pronoms démonstratifs dont nous parlerons bientôt.

Notons enfin que suus s’emploie, que le possesseur soit singulier ou pluriel, c’est-à-dire qu’il peut signifier son ou leur.

On n’exprime pas l’adjectif possessif, quand le sens est déjà clair sans lui. Lavat manus: «il lave ses mains». De même en français, je dis: «J’ai mal à la tête», sans adjectif possessif, parce que même les gens les moins intelligents comprennent bien qu’il ne peut s’agir de la tête du voisin.

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Je voudrais maintenant en finir avec les verbes actifs. L'impératif présent des quatre conjugaisons est:

ama

dele

lege

audi

amate

delete

legite

audite

La 2e pers. singulier se forme directement avec l’infinitif présent, en l’amputant de sa queue, si je puis ainsi dési­gner re: opération chirurgicale qui n’offre aucun danger, ni aucune difficulté.

La 2e pers. pluriel est conforme à l’indicatif présent, c’est-à-dire que avec amatis vous avez amate; avec deletis vous avez delete; avec legitis vous avez legite; et avec auditis vous avez audite.

C’est également en vous réglant sur l’indicatif présent que vous pouvez former sans erreur l'impératif futur, dont nous avons déjà parlé à propos du verbe être:

amato

deleto

legito

audito

amatote

deletote

legitote

auditote

amanto

delento

legunto

audiunto

formes, encore une fois, très rares, sauf dans les textes de lois.

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Lorsque vous regardez un verbe latin dans un dictionnaire, vous le trouvez toujours avec les formes suivantes:

Amo, as, are, amavi, amatum (aimer)

Scribo, is, ere, scripsi, scriptum (écrire)

Rapio, is, ere, rapui, raptum (ravir), etc.

Les deux premières formes sont la 1re et la 2e pers. sing. du présent indicatif. La 3e est l’infinitif présent qui, à vrai dire, n’est utile que pour différencier la 3e conj. mixte de la 4e; car dans toutes les autres conjugaisons, l’indicatif présent suffit: amo, as; deleo, es; lego, is. La 4e est le parfait.

La 5e forme, qui nous est encore inconnue, s’appelle le supin.

Ce supin lui-même est rarement employé. On le trouve seulement dans les deux cas suivants:

1° A la place de l’infinitif, après un verbe de mouvement:

«Je vais jouer»: Eo lusum (supin de ludere).

2° Une autre forme de supin, en u, comme manu (ablatif) s’emploie également à la place de l’infinitif, après quelques adjectifs qui marquent une impression: Res mirabilis visu (supin de video, voir): «chose admirable à voir». Horribile (neutre) dictu: «chose horrible à dire». Facile factu: «chose facile à faire», etc.

Remarquez l’emploi d’un adjectif neutre pour dire: «chose».

Mais, si le supin lui-même est peu employé, il sert à former le participe passé passif qui, lui, est très employé, comme son collègue français, d’ailleurs. De amatum, supin, on tire amatus, a, um, «aimé»; de scriptum, on tire scriptus, a, um, «écrit», etc.

C’est également du supin que se tire le participe futur actif, dont nous avons déjà fait la connaissance avec futurus, «qui sera», «devant être». Nous avons: amaturus, «qui aimera», «devant aimer»; scripturus, «qui écrira», «de­vant écrire», etc.

Nous avons déjà dit aussi que ce participe futur actif, complété par esse, formait l'infinitif futur actif:

amaturus esse, «aimer dans l’avenir», «devoir aimer».

scripturus esse, «devoir écrire», etc.

Il nous reste à étudier le participe présent, qui offre une grande analogie de forme avec notre participe présent actif français:

«Aimant» se dit: amans, amantis et se décline sur prudens.

De delere, on a delens; de legere, on a legens; de audire, audiens, et capere suit naturellement la 4e: capiens, capientis.

Notons que les participes présents ont l’ablatif singulier en e, tandis que prudens fait tantôt prudente, tantôt prudenti. On a donc: legente, delente, etc. à l’ablatif singulier.

L'infinitif d’un verbe est en somme un nom. La preuve, c’est que nous lui donnons quelquefois un article: «Le man­ger, le boire». La Fontaine a même dit: «Le dormir»:

Et le financier se plaignait
Que les soins de la Providence
N’eussent pas au marché fait vendre le dormir.
Comme le manger et le boire.

En latin, l’infinitif peut être, comme en français, sujet d’un verbe: «Lire est agréable»: legere est jucundum. Dans ce cas, la forme jucundum (de jucundus, a, um) vous montre que l’infinitif est toujours considéré comme un nom neutre.

L’infinitif peut être, non seulement sujet, mais complément:

Ex.: «Le moment de lire» (lire, complément déterminatif de moment).

Le latin possède une sorte de déclinaison de l’infinitif: c’est ce qu’on nomme le gérondif du verbe.

Génitif:

Amandi

Delendi

Legendi

Audiendi

Dat. et abl.:

Amando

Delendo

Legendo

Audiendo

Ac. apr. Ad:

Amandum

Delendum

Legendum

Audiendum

Cette dernière forme sert uniquement à exprimer l’idée de pour. «Il lit pour apprendre»: Legit ad discendum (discere, o, is: nous avons déjà vu discipulus, «l’élève», celui qui apprend).

Cette forme en dum est d’autant plus curieuse que nous avons dit: «L’infinitif est considéré comme un nom neutre». Et en effet, partout ailleurs que dans cette locution ad aman­dum, on trouve l’accusatif semblable au nominatif. «Il aime apprendre»: amat discere. «Il désire voir»: cupit videre, etc.

Le génitif, le datif et l’ablatif (on dit couramment: le gérondif en di, le gérondif en do) s’emploient normalement:

«L’heure de lire»: tempus legendi. «Apte à apprendre»: aptus discendo. «Il a beaucoup appris en lisant» (= par la lecture): multum didicit (parf. de discere) legendo.

Voilà bien des connaissances à la fois sur les verbes. Il faudra donc relire attentivement cette longue leçon, et à plusieurs reprises. D’ailleurs, je ne me fais pas d’illusions vaines: avant que vous ne possédiez à fond tout ce que nous avons vu dans ces premières leçons, il faudra que nous l’ayons revu bien des fois. C’est justement ce que nous aurons l’occa­sion de faire au cours de nos lectures expliquées, au cours des versions et des thèmes. Mais j’ai voulu aller un peu vite au début, justement pour que nous puissions commencer au plus tôt ces lectures, ces traductions. Et il nous était impos­sible de les commencer, si vous ne possédiez pas les éléments de la phrase latine.

EXERCICES

Décliner: Rara avis, «l’oiseau rare». Gén.: rarae avis.

Traduire en latin: je vous vois — tu me vois — il se voit — nous nous voyons — il me donne son cheval — je te donne un cheval — je vous donne des chevaux — je suis avec vous — je ne suis pas le meilleur d’entre vous.

«Voir» = video, es. «Donner» = do, das. «Cheval» = Equus, i, m.

Traduire en latin: Bien écrire est difficile (Bien = bene). Conserve (conservare) le désir (cupido, inis, f.) d’apprendre. Le cheval est apte à courir (curro, is). Je travaille (laboro, as) pour vivre (vivo, is). Je vois une chose horrible à dire.

Donner les participes présent et futur des verbes:

Rapio, is, ere, rapui, raptum, «ravir». — Delectare, o, as, avi, atum, «charmer». — Punio, is, ivi, itum, «punir». — Fleo, es, ere, evi, etum, «pleurer». —Scribo, is, scripsi, scriptum, «écrire».

Thème: Une jeune fille se reposait à l’ombre d’un chêne élevé. Elle avait avec elle un beau (pulcher, pulchra, um) chien (canis, is, m.). Elle voyait dans les champs voisins (vicinus, a, um) des chevaux labourant la terre (terra, ae, f.). Sur la route (via, ae, f.), un berger (pastor, is, m.) avec ses agneaux (agnus, i, m.) revenait (revenio, is, ire) vers le village (vicus, i, m.).

NEUVIÈME LEÇON

J’ai le plus vif désir d’interrompre un moment notre «course en avant» dans l’étude de la grammaire, et de faire avec vous des applications de ce que nous avons appris. En retrouvant à plusieurs reprises, dans des lectures expli­quées et des thèmes, ce que nous avons vu jusqu’ici seulement une fois, vous arriverez peu à peu et sans peine à vous l’assimiler complètement.

Cependant, je dois encore, auparavant, vous signaler une déclinaison un peu spéciale: c’est celle des pronoms-adjectifs démonstratifs, qui sont très fréquemment employés.

Vous vous rappelez ce que c’est en français qu’un pronom démonstratif: celui-ci, celui-là, celle-ci, ceux-ci, etc. Les adjectifs démonstratifs sont: ce, cette, ces.

En latin, il y en a plusieurs. Je prendrai d’abord: ille, illa, illud, formes respectives du masculin, du féminin et du neutre, comme on les donne toujours quand il s’agit d’un adjectif ou d’un pronom. Pronom, ille signifie celui-là; adjectif: ce, cette. Et nous pouvons noter qu’on l’emploie pour désigner, soit un objet éloigné, soit un objet qu’on admire: ille impe­rator = «ce grand général». Voici sa déclinaison:

Singulier

Nom:

ille

illa

illud

Acc.:

illum

illam

illud

Gén.:

illius

pour les 3 genres

Datif:

illi

pour les 3 genres

Abl.:

illo

illa

illo

Pluriel

Nom:

illi

illae

illa

Acc.:

illos

illas

illa

Gén.:

illorum

illarum

illorum

Datif:

illis

pour les 3 genres

Abl.:

illis

pour les 3 genres

Au pluriel et à plusieurs cas du singulier, il n’y a rien d’autre que ce qu’on aurait si on avait affaire à un pronom illus, illa, illum, se déclinant sur bonus, bona, bonum. Les particularités sont très peu nombreuses et portent seulement sur:

1° Le nominatif singulier masculin: ille, et neutre: illud. L’accusatif neutre est naturellement semblable au nominatif, comme toujours.

2° Le génitif singulier en ius pour les trois genres.

3° Le datif singulier en i pour les trois genres.

Absolument comme ille se décline iste, ista, istud, qui signifie toujours ce, cette, mais avec une nuance de mépris, en général: iste liber, «ce mauvais livre».

Ipse, qui signifie «même», moi-même, toi-même, lui-même, etc., a également la même déclinaison, sauf que le nominatif-accusatif neutre est ipsum (pas de d).

Un peu plus compliqué est is, ea, id, qui signifie encore celui ou ce, selon les cas.

Singulier

Nom:

is

ea

id

Acc.:

eum

eam

id

Gén.:

ejus

Datif:

ei

Abl.:

eo

ea

eo

Pluriel

Nom:

ei ou ii

eae

ea

Acc.:

eos

eas

ea

Gén.:

eorum

earum

eorum

Datif:

eis ou iis

Abl.:

eis ou iis

Le pluriel est aussi normal que celui de ille; il a les dési­nences de bonus, a, um, avec un radical e. A noter seulement que devant un i dans la terminaison, l'e du radical peut être remplacé par i: nom. masc. pl.: ei ou ii; dat. et abl. pl: eis ou iis.

Au singulier, au même radical e s’ajoutent les désinences de ille: eius, ei, etc. Noter que d’ordinaire nous écrivons ejus au lieu de eius. Mais le latin ne connaissait pas la lettre j, qui est un signe inventé seulement au xvie siècle par les grammairiens pour distinguer i consonne (son que nous fai­sons entendre par exemple quand nous prononçons hier en une seule syllabe), de i voyelle (que l’on entend dans hi-er prononcé en deux syllabes).

Il n’y a donc à remarquer que le nominatif masculin is et neutre id, où nous retrouvons un d, comme dans illud et istud.

De is, avec la terminaison dem, est formé idem, eadem, idem, qui signifie «le même». Cf. les mots français: identique, identité. La déclinaison de idem est absolument celle de is, sauf au nominatif singulier, où l's de is est tombé, ainsi que le d de id: idem, idem. Mais on a: eumdem, eamdem, idem, ejusdem, eidem, eodem, eadem, eodem, etc.

Enfin nous terminerons par un pronom adjectif assez bizarre d’aspect, mais très fréquent: hic, haec, hoc, qui si­gnifie aussi «celui-là». Ne vous inquiétez pas de voir tant de démonstratifs qui signifient la même chose. En réalité, il y a des nuances assez précises entre eux. Mais nous les étudierons plus tard:

Singulier

Nom.:

hic

haec

hoc

Acc.:

hunc

hanc

hoc

Gén.:

hujus

Datif:

huic

Abl.:

hoc

hac

hoc

Pluriel

Nom:

hi

hae

haec

Acc.:

hos

has

haec

Gén.:

horum

harum

horum

Datif:

his

Abl.:

his

Il ne faut pas se laisser intimider par ce que cette décli­naison peut sembler avoir d’excentrique.

Notez d’abord qu’au pluriel on a absolument la déclinaison de ille, c’est-à-dire de bonus, avec un radical h tout seul. Seule forme à remarquer, le neutre haec. Mais cette forme est celle du féminin singulier, de même que bona, neutre pluriel, est la même forme que bona, fém. singulier.

Au singulier, c’est un peu plus compliqué, du fait d’une terminaison démonstrative c qui rappelle en somme notre ci de «celui-ci», et qu’on trouve à tous les cas, sauf au génitif hujus.

La même formation qu’au pluriel se retrouve (rad. h et désinences de bonus) à l’ablatif, mais avec le c en plus: hoc, hac, hoc et à l’accusatif: humc, hamc. Mais à cause de la présence du c, l'm a été remplacé par un n: hunc, hanc.

Ce qui est plus irrégulier, c’est la présence d’un u au génitif hujus, et au datif huic, et aussi la terminaison ae au nominatif féminin singulier: haec. L'o du neutre nominatif, hoc, n’est pas moins curieux.

C’est en somme la plus difficile des déclinaisons de pro­noms adjectifs. Il faudra donc l’apprendre soigneusement, afin de ne pas être embarrassés si vous la rencontrez.

*
*   *

Après cette petite leçon de grammaire, prenez le début des Versions.

Les premières pages ne sont pas des extraits d’auteurs latins: aucun texte ancien ne serait assez facile pour conve­nir à des débutants. Ces premières pages sont l’œuvre de latinistes français, qui ont veillé à n’employer que des mots et des tournures à la portée d’élèves ayant seulement quel­ques semaines d’études.

Nous allons commencer, conformément à une très vieille tradition, par un petit résumé de l’histoire grecque: Epitome (mot grec signifiant «résumé» et passé tel quel en latin) historiae graecae (au génitif). Ce résumé commence par quel­ques notions de mythologie. Ce n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire, car la littérature et les beaux arts sont tout imprégnés de mythologie grecque: on ne la connaît donc jamais trop bien.

Commençons donc à lire le chapitre I.

De deis et heroibus. C’est le titre. Nous avons déjà parlé de l’habitude du latin de former le titre avec le mot de (= «au sujet de») et l’ablatif. Deis est donc l’ablatif de deus, que vous pouvez chercher dans un lexique, mais que vous connaissez même sans cela: «dieux». Notez que j’écris les dieux du paganisme avec un petit d. Au contraire on met un D majuscule quand il s’agit du Dieu unique des juifs, des chrétiens, des musulmans, etc.

Heroibus. C’est évidemment un ablatif pluriel, mais dans la 3e déclinaison on ne peut pas savoir d’avance le nominatif.

Vous pouvez hésiter entre herois, comme civis, heroes, comme miles, «le soldat», etc. Le lexique vous apprendra que c’est heros, gén. herois = «demi-dieu». Ne pas confondre avec le mot français «héros», c’est-à-dire «homme très coura­geux»: vir fortissimus.

Graecia paeninsula est, quae inter Ionium et Mediterraneum et Aegaeum mare procurrit.

Cela commence par deux mots au nominatif: l’un est sujet, l’autre attribut. «La Grèce est une péninsule» (ou «pres­qu’île»). Il est inutile de vous faire remarquer une fois de plus l’absence d’article défini (la) et indéfini (une). Vous les suppléez avec votre simple «bon sens».

Quae. Voilà justement un mot que nous n’avons pas encore étudié. C’est le féminin du pronom relatif qui. Nous l’étudie­rons dès la prochaine fois.

Après le pronom relatif, qui est un sujet, nous allons cher­cher le verbe. C’est procurrit. Il est à la fin de la phrase. Rap­pelez-vous bien que, très souvent, c’est à la fin de la phrase que le latin met le verbe. Procurrit vous rappelle legit, 3e con­jugaison. Vous cherchez donc au lexique procurrere, o, is. On vous donne à choisir entre différents sens, que le verbe peut avoir selon les cas: «s’élancer, s’avancer; s’étendre, affluer, faire des progrès». Il est évident que vous ne pouvez pas dire d’une péninsule qu’elle s’élance, ni qu’elle afflue, ni qu’elle fait des progrès. Une péninsule s’étend ou s’avance.

Inter et l’accusatif = «entre».

Mare n’est pas répété devant chaque adjectif. Suppléons-le. Mare Ionium et mare Mediterraneum et mare Aegaeum, «la mer Ionienne, la mer Méditerranée et la mer Egée». Jetez un coup d’œil sur la carte pour vous remémorer quelles sont ces mers. Le neutre mare, maris, vous est déjà connu. Si vous ne vous en souvenez pas bien, profitez-en pour revoir les parti­cularités de sa déclinaison: gén. pl. marium; nom. pl. maria; abl. sing. mari.

Graeciae incolae, Graeci vel Hellenes, a Jove, ut aiunt poetae, originem trahunt.

Pour comprendre une phrase, comme je l’ai déjà dit, il faut d’abord bien voir quel en est le verbe. Ici il y en a deux: aiunt, de aio, ais, «je dis»; et trahunt, de trahere, o, is, «tirer».

Remarquons que ut aiunt poetae est entre deux virgules, et que ut signifie «comme». Il s’agit donc d’une petite propo­sition incise, c’est-à-dire enclavée dans l’autre: «comme di­sent les poètes».

Le verbe principal est donc trahunt. Le sujet sera par suite au pluriel. Ce ne sera pas Graeciae, qui a bien la forme d’un nominatif pluriel, mais qui est un nom singulier, et ne peut être alors qu’au génitif ou datif singulier. C’est incolae, «les habitants»; Graeciae, «de la Grèce». Les deux noms propres au nominatif aussi: Graeci, «les Grecs», vel, «ou», Hellenes, «les Hellènes» sont accolés en appositions à incolas.

Ainsi nous avons: «Les habitants de la Grèce, les Grecs ou Hellènes, comme disent les poètes».

Originem, accusatif, est le complément direct: «leur ori­gine» (origo, inis). Nous ajoutons leur, que le latin n’emploie pas parce que la possession est évidente.

A, préposition qui gouverne l’ablatif: «de».

Jove, ablatif de Jupiter, génitif Jovis. Notez la grande diffé­rence entre le nominatif et le génitif.

«Tirent, à ce que disent les poètes, leur origine de Jupi­ter», «descendent de Jupiter».

Je m’arrête là et je vous demande de lire seuls la fin de ce chapitre sur les dieux, soit une douzaine de lignes. Si cela vous semble un peu difficile, ne vous découragez pas, l’habi­tude viendra vite. Et surtout ne consultez pas le «corrigé» avant d’avoir fait l’effort indispensable de traduire vous-même par écrit.

EXERCICES

Lire le chapitre I: «Les dieux», et en donner la tra­duction (voir texte).

Décliner ille vir fortis, «cet homme courageux».

DIXIÈME LEÇON

Tout près de la déclinaison des pronoms adjectifs démons­tratifs, que nous avons étudiée la dernière fois, se place celle des pronoms et adjectifs relatifs, interrogatifs et indéfinis.

En français, notre pronom relatif est qui, que, dont. La forme varie selon la fonction dans la proposition

«L’homme qui apprend s’enrichit». Qui est du masculin singulier parce qu’il tient la place de homme: qui est sujet de apprend: il serait en latin au nominatif.

«Les leçons que j’apprends sont difficiles». Que est du féminin pluriel, parce qu’il tient la place de leçons; que est le complément direct de j’apprends, il serait en latin à l'accusatif.

«Le professeur dont je suis les cours est un brave père de famille». Dont est au masculin singulier parce qu’il remplace professeur; dont est le complément déterminatif du nom cours, et serait au génitif en latin, etc., etc.

Le pronom relatif latin se décline ainsi:

Singulier

Nom.:

qui

quae

quod

Acc.:

quem

quam

quod

Gén.:

cujus

Datif:

cui

Abl.:

quo

qua

quo

Pluriel

Nom.:

qui

quae

quae

Acc.:

quos

quas

quae

Gén.:

quorum

quarum

quorum

Datif:

quibus

Abl.:

quibus

Ce n’est pas très différent de ille, de hic, etc. Cependant, il y a plusieurs cas curieux: l’accusatif masculin en em, quem, tandis que nous avions illum, hunc, etc.; le féminin singulier, et par suite le neutre pluriel en ae: quae, comme haec, tandis que nous avions illa, ea, etc.; le génitif sing. en ujus: cujus, comme hujus, et le datif en ui: comme huic. Le datif ablatif pluriel en ibus, comme dans la 3e déclinaison, tandis que nous avions illis etc., comme dans la 2e.

Le pronom interrogatif: qui? que? quoi? lequel? ne diffère du relatif qu’au nominatif singulier masculin: quis et neutre: quid. Partout ailleurs, il est identique: quem, quam, quid, cujus, etc.

La plupart des pronoms indéfinis ne sont que des composés de qui ou de quis:

Aliquis, aliqua, aliquid (pronom) et aliquod (adjectif) = «quelqu’un, quelque chose» (pronom) ou «quelque» (ad­jectif).

On trouve aussi, dans le même sens, ce pronom sans ali: quis, qua, quid ou quod.

Quisque, quaeque, quidque (pronom) et quodque (adjec­tif): «chacun».

Quisquam: «quelqu’un»; quidam, quaedam, quiddam et quoddam: «un certain homme», «une certaine chose»; — quivis, quaevis, quidvis et quodvis; quilibet, quaelibet, quidlibet et quodlibet: «n’importe qui, n’importe quoi, n’importe lequel».

Lorsque, dans une interrogation, il s’agit de deux person­nes ou de deux choses, le latin n’emploie pas quis, mais un autre pronom: uter, utra, utrum, «lequel des deux?»

Uter se décline comme niger, nigra, nigrum, «noir», ou bonus, a, um, mais toujours avec le génitif en ius et le datif en i: utrius, utri.

Il existe des composés de uter, comme des composés de quis:

neuter, neutra, neutrum, «ni l’un ni l’autre»;

uterque, utraque, utrumque, «l’un et l’autre»;

alteruter, alterutra, alterutrum, «l’un ou l’autre».

Citons encore quelques pronoms-adjectifs qui, suivant cette déclinaison pronominale, ont le génitif en ius et le datif en i:

ullus et nullus, «aucun»; unus, «un seul»; solus, «seul»; totus, «tout entier».

La différence de sens entre ullus et nullus est importante à comprendre, parce que la même différence existe entre un certain nombre de mots.

Dans nullus, vous voyez un n: le mot est négatif, comme en français aucun …​ne: «Aucun citoyen n’est plus utile à son pays que celui qui élève une famille nombreuse». Nullus traduit à la fois aucun et ne.

«Y a-t-il aucun mérite à dépenser sans compter?» Ici il n’y a pas de négation; aucun = un: ullus.

La différence est la même entre unquam et nunquam:

«jamais» et «ne…​ jamais»; usquam et nusquam: «nulle part».

*
*   *

Nous avons jusqu’ici étudié seulement les verbes actifs, c’est-à-dire ceux qui expriment une action: «j’aime mes en­fants», «j’écris une lettre», «je viens», «je parle», etc.

Le verbe peut exprimer aussi une action, non pas que nous faisons, mais que nous subissons: «Je suis invité par le percep­teur à payer mes contributions». «Cette histoire était racon­tée par ma grand’mère». «Le criminel sera puni par la jus­tice».

On dit alors qu’on a affaire à un verbe passif.

En français, pour conjuguer un verbe passif, on prend le participe passé de ce verbe, et on l’ajoute au verbe être.

Exemple: écouter. Présent indicatif: actif, j’écoute; passif, je suis écouté (verbe être et participe passé).

Verbe aimer. Subjonctif présent: actif, que j’aime; passif, que je sois aimé.

Verbe admirer. Futur indicatif: actif, il admirera; passif, il sera admiré.

Remarque importante. Il ne faut pas confondre les verbes passifs avec certains verbes actifs exprimant un mouvement qui, aux temps composés, sont conjugués avec le verbe être au lieu du verbe avoir: «je suis venu, je suis allé, je suis des­cendu». Dans ce cas-là, personne ne me fait subir une action, c’est moi qui fais une action: ce sont des verbes actifs.

En latin, on forme le passif d’un verbe de deux façons bien distinctes, selon qu’il s’agit d’un temps simple ou d’un temps composé.

Débarrassons-nous tout de suite des temps composés, pour lesquels la question est particulièrement simple:

En latin, les temps composés du passif se forment comme en français, c’est-à-dire qu’on se sert du participe passé et du verbe être: «j’ai été aimé», fui amatus; j’avais été écouté», fueram auditus.

Mais en général, au lieu du temps passé du verbe être (temps composé), on emploie le temps présent (temps simple) correspondant: c’est-à-dire qu’au lieu de amatus fui, on trouve gé­néralement amatus sum; au lieu de amatus fueram, amatus eram; de amatus fuero, amatus ero; de amatus fuerim, amatus sim; de amatus fuissem, amatus essem; de amatus fuisse, amatus esse.

Cela est facile à comprendre. Puisque l’idée du passé est déjà contenue dans le participe, il est inutile de la renouveler en employant encore un temps passé. Sum amatus = «je suis ayant été aimé», par suite = «j’ai été aimé».

Cette formation des temps composés du passif étant ex­cessivement simple, il n’y a pas lieu d’y insister.

Les temps simples du passif se forment en changeant la terminaison de l’actif.

Ce n’est pas très compliqué non plus: il s’agit de bien connaître les temps actifs, et on forme automatiquement les mêmes temps du passif. Exemple:

Amo

j’aime

Amor

je suis aimé

Amas

tu aimes

Amaris

tu es aimé

Amat

il aime

Amatur

il est aimé

Amamus

nous aimons

Amamur

nous sommes aimés

Amatis

vous aimez

Amamini

vous êtes aimés

Amant

ils aiment

Amantur

ils sont aimés

Vous voyez qu’à la première personne, singulier et pluriel, la terminaison du passif est r. Ex.: «J’avertissais», mone­bam; «j’étais averti», monebar. «Je prendrai», capiam; «je serai pris», capiar. «Que nous écoutions», audiamus; «que nous soyons écoutés», audiamur; etc.

La 3e pers. singulier et pluriel se forme en ajoutant ur: «il aimait»: amabat; «il était aimé», amabatur. «Ils écou­teront», audient; «ils seront écoutés», audientur.

La 2e pers. plur. se forme en remplaçant tis par mini: «vous écoutez», auditis; «vous êtes écoutés», audimini; amabitis: amabimini; etc., etc.

La 2e pers. sing. est la seule qui offre une particularité.

En règle générale, on remplace s par ris ou (plus rare­ment) par re. «Tu aimais», amabas; «tu étais aimé», amabaris (ou amabare); «que tu aimes», ames; «que tu sois aimé», ameris (ou amere).

Mais si, à l’actif, on a la terminaison is avec un i bref, cet i se change en e.

J’ai déjà expliqué, dans la première leçon, que les voyelles latines sont tantôt brèves, tantôt longues, comme les voyelles françaises d’ailleurs: on dit une patte, avec un a bref, et une pâte, avec un a long. On dit une bette (légume) et une bête.

Il est donc aisé de comprendre qu’en latin il y ait eu aussi des syllabes longues et des syllabes brèves.

Donc je répète: si la terminaison de la 2e pers. sing. active est is avec un i bref, cet i bref se changera en e.

Or, il n’y a pas à se creuser la tête, ni à faire de grandes recherches pour savoir la longueur ou, comme on dit, la quantité des i qu’on rencontre dans la conjugaison latine. Il n’y a que deux is brefs:

1° L'is de bis, 2e pers. sing. du futur des 1re et 2e conju­gaisons: amabis, manebis. On aura donc au futur passif: «tu seras aimé», amaberis; «tu seras averti», moneberis.

2° L'i du présent de la 3e conjugaison: legis, «tu lis»; «tu es lu»: legeris; «tu prends»: capis; «tu es pris»: caperis.

En revanche, venant de audis, qui est de la 4e, on a: «tu es écouté»: audiris, car l'i est long.

Voici donc, à titre d’exemples, les quatre présents de l’indicatif passif:

amor

moneor

amaris (amare)

moneris (monere)

amatur

monetur

amamur

monemur

amamini

monemini

amantur

monentur

legor

audior

legeris (legere)

audiris (audire)

legitur

auditur

legimur

audimur

legimini

audimini

leguntur

audiuntur

Capior, caperis, capitur suit naturellement la 3e conju­gaison en ce qui concerne la 2e pers. singulier (caperis, comme legeris, tandis qu’on a audiris).

Il est absolument inutile de vous donner tous les temps, ils n’offrent rien de remarquable. Vous pouvez les former vous-même en appliquant les deux règles que je vous ai données pour les temps composés et pour les temps simples.

Les quelques remarques qu’il est nécessaire d’ajouter portent sur:

1° La 2e pers. singulier de l'impératif qui est toujours terminée en re, alors que dans les autres temps, elle est presque toujours terminée en ris. «Sois aimé»: amare; «sois averti»: monere; «sois lu»: legere; «sois écouté»: audire. Si bien qu’en définitive, l’impératif passif a la même forme que l’infinitif actif. Il faudra s’en souvenir pour ne pas se laisser tromper par cette ressemblance.

2° Les infinitifs présents: amari, moneri, legi, capi, audiri. Vous remarquez qu’ils sont tous formés en changeant re en ri, sauf dans la 3e: legi, capi,ere est remplacé par i seulement.

3° L'infinitif futur passif, formé du supin invariable et d’un infinitif passif du verbe ire, aller (verbe qu’on retrouve dans le français: j’irai). «Devoir être aimé»: amatum iri. «Devoir être écrit»: scriptum iri.

Il est très important de bien connaître la conjugaison passive en latin, pour deux raisons:

La première, c’est que, par goût, les Latins employaient le passif plus fréquemment que nous, et qu’on rencontre par conséquent beaucoup de formes passives.

La deuxième, c’est qu’il y a en latin de nombreux verbes qui ont le sens actif, mais qui se conjuguent au passif. C’est ce qu’on appelle les verbes déponents.

Par exemple, le verbe imitor, imitaris qui, comme vous le voyez, se conjugue au passif, a le sens actif: «j’imite, tu imites», etc.

Le verbe sequor, sequeris, sequitur, etc.: «je suis, tu suis, il suit»; le verbe blandior, blandiris, blanditur, etc.: «je flatte, tu flattes, il flatte», sont dans le même cas.

Il n’est donc pas exagéré de dire qu’on rencontre en latin presque autant de formes passives que de formes actives.

EXERCICES

Décliner aux trois genres du singul. et du plur.: quidam, «un certain».

Conjuguer les temps suivants du passif: futur de audire; subjonctif présent de capere; imparfait indicatif de legere; imparfait subjonctif de monere.

Thème (sur le pronom relatif). — Nota. Les numéros placés entre parenthèses à la suite des mots renvoient aux mots latins correspondants qui sont donnés à la fin du thème.

La jeune fille (1) que je vois (2) est belle (3). — La jeune fille dont je vois le visage (4) est aimée par (5) sa mère (6).

Le soldat (7) dont je parle (8) est courageux (9). — Les soldats dont j’étais le chef (10) étaient courageux. — Les animaux que je vois sont des ânes (11). — Les élè­ves (12) à qui je parle m’écoutent toujours (13).

Vocabulaire: (1) puella, ae, f. — (2) video, es. — (3) pulcher, pulchra, pulchrum. — (4) vultus, us, m. — (5) a, prép. (abl.). — (6) mater, matris, f. — (7) miles, militis, m. — (8) loquor, eris. — (9) fortis, e. — (10) dux, ducis, m. — (11) asinus, i, m. — (12) discipulus, i, m. — (13) semper, adv.

Traduire dans l'Epitome, le chapitre 2: Les déesses (voir texte).

ONZIÈME LEÇON

A partir de maintenant, c’est surtout au cours de l’expli­cation de vos devoirs que vous allez acquérir de nouvelles connaissances. Nous devons cependant continuer méthodi­quement notre étude de la grammaire.

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*   *

Il y a en latin quelques verbes irréguliers, comme dans toutes les langues. Nous avons déjà appris esse, «être», et un certain nombre de ses composés: adsum, «je suis pré­sent»; absum, «je suis absent»; desum, «je manque», «je fais défaut»; obsum, «je fais obstacle».

Notons encore: inesse, «être dans»; interesse, «être par­mi», «assister à»; praeesse, «être à la tête de», «com­mander»; superesse, «être en surplus».

Deux autres composés offrent de légères difficultés:

Prosum, «je suis utile» (cf. le français: faire du profit). Il y a simplement à remarquer que, lorsque le verbe esse commence par une voyelle, le préfixe devient prod. Exemples: infinitif présent: prodesse; à l’indic. présent: prodes, prodest, prodestis, contre prosum, prosumus, prosunt.

Imparfait: proderam, proderas, etc. Futur: prodero, pro­deris, etc.

Possum, «je peux». Dans possum, le préfixe est pot; mais le t se change en s quand le verbe être commence par un s. Ex.: au présent de l’indicatif: possum, potes, potest, possumus, potestis, possunt.

En outre, le parfait est potui, d’où potueram, potuero, etc.

Enfin, l’infinitif présent: «pouvoir», se dit posse.

EXERCICES

Traduire en latin: Tu pouvais; — il sera utile; — que nous puissions; — vous avez pu; — nous sommes utiles; — ils ont été utiles; — ils auront été utiles; — qu’ils aient été utiles; — vous aurez pu; — que vous ayez pu.

Décliner: id animal.

Version: (voir texte).

DOUZIÈME LEÇON

Continuons l’étude des quelques verbes irréguliers très fréquents qu’il est indispensable de connaître.

Prenons aujourd’hui le verbe ire, «aller», eo, is, ivi, itum. Ce verbe aller est irrégulier dans beaucoup de langues. Français: aller, je vais, j’irai. Anglais: to go, went, gone. Allemand: gehen, ging, gegangen, etc.

Le présent de l’indicatif fait: eo, is, it, imus, itis, eunt.

Ainsi, bien que le présent de l’infinitif ressemble à la 4e conjugaison, nous avons: eo, eunt.

Au subjonctif présent, on a: eam, eas, eat, eamus, eatis, eant. Imparfait de l’indicatif: ibam, ibas, ibat, etc. Futur: ibo, ibis, etc. Participe présent: iens, gén. euntis. Gérondif: eundi, do, dum.

Je ne parle ni de l’imparfait du subjonctif, «le temps le plus simple à former»: de ire, on tire irem, ires, etc., tout naturellement; ni des temps composés du parfait: iveram, ivero, iverim, ivissem; ni du participe futur iturus, composé du supin. Ils n’offrent aucune irrégularité.

Ce qu’il faut donc remarquer, c’est que:

1° Devant une consonne ou un e, on trouve un radical i:

ibam, ibo, iens, etc.

2° Devant un a, un o ou un u, on a un e: eo, eunt, eam, euntis, eundi.

En somme, ce verbe n’est pas trop compliqué. Il est utile à connaître en raison de ses nombreux composés: adire, «aller vers», «aborder quelqu’un»; abire, «s’en aller»; exire, «sortir», d’où le mot français un exeat, c’est-à-dire une «autorisation de sortie», et le mot anglo-américain: exit, «sortie»; interire, «mourir»; redire, «revenir»; transire, «passer», d’où transit et transition.

Perire, «être perdu», sert de passif à perdere.

Venire, veneo, venis, etc. sert de passif à vendere et signifie «être vendu»: ne pas le confondre avec venire, io, is, «venir».

Enfin, deux verbes rares: queo, «je peux», et nequeo, «je ne peux pas», sont également des composés de ire.

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Puisque nous parlons d’aller et de venir, c’est le moment d’étudier d’un peu près les compléments circonstanciels de lieu.

On peut en distinguer quatre sortes qui répondent aux questions suivantes:

1° «Où suis-je? où es-tu? où est-il?», etc. Dans ce pre­mier cas, le nom désigne un endroit dans lequel on se trouve. La question: «Où suis-je?» se dit en latin: ubi sum?

Le complément de lieu qui répond à la question ubi? se met normalement à l'ablatif précédé de in («dans» ou «sur») ou de sub «sous».

Sum in urbe, «je suis dans la ville».

Cela répond d’ailleurs absolument aux notions que vous possédez déjà sur l’ablatif, cas ordinaire des compléments circonstanciels.

2° «Où vais-je? où vas-tu?» etc. Il s’agit alors d’un endroit vers lequel on se dirige. En latin où? ne se traduira plus par ubi, mais par quo? quo eo? quo vadis? (de vadere, o, is, autre verbe qui signifie aussi «aller»).

«Vers» se dit ad, ainsi que nous l’avons déjà vu, et veut toujours après lui l'accusatif. «Dans» se dit toujours in, mais à la question quo? in et sub, «sous», veulent tous deux l'accusatif, comme ad.

Ainsi, selon que l’on se dirige vers un lieu, ou que l’on est déjà dans ce lieu, on emploiera d’abord un interrogatif (ad­verbe) différent (ubi, quo) et, dans la réponse, un cas différent.

Sum in urbe, «je suis dans la ville», Eo in urbem, «je vais dans la ville».

Si vous savez l’anglais, vous savez que dans cette langue on ne se sert pas non plus de la même tournure pour dire, par exemple: I am in the town, et I go to the town. On dit de même en allemand: Ich bin in dem Garten, et Ich trete in den Garten, «j’entre dans le jardin».

3° «D’où viens-tu?» Unde venis? Marquant l’éloignement, la provenance, se dit unde, et le complément de lieu, dans ce cas, se met à l'ablatif, qui est naturel, car l’ablatif est par définition le cas de l'éloignement. Quand on éloigne de vous, pur une opération chirurgicale…​ toujours regrettable…​ un de vos membres, on dit qu’on procède à l'ablation de ce membre.

«Je sors de la ville»: exeo ex urbe. «Je m’éloigne de la ville»: discedo ab urbe. La différence entre ex et ab (a devant une consonne, ab devant une voyelle), c’est que ex indique qu’on sort d’un lieu, et ab qu’on s’éloigne d’un lieu dans lequel on n’était pas.

4° «Par où passes-tu?» Qua transis? (de transire). Le lieu par où l’on passe se met souvent à l'ablatif, comme il sied en général à un complément circonstanciel. D’autres fois, on se sert de per = «à travers», préposition qui veut après elle l'accusatif. «Il passe par la Voie Sacrée» (rue fameuse de Rome), Iter facit Via Sacra (abl.). «Il passe par la ville», transit per urbem (acc. avec per).

*
*   *

Ces «questions de lieu», comme on a l’habitude de les désigner dans les grammaires, ne sont pas en somme bien difficiles à comprendre. Mais elles offrent quelques petites complications accessoires.

1° Les adverbes «ici», «là», diffèrent selon les questions, de même que l’adverbe où, que nous avons déjà vu.

Nous avons plusieurs pronoms-adjectifs démonstratifs pour dire celui-ci, celui-là. De même il y a plusieurs adverbes pour dire ici, là, et ces adverbes sont dérivés de chaque démonstratif.

Nous avons à la question:

Venant de:

Ubi

Quo

Unde

Qua

Is

Ibi

Eo

Inde

Ea

Hic

Hic

Huc

Hinc

Hac

Ille

Illic

Illuc

Illinc

Illac

Iste

Istic

Istuc

Istinc

Istac

Notez: partout un i à la question ubi; uc à la question quo, sauf pour eo; in à la question unde; a à la question qua. Pour cette dernière question, à côté de ea, hac, etc., il faut sous-entendre via (abl.): chemin. Ea via = «par ce che­min-ci», etc.

Pour eo, qui diffère de huc, illuc, istuc, retenez l’exemple: Quo vadis? «Où vas-tu?», exemple facile à retenir, à cause du titre du fameux roman, et retenez la réponse: eo eo = «je vais là»: deux fois de suite eo, mais le 1er est le verbe et le 2e un adverbe.

2° Ce n’est pas tout. Il faut encore observer que, devant les noms de ville, on ne met pas de préposition, sauf per.

Question ubi: «Je suis à Athènes», sum Athenis, abl. de Athenae, arum, nom pluriel. «Je suis à Avignon», Avenione; «à Carthage», Carthagine.

Question quo: «Je vais à Rome», eo Romam; «à Lyon», Lugdunum.

Question unde: «Je reviens de Carthage, de Rome»: Redeo Carthagine, Roma.

3° A la question ubi, les noms de villes de la 1re et de la 3e déclinaison du singulier, au lieu de se mettre à l’ablatif, se mettent à un vieux cas, disparu partout ailleurs, qu’on appe­lait le locatif et qui se confond pratiquement avec le génitif.

On dit donc: «Je suis à Rome», sum Romae; «à Lyon», Lugduni (de Lugdunum).

Mais notez bien que cette règle n’est valable que pour les villes des 1re et 2e déclinaisons qui sont du singulier. Nous avons vu tout à l’heure Athenis, à l’ablatif, parce que Athenae, arum, est de la 1re déclinaison, mais du pluriel.

4° Quelques noms communs ont conservé eux aussi le «lo­catif» en question. Ce sont les mots: domi, «à la maison»; humi, «à terre»; ruri, «à la campagne». Ruri vient de rus, ruris, de la 3e déclinaison: ruri n’est donc pas un génitif.

Ces trois noms, suivant encore l’exemple des noms de ville, ne prennent pas de préposition. Eo domum, «je vais à la maison». (Cf. anglais: home; allemand: heim). «Je vais à la campagne»: eo rus (acc.). Redeo domo (abl.), «je reviens de la maison», question unde.

Les questions de lieu sont généralement l’occasion d’erreurs nombreuses de la part des élèves. J’espère que pour votre part, après avoir soigneusement «potassé» cette leçon, vous n’en commettrez jamais…​

EXERCICES

Donner les comparatifs et superlatifs des adjectifs sui­vants: doctus, savant; — acer, acris, acre, vif; — bonus, bon; — praecipuus, principal, essentiel; — similis, semblable.

Traduire en latin: Je suis allé; — tu iras; — il sortait (exire); — va; — qu’il sorte; — nous irions; — il était revenu (redire); — vous avez abordé (adire); — je vois (video) des enfants (puer, i) allant à l’école (schola, ae, f.); — devoir aller.

Version: (voir texte).

Thème. — Les douze travaux qu’Hercule a faits sont très célèbres. Nous parlons encore maintenant des écuries d’Augias, qu’il nettoya. Ces écuries étaient pleines du fumier de nombreuses vaches. Aucun homme n’avait pu les nettoyer. Mais Hercule dériva un fleuve, qui fit l’ouvrage seul.

Nota. Avant de donner la traduction, donner la fonction et le cas des noms, pronoms et adjectifs.

Les mots employés dans ce thème sont ceux de la version indiquée dans la dernière leçon, sauf les suivants: parler = loqui, loquor, eris, locutus sum. Encore maintenant = etiam nunc. Plein: plenus, a, um. Fumier: Stercus, oris, n. Vache: vacca, ae, f. Fleuve: flumen, inis, n.

TREIZIÈME LEÇON

Un verbe irrégulier encore très fréquent est ferre, «por­ter». Fero, fers, tuli, latum. Vous voyez que le parfait tuli et le supin latum sont formés de radicaux tout à fait diffé­rents du présent fero. A part cela, ils n’ont rien de curieux, et forment les temps composés comme tous les parfaits et tous les supins.

L’infinitif ferre, au lieu de ferere, est irrégulier. On en tire l'impératif: fer, qui, vous vous le rappelez, est toujours formé de l’infinitif présent par amputation de la «queue» re: fer. Nous en avons déjà parlé, d’ailleurs, en même temps que des autres impératifs non terminés en e: dic, de dicere, «dire»; duc, de ducere, «conduire»; et fac, de facere, «faire».

De l’infinitif présent, on tire aussi l'imparfait du subjonctif, qui est le «temps le plus simple à former»: ferrem, ferres, etc.

A l'indicatif présent, à côté de fero, ferimus, ferunt, qui sont réguliers, nous avons trois formes contractées: fers, au lieu de feris; fert (pour ferit); fertis (pour feritis). Ce qui donne au passif, pour la 2e pers. «tu es porté»: ferris; pour la 3e: fertur; mais la 2e pers. du pluriel, «vous êtes portés», est régulièrement ferimini, comme si l’on avait régulière­ment feritis.

Ce sont là toutes les irrégularités, peu nombreuses, comme vous le voyez. Le reste se conjugue sur fero, comme les temps de legere sur lego. Ferebam; feram, feres; feram, feras; ferens, entis; ferendi.

*
*   *

La traduction de nos adverbes de quantité: beaucoup, peu, autant, combien, plus, moins, offre quelques difficultés.

Avec un verbe, ce qui est la place normale d’un adverbe, on emploie les mots suivants:

Il travaille

beaucoup:

Multum

laborat

peu:

Parum

Combien il travaille!

Quantum

Il travaille

tant!

Tantum

plus:

Magis

moins:

Minus

assez:

Satis

Ce sont encore ces mots que l’on trouve avec un nom au singulier: «Que d’eau!» = Combien d’eau!: Quantum aquae, etc.

Cependant, pour plus, on n’emploie pas magis, mais plus: plus aquae.

Mais devant un nom au pluriel, le latin n’emploie pas comme nous un adverbe; il se sert d’un adjectif:

Beaucoup de

soldats:

Multi

milites

(= des soldats nombreux).

Peu de

Pauci

Plus de

Plures

(Comparatif de multi, déjà vu avec les comparatifs irréguliers).

Moins de

Pauciores

Que de (ou combien)

Quam multi

Autant de

soldats:

Tam multi

Assez de

Satis multi

Ces derniers exemples nous montrent que, devant un adjectif, comme multi par exemple, que nous avons ici, le latin traduit «combien» par quam et «tant» par tam. «Combien il est savant!» (ou: «qu’il est savant!»): quam doctus est. «Tant il est savant!» (ou: «il est si savant!»): tam doctus est.

Nous ajouterons encore quelques petites remarques:

1° Au lieu de tam multi, qui se décline, on trouve souvent tot, mot indéclinable: nom., tot milites; gén., tot militum, etc.

De même, au lieu de quam multi, on trouve souvent quot, mot indéclinable: quot milites, quot militum, etc.

2° Quand on a affaire à un adjectif (ou un adverbe) au comparatif, on se sert d’un adverbe à l’ablatif: Tanto doctior est: «tant il est plus savant!». Quanto doctior est: «com­bien il est plus savant!» Multo doctior: «beaucoup plus savant».

3° Avec certains verbes qui expriment le prix ou l’estime, on se sert parfois d’un adverbe au génitif: «Combien il t’estime!», quanti te aestimat! «Combien coûte ce livre?», quanti constat hic liber?

4° Avec ces mêmes verbes, on trouve aussi parfois un adverbe à l’ablatif: hic liber constat magno, «ce livre coûte cher»; parvo, «bon marché», etc.

Ces différents emplois vous paraissent évidemment assez compliqués, mais quand vous les aurez rencontrés un certain nombre de fois, ils vous paraîtront beaucoup moins difficiles à comprendre.

EXERCICES

Conjuguer l’imparfait passif du subjonctif de ferre et en donner les sens en français.

Versions: Epitome: a) Guerre de Troie; b) Les Retours (voir texte).

QUATORZIÈME LEÇON

Au cours de nos lectures, nous avons déjà rencontré quel­ques nombres. Faisons aujourd’hui plus ample connaissance avec cette question. C’est d’ailleurs une simple affaire de mémoire, où il y a fort peu de chose à comprendre.

Les dix premiers nombres (1, 2, 3, etc.), base de tout système qui se respecte, sont:

unus, duo, tres, quattuor, quinque, sex, septem, octo, novem, decem.

Sur ces dix «adjectifs numéraux cardinaux», pour parler grammaticalement, trois seulement se déclinent: les trois premiers.

Unus se décline comme les pronoms adjectifs, c’est-à-dire comme bonus, a, um, avec toutefois le génitif en ius et le datif en i.

Duo fait:

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

duo

duae

duo

Accusatif:

duos ou duo

duas

duo

Génitif:

duorum

duarum

duorum

Datif et Abl.:

duobus

duabus

duobus

Tres fait:

Nom. et Acc.:

Tres

Tria

Génitif:

Trium

Datif et Abl.:

Tribus

A ces dix adjectifs numéraux cardinaux correspondent les adjectifs ordinaux («premier, second, troisième», etc.):

primus, secundus, tertius, quartus, quintus, sextus, septi­mus, octavus, nonus, decimus. Tous se déclinent comme bonus, bona, bonum.

La ressemblance de tous ces mots avec des mots français est évidente: unique, un duo, un trio, triangle, un quatuor, sep­tembre (septième mois chez les Romains), octobre, novembre, décembre; primitif, secondaire, tertiaire, quart, quinte, sixte, octave, décimal.

Je vous ai déjà expliqué pourquoi j’ai la manie de ces rap­prochements franco-latins: c’est qu’ils sont profitables à la fois à la connaissance du français et du latin.

*
*   *

Bornons-nous là aujourd’hui, pour ne pas risquer de nous embrouiller, et passons au verbe volo, «je veux», qui est fréquent et assez difficile.

L'infinitif de ce verbe est tout à fait singulier: velle. C’est, avec esse, le seul infinitif qui ne soit pas terminé en re. Ferre, ire, n’offraient pas cette excentricité.

De velle, on tire normalement l'imparfait du subjonctif: vellem, velles, etc. Mais on ne tire pas d’impératif.

Le présent de l’indicatif est bigarré:

Volo, vis, vult, volumus, vultis, volunt.

Les premières personnes et la 3e du pluriel se ressemblent; la 1re du pluriel a une terminaison =umus qui rappelle sumus. Ce ne sera pas le seul rapprochement que nous aurons à faire entre velle et esse.

Les autres personnes ne conservent pas le radical vol. Seul le v reste commun. On connaît la forme vis, d’abord parce que les quincailliers en vendent des quantités…​ et aussi à cause du proverbe souvent cité: Si vis pacem, para bellum, «si tu veux la paix, prépare la guerre». Je cite, bien entendu, ce proverbe simplement à titre d’exemple grammatical, et sans vouloir soulever, sur sa signification, une polémique qui dépasserait de beaucoup un simple cours de latin…​

Constatons la bizarrerie de vult et de vultis.

De volo, on tire régulièrement l’imparfait volebam, le futur volam, voles, et du parfait volui tous les temps composés habituels: volueram, voluero, voluerim, voluissem.

Un seul temps est encore irrégulier: le subjonctif présent, très différent des subjonctifs que nous avons vus jusqu’ici: velim, velis, velit, velimus, velitis, velint. C’est le seul sub­jonctif présent en im, avec sim, de esse.

Volo a deux composés un peu plus rares que lui-même, mais cependant fréquents encore: nolo, «je ne veux pas» (= non volo) et malo, «j’aime mieux», «je préfère» (= magis volo).

Les infinitifs sont nolle et malle, d’où les imparfaits du subj.: nollem et mallem.

Les imparfaits de l’indicatif sont normalement: nolebam et malebam; et les futurs: nolam, noles, malam, males.

Les parfaits sont nolui et malui et forment régulièrement les temps composés: nolueram, etc.

Lee subjonctifs présents sont: nolim et malim, tout à fait selon velim.

Restent donc seulement à étudier les présents de l’indicatif:

Nolo

Malo

non vis

mavis

non vult

mavult

nolumus

malumus

non vultis

mavultis

nolunt

malunt

Ici encore nous remarquons, comme dans volo, que la 1re pers. sing. et la 1re pers. pluriel, ainsi que la 3e plur. vont ensemble: nolo, nolumus, nolunt; malo, malumus, malunt. Au contraire, les 2e et 3e singulier, et la 2e pluriel forment un autre groupe: non vis, non vult, non vultis; mavis, mavult, mavultis. Remarquons notamment que dans nolo, ces trois formes sont en deux mots, tandis que toutes les autres for­mes sont en seul mot.

Nolo seul a un impératif: noli, nolite; «ne veuille pas, ne veuillez pas». Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en reparler.

EXERCICES

Décliner virgo et caput.

Traduire en latin: nous voudrions; — il aimait mieux; — vous ne vouliez pas; — il veut; — tu auras préféré; — vouloir; — que nous n’ayons pas voulu; — qu’ils veuillent; — ne veuille pas lire; — vous voulez.

Thème. — Médée était la fille du roi de Colchide; c’était une jeune fille très habile dans les arts magiques. Pendant que Jason parlait (loqui) avec le roi son père, elle trouva (exis­timare) qu’il était très beau et très courageux (fortis) et elle se mit à l’aimer. Pendant la nuit (nox, noctis, fém.) elle l’aborda (adire) et lui dit (dicere, o, is, dixi) qu’elle pouvait l’aider (adjuvare); elle lui donna (dare, dedi) des philtres (phil­trum) magiques. Ainsi (ita) grâce à son aide, Jason tua le dragon qui gardait la toison d’or.

Version.La guerre de Troie (voir texte).

QUINZIÈME LEÇON

Une fois qu’on sait bien les dix premiers nombres, les sui­vants s’apprennent facilement. Nous avons, de onze à dix-sept:

Undecim, duodecim, tredecim, quattuordecim, quindecim, sedecim, septendecim, c’est-à-dire presque le nombre un, deux, trois, etc. ajouté à decim, altération de decem, «dix».

A ces cardinaux correspondent les ordinaux:

undecimus, duodecimus, puis tertius decimus, quartus deci­mus, quintus decimus, sextus decimus, septimus decimus.

Vingt se dit viginti, et, au lieu de dire dix-huit et dix-neuf, le latin dit: deux ôtés de vingt, un ôté de vingt: duodeviginti, undeviginti. De même, de vingtième: vicesimus, on tire: dix-huitième, dix-neuvième: duodevicesimus, undevicesimus.

A partir de vingt, on trouve, comme en français: vingt et un, vingt-deux, etc. Viginti unus, viginti duo, etc.; pour vingt-huit et vingt-neuf: duodetriginta, undetriginta, car trente = triginta.

Toutes les dizaines sont en a et indéclinables; les ordinaux, au contraire, sont tous déclinables:

Cardinaux: 30, 40, etc.

Ordinaux: 30e, 40e, etc.

Triginta

Tricesimus, a, um

Quadraginta

Quadragesimus

Quinquaginta

Quinquagesimus

Sexaginta

Sexagesimus

Septuaginta

Septuagesimus

Octoginta

Octogesimus

Nonaginta

Nonagesimus

Centum

Centesimus

Pour vous faciliter la mémoire de ces nombres, rappelez-vous le nom des dimanches qui précèdent Pâques: septuagésime, sexagésime, quinquagésime, quadragesime. c’est-à-dire le 70e, 60e, 50e, 40e jour avant Pâques (en réalité, la semaine est comptée pour dix jours). De l’adjectif ordinal quadragesimus, par exemple, vous passez facilement à l’adjectif cardinal quadraginta. Seule, la terminaison diffère: -ginta; -gesimus.

Les centaines se distinguent nettement des dizaines en ce qu’elles se déclinent: ducenti, ae, a; trecenti; quadringenti; quingenti; sexcenti; septingenti; octingenti; nongenti.

Les ordinaux sont semblables aux cardinaux, avec la ter­minaison -centesimus ou -gentesimus, à la place de -centi ou de -genti:

ducentesimus, trecentesimus, quadringentesimus, quingen­tesimus, sexcentesimus, septingentesimus, octingentesimus, nongentesimus. — Notez que dans les nombres ordinaux, tous les éléments sont ordinaux; ainsi: 543e = quingentesimus quadragesimus tertius.

Mille se dit: mille. Le pluriel de mille est milia, nom neutre, «milliers», après lequel on trouve le génitif: mille milites, «mille soldats»; mais duo milia militum, «deux mille sol­dats».

Millième = millesimus.

Terminons-en avec les nombres, en vous rappelant les chiffres romains, que d’ailleurs vous n’ignorez pas, puisque vous savez lire l’heure.

Les chiffres proprement dits sont les lettres suivantes:

I = 1; V = 5; X = 10; L = 50; C = 100; D = 500; M = 1.000.

Les chiffres portés à droite d’un autre s’ajoutent à lui:

MCX = 1.110; MDCLX = 1.660.

Mais un chiffre plus petit à la gauche d’un autre se sous­trait de cet autre: XL = 40. CM = 900. MCMXXIV = 1.924. Ici, C est soustrait de M, et I, de V.

Les dix premiers nombres sont: I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X.

EXERCICES

Ecrire en latin et traduire en français les nombres sui­vants: MDCCLXI — LII — MM — XCII — MCMX.

Ecrire en chiffres romains: 42 — 63 — 1.655 — 17 — 400.

Ecrire en latin: 40e — 52e — 19e — 453e.

Version: Chapitre 7. Lois de Solon (voir texte).

SEIZIÈME LEÇON

Etudions aujourd’hui la manière d’interroger. En français, nous avons deux tournures: Est-ce que…​? ou l’inversion du verbe et de son sujet: Est-il vrai…​?

En latin, il est impossible de songer à l’inversion comme marque de l’interrogation, pour une bonne raison, c’est qu’il n’y a pas dans la phrase un ordre fixe des mots, par consé­quent, qu’on ne peut pas s’apercevoir si l’ordre est changé. On peut très bien commencer une phrase par le verbe sans qu’il y ait interrogation.

On se sert donc d’un adverbe spécial, qui en somme équi­vaut au est-ce que français.

Trois cas peuvent se présenter:

1° On ne sait pas si la réponse sera oui ou non. Dans ce cas, on ajoute: =ne après le premier mot de la phrase. «As-tu vu Rome?» Vidistine Romam? Vous remarquez que =ne se colle après le premier mot, de manière à ne former qu’un seul mot avec lui. Nous avons déjà vu que ( = et), qui se traitait de la même manière: Ego tuque, «toi et moi».

2° On attend la réponse non. Dans ce cas, on commence la phrase par num, «As-tu vu Rome?» Num vidisti Romam?

3° Si l’interrogation est négative: «N’as-tu pas vu Rome?», on se sert de nonne: Nonne vidisti Romam? Ce troisième cas n’est d’ailleurs qu’une application du premier: =ne est sim­plement ajouté à non.

EXERCICES

Thème. — La tyrannie de Pisistrate ne fut pas cruelle (saevus, a, um). Il laissa (relinquere, o, is, reliqui, relictum) aux Athéniens une très grande liberté. Cependant le peuple supporta (ferre) avec peine (aegre, adv.) son pouvoir et, des fils de Pisistrate, l’un fut tué par Harmodius et Aristogiton, l’autre fut envoyé en exil. Pour venger son frère, celui-ci alla trouver le roi de Perse, Darius, et lui dit qu’il voulait être soldat dans l’armée (exercitus, us, m.) que Darius préparait (parare) contre Athènes.

Versions: Pisistrate et Lycurgue (voir texte).

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Nous avons parlé la dernière fois de la manière d’interro­ger. Complétons ces notions par ce qui se rapporte à l'inter­rogation double. «Est-ce que je dois rire ou pleurer?» Pour traduire cette phrase, on mettra en tête: Utrum, neutre de uter, «lequel des deux», ce qui signifie donc: «laquelle des deux choses?» et on séparera les deux verbes par an. Utrum debeo ridere, an flere?

On peut remplacer utrum par ne, qu’on emploie dans l’inter­rogation simple, comme nous avons vu la dernière fois. Debeone ridere an flere?

Si le second terme de l’interrogation est non, on écrit géné­ralement annon en un seul mot. «Vient-il, ou non?» Utrum venit annon?

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*   *

L’interrogation n’est pas toujours posée directement, comme dans les cas que nous venons d’étudier. On l’exprime souvent sous la forme d’une proposition subordonnée, après un verbe comme: «je me demande, je voudrais savoir», etc. Dans ce cas, on appelle la proposition subordonnée proposi­tion interrogative indirecte.

On appelle même «interrogative indirecte» toute propo­sition subordonnée qui commence par un mot interrogatif: «Dis-moi qui tu es»; «je ne savais ce que tu faisais», etc.

Règle importante. — Le verbe de la proposition interro­gative indirecte se met toujours au subjonctif en latin.

Exemples: «Tu demandes ce qui est arrivé»: quaeris quid acciderit (parfait du subjonctif de accidere). — «Tu sauras qui je suis»: scies quis sim. — «Je demande s’il est là»: rogo num adsit.

Notez bien qu’en latin les mots interrogatifs sont les mê­mes dans l’interrogation indirecte que dans l’interrogation directe: quis, quae, quid; num, etc. Je souligne num, parce qu’en français le mot si, qui veut dire «est-ce que» dans l’interrogation indirecte, peut être confondu avec si indiquant la condition. Or, en latin si conditionnel se dit si, comme en français: nous l’avons déjà vu. Il ne faut pas confondre si conditionnel (latin si) avec si interrogatif (latin num). Entre si et num, en latin, il y a la même différence qu’en anglais entre if et whether; en allemand, entre wenn et ob.

J’ai dit que le verbe de l’interrogation indirecte se mettait en latin au subjonctif. J’ajoute: et au même temps qu’en français. Car voilà une règle qu’il faut bien retenir: c’est que, dans la traduction du français en latin, et réciproquement, on est souvent obligé de changer les modes, mais il ne faut pas changer les temps.

Cette règle souffre bien quelques petites exceptions…​ comme toutes les règles…​ mais elles sont si rares, qu’on peut dire: il ne faut jamais changer les temps.

Mais alors, direz-vous, comment traduira-t-on le futur, dans une interrogation indirecte, puisque le subjonctif n’a pas de futur?

Dans ce cas, on lui en forme un, de la manière suivante: on prend le participe futur actif, qui est en urus, comme vous vous le rappelez, et on y ajoute le présent de être: sim, sis, etc. Exemple: «Voyez ce qui arrivera», Videte quid futurum sit.

On peut dire que la proposition infinitive et l’interrogation indirecte sont les deux tournures qui «dépaysent» le plus un apprenti latiniste. Maintenant que vous les connaissez toutes deux, vous êtes au courant de l’essentiel de la syntaxe latine.

EXERCICES

Version: Les trois derniers paragraphes de «Lycurgue» (voir texte).

Questions grammaticales sur ce texte de Lycurgue:

  • Pourquoi agrum est-il à l’accusatif? — Analysez deduci et praecepit. — Qu’est-ce que la tournure pueros deduci? — Pourquoi est-elle employée ici?

  • De quel genre est labor? — Que savez-vous du genre des noms en or en latin? — Quel est le nominatif de opere et son genre?

  • Analysez agerent.

  • Conjuguez le présent de l’indicatif de redire, le futur et le subjonctif présent. — Analysez quam.

  • Analysez facti essent. Quel est l’infinitif présent de ce verbe?

  • Maximos: de quel adjectif vient ce superlatif? — Quel en est le comparatif?

  • Voluit: quel est l’infinitif présent et le subjonctif présent de ce verbe?

DIX-HUITIÈME LEÇON

Disons aujourd’hui quelques mots de la concordance des temps en latin.

Voici de quoi il s’agit:

En français, on dit: «Je désire (présent) qu’il vienne» (subjonctif présent); et «Je désirais (ou: j’ai désiré) (temps passés) qu’il vînt» (imparfait du subjonctif).

La règle est la suivante: Quand le verbe de la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif de la proposition subordonnée se met au présent (ou au passé, selon le sens). — Quand le verbe de la proposition principale est à un temps passé, le subjonctif de la proposition subordonnée se met à l’imparfait (ou au plus-que-parfait, selon le sens).

C’est cette règle que l’on appelle «règle de concordance des temps». Elle s’applique en français. Du moins on doit l’appliquer. En réalité, dans la conversation, l’usage tend à ne plus employer l’imparfait ni le plus-que-parfait du subjonctif dans aucun cas. Ce sont, peut-on dire, des temps qui meurent. Ils subsistent encore, cependant, dans certaines provinces. Nos auteurs classiques les employaient fréquemment, car ils respectaient scrupuleusement la concordance des temps.

Cette règle est la même en latin.

«Je demande, je demanderai que tu viennes»: rogo, ro­gabo (prés., futur) ut venias (subj. prés.).

«Je demandais, j’ai demandé, j’avais demandé, j’aurais demandé que tu vinsses»: rogabam, rogavi, rogaveram, ro­gavissem ut venires (imparfait subj.).

«Je demande si tu es venu»: rogo num veneris (parf. subj.).

«J’ai demandé si tu étais venu»: rogavi num venisses ( plus-que-parfait subj.).

Comme vous le voyez, cela n’est pas difficile à comprendre. Répétons-le une dernière fois.

Verbe principal au présent ou au futur: subjonctif subor­donné au présent ou au parfait.

Verbe principal à un temps passé: subjonctif subordonné à l’imparfait ou au plus-que-parfait.

EXERCICES

Traduire en latin:

Je te commande d’écrire. — Je t’avais commandé d’écrire. — Je te commanderai d’écrire. — Je t’aurais commandé d’écrire. Commander = imperare; se construit avec ut et le subjonctif.

Version: Bataille de Marathon (voir texte).

Donner les temps primitifs et le sens des verbes de cette version.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises, au hasard des explications, les principales conjonctions latines. Etudions-les maintenant d’une manière systématique.

La plus fréquente des conjonctions de subordination latines est cum. Il ne faut pas confondre cum conjonction, écrite parfois quum, avec cum, préposition, qui signifie avec et gou­verne l’ablatif. (Dominus vobiscum, «que le Seigneur soit avec vous»).

Cum peut être suivi de l'indicatif ou du subjonctif.

Suivi de l'indicatif, il signifie: lorsque.

Exemple: Cum patrem videbat, laetabatur, «lorsqu’il voyait son père, il était joyeux». (Laetor, aris, «se réjouir», déponent).

Suivi du subjonctif, cum peut avoir plusieurs sens.

1° Devant le subjonctif présent ou parfait, il peut signifier:

A) parce que, puisque, étant donné que: c’est-à-dire indi­quer la cause.

Exemple: cum id cupias, proficiscar, «puisque tu le désires, je partirai».

B) quoique, bien que, c’est-à-dire marquer la concession.

Exemple: cum sis callidus, tamen deceptus es, «quoique tu sois habile, tu as pourtant été trompé». (Decipere, io, is, decepi, deceptum, 3e conj. mixte).

2° Devant l'imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif, il peut avoir tous les sens que nous avons énumérés jusqu’ici:

lorsque, parce que, puisque, étant donné que, quoique, bien que.

La manière la plus pratique de le traduire en mot-à-mot est alors que, expression vague que l’on remplacera, s’il y a lieu, une fois le sens de la phrase bien compris, par une expression plus précise.

Exemple: Cum Athenae florerent, procax libertas civitatem miscuit, «alors qu’Athènes était florissante, la licence boule­versa la cité». Floreo, es, 2e conj. Procax, acis, «effronté». Misceo, es, 2e conj. «mêler, mettra pêle-mêle».

Cum Clitum interfecisset, sui facinoris Alexandrum paenituit, «quand il eut tué Clitus, Alexandre se repentit de son crime». Interficere, io, is, feci, fectum, 3e conj. mixte. Facinus, oris, «crime», neutre. Paenitet, «le repentir saisit»: «le repentir de son crime saisit Alexandre».

Phocion fuit pauper, cum ditissimus esse posset, «Phocion fut pauvre, quoiqu’il pût être très riche». Ditissimus, superlatif de ditis, «riche», adjectif de même racine que dives, divitis, qui est plus fréquent.

Une traduction recommandable, assez souvent, de cum avec l’imparfait du subjonctif est le participe présent; de même, cum avec le plus-que-parfait du subjonctif sera souvent bien rendu par le participe passé. Ex.: «Athènes étant floris­sante, la licence bouleversa la cité». «Ayant tué Clitus, Alexandre se repentit de son crime». «Pouvant être riche, Phocion fut pauvre».

Toutefois, il ne faut pas oublier que les participes présents sont lourds en français. On se servira donc de cette tournure avec circonspection.

Vous pouvez remarquer que, à l’imparfait, dans le sens de lorsque, cum peut être suivi soit de l’indicatif, soit du subjonctif.

La nuance entre ces deux modes semble bien faible. Avec l’imparfait de l'indicatif, cum indiquerait seulement le moment de l’action principale (temps); avec l’imparfait du subjonctif, plutôt les circonstances de l’action principale.

Ne vous inquiétez pas, pour l’instant, de ces subtilités. Retenez seulement les sens, selon la formule simple:

A) avec l’indicatif: lorsque.

B) avec le subjonctif présent ou parfait: puisque, parce que, quoique.

C) avec le subjonctif imparfait ou plus-que-parfait: tous ses sens.

EXERCICES

Version: Léonidas aux Thermopyles et Bataille de Salamine (voir texte).

Je vous demande actuellement de consacrer votre temps surtout à des lectures, afin de vous familiariser avec la phrase latine et d’acquérir du vocabulaire.

VINGTIÈME LEÇON

Après cum, la conjonction la plus importante est ut.

Ut peut être, lui aussi, construit soit avec l'indicatif, soit avec le subjonctif. Il peut signifier:

Avec l’indicatif:

Avec le subjonctif:

a) de même que;

a) afin que;

b) lorsque.

b) de telle sorte que;

c) que (explicatif);

d) à supposer que.

Quelle floraison de sens variés! Il faudra donc être très attentif à démêler la signification précise de ut, quand on le rencontrera dans un texte.

Prenons des exemples de chacun de ces sens.

Indicatif.

a) «De même que»: Ut me amas, ita te amo, «de même que tu m’aimes, de même je t’aime».

Une traduction bien française de cette phrase serait: «Si tu m’aimes, je t’aime aussi». Notez bien que si, dans cette tournure, n’a pas le sens conditionnel. Le sens est: «Tu dis que tu m’aimes, je le crois, mais de même, moi, je t’aime».

Au lieu de ita, la proposition correspondante peut com­mencer par sic: Ut me amas, sic te amo Ou encore, on peut n’avoir ni ita, ni sic: Ut me amas, te amo.

b) «Lorsque»: Ut me vidit, clamavit, «lorsqu’il me vit, il s’écria». Dans ce sens, ut est quelquefois suivi de primum. Il signifie alors: «dès que». Ut primum me adspexit, clamavit, «dès qu’il m’aperçut, il cria». Adspicere, io, is, exi, ectum.

2° Subjonctif.

a) «Afin que» (ut marquant l'intention). C’est peut-être le sens le plus fréquent de ut.

Audi, ut discas, «écoute, afin que tu apprennes» (afin d’apprendre). Discere, o, is, didici, discitum.

Dans ce sens, ut est employé après un grand nombre de verbes, qui signifient: «conseiller, exhorter, ordonner». Suadeo tibi ut legas, «je te conseille de lire». Nobis imperat ut loquamur, «il nous ordonne de parler». Loqui, or, eris, locutus sum.

Lorsque «afin que» est suivi d’une négation, ut est rem­placé par ne. «Il nous ordonne de ne pas parler», nobis imperat ne loquamur.

b) «De telle sorte que» (ut marquant la conséquence).

Arboribus consita Italia est, ut pomarium videatur, «l’Italie est plantée d’arbres, de telle sorte (si bien) qu’elle semble un verger».

Cette idée de conséquence se trouve dans beaucoup d’ex­pressions, notamment après «tellement que»:

Tam sagax est hic homo, ut decipi non possit. «cet homme est si sagace qu’il ne peut pas être trompé». Decipere, io, is, decepi, deceptum.

Ita territus est, ut resistere non auderet, «il fut tellement terrifié, qu’il n’osa pas résister».

Notons à ce propos que ita…​ ut…​ et le subjonctif signifie: «de telle sorte que»; tandis que ut…​ ita…​ et l'indicatif signifie: «de même que, de même».

Notons aussi que ut est suivi de non, quand il exprime la conséquence, tandis qu’il est remplacé par ne quand il indiqué l'intention et que la proposition est négative.

b) «Que» (explicatif). Cette tournure est un équivalent de la proposition infinitive:

An «est-ce que» veri simile est «il est vraisemblable» ut civis Romanus cum gladio in forum descenderit ante lucem? «Est-il vraisemblable qu’un citoyen romain soit descendu au forum, avec une épée, avant le jour?»

Hoc commune est ut invidia gloriae comes sit, «il est commun que la jalousie soit la compagne de la gloire». Comes, comitis, «compagnon, compagne».

d) «A supposer que, en admettant que». Ce sens est le plus rare.

Ut desint vires, tamen est laudanda voluntas, «à supposer que les forces manquent, néanmoins l’intention est louable».

Naturellement, c’est le contexte qui vous permet chaque fois de comprendre le sens exact de ut. C’est une question de discernement, de bon sens, d’intelligence…​ et aussi d’habitude.

EXERCICES

Version: Miltiade (voir texte).

Analysez le sens des cum et des ut de ce texte. — Rendez compte du cas employé après chaque préposition.

VINGT ET UNIÈME LEÇON

Dum se construit avec l'indicatif ou avec le subjonctif. Il signifie:

Avec l’indicatif:

a) pendant que, tandis que;

b) aussi longtemps que;

c) (quelquefois) jusqu’à ce que.

Avec le subjonctif:

a) jusqu’à ce que;

b) pourvu que.

Exemples:

Indicatif:

a) «Pendant que, tandis que»: Dum ea geruntur. Caesar in Galliam profectus est, «pendant que ces événements avaient lieu, César partit en Gaule».

Dans cette construction, vous remarquez que le verbe qui suit dum est à l’indicatif présent, bien que le verbe principal soit au passé.

De même: Dum quaerit (présent) escam, margaritam repperit (parfait de reperire), «tandis qu’il cherchait sa nourriture, il trouva une perle».

b) «Aussi longtemps que»: Dum felix eris, multos numerabis amicos, «tant que tu seras heureux, tu compteras beaucoup d’amis».

c) «Jusqu’à ce que»: Tityre, dum redeo, pasce capellas, «Tityre, surveille mes chèvres, jusqu’à ce que je revienne».

Subjonctif:

a) «Jusqu’à ce que»: Expecta dum rex advenerit (subj. parf.), «attends jusqu’à ce que le roi soit arrivé».

b) «Pourvu que»: Oderint, dum metuant, «qu’ils me haïs­sent, pourvu qu’ils me craignent» (parole prêtée à des souve­rains autoritaires). Oderint est le parfait du subjonctif équivalant à un impératif, du verbe odi, «je hais», parfait-présent; il y a plusieurs verbes parfaits-présents: memini, «je me souviens»; novi, «je connais»; suevi, «j’ai coutume».

Notons que, dans le sens de «aussi longtemps que» et de «jusqu’à ce que», dum peut être remplacé par donec.

EXERCICES

Thème. — De nombreux habitants étaient venus de la campagne à Athènes, pour ne pas être pris par les Lacédé­moniens. Une partie de cette multitude fut tuée par une terrible maladie. Périclès lui-même, l’orateur le plus célèbre d’Athènes, dont les conseils étaient presque toujours suivis par le peuple, mourut. Les Grecs parlèrent de cette peste pendant de longues années.

Versions: Peste d’Athènes, Périclès, Socrate (voir texte).

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Nous allons dire aujourd’hui quelques mots de l'attraction modale. Voici ce dont il s’agit.

Quand une proposition subordonnée dépend d’une propo­sition à l’infinitif ou au subjonctif, cette proposition subor­donnée se met souvent au subjonctif.

Exemple: «Je crois que l’enfant, qui respecte ses parents, sera aimé par Dieu»: Credo puerum, qui parentes vereatur, a Deo amatum iri.

Cet exemple est bon à retenir, parce qu’il présente des applications de plusieurs règles à la fois:

1° la proposition infinitive après credo,

2° un exemple de l’infinitif futur passif (amatum iri), temps que l’on oublie souvent parce qu’il est un peu rare;

3° un exemple du complément du passif, nom de personne à l’ablatif précédé de a ou ab (a Deo);

4° enfin un exemple d'attraction modale: qui vereatur, sub­jonctif amené parce que l’antécédent de qui, puerum, est le sujet d’une proposition infinitive.

La conclusion pratique que vous devez tirer de cette étude, c’est que dans certains cas il ne faut pas être surpris de trouver le subjonctif là où l’on attendrait l’indicatif, si l’attraction modale entre en jeu.

EXERCICES

Versions: Epitome, suite et fin (voir texte).

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Une des particularités les plus curieuses du latin, c’est la fréquence du style indirect.

Lorsque nous rapportons, en français, les paroles de quel­qu’un, nous ouvrons généralement les guillemets et nous donnons les mots tels qu’il les a prononcés.

«Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?»
Dit cet animal plein de rage.

Toutefois, nous pouvons rapporter ces paroles sous la forme de propositions subordonnées, compléments directs d’un verbe dire ou analogue. «Cet animal plein de rage lui demanda qui le rendait si hardi, de troubler son breuvage». Mais dès que le discours est un peu long, cette seconde tour­nure, qui fait naître des subordonnées à perte de vue, qui multiplie les que, les qui, etc., est nettement opposée au génie de notre langue.

En latin, au contraire, la longueur de la phrase, la multi­plicité des propositions subordonnées, n’effrayait nullement un auteur. Et l’on trouve des pages entières composées de propositions infinitives, compléments du verbe «il dit», entrecoupées de relatives et de circonstancielles.

De la proposition infinitive, il n’y a rien à dire, nous l’avons étudiée maintes fois. Mais en ce qui concerne les propositions subordonnées aux infinitives, il faudra se rappeler que norma­lement elles doivent se mettre au subjonctif comme nous l’avons signalé la dernière fois (attraction modale).

Par extension, on dit aussi que le subjonctif est amené par le style indirect, lorsque, dans une phrase ordinaire, on exprime la pensée de quelqu’un. Par exemple si je dis: «Socrate fut condamné parce qu’il corrompait la jeunesse», Socrates condemnatus est quod corrumpebat juventutem (indi­catif), c’est que j’énonce un jugement personnel: «Socrate corrompait effectivement la jeunesse».

Mais si je dis: «Socrates condemnatus est quod corrumperet juventutem», mon subjonctif indique que je ne prends pas ce jugement à mon compte, que je ne fais que rapporter la pensée des juges de Socrate. «Socrate fut condamné à mort, parce que, disait-on, il corrompait la jeunesse». On pourrait même traduire: «sous prétexte qu’il corrompait la jeunesse».

On voit comment le simple changement de mode permet d’exprimer une opinion différente dans les deux cas.

EXERCICES

Versions: Épitaphe d’une Romaine; La Campanie: L’année agricole (voir texte).

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Nous voici arrivés à la fin de ces premières leçons. Nous avons déjà procédé à une étude rapide de la grammaire, et à de nombreuses applications. Si vous avez bien assimilé tout ce que nous avons vu, vous possédez déjà une «teinture» appréciable de latin.

Mais je n’ai pas la prétention de vous avoir rendu capable de lire «à livre ouvert» n’importe quelle page de latin; je ne me fais même pas l’illusion que vous avez pu retenir tout ce que je vous ai dit.

Aussi vous faudra-t-il reprendre l’étude systématique et approfondie de la grammaire, en même temps qu’enrichir votre vocabulaire d’une manière méthodique.

L'explication des textes devra rester votre principal exer­cice, puisque nous avons pour but l’intelligence des auteurs latins, et que «c’est en forgeant qu’on devient forgeron».

Il y a un exercice que je vous recommande vivement: c’est d’apprendre par cœur des textes latins. Naturellement, il ne faut apprendre ainsi que des morceaux expliqués et compris bien à fond. L’étude de toutes les langues, vivantes ou mortes, profite grandement de ce travail de mémoire qui, au premier abord, peut sembler mécanique, peu intelligent. Les mots et les tournures, groupés en phrases, se retiennent mieux qu’isolés; de même les divers emplois des prépositions, des conjonctions, des modes, des temps, etc., se retiennent mieux quand on a présents à la mémoire des passages entiers où ils se rencontrent d’une manière naturelle, si je puis dire.

EXERCICES

Versions: La cour de Phébus; L’emplacement d’une ruche (voir texte).

Thème. — Les abeilles sont des animaux très utiles, car elles donnent à l’homme le miel, qui le nourrit agréablement, et la cire, dont les usages sont très variés. Rien n’est plus digne d’admiration que la vie de ces insectes, qui nous ensei­gnent comment on peut travailler avec activité et avec joie.

VERSIONS

Nos textes de versions sont empruntés, avec l’autorisation de l’éditeur, au livre de Bornecque, Les Auteurs latins du pro­gramme (Delagrave, éditeur).

NEUVIÈME LEÇON

Epitome historiae graecae

I. De deis et heroibus

Graecia paeninsula est, quae inter Ionium et Mediterraneum et Aegeum mare procurrit.

Graeciae incolae, Graeci vel Hellenes, a Jove, ut aiunt poetae, origi­nem trahunt.

Juppiter, deorum et hominum pater et rex, cum ceteris deis in Olympo sedet. Cinctus nubibus, fulmina manu gerit, quae ei Vulcanus ejusque adjutores Cyclopes in specubus fumantibus Aetnae excudunt.

Fratres habet Neptunum et Plutonem et cum his mundi imperium divisit: Jovi caelum et terra, Neptuno maria, Plutoni inferi cesserunt.

Aliorum deorum et dearum est suum cuique officium. Phoebus vel Apollo, Jovis filius, auctor est lucis, idemque, novem Musarum dux, cithara et cantu gaudet et poetis favet.

Virtutis et armorum deus est Mars, qui lanceam scutumque tenet. Mercurius in terris mandata Jovis et deorum conficit, mercatorumque patronus est.

DIXIÈME LEÇON

II. Les déesses

Junonem uxorem duxit Juppiter, conubiorum deam, cui Iridem famulam dedit.

Minerva, seu Pallas, Jovis filia, nunc dea bellatrix, nunc pacis amantissima, multarum artium est inventrix Athenisque praecipue in honore est.

Venus forma omnibus deabus praestat; Ceres autem messes, Vesta focos et penates protegit.

Diana, Jovis filia, venatui praeest et montes et silvas venando peragrat. Musas quoque et Nymphas et Naides et multos deos in omnibus vitae eventis Graeci orabant et colebant.

ONZIÈME LEÇON

Les héros

Nec dei tantum, sed etiam heroes in honore erant, quorum cla­rissimi sunt Hercules, Theseus, Perseus, Bellerophon et Jason.

Duodecim labores Hercules perfecit: leonem Nemeaeum ictu clavae humi stravit, et ejus pellem induit; hydram Lernaeam obtruncavit; aprum Erymanthium vivum cepit; aves Stymphali lacus sagittis transfixit; cervam aereis pedibus praeditam cursu superavit; Augiae regis stabula, derivato Alpheo, purgavit; Amazones vicit; Geryonem monstrum interemit; aurea mala Hesperidum horti rapuit; terram humeris pro Atlante portavit; Antaeum, terrae filium, suffocavit; postremo ad Inferos descendit et Cerberum vinctum reduxit et Theseum liberavit.

Theseus, Herculis comes, maximum in Athenienses beneficium Minotaurum occidendo contulit. Hoc monstrum corpore homini, capite tauro simile erat. In Labyrintho Cretae inclusum, septem adulescentes quotannis devorabat, quos Minos, ob Androgeum filium ab eis interfectum, ab Atheniensibus exigebat. Sed dum victor redit Theseus, malo suspendere alba vela, victoriae indicium, non meminit, et pater Aegeus, nigra vela adspiciens, filium mortuum esse credidit, et, dolore confectus, in mare, quod propterea Aegaeum dictum est, se projecit.

DOUZIÈME LEÇON

Les héros (suite)

Perseus, Medusae capite caeso, Pegaso insidens, equo alato de Gorgonis sanguine nato, terrarum orbem peragravit et Andromedam virginem servavit, quam uxorem duxit.

Postea Bellerophon, eodem Pegaso a Minerva accepto, Chimaeram necavit et, dum caelum attingere cupit, decidit et periit, et ideo inter stellas, post mortem, collocatus est.

Jason denique, Argonautarum dux, auxilio Medeae, magicae artis peritae, aureo vellere potitus est, quod in regno Colchorum saevissimus draco custodiebat.

TREIZIÈME LEÇON

Guerre de Troie

Paris, Priami filius, regis Trojanorum, Helenam rapuit, Menelai uxorem, regis Spartanorum, cum quo sibi hospitium erat; itaque Graeci bellum Trojanis indixerunt et per decem annos Trojam obse­derunt.

Exercitum eorum ducebat rex Mycenensium, Agamemnon. Aulide cum illo profecti sunt et Menelaus frater, et Myrmidonum rex, Achilles, cum amico Patroclo, Graecorum fortissimus, et Ajaces ambo, et Diomedes, et disertus Nestor, et Ithacensium rex, dolosus Ulixes.

Sed per obsidium urbis, Achilles, contumelia ab Agamemnone accepta, in sua castra recessit. Absentia ejus Trojanorum animos revocavit, qui multas pugnas victores commiserunt.

Les retours

Troja capta, Graecorum duces crudelia fata manebant. Nam Agamemnonem victorem domum regressum Clytaemnestra conjux interfecit; Diomedes vero, e patria ejectus, in exsilium profectus est. Ajax Telamonius, amens ira, quod Achillis arma non impetra­verat, mortem sibi dedit, Ajaxque, Oilei filius, a Neptuno tridente percussus, in mare demersus est.

Ulixes autem, post longos per omnia maria errores, multa mala laboresque decem annos perpessus, et Ithacam et uxorem fidelem Penelopam et filium Telemachum, quem parvum domi reliquerat, revisere potuit.

QUATORZIÈME LEÇON

Guerre de Troie (suite)

Flammas etiam navibus Graecorum summittebant, cum Patroclus, Achillis arma indutus, repente advenit. Hector autem, Priami filius, Trojanorum virtute praestantissimus, eum occidit. Tum ad pugnam revolavit Achilles, Hectoremque aggressus est et vicit, et, ulciscendi Patrocli causa, caesi hostis corpus ter circum moenia urbis traxit; attamen supplici Priamo filii corpus pro mercede reddidit nec multo post ipse periit.

Mox Graeci, exspectatione fatigati, ingentem ex ligno equum exstruunt, cujus in lateribus duces eorum fortissimi latuerunt. Tum, simulato in Graeciam reditu, in litore fatalem machinam relinquunt, quam intra urbem magno conatu Trojani laeti transportant. At noctu Graeci erumpunt, portas urbis militibus suis aperiunt, omnia ferro flammaque miscent, incolas captivos ducunt et urbem solo aequant.

QUINZIÈME LEÇON

Lois de Solon

Sed civitati nullae tunc leges erant, quia libido regum pro legibus habebatur. Lectus est itaque Solon, vir justitiae insignis, qui philo­sophos Asiae audierat, philosophus ipse et poeta, ut velut novam civitatem legibus conderet.

Cives primum Solon in quatuor classes ex censu divisit; servos, qui aes alienum solvere non potuerant, e carceribus emisit, et agro­rum, quos antea principes tantum possidebant, rusticis partem dedit.

Omnia deinde omnium voluntate fieri voluit, contionique civium archontes, magistratus et quadringentos senatores eligendos dedit.

Areopagum quoque constituit, quod tribunal ex civibus, qui archontes fuerant, constabat, et Atheniensibus testularum suffragium praebuit ut in exsilium eos ejicere possent quos civitati nocere exis­timabant.

Argento denique, quod ex Laurii metallis Athenienses ducebant, usus est ut artes novas in patriam inferret classemque aedificaret.

SEIZIÈME LEÇON

Pisistrate et ses successeurs

Civitate ita constituta, Athenis profectus est Solon, et Pisistratus, tyrannide per dolum occupata, annos triginta Atheniensium dux fuit.

Post mortem ejus, Hippias et Hipparchus imperium paternum tenuerunt; sed mox Hipparchum inter ferias Panathenaicus Harmo­dius et Aristogiton occiderunt, nec multo post Hippiam Athenienses, libertatis pristinae memores, in exsilium egerunt. Ille, profectus in Persas, ducem se Dario regi, inferenti Atheniensibus bellum, adversus patriam suam obtulit.

Lycurgue

Ut Athenas instituta Solonis, ita Lacedaemonem Lycurgi leges validam effecerunt.

Mortuo fratre suo Polydecta, Lacedaemoniorum rege, Lycurgus regnum sibi vindicare potuisset, sed maluit id nepoti Charilao, cum ad aetatem adultam pervenit, summa fide restituere. Medio autem tempore, non habentibus Lacedaemoniis leges instituit.

Administrationem reipublicae per ordines divisit; regibus potes­tatem bellorum, magistratibus judicia, senatui custodiam legum, populo sublegendi senatum, vel creandi quos vellet magistratus potestatem dedit.

Fundos omnium aequaliter inter cives divisit; juvenibus non amplius una veste uti toto anno jussit; convivari omnes publice voluit, nec quemquam cultius quam alterum nec epulari opulentius permisit.

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Lycurgue (suite)

Pueros non in forum, sed in agrum deduci praecepit, ut primos annos non in luxuria, sed in opere et laboribus agerent. Nihil eos somni causa substernere et vitam sine pulpamento degere neque prius in urbem redire quam viri facti essent statuit.

Maximos honores non divitum et potentium, sed senum esse voluit, nec sane umquam major reverentia senectuti adhibita est.

Harum autem legum, cum duriores primo viderentur, auctorem esse Apollinem Lycurgus finxit. Dein ut eis aeternitatem daret, jure­jurando obligavit cives, nihil de legibus eos mutaturos esse, priusquam reverteretur, et simulavit se ad oraculum Delphicum proficisci. Pro­fectus est autem Cretam ibique perpetuum exsilium egit.

DIX-HUITIÈME LEÇON

Bataille de Marathon

Milesii, Atheniensibus adjuvantibus, a Dario defecerant; quare Persarum rex, ab exsulibus Graecis, inter quos Hippias, impulsus, bellum Graeciae intulit.

Athenienses, audito Darii adventu, auxilium a Lacedaemoniis peti­verunt. Sed, non exspectato auxilio, decem milia civium et Plataeenses auxiliares mille in campo Marathonio instruunt.

Miltiades exercitui praeerat. Tam magna Graecis alacritas animo­rum fuit, ut, cum mille passus inter duas acies essent, citato cursu ante jactum sagittarum ad hostem venerint.

Pugnatum est tanta virtute ut Persae victi in naves confugerint. Hippias, concitator ejus belli, inter hostes cecidit.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Léonidas aux Thermopyles (480)

Mortuo Dario, filius ejus, Xerxes, regnum obtinuit. Bellum adver­sus Graecos quinquennium instruxit; Persarum septingenta milia, sociorum trecenta milia armavit et naves mille ducentas numero comparavit.

Veluti naturae ipsius dominus, montes in planum ducere et maria quaedam pontibus sternere volebat; sed tam turpis ac foedus dis­cessus ejus, quam terribilis in Graeciam introitus fuit.

Nam cum Leonidas, Lacedaemoniorum rex, angustias Thermo­pylarum cum septem milibus militum occupavisset, Xerxes, contemptu eorum paucitatis, pugnam capessere jussit.

Triduo ibi dimicatum est; quarta die, socios Leonidas dimisit et ita suos firmavit ut ire se parato animo ad mortem scirent.

Statim arma capiunt et trecenti viri castra quingentorum milium irrumpunt; caedunt sternuntque omnia. Proelium a principio noctis in majorem partem diei tractum est. Ad postremum, non victi, sed vincendo fatigati, Lacedaemonii pro patria occiderunt.

Bataille de Salamine (480)

Attamen Xerxes, duobus vulneribus terrestri proelio acceptis, experiri maris fortunam statuit.

Athenienses interea naves ducentas fabricaverant. Consulentibus eis de bello suaserat oraculum ut salutem muris ligneis tuerentur. Statim naves conscendunt, et conjuges et liberos cum pretiosissimis rebus in abditis insulis, relicta urbe, demandant.

Exemplum Atheniensium aliae urbes imitatae sunt. Thespias igitur et Plataeas et Athenas vacuas hominibus Xerxes incendit.

Omnis sociorum classis angustias Salaminii freti, ne circumveniri multitudine posset, occupaverat.

Sed dissensio inter civitatum principes oritur et ad sua tuenda dilabi alii alio volebant. Tum Themistocles, timens ne discessu socio­rum vires minuerentur, per servum fidum haec Xerxi nuntiat:

«Uno in loco contractam Graeciam capere facillime potes; si civitates, quae jam abire volunt, dissipatae erunt, majore labore singulas consectaberis.»

Hoc dolo impellit regem signum pugnae dare. Graeci quoque, adventu hostium occupati, paeana canunt et proelium collatis viribus capessunt.

Interea rex, velut spectator pugnae, cum parte navium in litore remanet; Artemisia autem, Halicarnassi regina, quae in auxilium Xerxi venerat, inter primos duces bellum acerrime ciebat.

Anceps tamen proelium erat, sed Iones, juxta Themistoclis prae­ceptum, pugnae se paulatim subtrahere coeperunt. Eorum defectio Persarum animos fregit et mox victi in fugam vertuntur. In ea trepi­datione multae hostium captae sunt naves, multae mersae.

VINGTIÈME LEÇON

Miltiade, Thémistocle, Aristide

Miltiadi, Cimonis filio, qui Athenas totamque Graeciam liberaverat, hic honor tributus est: in porticu, quae Poecile vocatur, pugna depicta est Marathonia et in decem Graecorum praetorum numero prima ejus imago posita est.

Attamen postea, proditionis accusatus, pecunia multatus est. Eam pecuniam cum solvere non posset, in vincula publica conjectus est, ibique diem obiit supremum.

Invidiam suorum civium ne Themistocles quidem effugit. Nam damnatus et ipse proditionis, primum Argos petiit, mox Corcyram demigravit, deinde ad Admetum, Molossorum regem, denique in Asiam, apud Artaxerxem, Xerxis filium, confugit.

Magnis muneribus ab Artaxerxe donatus, domicilium Magnesiae sibi constituit ibique mortuus est. Sed ejus ossa clam in Attica ab amicis sepulta sunt.

Aristides, Lysimachi filius, aequalis fere fuit Themistocli; pugnae navali ad Salamina interfuit et Atheniensium dux fuit ad Plataeas.

Sed postea, a Themistocle collabefactus, testulis exsilio decem annorum multatus est. Adeo tamen abstinentia excellebat ut justus appellaretur.

Delectus quoque est ut constitueret quantum pecuniae civitas quaeque daret ad commune aerarium, quod Deli comparandum erat, et, cum tantis rebus praefuisset, in tanta paupertate decessit ut unde efferretur vix reliquerit.

VINGT ET UNIÈME LEÇON

Peste d’Athènes (422). Paix de Nicias (421)

Anno insequenti, terribilis pestis, ex Aegypti finibus orta, Athenas invasit, in quibus undique rustici plurimi confugerant ut hostium incursiones vitarent. Mox incolarum decimam fere partem morbus absumpsit et Pericles ipse periit.

Tum, consiliis Cleonis, hominis novi, compulsi Athenienses insulam Sphacteriam cingunt, in qua trecenti Lacedaemonii, diu quidem, sed frustra luctati, se dedere coacti sunt.

Irati Lacedaemonii Athenas fame redigere statuunt, et Thraciam, ex qua frumentum Athenienses ducebant, Brasidas, dux Lacedaemo­niorum, petit, et ibi urbem Amphipolim capit. Sed mox Brasidas et Cleon fortiter dimicantes ceciderunt paxque, auctore Nicia, pacta est, quae sex tantum annos valuit.

Siècle de Périclès

Numquam tamen Athenarum gloria major fuit; nam magistram totius Graeciae, ut aiebat Pericles, in omnibus artibus se praebuerunt.

Etenim Aeschylus, Sophocles et Euripides, tragoediarum poetae, multos et heroas et principes in scenam inducebant et variis modis omnium animos movebant; Aristophanes autem, comicus poeta, in theatro Bacchi omnium et Populi ipsius vitia irridebat castigabatque ridendo mores.

Historiam quoque tunc floruisse Herodoti et Thucydidis et Xeno­phontis opera demonstrant.

Praeterea philosophi clari eminebant, quorum nobilissimum, Socra­tem, adulescentes cotidie audiebant, et oratores optimi, inter quos erant Antiphon, Andocides, Lysias et Pericles ipse, in contione et in tribunalibus consilia civibus suis dabant aut causas dicebant.

Nec litterae tantum, sed artes etiam omnes vigebant. Ictinus enim architectus Parthenonem, Callimachus Erechtheionem aedifi­cabant. In eis templis pulcherrima signa artificum, ut Phidias, Myron et paulo post Praxiteles, collocabantur. Porticus denique, quae Poecile vocabatur, a pictore Polygnoto ornata est.

Mort de Socrate (399)

Eo autem tempore, Socrates, qui pater philosophiae Graecorum merito dictus est, capitis a judicibus damnatus est. Falso accusabatur quasi juventutem corrumperet et deos novos in civitatem introducere vellet.

Cum e custodia discipuli ejus eum educere cuperent, abnuit: «Patriae legibus, ait, bonus civis semper paret», et in carcere inter discipulos maerentes cicutam fortiter ebibit.

Nihil quidem Socrates scripsit, sed ejus doctrinam nobis discipu­lorum clarissimi, Plato et Xenophon, tradiderunt.

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Bataille d’Arbèles (331). Mort de Darius

Denuo, Euphrate et Tigride superatis, adversus Darium Alexander exercitum producit; duo reges aciem instruunt ad urbem Arbela. Confectum curis Alexandrum ante proelium somnus arripuit et a Parmenione amico aegre excitatus est. Macedones in pugnam cum contemptu toties a se victi hostis ruebant; multi Persae diffugerunt, multi occisi sunt et Darius salutem suam fugae commisit. Hoc proelio Asiae imperium rapuit Alexander, Babylonem magna pompa intravit, et Susa et Persepolim, urbes locupletissimas, occupavit. In ea urbe, vino calefactus, inter epulas amicum Clitum interfecit, qui vitam ipsius ad Granicum flumen servaverat. Nec multo post Darius obiit. Id ubi Alexandro nuntiatum est, corpus regio more sepeliri jussit et reliquias ejus majorum tumulis inferri.

Expédition dans l’Inde (327)
Mort d’Alexandre (323)

Inter haec indignatio omnium totis castris erat quod Alexander mores luxumque Persarum assumeret. Rex autem maxime indigna­batur carpi se sermonibus suorum, et ira elatus imperavit ut Parmenio et ejus filius Philotas et alii principes interficerentur. Postea Indiam petiit, ut Oceano ultimoque Oriente imperium suum finiret. Unum e regibus Indorum, Porum nomine, propter virtutem amicitia et multis regnis donavit. Sed jam, post multa pericula multosque labores in vastis solitudinibus, Alexander exercitum reducere coeperat, Babylonemque regressus erat, cum, febri correptus, post paucos dies, annos tres et triginta natus et in ipsis victoriis decessit.

Mort de Démosthène (322) et de Phocion (317)

Mortuo Alexandro, dum ejus legati orbem terrarum inter se divi­dunt, Graeciae civitates adversus Macedones, hortante Demosthene, conjurant. Sed primo proelio ad Lamiam victores, mox ad Cranonem Graeci victi sunt. Tum Demosthenes, e patria fugere coactus, Calauriam insulam petiit, ibique in Neptuni fanum supplex confugit. Deinde ne vivus in hostium manus incideret, venenum calamo inclusum hausit, et statim, edito gemitu, expiravit. Nec multo post, false proditionis accusatus, orator Phocion, Macedonum jussu, in carcere cicutam ebibit.

La Grèce proclamée libre par les Romains (196)
Mort de Philopoemen (184). La Grèce province romaine (146)

Jam vero magis atque magis res Graeciae inclinatae sunt. Romani bellum intulerant Philippo, Macedonum regi, Hannibalis socio, eoque victo Graecos liberos et immunes esse declaraverant. Sed multis factionibus Graecia dividebatur, nam Achaei et Aetoli de principatu acriter contendebant. Frustra Philopoemen, Epaminondae aemulus, nisus est ne Achaei saltem, quorum praetor erat, inter se dissiderent; Messena enim defectionem fecit, et Philopoemen venenum bibere jussus est. Tum Romani Graeciam denuo invaserunt, et, Corintho capta et diruta, nomen etiam Graecorum ablatum est et Graecia provincia imperii Romani, Achaia nomine, facta est.

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Epitaphe d’une Romaine

Hospes, quod dico paulum est: adsta ac perlege.
Hic est sepulchrum haud pulchrum pulchrae feminae.
Nomine parentes nominaverunt Claudiam.
Suum maritum corde dilexit suo.
Natos duos creavit: horum alterum
In terra linquit, alium sub terra locavit.
Domum servavit; lanam fecit. Dixi; abi.

La Campanie

Omnium non modo Italiae, sed totius etiam orbis terrarum pul­cherrima Campaniae plaga est. Nihil est mollius caelo: bis floribus vernat. Nihil est uberius solo: ideo Liberi Cererisque ibi certamen esse dicitur. Nihil est hospitalius mari; hic sunt illi nobiles portus, Caieta, Misenus et tepentes fontibus Baiae. Hic amicti vitibus sunt montes, Gaurus, Falernus, Massicus, et pulcherrimus omnium Vesu­vius, Aetnaei ignis imitator. Urbes multae ad mare sitae sunt: For­miae, Cumae, Puteoli, Neapolis, Herculanum, Pompeii, et ipsa, caput urbium, Capua, quondam inter tres maximas, Romam Carthaginemque numerata.

(D’après Florus)

L’année agricole

Solis cursus annalis ternis mensibus est divisus in quattuor partes, ver, aestas, autumnus et hiems. Vere sationes quaedam fiunt; terram rudem proscindere oportet et plantas eradicare quae sunt ex ea enatae, priusquam ex iis semina cadant. Neque ea minus bis exaranda est. Aestate demeti messes oportet. Autumno, siccis tempestatibus, vin­demiae ac silvae excoli commodissime possunt. Hieme putandae sunt arbores, cum gelu cortices et imbribus carent.

(D’après Varron)

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

La cour de Phébus

Purpurea velatus veste sedebat
In solio Phoebus claris lucente smaragdis.
A dextra laevaque Dies, et Mensis, et Annus,
Saeculaque, et positae spatiis aequalibus Horae,
Verque novum stabat cinctum florente corona,
Stabat nuda Aestas et spicea serta gerebat;
Stabat et Autumnus calcatis sordidus uvis,
Et glacialis Hiems canis hirsuta capillis.

Ovide.

L’emplacement d’une ruche

Primum secundum villam mellaria facere oportet, potissimum ubi non resonant imagines: hic enim sonus apibus fugae causa est. Deinde hunc locum aestate non fervidum et hieme apricum esse oportet, magnique interest in proximo pabulum esse frequens et aquam puram. Si pabulum naturale non est, ea oportet dominum serere quibus maxime delectantur apes; ea sunt rosa, serpyllum, apiastrum, papaver, faba, lens, pisum, ocimum, cyperum, medica, et praesertim cytisum et thymum, quorum illud ad sanitatem apium, hoc ad mellificium est aptissimum.

(D’après Varron)

TABLE DES MATIÈRES

Leçon

1.

Prononciation. Verbe sum (indic. prés., et pft). Composés de sum

2.

Les cas. 1re déclinaison. Sum (indic. impft et fut.)

3.

Comment on fait un thème. 2e déclinaison. Indic. pl.-q.-pft et fut. ant. de sum

4.

Comment on fait une version. 3e déclin.

5.

3e déclin. (suite). Impér., partic., infin. et subj. de sum. Manière de rendre le conditionnel.

6.

4e déclin. Indic. prés, et impft des quatre conjugaisons

7.

5e déclin. Comparatifs et superlatifs. Indic. futur et subj. prés. des quatre conjugai­sons.

8.

Pronoms personnels. Impératifs, supins, participes, gérondifs.

9.

Pronoms-adjectifs démonstratifs.

10.

Relatifs, interrogatifs, indéfinis. Verbes passifs.

11.

Prosum, possum

12.

Ire. Questions de lieu.

13.

Ferre. Adverbes de quantité.

14.

Les nombres. Volo, nolo, malo.

15.

Les nombres (suite).

16.

L’interrogation directe.

17.

L’interrogation indirecte.

18.

La concordance des temps.

19.

La conjonction cum.

20.

La conjonction ut.

21.

La conjonction dum.

22.

L’attraction modale.

23.

Le style indirect.

24.

Derniers conseils.

CORRIGÉ DES EXERCICES

RECOMMANDATION IMPORTANTE

Si vous désirez tirer de ce cours le maximum de profit, ne consultez jamais le corrigé d’un devoir avant d’avoir fait vous-même le devoir complètement, de manière à bien apercevoir les difficultés de l’exercice proposé. Il est, en effet, plus utile de s’être trompé et de rectifier son erreur, que de ne pas avoir vu qu’on pouvait se tromper. D’ailleurs il faut bien se convaincre que la source essentielle des progrès, c’est l’effort personnel accompli en faisant les devoirs. De là vient que des élèves intelligents et consciencieux retirent souvent un bénéfice inattendu des leçons de professeurs médiocres: c’est leur travail personnel qui les enrichit. Ne vous servez donc de ces corrigés que pour contrôler votre travail, et non pour vous dispenser de l’effort que vous fourniriez si vous aviez à faire un devoir en classe.

PREMIÈRE LEÇON

Amaverunt, 3e pl. parf. indic. = ils aimèrent, ils ont aimé ou ils eurent aimé. — Deestis, 2e pl. prés. indic. de desum = vous manquez. — Obsunt, 3e pl. prés. ind. de obsum = ils nuisent, ils font obstacle. — Fuistis, 2e pl. parf. ind. de sum = vous fûtes, vous avez été ou vous eûtes été. (Dorénavant nous ne donnerons qu’une seule traduction pour les parfaits.) — Legisti, 2e sg. parf. ind. = tu as lu. — Audivere, 3e pl. parf. ind. = ils ont entendu (une autre forme serait audiverunt). — Adest, 3e sg. ind. prés. de adsum = il est présent. — Scripsit, 3e sg. parf. ind. = il a écrit. — Delevimus, 1re pl. parf. ind. = nous avons détruit. — Legistis, 2e pl. ind. parf. = vous avez lu. — Scripserunt, 3e pl. parf. ind. = ils ont écrit (on pourrait avoir aussi scripsere). — Afuit, 3e sg. ind. parf. de absum = il a été absent (notez que le parfait afui n’a pas de b, malgré absum). — Delevit, 3e sg. ind. parf. = il a détruit. — Legere, 3e pl. ind. parf. = ils ont lu. (Une autre forme serait legerunt; legere est aussi la forme de l’infinitif présent actif «lire», mais nous ne l’avons pas encore étudiée.) — Obfuit, 3e sg. ind. parf. de obsum = il a nui, il a fait obstacle. — Amavisti, 2e sg. ind. parf. = tu as aimé. — Adfuistis, 2e pl. ind. parf. de adsum = vous avez été présents. — Abest, 3e sg. ind. prés. de absum = il est absent. — Dees, 2e sg. ind. prés. de desum = tu manques.

2° J’ai été présent = adfui. — Tu as détruit = delevisti. — Ils ont lu = legerunt ou legere. — Vous faites obstacle = obestis — Il a écouté = audivit. — Nous fûmes absents = afuimus (se rappeler qu’il n’y a pas de b au parfait afui de absum). — Tu as écrit = scripsisti. — Nous avons aimé = amavimus. — J’ai manqué = defui. — Il écrivit = scripsit. — Toi, tu as écrit, moi j’ai lu = Tu scripsisti, ego legi. — Je suis = sum. Vous avez détruit = delevistis. — Vous manquez = deestis. — Ils ont fait obstacle = obfuerunt (ou, plus rarement, obfuere). — Il est présent = adest. — Ils ont entendu = audiverunt (ou, plus rarement, audivere). — Nous manquons = desumus. Vous avez été absents = afuistis.

DEUXIÈME LEÇON

Singulier

Pluriel

Nominatif

Magna silva

Magnae silvae

Vocatif

Magna silva

Magnae silvae

Accusatif

Magnam silvam

Magnas silvas

Génitif

Magnae silvae

Magnarum silvarum

Datif

Magnae silvae

Magnis silvis

Ablatif

Magna silva

Magnis silvis

Je, sujet de trouve, nominatif. — Compatriote, complément déterminatif de expérience, génitif. — Vous, compl. direct de a quittés, accusatif. — Jeune, attribut de qui, nominatif, puisque qui est lui-même sujet de a quittés et est par conséquent au nomin. (Bien noter que jeune ne se rapporte pas grammaticalement à compatriote, car les deux mots ne sont pas dans la même proposition: compatriote est dans la principale, jeune est dans la subordonnée relative). — Mondes, c. dir. de avoir vu, accus. — Divers, épithète de mondes, accusatif comme lui, car l’adjectif s’accorde avec le nom en genre, nombre et cas.Vous, compl. d’attribution de enseignerai («je n’enseignerai pas à vous»), datif. — Art, c. dir. d’enseignerai, accus. — Spécialité, sujet de est, nomin. — Etrangère, attribut de spécialité, nomin. (L’attribut se met au même cas que le sujet.). — Vie, c. dét. de terme, gén. — Recettes, sujet de sont, nomin. — Nombreuses, attribut de recettes, nomin. — Objet, c. dir. de poursuivre, acc. — Bien, compl. dir. de poursuivre (ou: apposition à objet), accus. — Semblables, c. dét. de bien, gén. — Patrie, c. dét. de service, gén. — Exceptions, compl. circ. de manière (= avec des exceptions) ou de restriction de est, ablatif. — Mains, c. circ, de lieu, au figuré, de est, ablatif. — Expérience, c. dét. de résultat, gén. — Goût, c. dir. de j’ai eu, acc. — Vie, c. dét. de goût, gén. — Tristesse, c. circ. de manière de verrai, abl. — L', c. dir. de ai goûtée, acc. — Jeunes, c. dir. de félicitant, acc. (Noter qu’ici jeunes est un adjectif pris comme nom, par conséquent il est traité comme un nom.) — Vie, sujet de est, nomin. — Eux, c. circ. de lieu, au figuré, de est, abl. — Excellente, adjectif se rapportant à chose; or chose est attribut de vie, qui est sujet de est. Donc vie, chose et excellente sont tous les trois au nominatif.

TROISIÈME LEÇON

Populus, popule, populum, populi, populo, populo. Populi, Populi, populos, populorum, populis, populis.Niger, niger, nigrum, nigri, nigro, nigro. Nigri, nigri, nigros, nigrorum, nigris, nigris.Verbum, verbum, verbum, verbi, verbo, verbo. Verba, verba, verba, verborum, verbis, verbis.

Laboureur, sujet de voulut;colombe, c. dir. de tuer; — flèche, c. circ. d’instrument de tuer;fourmi, sujet de mordit;laboureur, c. dir. de mordit;flèche, c. dir. de lancer;fourmi, sujet de sauva;colombe, c. dir. de sauva.

Tum agricola voluit occidere columbam sagitta. Formica autem momordit agricolam, non potuit emittere sagittam recte. Ita formica servavit columbam.

QUATRIÈME LEÇON

Homo, homo, hominem, hominis, homini, homine. Homines, hommes, homines, hominum, hominibus, hominibus.Avis, avis, avem, avis, avi, ave. Aves, aves, aves, avium, avibus, avibus.Caput, caput, caput, capitis, capiti, capite. Capita, capita, capita, capitum, capitibus, capitibus.Urbs, urbs, urbem, urbis, urbi, urbe. Urbes, urbes, urbes, urbium, urbibus, urbibus.

Nota. — Les fautes à éviter portent sur le génitif pluriel (thèmes en i, avec gén. pl. en ium: avis, parce qu’il est parisyllabique, et urbs, parce que le radical urb- se termine par deux consonnes), et sur l’accusatif de caput, semblable au nominatif parce qu’il est neutre; ne pas oublier non plus que les pluriels neutres sont en a.

2° Venero, 1er sg. fut. ant. de venire, «venir», dont le parfait est veni (radical ven- + futur simple de sum), «je serai venu.». — Dixerunt, 3e plur. du parf. indic. de dicere, «dire», dont le parf. est dixi, «ils ont dit». — Dixerint, 3e pl. fut. ant. de dicere, «ils auront dit». — Inquit, 3e sg. du parf. ind. inquit, verbe défectif, «il dit». — Venit, 3e sg. parf. ind. de venire, «il est venu». — Veneratis, 2e pl. pl.-q.-parf. indic. de venire: «vous étiez venus». — Possumus, 1re pl. ind. prés. de possum, «nous pouvons». — Estis, 2e pl. prés. ind. de sum, «vous êtes». — Defuit, 3e sg. parf. ind. de desum, manquer, «il manqua». — Aberas, 2e sg. imparf. indic. de absum, «tu étais absent».

3° Le rat des champs et le rat de ville. Un jour le rat de ville invita le rat des champs à dîner. La nourriture était excellente. Mais soudain des chiens aboyèrent non loin, et les convives effrayés coururent dans un trou. Alors le rustique: «Adieu, dit-il, j’aime mieux vivre en sécurité dans ma pauvre cabane de la forêt».

CINQUIÈME LEÇON

Singulier. Nominatif et vocatif: virilis, virilis, virile. Accusatif: virilem, virilem, virile. Génitif: virilis. Datif et ablatif: virili pour les trois genres. (Noter que le génitif, le datif et l’ablatif sont les mêmes pour les trois genres, et que l’ablatif des adjectifs parisyllabiques est en i; revoir à ce propos l’ablatif de civis, nom, qui est cive; mais l’ablatif sg. du neutre parisyllabique mare est mari. Cet ablatif sg. de la 3e déclinaison est difficile.)

Pluriel. Nomin. et accus.: viriles, viriles, virilia. Gén.: virilium. Datif et ablatif: virilibus.

Singulier. Nomin. et acc.: animal magnum. Gén.: animalis magni. Dat.-abl.: animali magno. Pluriel. Nomin., voc. et acc.: animalia magna. Gén.: animalium magnorum. Dat.-abl.: animalibus magnis.

Abessem, 1e sg. subj. imp., «que je fusse absent» ou «je serais absent»; — audiverat, 3e sg. p.-q.-parf. indic., «il avait entendu»; — audiverit, 3e sg. fut. ant., «il aura entendu»; ou subj. parf., «qu’il ait entendu»; — audivisset, 3e sg. subj. p.-q.-parf., «qu’il eût entendu», ou «il aurait entendu»; — adsit, 3e sg. subj. prés., «qu’il soit présent» ou «il serait présent»; — adesset, 3e sg. subj. imparf., «qu’il fût présent» ou «il serait présent»; — adfuisse, infinitif parfait, «avoir été présent»; — aderat, 3e sg. indic. imparf., «il était présent»; — aderit, 3e sg. futur simple de adsum, «il sera présent»; — ades, 2e sg. de l’indicatif présent, «tu es présent»; ou de l’impératif: «sois présent».

Dans cet exercice, il fallait bien se rappeler que le subjonctif peut aussi avoir le sens du conditionnel, et bien analyser les composés de sum: le préfixe n’a aucune action sur le temps, le temps du composé est celui du verbe sum.

4° «Je serais»: conditionnel présent, donc subjonctif présent: sim (si l’hypothèse est encore réalisable), ou imparfait: essem (si l’hypothèse n’est plus réalisable). — «Il aura été», futur ant.: fuerit. — «Qu’il ait été», subj. parf.: fuerit (même forme que le fut. ant.). — «Etre»: esse, — «J’écouterais», condit. prés., donc subj. prés. ou imparf. Comme nous n’avons pas encore étudié les subj. prés. autres que celui de sum, donnons seulement l’imparfait: audirem. — «Que nous eussions écouté», subj. plus-que-parf.: audivissemus. — «Que vous ayez été», subj. parf.: fueritis. — «Vous avez été présents», parf. ind.: adfuistis. — «Qu’ils soient absents», subj. prés.: absint. — «Sois présent», impératif présent: ades.

Esses jam doctus, si audires, sed tua mens semper abest.

Nota. — Dans des exercices de ce genre, on trouve souvent des fautes dues à ce que les élèves ne savent pas bien leur conjugaison française: ils confondent par exemple le futur antérieur j’aurai été, avec le conditionnel passé j’aurais été, etc. Si vous avez oublié tant soit peu votre conjugaison française, revoyez-la très soigneusement.

Dans la dernière phrase, la fin: «ton esprit est toujours absent» montre que l’hypothèse «si tu écoutais» est contraire à la réalité; on emploiera donc l’imparfait du subjonctif, et non le présent. Dans une phrase comme: «Dans un an tu serais savant si tu écoutais bien en classe d’ici là», l’hypothèse serait encore réalisable et on emploierait le présent du subjonctif.

SIXIÈME LEÇON

Fructus, fructus, fructum, fructus, fructui, fructu. Fructus, fructus, fructus, fructuum, fructibus, fructibus.Genu, genu, genu, genus, genui, genu. Genua, genua, genua, genuum, genibus, genibus.

Rapio, rapis, rapit, rapimus, rapitis, rapiunt.Flebam, flebas, flebat, flebamus, flebatis, flebant.

3° Tu nourris: nutris; — vous écoutiez: audiebatis; — il avertit: monet (présent) ou monuit (parfait); — ils lisent: legunt; — nous avertissions: monebamus; — j’aurai détruit (futur antérieur): delevero; — j’aurais aimé (condit. passé = subj. p.-q.-parf.): amavissem; — il aimait: amabat; — tu as aimé: amavisti; — ils écoutent: audiunt; — avoir été: fuisse; — tu seras présent (futur de adsum): aderis; — vous aurez été présents (fut. ant.): adfueritis; — que vous ayez été présents (subj. parf.): adfueritis (notez que le fut. ant. et le subj. parf. ont la même forme, sauf à la 1e pers. sg.); — ils ont été présents: adfuerunt.

Corvus, in arbore insidens, caseum in rostro tenebat. Tum vulpes, odore attracta: «Ave, optime, inquit; Hercule, formosissimus es. Si cantas bene quoque, es sine dubio pulcherrimus incolarum silvae». Stultus corvus cupit praeclaram vocem ostendere et rostrum aperit. Caseus fallit et vulpes subridens praedam statim rapit.

Nota. — On oublie souvent dans cet exercice que vulpes est du féminin, contrairement à renard en français, et que la personne que l’on apostrophe (ici: cher) se met au vocatif.

SEPTIÈME LEÇON

Dies optatus, dies optate, diem optatum, diei optati, diei optato, die optato. Dies optati, dies optati, dies optatos, dierum optatorum, diebus optatis, diebus optatis.

2° Sapientior (masc. et fém.), sapientius (neutre); — sapientissimus, a, um.Nigrior, nigrius;nigerrimus, a, um.Fortior, fortius;fortissimus, a, um.Similior, similius;simillimus, a, um.

Attention aux superlatifs irréguliers; les revoir si on s’est trompé.

Implebo, implebis, implebit, implebimus, implebitis, implebunt.Dicam, dices, dicet, dicemus, dicetis, dicent,

Rapies, fut., «tu voleras»; — cantes, subj. prés., «que tu chantes» ou «tu chanterais»; — cantas, ind. prés., «tu chantes»; — cantabas, imparf. indic., «tu chantais»; — cantares, subj. imparf., «que tu chantasses» ou «tu chanterais»; — raperes, subj. imparf., «que tu volasses» ou «tu volerais»; — rapiebas, ind. imparf., «tu volais»; — cantabis, fut., «tu chanteras»; — fleas, subj. prés., «que tu pleures» ou «tu pleurerais»; — fles, indic. prés., «tu pleures»; — fleretis, subj. imparf., «que vous pleurassiez» ou «vous pleureriez»; — flebitis, fut., «vous pleurerez»; — nutriam, fut. ind., «je nourrirai», ou subj. prés., «que je nourrisse» ou «je nourrirais»; — nutriat, subj. prés., «qu’il nourrisse» ou «il nourrirait»; — nutriet, fut., «il nourrira».

Attention aux confusions possibles entre les futurs et les subjonctifs présents.

5° Beaucoup de jeunes filles romaines avaient de jolis visages. — Ni le frémissement des flots, ni l’assaut des vents n’effrayent les matelots habiles. — Les bons citoyens obéissent aux lois. — Le vent remue les branches du chêne. — Les chevaux labourent les champs et traînent les chariots. — Le haut chêne est tombé à terre. — La pauvreté n’effraye pas le poète. — Nous nous reposons volontiers à l’ombre des hautes branches. — Les soldats désirent toujours la victoire. — Les Romains avaient établi des lois sages.

HUITIÈME LEÇON

Rara avis, rara avis, raram avem, rarae avis, rarae avi, rara ave. Rarae aves, rarae aves, raras aves, rararum avium, raris avibus, raris avibus.

Vos video;me vides;se videt;nos videmus;mihi suum equum dat;tibi equum do;vobis equos do;sum vobiscum;non sum optimus vestrum.

Attention au cas des pronoms. Dans: «Il me regarde», me est compl. dir., accus.; — dans «il me donne», me est compl. d’attribution, datif.

Bene scribere est difficile (neutre, parce que l’infinitif est considéré comme un nom neutre). — Conserva cupidinem discendi (l’infinitif compl. dét. d’un nom se met au gérondif-génitif en di). — Equus est aptus currendo (gérondif-datif en do après aptus). — Laboro ad vivendum (pour = ad et gérondif-accusatif en dum). — Video horribile dictu (supin en u après les adjectifs qui marquent une impression; — le neutre de l’adjectif traduit à lui tout seul: chose; — on pourrait d’ailleurs le remplacer par: rem horribilem; res est du féminin, d’où l’adjectif aussi au féminin en accord avec res).

Rapiens, rapturus;delectans, delectaturus;puniens, puniturus;flens, fleturus;scribens, scripturus.

Attention à bien distinguer le radical et la terminaison, par exemple fleo, rad. fl., comme moneo, rad. mon.; bien former le partic. fut. avec le radical du supin.

Puella in umbra altae quercus quiescebat. Secum pulchrum canem habebat. Videbat in agris vicinis equos arantes terram. In via pastor cum agnis suis ad vicum reveniebat.

Ne pas oublier que: quercus, «chêne», est fém. en latin; que «se reposer» se traduit par un verbe non pronominal en latin; que «elle» pour représenter le sujet se traduit par le réfléchi se, et que cum se place après se; que le participe présent s’accorde en latin, contrairement au français.

NEUVIÈME LEÇON

Juppiter, que l’on écrit aussi Jupiter, avec un seul p, a pour génitif Jovis, sur lequel on décline naturellement les autres cas: Jovem, Jovi, Jove. En réalité, le nominatif est composé du radical Jov- et de pater, titre de respect donné au «père des hommes et des dieux», comme on l’appelle souvent.

Deorum. La déclinaison de deus offre plusieurs particularités. Le vocatif est deus, contrairement à Domine. Miserere mei, Deus: «aie pitié de moi, mon Dieu»; formule fréquente dans la liturgie.

Au pluriel, on retrouve la même particularité que dans la déclinaison de is, ea, id, c’est-à-dire qu’on a: nominatif: dei, ou dii; dat.-abl.: deis ou diis, comme on avait ei ou ii, eis ou iis. Parfois même, par contraction, on a di et dis, pour dii et diis.

Remarquez tout de suite de quel profit peuvent vous être des lectures approfondies comme celles que nous faisons aujourd’hui. Presque chaque mot nous offre matière, soit à apprendre un détail nouveau, soit à revoir un détail déjà vu, mais plus ou moins oublié. Peu à peu, grâce à la répétition, tous ces détails de mots et de tournures vous deviendront aussi familiers — ou presque — que les mots français dont vous vous servez tous les jours.

Hominum. Homo, hominis signifie «un être humain»: homme, femme ou enfant. Vir, viri, au contraire, signifie: «un homme en tant que mâle»: cf. en français la différence entre humanité et virilité: «Les faiblesses de l’humanité», et «La virilité du caractère».

Pater, gén. patris, «père» (cf. franç.: paternel, etc.) fait au génitif pluriel patrum, sans i, Pourtant ce nom est parisyllabique, mais ce n’est pas un thème en i.

On a de même dans mater, matris, «mère»: matrum; dans frater, fratris, «frère»: fratrum.

Deorum et hominum pater et rex, «père et roi des dieux et des hommes», est un titre accolé à Jupiter. C’est ce qu’on appelle grammaticalement une apposition.

Cum = «avec»; il est suivi de l’ablatif. Nous avons déjà vu, à propos de Dominus vobiscum, «que le Seigneur soit avec vous», et de: un vade mecum, un «viens avec moi», c’est-à-dire un objet dont on ne se sépare jamais, que cette préposition se place après les pronoms personnels.

Ceteris. L’adjectif ceteri, ae, a, presque toujours au pluriel, signifie «tous les autres». La locution: et cetera, «et toutes les autres choses, et tout le reste», a passé en français, en anglais…​ etc.: c’est bien le cas de le dire.

Deis: on aurait pu avoir, selon ce que je viens de dire: deis, diis ou dis.

In = «dans» ou «sur», selon le sens. Ici, naturellement: «sur».

Sedet, de sedeo, es, 2e conjugaison. Nous retrouvons ce mot dans le français résider, résidence. Sedeo signifie soit: «être assis», soit: «siéger, résider». Siège a les deux sens de sedeo, dont il vient: une chaise pour s’asseoir; et l’endroit où on réside.

«Jupiter se tient sur l’Olympe, avec tous les autres dieux».

Cinctus: participe passé de cingere, o, is, cinxi, cinctum: «ceindre, entourer». Je vous rappelle que cinxi est le parfait, et cinctum le supin. Ce sont les temps primitifs que l’on donne toujours avec l’infinitif et les deux premières pers. sing. de l’indicatif présent.

Nubibus, abl. pl. de nubes, nubis, «nuage». Ablatif, parce que complément circonstanciel de manière: «entouré de nuages».

Fulmina, accusatif plur. neutre de fulmen, inis, «foudre, éclair». Saisissons l’occasion de rappeler une fois de plus que tous les pluriels neutres sont en a. Les noms neutres en en, inis, sont très nombreux. De fulmen vient en français fulminer: «lancer des éclairs» (au figuré).

Gerit, du verbe fréquent gerere, o, is, gessi, gestum: «porter» (ici) et aussi (ailleurs) «faire»: gerere bellum = «faire la guerre». Notre mot geste en vient: c’est ce que l’on fait.

Quae, accus. pl. neutre de qui, quae, quod, pronom relatif. C’est le complément direct de excudunt.

«Il porte dans sa main les éclairs, que Vulcain et ses aides les Cyclopes forgent dans les antres fumants de l’Etna».

Ejusque. Je crois que c’est la première fois que nous rencontrons ce que, qu’il ne faut pas confondre avec le pronom relatif quae. Que est toujours collé à la fin d’un mot, et fait corps avec lui. Il signifie et, placé avant le mot qu’il suit. On dit indifféremment pater et mater, ou pater materque.

Ejus, génitif de is. «Vulcain et les aides de lui», c’est-à-dire «ses aides».

Les Cyclopes sont bien connus. Ce sont des colosses qui n’ont qu’un œil au milieu du front, ce qui, entre nous, devait leur faire une figure assez peu esthétique.

Specubus, abl. plur. de specus, us, 4e déclin.: «caverne». Manus, type de la 4e, fait à l’abl. manibus. On devrait donc avoir specibus. Mais quelques noms de la 4e déclin., dont specus, ont l’abl. pl. en ubus. Il n’y a d’ailleurs pas là matière à confusion.

«Il (Jupiter) a pour frères Neptune et Pluton, et il a partagé avec eux l’empire du monde». Fratres est un attribut de Neptune et Pluton, et se met par suite au même cas qu’eux, c’est-à-dire ici à l’accusatif.

His, ablatif pluriel de hic. Divisit: parfait de dividere, o, is, divisi, divisum, d’où le mot français division. Remarquons à ce propos que beaucoup de mots français sont formés du supin.

«Le ciel et la terre sont tombés en partage à Jupiter, les mers à Neptune, les enfers à Pluton».

Cesserunt est à la fin de la phrase: c’est la place la plus normale du verbe en latin. C’est le parfait de cedere, o, is, cessi, cessum. Ce verbe, fréquent, signifie proprement «marcher». Ici, nous pourrions employer, pour traduire, une locution analogue à ce verbe «marcher»: «le ciel et la terre sont revenus à Jupiter». Cedere a encore le sens de «céder», c’est-à-dire s’écarter de quelque chose pour le laisser à un autre: cedere cubiculo alicui, «céder sa chambre à quelqu’un», c’est exactement s’en aller de sa chambre (d’où l’ablatif, qui marque toujours éloignement) pour quelqu’un.

Les verbes composés de cedere sont nombreux: procedere, «s’avancer»; — succedere, «s’avancer pour prendre la place de quelqu’un», c’est-à-dire «succéder» à quelqu’un; — accedere, «marcher vers», d’où «accéder»; — decedere, «sortir», d’où, en sous-entendant l’ablatif vita, «sortir de la vie», «décéder».

Comme vous le voyez, c’est un verbe sur lequel il y a beaucoup à dire.

Maria, plur. de mare, is, dont la déclinaison a déjà retenu toute notre attention: gén. pl. marium, abl. sing. mari.

«A chacun des autres dieux et déesses est son office», c’est-à-dire en bon français: «Chacun des autres dieux et déesses a son rôle».

Cuique, datif de quisque, «chacun». Dans ce mot, seul quis se décline.

Alius, a, ud, pronom-adjectif, «autre», a le neutre en d, le gén. en ius, et le datif en i, comme tout pronom adjectif qui se respecte: alius, alii. Alter, a, um, signifie aussi «autre». Mais il ne s’emploie que quand on parle de deux personnes ou de deux choses, tandis qu'alius s’emploie quand on parle de plus de deux.

Vel: «ou, ce qui revient au même». L’autre mot qui signifie ou est aut; il sert, au contraire, à distinguer nettement deux idées: aut dii sunt, aut non sunt: «ou bien il y a des dieux, ou bien il n’y en a pas». Notez en passant la tournure: «des dieux sont» = «il y a des dieux».

Lucis, gén. de lux, «lumière», a donné en français de nombreux mots: lucide, etc.

Idemque gaudet: «et le même (Apollon) aime», c’est-à-dire «et il aime aussi». Notez bien ce sens de idem, qui est fréquent.

Gaudet, du verbe gaudere, eo, es, «se réjouir», qui fait au parfait gavisus sum. Ce verbe est donc actif aux temps formés du présent, et déponent aux temps formés du parfait. Je vous rappelle qu’un verbe déponent est un verbe qui se conjugue au passif, mais qui a le sens actif. Gaudere est donc à moitié déponent; on dit couramment: c’est un verbe semi-déponent. Les semi-déponents sont fort rares.

Favet, de faveo, es, favi, fautum, «favoriser». Remarquons que de fautum, supin, vient le mot français: un fauteur, «celui qui favorise», surtout employé dans cette locution: «un fauteur de désordre».

Le verbe favere gouverne le datif (ici: poetis). C’est donc un exemple d’un verbe qui, en français, a un complément d’objet direct, et qui cependant n’admet pas un accusatif en latin. Ce cas arrive quelquefois.

«Phébus ou Apollon, fils de Jupiter, est l’auteur de la lumière; il aime aussi la cithare et le chant, et favorise les poètes».

Virtutis, gén. de virtus, signifie quelquefois «vertu», mais plus souvent «courage, valeur, mérite»; il s’applique surtout à la valeur militaire.

Armorum, gén. plur. de arma, nominatif pluriel neutre qui n’a pas de singulier, «les armes». Il y a en latin ainsi des mots qui ne s’emploient pas au singulier. En français, cf. funérailles, par exemple.

«Le dieu de la vaillance et des armes est Mars, qui tient la lance et le bouclier» ou mieux: «qui tient une lance et un bouclier».

«Mercure exécute sur la terre les commissions de Jupiter et des dieux, et il est le patron des marchands».

Terris, abl. plur. de terra, ae. Nous disons «la terre», au singulier, mais le latin dit terrae, au pluriel, pour désigner «le monde»; terra désigne le sol, la terre en tant que matière, ou la terre en tant que «globe terrestre».

Le pluriel vient sans doute de ce que les Latins pensaient: les différents pays.

Après avoir bien compris le détail d’une explication, il vous est vivement recommandé de relire le texte latin, lentement, en entier, en vous remémorant mentalement, au passage de chaque mot, les remarques qui ont été faites dessus.

*
*   *

Ille vir fortis, ille vir fortis, illum virum fortem, illius viri fortis, illi viro forti, illo viro forti. Illi viri fortes, illi viri fortes, illos viros fortes, illorum virorum fortium, illis viris fortibus, illis viris fortibus.

DIXIÈME LEÇON

Singulier

Nominatif:

quidam

quaedam

quoddam

Accusatif:

quemdam

quamdam

quoddam

Génitif:

cujusdam

Datif:

cuidam

Ablatif:

quodam

quadam

quodam

Pluriel

Nominatif:

quidam

quaedam

quaedam

Accusatif:

quosdam

quasdam

quaedam

Génitif:

quorumdam

quarumdam

quorumdam

Datif:

quibusdam

Ablatif:

quibusdam

Nota. — Quoddam est adjectif; le pronom («une certaine chose») est quiddam.

Audiar, audieris (ou audiere), audietur, audiemur, audiemini, audientur.Capiar, capiaris (ou capiare), capiatur, capiamur, capiamini, capiantur.Legebar, legebaris (ou legebare), legebatur, legebamur, legebamini, legebantur.Monerer, monereris (ou monerere), moneretur, moneremur, moneremini, monerentur.

Puella quam video est pulchra.Puella cujus vultum video a matre amatur.Miles de quo loquor est fortis.Milites quorum dux eram fortes erant.Animalia quae video asini sunt.Discipuli quibus loquor me semper audiunt.

Attention à bien analyser les pronoms relatifs: genre et nombre de leur antécédent, mais cas voulu par leur fonction à eux. — Dans: «le soldat dont je parle», bien remarquer que dont n’est pas complément déterminatif d’un nom (génitif), comme dans: «dont je vois le visage»; il signifie: au sujet duquel je parle: de quo. Ne pas employer le datif, qui signifierait: à qui je parle.

4° Le chapitre des déesses était court…​ et gracieux par son sujet.

Je ne reviens pas sur Jupiter (gén. Jovis).

Duxit est le parfait de ducere, o, is, duxi, ductum, «conduire». Ce verbe est fréquent. Il a donné de nombreux composés: conducere, d’où nous avons tiré «conduire» et «conducteur»; adducere, d’où «adduction» (d’eau); reducere, «réduire»; seducere, «séduire»; deducere, «déduire». Il est remarquable aussi par son impératif présent: duc, sans e, contrairement à lege. Il y a ainsi quatre impératifs irréguliers sans e: dic, de dicere, «dire»; duc; fac, de facere, «faire»; et fer, de ferre, «porter». Ces deux derniers se trouvent dans des formules liturgiques connues: Domine, salvam fac Rempublicam. «Seigneur, sauvez la République»; et Da robur, fer auxilium: «donne-nous de la force, porte-nous secours» (fin du Chant O salutaris, que beaucoup de compositeurs ont mis en musique).

«Jupiter prit Junon pour femme».

Ducere uxorem = mot à mot «conduire, emmener comme sa femme». Cette tournure vient de ce que, dans la cérémonie du mariage romain, on simulait un rapt: le fiancé était censé «enlever» sa fiancée et la conduire chez lui. Notez qu’il n’y a aucune préposition ni conjonction devant uxorem, bien que nous traduisions «pour femme». On dit de même: «Les Siciliens choisirent Cicéron pour avocat»: Siculi elegerunt Ciceronem patronum. Uxorem, patronum, sont des attributs de Junonem, Ciceronem.

Conubium, conubii, neutre = «mariage». On a ici le gén. plur., complém. dét. du nom deam, déesse.

Dea, «déesse», a une déclinaison régulière. Mais, comme au datif et à l’ablatif pluriel deis est la même forme pour dea et pour deus, si on veut spécifier qu’il s’agit de déesses, on remplace deis par deabus, forme imitée de la 3e déclinaison. On trouvera par exemple: cum omnibus deis et deabus, «avec tous les dieux et toutes les déesses». Même remarque pour filia, «fille», qui peut faire filiabus, pour éviter une confusion avec filiis, de filius, «fils». Dixit filiis et filiabus: «il dit à ses fils et à ses filles».

Mais ces emplois sont fort rares.

Cui: vous reconnaissez le dat. sing. de qui, quae, quod.

Le sujet de dedit, «il», c’est toujours Jupiter. Dedit est le parfait de dare, o, as, dedi, datum, «donner». «Junon, déesse des mariages, à qui il a donné comme servante Iris».

Seu, ou sive (on trouve les deux formes) veut dire: ou. On trouve souvent sive…​ sive…​ dans le sens de: «soit…​ soit…​»

Nunc dea bellatrix, nunc pacis amantissima; nunc répété = «tantôt…​ tantôt…​» On peut employer dans le même sens: modo…​ modo…​

Bellatrix vient de bellum, i, «la guerre»: cf. français belliqueux.

Pacis, gén. de pax, «la paix»; français: pacifique, etc…​

Amantissima; exemple de superlatif d’un participe présent: «très amateur», «aimant beaucoup».

Artium, gén. pluriel de ars, artis; le radical terminé par deux consonnes (art) montre que le thème est en i.

Inventrix; le masculin est inventor. Cf. français: acteur, actrice.

Athenis: ablatif, parce que complément circonstanciel de lieu: «à Athènes».

Athenisque = et Athenis.

Honore: ablatif de honos, honoris. «Minerve ou Pallas, fille de Jupiter, tantôt déesse guerrière, tantôt grande amie de la paix, a inventé beaucoup d’arts, et est honorée surtout à Athènes».

Venus, génitif Veneris. Praestat, de praestare, où on retrouve le préfixe prae, «devant, à la tête de»: «l’emporte sur», verbe après lequel on met le datif: omnibus (de omnis) deabus, mot vu quelques lignes plus haut. Forma est à l’ablatif, comme complément circ. de manière. Forma = «beauté». Formosus = «beau».

«Vénus l’emporte en beauté sur toutes les déesses».

Autem: «quant à», se met toujours après le premier mot de la phrase.

Protegit: le verbe est à la fin de la phrase, c’est normal.

«Quant à Cérès, elle protège les moissons; Vesta protège les foyers et les pénates.»

Moisson: messis, is, 3e déclin. Messidor, dans le calendrier révolutionnaire aux noms si évocateurs, était le mois des moissons.

Focus, i, 2e déclin. = «foyer». Pénates, «les génies domestiques», a fini par signifier tout simplement la «maison».

Praeest, de praesum, praeesse, «être à la tête de». Voilà deux fois de suite que nous rencontrons le préfixe prae. Venatus, us, 4e déclin. = «chasse». Venando, gérondif en do, de venari, «chasser», verbe déponent. Nous avons vu que le gérondif est une sorte de déclinaison du verbe: le gérondif en di sert de gén., le gérondif en do sert de datif et d’ablatif. Ici, c’est l’ablatif: «en chassant», compl. circ. de manière.

«Diane, fille de Jupiter, préside à la chasse, et parcourt, en chassant, les monts et les bois».

La dernière phrase commence par des accusatifs, c’est-à-dire des compléments directs. Le seul nominatif est Graeci, c’est donc le sujet du verbe orabant et du verbe colebant (colere, o, is, colui, cultum).

«Les Grecs priaient aussi (quoque) et honoraient les Muses, les Nymphes, les Naïades, et de nombreux dieux dans tous les événements de la vie».

ONZIÈME LEÇON

1° Tu pouvais: poteras; — il sera utile: proderit; — que nous puissions: possimus; — vous avez pu: potuistis; — nous sommes utiles: prosumus; — ils ont été utiles: profuerunt; — ils auront été utiles: profuerint; — qu’ils aient été utiles: profuerint; — vous aurez pu: potueritis; — que vous ayez pu: potueritis.

Singulier. Nom. voc. acc.: id animal; gén.: ejus animalis; datif: ei animali; ablatif: eo animali.Pluriel. Nom. voc. acc.: ea animalia, génitif: eorum animalium; datif-ablatif: eis ou iis animalibus.

3° La version que je vous avais indiquée dans cette leçon était particulièrement facile à comprendre, d’abord parce qu’elle parlait de légendes bien connues, ensuite parce qu’elle se composait d’une énumération, sans aucune complexité de construction grammaticale.

Non tantum…​ sed etiam…​ «Non seulement, mais encore». C’est une locution fréquente. A la place de tantum, on a souvent modo, ou solum, toujours avec le même sens. Remarquez en passant que cet emploi de tantum diffère complètement de celui que nous verrons dans une prochaine leçon de grammaire: «tant» ou «autant». Tantum laborat: «il travaille tant». Tantum aquae: «tant d’eau».

Quorum, gén. plur. masc. de qui, compl. déterm. du superlatif clarissimi: «dont les plus célèbres».

«Non seulement les dieux, mais aussi les héros (demi-dieux) étaient en honneur», ou, en meilleur français: «Les Grecs n’honoraient pas seulement les dieux, mais aussi les héros, dont les plus célèbres sont Hercule, Persée, Bellérophon et Jason».

Duodecim: douze. Nous apprendrons bientôt les noms de nombre.

Labor, laboris, masculin, comme tous les noms en or, sauf de très rares exceptions. Labor = «travail, labeur». En anglais, «Labour Party» veut dire: «Parti travailliste», et non pas: «Parti des laboureurs».

Perfecit est le parfait de perficio, composé de facere, facio, is, feci, factum, «faire». En composition, l'a se change en i, d’où perficio, au présent; et en e au supin: perfectum. Per indique, en général, l’idée de «à travers»: nous le verrons bientôt à propos des questions de lieu: transeo per Romam, «je passe à travers Rome». De l’idée de «à travers», on passe facilement à l’idée de «jusqu’au bout», puis «complètement», sens que per a souvent en composition, comme ici: perficere, «faire jusqu’au bout»; de là notre français parfaire, et l’adjectif parfait.

Hercule est un dieu particulièrement populaire. On dit encore de nos jours: «c’est un Hercule»; «une force herculéenne». Les Latins employaient fréquemment comme juron (juron correct, d’ailleurs, comme notre «parbleu») Hercule, ablatif: «par Hercule», souvent contracté en Hercle.

Ictu, ablatif de ictus, 4e déclin.: «coup».

Humi: génitif-locatif, dont nous parlerons dans la prochaine leçon: «à terre».

Stravit: parfait de sternere, o, is, stravi, stratum, «étendre».

Il y a un certain nombre de verbes irréguliers en latin, comme vous voyez. Il est bon de les connaître, pour ne pas être embarrassé par des formes venant du parfait ou du supin. A ce propos, je vous signale que certains dictionnaires donnent les principaux parfaits et supins dans la liste générale des mots, tandis que d’autres en ont fait une liste spéciale en tête du dictionnaire.

Ejus, «de lui», pour dire: «sa» (peau). On ne peut pas employer ici suus, parce que la peau n’est pas celle du sujet Hercule.

Cepit parfait de capere, io, is, cepi, captum, «prendre». Ne pas confondre le parfait cepi avec le parfait coepi, «j’ai commencé», qui n’a pas de présent. On appelle «défectifs» (même origine que «défaut»), les verbes comme coepi, qui ne se conjuguent pas à tous les temps.

Lacus, génitif de la 4e déclinaison.

Transfixit, parfait de transfigere, o, is, fixi, fixum, «transpercer».

Pedibus, de pes, pedis, «pied». Ablatif, complément de manière de praeditam: «douée de pieds d’airain».

Derivato Alphaeo. Nous avons ici une tournure fréquente, appelée ablatif absolu. C’est un complément circonstanciel accompagné d’un participe, le tout à l’ablatif. Exemple: «La ville ayant été prise, l’ennemi se retira»: urbe capta (abl. abs.), hostis discessit. «L’ouvrage fini, le laboureur se repose»: opere finito, agricola quiescit. — Parfois, il n’y a pas de participe exprimé: c’est que le participe présent du verbe être est alors sous-entendu. On ne peut pas l’exprimer pour une bonne raison: c’est qu’il n’existe pas, ainsi que je vous l’ai dit quand nous avons étudié le verbe être. Exemple: Cicerone consule: «Cicéron étant consul», — ou plus élégamment: «sous le consulat de Cicéron».

Dans la plupart des cas, il conviendra de changer la tournure en français, car nous n’employons les participes présents que très rarement. «Après avoir pris la ville, l’ennemi se retira. Quand il a fini son travail, le laboureur se repose. Sous le consulat de Cicéron…​, etc.». Ici: «en détournant le cours de l’Alphée». En et le participe présent, sorte de gérondif français, est une tournure française courante, contrairement au participe présent employé seul.

Purgavit. Le verbe purgare, «nettoyer», nous a laissé le mot purger, «nettoyer l’intestin», cher aux médecins de Molière. On dit aussi: «purger une hypothèque», c’est-à-dire la laver, la faire disparaître, en la remboursant. «Expurger un texte», c’est le nettoyer aussi, en n’y laissant rien de choquant.

Vincere, vinco, is, vici, victum, «vaincre», est un verbe fréquent. Le radical du présent nous a donné «vaincre», et le supin: «victoire, victorieux», sans compter le prénom «Victor», d’heureux présage…​ Il ne faut pas confondre vincere avec vincire, io, is, vinxi, vinctum (n partout), qui signifie «lier», d’où le mot vinculum, «lien»; — ni avec vivere, «vivre», qui fait vivo, is, vixi, victum: ce supin nous a donné en latin victus, us, 4e déclinaison, «vivres», d’où le français victuailles.

On place quelquefois sur l'a de aurea et de mala, une demi-circonférence inférieure: c’est le signe que la voyelle est brève. Les neutres pluriels sont en a bref, comme le nominatif singulier de la 1re déclinaison: rosă. Au contraire, l’ablatif singulier de la 1re déclinaison: rosā est en ā, ainsi que nous l’avons vu récemment. Pour indiquer que l'a est long, on le surmonte d’un trait horizontal.

Ces traits et ces demi-cercles sont des signes purement conventionnels que les éditeurs mettent pour faciliter le travail aux élèves. Mais il ne faudrait pas croire qu’on les trouve dans les textes latins.

Rapuit mala aurea horti Hesperidum: «Il enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides».

Mālum = «pomme», quand l'a est long. Mălum, avec un a bref = «un mal, un malheur». Ne pas confondre…​

Aureus, a, um, est l’adjectif formé de aurum, «or». La formation est analogue à celle de l’adjectif français doré, mais aureus indique la matière et pas seulement l’aspect.

Hortus, i, m., «jardin», nous a donné horticulture et ses dérivés.

Humeris, sans préposition, complément de moyen: «par ses épaules». On aurait pu avoir aussi: in humeris.

Pro gouverne toujours l’ablatif. Il signifie: «à la place de». Si on veut indiquer «en faveur de qui» on agit, on se sert simplement du datif. «Je travaille pour mes enfants»: liberis meis laboro.

Vinctum, participe passé de vincire, «lier», dont nous venons justement de parler.

«Hercule accomplit douze travaux: d’un coup de massue, il étendit à terre le lion de Némée, et il revêtit sa peau (et il se fit un manteau de sa peau); il décapita l’hydre de Lerne; il prit vivant le sanglier d’Erymanthe; il transperça de ses flèches les oiseaux du lac Stymphale; il dépassa à la course la biche aux pieds d’airain; en détournant l’Alphée, il nettoya les écuries d’Augias; il vainquit les Amazones; il tua le monstre Géryon; il enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides; il porta la terre sur ses épaules, à la place d’Atlas; il étrangla Antée, fils de la Terre; enfin, il descendit aux enfers, ramena Cerbère enchaîné, et délivra Thésée».

Comes, comitis, «compagnon», nous a donné en français plusieurs mots: comte: primitivement: «compagnon du roi»; et comité: «réunion de compagnons».

Contulit, parfait de confero, fers, ferre, supin collatum. Le changement de l'n, ou plus exactement de l'm, car con- est mis pour cum, en l devant un l est un phénomène fréquent, nommé assimilation, ou allitération. Notez que dans ces deux mots, le d de ad est lui-même assimilé à s (assimiler), puis à l (allitération).

Conferre beneficium, «apporter, répandre un bienfait». In et l’accus., parce qu’il y a mouvement vers la personne qui reçoit le bienfait.

Occidendo, gérondif en do, ablatif: «en tuant».

«Thésée, compagnon d’Hercule, rendit un très grand service aux Athéniens en tuant le Minotaure. Ce monstre était semblable (ressemblait) par son corps, à un homme; par sa tête, à un taureau».

Je suppose que vous avez bien vu la construction: Hoc monstrum erat simile (neutre de similis) homini (datif), «à un homme»; corpore (abl.) «par le corps»; tauro (datif) «à un taureau»; capite (abl. de caput, itis, n.) «par la tête».

«Enfermé dans le Labyrinthe de Crète, il dévorait chaque année sept jeunes gens».

Quos, accus., compl. dir. de exigebat, «que Minos (c’était le roi de Crète) exigeait des Athéniens». L’emploi de ab après exigere est normal, puisque ab est la préposition de l’éloignement. Exiger quelque chose de quelqu’un, c’est bien éloigner de lui quelque chose.

Ob = «à cause de», veut l’accusatif: «à cause de son fils Androgée tué par eux».

Interfectus, part. passé de interficere, «tuer».

Ab eis, «par eux». Le complément d’un verbe passif, quand c’est un nom de personne, se met à l’ablatif avec a ou ab. Exemple: «Je suis aimé par Dieu»: amor a Deo. Si le complément est un nom de chose, on emploie l’ablatif seul: «Je suis accablé par le chagrin»: maerore conficior (de maeror, is, m.).

«Mais, tandis que Thésée (dum Theseus) revient (de redeo) vainqueur, il ne se souvient pas (non meminit) de suspendre au mât (malus, i) des voiles (velum, i, n.) blanches, annonce (indicium, i, n.) de la victoire, et son père, Egée, apercevant (part. prés. de aspicere, io, is) des voiles noires crut (credidit, parfait de credere, o, is) que son fils était mort, et, accablé (confectus, part. passé de conficior, is, ere) par la douleur il se jeta (se projecit) dans la mer (mare, accus., parce qu’il y a mouvement) qui, pour cette raison (propterea) fut appelée (dictum est) (parfait passif de dicere, o, is, dixi, dictum, dire) Egée».

Credidit filium mortuum esse. Nous avons ici un exemple de proposition infinitive. Après les verbes qui signifient dire, croire, penser, le latin emploie toujours l’infinitif. En français, nous pouvons dire: «cet homme croit qu'il est savant (indicatif), ou: «croit être savant» (infinitif). Le latin n’a pas le choix: il emploie toujours l’infinitif et, ce qui est plus curieux, il met le sujet de cet infinitif à l’accusatif. Cette tournure est, vous le voyez, très différente de nos habitudes françaises, et l’emploi d’un sujet à l’accusatif a de quoi renverser toutes vos idées sur l’emploi des cas.

«Je crois que Dieu est saint»: credo Deum esse sanctum. «Je dis que la terre est ronde»: dico terram esse rotundam. Notez que les attributs: sanctum, rotundam, s’accordent toujours avec le sujet.

Nous reviendrons sur cette «proposition infinitive».

DOUZIÈME LEÇON

Doctior, doctius;doctissimus, a, um.Acrior, acrius;acerrimus, a, um.Melior, melius;optimus, a, um.Magis praecipuus, maxime praecipuus.Similior, similius;simillimus, a, um.

Si vous avez fait des fautes, revoyez soigneusement la leçon sur les superlatifs irréguliers.

2° Je suis allé, ivi ou ii (remarquez en passant cet exemple d’un passé actif conjugué avec le verbe auxiliaire être; ne pas confondre de semblables parfaits actifs avec des présents passifs); — il sortait: exibat; — va: i (notez ce monosyllabe, qui figure dans la formule de l’absolution catholique: I in pace, fili, «va en paix, mon fils»); — qu’il sorte: exeat; — nous irions: eamus ou iremus; — il était revenu: rediverat ou redierat; — vous avez abordé: adivistis, adiistis ou adistis (notez cette contraction); — video pueros euntes ad scholam (ne pas oublier de faire accorder le participe présent avec le nom; revoir, si on l’a oublié, le participe présent de ire: iens, euntis); — devoir aller: iturus esse (infinitif futur).

Perseus. Il ne faudrait pas, dans une autre version, confondre ce héros avec un autre Perseus, qui fut roi de Macédoine au deuxième siècle avant notre ère, et qui fut vaincu par le consul Paul-Emile.

Capite caeso. Encore un ablatif absolu, qui est décidément une tournure fréquente. Il s’agit d’un complément circonstanciel, accompagné d’un participe. De caput nous avons plusieurs dérivés: chef, notamment (le latin ca devient normalement en français che: par exemple, caballus est devenu cheval). Le mot capital est d’origine savante, c’est-à-dire calqué par les savants modernes sur le mot latin, au lieu d’avoir été peu à peu déformé par la prononciation populaire au cours des siècles. Deux mots synonymes, dont l’un est de formation savante, et l’autre de formation populaire, s’appellent des doublets. Le doublet de capital est cheptel, qui signifie: «troupeau» (cheptel vif) ou «machines» (cheptel mort) existant dans une ferme.

Mais, quel que soit l’intérêt de ces questions d’étymologie, ne nous laissons pas entraîner trop loin de caput.

Insidens, part. prés. de insideo, «être assis sur». Ici, pour un cavalier, on dira «monté sur». Ce verbe est composé de in, «sur», et de sedeo. En composition, e, comme d’ailleurs a, se change souvent en i. Nous avons déjà vu perficere, venant de facio.

Sedeo, «être assis», fait au parfait sedi. Tout voisin est le verbe sidere, o, is, sedi aussi au parfait, qui signifie «s’asseoir». La différence entre ces deux verbes est la suivante: sedeo indique qu’on est assis (verbe d’immobilité), et sidere, qu’on s’assied (verbe de mouvement). La différence se retrouve dans tous les composés. A côté de insideo, «être assis» (mouvement achevé), que nous avons ici, on a insido, «se placer sur» (mouvement en train de se faire).

Equo alato est une apposition à Pegaso, par suite, au même cas que lui.

Nato, ablatif toujours, donc se rapportant à equo; c’est le part. passé du verbe nascor, nasceris, nasci, natus sum, verbe déponent qui signifie «naître».

De, préposition qui veut l’ablatif. De signifie ou bien: «de haut en bas»: descendere, «descendre»; ou bien: «venant de», pour indiquer notamment l’origine, comme c’est le cas ici: «né du sang de la Gorgone». Enfin nous avons vu le sens: «au sujet de», lorsqu’il s’agit par exemple de traduire un titre de chapitre, de livre, etc.

Sanguis, inis, m., «sang». Remarquez la place de Gorgonis, avant sanguine. C’est l’habitude générale: le complément se met avant le mot complété. Tout à l’heure, nous avions: Medusae capite; Pegaso insidens, etc. Notez toutefois que ce n’est qu’une habitude générale, car, comme je l’ai dit au début du cours, il n’y a pas d’ordre fixe des mots en latin.

Terrarum orbis: mot à mot: «le cercle des terres», c’est-à-dire «la terre», «le monde».

Virgo, virginis: «la jeune fille». Ce mot nous a donné: vierge, et virginal.

Servavit, de servare, qui signifie «sauver»; nous l’avons en français dans conserver, préserver. Il ne faut pas le confondre avec servire, qui signifie «être esclave», «servir» dans le sens de «être en servitude».

Ducere uxorem: «prendre pour femme», a déjà été vu au chapitre premier: «Jupiter prit Junon pour femme».

«Persée, après avoir coupé la tête de Méduse, monté sur Pégase, cheval ailé né du sang de la Gorgone, parcourut le monde, et sauva la jeune Andromède, qu’il prit pour femme».

Postea, adverbe composé de post, «après», préposition qui gouverne l’accusatif.

De post, nous avons en français: la postérité = les descendants, ceux qui viennent après; et postérieur: un événement postérieur à un autre.

Post signifie aussi: «derrière». Beaucoup de prépositions ont ainsi à la fois un sens local et un sens temporel. Par exemple, ante, qui veut aussi après lui l’accusatif, = dans le temps: avant; dans l’espace: devant. Avant, en français, a aussi les deux sens: «il est né avant moi»; «mettre la charrue avant les bœufs».

Pegaso accepto: encore un ablatif absolu: «Pégase ayant été reçu». Accipere = recevoir.

A Minerva, «ayant été reçu de Minerve». A et l’ablatif est tout à fait logique, puisqu’un cadeau implique forcément l’éloignement du donateur.

Dum = «tandis que». Notez qu’après dum, on a normalement le présent de l’indicatif, même si le verbe de la proposition principale est au passé. C’est le cas ici: decidit et periit (parf.), dum cupit (prés.).

Autre exemple: dum ea geruntur, Caesar in Galliam profectus est: «pendant que ces choses se passaient, César partit en Gaule». Gerere est un verbe que nous avons déjà vu: «porter», puis «faire». Geruntur est au présent passif.

Decĭdit. Je vous signale que l'i est bref. Voici pourquoi. Deux verbes opposés comme sens: caedere, o, is, cecidi, caesum, «couper, tuer»; et cadere, o, is, cecidi, casum, «tomber», font d’abord tous les deux, au parfait, cecidi, et, ensuite, font tous les deux en composition — cidere: occidere, concidere, decidere, etc. Nous savons, en effet, que a et e font tous deux en composition: i. La seule différence entre, par exemple: occidere, «tomber», de cado, et occidere, «tuer», de caedo, c’est la quantité de l'i: bref dans les composés de cado, long dans ceux de caedo; bref dans cecĭdi, venant de cado, long dans cecīdi venant de caedo. Decidit, avec i bref, vient de cado, et signifie «tomber». J’ai déjà noté ce sens du préfixe de: «du haut de».

Decidit pourrait, à vrai dire, être soit le présent, soit le parfait. Ce qui nous montre que c’est ici le parfait, c’est qu’il est coordonné à periit, lequel ne peut être qu’un parfait.

Ideo = «pour cela».

Inter = «entre, parmi»; il gouverne aussi l’accusatif, comme ante et post.

Venant de stella, «étoile», nous avons le mot constellation, etc.

Mors, mortis, «la mort». Collocatus est, parf. passif de collocare.

«Ensuite Bellérophon, ce même Pégase ayant été reçu de Minerve», c’est-à-dire en bon français: «à qui Minerve avait donné ce même Pégase, tua la Chimère; en voulant atteindre le ciel, il tomba et se tua. Aussi fut-il placé, après sa mort, au milieu des étoiles».

Denique, «enfin», marque la fin d’une énumération. Lorsque «enfin» marque le soulagement de l’impatience: «Enfin, vous voilà…​» on le traduit par tandem.

Medeae magicae artis peritae: voilà une «cascade» de génitifs. Il faut entendre: «grâce à l’aide de Médée»; peritae, «habile»; artis magicae, «dans l’art magique». Notez que l’adjectif peritus veut après lui le génitif: peritus musicae, «habile dans la musique».

Vellere, ablatif de vellus, eris, n., «toison». Rien de commun avec le verbe velle, «vouloir».

Potitus est: parfait du verbe déponent potior, «s’emparer de», potiri, à l’inf., qui gouverne l’ablatif: ici: vellere.

Quod a pour antécédent vellere.

In regno Colchorum, «dans le royaume des Colchidiens». Nous disons plutôt en français: «le royaume de Colchide». Mais le latin dit toujours: Rex Romanorum, «roi des Romains», et non «roi de Rome»; dux Macedonum, «chef des Macédoniens», et non «chef de la Macédoine», etc.

«Enfin Jason, chef des Argonautes, grâce au secours de Médée, habile dans l’art magique, s’empara de la toison d’or, qu’un dragon très cruel gardait dans le royaume de Colchide».

Travaux, sujet de sont, nomin.; — qu', pronom relatif, a pour antécédent travaux, labores en latin, masc. plur., compl. dir. de a faits, donc accus.; l’acc. masc. pl. de qui est quos;Hercule, sujet, nomin.; — célèbres, adj. attribut de travaux (labores), donc au nomin. masc. pl. comme lui; — écuries, compl. d’objet indirect de parlons; mais il ne faut pas le mettre au datif, car le datif, après parler, signifie parler à; on emploiera de et l’ablatif: au sujet de;Augias, compl. dét. de écuries, gén.; — qu', pron. relat., a pour antécédent écuries, en latin stabulum, neutre; l’antécédent étant du neutre et au pluriel, et le pron. rel. étant compl. dir. de nettoya, ce pron. rel. se mettra à l’acc. n. pl., soit: quae;écuries, sujet de étaient, nomin.; — pleines, adj. attribut de écuries (stabulum en latin, neutre); au nominatif, comme le sujet écuries que cet adj. qualifie; au neutre plur. comme lui; — fumier, compl. de l’adjectif pleines, gén. ou abl., le dictionnaire vous indique que plein admet ces deux constructions; — nombreuses vaches, compl. dét. de fumier, gén.; — aucun homme, sujet de avait pu, nomin.; — les, pronom personnel, représente écuries, donc aux mêmes nombre et genre: stabulum est neutre, et il est au pluriel; les est compl. dir. de nettoyer, accus.; l’acc. neut. pl. de is est ea;Hercule, sujet, nomin.; — fleuve, compl. dir. de dériva, acc.; si vous employez flumen, qui est neutre, n’oubliez pas que l’acc. neutre est semblable au nomin.; — qui, pr. rel.; l’antéc. est fleuve, c’est-à-dire flumen, neutre, ou fluvius, masc.; selon le mot choisi, n’oubliez pas de mettre le relatif au neutre ou au masc.; en tout cas, qui est au nomin. comme sujet de fit;ouvrage, compl. dir. de fit, acc.; — seul, attribut de qui, nominatif sing., même genre de qui, c’est-à-dire que fleuve: neutre si vous employez flumen, masc. si c’est fluvius.

Duodecim labores quos Hercules fecit clarissimi sunt. Loquimur etiamnunc de stabulis Augiae, quae purgavit. Ea stabula erant plena stercoris (ou stercore) multarum vaccarum. Nullus homo ea purgare potuerat. Sed Hercules flumen derivavit, quod opus solum fecit (ou: fluvium, qui opus solus fecit).

TREIZIÈME LEÇON

Ferrer, ferreris (ou ferrere), ferretur, ferremur, ferremini, ferrentur, «que je fusse porté» ou «je serais porté».

a) Voyez bien comment les mots se rapportent les uns aux autres: filius, à Paris; regis, à Priami; uxorem, à Helenam; regis, à Menelai.

Cum quo, avec qui; hospitium, des rapports d’hospitalité; erat, existaient; sibi, pour lui. Ou: «avec qui il était en relations d’hospitalité». On appelait hospes une personne de connaissance chez qui on descendait quand on allait en voyage: car les anciens pratiquaient peu les hôtels. — Sibi renvoie naturellement au sujet Paris; c’est le rôle du réfléchi.

Indicere bellum est la locution classique pour «déclarer la guerre».

«Pâris, fils de Priam, roi de Troie, enleva Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte, avec qui il était en relations d’hospitalité. Aussi les Grecs déclarèrent la guerre aux Troyens, et assiégèrent Troie pendant dix ans».

«Le roi de Mycènes, Agamemnon, conduisait (ou: commandait) leur armée. Avec lui partirent d’Aulis son frère Ménélas, le roi des Myrmidons, Achille, le plus vaillant des Grecs, avec son ami Patrocle, les deux Ajax, Diomède, l’éloquent Nestor, et le roi d’Ithaque, l’astucieux Ulysse».

Notez tous les et, et, et. C’est une habitude assez fréquente.

Ambo, «les deux», se décline absolument comme duo.

Nous avons déjà parlé de l’habitude des Latins de dire: «roi des Troyens», pour «roi de Troie», etc.

«Mais, pendant le siège de la ville, Achille, ayant reçu un affront d’Agamemnon, se retira dans son camp».

Contumelia accepta, est encore un ablatif absolu.

Ab Agamemnone, «venant d’Agamemnon»; sens classique de ab, qui est la préposition de l’éloignement.

Castra, castrorum, nom neutre toujours au pluriel, «un camp».

Recessit, parfait de recedo.

«Son absence rendit du courage aux Troyens, qui livrèrent beaucoup de combats victorieux».

Ejus, de lui; on ne peut pas employer suus, parce qu’il s’agit de l’absence d’Achille, qui n’est pas le sujet de la phrase.

Revocare animos, «rappeler le courage de». Remarquez cet emploi pluriel de animus.

Committere pugnam = «engager la bataille». Committere est composé de mittere, o, is, misi, missum, «envoyer».

b) Troja capta, ablatif absolu. Nous avons déjà assez parlé de cette tournure.

Pour bien traduire la phrase, courons au verbe, qui, naturellement, se trouve à la fin: manebant. Comme vous pouvez le voir, dans le lexique ou dans le dictionnaire (mais, pour l’instant, un petit lexique vous suffit), manere signifie d’abord «demeurer, rester». De là le mot manoir: demeure du seigneur; manant: paysan qui restait sur le domaine; permanent, «qui demeure», etc. Puis ce verbe «neutre», c’est-à-dire qui ne comporte pas de complément direct, a pris un sens actif: «attendre, être réservé à quelqu’un». La parenté de ce second sens avec le premier est facile à saisir.

Ici donc, le sujet est crudelia fata: «des sorts cruels». De fatum, nous avons fatalité, etc. Le compl. dir. est duces.

«Après la prise de Troie (notez que j’ai encore changé de tournure pour traduire l’ablatif absolu), des sorts cruels attendaient les chefs des Grecs».

Nam: «car, en effet». Un synonyme est: enim. Mais enim ne commence jamais la phrase, il se place toujours après le premier mot. Nous avons déjà vu la même particularité pour autem.

Notons à ce sujet que le latin aime beaucoup relier toutes les phrases entre elles, soit par des relatifs, soit par des conjonctions de coordination: nam, enim, autem, sed, vero, etc.

La construction de la phrase Agamemnonem est facile. Conjux Clytaemnestra interfecit Agamemnonem. Mais pourquoi Agamemnonem est-il placé en tête de la phrase? — Parce que c’est sur lui que l’auteur veut appeler notre attention. «En ce qui concerne Agamemnon». Il faudra bien vous rappeler que le latin, s’il ne suit pas un ordre grammatical pour placer ses mots, suit un ordre tout de même. Ou bien il commence par le mot essentiel, comme c’est le cas ici; ou bien il suit un ordre chronologique, c’est-à-dire qu’il expose les faits dans l’ordre où ils se sont passés. Nous dirions par exemple: «L’ennemi pilla la ville qu’il avait prise». Le latin dira: Urbem quam ceperat hostis diripuit, parce que la prise de la ville a évidemment lieu avant le pillage.

Domum, accus. de domus, veut dire «à la maison», à la question quo, c’est-à-dire quand il y a mouvement vers elle; il n’y a pas de préposition devant domum, pas plus que devant un nom de ville. Nous avons déjà vu tous ces détails.

Regressum, participe passé du verbe déponent regredior. Ce part. passé a donc le sens actif: «qui était revenu». Il est à l’acc. en accord avec Agamemnonem. «Car Agamemnon, revenu chez lui victorieux, fut tué par sa femme Clytemnestre».

On traduit souvent conjux par «épouse». On s’imagine sans doute que ce mot est plus «noble» que «femme». Mais en réalité, le mot épouse est un mot vieilli, dont personne ne se sert plus dans la conversation.

Interficere, «tuer», a déjà été vu.

Diomedes vero: «quant à Diomède». Notez ce sens de vero, qui est aussi, souvent, celui de autem. Dans d’autres cas, vero et autem signifient mais, comme sed et verum. «Quant à Diomède, chassé de sa patrie, il partit en exil».

E devant une consonne, ex devant une voyelle, signifie «hors de», avec l’ablatif, naturellement, qui est, répétons-le une fois de plus, le cas de l’éloignement.

Exsilium, à l’accus. après in, parce qu’il y a mouvement vers l’exil. Profectus est, parfait de proficiscor, eris, profectus sum, «partir».

«Ajax, fils de Télamon, fou de colère parce qu’il n’avait pas obtenu les armes d’Achille, se donna la mort».

Amens vient de a, préfixe privatif (a indiquant toujours l’éloignement) et de mens, mentis, esprit: «qui a perdu l’esprit». Mens nous a donné mental; il est connu aussi par ce proverbe souvent cité: mens sana in corpore sano: «un esprit sain dans un corps sain», — qui doit être la devise de tout homme digne de ce nom.

Ira, colère, à l’ablatif, comme complément de cause de amens. Nous avions en vieux français: ire = colère.

Quod = «parce que»; cette conjonction veut après elle l’indicatif. Il ne faut pas la confondre avec le pronom relatif neutre.

Arma, armorum, neut. pl., «armes», a déjà été vu.

Impetrare, «obtenir», a donné en français un mot qui ne figure guère que sur les diplômes universitaires, où on lit: «Signature de l’Impétrant», c’est-à-dire de celui qui obtient le diplôme.

Dedit, parfait de dare, dedi, datum, «donner». Du supin datum vient datif: cas de la personne à qui on donne quelque chose.

«Et Ajax, fils d’Oïlée, frappé par Neptune de son trident, fut noyé dans la mer».

Percussus, part. passé de percutere, io, is, percussi, percussum, «frapper». Ce verbe est donc de la 3e conj. mixte. Nous avons en français: fusil à percussion centrale; et répercussion (contre-coup).

A Neptuno: nom de personne, complément du passif, à l’ablatif précédé de a ou ab. Règle amor a Deo.

Tridente, ablatif, comp. circ. d’instrument.

In mare, accus., à cause du mouvement vers.

Demersus est: ind. parf. passif de demergere, o, is, demersi, demersum, «plonger». Mergere, sans préfixe, a le même sens, et se trouve dans la devise de Paris, dont la barque, fluctuat, nec mergitur, «est agitée par les flots, mais ne sombre pas».

Je viens de parler du sens «quant à» de autem et de vero.

Error, is, «voyages errants». Au sens moral, le mot erreur est bien connu. Error est du masculin, comme d’ailleurs tous les noms en or, sauf: trois féminins: soror, uxor, arbor; quatre neutres: ador, blé; aequor, plaine, et notamment plaine liquide, mer; cor, cœur; marmor, marbre.

Perpessus, part. passé de perpeti, ior, eris, «souffrir». Le verbe simple est pati, patior, pateris, passus sum, d’où la «passion» de Jésus, c’est-à-dire ses souffrances; per ajoute l’idée de «jusqu’au bout».

Mala, accus. plur. de malum, i, «mal, malheur».

Labor, is, m., signifie non seulement travail, mais peine, souffrance. Laborare veut dire non seulement travailler, mais souffrir.

Decem annos: accusatif de durée: «pendant dix ans». Quand le compl. circ. marque une durée, on trouve tantôt l’ablatif, tantôt l’accusatif, qui, vous le voyez, sert fort souvent à exprimer le compl. circ.

Et potuit revisere Ithacam: allez, naturellement, chercher le verbe à la fin de la phrase. Potuit, parfait de posse, possum, potes, «pouvoir». Nous avons parlé récemment de sa conjugaison. Je vous rappelle que le radical du verbe est pot, auquel vous ajoutez les formes du verbe être. Devant un s, le t s’assimile, c’est-à-dire se transforme en s.

Domi: locatif-génitif de domus: «à la maison».

Reliquerat, plus-que-parfait de relinquere, o, is, reliqui, relictum, «laisser».

«Ulysse, après avoir longtemps erré par toutes les mers, après avoir souffert pendant dix ans bien des maux et bien des peines, put revoir Ithaque, sa fidèle épouse Pénélope, et son fils Télémaque, qu’il avait laissé tout enfant à la maison».

Vous pouvez remarquer que, pour traduire cette dernière phrase dans un français agréable, j’ai changé plusieurs tournures latines. Mais j’ai respecté scrupuleusement le sens. Si j’ai gardé cette fois épouse, malgré ce que j’ai dit plus haut de ce mot vieilli, c’est qu’il y a dans toute l’expression «sa fidèle épouse» un cachet de noblesse en rapport avec le texte latin.

QUATORZIÈME LEÇON

Virgo, virgo, virginem, virginis, virgini, virgine. Virgines, virgines, virgines, virginum, virginibus, virginibus.Caput, caput, caput, capitis, capiti, capite. Capita, capita, capita, capitum, capitibus, capitibus.

Ne pas oublier que dans les neutres, les nominatif, vocatif, accusatif sont semblables.

2° Nous voudrions: velimus ou vellemus; — il aimait mieux: malebat; — vous ne vouliez pas: nolebatis; — il veut: vult; — tu auras préféré: malueris; — vouloir: velle; — que nous n’ayons pas voulu: noluerimus, — qu’ils veuillent: velint; — ne veuille pas lire: noli legere; — vous voulez: vultis.

Thème. — Médée: sujet de était, nominatif, Medea. Etait, imparfait de être: erat. La fille: attribut de Médée, se met au même cas qu’elle, c’est-à-dire ici: au nominatif: filia.

Je n’ai pas besoin de vous rappeler à ce propos qu’avec le verbe être, on ne trouve jamais un complément direct, mais bien un attribut. Le complément d’objet direct d’un verbe désigne la personne ou la chose qui subit l’action exprimée par le verbe: «je frappe la table», «j’écoute l’orateur». Au contraire, l’attribut désigne la même personne ou la même chose que le sujet. «Médée était la fille». «Je deviens savant»: je et savant désignent la même personne, je ne fais aucune action sur savant, savant est une qualité, une manière d’être qui vient s’ajouter à je.

L’attribut se met au même cas que le sujet, c’est-à-dire en général au nominatif. Toutefois, dans la proposition infinitive, où le sujet se met à l’accusatif, l’attribut se met aussi à l’accusatif. Credo Deum esse sanctum, «je crois que Dieu est saint». Sanctum est l’attribut de Deum et se met au même cas que lui.

«Médée était la fille du roi». Roi, étant le complément déterminatif de fille, se met au génitif. Rex fait au génitif regis.

«De Colchide»: c’est encore un complément déterminatif de roi, donc encore un génitif. Colchide se dit Colchis, idis. Mais nous avons déjà remarqué plusieurs fois qu’en latin on a l’habitude de dire: «roi des Romains», au lieu de «Roi de Rome», etc. Nous préférerons dire: «roi des Colchidiens»: Colchorum. Medea erat filia regis Colchorum.

Plaçons maintenant ces mots d’une manière plus conforme au goût latin, c’est-à-dire donnons le complément avant le mot complété. Nous aurons alors: Medea Colchorum regis filia erat.

«C’était une jeune fille très habile dans les arts magiques». Le pronom sujet (ce) ne se traduit généralement pas. Jeune fille, attribut de ce, sera au nominatif: virgo. Habile se dit peritus. En français, nous avons le mot impéritie — incapacité. «La bataille de Cannes fut perdue par l’impéritie du consul Varron». Très habile est le superlatif: peritissima.

Le complément de l’adjectif peritus se met au génitif. Ex.: «habile dans la musique»: peritus musicae. Vous devez savoir cela, puisque vous avez traduit: magicae artis perita. Si vous l’aviez oublié, le dictionnaire vous l’indiquerait, car il a toujours la bonté de vous renseigner sur les constructions employées avec les adjectifs, et il vous offre même des exemples pour que vous compreniez mieux.

Dans notre thème, nous avons «arts magiques» au pluriel. Ars, artis, fait au génitif pluriel artium, avec un i, car le radical art de ce nom de la 3e déclinaison est terminé par deux consonnes. Quant à magicus, il fait au gén. plur. fém. magicarum, comme bonarum. Notez que ars est féminin en latin, tandis que art est masculin en français.

Construisons notre phrase traduite. Magicarum artium peritissima virgo erat.

«Pendant que» = dum. Cette conjonction, qui gouverne l’indicatif, offre cette particularité curieuse qu’on trouve après elle l’indicatif présent, même lorsqu’en français le verbe est à l’imparfait. Nous y reviendrons plus tard. Nous dirons donc: «Pendant que Jason parle». Dum Jason loquitur. Loquor, loqueris, locutus sum, verbe déponent, nous a donné plusieurs dérivés et composés en français: locution, colloque, loquace, etc.

«Avec»: cum et l’abl.: cum rege (rex, regis). «Son père»: père est une apposition à roi et se mettra au même cas que lui, à l’ablatif patre.

Quant à son, devons-nous le traduire par suus? Pour cela, il faudrait que le possesseur (si l’on peut ainsi parler) du père soit le sujet de la proposition. Or, le sujet qui parle, c’est Jason, et le roi est le père de Médée. On ne peut donc pas employer suus. On traduira: cum patre ejus (d’elle).

«Elle trouva»: parfait: ea existimavit. Je traduis elle par ea, pour que le sens soit clair, car on pourrait se demander si le sujet de existimavit est Jason, le père, ou Médée. Comme le verbe signifie «penser», nous mettrons après lui la proposition infinitive, comme après tous les verbes qui signifient dire, croire, penser. La proposition infinitive consiste à mettre le verbe à l’infinitif et le sujet à l’accusatif. Le sujet, c’est il; nous le traduirons par is, ea, id, ou ille, a, ud, ce qui fera soit eum, soit illum.

Il est important de remarquer que le sujet de la proposition infinitive doit toujours être exprimé, même si c’est un pronom. Cela mérite d’être signalé, car généralement le pronom sujet ne se traduit pas. «Il était», à l’indicatif, par exemple, se dit erat, sans pronom. Mais ici il faut exprimer le sujet: eum, ou mieux illum, car la jeune fille a pour lui de l’admiration et illum indique cette nuance.

Le verbe, en français, est à l’imparfait. Mais, puisque nous devons employer la proposition infinitive, nous ne pouvons employer que l’infinitif présent, car il n’y a pas d’infinitif imparfait. Nous traduirons donc: existimavit illum esse.

Les attributs: très beau, très courageux, se mettront, comme toujours, au même cas que le sujet, c’est-à-dire ici à l’accusatif. Beau se dit pulcher et il ne faut pas oublier que les adjectifs en er forment leur superlatif d’une manière spéciale, en ajoutant rimus au nominatif: pulcherrimus. Fortis, «courageux», fait au contraire régulièrement: fortissimus.

Illum esse pulcherrimum et fortissimum.

«Elle se mit à» = elle commença à = coepit. Le verbe coepi est défectif, c’est-à-dire qu’il lui manque certains temps: il ne se conjugue qu’au parfait et aux temps qui en dérivent. Après coepit, on trouve l’infinitif: coepit amare illum. Le pronom l', complément direct de aimer, est ainsi traduit par l’accusatif de ille.

«Dum Jason cum ejus patre loquitur, ea existimavit illum pulcherrimum et fortissimum esse, illumque amare coepit».

«Pendant la nuit»: compl. circ. de temps, ablatif: nocte. «Elle l’aborda», parfait de adire: adivit eum, accusatif de is, car l' est le compl. direct de aborda. «Et lui dit»: dixitque ei, datif, car lui est compl. indirect de dit. «Qu’elle pouvait», proposition infinitive, parce que venant après le verbe dire: se posse.

J’appelle votre attention sur se. L’emploi de ce réfléchi est obligatoire: 1° quand il est le complément d’un verbe et qu’il désigne le sujet de ce verbe. Ex.: «Pierre s’aime», Petrus se amat. «Il se dit», sibi dicit, etc. — 2° quand il est dans une proposition complétive et qu’il désigne le sujet de la proposition principale. Par exemple: «Il dit qu’il est courageux», dicit se esse fortem; «il demande que tu viennes à lui», rogat ut ad se venias. Le terme de «proposition complétive» vous effraye peut-être. Définissons-la: une proposition qui joue le rôle de complément direct du verbe principal. «Que dit-il? Qu’il est courageux». «Que demande-t-il? Que tu viennes».

Le verbe «pouvoir», posse, vous est connu. C’est un composé de sum. Possum (pour potsum), potes, etc. L’infinitif posse (au lieu de potesse) et le parfait potui (au lieu de potfui) vous ont été signalés.

Dixitque se eum adjuvare posse.

«Elle lui donna des philtres magiques». Magica philtra (accusatifs pluriels neutres, toujours en a) ei (datif de is) dedit (parfait à redoublement, déjà vu).

«Grâce à son aide» = par son aide, ablatif: auxilio (le mot se trouve d’ailleurs dans la version sur Médée) ejus. Je ne puis pas mettre suo, car c’est Médée qui aide, et elle n’est pas sujet de la phrase (de tua).

«Jason tua le dragon qui gardait la toison d’or». Jason cecidit (de caedere) draconem (compl. dir., accus.) qui custodiebat (imparf. de custodire, vu dans la version) aureum vellus (accus. neut., toujours semblable au nominatif).

Ita, ejus auxilio, Jason draconem cecidit, qui aureum vellus custodiebat.

Vous voyez, par cet exemple, combien un thème latin demande de soin au débutant pour ne pas être fautif. Ce n’est pas tout que d’avoir appris des règles: il faut les trouver présentes à sa mémoire quand il s’agit de les appliquer: cela demande un certain esprit d’à-propos. C’est un exercice difficile, mais excellent pour développer notre faculté d’attention.

4° La version (fin de la Guerre de Troie) doit vous avoir semblé moins difficile, car vous commencez, j’espère, à vous familiariser avec le latin. Comme j’ai beaucoup insisté sur le thème, j’insisterai moins sur cette version.

«Même (etiam), ils mettaient le feu aux navires des Grecs (exactement: ils mettaient des flammes sous les navires), lorsque (cum, suivi de l’indicatif) Patrocle, ayant revêtu les armes d’Achille, arriva soudain (repente: beaucoup d’adverbes sont en e).

Remarquez le participe passé passif indutus, exactement «ayant été revêtu», qui est construit avec l’accusatif arma. C’est que ce passif a au fond le sens d’un pronominal: «s’étant revêtu de» (ayant été revêtu par lui-même), «ayant revêtu». On trouve aussi indutus avec l’ablatif: indutus armis, «revêtu des armes», ce qui est plus normal, le complément circonst. se mettant à l’ablatif.

«Mais Hector, fils de Priam, le plus remarquable des Troyens par sa valeur, le tua. Alors Achille revint impétueusement (revolavit) au combat, il attaqua Hector et le vainquit (vici, parfait de vincere, o, is), et, pour venger Patrocle, il traîna (traxit) trois fois (ter) autour des murailles de la ville le corps de son ennemi tué (caesi, gén. de caesus, part. passé de caedere). Cependant il rendit (reddidi, parfait de reddere, o, is) en échange de (pro) une rançon (merces, mercedis) le corps de son fils à Priam suppliant (supplici, dat. de supplex, icis), et pas beaucoup (non multo) après (post), il périt lui-même».

Arrêtons-nous un instant sur ulciscendi Patrocli causa. On traduit «pour» de diverses manières, mais notamment par le gérondif en dum avec ad: ad legendum, «pour lire»; et par le gérondif en di, avec causa ou gratia: legendi causa ou gratia. On pourrait avoir ici: causa ulciscendi Patroclum, «pour venger Patrocle». Mais, lorsque le gérondif est suivi d’un compl. direct, on change habituellement la tournure: on met le compl. direct, au cas du gérondif: ce serait ici le génitif: causa Patrocli, et on remplace le gérondif par le participe en dus, da, dum, appelé aussi adjectif verbal, que l’on fait accorder avec ce nom: causa Patrocli ulciscendi. «Le plaisir de lire des histoires» se traduit: voluptas legendi historias, ou mieux: voluptas historiarum legendarum.

Remarquez aussi l’emploi de multo (ablatif) devant post, qui est une sorte de comparatif. Nous avons déjà dit que devant un comparatif, on se sert toujours d’un adverbe à l’ablatif: multo major, «beaucoup plus grand».

«Bientôt les Grecs, fatigués de l’attente, construisirent un énorme (ingens, ingentis) cheval de bois (exactement: ex ligno, «tiré du bois»; on dit de même: vas ex auro, «un vase d’or»), dans les flancs (latus, lateris) duquel (cujus) leurs (eorum) chefs les plus courageux se cachèrent (lateo, lates). Alors, le retour en Grèce (accusatif, parce qu’il y a mouvement vers) ayant été simulé» ou, en meilleur français: «ayant feint de retourner en Grèce», ils laissent sur le rivage (litus, litoris) la fatale machine, que (quam, accus., compl. dir. de transportant) les Troyens joyeux transportent avec grand effort (conatu, ablatif de manière) à l’intérieur de (intra) la ville. Mais (at) pendant la nuit (noctu, ancien ablat. de nox, noctis), les Grecs sortent du cheval, ouvrent à leurs soldats les portes de la ville, bouleversent tout (omnia, accus. neutre pluriel, toutes choses) par le fer et par le feu, emmènent les habitants captifs (en captivité) et rasent la ville» (exactement: égalent la ville au sol) (la mettent au niveau du sol).

QUINZIÈME LEÇON

Mille septingenti sexaginta unus, 1761; — quinquaginta duo, 52; — duo milia, 2.000; nonaginta duo, 92; — mille nongenti decem, 1910.

2° 42 = XLII; — 63 = LXIII; — 1655 = MDCLV; — 17 = XVII; — 400 = CD.

3° 40e = quadragesimus; — 52e = quinquagesimus secundus; — 19e = undevicesimus; — 453e = quadringentesimus quinquagesimus tertius.

4° La première proposition est déjà intéressante: nullae leges erant civitati, «aucunes lois n’étaient à la cité», cela signifie en somme: «la cité n’avait pas de lois». Cette tournure par le verbe être et le datif est l’équivalent le plus fréquent du verbe avoir français. «J’ai un livre» se traduit: «un livre est à moi», mihi est liber.

Le mot civitas est à bien connaître. Il signifie état, ensemble des citoyens (cives). On le traduit souvent par ville, parce que les états de l’antiquité se réduisaient généralement à une ville et sa banlieue. Mais il faut le distinguer nettement de urbs, qui signifie ville en tant qu’ensemble des maisons. On pourrait dire: urbs, ville, sens matériel; civitas, ville, sens moral. Il existe encore un autre mot pour ville, c’est oppidum, i, n. Son sens est «ville fortifiée», ville au sens militaire.

Quia, «parce que». Nous avons déjà vu dans ce sens quod. Enfin il existe un autre mot: quoniam. Quod, quia, quoniam veulent après eux l’indicatif.

Habebatur. Le verbe habere signifie «posséder», c’est l’ancêtre de notre verbe avoir. Mais au passif il prend un sens assez éloigné: «être tenu pour», «être regardé comme».

Libido regum: le caprice, la volonté des rois; habebatur: était regardée, était considérée; pro legibus: comme tenant lieu de lois.

Bien noter aussi le sens de pro, «à la place de». Quand on veut traduire pour dans le sens de «dans l’intérêt de», on se contente en général du datif sans préposition: «il travaille pour lui-même»: sibi laborat.

«Mais à ce moment (tunc ou tum, les deux formes existent) la cité n’avait pas de lois, car la volonté des rois en tenait lieu. Aussi choisit-on Solon, homme d’une équité remarquable, qui avait été l’élève des philosophes de l’Asie, philosophe lui-même, et poète, afin qu’il fondât pour ainsi dire un état nouveau sur des lois».

Comme ma traduction s’éloigne quelque peu par endroits des mots latins, il est indispensable que je l’explique.

Lectus est, parfait de l’indicatif passif de legere. Mais jusqu’ici vous ne connaissiez ce verbe legere qu’avec son sens de lire. Or ce n’est pas celui qu’il a ici, mais bien celui de élire, que nous retrouvons en français dans les composés, non seulement élire, mais collection, sélection, toutes choses qui impliquent l’idée d’un choix.

J’ai traduit ce «Solon fut choisi» par la tournure française: «on choisit Solon». C’est que le français n’aime guère le passif et aime beaucoup les on. Cette prédilection pour on va même parfois très loin; dans le langage familier, on signifie souvent nous, ou vous. «Adieu, on s’en va» (= nous). «Eh bien, est-on prêt?» (= êtes-vous prêts?) Or, le latin ne possède pas de mot équivalent à ce précieux on. Il est donc obligé d’avoir recours à diverses tournures, mais plus particulièrement à la tournure par le passif. Voilà pourquoi j’ai traduit: Solon lectus est; par «on choisit Solon».

Justitiae insignis, au génitif. Le complément de qualité peut se mettre au génitif, en le considérant comme complément de nom; ou à l’ablatif, en le considérant comme complément circonstanciel. C’est ainsi qu’on dit: puer egregiae indolis, ou egregia indole, «un enfant d’un excellent naturel» (egregius, indoles).

Audire veut dire ici: «écouter les leçons de», d’où «être l’élève de».

Ut, avec le subjonctif, signifie souvent «afin que».

Velut, composé de ut, signifie «comme», «pour ainsi dire».

«D’abord, Solon divisa les citoyens en quatre classes, selon leur fortune». Notez que, après dividere in, on trouve l’accusatif, parce qu’il y a pour ainsi dire mouvement: on dirige les citoyens vers les quatre classes.

Le sens primitif de ex est: «en sortant de», d’où «en partant de», «d’après».

Census, 4e déclinaison, c’est «la fortune». Le mot cens a passé en français. «Sous la Restauration, le système électoral était censitaire. Seuls les citoyens aisés étaient électeurs».

«Il fit sortir de prison les esclaves qui n’avaient pas pu payer leurs dettes, et donna aux paysans une partie des terres qu’auparavant possédaient seulement les nobles».

Emisit est le parfait de emittere, composé de mittere, o, is, misi, missum, «envoyer». E ou ex, comme préfixe, indique généralement la sortie.

De carcer, carceris, m., nous avons en français: incarcérer.

Aes alienum, exactement: «le bronze d’autrui», c’est-à-dire «l’argent», d’autrui, qu’on lui a emprunté, qu’on lui doit: «la dette».

Solvere, «délier». Ici, délier une dette, c’est la faire cesser en la remboursant.

Ager, agri, nous a donné agriculture et ses composés.

Antea, «auparavant».

Principes: de princeps, principis.

Tantum = «seulement». Nous avons déjà noté les deux sens de tantum: «tant» et «seulement».

Rusticus, de rus, ruris, la campagne.

Partem, de pars, partis, f., la part.

Nous avions, en somme, dans cette version, un bon nombre de mots fréquents et intéressants.

Passons un peu plus rapidement sur la fin du chapitre: «Il voulut ensuite (deinde) que tout (omnia, neutre pluriel: toutes choses), se fît (fieri, passif irrégulier de facere) par la volonté de tous (omnium, gén. pl.) et il donna (dedit, de dare) à l’assemblée (contioni, dat. de contio, onis) des citoyens, à élire les archontes, les magistrats et quatre cents sénateurs».

Le verbe fieri, que nous venons de rencontrer, sert de passif à facere, «faire», aux temps simples. Il signifie, selon les cas, «être fait», comme ici, ou bien «devenir», sens voisin. Les temps composés passifs de facere sont réguliers: factus sum, etc. Il n’y a de curieux que les temps simples. Le présent de l’indicatif, fio, se conjugue comme audio: fio, fis, fit, fimus, fitis, fiunt. L’imparfait fiebam; le futur fiam, fies; le subjonctif présent fiam, fias; tous ces temps sont absolument régulièrement formés sur un infinitif de la 4e conj. fire, qui n’existe pas.

L’imparfait du subjonctif: fierem, fieres, est naturellement tiré de l’infinitif fieri.

Il est à noter que seul de ces temps simples, fieri a une terminaison passive. Tous les autres temps simples ont la forme active, malgré leur sens passif.

Eligendos. Nous avons déjà vu plusieurs exemples de ce «participe en dus» (ou «adjectif verbal). Il donna les sénateurs «devant être élus»: «il donna les sénateurs à élire».

«Il fonda aussi (quoque) l’Aréopage, tribunal qui (exactement: «lequel tribunal») était composé (constabat, imparfait de constare) des citoyens (ex, parce qu’il y a l’idée de: «tiré de») qui avaient été archontes; et il donna (parfait de praebeo) aux Athéniens l’ostracisme (exactement: le suffrage des coquilles), afin (ut) qu’ils pussent jeter en exil ceux (eos) qu’ils estimaient nuire (noceo) à l’Etat».

Vous reconnaissez dans ces derniers mots une proposition infinitive: quos est le sujet, à l’accusatif, de nocere.

«Enfin (denique), il se servit (usus est, parfait du verbe déponent utor, uteris) de l’argent (argentum désigne le métal; c’est pecunia qui signifie «la richesse») que les Athéniens tiraient (ducebant, imparfait de ducere) des mines (metallum) du Laurium, pour (ut et le subj.) introduire (inferre) des arts nouveaux dans sa patrie, et pour construire une flotte».

Notez les deux sens de classis: «flotte» et «classe».

J’espère qu’en faisant vos versions, vous avez toujours soin de repasser les détails appris autrefois et dont vous n’étiez plus bien sûrs: la conjugaison de ferre et de possum: la déclinaison de qui, quae, quod, etc. C’est à force de revoir qu’on retient solidement.

SEIZIÈME LEÇON

1° Etudions le thème donné dans la leçon seize.

J’ai déjà dit que cet exercice du thème était des plus profitables. Permettez-moi d’insister encore sur son utilité, car on y fait parfois des objections. Le but de l’étude du latin, dit-on, ce n’est pas d’écrire ni de parler en latin, mais bien d’être capable de comprendre les auteurs latins: c’est-à-dire de faire des versions et non des thèmes.

A cela il faut répondre:

1° Le thème constitue un entraînement en vue de la version, en nous faisant faire connaissance, comme la version, mais d’une autre façon, avec les mots et les tournures latines. Cette connaissance «en partant du français» complète et éclaire la connaissance que nous pouvons en avoir «en partant du latin». Elle nous permet d’en faire une analyse plus précise, de nous en rendre un compte plus exact. Car on peut deviner une version. Mais on ne peut faire un thème sans faute qu’en appliquant rigoureusement les règles grammaticales. Or, pour comprendre à fond une version, la connaissance rigoureuse de ces règles est indispensable: seule, elle permet de bien saisir les nuances de la pensée.

2° Le thème latin est une excellente étude de français, car il oblige, pour traduire avec précision, à saisir le sens véritable, la nuance exacte, des mots et des tournures françaises. Il arrive souvent que, si nous lisons seulement du français, nous croyons le comprendre, parce qu’aucun mot ne nous surprend dans le texte; mais en réalité, notre intelligence de ce texte est seulement superficielle; parfois même, nous commettons des contresens graves. Quand, au contraire, il s’agit de traduire, nous sommes forcés de choisir, entre les divers sens que chaque mot français peut avoir, le sens qui correspond exactement à la pensée de l’auteur. Ainsi il faut que nous arrivions à comprendre le texte absolument clairement.

3° Enfin le thème latin est un excellent exercice d’attention et à ce titre il est essentiellement éducatif.

Mais je n’ai pas à vous faire une leçon de pédagogie à propos du thème latin: je m’empresse de clore cette digression et j’aborde le thème en question.

C’est encore un thème d’imitation, où sont employés les mots de la version sur Pisistrate.

«La tyrannie de Pisistrate ne fut pas cruelle»: Pisistrati tyrannis non saeva fuit.

Rien que de très simple: tyrannie, sujet, nominatif; Pisistrate, compl. déterm. de tyrannie, gén.; cruelle, attribut de tyrannie, nom. fém. sing.

Ma construction est normale: le complément avant le mot complété, et le verbe à la fin de la phrase.

«Il laissa aux Athéniens une très grande liberté». Atheniensibus maximam libertatem reliquit.

Liberté est complément direct de laissa: accusatif.

Très grande: le superlatif de magnus est irrégulier. L’adjectif s’accorde en genre, en nombre et en cas avec le nom.

Athéniens: complément d’attribution, datif.

«Cependant le peuple supporta avec peine son pouvoir». Populus tamen ejus imperium aegre tulit.

Notez bien la place de tamen, deuxième mot de la phrase.

Revoyez la conjugaison irrégulière de ferre, fero, fers, tuli, latum.

Imperium, compl. direct, accusatif neutre, toujours semblable au nominatif.

Son: le possesseur est Pisistrate. Il n’est pas sujet de la phrase (c’est populus). On ne peut donc traduire par suus; il faut employer «de lui», ejus.

«Et, des deux fils de Pisistrate, l’un fut tué par Harmodius et Aristogiton». Et, ex duobus Pisistrati filiis (ou: duorum Pisistrati filiorum) alter ab Harmodio et Aristogitone occisus est.

Cela devient un peu plus difficile. Le verbe fut tué est au passif et au parfait de l’indicatif. Revoyez la conjugaison de ce temps au besoin. Et aussi les temps primitifs de occidere, o, is, occidi, occisum.

Le complément d’un verbe passif se met à l’ablatif, précédé de ab si c’est un nom de personne (exemple: amor a Deo).

L’un, l’autre, en parlant de deux, se traduit par alter, alter. Quand il s’agit de plus de deux, on met alius.

Ex filiis (ablatif): «parmi les fils». On peut aussi mettre le génitif.

Revoir, à propos de deux, la déclinaison de duo.

«L’autre fut envoyé en exil»: alter in exsilium missus est (ou actus est). Je ne reviens pas sur alter. Mittere, o, is, misi, missum; agere, o, is, egi, actum. In est suivi de l’accusatif, parce qu’il y a mouvement vers l’exil.

«Pour venger son frère». Venger, verbe déponent: ulciscor, eris.

Nous avons plusieurs façons de traduire pour:

1° «Afin qu’il vengeât son frère»: ut ulcisceretur fratrem. Le verbe est au subjonctif parce que ut, dans le sens de afin que, veut après lui le subjonctif. L’imparfait est amené par la concordance des temps, le verbe principal étant au passé (alla).

Ad ulciscendum fratrem: ad et le gérondif en dum.

Ulciscendi fratris causa (ou gratia) : gratia (ou causa) et le gérondif en di. On pourrait avoir: causa ulciscendi fratrem (compl. direct, accusatif). Mais lorsqu’un gérondif est suivi d’un complément direct, on met ce complément direct au cas du gérondif (ici: le génitif), et on remplace le gérondif par le participe en dus, da, dum, que l’on fait accorder avec le complément: causa fratris ulciscendi.

Vous remarquez que nous n’avons pas traduit son, parce qu’il n’y a pas de doute possible sur le possesseur.

«Celui-ci alla trouver le roi de Perse Darius». Ille Persarum regem Darium adiit.

Adire, adeo, adis, adivi, ou adii, aditum, composé de ire. Revoyez la conjugaison de ce verbe irrégulier.

Darius, apposition à roi, se met au même cas que lui.

On dit normalement «roi des Perses» et non «Roi de Perse».

«Et lui dit qu’il voulait être soldat dans l’armée que Darius préparait contre Athènes», cui dixit se velle militem esse in exercitu quem Darius adversus Athenienses parabat.

Je traduis «et lui dit» par «à qui il dit». Le latin aime relier les propositions les unes aux autres par des relatifs (ou, dans d’autres cas, par des conjonctions).

Dicere, o, is, dixi, dictum. Après le verbe dire, on emploie la proposition infinitive. L’infinitif n’a pas d’imparfait; je le remplace par le présent car, en style direct, on aurait: «et lui dit: je veux…​» (présent).

Comme le sujet de la proposition complétive «qu’il voulait» est le même que celui de la principale, «il lui dit», on doit employer se, pronom réfléchi. Le sujet d’une proposition infinitive se met à l’accusatif.

Velle, infinitif de volo, vis, verbe très irrégulier. Revoyez sa conjugaison. Esse, «être». — Militem, attribut de se, au même cas que lui.

In exercitu, à l’ablatif, parce que être n’indique pas le mouvement de direction vers.

Quem, pronom relatif, au même genre et au même nombre que son antécédent exercitus, qui est du masculin (tandis que armée, en français, est du féminin), et à l’accusatif comme complément direct de préparait.

Athenienses, plutôt que Athenas, comme nous l’avons vu plus haut pour Persarum rex.

Comme vous le voyez, ce thème, malgré son apparence inoffensive, renfermait traîtreusement un certain nombre de difficultés. J’espère que vous les avez toutes bien comprises maintenant.

2° Au cours de votre version vous avez pu remarquer les points suivants:

Civitate ita constituta, ablatif absolu: «l’Etat ayant été ainsi établi», c’est-à-dire: «après qu’il eut établi l’Etat sur ces bases».

Athenis, ablatif: question unde. Pas de préposition devant les noms de villes. Profectus est, parfait de proficiscor, eris, verbe déponent, «partir». Per, «grâce à». Dolus, «une ruse».

Triginta annos, complément circonstanciel de durée, à l’accusatif. Il pourrait aussi être à l’ablatif.

«L’Etat une fois établi sur ces bases, Solon partit d’Athènes, et Pisistrate, s’étant emparé par ruse du pouvoir (mot à mot: «la tyrannie ayant été occupée par ruse»), fut pendant trente ans le chef des Athéniens.

«Après sa mort, Hippias et Hipparque gardèrent le pouvoir de leur père (mot à mot: paternel), mais bientôt Harmodius et Aristogiton tuèrent Hipparque au milieu des fêtes des Panathénées, et peu après (non multo post) les Athéniens, guidés par le souvenir (memores, se souvenant) de leur ancienne indépendance, envoyèrent en exil Hippias».

La dernière phrase est la plus difficile:

Ille, celui-ci; profectus, étant parti; in Persas, chez les Perses (= en Perse); se obtulit (parfait de offerre), s’offrit; ducem (attribut de se), comme chef; adversus suam patriam, contre sa propre patrie; regi Dario, au roi Darius; inferenti (datif sing. du part. prés. inferens, de inferre), portant; bellum, la guerre; Atheniensibus, aux Athéniens.

Lycurgue

Ut, «de même que»; instituta Solonis, «la constitution de Solon» (instituta, plur. neutre, «les choses établies»); effecerunt Athenas, «rendirent Athènes»; validas (qui est sous-entendu), «forte»; ita, «de même»; leges Lycurgi, les lois de Lycurgue», effecerunt Lacedaemonem validam, «rendirent Lacédémone forte».

Mortuo fratre: ablatif absolu. «Son frère Polydecta, roi des Lacédémoniens (de Lacédémone) étant mort, Lycurgue aurait pu (potuisset, plus-que-parf. subj. du verbe possum, «pouvoir», sens d’un conditionnel passé) revendiquer la royauté pour lui-même; mais il préféra (maluit, parfait de malo, composé de volo) la rendre (id = regnum) avec une parfaite loyauté (summa fide, ablatif de fides) à son neveu Charilaos, lorsque (cum et l’indicatif) il (son neveu) fut arrivé à l’âge d’homme (mot à mot: «âge adulte»).

Dans l’intervalle (mot à mot: dans le temps du milieu, c’est-à-dire entre la mort de Polydecta et la majorité de Charilaos) il établit des lois pour les Lacédémoniens, qui n’en avaient pas (non habentibus = n’en ayant pas).

Il partagea l’administration de l’Etat entre les ordres (per, mot à mot: «à travers»; ordre a le même sens que, sous l’ancien régime, les trois ordres: clergé, noblesse et tiers-état). Il donna (dedit) aux rois la direction (potestatem) des guerres; aux magistrats le pouvoir judiciaire (mot à mot: «les jugements»); au Sénat la garde des lois; au peuple le pouvoir d’élire le sénat ou de nommer magistrats ceux qu’il voudrait (vellet, imparf. du subj. de volo).

Il partagea les propriétés de tous également entre les citoyens; il ordonna aux jeunes gens de ne pas se servir (uti) de plus d’un seul vêtement (una veste) pendant toute l’année; il voulut que tous prissent leurs repas en public, et il ne permit pas que quelqu’un dinât avec plus de raffinement (cultius, comparatif de culte, adverbe), ni avec plus d’opulence (opulentius, comparatif de opulenter) qu’un autre (alterum, accusatif, sujet de la proposition infinitive epulari).

DIX-SEPTIÈME LEÇON

1° «Il ordonna de mener les enfants, non à la place publique, mais à la campagne, pour qu’ils passent leurs premières années, non dans le luxe, mais dans le travail et dans les fatigues».

Praecepit, parf. de praecipio; le supin est praeceptum, d’où le mot français précepte. Deduci est l’infinitif présent passif de deducere, «conduire». Pueros deduci est une proposition infinitive, amenée par le verbe praecepit, qui signifie «dire». In forum, in agrum, accusatif après in, parce qu’il y a direction vers la campagne, la place publique.

Agere vitam: «passer sa vie»; agere annos, «passer des années». Agerent: imparfait du subjonctif. L’imparfait, parce que le verbe principal est au passé: concordance des temps.

Luxuria: ne pas traduire par luxure, mais bien par luxe.

Opus, operis, neutre. Labor, is, masculin, comme tous les mots en or, sauf sept: uxor, soror, arbor, féminins (femme, sœur, arbre); ador (le blé), aequor (la plaine, particulièrement la plaine liquide, la mer), cor (le cœur), marmor (le marbre), neutres.

«Il leur donna pour règle de ne rien étendre sous eux pour dormir, de se passer de mets délicats, et de ne pas revenir à la ville avant d’être devenus des hommes».

Eos substernere: encore une proposition infinitive, amenée par statuit. Eos est également sujet de degere et de redire.

Notez le sens de somni causa: «en vue du sommeil». Nous avons déjà vu ce sens de causa, avec le gérondif en di, dans le sens de pour: legendi causa (ou gratia): «pour lire».

Vitam degere, «passer sa vie», absolument comme vitam agere: d’ailleurs degere n’est qu’un composé de agere.

Sine pulpamento: «sans ragoût, sans mets délicats».

Redire, composé du verbe ire, étudié autrefois parmi les principaux verbes irréguliers.

Prius quam, «avant que». Facti essent: plus-que-parfait subj. de fieri, «devenir». La règle de l’emploi de priusquam est intéressante, et donne une idée exacte du sens général des modes en latin:

1° Lorsque priusquam se rapporte à un fait passé par rapport à la proposition principale, et qu’il indique simplement un rapport de temps, le verbe suivant se met à l’indicatif: profectus sum priusquam venisti, «je suis parti avant que tu n’arrives». En effet, dans ce cas, il s’agit de faits sans rien d’hypothétique, et l’indicatif est le mode adéquat pour rendre cette nuance de fait.

2° Si priusquam se rapporte à un acte hypothétique par rapport à l’idée principale, ou s’il indique une intention, le verbe se met au subjonctif: «je ne voulais pas partir avant que tu n’arrives», nolebam proficisci priusquam venires (j’avais le désir que tu viennes, mais je n’en étais pas absolument sûr tant que je ne t’avais pas vu arriver).

Tullius venit ad consules priusquam ludi committerentur: «Tullius vint trouver les consuls avant que les jeux ne fussent commencés»: il eut soin d’arriver avant le commencement. Il y a donc intention.

Le subjonctif est, en effet, le mode du doute, de l’hypothèse, de l’intention.

Ici, Lycurgue donne un ordre. Il y a intention.

«Il voulut que les plus grands honneurs appartinssent, non aux riches ni aux puissants, mais aux vieillards, et certes jamais plus de respect ne fut accordé à la vieillesse».

Esse et le génitif: «être le partage de». Dives, divitis, «riche». A côté du superlatif normal de cet adjectif: divitissimus, nous avons vu tout à l’heure le superlatif ditissimus, venant de dis, ditis.

Potens, potentis; senex, senis. Remarquez que l’on a au génitif pluriel senum, sans i, bien que le nombre de syllabes soit le même au nominatif et au génitif singulier. C’est une exception à joindre à pater, mater, frater: patrum, matrum, fratrum.

Honores esse: proposition infinitive après voluit.

Nec: traduire comme s’il y avait: et…​ non…​ Il n’y a que lorsque nec est répété qu’il signifie ni. Nec Lucius, nec Marcus: «ni L., ni M.».

Unquam: «jamais»; nec unquam = et nunquam.

«Comme ces lois paraissaient d’abord trop sévères, Lycurgue raconta qu’Apollon en était l’auteur».

Le verbe videre, à l’actif, signifie voir. Mais au passif, videri veut dire: «paraître, sembler». Duriores: le comparatif, employé seul, a le sens de trop (= plus qu’il ne faut) (c’est le cas ici), ou de assez, dans l’acception de «notablement» (= plus que la moyenne).

Finxit, parfait de fingere, o, is, finxi, fictum, «imaginer, feindre». Cf. le français fiction.

«Puis, pour leur donner une durée étemelle, il fit prêter à ses concitoyens le serment de ne rien changer à ses lois avant son retour, et il fit semblant de partir pour l’oracle de Delphes. Mais il partit en Crète, et s’y exila toute sa vie».

Obligavit cives: «il enchaîna ses concitoyens par un serment». Jusjurandum: exemple de mot double, dont les deux parties se déclinent. Gén. jurisjurandi. De même respublica, gén. reipublicae; tresviri, triumvirorum.Mutaturos esse: infinitive amenée par «le serment que»; c’est l’infinitif futur actif. Reverti, verbe déponent: «revenir». Priusquam reverteretur: le subjonctif, parce que son retour était hypothétique, comme toute action à venir. Cretam: accusatif de direction, question quo. Pas de préposition parce que les noms d’îles sont généralement traités comme les noms de villes. Egit exilium perpetuum: locution analogue à agere vitam, «passer sa vie».

«Il mena là (ibi) un exil perpétuel».

2° La plupart des questions ont leur réponse dans l’explication de la version. Ajoutons seulement:

Ind. prés. de redire: redeo, redis, redit, redimus, reditis, redeunt. Futur: redibo, redibis, redibit, redibimus, redibitis, redibunt. Subj. prés.: redeam, redeas, redeat, redeamus, redeatis, redeant.

Maximus est le superlatif de magnus, dont le comparatif est major.

Voluit est le parf. de volo. Infinitif prés.: velle. Subj. prés.: velim, velis, velit, velimus, velitis, velint.

DIX-HUITIÈME LEÇON

Tibi impero ut scribas.Tibi imperaveram ut scriberes.Tibi imperabo ut scribas.Tibi imperavissem ut scriberes.

Revoir, si on l’a oubliée, la règle de concordance des temps. — Pour «j’aurais commandé», se rappeler que le condit. passé se traduit par le subj. plus-que-parfait.

Bataille de Marathon.

«Les Milésiens, soutenus par les Athéniens, s’étaient révoltés contre Darius. Aussi le roi de Perse, poussé par des exilés grecs, parmi lesquels Hippias, prit l’offensive contre la Grèce».

Milet, ville grecque d’Asie Mineure. Il y avait en Asie Mineure de nombreuses colonies grecques, très commerçantes, très florissantes. Elles avaient été soumises par les Perses.

Deficere, io, is, defeci, defectum: «faire défection, abandonner la cause de quelqu’un, se révolter contre lui». Le complément de deficere, dont le sens est, en somme, «se retirer de», est à l’ablatif avec ab, ce qui est logique, puisque ab et l’ablatif indiquent l’éloignement.

Atheniensibus adjuvantibus: abl. abs., «Les Athéniens aidant», c’est-à-dire «avec l’aide des Athéniens».

Adjuvare, adjuvi, adjutum, «aider».

Quare est en un seul mot, mais c’est l’ablatif de quae res: quare, «par laquelle chose», «à la suite de quoi». En français, quare nous a donné car.

Rex, regis, «roi». Mots de la même famille: regere, diriger et gouverner, et ses composés: dirigere, corrigere, etc.; regnare, régner; regnum, royaume et règne.

Persarum: le nom des habitants, plutôt que le nom du pays.

Impulsus, part. passé de impellere, o, is, impuli, impulsum, «pousser». Cf. français: impulsion, impulsif.

Le complément d’un verbe passif se met à l’ablatif seul, si c’est un nom de chose: maerore conficior, «je suis accablé par le chagrin»; et à l’ablatif précédé de ab, si c’est un nom de personne: amor a Deo, «je suis aimé de Dieu». Exsul, is, «exilé, banni». Inter quos: on aurait pu avoir quorum, ou ex quibus, comme on dit: «un des soldats»: unus militum, unus ex militibus, ou unus inter milites.

Inferre, o, infers, intuli, illatum, composé de ferre: «porter dans, porter contre».

Graeciae, datif, parce qu’il y a direction vers. Le datif est le contraire de l’ablatif. On aurait pu avoir aussi in et l’accusatif.

Inferre bellum, «porter la guerre à la Grèce», «prendre l’offensive contre la Grèce».

«Les Athéniens, à la nouvelle de l’arrivée de Darius, demandèrent du secours aux Lacédémoniens. Mais, sans attendre leur secours, ils rangèrent en bataille dix mille citoyens et mille auxiliaires Platéens dans la plaine de Marathon».

Les Lacédémoniens, soit par mauvaise volonté et jalousie à l’égard des Athéniens, soit par scrupule religieux réel, prétendirent que leur religion leur interdisait de partir en campagne avant le changement de lune. Ils arrivèrent après la bataille.

Audito adventu: «l’arrivée de Darius ayant été apprise». Audire, «entendre», a souvent le sens de «entendre dire», d’où «apprendre».

Adventus, us, 4e déclin., composé de ad et venire.

Petere, o, is, ivi, itum, «demander». Cf. franç.: pétition. Après ce verbe, on trouve ab et l’ablatif, parce qu’on cherche à obtenir quelque chose de quelqu’un, donc à lui soutirer quelque chose. Il y a éloignement.

Exspectare, «attendre». Cf. franç.: être dans l'expectative, c’est-à-dire attendre.

Non expectato auxilio: «le secours n’étant pas attendu», c’est-à-dire «sans attendre le secours». Vous voyez combien l’ablatif absolu est fréquent en latin.

Decem milia civium, «dix milliers de citoyens». Mille auxiliares, «mille auxiliaires». Nous avons déjà étudié, dans les noms de nombre, l’emploi de mille avec un nominatif, pour le singulier, et de milia, avec un génitif, au pluriel. Mille est indéclinable, tandis que milia se décline: gén. milium, dat. milibus.

Platée était une ville de Béotie, le pays au Nord-Ouest de l’Attique.

Campus, i, «plaine», a donné en français champ. Ne pas prendre campus pour «le camp», qui se dit en latin castra, castrorum, nom pluriel neutre.

In est suivi de l’ablatif parce qu’il n’y a pas direction vers la plaine. C’est dans la plaine même qu’ils se rangent en bataille.

Marathonius est un adjectit qui signifie «de Marathon». C’est fréquemment que le latin emploie un adjectif, dans des cas où nous employons un nom précédé de de. Ainsi on dit: «un vase d’argent»: vas argenteum: «le haut de l’arbre»: summa arbor; «le milieu de la ville»: media urbs.

Instruere, o, is, uxi, uctum, «disposer, préparer». Instruere aciem (acies, aciei, f., 5e déclin.): «ranger l’armée en bataille», est un terme technique militaire.

«Miltiade commandait l’armée. Les Grecs avaient une telle ardeur que malgré les mille pas qui séparaient les deux armées, ils arrivèrent au pas de course sur l’ennemi avant de lancer leurs flèches».

Praeesse, «être à la tête de», est un composé de esse, que nous avons déjà vu. Il gouverne le datif, comme la plupart des composés de esse, par exemple: defuit officio, «il a manqué à son devoir». Prae, «en avant», a donné en français le préfixe pré, qui se retrouve dans beaucoup de mots: préface, préfet, etc.

Exercitus, us, 4e déclin. C’est l’armée en tant que «corps constitué». Acies, aciei, 5e déclin., c’est l’armée rangée en bataille, ainsi que nous l’avons à la ligne suivante; agmen, agminis, neut., c’est l’armée en marche.

Alacritas, tatis, f., «vivacité, ardeur», est le nom de l’adjectif alacer, alacris, alacre, «vif». Il y a un très grand nombre de noms abstraits en tas; ce sont eux qui nous ont donné nos mots en té: bonté, charité, etc.

Alacritas fuit Graecis: «l’ardeur fut aux Grecs». C’est une tournure fréquente, qui équivaut à: «Les Grecs eurent de l’ardeur». C’est ainsi qu’on dit: Est mihi liber, «un livre est à moi», pour traduire: «J’ai un livre».

Animus, c’est «l’esprit, l’âme»; au pluriel, animi signifie «sentiments». Quant à anima, ae, qu’on trouve aussi, il signifie «âme» dans le sens de «vie», souffle vital, par exemple dans l’expression: «rendre l’âme».

Tam magna: «si grande, tellement grande». On trouve souvent, au lieu de tam magna: tanta (tantus, a, um).

Ut: «que», indiquant la conséquence, gouverne le subjonctif.

Fuit: le latin emploie le parfait dans ce cas, alors que nous employons plutôt l’imparfait. Exemple: Caesar fuit magnus imperator, «César était un grand général».

Cum, devant essent, c’est-à-dire devant un imparfait du subj. peut avoir tous ses sens, et je le traduis, pour commencer, par «alors que»: «alors que mille pas étaient entre les deux armées»; mais cette traduction est provisoire. Puisque l’auteur veut nous faire remarquer l’ardeur des Grecs, il faut comprendre: «malgré la grande distance, ils allèrent si vite que…​» Cum a donc le sens de «quoique».

Inter veut toujours après lui l’accusatif, comme ad (vers), ante (devant), post (derrière, après).

Essent: le verbe être se traduit souvent par «il y a», «il y avait», etc. Citato cursu, abl. de manière. Citare signifie «mettre en mouvement, presser, hâter». «Par une course pressée», c’est-à-dire «au pas de course».

Ante jactum, «avant le jet, avant le lancement des flèches». Les anciens commençaient normalement la bataille par une décharge de flèches, et n’en venaient au corps à corps qu’ensuite.

Venerint: parfait du subjonctif.

«On combattit avec un tel courage que les Perses, vaincus, se réfugièrent sur leurs navires. Hippias, instigateur de cette guerre, fut tué au milieu des ennemis».

Pugnatam est, 3e pers. sing. neutre du parf. ind. passif de pugnare. Cet emploi du neutre passif est appelé: «passif impersonnel», et sert à traduire l’idée de on. «Il fut combattu, l’action de combattre fut faite, on combattit». Exemples: Itur, «on va» (de ire); «on vient»: venitur (de venire); «on est venu»: ventum est.

Tanta, «si grand», synonyme de tam magna, ainsi que nous le disions.

Virtus, utis, f., signifie parfois «vertu», mais plus souvent «valeur militaire, courage».

Victi, part. passé de vincere, o, is, vici, victum, «vaincre». Il y a trois verbes dont les parfaits et les supins se ressemblent et ne doivent pas être confondus: vincere, o, is, vici, victum, «vaincre» (victoire, invincible).

Vincire, io, is, vinxi, vinctum, «enchaîner» (vinculum, lien).

Vivere, vivo, vivis, vixi, victum, «vivre» (victuailles).

Navis, is, f., «navire». L’accusatif après in, parce qu’il y a mouvement vers les navires (question quo).

Ejus, gén. de is, ea, id, démonstratif.

Bellum, i, n., «guerre», nous a donné belliqueux.

Cecidit, L’auteur a soin d’indiquer, dans certaines éditions, que l'i de ci est bref. C’est donc que nous avons affaire au parfait de cadere, «tomber» (supin casum), et non au parfait de caedere, «tuer» (supin caesum). Ces deux verbes font au parfait cecidi; mais a donne i bref, et ae donne i long.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Plus nous avançons, plus, évidemment, nous rencontrons de choses déjà vues. Il semblerait donc que je doive avoir de moins en moins de remarques à vous faire au cours de nos lectures. En réalité, je n’ai pas à craindre le chômage; car les circonstances dans lesquelles on rencontre un mot déjà vu ne sont presque jamais celles où on l’a rencontré la fois précédente; et il est nécessaire de montrer comment ce que l’on en a dit autrefois s’adapte à ces nouvelles circonstances.

D’ailleurs, il ne suffit pas de voir quelque chose une seule fois pour le retenir. C’est en revoyant six fois, dix fois lu même chose, qu’on finit par la savoir d’une manière définitive. Tout ceci pour m’excuser de mes redites perpétuelles: elles sont voulues. Puissent-elles seulement n’être pas inutiles!

Léonidas aux Thermopyles

Il s’agit là d’un des épisodes les plus fameux de toute l’histoire ancienne. On sait qu’un monument fut élevé pour commémorer la mort glorieuse des 300 Spartiates, avec ces mots: «Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici en obéissant à ses lois».

«Après la mort de Darius, son fils Xerxès fut roi. Il prépara pendant cinq ans la guerre contre les Grecs. Il arma 700.000 Perses, 300.000 alliés, et il équipa 1.200 navires».

Dario mortuo, ablatif absolu: «Darius étant mort». Mori, morior, moreris, mortuus sum, 3e conjug. mixte, déponent.

Filius ejus, son fils, et non pas filius suus, car le possesseur de filius, Darius, n’est pas le sujet de la phrase: le sujet est Xerxès.

Obtinere n’a généralement pas le sens de «obtenir», mais bien de «tenir»: «posséda la royauté».

Quinquennium: un espace de cinq ans; le complément circ. de temps qui marque la durée peut se mettre, soit à l’ablatif, soit à l’accusatif. Ex.: Regnavit tres annos ou tribus annis, «il régna trois ans».

Instruxit, parfait de instruere, o, is, instructum, «préparer».

Numéro, abl., «par le nombre», compl. de manière sans aucune utilité.

«Comme s’il avait été le maître de la nature elle-même, il voulait niveler les montagnes, et recouvrir de ponts certaines mers. Mais sa retraite fut aussi honteuse et déshonorante que son entrée en Grèce fut terrible».

Veluti, ou velut, sans i, signifie «de même que»; c’est un composé de ut. «De même que s’il était (sous-entendu) maître». Notons qu’on trouve aussi parfois uti au lieu de ut, dans le sens de: «de même que».

Ducere montes in planum, mot-à-mot: «conduire les montagnes dans la plaine», c’est les niveler. Il s’agit d’un canal que Xerxès avait fait creuser à travers le mont Athos. Quant au pont, c’était un immense pont de bateaux sur l’Hellespont (les Dardanelles).

Tam quam, «aussi…​ que…​»

«Car comme Léonidas, roi de Lacédémone, avait occupé les défilés des Thermopyles avec 7.000 soldats, Xerxès, méprisant leur petit nombre, ordonna d’engager le combat».

Le premier cum est une conjonction: «alors que»; le second est une préposition: «avec».

Contemptu, abl. de contemptus, «avec le mépris».

Eorum paucitatis: «du petit nombre d’eux», «de leur petit nombre».

Jussit, parf. de jubeo.

«On combattit là pendant trois jours. Le quatrième jour, Léonidas renvoya ses alliés et il affermit le courage de ses soldats de telle sorte qu’ils savaient, l’âme prête au sacrifice, qu’ils marchaient à la mort».

Ita…​ ut et le subj., «de telle sorte que».

Se ire, proposition infinitive après scirent.

«Aussitôt, ils prennent les armes, et ces 300 hommes font irruption dans le camp des 500.000; ils tuent, ils abattent tout. Le combat dura du début de la nuit jusqu’à l’après-midi. A la fin, sans avoir été vaincus, mais fatigués de vaincre, les Lacédémoniens tombèrent pour leur patrie».

Capere, io, is, cepi, captum, «prendre». Cf. en français: captif, etc.

Trecenti. Les centaines sont en i, ae, a, comme boni, bonae, bona. Les dizaines sont en a, sauf viginti (20), et indéclinables.

Vir, viri, 2e déclinaison, «l’homme», «le guerrier». Au contraire, homo, inis, 3e déclinaison, «l’être humain» en général. Cf. la différence entre viril et humain.

Castra, castrorum, neutre pluriel, signifie «un camp».

Quingenti, ae, a = D, c’est-à-dire 500; au contraire, quinquaginta, indéclinable = L = 50; 50e se dit quinquagesimus, d’où la quinquagésime, le 50e jour avant Pâques.

Irrumpere, o, is, irrupi, irruptum; français: irruption. Comme la préposition in (dans) est contenue dans ce verbe (in, rumpere) on ne l’a pas répétée devant castra: entrer dans le camp. Dans ces exemples, on a l’accusatif, parce qu’il y a direction vers le camp.

Caedere, o, is, cecidi, caesum, «tuer».

Sternere, o, is, stravi, stratum, «renverser, étendre». De là les mots: se prosterner = se courber jusqu’à terre, en signe de respect; prostré = abattu (par la douleur), et le nom dérivé: prostration = abattement; consterner; stratifier = étendre en couches.

Omnia, pluriel neutre, «toutes choses», mis ici pour «tous les hommes qu’ils rencontrent».

Proelium, i, neutre: «combat». Synonyme: pugna, «bataille». A: «depuis»; cette préposition marque normalement le point de départ. Ex.: a solis ortu usque ad occasum, laudabile nomen Domini, «depuis le lever (ortus, us, 4e déclin.) du soleil (sol, solis) jusqu’à son coucher (occasus, us) (c’est-à-dire de l’orient à l’occident), «le nom du Seigneur mérite d’être loué» (mot à mot: est louable) (dans le Laudate, pueri, Dominum, psaume chanté aux enterrements d’enfants).

Principium, i, n., a donné en français: principe; étudier quelque chose dès le principe = dès le début.

Nox, noctis, fém., «nuit» (f. nocturne).

Major, compar. de magna, «la plus grande partie du jour».

Dies, diei, 5e décl., «jour», cf. diurne, quotidien.

Trahere, o, is, traxi, tractum, «traîner»; français: tracteur, etc. Ici: «faire traîner le combat, le faire durer».

Postremus, superlatif formé avec post, «après» = «dernier»; ad postremum: (arrivés) «à la dernière chose», c’est-à-dire «enfin». Il existe un comparatif: posterus, «suivant», qui nous a donné en français: postérité, postérieur.

Victi, de vincere, «vaincre». Revoyez les trois verbes:

Vincere, vici, victum, vaincre.

Vincere, vinxi, vinctum, lier.

Vivere, vixi, victum, vivre.

Vincendo, gérondif en do, ablatif de l’infinitif: «fatigués par le fait de vaincre».

Pro: l’expression pro patria est un des très rares exemples de ce sens de pro = «en faveur de»; d’ordinaire, pro signifie «à la place de»: esse pro parente: «être à la place de père, tenir lieu de père».

Occiderunt: occidere, occidi, occasum, composé de cadere, «tomber». Occidere, occidi, occisum, vient de caedere, «tuer».

Bataille de Salamine

«Cependant Xerxès, ayant éprouvé deux revers (vulnus, eris, neutre, «blessure») sur terre (= en combat terrestre) décida de tenter la fortune sur mer (= de la mer). Pendant ce temps, les Athéniens avaient construit 200 navires. Quand ils avaient consulté l’oracle sur la guerre, il leur avait conseillé de protéger leur ville par des murs de bois».

Eis, dat. plur. de is, désigne les Athéniens.

Construction: l’oracle avait conseillé (suadeo, suasi, suasum) à eux consultant au sujet de (de) la guerre.

Ut, «que», ils protégeassent (tueor) leur vie (salus, salutis, «leur salut»); ligneus, adj., «de bois».

«Aussitôt ils montent sur leurs navires et ils mettent en sûreté (demandare) leurs femmes et leurs enfants, avec leurs objets les plus précieux, dans des îles écartées, après avoir abandonné leur ville.

D’autres villes imitèrent (imitari, verbe déponent) l’exemple des Athéniens. Donc Xerxès incendia Thespies, Platée et Athènes, vides d’hommes.

Toute la flotte (classis) des alliés avait occupé le défilé du détroit (fretum, i) de la rade de Salamine, afin qu’elle ne pût pas être cernée par le grand nombre (des navires de Xerxès) (ne = ut non).

Mais un désaccord s’élève (oriri, déponent) entre les chefs des états (civitas, atis), et ils voulaient se disperser (dilabi, or, eris) les uns d’un côté, les autres d’un autre (alii alio), pour protéger chacun leurs biens.

Alors Thémistocle, craignant que (ne) les forces (vires, virium, 3e déclinaison) des alliés ne soient diminuées par leur dispersion, fait dire (nuntiat) ceci (ces choses) à Xerxès par un esclave fidèle (per, «par l’intermédiaire de»): «Tu peux (possum, potes) prendre (t’emparer de) très facilement (facilis a pour superlatif spécial facillimus) (toute) la Grèce rassemblée (contractum) en un seul (uno) lieu; si les états qui veulent s’en aller maintenant (jam) sont dispersés, tu les poursuivras un à un (singulas) avec plus de mal», («avec un travail plus grand»).

Après si, nous avons déjà dit qu’on trouve toujours le même temps que dans la proposition principale, ici, le futur.

Consectaberis, 2e pers. sing. du futur consectabor, du verbe consectari, déponent.

«Par cette ruse, il pousse le roi à donner le signal de la bataille. Les Grecs aussi, surpris par l’arrivée des ennemis, entonnent (chantent) le Péan et engagent le combat avec leurs forces réunies».

Paeana est une forme grecque, c’est l’accusatif de Paean, Paeanis; la 3e décl., en grec, a l’acc. en a. Le latin conserve la forme grecque dans un certain nombre de mots de cette langue.

Collatis est le participe passé (abl. plur.) du verbe conferre, parfait contuli, supin collatum, avec assimilation de l'n en l devant l'l de latum.

Viribus, abl. de vires, virium, «forces». Singulier: vis. Surtout ne pas confondre avec le mot vir, viri, «homme».

«Pendant ce temps, le roi, comme un spectateur de la bataille, reste sur le rivage avec une partie de ses navires: au contraire (autem) Artémise, reine d’Halicarnasse, qui était venue en aide à Xerxès, conduisait (cieo) le combat avec une grande ardeur (acerrime, noter le superlatif de acriter) parmi les généraux qui se trouvaient au premier rang (primos).

Cependant le combat était douteux (anceps, gén. ancipitis), mais les Ioniens, selon l’ordre de Thémistocle, commencèrent à se retirer peu à peu de la bataille (pugnae, dat. après subtrahere). Leur défection découragea les Perses (exactement: brisa le courage (animos, au plur.) des Perses) et bientôt vaincus au combat ils se tournent vers la fuite (vertor, verbe passif équivalant à un pronominal). Dans ce trouble beaucoup de navires des ennemis furent pris et beaucoup de navires furent submergés.»

VINGTIÈME LEÇON

Miltiade, Thémistocle, Aristide

«Miltiade, fils de Cimon, qui avait délivré Athènes et toute la Grèce, se vit accorder l’honneur que voici: sur le portique qu’on appelle le Poecile, la bataille de Marathon fut peinte et son portrait fut placé au premier plan parmi les dix généraux grecs».

Ma traduction, pour être bien française, s’éloigne par endroits quelque peu du texte. Je vous le ferai remarquer au fur et à mesure.

La construction de la phrase n’offre pas de difficulté. Hic honor: «cet honneur, l’honneur que voici»; on trouve plus souvent le nominatif honos; tributus est, parfait passif de tribuere, «fut attribué»; Miltiadi, «à Miltiade».

En français, j’ai commencé par remplacer le passif par l’actif, parce que le latin est très amateur de passif, mais que le français l’est beaucoup moins. J’aurais pu traduire: «on accorda à Miltiade l’honneur suivant». La traduction du passif latin par on en français (il n’y a pas d’équivalent latin à notre on) est très souvent recommandable. Mais ici je vous ai exprès suggéré un autre tour: «Miltiade se vit accorder». Notez cet emploi de «se vit», qui est un gallicisme, c’est-à-dire une tournure propre au français. Dans les gallicismes comme celui-ci, le verbe (ici «se voir») n’a plus son sens propre. C’est ainsi qu’on dit: «Le lièvre aime à être mangé faisandé»; entendez: «il est recommandable de manger le lièvre faisandé» (si votre estomac s’accommode de cette préparation particulière); mais n’allez pas vous imaginer que le testament d’un lièvre ait jamais contenu une clause de ce genre. — De même dans «Miltiade se vit accorder», les yeux de Miltiade ne jouent aucun rôle actif.

Porticus, us, est de la 4e déclinaison et féminin, ce dont vous vous rendez compte par quae, qui suit. Dans cette expression: quae Poecile vocatur, Poecile est un attribut de quae, c’est pour cela qu’il est au même cas que lui, au nominatif. Ce mot Poecile, génitif Poeciles, est, comme vous le voyez, en dehors des déclinaisons que nous avons apprises jusqu’ici. C’est en effet un nom grec. Il y en a un certain nombre, que le latin transcrit tels quels, avec leur forme grecque. On ne les trouve guère qu’au nominatif singulier, rarement au génitif qui est souvent en es, et assez souvent à l’accusatif qui est soit en n, soit en a. Ne vous inquiétez pas trop de ces «hellénismes»: le dictionnaire vous donne toujours à leur sujet les indications nécessaires.

Pugna Marathonia: emploi d’un adjectif là où nous employons un nom avec de; exemple déjà vu: vas argenteum, «un vase d’argent», etc.

Depicta est, «fut peinte». La présence de est ne doit pas vous faire prendre ce temps pour un présent. C’est le parfait de l’indicatif. La notion du passé étant déjà incluse dans le participe depicta, il est inutile de l’introduire encore dans l’auxiliaire.

«Son portrait fut placé le premier au nombre des dix chefs grecs». Cette traduction serait à la fois moins claire et moins française que celle que je vous ai proposée.

Ponere, o, is, posui, positum, «placer». Nombreux dérivés en français: position, poser, etc.

«Cependant, par la suite, il fut accusé de trahison, et condamné à une amende. Ne pouvant payer cette amende, il fut jeté en prison et y mourut».

Ici encore, j’ai fait exprès de ne pas suivre le texte de trop près. Je pense que vous avez remarqué les différences.

Attamen, «cependant». Ou trouve plus souvent tamen tout seul, mais généralement il est placé après le premier mot de la phrase, tandis que attamen se place le premier, ce qui est compréhensible puisque tamen est alors placé après le mot at; qui signifie «mais».

Proditionis: le complément des verbes qui signifient accuser se met au génitif. Exemple: «accuser quelqu’un de vol», insimulare aliquem furti (de furtum).

Après les verbes qui signifient condamner, on a soit l’ablatif, comme ici, soit encore le génitif. Exemple: «condamner quelqu’un à mort», condemnare aliquem capite ou capitis (caput, capitis, neutre: «la tête»).

Vous pouvez remarquer que le latin n’a, dans la phrase que nous venons d’étudier, qu’une seule proposition: «accusé, il fut condamné». Au contraire, j’en ai fait deux: «il fut accusé, et il fut condamné». C’est que le génie des deux langues est, à cet égard, différent. Le latin aime les phrases longues, bourrées de participes, de relatives, de propositions subordonnées de toute nature. Le français, au contraire, est partisan des phrases courtes, rapides, dégagées.

Pecunia, «somme d’argent», «argent», pour désigner la monnaie, s’oppose à argentum, qui désigne le métal. En français, le substantif pécune est vieilli; mais l’adjectif pécuniaire (que beaucoup estropient en faisant le barbarisme «pécunier») est très fréquent. Qui donc n’a pas à se préoccuper de la question pécuniaire?

Cum solvere non posset: «comme il ne pouvait pas payer». J’ai traduit par le participe présent: «ne pouvant pas», selon ce que j’avais dit dans la leçon sur cum.

Vinculum, i, neutre, «lien»; apparenté au verbe vincire, io, is, vinxi, vinctum, «enchaîner». Vincula publica, «la prison»; l’accusatif, parce qu’il y a mouvement de direction vers.

Ibi: revoyez les différentes façons de dire là, selon le cas: Ubi sum? «où suis-je?» (sans changement de lieu). — Ibi.Quo vadis? «où vas-tu?» (mouvement vers un lieu). — Eo.Unde venis? «D’où viens-tu?» (mouvement d’éloignement d’un lieu). — Inde.Qua transis? «Par où passes-tu?» — Ea.

Obire, «aller au devant de, rencontrer». Nous avons déjà rencontré ce préfixe ob, dans obstacle: ce qui se dresse devant vous. — Obire diem supremum, «rencontrer son dernier jour, mourir». On trouve même obire tout seul dans ce sens, de même que decedere s’emploie tout seul pour decedere vita, «sortir de la vie». On appelle «obituaire» un registre où l’on note les dates et détails divers relatifs à des sépultures. Dans les hôpitaux, le participe futur obiturus, «qui va mourir», permet parfois au médecin de donner une explication à ses étudiants sans risquer d’être compris du malade examiné…​

«Même Thémistocle n’échappa pas à la jalousie de ses concitoyens. Car, condamné, lui aussi, pour trahison, il partit d’abord à Argos, puis il passa à Corcyre, puis il se réfugia chez Admète, roi des Molosses, et enfin en Asie, près d’Artaxerxès, fils de Xerxès».

Remarquez: ne Themistocles quidem, «pas même Thémistocle». On insère entre ne et quidem le mot sur lequel porte la négation.

Invidia, «envie, jalousie». — Civis, «citoyen» et «concitoyen». — Nam, «car», a pour synonyme enim, qui se place toujours après le premier mot de la phrase: damnatus enim est.Et, «aussi, même»; ce n’est plus ici une conjonction de coordination, mais un adverbe. — Proditionis: je ne reviens pas sur le génitif auquel on met le complément du verbe accuser ou condamner.Argos, acc. plur. comme si le nominatif était Argi, nom de ville. Corcyram, à l’accusatif, parce qu’il y a mouvement vers (question quo); sans préposition, parce que c’est un nom de ville. Au contraire, on a in Asiam, parce que c’est un nom de pays. Ad, «vers», et apud, «chez», gouvernent tous deux l’accusatif.

«Gratifié de riches présents par Artaxerxès, il se fixa à Magnésie et y mourut. Mais ses restes furent ensevelis secrètement en Attique par ses amis».

Remarquez la construction du verbe donare: la personne à l’acc., la chose donnée à l’abl. — Au contraire le verbe dare, qui est le mot courant pour dire «donner», se construit comme en français: do vestem pauperi, «je donne un vêtement au pauvre» (vestis, is, fém.; pauper, pauperis). — Munus, muneris, neutre, «présent, cadeau». Cf. munificence. Il y a beaucoup de noms neutres en us, eris: vulnus, eris, «blessure», etc.

Ab Artaxerxe: nom de personne complément du passif, ablatif avec ab. Exemple classique: amor a Deo.

Magnesiae, génitif-locatif de Magnesia. On met ainsi au génitif, à la question ubi (complément de lieu sans mouvement) les noms de ville de la 1re et de la 2e déclinaison du singulier. Autres exemples de «locatif»: domi, «à la maison»; humi, «à terre»; ruri, «à la campagne», de rus, ruris, 3e déclin.

Mortuus est, parf. de mori, morior, moreris.Os, ossis, neutre: «os, ossements»; ne pas confondre avec os, oris, neutre, «bouche».

Sepultus, partic. de sepelire, sepelivi, sepultum.

«Aristide, fils de Lysimaque, était à peu près du même âge que Thémistocle. Il prit part au combat naval de Salamine, et fut le chef des Athéniens à Platées».

Aequalis: ce mot vient de aequus, a, um, «égal»; il signifie: «du même âge», «contemporain», et se construit soit avec le génitif, soit avec le datif, comme c’est le cas ici: Themistocli. Interesse, «assister à», avec le datif (pugnae). — Ad Salamina, ad Plataeas, «près de». Notez bien ce sens de ad devant un nom de ville. On sait que les noms de villes, compléments de lieu, ne prennent pas de préposition. Sum Romae, «je suis à Rome». Eo Romam, «je vais à Rome». Mais pour traduire l’idée de près de, on se sert de la préposition ad. Vous comprenez donc la différence qu’il y aurait entre: Eo Romam, «je vais à Rome»; et Eo ad Romam, «je vais près de Rome».

«Mais ensuite, discrédité auprès du peuple par Thémistocle, il fut condamné par l’ostracisme à un exil de dix ans. Pourtant il était si remarquable par son désintéressement qu’on l’appelait le Juste».

Le verbe collabefio est composé: 1° du préfixe cum (sous la forme col, par assimilation de m en l devant labe); 2° du verbe déponent labi, labor, lapsus sum, «tomber»; 3° du verbe fieri, fio, fis, passif de facere, facio, «faire». L’actif (inusité) signifierait donc: «faire tomber». Toutes les langues utilisent les mêmes images, puisqu’on dit maintenant encore: «faire tomber un ministère».

Testulis, ablatif pluriel de testula, «coquille». On sait que dans ce mode de suffrage (ostracisme) les Athéniens se servaient de coquilles d’huîtres comme bulletins de vote.

Exsilio, abl. de exsilium; nous avons déjà vu que le compl. du verbe condamner se met à l’ablatif ou au génitif: damnare capite ou capitis, «condamner à mort». — Abstinentia est à l’ablatif, il excellait par son désintéressement. Retenez bien cette traduction de abstinentia, c’est la meilleure dans la plupart des cas; les mots «honnêteté» ou «probité» conviendraient d’ailleurs aussi bien ici. Dans l’antiquité, beaucoup d’hommes politiques ont passé pour peu honnêtes; leurs opinions variaient souvent selon les «pots de vin» qu’ils recevaient; les rois qui voulaient asservir Athènes, notamment Philippe, roi de Macédoine, père d’Alexandre, avaient soin de payer des orateurs pour conseiller à l’assemblée du peuple des mesures propres à affaiblir Athènes en face de ses ennemis. De nos jours, heureusement, les hommes politiques sont tous aussi désintéressés qu’Aristide.

Adeo ut, exactement: «jusqu’à ce point (ad eo, adverbe de lieu) que». Ut, marquant la conséquence, gouverne le subjonctif.

«Il fut aussi choisi pour fixer combien d’argent chaque cité donnerait pour le trésor commun, que l’on devait réunir à Délos, et, tout en ayant dirigé des affaires si considérables, il mourut dans une telle pauvreté qu’il laissa à peine de quoi payer ses obsèques».

Delectus est, parfait passif de deligo, delegi, delectum, «choisir», composé de legere, qui signifie tantôt «lire» et tantôt «choisir». Le mot delectus, us, 4e déclinaison, signifie «choix», et en particulier «levée de soldats». En français, nous avons prédilection: «Horace est mon auteur de prédilection», celui que je choisis, que je préfère.

Ici.: ut et le subjonctif = «pour que».

Quantum quaeque civitas daret est une proposition interrogative indirecte, c’est-à-dire une proposition subordonnée, complément direct (du verbe constituere), et commençant par un mot interrogatif (quantum). Ces propositions interrogatives indirectes se mettent au subjonctif.

Pecuniae, au génitif, est le compl. de quantum.Quisque, quaeque, quodque, «chaque, chacun», est un composé déjà étudié de quis.Ad = «pour». — Deli, génitif locatif de Delos, petite île. — Comparandus, adj. verbal, appelé aussi participe d’obligation: «qui doit être rassemblé». Autre exemple de cet adj.: virtus est amanda, «il faut aimer la vertu». — Comparare est composé de parare, «préparer», et de cum, «ensemble»; ne pas le traduire par comparer. Il y a un autre verbe comparare, formé de par, «égal», et de cum, qui signifie: «apparier», d’où «comparer».

Cum, avec le plus-que-parfait du subjonctif peut avoir tous ses sens. Je le traduis d’abord par «alors que» en mot à mot: «alors qu’il avait été à la tête de si grandes choses»; le sens est: «bien qu’il eût été». J’ai choisi une autre tournure: «tout en ayant dirigé», pour vous montrer comment on peut varier les traductions.

In tanta paupertate, «dans une si grande pauvreté»; ut reliquerit vix, «qu’il laissa à peine» (ut et le subj.: conséquence); unde, «d’où»; efferretur (de efferre) «il fût emporté» (hors de chez lui), c’est-à-dire «enterré». Unde: du sens local, on passe au sens de moyens, de ressources, «de quoi». Le subj. imparfait efferretur, est amené parce que la proposition est interrogative indirecte.

2° Etude des conjonctions cum et ut:.

Cum solvere non posset, «parce que»; — cum tantis rebus praefuisset, «quoique»: cum dans ces deux cas est toujours suivi du subjonctif. Ut justus appelleraretur, «de sorte que»; — ut constitueret, «afin que»; — ut reliquerit, «de sorte que»: dans ces deux sens, ut est toujours suivi du subjonctif.

Prépositions: dans in porticu, in numero, in Attica, in paupertate, nous avons l’ablatif parce qu’il n’y a pas changement de lieu. Dans: in vincula, in Asiam, l’accusatif est amené par le changement de lieu vers un autre endroit que celui où l’on était précédemment.

Quant aux autres prépositions, elles sont toujours suivies du même cas: ad et apud, de l’accus., ab, de l’ablatif.

VINGT ET UNIÈME LEÇON

1° Le thème proposé dans la leçon 21 était une application des mots vus dans le chapitre sur la peste d’Athènes.

«De nombreux habitants étaient venus de la campagne à Athènes, pour ne pas être pris par les Lacédémoniens».

Multi incolae rure Athenas venerant, ne a Lacedaemoniis caperentur.

Rure: abl. de rus, ruris, neutre. Il y a l’ablatif parce qu’il y a éloignement (question unde); il n’y a pas de préposition, car nous avons appris que domus, «la maison», rus, «la campagne», humus, «la terre», suivent le sort des noms de villes et ne prennent pas de préposition quand ils sont compléments de lieu.

Athenas: l’acc., parce qu’il y a mouvement vers. Mais pas de préposition, parce que nom de ville.

Ne = ut non, «afin que…​ ne pas». Je vous rappelle que, dans une phrase négative: 1° ut indiquant l’intention se remplace par ne; tandis que 2° ut indiquant la conséquence («de telle sorte que») est suivi de non; tam sagax est ut decipi non possit; «il est tellement sagace qu’il ne peut pas être trompé».

Caperentur, imparfait du subj. passif. L’imparfait, parce que le verbe principal venerant est à un temps passé: règle de la concordance des temps; l’infinitif présent capere donne tout de suite l’imparfait du subjonctif: caperem (à l’actif), car «l’imparfait du subjonctif est le temps le plus simple à former».

A Lacedaemoniis; le complément du verbe passif se met à l’ablatif avec ab lorsque c’est un nom de personne. Règle: amor a Deo.

«Une partie de cette multitude fut tuée par une terrible maladie».

Hujus multitudinis pars terribili morbo occisa est.

Hujus: excellente occasion pour revoir la déclinaison un peu difficile de hic, haec, hoc. Accus.: hunc, hanc, hoc; gén.: hujus; dat.: huic; ablatif: hoc, hac, hoc. Et le pluriel comme celui de bonus: hi, hae, etc., sauf le nominatif et l’accusatif neutres haec.

Terribili; l’ablatif des adjectifs parisyllabiques est en i. Nominatif fortis («courageux»), deux syllabes; génitif fortis, deux syllabes; d’où génitif pluriel fortium; ablatif singulier forti. Mare, maris, neutre, «la mer», fait aussi à l’ablatif singulier mari; tandis que les masculins et les féminins font: civis, («citoyen»), masc., ablatif cive; avis (oiseau), féminin, abl.: ave.

Morbo (de morbus, i, m.) à l’ablatif sans préposition, parce que c’est un nom de chose complément du passif. Règle: maerore conficior, «je suis accablé de chagrin».

Occisa est, parfait indicatif passif (féminin, se rapportant à pars) de occidere, o, is, occidi, occisum, composé de ob et de caedere, o, is, cecidi, caesum.

«Périclès lui-même, l’orateur le plus célèbre d’Athènes, dont les conseils étaient presque toujours suivis par le peuple, mourut».

Pericles ipse, clarissimus Atheniensium orator, cujus consilia populus fere semper sequebatur, periit.

Ipse, «lui-même», ipsa, ipsum; gén. ipsius; datif, ipsi, suit la déclin. pron.

Clarus, «célèbre», fait au superlatif, régulièrement, clarissimus. Si vous voulez employer conspicuus, «remarquable» il faut vous rappeler que les adjectifs terminés en eus, ius, uus, n’ont pas de superlatif en issimus; on ajoute devant eux maxime: maxime conspicuus. — Si vous voulez employer celeber, celebris, celebre (3e décl.), qui d’ailleurs signifie plutôt: «fréquenté», en parlant d’un endroit, il faut vous rappeler que les adjectifs terminés en er forment leur superlatif en errimus: celeberrimus, comme pulcherrimus.

J’ai traduit Atheniensium, «des Athéniens», plutôt que Athenarum, «d’Athènes», selon ce que nous avons vu maintes fois. «Roi de Rome» = «roi des Romains» = Romanorum rex.

Dont est le complément déterminatif de conseil; il est donc au génitif; il remplace Périclès, masc. sing. Le génitif masc. sing. de qui est cujus.

Le verbe sequi, sequor, eris, secutus sum, «suivre», est déponent (sens actif, forme passive). On ne peut donc l’employer au passif, et il est nécessaire de changer la tournure. J’ai donc traduit: «dont le peuple (sujet, nom.) suivait les conseils (compl. direct, acc. de consilium, i, n.)».

«Les Grecs parlèrent de cette peste pendant de longues années».

Graeci de illa peste per multos annos locuti sunt.

Loquor, eris, locutus sum, «parler», verbe déponent. — De et l’abl: «au sujet de». — Per et l’accusatif, «à travers» (dans l’espace), et «pendant» (dans le temps). «De longues années» ne signifie pas autre chose que «de nombreuses années». C’est un gallicisme, qu’il faut bien se garder de traduire tel quel.

Versions: Peste d’Athènes, Paix de Nicias.

«L’année suivante, une peste épouvantable, venant du territoire de l’Egypte, envahit Athènes, dans laquelle, de tous côtés, de très nombreux paysans s’étaient réfugiés, afin d’éviter les incursions des ennemis. Bientôt la maladie enleva presque le dixième des habitants, et Périclès lui-même périt».

Insequenti, ablatif en i du participe présent employé adjectivement insequens, insequentis, du verbe insequor, «suivre». L’ablatif est en i parce que cet adjectit se rapporte à un nom de chose; s’il se rapportait à un nom de personne, il serait en e: insequente. Ainsi: «cela a été dit par un homme prudent»: hoc dictum est ab homine prudente. — «Il a répondu par un mot prudent»: voce prudenti respondit.

Orta, participe passé du verbe déponent oriri, ortus sum. «s’élever»: «s’étant élevé»: cf. le mot oriens = orient = levant.

Fines, pluriel de finis: «les limites», d’où «le territoire». — Invasit parfait de invadere.In quibus, ablatif parce qu’il n’y a pas de direction vers; Athenae, arum, étant un nom toujours pluriel, le pronom relatif est lui-même au pluriel. Plurimi, superlatif de multi, «nombreux», dont le comparatif est plures.Absumpsit, parfait de absumere, o, is, absumpsi, absumptum, composé de sumere, «prendre». — Periit, parfait de perire, composé de ire, eo, is, ivi, itum, verbe irrégulier.

«Alors, poussés par les conseils de Cléon, homme nouveau, les Athéniens cernent l’île de Sphactérie, dans laquelle trois cents Lacédémoniens, après avoir lutté longtemps, certes, mais en vain, furent forcés de se rendre».

Compulsi, participe, se rapportant à Athenienses, du verbe compellere, o, is, compuli, compulsum, «pousser». — Homo novus, «homme nouveau», c’est-à-dire plébéien dont les ancêtres n’avaient jamais exercé de magistratures. — Cingere, o, is, cinxi, cinctum, «entourer». Sphacteriam insulam: les deux mots sont au même cas, car Sphactérie est une apposition à île. Il ne faut pas être dupe de notre tournure française («l’île de Sphactérie»). Sphactérie n’est pas un complément déterminatif; les deux mots désignent la même chose, jouent le même rôle, et sont, par conséquent, au même cas. De même: urbs Roma, «la ville de Rome». Ou, en français, des tournures comme celles-ci: «Ce coquin de Robert»; «cet imbécile de Nicodème», etc.

Luctati, participe passé de luctari, déponent: «ayant lutté». — Coacti sunt, indicatif parfait passif de cogere, coegi, coactum, «forcer», composé de cum et de agereDedere, o, is, dedidi, deditum, «livrer», composé de dare, «donner».

«Les Lacédémoniens, irrités, décident de réduire Athènes par la faim (fames, is, f.), et Brasidas, chef des Lacédémoniens, gagne (petit, de petere, «se dirige vers») la Thrace (ancienne Turquie d’Europe), de laquelle les Athéniens tiraient (ducebant) leur blé; là (ibi), il prend la ville d’Amphipolis. Mais bientôt Brasidas et Cléon tombèrent (= furent tués) en combattant (dimicare) courageusement, et la paix (pax, pacis) fut conclue à l’instigation de Nicias, laquelle (paix) dura (valere «valoir») seulement (tantum) six ans».

Siècle de Périclès

«Jamais, cependant, la gloire d’Athènes ne fut plus grande; car elle se montra la maîtresse de toute la Grèce, comme disait Périclès, dans tous les arts».

Major, au masc. et fém., majus au neutre, comparatif irrégulier de magnus.Magistra, féminin de magister, tri, «celui qui enseigne». — Totius, gén. de totus, «tout entier», pronom-adjectif qui suit, comme unus, solus, etc., la déclinaison pronominale. — Ut avec l’indicatif: «de même que, comme». Aiebat, imparfait de aio, verbe défectif employé seulement au présent: aio, ais, ait, aiunt; à l’imparfait (toutes les personnes); et à la 3e pers. sing. du parf., «dire». — Artibus, abl. pl. de ars, artis, f. — Se, acc. du pron. réfl., désigne Athenae, sujet sous-entendu de praebuerunt.Praebere, eo, es, ui, «fournir, donner».

«En effet, Eschyle, Sophocle et Euripide, auteurs de tragédies, mettaient en scène beaucoup de héros et de rois, et émouvaient de différentes façons les âmes de tous; quant à Aristophane, poète comique, au théâtre de Bacchus, il raillait les défauts de tout le monde et de «Peuple» lui-même et il corrigeait les mœurs en riant».

Inducere in scenam, conduire sur la scène, expression consacrée pour «représenter». Notez le sens de autem: «quant à». — Omnium, gén. pl. de omnis, «de tous». — Ipsius, gén. de ipse.Ridendo, gérondif-ablatif de ridere.Mos, moris, m. «mœurs».

«Les œuvres (opus, operis, n.) d’Hérodote, de Thucydide, de Xénophon, montrent que l’histoire aussi (quoque) fut florissante alors.

En outre, des philosophes célèbres se distinguaient; les jeunes gens écoutaient chaque jour (cotidie) Socrate, le plus connu (nobilis) d’entre eux (quorum, gén. plur. du pron. relatif: «desquels») et d’excellents orateurs, parmi lesquels étaient Antiphon, Andocide, Lysias et Périclès lui-même, à l’assemblée du peuple (contio, onis) et dans les tribunaux (tribunal, is, n., même déclinaison que mare, comme tous les noms neutres en al et ar) donnaient (dare, dedi, datum) des conseils à leurs concitoyens, ou plaidaient des procès (dicere causam, «plaider une cause»).

Non seulement les belles-lettres, mais encore tous les arts étaient florissants (vigeo, «être fort, vigoureux»). En effet, l’architecte Ictinus bâtissait le Parthénon, et Callimaque l’Erechtheion. Dans ces temples, on plaçait les superbes (pulcherrimus, superl. de pulcher) statues d’artistes (artifex, icis) comme Phidias, Myron et un peu plus tard Praxitèle (mot à mot: «les statues étaient placées»). Enfin, un portique qui s’appelait (mot à mot «qui était appelé») le Poecile, fut orné par le peintre Polygnote.»

22. Mort de Socrate

«C’est à cette époque que Socrate, qui fut appelé à bon droit le père de la philosophie grecque, fut condamné à mort par les juges. On l’accusait faussement de corrompre la jeunesse et de vouloir introduire des dieux nouveaux dans la cité.

Ses disciples voulaient le faire sortir de prison, mais il refusa. «Un bon citoyen, dit-il, obéit toujours aux lois de sa patrie»; et il but courageusement la ciguë dans son cachot, au milieu de ses disciples en pleurs.

Socrate, il est vrai, n’a rien écrit; mais les plus illustres de ses disciples, Platon et Xénophon, nous ont transmis sa doctrine».

Il y a peu de chose à dire dans cette version au point de vue de la latinité.

Damnatus est capitis (caput, capitis, n.): le complément qui indique la condamnation peut se mettre soit au génitif, soit à l’ablatif.

Quasi = «comme si». «Il était accuaé comme s’il…​»

Vellet, imparfait du subjonctif du verbe velle, volo, vis, «vouloir», verbe très irrégulier déjà vu.

Cum discipuli ejus cuperent, «alors que ses disciples désiraient…​» Pour alléger la traduction, j’ai coupé la phrase. Le français n’aime pas les phrases longues.

Tradidi est le parfait de tradere, «livrer, transmettre». Le supin est traditum, d’où tradition: ce qui est transmis de génération en génération.

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Bataille d’Arbèles. Mort de Darius.

«De nouveau, après avoir traversé l’Euphrate et le Tigre, Alexandre conduit son armée contre Darius; les deux rois rangent leur armée en bataille près de la ville d’Arbèles. Alexandre, accablé par les soucis, succomba au sommeil avant la bataille, et son ami Parménion eut du mal à l’éveiller. Les Macédoniens s’élançaient au combat avec le mépris de l’ennemi qu’ils avaient tant de fois vaincu; beaucoup de Perses s’enfuirent; beaucoup furent tués, et Darius chercha son salut dans la fuite».

Denuo est une sorte de contraction pour de novo. De forme ainsi avec l’ablatif un certain nombre de locutions adverbiales. De repente, «soudain»; de nocte, «nuitamment».; de improviso, «à l’improviste»; etc…​

Tigris, Tigridis, masc.; Euphrate, is, masc.

Aciem instruere, «ranger l’armée en bataille». Je vous rappelle que acies, aciei, 5e décl., c’est «armée en ligne de combat»; exercitus, us, du participe passé de exercere, «troupe exercée»; agmen, inis, neutre, de agere, conduire, «armée en marche».

Ad ou apud, «près de»: ne pas confondre avec le sens habituel de ad, qui est «vers». — Arbela, orum, est un neutre plur.

Somnus arripuit Alexandrum, «le sommeil saisit Alexandre». Notez ma traduction par une autre tournure: «Alexandre succomba au sommeil».

Excitare, «éveiller»; on oublie parfois ce sens qui est pourtant assez fréquent.

Aegre, «avec peine». «Il fut éveillé avec peine par Parménion». Il est plus français de dire: «Parménion eut du mal à l’éveiller».

Cum contemptu, «avec mépris». Cum indique l’accompagnement; quand au contraire il s’agit d’un instrument, «avec» ne se traduit que par l’ablatif. «Il est venu avec une épée», venit cum gladio. «Il le frappe avec une épée», eum ferit gladio.

Diffugerint, de dis et fugere. Le préfixe dis exprime la dispersion: «ils s’enfuirent de différents côtés». Occisum est le supin de occidere, «tuer» (ob-caedere). Au contraire le supin de occidere, «tomber» (ob-cadere) est occasum.

Commisit, parfait de committere, supin commissum, «confier». «Darius confia son salut à la fuite».

«Par ce combat, Alexandre s’empara de l’empire de l’Asie. Il entra en grande pompe à Babylone, et il occupa Suse et Persépolis, villes très riches (locuples, locupletis). Dans cette ville, troublé par l’ivresse (mot à mot: «échauffé par le vin»), il tua au milieu d’un banquet (epulae, arum, fém. plur.) son ami Clitus, qui lui avait sauvé la vie près du fleuve du Granique (mot à mot: «qui avait sauvé la vie de lui-même»). Peu de temps après, Darius mourut. Lorsque (ubi) on annonça (nuntiatum est, passif, a pour sujet id) cette nouvelle (id) à Alexandre, il donna l’ordre d’ensevelir son corps selon la coutume royale (mot à mot: «que son corps soit enseveli») et de l’enterrer parmi les tombeaux de ses ancêtres» (mot à mot: «que ses restes soient portés vers les tombeaux de ses ancêtres; majores a souvent le sens de «ancêtres»).

Expédition dans l’Inde. Mort d’Alexandre.

«Cependant toute l’armée s’indignait de ce qu’Alexandre adoptait les coutumes et le luxe des Perses. Le roi, de son côté, s’indignait beaucoup d’être l’objet des propos malveillants de ses compagnons; emporté par la colère, il fit mettre à mort Parménion, son fils Philotas et d’autres chefs».

Inter haec, ou interea (en un seul mot): «au milieu de ces choses», d’où «pendant ces choses», «cependant» (au sens propre).

Indignatio omnium erat totis castris, «l’indignation de tous était dans tout le camp»; il y avait une indignation générale dans tout le camp.

Remarquez que in, «dans», n’est pas exprimé devant totis. C’est une omission fréquente devant ce mot. Tota Graecia, «dans toute la Grèce», etc. Rappelons que castra est un nom pluriel avec le sens d’un singulier: «le camp».

Quod, «parce que», est suivi du subjonctif parce qu’on rapporte la pensée des soldats; c’est un exemple de style indirect.

Mos, moris, masculin, signifie tantôt «les coutumes» (d’un peuple), tantôt «le caractère» (d’un homme).

Rex autem, «quant au roi». Notez ce sens de autem et aussi de vero; ces deux mots se placent tous deux après le premier mot de la phrase.

Se carpi, proposition infinitive complément de indignabatur. Carpere signifie «cueillir», puis, en appliquant ce mot à des animaux, «brouter» de l’herbe, d’où la déchirer, ce qui a donné le sens, que nous avons ici, de «déchirer par des paroles».

Se: le pronom réfléchi est employé dans une proposition complétive pour désigner le sujet du verbe principal (ici indignabatur). — L’emploi de suorum suit la même règle.

Sermo signifie «conversation».

Elatus, participe passé de efferre, «porter hors de», d’où «mis hors de lui».

Imperavit ut. Ut indiquant l’intention se construit avec le subjonctif: interficerentur, «qu’ils fussent tués».

«Ensuite il se dirigea vers l’Inde, afin de donner à son empire l’Océan et l’Extrême Orient pour bornes».

Exactement: «pour limiter son empire par l’Océan».

«Il donna son amitié et de nombreux royaumes à l’un des rois de l’Inde, du nom de Porus, à cause de sa valeur. Après beaucoup de dangers et beaucoup de fatigues dans de vastes déserts, Alexandre avait déjà commencé à ramener son armée, et il était déjà rentré à Babylone, lorsque, saisi par la fièvre, il mourut au bout de quelques jours, à l’âge de trente-trois ans, au milieu de ses victoires».

Labor a trois sens: travail, fatigue, souffrance. Il est facile de comprendre comment le sens s’est étendu peu à peu.

Le verbe coepi est défectif, usité seulement aux temps composés.

Regredi, ior, eris, regressus sum, «revenir». Les verbes composés de gradior, «marcher» sont nombreux: aggredior, congredior, regredior, progredior. Nous avons en français: agression, congrès, régression, progrès et progression.

Febri, ablatif de febris. Un certain nombre de noms en is ont l’ablatif en i et l’accusatif en im. Vous les étudierez plus tard.

Corripere, io, is, corripui, correptum, est un composé de rapio et de cum.

Post paucos dies, «après peu de jours».

Notez la manière de dire «âgé de»: «âgé de trente-trois ans», tres et triginta annos natus; cet accusatif est analogue à l’accusatif de durée: regnavit tres annos, «il régna trois ans».

Decessit, parfait de decedere, decessi, decessum, «sortir», d’où «sortir de la vie».

Mort de Démosthène et de Phocion

«Après la mort d’Alexandre, tandis que ses lieutenants se partagent le monde, les Etats de la Grèce se liguent contre la Macédoine, à la voix de Démosthène».

Dum et l’indicatif, «tandis que». — Legatus signifie souvent «ambassadeur, député»; dans d’autres cas, comme ici: «général en second». — Orbis terrarum, «le cercle des terres», correspond tout à fait à notre mot «le monde». — Conjurare, «comploter».

«Mais vainqueurs dans un premier combat, près de Lamie, les Grecs furent bientôt vaincus près de Cranon. Alors Démosthène, forcé de fuir de sa patrie, gagna l’ile de Calaurie, et là se réfugia en suppliant dans le temple de Neptune».

Coactus, part. passé de cogere, coegi, coactum, «forcer», composé de agere.

«Puis, pour ne pas tomber vivant aux mains des ennemis, il avala un poison enfermé dans le roseau qui lui servait à écrire: et aussitôt, ayant poussé un gémissement, il expira».

Gemitus, us, 4e déclin.; editus, part. passé de edere, o, is, edidi, editum, «produire»; ici: «pousser»; mot à mot: «un gémissement ayant été poussé».

«Peu après, accusé faussement de trahison, l’orateur Phocion, sur l’ordre de la Macédoine, but la ciguë en prison».

Nous avons déjà noté que les compléments qui indiquent l’accusation se mettent au génitif. — Jussus, us, 4e déclin.

La Grèce, province romaine.

«Mais dès ce moment, le destin de la Grèce déclina de plus en plus. Les Romains avaient attaqué Philippe, roi de Macédoine, allié d’Hannibal, et, après l’avoir vaincu, ils avaient proclamé que les Grecs étaient libres et indépendants. Mais la Grèce était déchirée par de nombreuses dissensions, car les Achéens et les Etoliens luttaient avec âpreté pour l’hégémonie. Ce fut en vain que Philopoemen, émule d’Epaminondas, fit ses efforts pour qu’au moins les Achéens, dont il était le chef, n’aient pas de désaccords entre eux; car Messène fit défection, et Philopoemen reçut l’ordre de s’empoisonner. Alors les Romains envahirent de nouveau la Grèce; Corinthe fut prise et détruite: le nom même de «Grecs» fut supprimé, et la Grèce devint une province de l’empire Romain, sous le nom d’Achaïe».

Jam, «à partir de maintenant». — Magis atque magis: «plus et plus», «de plus en plus». — Res: «les affaires», la fortune. Inclinare: «faire pencher»; au passif: «pencher», d’où «décliner».

Inferre bellum alicui, «porter la guerre chez quelqu’un». — Immunis, de in privatif et munus, «charge, obligation, impôt, tribut»; immunis, «qui ne doit pas de tribut». Le tribut était le principal signe de la dépendance.

Contendere, «tendre, faire effort, lutter». Le sens général de «faire effort» a donné encore comme sens dérivés: 1° «se diriger vers»; 2° «affirmer, prétendre».

Nitor, niteris, niti, nisus sum, «s’efforcer de». Le verbe nitor, suivi de l’ablatif, a aussi pour sens fréquent: «s’appuyer sur». Nitor hasta, «je m’appuie sur ma lance».

Saltem, «du moins».

Praetor, «général», titre romain. Les historiens latins ont l’habitude de donner aux magistrats étrangers des titres romains.

Dissidere, eo, es, dissedi, exactement «être assis à part», d’où «être en désaccord».

Jussus est, parf. passif de jubere, «ordonner». Juberi, passif, signifie «être commandé», «recevoir l’ordre».

Denuo = de novo, a été vu plus haut.

Invadere, o, is, invasi, invasum, d’où «invasion».

Capta, part. passé de capere, io, is, cepi, captum, «prendre».

Diruta, part. passé de diruere, «détruire». J’ai traduit l’ablatif absolu «Corinthe ayant été détruite» par une propos. principale: «Corinthe fut…​» J’ai déjà dit maintes fois que le français n’aimait pas les phrases longues et enchevêtrées.

Ablatum est, parf. passif de aufero, aufers, abstuli, ablatum. Le préfixe ab se présente ici sous trois formes différentes qu’il est bon de noter. Auferre signifie «ôter»; c’est de ablatum que viennent ablatif et ablation.

Achaia nomine, «Achaïe par le nom».

Facta est, parfait de fieri, fio, fis, «devenir», qui sert de passif à facere. Les temps composés sont d’ailleurs régulièrement formés avec factus.

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Epitaphe d’une Romaine

«Passant, mes paroles sont courtes: arrête-toi et lis-les jusqu’au bout. Voici le tombeau, guère beau, d’une femme belle. Ses parents la nommèrent Claudie. Elle chérit son mari de tout son cœur. Elle donna le jour à deux enfants. Elle laisse l’un sur terre; elle a déposé l’autre sous la terre. Elle est restée à la maison; elle a filé la laine. J’ai dit. Continue ton chemin».

Il y a peu de chose à dire de ces vers.

Perlegere, «lire jusqu’au bout»: sens habituel de per, de même que le sens du superlatif lorsque per est devant un adjectif ou un adverbe: perfacilis, «très facile».

Hic, adverbe de lieu: «ici» est le tombeau.

Sepulchrum haud pulchrum pulchrae, jeu de mots facile à comprendre; grâce à beau et tombeau, on arrive à le traduire, ce qui n’est pas souvent possible pour les jeux de mots.

Haud est une négation plus énergique que non.

Nomine nominaverunt: pléonasme peu utile, et peu facile à traduire en bon français.

Dilexit, parfait de diligere, supin dilectum. Français: prédilection.

Cor, cordis, «cœur», un des rares mots neutres en or.

Natus, «fils», participe passé de nascor, eris, natus sum, «naître».

Alterum est le mot correct quand on parle de deux personnes. Alium, qui lui répond ici, ne serait donc pas correct en prose. Mais on sait que les poètes prennent couramment des libertés avec la syntaxe.

Le verbe linquere est plus rare que son composé relinquere.

Locavit sub terra = «enterra».

Domum servavit, lanam fecit: ce sont les éloges adressés régulièrement aux femmes romaines. La femme, en ce temps-là, ne prenait aucune part à la vie publique.

Le verbe servare, «sauver, conserver, garder», ne doit pas être confondu avec servire, «servir, être l’esclave de».

Abi, impératif présent de abire, «s’en aller».

La Campanie

«La Campanie est le plus beau de tous les pays, non seulement de l’Italie, mais du monde entier».

Pour traduire en meilleur français, je n’ai pas suivi tout à fait la construction de la phrase latine: «Le pays (plaga) de la Campanie est le plus beau de tous ceux, non seulement de l’Italie…​»

Nous avons déjà vu non modo, sed etiam; équivalents: non tantum, ou non solum, verum etiam.Totius, génitif de totus, «tout entier». — Orbis terrarum, «le monde». — Pulcherrima, superlatif d’un adjectif en er.

«Rien n’est plus doux que son climat; il y a deux printemps pour les fleurs. Rien n’est plus fertile que son sol: aussi dit-on que Bacchus et Cérès s’y font concurrence. Rien n’est plus hospitalier que ses côtes: là se trouvent ces ports fameux, Caiète, Misène, et Baies aux sources chaudes».

Mollius, comparatif neutre de mollis, «doux». Le complément du comparatif est ici à l’ablatif: caelo. On pourrait avoir une autre construction: quam caelum (sous-entendu: est molle). — Notez le sens de caelum: «climat».

En passant, disons que caelum n’a pas de pluriel; on trouve seulement en poésie, rarement d’ailleurs, un pluriel caeli, orum, m., que les écrivains ecclésiastiques ont adopté: Pleni sunt caeli et terra gloria tua (dans le Sanctus).

Vernat = «c’est le printemps»; verbe dérivé de ver, veris, n., «le printemps». Le sens de la phrase est: «les plantes fleurissent deux fois dans l’année, comme elles fleurissent ailleurs au printemps».

Uberius, comparatif neutre de l’adjectif uber, uberis, 3e déclin.

Solum, «sol», a l'o bref, tandis que solum, «seulement» a un o long.

Liber, Liberi, vieux dieu latin de la fécondité, identifié ensuite avec le dieu grec Bacchus, dieu du vin.

Ceres, Cereris, déesse des moissons. De là céréales.

Certamen, «combat, rivalité». La construction est: certamen, le combat (Liberi et Cereris); dicitur, est dit; esse ibi, être là.

Mari, ablatif de mare; nous avons insisté autrefois sur cet ablatif en i des noms parisyllabiques neutres. Au lieu de «mer», j’ai traduit par «côtes», pour la clarté de la phrase française; le sens n’en est nullement changé.

Hic, adverbe de lieu. «là». — Illi a le sens élogieux, comme fréquemment. Nobiles, dérivé de novi, «je connais», signifie «bien connu».

Tepens, part. prés. de tepeo, «être chaud». L’adjectif tepidus a donné «tiède». — «Baies (nom pluriel), chaude par ses sources». Fons, fontis, apparenté au verbe fundere, «verser», est du masculin. De là en français le genre masculin dans «les fonts baptismaux».

«Là, les montagnes sont revêtues de vignes: le Gaurus, le Falerne, le Massique, et le plus beau de tous, le Vésuve, qui imite le feu de l’Etna. Des villes nombreuses sont situées au bord de la mer (ad: près de): Formies, Cumes, Pouzzoles, Naples, Herculanum, Pompéi et Capoue elle-même, la capitale (exactement: «le chef des villes»), que l’on comptait autrefois parmi les trois plus grandes villes du monde, avec Rome et Carthage».

L’année agricole

«La course annuelle du soleil se divise, trois mois par trois mois, en quatre parties: le printemps, l’été, l’automne et l’hiver».

Terni, ae, a, est un adjectif distributif. On a de même singuli, «un par un», bini, «deux par deux», quaterni, «quatre par quatre», etc.

Devant ver, il faut sous-entendre: quae sunt; «parties qui sont»; autrement les quatre saisons devraient être à l’accusatif, en tant qu’appositions à quatuor partes, accusatif après in indiquant une sorte de mouvement.

Aestas, aestatis, «l’été», ne doit pas être confondu avec aetas, aetatis, «l’âge».

«Au printemps, on fait certains semis. Il faut labourer le sol inculte, et extirper les plantes qui y ont poussé, avant que leurs graines ne tombent à terre. Il ne faut pas labourer moins de deux fois».

Fiunt, de fieri, passif de facere. J’ai traduit le passif par on, habitude recommandée.

Rudis, «inculte», s’emploie aussi en parlant de l’homme grossier, ignorant.

Oportet, «il convient, il est opportun, il faut». Au lieu de l’infinitif, on trouve souvent après lui le subjonctif; oportet proscindas, «il faut que tu laboures».

Enatae, part. passé de enascor, eris, i, composé de nascor, «naître».

Après priusquam, on a le subjonctif, parce que l’action exprimée par le verbe est future et hypothétique. Il y a une idée d'intention: on ne veut pas laisser aux graines le temps de tomber à terre. Lorsqu’au contraire le verbe qui suit priusquam exprime seulement un fait, il se met à l’indicatif.

Exemple: «Je suis arrivé avant qu’il ne parte», adveni priusquam profectus est. On voit nettement par cet exemple la différence entre l’emploi de l’indicatif et l’emploi du subjonctif, d’une manière générale.

Semen, inis, n., «semence». Cadere, o, is, cecidi, casum, «tomber».

Exarandum, participe d’obligation: «il faut labourer». Du verbe arare, nous avons conservé «araire», charrue vieux modèle, et «aratoire» (instrument).

«En été, il faut couper les moissons (mot à mot: «que les moissons soient coupées»). — Demeti, infin. prés. passif de demetere, messui, messum, «faucher».

«En automne, par temps sec, on peut commodément soigner les vignes et les bois. En hiver, il faut émonder les arbres, lorsque les écorces ne sont mouillées ni par la gelée ni par la pluie».

Je suppose que vous avez bien vu la tournure passive: «les vignes peuvent être soignées les arbres sont à émonder».

Careo, c’est «manquer de», «ne pas avoir de».

Cortex, icis, nous a donné en français «décortiquer», etc.

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

La cour de Phébus

La difficulté des versions en vers réside surtout dans la construction des phrases, où les mots se suivent souvent dans un grand désordre. Cela résulte de ce que les vers latins sont formés de successions déterminées de syllabes longues et de syllabes brèves; le poète doit, par exemple, avoir deux longues de suite, ou bien une longue suivie de deux brèves. Pour arriver à ces successions, il est parfois obligé de placer les mots sans tenir compte de leurs rapports logiques entre eux. Mais cette construction désordonnée n’a pas d’inconvénient, puisque la terminaison de chaque mot suffit à indiquer sa fonction dans la phrase.

Phoebus, velatus veste purpurea, sedebat in solio lucente smaragdis claris, «Phébus, revêtu d’un habit de pourpre, était assis sur un trône qui étincelait d’émeraudes éclatantes».

«A sa droite et à sa gauche se tenaient le Jour, le Mois, l’Année, les Siècles, les Heures placées à intervalles égaux; le printemps nouveau, ceint d’une couronne de fleurs; l’été, nu, portant des guirlandes d’épis; l’automne, sale d’avoir foulé les grappes; et l’hiver glacé, avec ses cheveux blancs tout hérissés.»

A dextra. Notez bien ce sens de ab, «du côté de». J’ai déjà dit bien des fois que ab indiquait toujours l’origine; c’est du sens de «en partant de» qu’on est arrivé au sens que nous avons ici. Avec dextra, le mot manu est sous-entendu. De même nous disons: «à main droite» ou «à droite» tout court.

Notez le mot ver, veris, «le printemps». L’ablatif vere ne doit pas être confondu avec l’adverbe vere, «vraiment»; ni, à plus forte raison, avec vero, qui signifie «mais».

Stabat vient du verbe stare, o, as, steti, statum, «se tenir debout».

Cinctum est le participe passé passif de cingere, o, is, cinxi, cinctum, «ceindre, entourer». Corona florente, «d’une couronne florissante» = «d’une couronne de fleurs».

Ne pas confondre aestas, «l’été», avec aetas, l’âge».

Gerere, o, is, gessi, gestum, «porter»: verbe très fréquent. Nous avons déjà vu gerere dans le sens de «faire»: gerere bellum, «faire la guerre».

Sordidus uvis calcatis, «sali par les grappes foulées». — Calcare, «fouler aux pieds». La construction du dernier vers est: Hiems, l’hiver; hirsuta, hérissé; capillis canis (ablatif, complément circonstanciel), sous le rapport de ses cheveux blancs. Canus, cana, canum, «blanc»; ne pas confondre avec canis, is, «le chien». Do panem canis canibus, «je donne du pain aux chiens blancs».

L’emplacement d’une ruche

«D’abord, il faut établir les ruches près de la ferme, autant que possible à un endroit où il n’y a pas d’échos, car ce bruit peut causer le départ des abeilles. Ensuite, il faut que cet emplacement ne soit pas brûlant en été, mais soit exposé au soleil en hiver; il est très important qu’elles trouvent dans le voisinage une nourriture abondante et de l’eau pure. S’il n’y a pas de nourriture fournie par la nature, il faut que le propriétaire sème les fleurs que les abeilles aiment le mieux: ce sont la rose, le serpolet, la mélisse, le pavot, la fève, la lentille, le pois, le basilic, le glaïeul, les plantes médicinales, et surtout le cytise et le thym, dont le premier est excellent pour la santé des abeilles, et le second pour la production du miel».

L’agriculture était l’occupation essentielle des Romains. Plusieurs auteurs, notamment Varron, Caton, Columelle, nous ont laissé des traités d’agronomie. Naturellement, les recherches des savants, surtout depuis un siècle, ont considérablement amélioré les méthodes de culture et d’élevage. Les engrais chimiques, les machines, la sélection des semences, par exemple, ont augmenté les rendements dans des proportions dont les anciens auraient été stupéfiés. Cependant une longue pratique avait déjà permis aux Romains d’avoir de solides connaissances agricoles.

L’apiculture, notamment, a fait d’énormes progrès par l’invention des ruches à cadres. Néanmoins plusieurs des conseils donnés ici par Varron sont toujours utiles.

Primum ou primo, adverbe, «premièrement, d’abord». Primum vivere, dit le proverbe, «d’abord vivre»; deinde philosophari, «philosopher ensuite»…​ seulement. Car faire de la philosophie sans songer d’abord à s’assurer des moyens d’existence, est une méthode ultra-dangereuse.

Secundum, qui veut parfois dire: «secondement», de même que primum veut dire «premièrement», a encore d’autres sens; c’est en effet devenu une préposition qui a le sens de «immédiatement en second après quelque chose», d’où «à la suite de», «après», puis «à côté de», sens que nous avons ici. D’autres fois, «d’après», «selon», par exemple, dans le Credo: Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas, «et il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures».

Villa, «maison de campagne» et surtout «ferme».

Du mot mel, mellis, neutre, «miel», vient mellarium, «ruche».

Oportet, verbe impersonnel, «il faut», nous a donné en français «opportun»: qu’il faut faire, dire, etc. Après ce verbe, nous avons ici l’infinitif: oportet jacere; plus bas, nous avons la proposition infinitive avec sujet à l’accusatif: oportet hunc locum esse apricum. Souvent oportet se construit avec le subjonctif: «il faut que tu viennes», oportet venias.

Potissimum, «le plus possible»: ce superlatif vient de l’adjectif potis, e, «possible»; l’adverbe au comparatif: potius, «plutôt», est fréquent. On le retrouve dans cette devise bien connue: Potius mori quam foedari, «plutôt la mort qu’une souillure» (plutôt mourir que d’être souillé, d’être déshonoré). La racine pot est la même que dans le verbe possum, potes, «pouvoir».

Ubi, «là où», «dans un endroit où».

Imagines, de imago, inis, «les images de la voix, les échos».

Causa fugae, «une cause de fuite, de départ».

Non fervidus, exactement «non bouillant»; le verbe ferveo, «bouillir», nous a donné en français effervescence = ébullition. — Quand les ruches sont exposées à une trop grande chaleur, les gâteaux de cire ont tendance à fondre, et le travail des abeilles, dans une atmosphère surchauffée, est rendu très pénible.

Interest magni. Les adverbes de quantité: «plus, moins, combien, beaucoup», etc., qui accompagnent un verbe de prix ou d’estime, se mettent soit au génitif, soit à l’ablatif. Ici interest magni (gén.) a le sens de: «il est précieux, il est d’un grand prix». Nous disons de même en français: «il est très intéressant».

Pabulum, «pâture, nourriture», apparenté au verbe pascere, «nourrir, faire paître», dont le supin est pastum, d’où pasteur (pastor).

Frequens: «nombreux, abondant».

Ce conseil de Varron est toujours excellent. Les abeilles peuvent aller chercher leur nourriture fort loin, jusqu’à trois kilomètres, dit-on. Mais lorsque la distance à parcourir est longue, elles ne peuvent porter qu’une petite charge; d’autre part, elles perdent leur temps à faire du chemin au lieu de butiner. L’eau pure est indispensable pour élever le couvain, c’est-à-dire les larves qui se transformeront en abeilles.

Serere, o, is, sevi, satum, «semer».

Ea quibus apes delectantur, «ces choses (ces plantes) par lesquelles les abeilles sont charmées», c’est-à-dire «que les abeilles aiment».

Hoc désigne toujours l’objet le plus rapproché; illud, le plus éloigné.

Au lieu de apium, on trouve parfois apum.

Thème

Si nous donnons un titre à ce thème, ce sera en français: «Les abeilles». En latin, la tournure habituelle est de apibus, «au sujet des abeilles». La préposition de gouverne l’ablatif.

«Les abeilles sont des animaux très utiles». Apes animalia utilissima sunt.

Animal, is, est un nom neutre. Les noms neutres en al et en ar, qui étaient primitivement terminés en ale, are, continuent à se décliner comme les parisyllabiques du type mare, c’est-à-dire qu’ils ont: 1° le gén. plur. en ium; 2° le nom. pl. en ia; 3° l’abl. sing. en i.

Le superlatif de utilis est régulier: utilissimus. Il s’accorde avec animalia, plur. neutre.

«Car elles donnent à l’homme le miel, qui le nourrit agréablement, et la cire, dont les usages sont très variés». Homini enim mel dant, quod eum jucunde alit, et ceram, cujus usus maxime varii sunt.

Le verbe «donner»: dare, o, as, dedi, datum, est bien connu. Pour traduire «car» on a le choix entre nam, qui se met en tête de la phrase, et enim, qui se met toujours le deuxième mot.

«Homme» ici veut dire «être humain», et non spécialement «homme» par opposition à «femme». Aussi faut-il employer homo, et non vir. Ce complément d’attribution se met naturellement au datif.

Mel, mellis, est du neutre; l’accusatif est donc semblable au nominatif.

Le relatif, dont l’antécédent est mel, sera, lui aussi, du neutre; et comme ce relatif est le sujet de nourrit, il est au nominatif. Le relatif nominatif neutre singulier est quod.

Le verbe «nourrir»: alere, o, is, nous a donné en français aliment.

«Le», pronom personnel, compl. dir. de nourrit, se traduit par l’accus. d’un pronom démonstratif, is, hic ou ille, car il n’y a pas de pron. pers. de la 3e pers. en latin. On peut donc avoir eum, hunc ou illum.

«La cire» est aussi le compl. dir. de donnent. Ce mot est donc à l’accus.

«Dont», pron. relatif, a pour antécédent ceram, fém. sing.; c’est le compl. dét. du nom usages. Il faut donc le mettre au génitif. Le relatif fém. sing. gén. est cujus: ce génitif est d’ailleurs le même pour les trois genres.

«Les usages»: usus, us, 4e déclin., est au nom. comme sujet de sont: usus.

«Variés», adj. attribut de usages, s’accorde avec lui, c’est-à-dire qu’il sera aussi au nom. plur. masc. Varius fait au nom. plur. varii. Comme cet adjectif se termine en ius, il n’a pas de superlatif en issimus. On forme le superlatif en faisant précéder l’adjectif de maxime (cas général pour les adjectifs en eus, ius, uus).

«Rien n’est plus digne d’admiration que la vie de ces insectes, qui nous enseignent comment on peut travailler avec activité et avec joie».

Nihil dignius admiratione est quam vita illarum bestiolarum, quae nos docent quomodo strenue et laete laborare possimus.

«Rien», nihil, pronom neutre.

Son attribut: «plus digne», sera donc aussi au neutre. Le comparatif neutre est en ius: dignius. Après l’adj. dignus, on trouve, nous dit le dictionnaire, généralement l’ablatif. L’abl. de admiratio, onis, est admiratione.

«Que», après le comparatif, se traduit par quam. «La vie» est le sujet de «est digne d’admiration» sous-entendu, donc au nomin.: vita.

«De ces insectes», compl. dét. du nom vie, se met au gén. plur.

«Qui» a pour antécédent bestiolarum, qui est au fém. pl.

Ce qui est sujet de enseignent, il est donc au nom. Le nom. plur. fém. du relatif est quae.

Le verbe «enseigner» est doceo, 2e conjug. Après ce verbe, le nom de la personne complément se met à l’accusatif, comme en allemand: Ich lehre dich, et en anglais: to teach some one. L’accusatif de nous est nos.

«Comment», adverbe, se dit quomodo, ce qui signifie «de quelle manière», ablatif de qui modus.

«Comment on peut travailler» est une prop. subord. complém. dir. de enseignent qui commence par un mot interrogatif («comment?»). C’est donc ce qu’on appelle une interrogation indirecte. Dans les prop. interr. ind., le verbe se met toujours au subjonctif.

«On peut». Le mot «on» n’existe pas en latin. On peut traduire par la 1re pers. plur.: «nous pouvons travailler». On pourrait aussi traduire par le passif impersonnel: «comment il peut être travaillé»: quomodo laborari possit.

«Avec activité et avec joie» seront traduits de préférence par deux adverbes. Mais on pourrait traduire aussi comme en français: cum ardore et cum gaudio. Se rappeler alors que la prép. cum gouverne l’ablatif.

SECONDES LEÇONS DE LATIN

PRÉFACE

Ce livre fait suite à mes Premières Leçons de Latin, et il convient de s’en servir exactement de la même manière. On commencent donc par étudier, dans le fascicule I, chaque leçon; on fera ensuite les devoirs qui y sont indiqués, et on les fera toujours seul, sans aucune aide, sans consulter du tout le corrigé. Enfin, une fois que cet effort personnel aura été consciencieusement fourni, on corrigera les fautes qu’on aura pu commettre, en recourant au fascicule II.

Les textes des versions sont empruntés, avec l’autorisation de l’éditeur, à Bornecque, Auteurs latins du Programme (Delagrave, éditeur).

PREMIÈRE LEÇON

Reprenons d’une manière un peu détaillée l’étude de la grammaire, que nous n’avons fait qu’effleurer rapidement dans les Premières Leçons.

Vous pouvez, pour cette étude, vous servir de n’importe quelle grammaire. Toutes ont leurs mérites. Si vous n’en possédez pas encore, je vous signale celle de Crouzet (Grammaire latine simple et complète), que sa brièveté (140 pages en tout) rend commode à consulter.

Pour commencer, revoyez les généralités sur les genres et sur les déclinaisons. Puis lisez ce qui concerne les deux premières déclinaisons.

Dans la première, on vous signale deux formes archaïques du génitif singulier:

1°) as: c’est aussi la forme du gén. sing. de la 1re déclinaison en grec. Vous savez que le latin, le grec, l’allemand, le sanscrit, ont tous une origine commune: on les appelle langues «indo-européennes» (les Allemands disent «indo-germaniques»). Il est fréquent que l’on retrouve dans une de ces langues un mot apparenté avec le mot correspondant d’une autre. Par exemple, le mot père se dit, en grec et en latin: pater; en sanscrit: patar; en allemand: vater; en anglais: father. De même, certaines formes et tournures grammaticales se retrouvent les mêmes dans plusieurs langues. Par exemple, la proposition infinitive se retrouve en grec comme en latin. Il n’est donc pas étonnant de trouver en latin un génitif singulier archaïque de la 1re décl. grecque.

D’ailleurs, de ce génitif, il n’existe guère qu’une seule forme un peu connue, c’est paterfamilias (en un seul mot). Ce mot prêterait à des considérations philosophiques…​ si nous avions le temps d’en faire…​ Les archaïsmes se retrouvent, en tous pays et en tous temps, spécialement dans ce qui touche à la religion, qui est la «conservatrice» par excellence. Or, le père de famille, chez les Romains, était, non seulement un chef social, mais encore un prêtre, pontife de la religion des ancêtres. C’est sans doute ce caractère sacré qui, du moins en partie, a fait conserver cette forme archaïque.

2°) : cette forme se trouve notamment dans le vers du poète Lucrèce: Et quasi cursores vitaï lampada tradunt. «Et comme les coureurs, ils se passent de main en main le flambeau de la vie.»

Ce vers, qui rappelle la solidarité des générations, est souvent cité. Remarquez-y, en plus du génitif vitaï, l’accusatif lampada, de lampas, lampadis. Le mot lampas est un mot grec, qui est en grec de la 3e déclin. et l’accusatif de la 3e déclinaison grecque est en a.

Il y a ainsi un certain nombre de mots grecs qui ont conservé en latin la forme exacte qu’ils avaient en grec; nous en reparlerons à propos de la 3e déclinaison.

Les génitifs pluriels en um, au lieu de arum, sont peut-être des formes archaïques, peut-être des formes imitées des gén. pl. en um de la 2e décl. que nous étudierons plus loin. Ils se trouvent surtout dans des mots grecs, où ils représentent la forme on du grec (ex.: amphorum, de amphora, «amphore»), ou en poésie: agricolum, par ex., pour agricolarum.

Enfin, le datif et l'ablatif pluriels en abus, deabus (de dea) et filiabus (de filia), permettent de distinguer ces cas de deis et filiis venant de deus et filius. Cum filiis et filiabus: «avec ses fils et ses filles.»

En repassant la deuxième déclinaison, vous notez une fois de plus le vocatif en e (domine), la seule forme du vocatif qui ne soit pas semblable au nominatif.

Etudiez bien les particularités signalées pour chaque cas. Vous y trouverez notamment les génitifs pluriels archaïques, ou imités du grec, en um, au lieu de orum. La langue militaire avait conservé par exemple: praefectus fabrum (de faber, fabri), «commandant des ouvriers militaires»; et praefectus socium (de socius), «commandant des alliés» (troupes auxiliaires).

Quelques noms de la 2e déclin. offrent des particularités au point de vue du vocabulaire.

Ainsi locus, m., «lieu, endroit», a deux pluriels: loci, régulier, signifie «endroits, passages d’un auteur»; loca, neutre, signifie «lieux, localités, parages».

Virgilius imitatus est plurimos Homeri locos: «Virgile a imité beaucoup de passages d’Homère.»

In loca deserta ingressus est: «il entra dans des parages déserts.»

Carbasus, f., «étoffe fine de lin», fait au pluriel carbasa, n., qui se trouve chez les poètes avec le sens de «voiles de navires».

Frenum, n., «frein», fait plus souvent freni, m., au pluriel que frena.

Frumentum, au singulier, s’emploie pour désigner «le blé en grains»; et frumenta, au pluriel, pour désigner «le blé sur pied.»

Frumentum exercitui deerat: «l’armée manquait de blé.»

Frumenta in agris matura non erant: «le blé, dans les champs, n’était pas encore mûr.»

Hortus, au singulier, signifie «le jardin»; horti, au plur., «le parc».

EXERCICES

1°) Donnez, sans consulter le dictionnaire, le genre des noms suivants, et dites ce qui vous permet de reconnaître ce genre.

Labor, travail; — veritas, vérité; — populus, peuplier; — marmor, marbre; — factio, parti politique; — cornu, corne; — verbum, mot; — soror, sœur; — frater, frère; — arbor, arbre.

2°) Versions:

L’âge d’or

Nondum praecipites cingebant oppida fossae;
Non galeae, non ensis erant; sine militis usu
Mollia securae peragebant otia gentes,
Ipsa quoque immunis rastroque intacta, nec ullis
Saucia vomeribus, per se dabat omnia tellus.
Ver erat aeternum, placidique tepentibus auris
Mulcebant Zephyri natos sine semine flores.
Mox etiam fruges tellus inarata ferebat,
Nec renovatus ager gravidis canebat aristis;
Flumina jam lactis, jam flumina nectaris ibant,
Flavaque de viridi stillabant ilice mella.

(Ovide).

Epitaphes de Romains célèbres

I. Scipion Barbatus, consul en 298 av. J.-C.

Cornelius Lucius Scipio Barbatus,
Navo patre natus, fortis vir sapiensque,
Cujus forma virtuti simillima fuit.
Consul, censor, aedilis, hic fuit apud vos;
Taurasiam, Cisaunam, Samnium cepit,
Subigit omnem Lucaniam, obsidesque abducit.

II. Névius, auteur de poèmes épiques, tragiques et comiques (IIIe s. av. J.-C.).

Immortales mortales si foret fas flere,
Flerent divae Camenae Naevium poetam;
Itaque, postquam est Orci traditus thesauro,
Obliti sunt Romani loqui lingua latina.

III. Pacuvius, auteur de tragédies (environ 220-130 av. J.-C.).

Adulescens, tametsi properas, te hoc saxum rogat
Ut ad se adspicias, deinde ut quod scriptum est legas.
Hic sunt poetae Marci Pacuvii sita
Ossa. Hoc volebam nescius ne esses. Vale.

Un présage amusant

L. Paulus, iterum consul, eum ei sortitione obtigisset ut bellum cum rege Perse gereret, ut domum ea ipsa die ad vesperum rediit, filiolam suam Tertiam, quae tum erat admodum parva, osculans animadvertit tristiculam. «Quid est, inquit, mea Tertia? Quid tristis es? — Mi pater, inquit, Persa periit.» Tum ille artius puellam complexus: «Accipio, inquit, mea filia, omen.» Erat autem mortuus catellus eo nomine.

(D’après Cicéron).

Les chèvres et le chevrier

Capellae dumeta potius quam campestrem situm desiderant: in asperis etiam locis ac silvestribus optime pascuntur. Nam nec rubos aversantur, nec vepribus offenduntur, et arbusculis frutetisque1 maxime gaudent. Ea sunt arbutus, cytisusque agrestis, nec minus ilignei querneique frutices, qui in altitudinem non prosiliunt. Magistrum autem pecoris durum strenuum, laboris patientissimum, alacrem et audacem esse oportet, nam per rupes, per solitudines, per vepres facile ire debet, et non, ut alterius generis pastores, sequi, sed plerumque antecedere gregem.

(D’après Columelle).

1 NDLR: Ou «fruticibusque».

DEUXIÈME LEÇON

Etudiez aujourd’hui la troisième déclinaison, noms et adjectifs.

Remettez-vous bien dans l’esprit la distinction entre les mots à thème en i (mots parisyllabiques, mots dont le radical est terminé par deux consonnes, autres mots divers comme lis, litis, «le procès»; mus, muris, «le rat»; nix, nivis, «la neige»), qui ont le génitif pluriel en ium, et les autres mots, dont le génitif pluriel est en um.

Rappelons quelques cas particuliers.

1°) Les noms neutres en al et ar, tels que animal, «l’animal», calcar, «l’éperon», sont d’anciens parisyllabiques: animale, calcare, dont la finale c est tombée, mais qui ont conservé la déclinaison des parisyllabiques neutres: gén. pl. animalium, calcarium, etc.

2°) Au contraire, pater, patris, le père; mater, matris, la mère; frater, fratris, le frère; juvenis, is, le jeune homme; senex, senis, le vieillard; canis, is, le chien, bien que parisyllabiques, n’ont pas le thème en i (gén. pl. patrum, matrum, fratrum, juvenum, senum, canum). Cela fait une petite famille de six personnes, chien compris, qu’il n’est pas difficile de se rappeler.

3°) Parentes, «les parents» (de parens, parentis), fait au gén. pl. ordinairement parentum, bien que le radical soit terminé par deux consonnes. On trouve aussi, chez les poètes, beaucoup d’autres gén. pl. en um, au lieu de ium, de mots en ans ou ens: clientum (cliens), infantum (infans), etc.

4°) Il y a hésitation entre um et ium pour un assez grand nombre de mots, notamment: apis, abeille; civitas, civitatis, cité; dos, dotis, dot; fraus, fraudis, fourberie; mus, muris, rat; palus, paludis, marais; etc.

L'ablatif singulier retiendra aussi votre attention. Il est généralement en e: cive, urbe, vetere, etc. Mais il est en i:

1°) dans les neutres parisyllabiques, comme mare, maris, abl.: mari; cubile, le lit, abl. cubili, etc., ainsi que dans les neutres en al et ar, qui, comme nous venons de le revoir, se déclinent comme eux.

2°) dans les adjectifs parisyllabiques comme fortis, fortis, courageux, abl.: forti; acer, acris, vif, abl.: acri, etc. Exemple à retenir: «J’ai été sauvé par un citoyen courageux»: Servatus sum a cive (e parce que civis est un nom), forti (i parce que fortis est un adjectif).

Les adjectifs du type prudens (imparisyllabiques dont le radical se termine par deux consonnes) ont l’ablatif en e s’ils qualifient une personne, en i s’ils qualifient une chose. Ex.: «par un homme prudent», ab homine prudente; «par un conseil prudent», consilio prudenti.

3°) L’ablatif sg. est également en i dans quelques noms géographiques, comme Tiberis, le fleuve Tibre; dans des noms grecs en is, comme basis, le piédestal; et dans sept noms féminins en is: febris, fièvre; puppis, poupe; securis, hache; sitis, soif; turris, tour; tussis, toux; vis, force. Dans ces mêmes noms, l'accusatif sg. est en im: Tiberim, basim, febrim, etc. L’abl. sg. est encore parfois en i dans d’autres noms en is qui n’ont pas l’acc. en im, notamment: amnis, fleuve, classis, flotte; ignis, feu; navis, navire. Imber, imbris, pluie, fait aussi imbre ou imbri. Fustis, bâton, fait fuste; mais dans le sens de «bastonnade», il fait fusti (cf. fr. fustiger). Sors, le sort, fait quelquefois, dans certaines formules, sorti aussi bien que sorte. Ex.: Sicilia evenit ei provincia sorti ou sorte. «La Sicile lui échut comme province par le sort» (par tirage au sort).

L'accusatif pluriel masc. et fém. est généralement en es. Mais dans les noms et adjectifs qui ont le thème en i, il peut être aussi en is (avec i long): civis, fortis, prudentis, etc.

Parmi les cas particuliers d’adjectifs, signalons les adjectifs en ax, ix, ox, et quelques autres, comme par, paris, «égal» qui suivent, bien que n’ayant pas deux consonnes à la fin de leur radical, la déclinaison de prudens: neutre pl. felicia, gén. pl. felicium, abl. sg. en e pour une personne, en i pour une chose.

Il existe encore un grand nombre de cas particuliers; c’est à force de les rencontrer qu’on finit par les connaître. Il n’est d’ailleurs pas indispensable de les retenir tous par cœur, car le dictionnaire vous renseigne à leur sujet. Il faut aussi savoir que l’usage était parfois capricieux, que cet usage a varié au cours des sept ou huit siècles dont nous possédons des monuments écrits du latin (approximativement depuis 300 avant notre ère jusqu’à 500 après); enfin, que les poètes, quand les besoins de la versification l’exigeaient, recouraient volontiers à des formes rares, et même, semble-t-il, à des formes qu’ils créaient par analogie. Sachons donc que la grammaire latine n’a pas toujours la rigueur que les débutants s’imaginent. Néanmoins, pour écrire en latin, n’employez que les formes que le dictionnaire ou la grammaire vous indique comme appartenant à la prose classique.

EXERCICES

1°) Donnez les formes suivantes:

Gén. pl. de audax, audacieux; — abl. sing. de cubile, le lit; — accus. sing. de febris, la fièvre; — abl. sing. de tussis, la toux; — gén. pl. de parentes, parents; — acc. pl. de altar, l’autel; — acc. pl. masc. fém. et neut. de fortis, courageux; — abl. sing. de civis, citoyen; — abl. sing. de felix, heureux; — abl. sing. de iter, chemin; — abl. sing. de rudis, grossier.

2°) Versions:

Mot plaisant de Scipion Nasica

Cum ad poetam Ennium venisset Nasica, eique, ab ostio quaerenti Ennium, ancilla dixisset domi non esse, Nasica sensit illam domini jussu dixisse et illum intus esse. Paucis post diebus, cum ad Nasicam venisset Ennius et eum a janua quaereret, exclamat Nasica se domi non esse. Tum Ennius: «Quid? Ego non cognosco vocem, inquit, tuam?» Hic Nasica: «Homo es impudens. Ego cum te quaererem, ancillae tuae credidi te domi non esse, tu mihi non credis ipsi?»

(Cicéron).

Le bon intendant

Vilicum fundo familiaeque praeponi convenit aetatis nec primae nec ultimae. Media igitur aetas huic officio est aptissima poteritque bonus vilicus ab anno tricesimo usque in sexagesimum satis validi agricolae fungi muneribus. Quisquis autem destinabitur huic negotio, sit oportebit scientissimus robustissimusque, ut edoceat subjectos et ipse commode faciat quae praecipit. Nihil enim recte sine exemplo docetur aut discitur, praestatque vilicum operariorum esse magistrum, non discipulum.

(D’après Columelle).

Vercingétorix soulève la Gaule

Vercingetorix, Celtilli filius, Arvernus, summae potentiae adulescens, convocatis suis clientibus, facile eos incendit. Cognito ejus consilio, omnes ad arma concurrunt. Prohibetur autem Vercingetorix a Gobannitione, patruo suo, reliquisque principibus, qui hanc tentandam fortunam non existimabant, et expellitur ex oppido Gergovia. Non destitit tamen atque in agris habet dilectum egentium ac perditorum. Hac coacta manu multas civitates ad suam sententiam perducit, et hortatur ut communis libertatis causa arma capiant. Mox adversarios suos, a quibus paulo ante erat ejectus, expellit ex civitate et legationes quoquoversus dimittit. Celeriter sibi Senones, Parisios, Pictones, Cadurcos, Turonos, Aulercos, Lemovices, Andos reliquosque omnes qui Oceanum attingunt adjungit, omniumque consensu ad eum defertur imperium.

(D’après César).

3°) Thème: Vercingétorix convoque les chefs des Arvernes et les exhorte à faire la guerre aux Romains. D’abord, les Gaulois ne veulent pas suivre son projet, et même ils l’expulsent de Gergovie, où il se trouvait. Mais bientôt après ils sont enflammés par l’amour de l’indépendance, prennent les armes et nomment Vercingétorix leur chef.

TROISIÈME LEÇON

Continuons l’étude des particularités rencontrées dans la 3e déclinaison.

Quelques noms de villes ont conservé un locatif en i, analogue à celui de la 2e déclinaison. On a ainsi, parfois, Carthagini, «à Carthage», de Carthago, inis; Tiburi, «à Tibur», de Tibur, is; comme on a Lugduni, «à Lyon», de Lugdunum, 2e déclinaison. Toutefois on trouve plus souvent l’ablatif: Carthagine, Tibure, pour indiquer l’endroit où se passe l’action (question ubi).

Le mot rus, ruris, neutre, «campagne», d’où vient notre mot rural, a également un locatif: ruri, «à la campagne», toujours employé à la question ubi (lieu où l’on est), de même que domi, «à la maison», humi, «à terre» (de humus, 2e déclin.).

Les noms neutres en ma, génitif matis, font au dat-abl. pluriel matis au lieu de matibus. Ainsi poema «le poème», fait au dat-abl. plur. poematis. La différence entre le gén. sing. et le dat-abl. plur., c’est que l'i est bref au gén. sing. et long au dat-abl. plur.

Quelques noms sont tout à fait irréguliers, comme:

Bos, bovis, «bœuf», qui fait au gén. plur. boum, et au dat-abl. plur. bubus, quelquefois bobus.

Sus, suis, «le porc», qui fait au dat-abl. plur. subus (ou suibus).

Vis, «la force», qui fait au sing.: accus. vim; abl. vi; et au plur. vires, virium, viribus.

Signalons quelques noms qui n’ont pas le même sens au singulier et au pluriel:

Aedes (ou aedis), gén. aedis, au sing.: «temple»; au pluriel: «temples», mais plus souvent: «maison» ou «maisons».

Finis, au sing.: «limite»; fines, au pluriel: «territoire».

Sal, «le sel»; sales, au pluriel: «les grains de sel», ou, au figuré, «les bons mots».

L’ablatif ope, d’un nominatif inusité qui serait ops, opis, signifie «pouvoir»: omni ope eniti, «s’efforcer de tout son pouvoir»; — l’accusatif opem signifie «secours»: opem ferre alicui, «porter secours à quelqu’un». Le pluriel opes, opum, signifie «ressources, richesse, puissance».

L’usage, et, à son défaut, le dictionnaire, vous renseignera sur les noms «défectifs», c’est-à-dire qui ne s’emploient qu’à certains cas du singulier ou du pluriel, de même que sur certaines déclinaisons bizarres de noms propres étrangers.

EXERCICES

1°) Analyser (et donner le sens du mot): veteri, vi, suis, suibus, poematis, senum, boum, aedes, ruri, felici.

2°) Versions:

Deux prodiges

Midae, qui rex Phrygiae fuit, puero dormienti formicae in os grana tritici congesserunt. Parentibus deinde ejus explorantibus quorsum prodigium tenderet, augures responderunt omnium illum mortalium futurum esse ditissimum. Nec vana praedictio exstitit: nam Midas cunctorum paene regum opes abundantia pecuniae antecessit. Apes vero solidae et aeternae felicitatis Platonis indices fuerunt, labellis parvuli dormientis in cunis mel inserendo. Hac re audita, prodigiorum interpretes singularem eloquii suavitatem ore ejus emanaturam esse dixerunt.

(D’après Valère-Maxime).

Cicéron trouve le tombeau d’Archimède

Archimedis ego quaestor ignoratum a Syracusanis, saeptum undique et vestitum vepribus et dumetis, indagavi sepulcrum. Tenebam enim memoria quosdam senariolos, quos in ejus monumento esse inscriptos acceperam, qui declarabant in summo sepulcro sphaeram esse positam cum cylindro. Ego autem cum omnia sepulcra, ad portas Agrigentinas sita, collustrarem oculis, animadverti columellam non multum e dumis eminentem, in qua inerat sphaerae figura et cylindri. Immissi cum falcibus homines multi purgaverunt et aperuerunt locum. Tum apparuit epigramma exesis versiculis.

(D’après Cicéron).

Les aurochs

Hi sunt magnitudine paulo infra elephantos, specie et colore et figura tauri. Magna vis eorum est et magna velocitas; neque homini nec ferae, quam conspexerunt, parcunt. Hos studiose foveis captos interficiunt; hoc se labore durant adulescentes atque hoc genere venationis exercent, et qui plurimos ex his interfecerunt, relatis in publicum cornibus, quae sint testimonio, magnam ferunt laudem. Sed assuescere ad homines et mansuefieri, ne parvuli quidem excepti, uri1 possunt. Amplitudo cornuum et figura et species multum a nostrorum boum cornibus differt. Haec studiose conquisita ab labris argento circumcludunt atque in amplissimis epulis pro poculis utuntur.

1 NDLR: Omettre «uri».

(D’après César).

QUATRIÈME LEÇON

La quatrième déclinaison donne lieu à peu de remarques.

Le datif de la 4e déclinaison peut être en u, au lieu de ui: manu, au lieu de manui.

Quelques substantifs en us font ubus au lieu de ibus au datif-ablatif pluriel; ce sont: arcus, l’arc; lacus, le lac; quercus, le chêne; specus, la caverne (notez qu’ils sont tous quatre terminés en cus); artus, l’articulation, le membre; partus, la mise-bas, l’enfantement; tribus, la tribu. — On a donc: arcubus, lacubus, etc.

A côté du génitif en us, on trouve parfois un génitif archaïque en i, comme dans la 2e déclinaison. On pourra rencontrer par exemple: senati consultum, «décret du sénat», au lieu de senatus consultum.

Notons que domus, us, fait ordinairement domo à l’ablatif singulier; domos à l’accusatif pluriel, et souvent domorum au gén. plur., comme s’il était de la 2e décl. On connaît d’autre part son locatif: domi.

Les neutres en u sont fort rares; on ne rencontre que cornu, la corne; genu, le genou; veru, la broche. Comme les trois cas directs (nom., voc., acc.) sont semblables: cornu; que l’ablatif est en u: cornu; que le datif, comme je le disais plus haut, peut être en u: cornu; cette déclinaison peut se réduire à peu de chose: gén. cornus, et tous les autres cas cornu. Ajoutons même qu’on trouve quelques exemples de génitifs en u: cornu, au lieu de cornus. Aussi les grammairiens latins prétendaient-ils que les neutres en u étaient indéclinables au singulier. Mais le génitif en us semble en réalité avoir été plus employé.

La cinquième déclinaison, dies, comprend assez peu de noms. Tous ces noms sont féminins, sauf meridies, qui est masculin, et dies, qui est généralement masculin. Toutefois dies est généralement féminin au singulier quand il signifie «jour fixé» ou «délai»: «ils revinrent au jour fixé»: die finita redierunt. «Il demanda un délai très court», diem perexiguam postulavit.

Au point de vue des formes, notons qu’on trouve parfois des génitifs en i ou en e, par exemple: acie, pour aciei, de acies, «armée»; pernicii, pour perniciei, de pernicies, «perte».

Enfin, à côté de plebs, plebis, «plèbe», 3e déclinaison, on rencontre une forme archaïque: plebes, plebei, dont le gén. est souvent plebi. «Une décision de la plèbe», plebi scitum.

Plusieurs noms ont tantôt une forme en ia, iae, 1re décl., tantôt une forme en ies, iei, 5e décl.; par exemple: luxuria ou luxuries, «le luxe»; materia ou materies, «la matière», etc.

Requies, «le repos», est de la 3e décl.; gén. requietis; toutefois on trouve souvent l’acc. requiem, et l’abl. requie, comme si ce nom était de la 5e décl.

EXERCICES

1°) Que savez-vous sur le genre de dies? de quercus? de arbor? de marmor? de odor? (Donnez le sens de chaque mot.)

2°) Donnez les formes suivantes (dites en même temps le sens du mot): ablatif pluriel de specus; — génitif singulier de veru; — accusatif pluriel de fortis; — gén. plur. de domus; — abl. sing. de cubile; — datif sing. de genu; — datif sing. de exercitus.

3°) Versions:

Mort des trois grands poètes tragiques, grecs

Aeschyli poetae excessus propter novitatem casus referendus est. In Sicilia e moenibus urbis, in qua morabatur, egressus, aprico in loco resedit. Super quem aquila testudinem ferens, elusa splendore capitis (erat, enim capillis vacuum), perinde atque lapidi eam illisit, ut fractae carne vesceretur.

Sed atrocius Euripides mortuus est. Ab Archelai enim regis cena in Macedonia domum hospitalem repetens, canum morsibus laniatus obiit: crudelitas fati tanto ingenio non debita!

Sophocles, grandis jam natu, cum in certamine tragoediam dixisset, ancipiti sententiarum eventu diu sollicitus, aliquando tamen una sententia victor, causam mortis gaudium habuit.

(D’après Valère-Maxime).

Arion

Nobilis cantator fidibus fuit Arion. Postquam in Italia omnium aures et mentes delectavit, cum grandi pecunia et multis opibus Corinthum, ad amicum Periandrum regem, redire instituit et navem conscendit. At in reditu nautae, divitiarum ejus cupidi, Arionem necare voluerunt. Eo intellecto, id unum oravit poeta ut induere permitterent sua sibi pulchra indumenta et fides capere et carmen canere. Quod oravit impetrat. Ad finem cantus cum fidibus ornatuque omni dejecit sese in profundum. Nautae, haudquaquam dubitantes quin periisset, cursum tenuerunt. Sed delphinum aiunt repente inter undas adnavisse et sese homini fluitanti subdidisse et eum incolumem Taenarum devexisse. Inde Arion Corinthum petivit et rem Periandro narravit. Nautae autem, cum ad portum appulerunt, comprehensi sunt et poenas dederunt.

(D’après Aulu-Gelle) .

4°) Thème. Quand Arion eut séjourné quelques mois en Italie, où tout le monde aimait beaucoup ses poèmes et ses chants, il voulut revenir à Corinthe, chez le roi Périandre, dont il était l’ami. Mais les matelots de son navire, voyant les énormes richesses qu’il ramenait avec lui, décidèrent de le tuer pour les prendre. Arion cependant se jeta à la mer, fut sauvé par un dauphin, et Périandre punit les mauvais matelots.

CINQUIÈME LEÇON

Avant de quitter les déclinaisons, remarquez les bizarreries particulières aux noms grecs employés en latin. Il arrive toujours, lorsque l’on transporte des mots d’une langue dans une autre, comme aujourd’hui, par exemple, de l’anglais en français, ou de l’italien en français, que la déclinaison de ces mots étrangers se trouve prise entre deux tendances:

1°) la tendance à «assimiler» le mot étranger à un mot national, par exemple à traiter, aujourd’hui, un mot italien ou anglais comme un mot français (on dit, entre autres choses, des solos, tandis que le pluriel italien est soli, des wattmans, tandis que le pluriel anglais est wattmen);

2°) la tendance à laisser au mot étranger sa forme étrangère régulière: des soli, des wattmen.

Ces deux tendances existaient déjà en latin à l’égard des mots grecs. Le dictionnaire vous renseignera, le cas échéant, sur les particularités de chaque mot. Mais vous pouvez retenir déjà que les formes grecques employées en latin sont surtout les suivantes:

1°) des accusatifs singuliers, soit en n, comme dans la 1re déclinaison grecque: Anaxagoras, Anaxagorae (1re décl.), accusatif Anaxagoran (nom propre); — soit en a, comme dans la 3e déclinaison grecque: aer, aeris, acc. aera, «l’air»; aether, aetheris, acc. aethera, «l’éther».

2°) Des accusatifs pluriels en as: aspis, aspidis, «aspic», acc. plur. aspidas. Arcas, Arcadis, «Arcadien», acc. plur. Arcadas.

En ce qui concerne les adjectifs, notez que les adjectifs de la 3e déclinaison peuvent se diviser en trois groupes:

1°) ceux qui ont au nominatif singulier une seule forme pour le masculin, le féminin et le neutre; tels sont prudens, vetus, etc.

2°) ceux qui ont au nominatif singulier deux formes: une pour le masculin et le féminin, une pour le neutre; tels sont fortis (masc. et fém.), forte (neutre), «courageux»; utilis (masc. et fém.), utile (neutre); etc.

3°) ceux qui ont au nominatif singulier trois formes: une pour le masculin, une pour le féminin, une pour le neutre; tels sont: acer (masc.), acris (fém.), acre (neutre), «aigu»; alacer, alacris, alacre, «allègre»; etc.

Après avoir ainsi bien revu les déclinaisons, étudiez les emplois de l’adjectif.

Revoyez l’emploi de l'adjectif comme nom: sapiens (masc.), «le sage»; bonum (neutre), «la bonne chose»; notez que cet emploi de l’adjectif neutre comme nom ne se trouve normalement qu’au nominatif et à l’accusatif, où la terminaison permet de reconnaître tout de suite qu’on a affaire à un neutre: bonum, omnia, hoc, haec, etc. Aux autres cas, en effet, on ne peut savoir si l’adjectif est au neutre ou au masculin, et on doit régulièrement le considérer comme un masculin. Cependant l’adj. neutre est quelquefois au génitif, datif ou ablatif, s’il est suivi d’un relatif au nominatif ou à l’accusatif, qui empêche toute confusion; par exemple: ejus quod, omnibus quae, etc. A part ce cas exceptionnel, on emploie, à ces «cas obliques» (gén., datif, ablatif), le mot res avec l’adj.: bonae rei, bona re, etc.

Revoyez la formation des comparatifs et superlatifs réguliers; les formes particulières aux adjectifs en er, en ilis, en dicus, ficus, volus, en eus, ius, uus; les formes irrégulières: melior, etc.

EXERCICES

1°) Analyser et traduire: Hectora,lampadas,poesin,alacrem,gracillimi,forti,fortius,celerrima,plura,pejus.

2°) Versions:

Les jardins suspendus de Babylone

Super arcem, vulgatum Graecorum fabulis miraculum, pensiles horti sunt, summam murorum altitudinem aequantes, multarumque arborum umbra et proceritate amoeni. Pilae, quae totum onus sustinent, saxo instructae sunt; super pilas lapide quadrato solum stratum est, in quo terram altam injecerunt. Adeo validae ibi crescunt, ut stipites earum octo cubitorum spatium crassitudine aequent et in quinquaginta pedum altitudinem emineant. Et, cum vetustas non opera solum manu facta, sed etiam ipsam naturam paulatim exedendo perimat, haec moles, quae tot arborum radicibus premitur tantique nemoris pondere onerata est, inviolata durat.

(D’après Quinte-Curce).

Mort de Codrus

Rex Atheniensium Codrus, cum ingenti hostium exercitu Attica regio ferro ignique vastaretur, diffidentia humani auxilii ad Apollinis Delphici oraculum confugit, perque legatos sciscitatus est quonam modo illud tam grave bellum discuti posset. Respondit deus finem ejus belli fore si ipse hostili manu occidisset. Id quidem non solum in castris Atheniensium, sed etiam hostium percrebruit, eoque factum est, ut ediceretur, ne quis Codri corpus vulneraret. Id postquam cognovit, depositis insignibus imperii, famularem vestem induit, ac pabulantium globo sese objecit unumque ex his falce percussit et in caedem compulit.

(D’après Valère-Maxime).

Lettre de Cicéron à son affranchi malade
M. T. C. Tironi s. d. p.

Aegypta ad me venit pridie idus apriles. Is, etsi mihi nuntiavit te plane febri carere et belle habere, tamen, quod negavit te potuisse ad me scribere, curam mihi attulit, et eo magis quod Hermia, qui eodem die venire debebat, non venerat. Incredibili sum sollicitudine de tua valetudine: ea si me liberaveris, ego te omni cura liberabo. Ingenium tuum confer ad te mihi tibique conservandum. Cura te etiam atque etiam diligenter. Vale. Scripta jam epistula, Hermia venit. Accepi tuam epistulam, vacillantibus litterulis: nec mirum est tam gravi morbo. Ego ad te Aegyptam misi, ut is tecum esset, quod nec inhumanus est, et te visus est mihi diligere. Vale.

(D’après Cicéron).

SIXIÈME LEÇON

Parmi les comparatifs remarquables, il faut connaître junior, de juvenis, «jeune», et senior, de senex, senis, «vieux». Ces deux mots servent surtout à opposer dans l’armée les soldats «encore jeunes» aux soldats «déjà âgés». Ces deux termes ont passé dans notre langue sportive, et les comptes rendus de tournois d’escrime, notamment, parlent des seniores et des juniores (parfois francisés en «seniors» et «juniors»).

Il ne conviendrait pas, d’ailleurs, de traduire «plus âgé» et «plus jeune», par senior et junior; on dit major natu et minor natu.

Assez nombreux sont les adjectifs, et les participes présents et passés, dont le comparatif ou le superlatif, ou les deux, sont inusités. Le dictionnaire d’ailleurs vous renseigne à ce sujet. Pour faire un thème, consultez-le attentivement. C’est ainsi par exemple que ferus, «sauvage», mirus, «étonnant», ne s’emploient ni au comparatif, ni au superlatif. Au contraire, antiquus fait antiquior et antiquissimus, bien qu’en règle générale les adjectifs terminés en uus, de même que par eus, et ius, n’aient ni comparatif ni superlatif. Cela vient de ce que dans antiquus, qu n’a d’autre valeur que c: anticus.

L’idée du superlatif absolu («très») est parfois rendue par les adverbes: valde, sane, bene, admodum (vade strenuus est, «il est fort actif»), ou par les préfixes prae ou per: praeclarus, «très illustre»; permagnus, «très grand».

Certains emplois du comparatif et du superlatif diffèrent de nos habitudes françaises, et il est bon de bien les connaître pour ne pas se laisser surprendre par eux.

1°) En français, lorsque nous comparons entre elles deux personnes ou deux choses, nous employons l’expression: «le (la) plus», comme pour tous les superlatifs: «La main droite est la plus forte des deux mains.» Le latin, au contraire, emploie le comparatif: «dextra est validior manuum.» «L’aîné», en parlant de deux frères, se dira major natu; s’il s’agissait de trois frères, on emploierait au contraire le superlatif, comme en français: maximus natu.

2°) On emploie assez souvent le comparatif seul, donc sans qu’il y ait comparaison entre deux objets. Dans ce cas, le sens est assez ou trop. Par exemple: est loquacior, «il est assez bavard», ou bien: « il est trop bavard». Dans le premier cas, le sens est en somme: «plus bavard que la moyenne»; dans le second: «plus bavard qu’il ne faut.» C’est le contexte, l’ensemble de la phrase, qui permet de choisir entre ces deux acceptions.

3°) Quand on compare entre eux deux adjectifs, par exemple: «il est plus brave qu’habile», on les met tous les deux au comparatif en latin: fortior est quam prudentior.

4°) «Encore», devant un comparatif, se traduit par etiam: «il est encore plus savant», etiam doctior est.

5°) «Beaucoup», devant un comparatif ou un superlatif, se traduit par multo ou longe: multo doctior, «beaucoup plus savant»; longe doctissimus, «de beaucoup le plus savant».

6°) Lorsqu’un adjectif est accompagné de l’expression «le plus possible», on fait précéder le superlatif latin de quam potest, ou de quam tout seul, en sous-entendant potest. «Il crie le plus fort possible» (= qu’il peut): clamat quam maxima voce.

7°) Enfin certains superlatifs peuvent avoir deux sens différents, qu’il importe de bien connaître. Ce sont:

summus: summa arbor, «l’arbre le plus élevé», ou «le sommet de l’arbre»;

extremus; extremum agmen, «la dernière armée», ou «la fin de l’armée en marche», la queue, l’arrière-garde;

infimus: infimus collis, «la colline la plus basse», ou «le bas de la colline»;

primus: prima fabula, «la première pièce de théâtre», ou «le commencement de la pièce».

Notez de même: ultima Gallia, «l’extrémité de la Gaule»; — intimae aedes «le fond de la maison»; — media urbs, «le milieu de la ville» (remarquez d’ailleurs que medius n’est pas un superlatif).

Au lieu d’un superlatif, on peut trouver le comparatif si l’on distingue seulement deux parties d’un objet: superior mons, «le haut de la montagne»; inferior mons, «le bas de la montagne»; on distingue seulement le haut et le bas. C’est parce qu’on distingue trois parties: le haut, le milieu, le bas, qu’on a ordinairement des superlatifs: summus mons, medius mons, infimus mons.

EXERCICES

1°) Traduire en latin:

Nous sommes deux frères, je suis l’aîné. — Le chemin est assez long. — J’ai assez de vin. — Il est plus robuste que savant. — Tu es trop prudent. — On a pris les soldats les plus courageux possible. — Les soldats occupèrent le haut de la montagne. — Ce vin-ci est bien meilleur que celui-là. — Que Paul est savant! — Mais son frère est encore plus savant que lui.

2°) Version:

Alexandre et le médecin Philippe

Alexander, inclita jam pugna excellentissimis opibus Darii contusis, aestu et itineris fervore in Cilicia percalefactus, in Cydnum, qui, aquae liquore conspicuus Tarsum influit, corpus suum immersit. Subito deinde ex nimio haustu rigoris obstupefactis nervis ac torpore hebetatis artibus, maxima cum exanimatione totius exercitus, in oppidum castris propinquum defertur. Jacebat aeger Tarsi, inque valetudine ejus adversa instantis victoriae spes fluctuabat. Itaque convocati medici attentissimo consilio salutis remedia circumspiciebant. Cum ad unam potionem sententiam direxissent atque eam Philippus medicus suis manibus temperatam Alexandro (erat autem ipsius amicus et comes) porrexisset, a Parmenione missae litterae superveniunt, admonentes, ut rex insidias Philippi pecunia corrupti a Dario caveret. Eas cum legisset, sine ulla cunctatione, medicamentum hausit ac tunc legendas Philippo tradidit.

(D’après Valère-Maxime).

SEPTIÈME LEÇON

Etudions aujourd’hui les adjectifs numéraux.

Sur unus, a, um, remarquez qu’il suit la déclinaison pronominale, c’est-à-dire qu’il fait au génitif unius et au datif uni.

A côté de son sens d’adjectif numéral, on trouve fréquemment le sens de «seul, unique». Dans ce sens, il est parfois employé au pluriel: uni, ae, a.

Rappelons en passant que unus n’a jamais le sens de l’article indéfini français «un»; d’ordinaire l’article indéfini ne se traduit pas; si on veut traduire l’idée indéfinie «un certain», on traduira par quidam ou par aliquis.

Dans la déclinaison de duo et de ambo, remarquez que le neutre est en o, contrairement à la règle qui dit: «Tous les pluriels neutres sont en a».

Au génitif pluriel on trouve parfois duum, au lieu de duorum.

Ambo signifie «tous les deux», «les deux à la fois». Nous retrouvons ce mot dans l’adjectif français ambidextre, «qui se sert également bien (= adroit) des deux mains». Exemple d’emploi de ambo: ambo milites simul regressi sunt, «les deux soldats rentrèrent en même temps».

Notez duodeviginti pour 18, et undeviginti pour 19. De même, 28: duodetriginta; 98: duodecentum; 99: undecentum, etc.

Les dizaines sont en a: triginta, etc., sauf viginti; les dizaines sont indéclinables. Les centaines se déclinent en i, ae, a, comme le pluriel de bonus, sauf centum, indéclinable. Au génitif pluriel on a parfois ducentum, pour ducentorum, etc.

Rappelez-vous: «Mille soldats», mille milites; mais «2.000 soldats», duo milia militum (deux milliers de soldats).

Pour les nombres composés, on peut choisir entre deux tournures: viginti unus, viginti duo, etc., ou unus et viginti, duo et viginti, etc. (et seulement si le plus petit nombre est en premier).

Les ordinaux se déclinent tous. Remarquez alter, synonyme de secundus (alter, a, um, veut dire d’ordinaire «autre», quand on parle de deux personnes ou de deux choses). A part undecimus (11e), duodecimus (12e), duodevicesimus (18e), undevicesimus (19e), les adjectifs ordinaux au-dessus de 10e sont composés; dans les adjectifs ordinaux composés tous les éléments se déclinent: 18e, tertius decimus; 234e ducentesimus tricesimus quartus, etc.

De même que pour les cardinaux, on peut choisir pour les ordinaux (21e, 22e, etc.) entre vicesimus primus, et primus et vicesimus; etc.

Pour «deux millième», remarquez bis millesimus; 3.000e, ter millesimus.

Remarquez l'emploi de l’adjectif ordinal en latin, dans des cas où nous employons en français le cardinal: «le livre 3», liber tertius ; «Antiochus II», Antiochus secundus.

A propos des heures, rappelons que, dans l’antiquité, la journée, du matin au soir, se divisait en 12 heures. La 12e heure, c’est la fin de la journée, et non pas midi; la 6e heure, c’est le milieu du jour, et non le matin. Il faut se rappeler cela pour comprendre, notamment, la parabole de l’Evangile où il est question des ouvriers de la 11e heure; ce sont ceux qui se mettent, à l’ouvrage très tard, presque à la fin de la journée.

Remarquez l’existence des adjectifs distributifs: deux par deux, etc. Ex.: «César et Arioviste amenèrent chacun dix compagnons», Caesar et Ariovistus denos comites adduxerunt. Notez leur emploi au lieu des adjectifs cardinaux avec les substantifs qui n’ont pas de singulier: «deux camps», bina castra (castra n’a pas de singulier); «deux maisons», binae aedes; «deux lettres» (missives), binae litterae. Aedes se trouve aussi au singulier, il signifie alors «temple»: duae aedes, «deux temples»; littera, au singulier, signifie «lettre de l’alphabet»: duae litterae, «deux lettres de l’alphabet».

Avec les substantifs qui n’ont pas de singulier, on n’emploie pas singuli, mais uni; ni terni, mais trini; una castra, «un camp»; «j’ai reçu trois lettres», accepi trinas litteras.

Les premiers adverbes de nombre («deux fois», etc.) sont bien connus: bis, ter, quater. Se rappeler la terminaison iens ou ies; — ne pas confondre semel, «une fois», avec simul, «en même temps».

EXERCICES

1°) Traduire les expressions: duodesexaginta;undequadraginta;quater millesimus;annus trecentesimus;undesexagesimus;binum castrorum milites;decies centena millia hominum;singulos comites secum adduxerunt;,ternas tunicas acceperunt;dimidia pars;tres septimae.

2°) Versions:

L’épée de Damoclès

Damocles, unus ex assentatoribus Dionysii tyranni, commemorabat in sermone copias ejus, opes, majestatem dominatus, rerum abundantiam, magnificentiam aedium regiarum, negabatque umquam beatiorem quemquam fuisse: «Visne igitur, inquit, o Damocles, quoniam te haec vita delectat, ipse eam degustare et fortunam experiri meam?» Cum se ille cupere dixisset, collocari jussit tyrannus in aureo lecto, strato pulcherrimo textili stragulo, magnificis operibus picto, abacosque complures ornavit argento auroque caelato. Tum ad mensam eximia forma servos delectos jussit consistere, eosque, nutum illius intuentes, diligenter ministrare. Aderant unguenta, coronae; incendebantur odores; mensae conquisitissimis epulis exstruebantur. Fortunatus sibi Damocles videbatur. In hoc medio apparatu fulgentem gladium e lacunari saeta equina aptum demitti jussit, ut impenderet illius beati cervicibus. Itaque nec plenum artis argentum aspiciebat, nec manum porrigebat in mensam; jam ipsae defluebant coronae; denique exoravit tyrannum ut abire liceret, quod jam beatus nollet esse.

(D’après Cicéron).

Les Druides

Illi rebus divinis intersunt, sacrificia publica ac privata procurant, religiones interpretantur; ad eos magnus adulescentium numerus disciplinae causa concurrit. Si quod est admissum facinus, si caedes facta, si de hereditate, si de finibus controversia est, iidem decernunt praemia poenasque constituunt; si qui aut privatus aut populus eorum decreto non stetit, sacrificiis interdicunt. Haec poena apud eos est gravissima. Quibus ita est interdictum, hi numero impiorum ac sceleratorum habentur, his omnes decedunt, horum aditum sermonemque defugiunt neque his petentibus jus redditur neque honos ullus communicatur. His autem omnibus Druidibus praeest unus, qui summam inter eos habet auctoritatem. Hoc mortuo, aut, si qui ex reliquis excellit dignitate, succedit, aut, si sunt plures pares, suffragio Druidum, nonnumquam etiam armis de principatu contendunt.

(D’après César).

DE VIRIS ILLUSTRIBUS URBIS ROMAE

I. Les origines

1. Enée, après la prise de Troie, s’établit en Italie et y devient roi. — 2. Les descendants d’Enée.

1. Dum Graeci Trojam ferro ignique vastant, Trojani pauci vim hostium effugere potuerunt, et, urbe relicta, in naves conscenderunt. Eorum dux, Aeneas, a regibus Trojanorum oriebatur; in ipsa fuga conjugem amiserat Creüsam et secum patrem Anchisam et filium Ascanium sive Iulum ducebat. «Multum ille et terris jactatus et alto», ut ait Vergilius poeta in eo carmine quod Aeneis inscribitur, Afrum tenuit, litus et mox, ad Italiam revectus, ad ostium Tiberis appulit. Ibi tunc

... Rex arva Latinus et urbes
Jam senior longa placidas in pace regebat.

Hic duci Trojano filiam Laviniam, quam Turno, Rutulorum regi, primo desponderat, matrimonio junxit. Aeneas oppidum ex nomine uxoris Lavinium condidit et post Latini obitum uxoris patri in regno successit.

2. Mortuo Aenea, Ascanius Lavinium oppidum novercae Laviniae et Sylvio, Aeneae et Laviniae filio, reliquit, et, haud procul inde, in Albano colle novum caput imperii, Albam Longam, condidit. Post mortem Ascanii regnum obtinuit Sylvius frater, quod filio suo Sylvio Aeneae tradidit. Genuit hic Sylvius Albam, Atym Alba, Capym Atys. Capys Capetum, Capetus Tiberinum qui, in Albula flumine demersus, mutavit fluvii nomen. Tiberino successit Agrippa; Romulus Sylvius deinde regnavit et Aventinus postea, cujus filius Procas fuit.

HUITIÈME LEÇON

Etudiez aujourd’hui les pronoms personnels et les adjectifs possessifs.

A) Pronoms personnels.

Les remarques à faire à leur sujet sont peu nombreuses.

1°) A la troisième personne, il n’y a pas de pronom personnel proprement dit. On le remplace par un des pronoms démonstratifs (is, hic, ille, iste).

2°) Le génitif des pronoms personnels: mei, tui, sui, nostri, vestri, sont en réalité des génitifs neutres singuliers des adjectifs possessifs meus, tuus, suus, noster, vester.

Exemples: «Ma mère, j’étais désireux de te voir», mater, eram cupidus tui videndi (tournure déjà vue pour remplacer videndi te, gérondif en di et accusatif; on met le complément te au cas du gérondif, c’est-à-dire au génitif, tui, et on fait accorder avec ce complément l’adjectif verbal en dus).

Si tui était du féminin, il y aurait videndae.

«Les Romains ne laissèrent pas aux ennemis le temps de se reconnaître», Romani non reliquerunt hostibus spatium sui colligendi.

Si sui était masculin pluriel, il y aurait colligendorum.

3°) Les génitifs pluriels nostrum et vestrum ne sont que des partitifs, c’est-à-dire qu’ils signifient «d’entre nous, d’entre vous». Dans les autres cas, c’est seulement nostri, vestri, qui conviennent.

Ainsi: «Aie pitié de nous», miserere nostri. — «Qui de nous ignore?…​» Quis nostrum nescit?…​

4°) On trouve parfois aux pronoms personnels des suffixes qui marquent l'insistance.

a) met, dans egomet, «moi-même», meimet, tibimet, etc.

b) te, après tu: tute. On ne trouve pas tumet.

c) le pronom réfléchi possède la forme redoublée sese, à côté de se.

5° Le pluriel de politesse («vous», en s’adressant à une seule personne) n’existe pas en latin.

«César, vous êtes le maître du monde», Caesar, orbis terrarum dominus es.

6°) Le pronom réfléchi: sui, sibi, se, ne s’emploie que pour renvoyer au sujet: «Le berger pousse les brebis devant lui», pastor oves prae se agit. Au contraire: «Pierre connaît les défauts de son ami, mais il l’aime», sed eum diligit.

Dans une proposition subordonnée complétive (proposition complément direct d’un verbe), se peut renvoyer soit au sujet de la prop. subord. soit au sujet du verbe principal: «César ordonna à Paulus de venir le trouver», Caesar jussit Paulum venire ad se (César).

Dans une phrase comme: oratus sum a patre ut ad se venirem, «j’ai été prié par mon père d’aller le trouver», se renvoie à pater, qui assurément n’est pas le sujet; mais on remarque immédiatement que oratus sum a patre = pater oravit me.

Les expressions per se, propter se, inter se, peuvent renvoyer à un mot qui n’est pas le sujet: «Nous devons pratiquer la vertu pour elle-même», virtutem propter se colere debemus. «Tout ce que possèdent des amis, ils le possèdent en commun», omnia amicis inter se communia.

Inter se a souvent le sens de «réciproquement»: inter se amant, «ils s’aiment l’un l’autre». Ce sens de «réciproquement» est parfois rendu par in vicem.

B) Adjectifs possessifs.

1°) Nous avons déjà vu le vocatif mi, de meus. Le suffixe met s’ajoute aussi parfois aux adjectifs possessifs: suamet facta, «ses propres actions».

A l’ablatif singulier, met peut être remplacé par pte: «par ses propres talents», suopte ingenio.

2°) Nous avons déjà dit que le possessif est inutile quand la possession est évidente: lavat manus, «il lave ses mains».

3°) Suus s’emploie lorsque le possesseur est le sujet; dans le cas contraire on emploie le génitif d’un pronom démonstratif (is, ille, etc.): «le père aime son fils, mais il déteste ses défauts», pater amat filium suum, sed odit vitia ejus.

Il arrive pourtant que suus soit employé sans que le possesseur soit le sujet; il est alors placé normalement immédiatement à côté du possesseur: Sui eum cives e civitate ejecerunt, «ses propres concitoyens le chassèrent de sa patrie». Sua eum perdet ambitio, «sa propre ambition le perdra.»

Un cas assez fréquent est le rapprochement de suus et de quisque: eos in suas quemque civitates dimisit, «il les renvoya chacun dans leur ville».

Enfin, sui, au pluriel, signifie parfois «les siens», «ses parents», même sans renvoyer au sujet. «Ce fut un événement déplorable pour les siens», hoc fuit luctuosum suis.

EXERCICE

Version:

II. Romulus, premier roi de Rome
(de 758 à 716 av. J.-C.).

3. Romulus et Rémus échappent à la mort. — 4. Fondation de Rome. — 5. Romulus, son règne, sa mort.

3. Procas, rex Albanorum, duos filios, Amulium et Numitorem, habuit, quibus regnum reliquit ut alternis vicibus imperarent. Sed Amulius fratri imperium non dedit, Rheamque Silviam, filiam ejus, Vestae sacerdotem fecit. Mox etiam, ut regnum solus obtineret, Romulum et Remum, Martis Rheaeque Silviae filios, in alveo impositos, in Tiberim abjecit. Sed eos aqua, relabente flumine, in sicco reliquit. Vastae tum in iis locis solitudines erant. Ad vagitum parvulorum lupa, ut aiunt, accurrit, eosque uberibus suis aluit. Faustulus autem pastor, rem miratus, eos collegit et Aceae Larentiae conjugi educandos dedit. Hi postea, adulescentes facti, vitam inter pastores egerunt, quorum auxilio Amulium interfecerunt et avo Numitori regnum restituerunt.

4. Romulus et Remus de condenda urbe inter se tractabant. Locus idoneus Romulo videbatur in monte Palatino, quem Romam appellari in animo habebat; Remus autem in alio colle locum designabat Remuriamque ex suo nomine eum nominari volebat. Placuit disceptatores ejus controversiae deos immortales sumere ita ut utri priori secunda auspicia obvenissent, urbem is conderet eamque ex suo nomine nuncuparet. Romulus augurio victor, quod ipse duodecim, Remus vero sex tantum vultures viderat, Romam vocavit, et, ut eam prius legibus muniret quam moenibus, edixit ne quis vallum transiret. Id Remus irridens transiluit et a fratre statim occisus est.

5. Romulus, asylo aperto, multitudinem finitimorum in civitatem recepit; centum ex senioribus elegit, quorum consilio omnia egit eosque senatores nominavit. Tum, cum uxores ipse et populus non haberent, invitavit ad ludos spectandos vicinas gentes, Fidenates, Veientes, Sabinosque praesertim, quorum virgines rapi jussit. Hanc propter injuriam bellum adversus Romanos sumunt Sabini et urbem cingunt. Dux eorum T. Tatius, Tarpeiam virginem nactus, quae aquae sacrorum hauriendae causa descenderat, optionem ei muneris dedit, si exercitum suum in Capitolium perduxisset. Illa petiit quod in sinistris manibus gerebant, videlicet anulos et armillas. Eo dolose repromisso, Sabinos in arcem perduxit, ubi Tatius eam scutis obrui praecepit; nam et ea in laevis habuerant. Sed mox adversus Tatium Romulus aciem instruxit et Romani cum Sabinis pugnam conseruerunt. Tum mulieres raptae in medium processerunt et hinc patres, inde conjuges deprecatae pacem conciliaverunt. Itaque Sabini in Urbem recepti sunt. Nec multo post, cum Romulus ad Caprae paludem exercitum lustraret, orta subito tempestate, nusquam rex comparuit et eum ad deos transisse creditum est. Ideo aedes in colle Quirinali Romulo constituta est; ipse pro deo cultus et Quirinus appellatus est.

NEUVIÈME LEÇON

Etudions cette fois les pronoms-adjectifs démonstratifs.

Rappelons que dans tous ces pronoms le génitif singulier est en ius, et le datif en i.

Hic est le plus difficile à décliner. Revoyez sa déclinaison si vous en avez besoin.

Quand on voulait désigner un objet avec une insistance particulière, on ajoutait parfois ce aux formes terminées en s: hujusce, hosce, hasce, hisce.

Dans l’ancien latin, cette particule ce, ou c seulement, se trouve encore à d’autres formes: horunce ou horunc au génitif pluriel (horum), haec au nominatif féminin pluriel (hae).

Devant la particule interrogative ne (= «est-ce que»), qui, comme nous l’avons déjà dit, s’ajoute au premier mot de la phrase, on trouve plutôt hicine, huncine, que hicne, huncne.

«Est-ce celui-ci qui a parlé?» Hicine locutus est?

Hic désigne en général un objet rapproché; notamment le dernier objet nommé; il a souvent le sens de meus ou de noster. Hic liber = «ce livre qui est à moi» (ou «à nous»).

Ille, au contraire, désigne un objet éloigné; notamment le premier objet nommé; souvent, il a le sens de «ce fameux».

Il faut noter le neutre en d (illud).

On trouve chez les poètes quelques cas d’une déclinaison archaïque, notamment le datif singulier olli (Virgile: olli subridens, «en lui souriant»).

Iste se décline absolument comme ille.

On rencontre parfois des formes de ille et de iste accompagnées du c démonstratif qui a subsisté dans hic; par exemple: illic, et istic, «celui-ci»; illaec et istaec, «celles-ci»; illuc et istuc (nom. neut. sing.), «ceci»; istaec (nom. pl. neut.), «ces choses-ci».

Iste a souvent le sens péjoratif: iste homo, «ce triste individu». Parfois, il a le sens de tuus: ista sententia, «ton opinion».

Dans la déclinaison de is, on retrouve un d au neutre. Il faut noter au nom. masc. pluriel les trois formes: ei, ii, et i; au dat.-abl. eis, iis et is.

Is sert souvent d’antécédent à qui; is qui = «celui qui». Parfois il a le sens de «tel»: ea vis est amicitiae, «telle est la force de l’amitié». Ei viro succedere difficile est, «il est difficile de succéder à un tel homme».

Il faut noter que les pronoms ci-dessus n’ont pas l’emploi de nos: «celui, celle, ceux», suivis d’un complément déterminatif. «Les discours de Scipion sont meilleurs que ceux de Lélius», Scipionis orationes sunt meliores quam Laelii (orationes). On ne pourrait pas dire: quam eae Laelii; eae Laelii signifierait: «que celles-ci de Laelius.»

Idem, «le même» est composé de is; toutefois, l's de is et le d de id tombent devant dem; nom. sing. masc. et neut.: idem.

Idem, «le même» a souvent le sens de «aussi», «encore». Vir doctus idemque modestus, «homme savant et en même temps modeste».

Ipse, «lui-même», ne doit pas être confondu pour le sens avec idem.

Primitivement, ipse était composé de is et du suffixe pse. Dans l’ancien latin on trouve encore des formes comme: eumpse (= ipsum), eampse (= ipsam), etc…​ Il en est resté en latin classique: reapse pour re eapse, à côté de reipsa: «en réalité, effectivement.»

EXERCICES

Versions;

Les Horaces et les Curiaces

Cum inter Romanos et Albanos bellum exortum esset, ducibus Hostilio et Fufetio placuit rem paucorum certatione finire. Erant apud Romanos trigemini Horatii, trigemini apud Albanos Curiatii. Foedere icto, sex juvenes concurrerunt; statim duo Romani ceciderunt, tres Albani vulnerati sunt. Unus Horatius, quamvis integer esset, quia tribus impar erat, fugam simulavit et singulos per intervalla, ut vulnerum erat dolor, insequentes interfecit. Cum spoliis onustus rediret, obviam ei soror venit, quae, viso paludamento sponsi sui, qui unus ex Curiatiis erat, flere coepit. Iratus frater eam occidit. Quare apud duumviros condemnatus, ad populum provocavit. Patris vero lacrimis condonatus, ab eo, expiandi causa, sub tigillum, velut sub jugum, missus est, quod postea tigillum Sororium appellatum est.

Tarquin le Superbe
Septième et dernier roi de Rome (de 534 à 510 av. J.-C.).

Tarquinius Superbus cognomen moribus meruit. Occiso Servio Tullio, regnum sceleste occupavit. Tamen bello strenuus, Sabinos Latinosque domuit et Suessam Pometiam Volscis eripuit; Gabios quoque, per Sextum filium, qui, simulato transfugio, hujus urbis primos interemit, in potestatem suam redegit. Ferias Latinas primus instituit et cloacam maximam fecit. Cum Capitolium inciperet, caput hominis invenit, unde cognitum est eam urbem caput gentium futuram esse.

In obsidione Ardeae Tarquinius Collatinus, sorore Tarquinii Superbi genitus, in contubernio filiorum regis erat. Cum forte in liberiore convivio conjugem suam unusquisque laudaret, placuit experiri. Itaque equis Romam petunt: Regias nurus in convivio et luxu deprehendunt. Exinde Collatiam petunt, et Lucretiam, Tarquinii Collatini uxorem, inter ancillas in lanificio offendunt. Ea ergo ceteris praestare judicata est. Sed Tarquinius Sextus, nocte insequenti, Collatiam rediit et vim Lucretiae attulit. Illa, postero die, advocatis patre et conjuge, rem exposuit et se cultro, quem veste texerat, occidit. Illi in exitium regum conjuraverunt eorumque exsilio necem Lucretiae vindicaverunt. Ad Porsenam, Etruriae regem, confugit Tarquinius Superbus, cujus ope regnum retinere tentavit. Pulsus, Cumas concessit, ubi per summam ignominiam reliquum vitae tempus exegit.

DIXIÈME LEÇON

Continuons la révision des déclinaisons par l’étude des pronoms relatifs et interrogatifs.

Le relatif qui possède à l’ablatif singulier une ancienne forme qui. On la trouve surtout au neutre. Ex.: vix reliquit qui efferretur, «il laissa à peine de quoi être enterré», (mot à mot: quelque chose avec quoi il pût être enterré; notez ce sens de efferri, exactement: «être emporté hors de sa maison»). Au masculin, on trouve parfois quicum = cum quo, «avec qui».

Au datif-ablatif pluriel on trouve quelquefois quis au lieu de quibus.

Qui est tantôt pronom, tantôt adjectif. «J’ai appris ton arrivée, nouvelle qui m’a été très agréable», adventum tuum cognovi, qui nuntius («laquelle nouvelle») mihi gratissimus fuit. Qui est ici adjectif et s’accorde avec nuntius.

Quicumque, quaecumque, quodcumque, «qui que ce soit qui», peut être aussi pronom ou adjectif. Pronom: quicumque hoc dixit, «celui, quel qu’il soit, qui a dit cela». Adjectif: quaecumque res ei accidit, «quelque accident qui lui soit arrivé».

Quisquis a le même sens que quicumque; mais on ne le rencontre qu’aux formes: quisquis (nom. masc. sing.), quidquid (nom.-acc. neut. sing.) et quoquo (abl. masc. et neut. sing.) Quisquis et quidquid sont seulement pronoms; quoquo peut être pronom ou adjectif.

Notez qu’après ces relatifs indéfinis le latin emploie l’indicatif.

En parlant de deux personnes ou de deux choses, on peut remplacer qui et quicumque par uter et utercumque. Ex.: «je ferai celle des deux choses que vous voudrez», faciam utrum (neutre) voles. «Quel que soit celui des deux qui a dit cela», utercumque hoc dixit…​

Rappelons une fois de plus que pour traduire le relatif, il faut connaître: 1°) son antécédent (dont le pronom prend le genre et le nombre); 2°) le rôle que le pronom joue dans la phrase, ce qui détermine son cas. «La lettre que tu m’as écrite m’a été très agréable», litterae (fém. pl.) quas (fém. pl. aussi, mais accusatif, parce que complément direct de «as écrite») scripsisti mihi jucundissimae fuerunt. On peut d’ailleurs trouver, au lieu de cette tournure normale, la tournure: quas scripsisti litteras, eae jucundissimae fuerunt, en plaçant l’antécédent dans la proposition relative, s’accordant avec le relatif.

Au lieu de is qui, on trouve souvent qui tout seul: «celui qui est venu», qui venit. Cf. français: «qui vivra verra» (pour: «celui qui vivra».)

Le pronom interrogatif quis, quae, quid, n’est différent du relatif qu’aux formes quis et quid. Encore trouve-t-on parfois qui pour signifier «quelle espèce d’homme». «Songe quel homme tu es», reputa qui sis.

Comme adjectif, on trouve parfois quis, mais plus souvent qui; on trouve quod au lieu de quid. Quid mihi das? «que me donnes-tu?» — Quod consilium mihi das? «quel conseil me donnes-tu?» Quid est pronom, quod adjectif.

Il y a aussi un ancien ablatif neutre sing. qui, qui a le sens d’un adverbe: «comment». Qui fit ut…​? «Comment se fait-il que…​?»

Quisnam = «qui donc?»

Ecquis, ecqua ou ecquae, ecquid, signifie «est-ce que quelqu’un?» ou, dans une interrogation indirecte, «si quelqu’un»: quaeris ecqua spes sit, «tu demandes s’il y a quelque espoir».

Uter, utra, utrum — «qui des deux» ou «lequel des deux».

Quotus, a, um, équivaut à l’ancien français «quantième». C’est, si l’on peut dire, l’ordinal de «combien» (le français populaire dit parfois: «le combientième?») Quotus es? «quel est ton rang?» Quota hora est? «quelle heure est-il?» (parce que le latin se sert de l'ordinal pour dire l’heure).

EXERCICES

1°) Traduire en latin: Quel est ton nom? Quel est ton caractère? Quel est ton rang dans la classe? Qui donc peut prétendre que les tyrans sont heureux? Est-ce que quelqu’un est allé trouver le roi? La fable qu’Agrippa a racontée a rétabli la concorde à Rome. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. Quel temple as-tu visité? Quel prêtre te l’a montré?

N.-B. — Donnez plusieurs traductions s’il y a lieu.

2°) Versions:

Horatius Coclès (507 av. J.-C.)

Porsena, rex Etruscorum, cum Tarquinios in urbem restituere tentaret, et primo impetu Janiculum cepisset, Horatius Cocles (ita cognominatus quod in alio proelio oculum amiserat) pro ponte Sublicio stetit et aciem hostium solus sustinuit, donec pons a tergo interrumperetur. Tum in Tiberim decidit, et armatus ad suos tranavit. Ob hoc ei tantum agri publice datum est, quantum uno die circumarari potuisset. Statua quoque ei in comitio posita est.

Mucius Scévola (507 a. J.-C.)

Cum Porsena rex Urbem obsideret, Mucius, vir Romanae constantiae, senatum adiit, et veniam transfugiendi petiit, necem regis repromittens. Accepta potestate, in castra Porsenae venit ibique scribam pro rege deceptus occidit. Apprehensus et ad regem pertractus, dextram aris imposuit, hoc supplicium ab ea exigens, quod in caede peccavisset. Unde cum misericordia regis abstraheretur, quasi beneficium referens, ait trecentos adversus eum similes sui conjuravisse. Quare ille territus bellum, acceptis obsidibus, deposuit, Mucio prata trans Tiberim data sunt; statua quoque ei honoris gratia constituta est.

Clélie (507 av J.-C.)

Haec quoque virgo inter viros illustres numeranda est, quod virilem audaciam gessit. Porsena Cloeliam, virginem nobilem, inter obsides accepit: ea autem, deceptis custodibus, noctu e castris egressa, equum, quem fors dederat, arripuit, et Tiberim trajecit. A Porsena per legatos repetita, reddita est. Virginis ille virtutem admiratus, cum eis quos optavisset in patriam redire permisit. Illa virgines puerosque elegit, quorum aetatem injuriae obnoxiam sciebat. Huic statua equestris in foro posita est.

Ménénius Agrippa (494 av. J.-C.)

Menenius Agrippa, dux electus adversum Sabinos, de his triumphavit. Et cum plebs a patribus secessisset, quod tributum et militiam toleraret, nec revocari posset, Agrippa ad eam missus: «Olim, inquit, humani artus, cum ventrem otiosum cernerent, ab eo discordaverunt, et suum illi ministerium negaverunt. Cum, eo pacto, et ipsi deficerent, intellexerunt ventrem acceptos cibos per omnia membra digerere et cum eo in gratiam redierunt. Sic senatus et populus, quasi unum corpus, discordia pereunt, concordia valent.» Hac fabula plebs regressa est. Creavit tamen tribunos plebis, ut libertatem suam adversus nobilitatis superbiam defenderent. Menenius autem tanta paupertate decessit, ut eum populus collatis quadrantibus sepeliret et locum sepulcro senatus publice daret.

ONZIÈME LEÇON

Encore quelques précisions sur les pronoms-adjectifs indéfinis, et nous aurons terminé la révision des déclinaisons.

Quis et aliquis, «quelque, quelqu’un, quelque chose», sont synonymes. Au point de vue de la déclinaison, il faut noter qu’on a, au féminin singulier, et au nominatif-accusatif neutre pluriel aliqua, et non aliquae. Dans quis on trouve à ces mêmes cas indifféremment quae ou qua.

Quis et aliquis sont pronoms; qui et aliqui sont adjectifs; cependant on trouve aussi quis et aliquis employés parfois comme adjectifs.

Quant à quid et aliquid, ils sont toujours pronoms; quod et aliquod, toujours adjectifs.

Au point de vue du sens, la différence entre quis et aliquis consiste surtout dans le fait que quis n’est pas accentué (ce qu’on exprime par l’expression: il est «enclitique»), tandis que aliquis est accentué. Nous savons en effet qu’un mot latin porte normalement un accent; toutefois, quelques mots sans importance n’ont pas d’accent propre et s’appuient seulement, pour ainsi, dire, sur l’accent du mot qui les précède ou qui les suit. De même en français, quand vous prononcez: «le cheval», l’accent porte sur val; le n’est pas accentué; dans «dis-je» l’accent porte sur dis; je n’est pas accentué. Dans ces deux cas, le et je sont enclitiques.

On comprend donc facilement que aliquis, forme pleine, accentuée, s’emploiera toutes les fois qu’on voudra appuyer sur le pronom indéfini. «Nommez consul T. Otacilius s’il a exécuté, je ne dis pas tous ces projets, mais s’il a exécuté quelqu’un de ces projets», Create consulem T. Otacilium non dico si omnia haec, sed si aliquid eorum praestitit. Il est nécessaire, dans cette phrase, d’accentuer aliquid, qui s’oppose à omnia; la forme enclitique quid ne conviendrait pas.

En revanche, on dira bien dans une hypothèse: venit quis, «supposons qu’il soit venu quelqu’un», parce qu’on n’attache aucune importance, ici, à l’indéfini.

C’est surtout après certaines conjonctions: si, nisi, ut, ne, num, ubi, qu’on emploie quis plutôt que aliquis. Cave ne quis veniat, «prenez garde que quelqu’un ne vienne.»

Il faut noter le pluriel indéclinable aliquot, qui signifie «un certain nombre de». Vous connaissez tot (= tam multi) et quot (= quam multi), indéclinables.

Quispiam, «quelqu’un», n’offre pas de singularité.

Quidam signifie plutôt «une certaine personne» (que l’on pourrait désigner d’une façon plus précise, si l’on voulait), tandis que aliquis signifie «quelqu’un» (mais on ne sait pas qui). Notez que l’on écrit souvent quendam, quandam, quorundam, quarundam, au lieu de quemdam, etc.

Quisque et unusquisque signifient «chacun». Il faut noter leur emploi dans les cas suivants: 1°) avec un nombre ordinal: decimus quisque, «chaque dixième», c’est-à-dire «un sur dix»; tertio quoque anno, «chaque troisième année», c’est-à-dire «tous les trois ans»; 2°) avec un superlatif: doctissimus quisque modestissimus est, «les plus savants sont les plus modestes» (mot à mot «chaque plus savant», chaque fois le plus savant est le plus modeste). Quisque s’emploie au pluriel avec un nom toujours pluriel: castra quaeque, «chaque camp».

Uter, «lequel des deux», a deux composés: uterque, utraque, utrumque, «l’un et l’autre»; neuter, neutra, neutrum, «ni l’un ni l’autre».

Quivis, «celui que tu veux», et quilibet «celui qui plaît», signifient «n’importe qui». De même, en parlant de deux, utervis et uterlibet.

Dans la langue classique, nemo, «personne», se trouve seulement au nominatif, à l’accusatif neminem, et au datif nemini; au génitif et à l’ablatif, on emploie nullius et nullo, gén. et abl. de nullus, «aucun». Toutefois le gén. neminis et l’abl. nemine se rencontrent chez certains auteurs.

Le neutre nihil, «rien», écrit quelquefois nil, ne s’emploie guère qu’au nom. acc.; aux autres cas, on dit généralement nullius rei, nulli rei, nulla re; après une préposition, on trouve même (ad) nullam rem, plutôt que nihil. Cependant, on trouve, dans quelques locutions toutes faites, un accus. nihilum: ad nihilum recidere, «tomber à rien»; un abl. nihilo: pro nihilo putare, «compter pour rien» (cf. nihilominus. «néanmoins», en rien moins); un gén. nihili: nihili facere aliquid, «ne faire aucun cas de quelque chose» (gén. de l’adverbe avec un verbe d’estime).

Au lieu de et nemo, et nihil, on dit ordinairement: neque quisquam, neque quidquam, faisant ainsi passer la négation sur le premier mot. De même au lieu de: et nullus on emploie généralement neque ullus.

On trouve de même haud quisquam, «personne» («pas quelqu’un»); nunquam ulla res: «jamais rien». En somme, quisquam et ullus, mots positifs, s’emploient pour traduire «personne, rien, aucun», lorsque la négation est déjà exprimée par un autre mot. Il ne faut pas en effet que deux négations se suivent, elles se détruiraient l’une l’autre.

A propos de alius, a, ud, «autre», notons deux emplois intéressants:

1°) alii alios trucidant, «ils s’égorgent les uns les autres» (réciproquement).

2°) alii in aliam partem discesserunt, «ils s’en allèrent les uns d’un côté, les autres de l’autre». Notez que le latin n’a pas besoin comme nous de deux pronoms (un…​ autre).

Alter, «autre», s’emploie en parlant de deux: «l’un des deux consuls parla, l’autre se tut», alter consul locutus est, alter tacuit. (On pourrait dire aussi: unus…​ alter).

Il signifie parfois «second»: vicesimus alter, «le vingt-deuxième».

Enfin on l’emploie aussi dans le sens du français «autrui»: «ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît»: alteri (datif) ne feceris quod tibi fieri nolis (on n’emploie pas alius en pareil cas).

Le pluriel alteri sert à opposer deux groupes d’individus: On le trouve aussi avec un nom toujours pluriel: altera castra, «l’autre camp» (en parlant de deux).

Notons enfin alteruter, «l’un ou l’autre», dont on décline les deux parties (alterautra, alterumutrum, etc.), ou seulement la seconde: alterutra, alterutrum, etc.

EXERCICES

1°) Composez des phrases où vous emploierez, au cas que vous voudrez: uterque, alius, alter, quisque, ullus, quisquam, nemo, quidam.

2°) Versions:

Fabricius (278 av. J.-C.)

Cum Pyrrhus, junctis sibi Samnitibus, Lucanis Brutiisque, Romam perrexisset, atque ad Praeneste, miliario ab Urbe duodevicesimo, venisset, legati ad eum de redimendis captivis missi sunt. Eos honorifice recepit et captivos sine praemio Romam misit. Erat inter legatos Fabricius, quem sic admiratus est Pyrrhus ut, cum eum pauperem esse cognovisset, quarta parte regni promissa, sollicitare voluerit ut ad se transiret. Cui Fabricius respondit: «Si me virum bonum judicas, cur me vis corrumpere? Sin vero malum, cur ambis?» Mox a Fabricio ipso et Curio superatus, Tarentum Pyrrhus refugit et adversus eum Fabricius missus est.

Cum vicina castra ipse et rex haberent, medicus Pyrrhi nocte ad Fabricium venit, promittens se Pyrrhum veneno occisurum esse, si sibi quidquam polliceretur. Hunc Fabricius vinctum reduci jussit ad dominum, Pyrrhoque dici quae contra caput ejus medicus spopondisset. Tum rex, admiratione elatus, dixisse fertur: «Ille est Fabricius, qui difficilius ab honestate quam sol a suo cursu averti posset.»

Pyrrhus et Cinéas

Erat is Cineas, de quo supra locuti sumus, regi Pyrrho familiarissimus, magnaque apud eum gratia valebat. Dicere solebat Pyrrhus se plures urbes Cineae eloquentia quam armorum vi expugnavisse. Cineas tamen regis cupiditatem non adulabatur; nam, cum in sermone Pyrrhus sua consilia aperiret, dixissetque se velle Italiam dicioni suae subjicere, respondit Cineas: «Superatis Romanis, quid agere destinas, o rex? — Italiae vicina est Sicilia, inquit Pyrrhus, nec difficile erit eam armis occupare.» Tunc Cineas: «Occupata Sicilia, quid postea acturus es?» Rex, qui nondum Cineae mentem perspiciebat: «In Africam, inquit, trajicere mihi in animo est. — Quid deinde, o rex? — Tum demum, mi Cinea, ait Pyrrhus, dulci otio fruemur. — At quid impedit, respondit Cineas, quominus isto otio jam nunc fruamur?»

DOUZIÈME LEÇON

Je vous engage aujourd’hui à revoir le verbe être, ses composés (particulièrement prosum, prodes et possum, potes), et les quatre conjugaisons actives.

Tout cela doit vous être connu depuis longtemps. Toutefois un détail est si vite oublié, qu’il n’est pas mauvais (l’expérience me l’a montré des centaines de fois) de revoir de temps en temps même ce que l’on croit savoir parfaitement.

Le mieux d’ailleurs, pour s’assurer de l’état de ses connaissances, est de tenter une épreuve. Faites donc attentivement les exercices que je vous propose spécialement à la fin de cette leçon.

EXERCICES

1°) Traduire en latin: Il aura été absent. Nous aurions rempli. Nous ouvrirons. Dormez (deux formes). Il est tombé. Avoir cultivé. Je détruirai. J’achèterai. Que je meuve. Qu’il remplisse. Tu as pu. Il était utile. Il sera absent. Vous manquerez. Ecoutons. Ils écouteront. Qu’il écoutent. Qu’ils écoutassent. Que vous aimiez. Que vous avertissiez.

2°) Versions:

Duilius (1re partie du IIIe siècle av. J.-C.)

C. Duilius Poenos in navali proelio primus devicit. Is cum videret naves Romanas a Punicis velocitate superari, manus ferreas, quas corvos vocaverunt, instituit. Ea machina Romanis magno usui fuit: nam, injectis illis corvis, hostilem navem apprehendebant, deinde superjecto ponte, in eam insiliebant, et gladio velut in pugna terrestri dimicabant: unde Romanis, qui robore praestabant, facilis victoria fuit. Inter pugnandum triginta hostium naves captae sunt, tredecim mersae. Duilius victor Romam reversus est, et primus navalem triumphum egit. Nulla victoria Romanis gratior fuit, quod, invicti terra, jam etiam mari plurimum poterant. Itaque Duilio concessum est ut, per omnem vitam, praelucente funali et praecinente tibicine a cena publice rediret.

Régulus (2e partie du IIIe siècle av. J.-C.)

Regulus crebris proeliis Carthaginiensium opes contudit, eosque pacem petere coegit: quam cum Regulus nollet nisi durissimis condicionibus dare, illi a Lacedaemoniis auxilium petierunt. Lacedaemonii Xanthippum, virum belli peritissimum, Carthaginiensibus miserunt, a quo Regulus victus est: duo tantum milia hominum ex omni Romano exercitu remanserunt; Regulus ipse captus est, et in carcerem conjectus. Deinde Romam de permutandis captivis missus est, dato jurejurando ut, si non impetravisset, rediret ipse Carthaginem. Cum Romam venisset, introductus in senatum, mandata exposuit. Jussus sententiam dicere, negavit esse utile captivos Poenos reddi, quia adulescentes essent et boni duces, ipse vero jam confectus senectute. Cum hujus valuisset auctoritas, captivi retenti sunt. Regulus deinde cum retineretur a propinquis et amicis, tamen Carthaginem rediit: neque vero tunc ignorabat se ad crudelissimum hostem et ad exquisita supplicia proficisci, sed jusjurandum conservandum esse putavit. Reversum eum Carthaginienses omni cruciatu necaverunt: palpebris enim resectis, eum aliquandiu in loco tenebricoso tenuerunt; deinde, cum sol esset ardentissimus, repente eductum intueri caelum coegerunt; postremo in arcam ligneam incluserunt, in qua undique clavi praeacuti eminebant. Ita, vigiliis et dolore continuo exstinctus est. Hic fuit Atilii Reguli exitus, ipsa quoque vita, licet per maximam gloriam diu acta sit, clarior et illustrior.

TREIZIÈME LEÇON

Il n’y a pas lieu de séparer l’étude du passif de l’étude de l’actif, puisque, aux temps simples, les formes passives ne sont autre chose que les formes actives avec un léger changement de terminaison. Quant aux temps composés, ils comprennent, comme en français, le participe passé et le verbe être.

Toutes les particularités des temps actifs sont donc conservées au passif: imparfaits en ba, futurs en bo, bi, dans les deux premières conjugaisons, en a, e, dans les autres; subjonctifs présents en e, ea, a, (lre, 2e, 3e) et i additionnel dans la 4e conj. et la 3e mixte: audiam, capiam, à côté de legam, etc.

Lorsqu’on connaît un temps à l’actif, on le connaît donc au passif, en observant que la terminaison passive de la 1re pers. est r (au lieu de m, de legam, par ex.; de s, de legimus; ou de l’absence de terminaison de amo, amabo); celle de la 3e, tur, au lieu de t (amabatur. amabantur); celle de la 2e pluriel., mini (au lieu de tis: audietis, audiemini); — celle de la 2e sing. ris, ou re (au lieu de s: audis, audiris; ames, ameris, etc.).

A noter seulement que legis fait legeris (3e conj.), et amabis, amaberis (futur des 1re et 2e conj.), parce que ces i brefs se changent en e devant r; cf. pulvis, gén. pulveris, «la poussière»; cinis, cineris, «la cendre», etc.

Après avoir repassé ces éléments, rappelons quelques formes un peu curieuses.

A l’actif, dans les parfaits en vi et les temps qui en sont formés, les latins supprimaient parfois: vi, devant un s: amavisse ou amasse; delevisti ou delesti, etc., et ve, devant un r; amaverunt ou amarunt; noverunt ou norunt, etc. Toutefois, pour éviter une confusion, amavere n’est jamais remplacé par amare, qui serait la même forme que l’infinitif présent.

Dans les parfaits en ivi, on peut supprimer vi devant s: audivisti ou audisti;v devant er: audiverunt ou audierunt.

Quelquefois on supprime le v devant un i: audivit ou audiit; petivi ou petii, petivit ou petiit, etc.

Quatre impératifs actifs sont irréguliers: dic (dicere, «dire»); duc (ducere, «conduire»); fac (facere, «faire»); fer (ferre, «porter»).

Cependant, les composés du verbe facere: conficere, efficere, forment régulièrement leur impératif: confice, effice.

Il est juste de dire que nous n’avons aucun exemple d’impératif des composés en facere: calefacere, «échauffer», par exemple, où l’analogie aurait peut-être gardé l’impératif fac. Nous n’avons pas non plus d’exemple d’impératif des verbes composés de dico.

Mais les composés de ducere font à l’impératif duc: educ (de educere, «faire sortir»).

Au passif, il n’y a de remarques à faire que:

1°) sur la forme re de la 2e pers. sing.: elle ne se trouve que tout à fait rarement à l’ind. prés.: en effet amare, pour amaris; delere pour deleris, etc., risquent trop d’être confondus avec l’impératif passif, qui lui-même est semblable à l’infinitif actif.

2°) sur l'impératif: il n’y a pas dans la langue classique de formes spéciales pour l’impératif futur aux deuxièmes pers. sing, et plur.: amare, amamini. Toutefois on trouve dans la langue archaïque des impératifs futurs passifs en tor pour les 2e et 3e pers. sing.: amator, deletor, de même que pour la 3e pluriel: amantor, monentor, etc.

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S’il y a peu de choses à dire sur les formes verbales, l’emploi des temps et des modes appelle en revanche de nombreuses remarques.

Le fait qu’il n’y a qu’un parfait en latin, contre nos trois passés (simple, composé et antérieur), ne doit pas vous faire oublier de traduire ce parfait par le passé convenable en français: c’est une question de précision dans le style.

L’impératif futur, qui ne correspond à aucun temps français, exprime un ordre qui doit être exécuté seulement après un certain intervalle de temps. Ex.: «demande demain, on te donnera; pour le moment, va-t-en». cras petito, dabitur (passif impers.); nunc abi.

C’est surtout dans les textes de lois que s’emploient ces formes on to et tote; on a alors toutes les personnes, sauf les premières: amato (2e), amato (3e), amatote, amanto.

Ces formes sont à peu près inusitées dans le langage courant. Cependant on trouve couramment:

esto (de sum), 3e pers. sing., pour traduire l’idée de: «eh bien soit!»

scito, scitote, de scire, «savoir», qui n’a pas de formes d’impératif présent.

memento, mementote, de memini, «se souvenir», qui n’a pas non plus d’impératif présent.

Il n’y a pas de formes spéciales pour le conditionnel en latin. On sait qu’on traduit:

1°) le conditionnel passé par le plus-que-parfait du subjonctif: «si j’avais été riche, j’aurais été heureux», si dives fuissem, felix fuissem.

2°) le conditionnel présent:

a) par le subj. présent si la condition se rapporte à l’avenir (hypothèse encore réalisable, encore possible, «mode potentiel»): «si un jour j’étais riche, je serais heureux», si olim dives sim, felix sim.

b) par le subj. imparfait si la condition se rapporte au présent (hypothèse qui n’est plus possible, qui est contraire à la réalité, «mode irréel»): «si j’étais riche aujourd’hui, je serais heureux», si hodie dives essem, felix essem.

On trouve encore le subj. pour exprimer, comme le conditionnel français, un souhait, ou une affirmation polie (moins brutale qu’à l’indicatif): velim, «je voudrais»; quis credat? «qui croirait?» dicam, ou dixerim (subj. parfait de préférence pour la 1re pers.), «je dirais volontiers».

Mais il faut noter que l’imparf. du subj. a souvent, alors, le sens du conditionnel passé: crederes, «vous auriez cru»; quis crederet? «qui aurait cru?»

En revanche, le latin emploie l’indicatif avec les verbes de possibilité ou d’obligation, lorsqu’il y a, ou lorsqu’il y a eu réellement devoir ou possibilité (bien que dans ces cas le français emploie le conditionnel). Possum dicere, «je pourrais dire». Debeo dicere, «je devrais dire», si l’on considère que réellement on peut le faire, on doit le faire, — mais qu’on ne le fait pas pour certaines raisons.

De même: poteram, ou debebam dicere, «je pouvais, je devais parler alors». Nous disons: «j’aurais pu, j’aurais dû.» Même sens, selon le rapport des temps, pour potui, potueram, «j’aurais pu».

Par analogie avec ces verbes, on trouve employés de la même façon à l’indicatif: licet, «il serait possible»; longum est, «il serait trop long»; melius est, «il vaudrait mieux»; oportet, «il faudrait», etc.; et notamment le participe en dus avec esse. Ex.: «j’aurais dû tomber sur le champ de bataille», mihi in acie cadendum fuit: ce fut mon devoir à ce moment-là (bien que je ne l’aie pas fait).

EXERCICES

1°) Analyser et traduire: delectare,legi,deleram,delerem,legerere,legunto,deletor,scripserit,crederet,crediderit,dicam,scitote,delectentur,delectassent.

Nota. — Donnez les différents sens de chaque mot, quand il y a lieu.

2°) Thème. — Les Romains avaient été vaincus par les Carthaginois dans plusieurs combats navals. Les navires carthaginois étaient beaucoup plus rapides que ceux des Romains. Les matelots africains, d’autre part, étaient bien plus habiles dans l’art de la navigation, car de nombreux voyages à travers toutes les mers les avaient accoutumés à tout ce qui peut arriver aux navigateurs. Que fit donc le consul Duilius? Il fit construire des grappins avec lesquels les Romains purent saisir les navires ennemis; et on combattit alors sur les navires comme sur la terre.

3°) Versions:

Archimède (287-212 av J.-C.)

Cum Sicilia a Romanis ad Poenos defecisset, Marcellus, consul creatus, Syracusas, urbem Siciliae nobilissimam, oppugnavit. Diuturna fuit obsidio; nec eam, nisi post tres annos, cepit Marcellus. Rem confecisset celerius, nisi unus homo ea tempestate Syracusis fuisset. Is erat Archimedes, mirabilis inventor machinarum, quibus omnia Romanorum opera brevi disturbabat. Captis Syracusis, Marcellus, eximia hominis prudentia delectatus, ut capiti illius parceretur edixit. Archimedes, dum in pulvere quasdam formas describebat attentius, patriam suam captam esse non senserat. Miles, praedandi causa, in domum ejus irrupit, et minanti voce quisnam esset eum interrogavit. Archimedes, propter cupiditatem investigandi illud quod requirebat, non respondit. Quapropter a milite obtruncatus est. Ejus mortem aegre tulit Marcellus, sepulturaeque curam habuit.

Scipion l’Africain (234-183 av. J.-C.)

P. Cornelius Scipio, nondum annos pueritiae egressus, patrem singulari virtute servavit: nam cum is in pugna ad Ticinum contra Hannibalem commissa graviter vulneratus esset, et in hostium manus jamjam venturus esset, filius, interjecto corpore, Poenis irruentibus se opposuit, et patrem periculo liberavit. Ea pietas Scipioni postea aedilitatem petenti favorem populi conciliavit. Cum obsisterent tribuni plebis, negantes rationem ejus esse habendam, quod nondum ad petendum legitima aetas esset: «Si me, inquit Scipio, omnes Quirites aedilem facere volunt, satis annorum habeo.» Tanto inde favore ad suffragia itum est, ut tribuni incepto destiterint. Post cladem Cannensem, Romani exercitus reliquiae Canusium perfugerant, cumque ibi tribuni militum quattuor essent, tamen omnium consensu ad Scipionem, admodum adulescentem, summa imperii delata est.

QUATORZIÈME LEÇON

Pour former les temps composés du passif, on se sert du participe passé et du verbe être. On trouve parfois le verbe être au même temps qu’en français: «j’ai été aimé», amatus fui; «j’avais été aimé», amatus fueram, etc. Plus souvent on emploie le temps présent (simple): sum, eram, puisque le participe passé exprime déjà l’idée du passé. «Je suis ayant été aimé» = «j’ai été aimé»; «j’étais ayant été aimé» = «j’avais été aimé», etc.

En réalité, il y a une nuance entre les deux formes. «Templum clausum est», par exemple, signifie: «le temple a été fermé, et il l’est encore»; templum clausum fuit, signifie: «il resta fermé un certain temps, mais maintenant il ne l’est plus.» De même templum clausum erat, «il avait été fermé (et il l’était encore)»; clausum fuerat, «il s’était trouvé fermé auparavant (mais il ne l’était plus)», etc.

Il faut cependant noter que certains auteurs ne tiennent pas compte de cette distinction, et emploient indifféremment l’une ou l’autre tournure.

En revanche, la distinction est toujours bien nette entre des phrases comme: «l’enfant est aimé par son père» (action présente), puer amatur a patre, et: «la maison est construite en pierre de taille» (résultat d’une action passée): domus saxo quadrato aedificata est. En tournant le passif français par l’actif, la confusion est impossible: «le père aime l’enfant», «on a construit la maison».

Parfois le passif latin se traduira élégamment par un verbe réfléchi. Domus in hac regione cito aedificantur, «dans ce pays, les maisons se construisent vite». Cet emploi du réfléchi est un pur gallicisme.

Mais d’autres fois, le passif latin correspond réellement à un réfléchi. Ainsi exerceor peut signifier «je m’exerce»; lavor = «je me lave»; satior, «je me rassasie»; vertor, «je me tourne», etc. Il arrive même que, faute d’une forme passive du gérondif, on emploie le gérondif actif de ces verbes dans ce sens passif-pronominal; exemple: «pour se baigner», lavandi causa: lavandi ici est le gérondif de lavor et non de lavo.

Le supin n’est employé que dans deux cas:

1°) le supin en um remplace notre infinitif après les verbes qui marquent un mouvement. «Je vais jouer», eo lusum. «Il est venu raconter cette affaire», venit narratum eam rem. On emploie d’ailleurs plus habituellement une des tournures qui traduisent «pour»: ludendi causa, par exemple.

2°) le supin en u traduit notre infinitif précédé de à, après certains adjectifs: «chose agréable à entendre», res jucunda auditu. «Facile à aimer» facilis amatu.

Le participe en dus ou adjectif verbal, employé avec le verbe être exprime l’obligation: on l’appelle d’ailleurs souvent participe d’obligation. Son complément se met au datif: virtus est amanda mihi, «la vertu doit être aimée par moi», «je dois aimer la vertu».

Mais il y a un autre cas où cette idée d’obligation n’apparaît pas; c’est lorsque le participe en dus est substitué au gérondif.

Le gérondif est, pour ainsi dire, la déclinaison de l’infinitif. «Désireux de voir», cupidus videndi (gén.). «Le désir de voir», cupido videndi (gén.). «Propre à agir», aptus agendo (datif). «Il est devenu savant en lisant» (par la lecture), doctus evasit legendo (abl.). «Il place son plaisir dans l’étude» (dans le fait d’étudier), voluptatem ponit in discendo (abl.).

L’infinitif est considéré comme un nom neutre, et il est à la fois nominatif et accusatif. «Lire est agréable», legere est jucundum. «J’aime lire», amo legere.

Mais si l’accusatif est précédé d’une préposition, on emploie, au lieu de l’infinitif, un gérondif en dum: «pour lire», ad legendum; «au milieu du dîner» inter cenandum.

Si le gérondif est suivi d’un complément direct, on le remplace d’ordinaire par le participe en dus. Le complément direct se met au cas du gérondif, et l’adjectif verbal s’accorde avec lui: «désireux de voir la ville», se dit: cupidus videndi urbem, ou mieux: cupidus urbis (génitif comme videndi) videndae (en accord avec urbis).

«Pour terminer cette affaire»: ad conficiendum eam rem, se remplace par: ad eam rem conficiendam.

«L’âne est apte à porter des fardeaux»: asinus est aptus ferendo onera, se remplace par: asinus est aptus oneribus (datif, comme ferendo) ferendis (en accord avec oneribus).

«Il est devenu savant en lisant des livres», doctus evasit legendo libros, se remplace par: doctus evasit libris (abl. comme legendo) legendis.

«II passe son temps à lire des livres», consumit tempus in legendo libros, se remplace par: consumit tempus in libris legendis.

Le remplacement du gérondif par l’adjectif verbal est facultatif quand le gérondif est au génitif (di) ou à l'ablatif (do), non précédé d’une préposition.

Il est obligatoire, quand le gérondif est au datif, à l'accusatif ou à l'ablatif précédé d’une préposition.

EXERCICES

1°) Traduire en latin: Cet enfant est très bien élevé par sa mère. — Marcus est un homme bien élevé. — Il se baignait souvent dans le Tibre. — Je viens voir la ville (donnez différentes traductions). — Quelle chose admirable à voir! — Il faut honorer les dieux. — Voici le moment de dire son opinion. — Je vous écris pour expliquer mon opinion.

2°) Version:

Scipion l’Africain (suite)

Scipio deinde Romam rediit, et ante annos consul factus est. Ei Sicilia provincia decreta est, permissumque est ut in Africam inde trajiceret. Tunc Scipio ex Sicilia in Africam vento secundo profectus est. Tantus erat militum ardor, ut non ad bellum duci viderentur, sed ad certa victoriae praemia. Celeriter naves e conspectu Siciliae ablatae sunt, conspectaque brevi Africae littora. Expositis copiis, Scipio in proximis tumulis castra metatus est. Ibi speculatores hostium in castris deprehensos et ad se perductos nec supplicio affecit, nec de consiliis ac viribus Poenorum percontatus est; sed circa omnes Romani exercitus manipulos curavit deducendos: dein interrogavit an ea satis considerassent quae jussi erant speculari; tum, prandio dato, eos incolumes dimisit. Qua sui fiducia prius animos hostium, quam arma contudit. Scipioni in Africam advenienti Masinissa se conjunxit cum parva equitum turma. Syphax vero a Romanis ad Poenos defecerat. Asdrubal Poenorum dux Syphaxque se Scipioni opposuerunt: at Scipio utriusque castra una nocte perrupit et incendit. Syphax ipse captus est, et vivus ad Scipionem pertractus. Quem cum in castra Romana adduci nuntiatum esset, omnis, velut ad spectaculum triumphi, multitudo effusa est: praecedebat is vinctus; sequebatur nobilium Numidarum turba. Movebat omnes fortuna viri, cujus amicitiam olim Scipio petierat. Regem aliosque captivos Romam misit Scipio: Masinissam, qui egregie rem Romanam adjuverat, aurea corona donavit.

Hannibal a Scipione victus, suisque invisus, ad Antiochum, Syriae regem, confugit, eumque hostem Romanis fecit. Missi sunt Roma legati ad Antiochum, in quibus erat Scipio Africanus; qui, cum Hannibale collocutus, ab eo quaesivit quem fuisse maximum imperatorem crederet. Respondit Hannibal Alexandrum, Macedonum regem, maximum sibi videri, quod parva manu innumerabiles exercitus fudisset. Interroganti deinde quem secundum poneret: «Pyrrhum, inquit, quod primus castra metari docuit, nemoque illo elegantius loca cepit, et praesidia disposuit.» Sciscitanti demum quem tertium duceret, semetipsum dixit. Tum ridens Scipio: «Quidnam, inquit, igitur tu diceres, si me vicisses? — Me vero, respondit Hannibal, et ante Alexandrum et ante Pyrrhum et ante alios omnes posuissem.» Ita improviso assentationis genere, Scipionem e grege imperatorum, velut inaestimabilem, secernebat.

QUINZIÈME LEÇON

C’est par l'infinitif et le participe que nous terminerons l’étude des formes et emplois du verbe.

Au présent actif, rappelons que l’infinitif de la 2e conjugaison a un e long, tandis que l'e de la 3e est bref.

Au passif, rappelons legi, capi (3e), à côté de amari, deleri, audiri.

Il n’y a rien à dire du participe présent actif, qui ressemble au français: amans, amantis, si ce n’est que l’ablatif singulier est en e, quand il est employé en tant que participe: urbe ardente, abl. abs., «pendant que la ville était en flammes». Mais si le participe est employé comme adjectif, il suit la règle de la déclinaison de prudens: prudente s’il se rapporte à un nom de personne, prudenti s’il se rapporte à un nom de chose: «par un orateur passionné», ab oratore ardente; «par un discours passionné», oratione ardenti.

Le participe futur actif est en urus, et il suffit de penser à futurus, pour ne pas l’oublier. On trouve surtout ce participe joint au verbe sum. Il signifie:

1°) «destiné à»: Scipio hoc bellum confecturus erat, «Scipion était destiné à terminer cette guerre»;

2°) «qui a l’intention de»: Hunc librum lecturus sum, «j’ai l’intention de lire ce livre»;

3°) «qui est sur le point de»: Apes evolaturae erant, «les abeilles étaient sur le point de sortir» (de leur ruche), «allaient sortir».

On peut d’ailleurs trouver ce participe sans le verbe être. Hamilcar, in Africain exercitum trajecturus, sacrificavit, «Hamilcar, sur le point de faire passer son armée en Afrique, offrit un sacrifice aux dieux». Galli ad Clusium venerunt, legionem Romanam castraque oppugnaturi, «les Gaulois vinrent aux environs de (ad; si le sens était à, il n’y aurait pas de préposition) Clusium, dans l’intention d’attaquer la légion romaine et son camp».

Parfois, enfin, le participe futur est employé absolument comme un adjectif: Opinio venturi boni, «l’idée d’un bien futur».

En ce qui concerne l'infinitif futur actif, composé de ce participe futur et de esse, il faut se rappeler que esse est fort souvent sous-entendu. Juravit se illum statim interfecturum (sous-entendu esse), «il jura qu’il le tuerait sur le champ».

L’infinitif futur passif se compose du supin, invariable, et de l’infinitif présent passif de ire, aller, iri: amatum iri.

Le participe passé passif est souvent devenu un véritable adjectif, et son sens s’est trouvé parfois quelque peu altéré:

acceptus, «accepté», parfois: «acceptable»;

compectus, «vu», parfois: «visible»;

inexhaustus, «non épuisé», parfois: «inépuisable»;

invictus, «invaincu», parfois: «invincible».

Les participes, soit présents, soit passés, qui sont devenus adjectifs peuvent avoir un comparatif et un superlatif. Dea amantissima pacis, «déesse très amie de la paix». Mais, comme l’usage est très variable sur ce point, on fera bien de consulter le dictionnaire pour savoir si ce comparatif ou ce superlatif était employé, lorsqu’on voudra s’en servir dans un thème.

Dans l'infinitif passé passif amatus esse, le verbe esse est fréquemment sous-entendu, comme dans l’infinitif futur. Me contemptum (sous-entendu esse) gaudeo, «je me réjouis d’avoir été dédaigné».

De même, il arrive souvent que, à l’indic. parfait passif, est ou sunt soit sous-entendu: magna pars copiarum caesa (sous-ent. est), «une grande partie des troupes fut taillée en pièces».

Pour terminer, faisons remarquer que:

L'infinitif possède tous les temps des deux voix, active et passive: amare, amari; amaturus esse, amatum iri; amavisse, amatus esse.

Le participe, au contraire, n’a jamais qu’une voix sur deux:

Actif

Passif

Présent

amans

n’existe pas

Futur

amaturus

n’existe pas

Passé

N’existe pas

amatus.

EXERCICES

1°) Faites des phrases où vous emploierez toutes les formes de l’infinitif et du participe, actives et passives, du verbe ducere, «conduire».

2°) Version:

Scipion l’Africain (suite)

Deinde Scipioni Africano duo tribuni plebis diem dixerunt, quasi praeda ex Antiocho capta, aerarium fraudavisset. Ubi causae dicendae dies venit, Scipio magna hominum frequentia in forum est deductus. Jussus causam dicere, sine ulla criminis mentione, magnificam orationem de rebus a se gestis habuit. «Hac die, inquit, Carthaginem vici: eamus in Capitolium, et diis supplicemus.» E foro statim in Capitolium ascendit; simul se universa contio ab accusatoribus avertit, et secuta Scipionem est, nec quisquam praeter praeconem, qui reum citabat, cum tribunis mansit. Inde, ne amplius tribuniciis injuriis vexaretur, in Literninam villam concessit, ubi reliquam egit aetatem sine urbis desiderio.

Cum Scipio Africanus Literni degeret, complures praedonum duces ad eum videndum forte confluxerunt. Scipio eos ad vim faciendam venire ratus, praesidium servorum in tecto collocavit, aliaque parabat quae ad eos repellendos opus erant. Quod ubi praedones animadverterunt, abjectis armis, januae appropinquant, nuntiantque se non vitae ejus hostes, sed virtutis admiratores venisse, conspectum tanti viri expetentes; proinde ne gravaretur se spectandum praebere. Id postquam audivit Scipio, fores reserari eosque introduci jussit. Illi postes januae tanquam religiosissimam aram venerati, cupide Scipionis dexteram apprehenderunt, ac diu deosculati sunt; deinde positis ante vestibulum donis, laeti quod Scipionem videre contigisset, domum reverterunt. Paulo post mortuus est Scipio, moriensque ab uxore petiit ne corpus suum Romam referretur.

SEIZIÈME LEÇON

Les verbes déponents (forme passive, sens actif) forment un groupe à part, qui appelle quelques remarques.

Dans le tableau des participes que je vous ai dressé la dernière fois, vous avez remarqué l’absence d’un participe passé actif. Or, dans les verbes déponents, il y a un participe passé à forme passive; à amatus, de amare, correspond imitatus, de imitari. Mais ce participe a le sens actif: «ayant imité». Les verbes déponents, en d’autres termes, sont les seuls à posséder un participe passé actif.

Il faut remarquer, en outre, que les verbes déponents possèdent quelques formes actives:

part. présent

imitans, imitantis.

part. futur

imitaturus, a, um.

le gérondif

imitandi, do, dum.

le supin

imitatum.

Enfin, l'adjectif verbal en dus a, non seulement une forme passive, mais un sens passif: imitandus, «qui doit être imité».

J’ai dit que, dans les verbes passifs, on trouvait rarement la 2e personne de l’indicatif présent en re (amare) pour amaris. Cela est moins rare dans les déponents (imitaris ou imitare), où la confusion n’est pas à redouter avec l’infinitif actif. Il faut cependant remarquer qu’on pourrait confondre imitare, «tu imites», avec imitare, «imite» (impératif présent).

Il est évident que les verbes déponents ne peuvent pas s’employer au passif, et que, si l’on a, par exemple, à traduire: «il est imité», il faudra tourner par l’actif: «beaucoup l’imitent», multi cum imitantur; — exception faite pour imitandus, «devant être imité», déjà mentionné plus haut.

Quelques verbes sont tantôt actifs, tantôt déponents, par ex. luxurio et luxurior signifient tous deux «être exubérant». Dans certains verbes, cette indifférence s’applique seulement à un temps, le parfait par exemple. «Mériter» se dit mereor, rarement mereo; mais au parfait on trouve aussi bien merui que meritus sum.

Il y a même quelques verbes qui sont déponents seulement aux temps composés, on les appelle pour cela semi-déponents, c’est-à-dire «à moitié déponents». Ce sont:

Audeo, ausus sum, «oser».

Gaudeo, gavisus sum, «se réjouir».

Soleo, solitus sum, «avoir coutume».

Fido, is, fisus sum, «se fier».

Enfin dans certains verbes, qui ne sont pas pour cela semi-déponents, le participe passé de forme passive a parfois le sens actif. Par exemple, potus de potare, signifie aussi bien «ayant bu» que «ayant été bu». (Nous disons de même familièrement d’un homme: «il était un peu bu»). Juratus = «qui a été juré», ou: «qui a juré».

D’autres n’ont même gardé que le sens actif; ainsi: pransus (de prandeo), «ayant déjeuné»; cenatus (de cenare), «ayant dîné».

En revanche, certains participes passés de verbes déponents ont tantôt le sens actif, tantôt le sens passif; par exemple:

comitatus,

«ayant accompagné», ou «ayant été accompagné»;

confessus,

«qui a avoué», ou «qui a été avoué»;

depopulatus,

«qui a ravagé», ou «qui a été ravagé»;

meditatus,

«qui a médité», ou «qui a été médité»;

pactus,

«qui a conclu», ou «qui a été conclu».

EXERCICES

1°) Faites des phrases où vous emploierez tous les participes du verbe sequi, secutus sum, «suivre».

2°) Versions:

L. Mummius
(consul en 146 av J.-C.)

Cum Corinthii adversus Romanos rebellassent, eorumque legatis injuriam fecissent, L. Mummius consul, conscripto exercitu, Corinthum profectus est. Corinthii, veluti nihil negotii bello Romano suscepissent omnia neglexerant. Praedam, non proelium cogitantes, vehicula duxerant ad spolia Romanorum reportanda. Conjuges liberosque ad spectaculum certaminis in montibus posuerunt. Quam vecordiam celerrima poena consecuta est: nam, proelio ante oculos suorum commisso caesi, lugubre his spectaculum et gravem luctus memoriam reliquerunt. Conjuges et liberi eorum de spectatoribus captivi facti, praeda victorum fuere. Urbs ipsa Corinthus direpta primum, deinde, tuba praecinente, diruta est; populus omnis sub corona venditus; dux eorum victus domum refugit eamque incendit; conjugem interfecit et in ignem praecipitavit; ipse veneno interiit.

Erat Corinthi magna vis signorum tabularumque pretiosarum, quibus Mummius Urbem et totam replevit Italiam; nihil vero in domum suam intulit; sed harum rerum adeo rudis et ignarus erat Mummius, ut, cum eas tabulas Romam portandas locaret, edixerit conducentibus, si eas perdidissent, novas esse reddituros. Una eximii pictoris tabella ludentibus alea militibus alvei vicem praestitit. Quae tabella deinde, cum praeda venderetur, ab Attalo rege sex millibus nummorum empta est. Mummius, pretium admiratus, ex alieno judicio pulchritudinem tabellae suspicatus est, atque venditionem rescidit et tabellam jussit Romam deferri.

Scipion Emilien (185 environ - 129 av. J.-C.)

Tertio bello Punico, cum clarum esset Scipionis nomen, juvenis adhuc, factus est consul, eique Africa provincia extra sortem data est, ut, quam urbem avus concusserat, ejus nepos everteret. Tunc enim Romani, suadente Catone, deliberatum habebant Carthaginem diruere. Carthaginiensibus igitur imperatum est ut, si salvi esse vellent, ex urbe migrarent, sedemque alio in loco, a mari remoto, constituerent. Quod ubi Carthagine auditum est, ortus statim est ululatus ingens clamorque, bellum esse gerendum, satiusque esse extrema omnia pati quam patriam relinquere. Cum vero neque naves neque arma haberent, in usum novae classis tecta domorum resciderunt; aurum et argentum pro aere ferroque conflatum est; viri, feminae, pueri, senes simul operi instabant: non die, non nocte labor intermissus. Ancillas primum totonderunt, ut ex earum crinibus funes facerent; mox etiam matronae ipsae capillos suos ad eundem usum contulerunt. Scipio exercitum ad Carthaginem admovit, eamque oppugnare coepit: urbs, quamquam summa vi defendebatur, tamen expugnata est. Rebus desperatis, quadraginta milia hominum se victori tradiderunt. Dux ipse Hasdrubal, inscia uxore, ad genua Scipionis cum ramis oleae supplex procubuit. Cum vero ejus uxor se a viro relictam esse vidisset, diris ominibus eum devovit; tum duobus liberis laeva dextraque manu comprehensis, a culmine domus se in medium flagrantis urbis incendium immisit.

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Un emploi particulier du passif latin est le passif impersonnel, qui traduit l’idée de «on» français. «On aime», amatur; «on lisait», legebatur; «on entendra», audietur; «on a entendu», auditum est; «on avait lu», lectum erat; amandum est, «on doit aimer». Il s’agit, on le voit, de la 3e personne du singulier employée au neutre sans sujet.

Les verbes intransitifs possèdent aussi ce passif impersonnel: tibi nocetur, «on te nuit»; mihi invidetur, «on me porte envie»; nemini nocendum est, «il ne faut nuire à personne».

Il faut noter la tournure: cum a Cotta resisteretur, «comme il y avait de la résistance de la part de Cotta», qui équivaut en somme à: eum Cotta resisteret.

Si un verbe actif est suivi d’un complément direct, on ne peut pas employer le passif impersonnel. On fait du compl. direct le sujet du verbe, mis au passif: «On aime les gens de bien», se traduira par: «Les gens de bien sont aimés», boni amantur. «On lisait les livres» = «les livres étaient lus», libri legebantur. «On doit aimer les gens de bien», boni amandi sunt.

Il n’y a d’ailleurs pas que le passif qui puisse rendre l’idée de «on».

«On dit que…​ on raconte que…​ on rapporte que» sont souvent traduits par la 3e pers. plur. (cf. anglais: they say, «ils disent, on dit»); aiunt, dicunt, ferunt, tradunt, narrant, perhibent.

La 1re pers. plur. traduit bien «on», quand on veut indiquer qu’il s’agit de tout le monde, soi compris. «On loue souvent la vertu, on la pratique rarement», virtutem saepe laudamus, raro colimus.

Si «on» équivaut à «quelqu’un», on trouve naturellement le pronom indéfini quis, ou aliquis: «Si on dit», si quis dicit. «On frappe à la porte», aliquis pulsat fores.

La 2e pers. du subj. peut aussi équivaloir à «on»: «on croirait», credas; «on croirait» ou «on aurait cru», crederes. En français nous disons souvent de même: «vous diriez, vous auriez dit», etc. au lieu de «on dirait», etc.

EXERCICES

1°) Traduire en latin: On imite presque toujours ses parents. — On raconte que Scipion eut une conversation avec Hannibal. — A voir l’admiration des brigands pour Scipion, on aurait cru qu’ils étaient les meilleurs des citoyens. — On a souvent besoin d’un plus petit que soi. — Que dit-on à Paris? — Si on vous demande comment je vais, répondez que je suis malade.

2°) Version:

Tiberius Gracchus
(entre 150 et 100 av. J.-C.)

Tiberius Gracchus et Caius Gracchus Scipionis Africani ex filia nepotes erant. Horum adolescentia bonis artibus et magna omnium spe floruit: Ad egregiam quippe indolem accedebat optima educatio. Exstant Corneliae matris epistolae, quibus apparet eos non solum in gremio matris educatos fuisse, sed etiam ab ea sermonis elegantiam hausisse. Maximum matronis ornamentum esse liberos bene institutos merito putabat sapientissima illa mulier. Cum Campana matrona, apud illam hospita, ornamenta sua, quae erant illa aetate pretiosissima, ostentaret ei muliebriter, Cornelia traxit eam sermone, dum a schola redirent liberi, quos reversos hospitae exhibens: «En haec, inquit, mea ornamenta». Nihil quidem istis adulescentibus neque a natura neque a doctrina defuit; sed ambo rem publicam, quam tueri potuissent, perturbare maluerunt.

Tiberius Gracchus, cum esset tribunus plebis, a senatu descivit: populi favorem profusis largitionibus sibi conciliavit; agros plebi dividebat, dabat civitatem omnibus Italicis; provincias novis coloniis replebat, quibus rebus viam sibi ad regnum parare videbatur. Quare convocati patres deliberabant quidnam faciendum esset. Tiberius in Capitolium venit, manum ad caput referens; quo signo salutem suam populo commendabat: hoc nobilitas ita accepit quasi diadema posceret. Tum Scipio Nasica, cum esset consobrinus Tiberii Gracchi, patriam cognationi praetulit, sublataque dextera proclamavit: «Qui rempublicam salvam esse volunt me sequantur»; dein Gracchum fugientem persecutus, in eum irruit, suaque manu eum interfecit. Mortui Tiberii corpus in flumen projectum est.

Nota. — Je m’attarde un peu sur le De viris, parce que les anecdotes qui y figurent étaient si connues des anciens, qu’on y retrouve des allusions dans beaucoup de versions données aux examens. Il est donc utile de bien les avoir étudiées.

DIX-HUITIÈME LEÇON

Revoyez aujourd’hui les verbes irréguliers si fréquents que sont volo, fero, eo et fio.

Dans volo et ses composés, il manque certains temps; il n’y a pas de participe futur; par suite, pas d’infinitif futur, qui est composé du participe futur (amaturus esse); pas de gérondif, ni de supin; pas d’impératifs pour volo, ni malo; seul, nolo a, au présent: noli, nolite; et au futur: nolito, nolitote (formes rares). On sait que noli et nolite sont fréquents, pour exprimer une défense: noli me tangere, «ne me touche pas».

Dans la langue familière, on trouve parfois la locution: velim nolim, «que je le veuille ou que je ne le veuille pas», velis nolis, etc. Le sens est: «bon gré mal gré».

Il n’y a aucune remarque nouvelle à faire sur les irrégularités, d’ailleurs peu nombreuses, de ferre.

Dans le verbe ire, il faut noter: la présence d’un e devant a, o, u: eam; eo; eunt; le participe iens, euntis; le gérondif eundi; l’imparfait ibam: le futur ibo; enfin, au parfait, les formes contractées isti et istis, aux deuxièmes personnes singulier et pluriel.

Le composé pereo remplace le passif inusité de perdere, «perdre»; veneo remplace le passif inusité de vendere, «vendre». Cependant on trouve, même dans les meilleurs écrivains, les participes passés perditus et venditus. Peu à peu, d’ailleurs, à partir de l’empire (début de notre ère), les formes passives de vendere et de perdere se sont introduites dans la langue.

Queo, «je peux», et nequeo, «je ne peux pas», parfait quivi, nequivi, sont des verbes rares; ils n’ont d’ailleurs ni impératif, ni gérondif, ni participe.

Fio, passif de facere aux temps simples (les temps composés étant formés régulièrement de factus et du verbe sum), n’a pas d’impératif à l’époque classique. Mais on trouve parfois, fi, fite chez Plaute. L’adjectif verbal est faciendus.

Les composés de facere qui sont en facio, calefacio; «j’échauffe», par exemple, forment leur passif en fio: calefio. Ceux qui sont en ficio ont un passif régulier: conficio, «achever», conficior, «être achevé».

Outre le sens de «être fait», fio a aussi celui de «devenir», et celui de «arriver». Dans le sens de «arriver», l’infinitif futur est fore ou futurum esse, c’est-à-dire celui de sum. «Je crois que cela arrivera», credo hoc futurum esse.

A ces verbes très irréguliers, on peut ajouter edo, «je mange», parfait edi, supin esum, où l’on remarque les formes suivantes, à côté desquelles d’ailleurs existent les formes régulières:

Indic. prés.

es ou edis, est ou edit, estis ou editis.

Imparf. subj.

essem, esses, etc. ou ederem.

Impératif prés.

es, este, ou ede, edite.

Impératif futur

esto, ou edito, estote ou editote.

Infinitif prés.

esse ou edere.

Il faudra donc avoir soin, à ces temps, d’éviter les confusions de sens entre le verbe «manger» et le verbe «être».

Le compose comedere (ou comesse) se conjugue sur edere (esse).

EXERCICES

Traduire en latin: Nous allons; — porte; — je vois des soldats allant à la ville; — tu es porté; — on raconte; — allons; — va; — être porté; — iî mangerait; — il mange; — manger; — tu ne voudrais pas; — vouloir; — j’aimais mieux; — ne porte pas; — il deviendra; — qu’il devienne; — devenir; — il aura été fait; — tu es allé.

2°) Version:

Caius Gracchus

Caium Gracchum, idem furor qui fratrem Tiberium, invasit: seu vindicandae fraternae necis, seu comparandae regiae potentiae causa, vix tribunatum adeptus est, cum pessima coepit inire consilia: maximas largitiones fecit; aerarium effudit; legem de frumento plebi dividendo tulit. Perniciosis Gracchi consiliis obsistebant omnes boni, in quibus maxime Piso, vir consularis. Is, cum multa contra legem frumentariam dixisset, lege tamen lata, ad frumentum cum ceteris accipiendum venit; Gracchus animadvertit in concione Pisonem stantem; eum sic compellavit, audiente populo Romano. «Qui tibi constas, Piso, cum ea lege frumentum petas quam dissuasisti?» Cui Piso: «Nolim quidem, Gracche, inquit, mea bona tibi viritim dividere liceat: sed, si facies, partem petam.» Hoc responso aperte declaravit vir gravis et sapiens lege quam tulerat Gracchus, patrimonium publicum dissipari.

Decretum a senatu latum est, ut videret consul Opimius ne quid detrimenti respublica caperet: id decretum, nisi in maximo discrimine, ferri non solebat. Caius Gracchus, armata familia, Aventinum occupaverat. Quamobrem consul, vocato ad arma populo, Caium aggressus est; is pulsus, dum a templo Dianae desilit, talum intorsit, et cum jam a satellitibus Opimii comprehenderetur, jugulum servo praebuit, qui dominum et mox semetipsum super domini corpus interemit. Consul promiserat se pro capite Gracchi aurum repensurum esse; quare Septimuleius quidam lancea praefixum Caii caput attulit, eique aequale auri pondus persolutum est. Aiunt etiam illum, prius cervice perforata cerebroque exempto, plumbum infudisse, quo gravius efficeretur.

Occiso Tiberio Graccho, cum senatus consulibus mandavisset ut in eos qui cum Tiberio consenserant animadverteretur, Blosius quidam Tiberii amicus pro se deprecatum venit; hancque, ut sibi ignosceretur, causam afferebat, quod tanti Gracchum fecisset ut, quidquid ille vellet, sibi faciendum putaret. Tum consul: «Quid? ait, si te in Capitolium faces ferre vellet, obsecuturusne voluntati illius fuisses, propter istam quam jactas familiaritatem? — Nunquam, inquit Blosius, id quidem voluisset; sed, si voluisset, paruissem.» Nefaria est ista vox; nulla enim est excusatio peccati, si amici causa peccaveris.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Terminons aujourd’hui notre révision des verbes.

Les parfaits présents sont conjugués au parfait, mais ont le sens du présent.

Memini, «je me souviens», a un impératif à forme de futur: memento, mementote. Un «memento» en français, c’est un «aide-mémoire», un petit livre qui vous dit à chaque instant: «Souviens-toi de faire ceci», Memini est de la même famille que memor, «qui se souvient»; memoria, «la mémoire», etc.

Odi, «je hais», même famille que odium, «la haine», etc. (odieux), n’a pas d’impératif.

Suevi, «j’ai coutume» a pour participe passé suetus. Nous avons en français le mot désuet, «qui a cessé d’être habituel» et désuétude (par ex.: mot tombé en désuétude). La mansuétude est la qualité qui consiste à être «habitué à la main», c’est-à-dire «apprivoisé», et finalement «doux».

Novi, «je connais» est de la même famille que notion; nombreux composés: cognoscere, connaître, etc.

Memini et odi n’ont pas de présent. Mais suevi a un présent: suesco, «je m’habitue à»; de même novi a un présent: nosco, «je cherche à connaître». Ces deux présents sont des verbes inchoatifs, c’est-à-dire qu’ils expriment un commencement, comme d’ailleurs tous les verbes en sco. Le parfait, au contraire, n’a plus ce sens: suevi, «je suis habitué»; novi, «je sais». Le parfait exprime en somme le résultat de l’action marquée par le présent.

Le parfait coepi a surtout le sens du parfait: «j’ai commencé». Toutefois, on le trouve aussi avec le sens du présent: «je commence.» Le présent coepere, coepio, qui ne se rencontre pas à l’époque classique, se trouve avant et après cette période. Notez que devant un infinitif passif, on trouve généralement au parfait le passif coeptus sum.

Inquam, «je dis», et aio, «je dis, j’affirme», ne possèdent que peu de formes et s’emploient seulement dans des cas particuliers (propositions incises, surtout).

Le verbe quaeso, même famille que quaero, ne se rencontre guère qu’aux deux formes quaeso, quaesumus, pour signifier «je te prie, nous vous en prions», dans des sortes de parenthèses: da mihi, quaeso, hunc librum, «donne-moi ce livre, je te prie».

Notons encore les impératifs bizarres: cedo, «donne», et cette, «donnez». Cedo argentum, «donne-moi l’argenterie». Parfois cet impératif n’a guère que la valeur d’une interjection: «dis-moi», «voyons».

Le verbe salvere n’est guère usité qu’à l’impératif salve, salvete, «Porte-toi bien, portez-vous bien», formules de salutation.

Revoyez les verbes impersonnels, me paenitet, etc.

A côté de me miseret, («la pitié me prend»), on trouve le verbe misereo et surtout misereor (déponent), «j’ai pitié», qui se construit comme tous les verbes personnels.

Le parfait de me pudet est plutôt me puditum est (dép.) que me puduit.

Le parfait de me taedet est me pertaesum est: on a donc affaire à un verbe semi-déponent.

Enfin, il y a lieu de noter que, pour que le sens soit exactement rendu, le verbe latin doit être parfois traduit en français par autre chose que le verbe français qui correspond littéralement.

Voici quelques exemples de ce fait:

Caesar pontem fecit, «César fit construire un pont».

Judex non flectitur, «le juge ne se laisse pas fléchir».

Moveor misericordia, «je me sens ému de pitié».

Orare, atque obsecrare, «prier instamment» (verbe et adverbe au lieu de deux synonymes).

Eloquar an sileam, «dois-je parler ou me taire»?

J’ai déjà fait remarquer ces différences de traduction au cours de nos explications de textes.

EXERCICE

Version:

Marius
(157-86 av. J.-C.)

Marius post expeditionem Numidicam iterum consul creatus est, eique bellum contra Cimbros et Teutones decretum est. Hi novi hostes ab extremis Germaniae finibus profugi, novas sedes quaerebant. Gallia exclusi, in Italiam transgressi sunt: primum impetum barbarorum tres duces Romani sustinuerant; sed Marius primo Teutones sub ipsis Alpium radicibus assecutus, proelio oppressit. Vallem fluviumque medium hostes tenebant, ut militibus Romanis nulla aquae copia esset. Aucta necessitate virtus causa victoriae fuit: nam Marius sitim metuentibus ait, digitum protendens: «Viri estis: en illic aquam habebitis.» Itaque tam acriter pugnatum est, tantaque caedes hostium fuit, ut Romani victores de cruento flumine non plus aquae biberent, quam sanguinis barbarorum.

Deletis Teutonibus C. Marius in Cimbros convertitur: hi ex alia parte Italiam ingressi, Athesim flumen non ponte nec navibus, sed tota ingestum silva transiluerant; illis occurrit Marius. Tum Cimbri legatos ad consulem miserunt, agros sibi suisque fratribus postulantes: ignorabant scilicet Teutonum cladem. Cum Marius ab iis quaesivisset quos illi fratres dicerent, Teutones nominaverunt. Ridens Marius: «Omittite, inquit, fratres; tenent hi acceptam a nobis terram aeternumque tenebunt.» Legati sensere se ludibrio haberi, ultionemque Mario minati sunt statim atque Teutones advenissent. «Atqui adsunt, inquit Marius, decetque vos hinc non discedere, nisi salutatis vestris fratribus.» Tum vinctos adduci jussit Teutonum duces qui in proelio capti fuerant.

His rebus auditis, Cimbri castris egressi ad pugnam prodierunt. Marius aciem ita instituit ut pulvis in oculos et ora hostium ferretur. Incredibili strage prostrata est illa Cimbrorum multitudo: caesa traduntur centum octoginta hominum millia. Nec minor cum uxoribus pugna quam cum viris fuit: illae enim, objectis undique plaustris altae desuper, quasi e turribus, pugnabant lanceis contisque. Victae tamen legationem ad Marium miserunt, libertatem orantes, et eam cum non impetravissent, suffocatis elisisque infantibus, aut mutuis concidere vulneribus, aut vinculo e crinibus suis facto, ab arboribus jugisque plaustrorum subrectis pependerunt. Ferant unam conspectam fuisse quae pedibus suis duos filios, seipsam vero ex arbore suspenderat.

VINGTIÈME LEÇON

Etudions aujourd’hui les adverbes de manière. Ils ont généralement une forme particulière en e, en o ou en ter, (bene, raro, fortiter); mais il arrive souvent qu’on se serve tout simplement du neutre de l’adjectif: facile, «facilement»; primum, «d’abord».

D’ailleurs, le comparatif de l’adverbe n’est autre chose que le comparatif de l’adjectif neutre: melius, «mieux». Quant au superlatif de l’adverbe, il se forme du superlatif de l’adjectif avec la terminaison e: pulcherrime, «très magnifiquement». Pourtant quelques adverbes en c font aussi leur superlatif en o: meritissimo, «très justement»; tutissimo, «tout à fait en sûreté».

Les adverbes de temps doivent déjà vous être bien connus, car vous les avez rencontrés maintes fois au cours des explications de textes.

Quelques-uns pourtant vous sont sans doute moins familiers. Si l’on voit souvent semper, «toujours» et saepe, «souvent», on oublie parfois nuper, «récemment», et son synonyme modo, qui a d’ailleurs d’autres sens aussi (non modo, «non seulement»; modo…​ modo…​ «tantôt…​ tantôt»), heri, «hier», et cras, «demain». Rappelons que «un jour» se traduit beaucoup mieux par olim que par quadam die; que tum et mox, dans une énumération, signifient tous deux «puis»; que tandem exprime le soulagement de l’impatience, tandis que denique indique seulement le dernier terme d’une énumération.

Jam est parfois bien traduit par «venir de», quand il s’agit du passé, et par «aller», quand il s’agit du futur. Jam profectus est, «il vient de partir»; jam veniet, «il va venir».

Enfin, nous avons déjà vu que les adverbes de lieu: ibi, hic, ont parfois le sens temporel: «à ce moment, alors».

Les adverbes de lieu méritent toute votre attention. Je vous rappelle quelques exemples commodes:

Ubi sum? «où suis-je»? — Sum ibi.

Quo vadis? «où vas-tu?» — Eo eo, «je vais là».

Unde venis? «d’où viens-tu? — Venio inde, «je viens de là».

Qua transis? «par où passes-tu»? — Transeo ea, «je passe par là». (Qua via? — Ea via.)

Ibi nous a donné y, comme ubi (prononcé oubi) nous a donné où, et inde nous a donné en («j’en viens»). La chute de la syllabe finale est constante.

Nous avons conservé en français: «Voilà le hic», abréviation de hic jacet lepus, «là se trouve le lièvre», c’est-à-dire la difficulté; — et un alibi, mot à mot un «ailleurs» («j’étais ailleurs qu’à l’endroit du crime»).

Parmi les adverbes d’opinion, il faut distinguer soigneusement certo, «assurément», de certe, synonyme de quidem: «du moins». Certe et quidem ont souvent le sens de «ce qu’il y a de sûr, c’est que».

Notez les quatre formes de «par hasard»: forte, fortasse, forsan, forsitan, toutes de la même origine. Il ne faudrait pas confondre ce forte, «par hasard», avec le neutre de fortis, «courageux».

Quant à utinam, bien que la traduction «plaise» ou «plût au ciel que» soit courante, il ne faut pas en avoir la superstition: Utinam ne mortales essemus, pourrait aussi bien se traduire par: «Si seulement nous n’étions pas mortels!» Utinam justitia fiat, pourrait se rendre par: «Puisse la justice se réaliser!»

Remarquez bien ce qui vous est dit sur la place de l’adverbe, mis normalement devant le mot qu’il modifie: vere sapiens dicit, «l’homme vraiment sage dit…​» Sapiens vere dicit, «le sage dit avec vérité…​» Mais certe et quidem se placent toujours après.

Comme adverbe de négation, à la place de non, qui est la négation constante, on trouve souvent haud. Toutefois, à part la locution fréquente haud scio, «je ne sais pas», haud se rencontre rarement devant un verbe; on le trouve plutôt devant un adjectif ou un adverbe: homo haud sapiens, «un homme qui n’est pas sage»; id fecit haud prudenter, «il a fait cela d’une manière insensée».

Et non se remplace habituellement par nec ou neque.

Et ne (ne est la négation de ut) se remplace ordinairement par neve ou neu, si la première proposition (celle qui précède et) est également négative. «Il lui conseilla de ne pas parler et de ne pas écrire non plus», ei suasit ne loqueretur neve scriberet.

Si la 1re proposition renferme un ordre positif, on peut trouver neque au lieu de neve. «Agissons, et ne parlons pas», agamus, neque loquamur.

Nec…​ nec, ou neque…​ neque signifient «ni…​ ni»…​ Ne quidem signifie «ne pas même», ou «pas non plus».

La différence de sens entre les deux constructions non nemo, «quelques personnes» et nemo non, «tout le monde», est importante à noter.

L’expression nonnulli, «quelques-uns», est particulièrement fréquente.

Bien que régulièrement «deux négations se détruisent», on peut trouver cependant nec…​ nec…​ après un mot négatif, sans que la phrase cesse d’être négative. Nihil nec tam inopinatum, nec tam insperatum accidere potuit, «il ne pouvait rien arriver, ni de si imprévu, ni de si inespéré».

On trouve aussi ne…​ quidem après une négation sans que la phrase cesse d’être négative. Nunquam Scipionem ne minima quidem re offendi, «je n’ai jamais offensé Scipion, pas même pour le plus petit objet».

Les adverbes d’interrogation offrent peu de remarques à faire. On peut noter que, pour répondre, on répète généralement les termes de la question. «Mon père est-il malade? — Oui.» Aegrotatne? — Aegrotat. — «Es-tu fou? — Non.» Num insanis? — Non insanio.

Toutefois, on trouve parfois: Etiam, pour «oui» et non pour «non».

EXERCICES

1°) Thème: Tout le monde sait que Marius était d’une famille très humble, et personne ne s’imagine qu’il était noble. C’était un soldat courageux et en même temps soigneux. Un jour Scipion examina tous les chevaux de l’armée, et c’est celui de Marius qui lui parut de beaucoup le plus beau. Il le félicita. Un autre jour, dans un dîner, quelqu’un s’écria: «Si tu venais à mourir, Scipion, la république retrouverait-elle jamais un autre général semblable à toi?» Alors Scipion répondit, en montrant Marius: «Peut-être celui-ci.» Cette parole fit concevoir à Marius de hautes espérances.

2°) Version:

Marius (suite)

Tunc Romae primum civile bellum ortum est. Cum enim Sylla consul contra Mithridatem, regem Ponti, missus fuisset, ei Marius illud imperium eripuit, fecitque ut loco Syllae imperator crearetur. Ea re commotus, Sylla cum exercitu Romam venit, eam armis occupavit, Mariumque expulit. Marius in palude aliquandiu delituit; sed ibi paulo post deprehensus, et, ut erat, nudo corpore caenoque oblitus, injecto in collum loro, raptus est et in custodiam conjectus. Missus etiam est ad eum occidendum servus publicus, natione Cimber; eum Marius vultus majestate deterruit. Cum enim hominem ad se gladio stricto venientem vidisset: «Tune, inquit, Marium audebis occidere?» Ille attonitus ac tremens, abjecto ferro, fugit. Marius postea, ab iis etiam qui prius eum occidere voluerant, e carcere emissus est.

Marius accepta navicula in Africam trajecit, et in agrum Carthaginiensem pervenit. Ibi cum in locis solitariis sederet, venit ad eum lictor Sextilii praetoris, qui hanc provinciam administrabat. Marius ab eo, quem nunquam laeserat, aliquod humanitatis officium exspectabat; at lictor decedere eum provincia jussit, nisi vellet in se animadverti. Torvis oculis eum intuens Marius nullum dabat responsum. Interrogavit igitur eum lictor, ecquid praetori vellet renuntiari. Cui Marius: «Abi, inquit, nuntia te vidisse C. Marium in Carthaginis magnae ruinis sedentem.» Duplici exemplo insigni eum admonebat de inconstantia rerum humanarum, cum et urbis maximae excidium, et viri clarissimi casum ob oculos poneret.

VINGT-ET-UNIÈME LEÇON

Les adverbes de quantité sont ceux dont l’emploi est le plus délicat. En effet, là où nous n’avons en français qu’une forme, par exemple: «beaucoup», le latin se sert, selon les cas, de six ou sept formes différentes. On traduit «beaucoup d’eau» par multum aquae (l’adverbe suivi du génitif du nom singulier); — «beaucoup de soldats», par multi milites (l’adjectif «nombreux» s’accordant avec le nom); — «beaucoup de travail», par magnus labor («un grand travail»); — «très pieux» (on ne dit pas «beaucoup pieux») par maxime pius, et «très savant» par doctissimus; — «beaucoup plus savant», par multo doctior (ablatif de l’adverbe devant un comparatif); — «j’aime beaucoup ma mère», par multum matrem amo; — «j’estime beaucoup cet homme», par hunc virum multi aestimo (génitif de l’adverbe avec un verbe d’estime); — «cela coûte beaucoup», par hoc magno constat (ablatif avec un verbe de prix).

Cela fait déjà pas mal de complications. Mais ce n’est pas tout. Les délimitations présentées ci-dessus sont souvent indécises dans l’application. Un nom comme labor, «travail», virtus, «courage», peut se construire aussi bien avec l’adverbe multum: multum laboris, multum virtutis, qu’avec l’adjectif magnus: magnus labor, magna virtus. On trouve même parfois des noms pluriels au génitif après l’adverbe: multum civium, «beaucoup de citoyens», tantum militum, «tant de soldats», au lieu de multi cives, tot (ou tam multi) milites.

Quant à la différence entre les verbes «de prix» et les verbes «d’estime», c’est un modèle de subtilité. La vérité, c’est que l’usage varie selon les verbes. Ainsi, avec le verbe esse (être) dans le sens de «coûter», on emploie le génitif: «coûter beaucoup»: esse magni («être d’un grand prix»); «coûter peu»: esse parvi; — tandis qu’avec le verbe constare, «coûter» (sens absolument identique), on dit constare magno, constare parvo.

En résumé, il faut être prudent dans les affirmations et dire: en général, les distinctions spécifiées dans les grammaires sont exactes; mais il ne faut pas perdre de vue que toute langue (et le latin comme les autres) est une chose vivante, donc souple…​ et capricieuse; aussi ne devra-t-on pas s’étonner de trouver parfois d’autres constructions que ces constructions présentées comme fixes.

On retiendra les faits suivants:

«Tant de soldats» (nom pluriel), se traduit par tam multi milites, tam multorum militum, tam multis militibus, ou par: tot milites, tot militum, tot militibus; de même, à l’expression quam multi, quam multae, quam multa, déclinable, correspond un mot indéclinable quot. De ce quoi est formé aliquot, «quelques», également indéclinable.

Au lieu de nimis, on trouve souvent nimium («trop»).

Les adverbes ante, «avant»; post, «après»; aliter, «autrement», sont assimilés à des comparatifs, et par suite on emploie devant eux un adverbe à l’ablatif: «beaucoup avant»: multo ante; «peu après», paulo post; «combien autrement», quanto aliter.

«Nullement» devant un adjectif ou un verbe ordinaire, se rend par nequaquam: «nullement bon», nequaquam bonus; «je ne l’aime nullement», eum nequaquam amo. Mais devant un comparatif, on emploie un ablatif: nihilo; «nullement meilleur», nihilo melior. Devant un verbe d’estime, on emploie un génitif: «je n’estime nullement», nihili aestimo.

Les verbes «acheter» et «vendre» se construisent comme constare: «vendre cher», vendere magno.

En ce qui concerne ces verbes de prix ou d’estime, on peut dire en somme qu’on trouve presque toujours, avec ces sortes de verbes, les génitifs tanti, quanti, pluris et minoris, «combien, autant, plus et moins»; les autres adverbes se trouvent, selon les verbes, tantôt au génitif, tantôt à l’ablatif.

Enfin, devant les verbes qui signifient «être supérieur» ou «être inférieur» à quelqu’un, on peut trouver soit les mêmes adverbes que devant les verbes ordinaires, soit les adverbes à l’ablatif comme devant un comparatif. «Combien il surpasse le roi», quanto ou quantum regem superat.

Avec les verbes refert et interest, «il importe» («il est d’un grand prix»), on a de même soit l’adverbe ordinaire, soit le génitif comme devant aestimare: «il importe beaucoup», multum ou magni interest.

Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer des exemples d’à peu près tous ces faits dans nos explications de textes.

EXERCICES

1°) Thème: Lorsque Sylla apprit que Rome était au pouvoir de ses ennemis, il se hâta d’y revenir. Une fois là, il fit tuer beaucoup d’amis de Marius. — D’où viens-tu? Est-ce de Rome? — Oui, j’en viens. Mais toi, par où as-tu passé? Est-ce par Lyon? — Oui, c’est bien par là.

2°) Version:

Sylla (188-78 av. J.-C.)

Sylla, propter motus urbanos, cum victore exercitu Romam properavit; eos, qui Mario favebant, omnes superavit: nihil illa victoria fuit crudelius. Sylla, dictator creatus, novo et inaudito exemplo tabulam proscriptionis proposuit, qua nomina eorum qui occidendi essent, continebantur, cumque omnium esset orta indignatio, postridie plura etiam adjecit nomina. Ingens caesorum fuit multitudo. Saevitiae causam avaritia etiam praebuit, multoque plures propter divitias, quam propter odium victoris necati sunt. Civis quidam innoxius, cui fundus in agro Albano erat, legens proscriptorum nomina, se quoque adscriptum vidit: «Vae, inquit, misero mihi; me fundus Albanus persequitur!» Neque longe progressus, a quodam agnitus et percussus est.

Tum repente, contra omnium expectationem, dictaturam deposuit, dimissisque lictoribus, diu in foro deambulavit. Stupebat populus eum privatum videns, cujus modo tam formidolosa fuerat potestas. Unus tantum fuit adolescens qui auderet queri, et recedentem usque ad fores domus maledictis incessere. Cujus injurias Sylla patienti animo tulit, sed domum ingrediens dixit: «Hic adolescens efficiet ne quis posthac tale imperium deponat.» Sylla deinde in villam profectus, rusticari et venando vitam ducere coepit. Ibi morbo correptus interiit, vir ingentis animi, cupidus voluptatum, sed gloriae cupidior. Litteris graecis atque latinis eruditus, et virorum litteratorum adeo amans, ut sedulitatem etiam mali cujusdam poetae aliquo praemio dignam duxerit: nam cum ille epigramma ipsi obtulisset, jussit Sylla praemium ei statim dari, ea tamen lege, ne quid postea scriberet. Ante victoriam laudandus, in iis vero quae secuta sunt nunquam satis vituperandus: Urbem enim et Italiam civium sanguine inundavit. Non solum in vivos saeviit, sed ne mortuis quidem pepercit; nam C. Marii, cujus, etsi postea inimicus, aliquando tamen quaestor fuerat, erutos cineres in flumen projecit. Ita, ea crudelitate rerum praeclare gestarum gloriam corrupit.

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Nous avons déjà rencontré bien souvent la plupart des prépositions latines. Leur révision ne sera cependant pas inutile.

Voici quelques remarques sur les prépositions suivies de l’accusatif.

Ad a des sens fort nombreux. Quelques exemples permettront d’en juger. Dans: Eo ad urbem, «je vais vers la ville», — eo ad patrem, «je vais chez mon père», on rencontre l’idée de mouvement; — mais il n’y a pas cette idée dans stat ad dextram, «il se tient à droite», «vers la droite»; — urbs ad mare sita est, «la ville est située près de la mer». Notons à ce propos: habitat ad Castoris (sous-entendu aedem), «il habite près du temple de Castor».

Dans: Cato ad summam senectutem vixit, le sens est: «Caton vécut jusqu’à l’extrême vieillesse».

Notons: Ad lucem, «vers le point du jour»; — ad Idus Apriles reverti, «revenir pour les Ides d’Avril»; — res ad bellum utiles, «les choses utiles pour (en vue de) la guerre»; — ad arbitrium alicujus omnia agere, «faire tout selon la volonté de quelqu’un»; — ad hoc, «en outre» (ajoutez à cela).

On trouve souvent usque ad, «jusqu’à».

Apud, qui exprime «près de» à côté d’un verbe de repos, s’emploie surtout devant un nom de personne: ceno apud patrem, «je dîne chez mon père». On trouve cependant: pugna apud Cannas, «la bataille près de Cannes», aussi bien que ad Cannas.

Si ante, «devant» et «avant», et post, «derrière», «après», sont très connus, il n’en est pas de même de pone, «derrière»: pone tergum, «derrière le dos».

Circa et circiter sont parfois employés devant un nom de temps pour dire: «aux environs de»: circiter meridiem, «aux environs de midi»; circa octavam horam, «vers la huitième heure». — Circa signifie aussi parfois «environ»: circa quingentas naves, «environ cinq cents navires.»

Intra muros = «en dedans des murs»; intra centum dies = «dans l’espace de cent jours».

A côté de extra muros, «en dehors des murs», on trouve: extra culpam esse, «être en dehors d’une faute», «être innocent»; — omnes extra ducem, «tous en dehors du chef», «en exceptant le chef».

Supra, outre le sens de «au-dessus de»: ratio supra hominem, «une raison surhumaine», a aussi celui de «en remontant plus haut que»: paulo supra hoc tempus, «un peu avant ce moment», et celui de: «plus de»: supra milia viginti, «plus de vingt mille».

De même on a pour infra: «au-dessous de» et «à une époque plus basse»: infra Lycurgum, «à une époque plus récente que Lycurgue».

Citra, «en deçà de», prend des sens variés selon les cas: citra scelus, «en restant en deçà du crime», «sans aller jusqu’au crime»; citra personas, «abstraction faite des personnes», etc.

Les sens de per sont nombreux: per flammas ire, «marcher à travers les flammes»; per idem tempus, «pendant le même temps»; per vim, «par la violence»; per tumultum agere: «agir avec désordre»; per deos, «au nom des dieux»; per me licet, «je t’en donne la permission» (cela t’est, permis grâce à moi).

Praeter est également riche: praeter castra copias duxit, «il fit passer ses troupes à côté du camp», «le long du camp»; praeter consuetudinem, «contrairement à la coutume»; praeter te nullum amicum habeo, «je n’ai pas d’ami excepté toi»; praeter Ariovistum, decem erant equites, «outre Arioviste, il y avait dix cavaliers»; «au delà de»: praeter ceteros doctus: «savant plus que tous les autres».

Notons pour juxta (proprement: «à côté de»): juxta finem vitae, «vers la fin de sa vie»; juxta seditionem ventum est; «on fut tout près d’une sédition»; juxta praeceptum Themistoclis, «conformément à la recommandation de Thémistocle».

A côté de prope suivi de l’accusatif (prope oppidum), on trouve prope ab et l’ablatif: prope ab Sicilia, «près de la Sicile». A noter que l’on a le comparatif et le superlatif de prope: propius oppidum, proxime oppidum, «plus près», «très près de la ville».

Secundum flumen, «le long du fleuve»; secundum proelium, «après la bataille»; secundum naturam vivere, «vivre selon, conformément à la nature»; judicare secundum aliquem,, «juger au profit de quelqu’un» (terme de droit ): tous ces sens se rattachent facilement au sens de «en suivant» (racine de secundum: sequi, «suivre»).

Adversus ou adversum, «en face de», a pris le sens de «contre» et de «envers».

EXERCICES

1°) Thème: Je vois peu de fleurs dans le jardin. — Que de travail dans cette maison! — Combien d’enfants avez-vous? — J’ai trop de chagrin. — Combien estimez-vous ce livre? — Je l’ai acheté cher, et le marchand voulait me le vendre encore plus cher. — Mais je lui ai prouvé qu’il ne valait pas tant.

2°) Version:

César (100-44 av. J.-C.).

Bellis civilibus confectis, Caesar, dictator in perpetuum creatus agere insolentius coepit: senatum ad se venientem sedens excepit, et quemdam ut assurgeret monentem irato vultu respexit. Cum Antonius, Caesaris in omnibus expeditionibus comes, et tunc in consulatu collega, ei in sella aurea sedenti pro rostris diadema, insigne regium, imponeret, non visus est eo facto offensus. Quare conjuratum est in eum a sexaginta et amplius viris, Cassio et Bruto ducibus conspirationis. Cum igitur Caesar Idibus Martiis in senatum venisset, assidentem specie officii circumsteterunt, illicoque unus e conjuratis, quasi aliquid rogaturus, propius accessit, renuentique togam ab utroque humero apprehendit. Deinde clamantem: «Ista quidem vis est», Cassius vulnerat paulo infra jugulum. Caesar Cassii brachium arreptum graphio trajecit, conatusque prosilire aliud vulnus accepit. Cum Marcum Brutum, quem filii loco habebat, in se irruentem vidisset, dixit fertur: «Tu quoque, fili!» Dein ubi animadvertit undique se strictis pugionibus peti, toga caput obvolvit, atque ita tribus et viginti plagis confossus est.

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Parmi les prépositions qui gouvernent l’ablatif, ab est fort intéressant.

Ab, avons-nous dit souvent, indique le point de départ. Exemples: Hostis ab eo loco recessit, «l’ennemi s’éloigna de ce lieu». — Tria milia passuum ab eorum castris castra ponit, «il établit son camp à trois mille pas du leur» (en partant de leur camp). — A Caesare venit, «il vient d’auprès de César».

De nombreux sens dérivés se sont peu à peu ajoutés à ceux-là:

Ab hac oratione eos dimisit, «après ce discours, il les congédia».

A puero, ou a pueris, «depuis mon (ton, son, leur…​) enfance».

Amor a Deo, «je suis aimé par Dieu» (l’affection vient de Dieu).

A Porta Collina, «du côté de la porte Collin».

Stare ab aliquo, «être du parti de quelqu’un» (se tenir du côté de quelqu’un).

Mediocriter a doctrina instructus, «médiocrement pourvu en fait de savoir» (du coté du savoir).

Servus a manu, «esclave secrétaire» (du côté de la main).

Ab ira, «par colère»; ab odio, «par haine» (l’acte vient de la colère).

Ex n’est guère moins riche en sens. Sa signification première est «en sortant de», tandis que ab indique généralement qu’on s’éloigne d’un endroit dans lequel on n’était pas. Canis ex aqua egressus est, «le chien sortit de l’eau».

Beaucoup de sens en sont dérivés:

Ex praetura, «au sortir de la préture».

Ex illo tempore, «depuis ce temps là».

Diem ex die exspectare, «attendre de jour en jour» (un jour depuis l’autre).

Una ex parte, «d’un côté»; — magna ex parte, «en grande partie».

Unus ex militibus, «un des soldats» (tiré des soldats).

Vas ex auro, «un vase d’or» (tiré de l’or).

Mortuus est ex vulturibus, «il mourut de ses blessures».

De indique la descente: de muro, «du haut du mur»; et le départ: de provincia decessit, «il sortit de la province».

Comme ex, il a pris des sens dérivés:

Unus de militibus (moins bon que ex), «un des soldats».

Ea de causa, «pour cette raison» (indique donc l’origine de l’action).

De amicitia, titre d’un livre: «sur l’amitié».

Les sens de de sont d’ailleurs devenus de plus en plus nombreux: notre de français, si fréquent, en est l’héritier direct. Notons:

Redimere captivos de publico, «racheter des prisonniers en prenant sur le trésor public».

De meridie, «l’après-midi» (en s’éloignant de midi).

Diem de die exspectare, «attendre de jour en jour».

Navigare de mense Decembri, «naviguer pendant le mois de décembre» (le temps du voyage est pris sur le mois).

Bene mereri de aliquo, «bien mériter de quelqu’un» (de la part de quelqu’un): lui rendre service.

On trouve même, en poésie: templum de marmore (au lieu de ex marmore).

Exemples de prae:

Prae se armentum agere, «pousser le troupeau devant soi.»

Prae romana magnitudine, «en comparaison de la grandeur romaine».

Prae lacrimis loqui non potest, «il ne peut parler à cause de ses larmes».

Sur pro, on fait souvent des erreurs. Son sens premier est: «devant». Caesar exercitum pro castris constituit: «César rangea son armée devant le camp».

Il a souvent aussi le sens de: «à la place de.»

Esse pro parente, «tenir lieu de père».

Esse pro consule, «remplacer le consul».

Le sens de «pour, dans l’intérêt de», est rare. L’exemple le plus connu est: pro patria mori, «mourir pour la patrie.» Le sens de «selon» se rencontre aussi: pro viribus, «selon ses forces».

Pour cum, «avec», on se rappelle la postposition avec les pronoms personnels: mecum, tecum, secum, nobiscum, vobiscum. On trouve même plutôt quocum, quacum, quibuscum, que cum quo, cum qua, cum quibus.

Coram est connu par la locution coram populo, «en public», sans se cacher.

EXERCICE

Version:

Auguste (63 av. J.-C. à 14 apr. J.-C.).

Octavius in Italiam rediit, Romamque triumphans ingressus est. Tum, bellis toto orbe compositis, Jani gemini portas sua manu clausit, quae tantummodo bis antea clausae fuerant, primo sub Numa rege, iterum post primum Punicum bellum. Tunc omnes praeteritorum malorum oblivio cepit, populusque Romanus praesentis otii laetitia perfructus est. Octavio maximi honores a senatu delati sunt. Ipse Augustus cognominatus est, et in ejus honorem mensis Sextilis eodem nomine est appellatus, quod illo mense bellis civilibus finis esset impositus. Equites Romani natalem ejus biduo semper celebraverunt: senatus populusque Romanus universus cognomen patris patriae maximo consensu ei tribuerunt. Augustus prae gaudio lacrimans respondit his verbis: «Compos factus sum votorum meorum; neque aliud mihi optandum est quam ut hunc consensum vestrum ad ultimum vitae finem videre possim.

Pedibus saepe per urbem incedebat, summaque comitate adeuntes excipiebat: unde cum quidam libellum supplicem porrigens, prae metu et reverentia nunc manum proferret, nunc retraheret: «Putasne, inquit jocans Augustus, assem te elephanto dare?» Eum aliquando convenit veteranus miles, qui, vocatus in jus, periclitabatur, Augustumque rogavit ut sibi adesset. Statim Augustus unum e comitatu suo elegit advocatum, qui litigatorem commendaret. Tum veteranus exclamavit: «At non ego, te periclitante bello Actiaco, vicarium quaesivi, sed ipse pro te pugnavi» simulque detexit cicatrices. Erubuit Augustus, et ipse venit in advocationem. Augustus fere nulli se invitanti negabat. Exceptus igitur a quodam cena satis parca et paene quotidiana, hoc tantum insusurravit: «Non putabam me tibi esse tam familiarem!» Cum aliquando apud Pollionem quemdam cenaret, fregit unus e servis vas crystallinum: rapi illum protinus Pollio jussit, et, ne vulgari morte periret, objici murenis, quas ingens piscina continebat. Evasit e manibus puer, et ad pedes Caesaris confugit, non recusans mori, sed rogans ne piscium esca fieret. Motus novitate crudelitatis, Augustus servi infelicis patrocinium suscepit. Cum autem veniam a viro crudeli non impetraret, crystallina vasa ad se afferri jussit, omnia manu sua fregit, servum manumisit, piscinamque compleri praecepit.

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Quelques prépositions gouvernent tantôt l’accusatif, tantôt l’ablatif. La plus importante de beaucoup est in.

In, suivi de l'accusatif, signifie «dans» ou «sur», et indique l’endroit dans lequel on entre ou sur lequel on arrive (question quo). In collem ascendit, «il monta sur la colline». In urbem ingressus est, «il entra dans la ville».

Mais bien des sens dérivés sont venus se greffer sur ce sens primitif.

Signalons d’abord: In longitudinem, «en longueur» (en allant dans le sens de la longueur).

En parlant du temps, in et l’accusatif signifie «pour»: dictatorem in sex menses dicere, «nommer un dictateur pour six mois». Il peut encore signifier «jusqu’au milieu de»: sermonem in multam noctem producere, «faire durer la conversation fort avant dans la nuit» (jusqu’à la pleine nuit).

Avec l’accusatif encore, in signifie, au figuré, «envers» ou «contre»: amor in patriam, «l’amour envers la patrie»; odium in hostes, «la haine contre les ennemis». Oratio in eam legem, «un discours pour, en faveur de cette loi»; carmen in aliquem, «poème en l’honneur de quelqu’un».

Le résultat est indiqué par in dans les expressions comme: in modum, «à la manière de»: villae in urbium modum aedificatae, «des domaines ruraux bâtis à la façon de véritables villes». On trouve fréquemment mirum in modum, «d’une manière admirable».

Enfin des sens dérivés sont plus curieux encore: foedus ictum in has leges, «un traité conclu à ces conditions» (sans doute: «de manière à arriver à ces lois»). Major in dies, «plus grand de jour en jour».

Avec l'ablatif, in signifie «dans» ou «sur», et marque l’endroit où l’on se trouve quand on fait l’action (question ubi): Ambulat in horto, «il se promène dans le jardin». Corvus in arbore sedebat, «un corbeau était perché sur un arbre.»

In et l’ablatif signifie aussi: «parmi» («dans»). In his erant duo milites, «parmi ces hommes se trouvaient deux soldats».

Notons comme sens figurés:

In magno impetu maris, «étant donné le mouvement violent de la mer».

Misericordes in furibus aerarii, «pleins de miséricorde à l’égard des pillards du trésor public»; etc.

Sub est beaucoup moins fréquent. Sub terra esse, «être sous la terre» (question ubi); sub terram ire, «aller sous la terre» (question quo).

Au sens temporel, sub signifie «vers». Sub idem tempus, «vers le même temps».

Super, avec l’accusatif , signifie «sur». Super juvencum dejectum stabat leo, «un lion se tenait debout sur un taureau terrassé».

Avec l’ablatif, il signifie parfois «au sujet de»: ad te scribam super hac re, «je t’écrirai au sujet de cette affaire».

Le sens de super s’est peu à peu étendu. On trouve par exemple: super omnia, «au-dessus de tout», «plus que tout». Super morbum, «outre la maladie». Super his, «en plus de cela».

Signalons enfin que les trois ablatifs: causa, gratia, et loco sont employés fréquemment avec la valeur de prépositions:

Id fecit salutis suae causa, «il a fait cela en vue de son salut».

Id fecit filii gratia, «il a fait cela pour l’amour de son fils».

Avec le gérontif en di, ces deux mots signifient «pour»: studendi causa (ou gratia), «en vue d’étudier».

Esse loco parentis, «servir de père» (être à la place du père).

Beaucoup de prépositions que nous avons étudiées s’emploient aussi comme adverbes: adversus, «en face», — ante, «auparavant»; — post, «après»; — contra, «en face», «au contraire»; — super, «en outre», etc.

Enfin, nous avons déjà vu bien souvent qu’elles contribuent à former de nombreux mots composés, particulièrement des verbes. Par exemple: mittere «envoyer», donne les composés: amittere, «envoyer loin de soi», d’où «perdre»; admittere, «envoyer vers», puis «admettre»; committere, demittere, etc., etc.

Voilà terminée cette seconde série de leçons. Je vous laisse le soin de revoir méthodiquement, dans votre grammaire, ce qui concerne la syntaxe. Ce sont des notions que nous avons déjà vues tant de fois au cours de nos explications de textes, qu’il me semble superflu d’en refaire un exposé d’ensemble.

Je vous engage en outre à apprendre à fond les temps primitifs et le sens des verbes irréguliers. Je me permets de vous recommander pour cette étude mon petit ouvrage: «Les verbes latins irréguliers et leurs dérivés français», qui vous permettra, grâce à des rapprochements constants avec de nombreux mots de notre langue, d’acquérir, presque sans avoir à faire d’effort de mémoire, un vocabulaire latin étendu.

EXERCICE

Version:

L. Trajan (né en 53 ap. J.-C., empereur en 98, mort en 117)

Nervae successit Trajanus, natus Italicae in Hispania, familia antiqua magis quam clara, nam pater ejus Primum consul fuit. Imperator autem apud Agrippinam civitatem in Gallis factus est. Rempublicam ita administravit ut omnibus principibus merito praeferatur. Inusitatae comitatis et fortitudinis fuit. Romani imperii, quod, post Augustum, defensum magis erat quam auctum, fines large lateque diffudit: Daciam, Decebalo rege victo, subegit, Provincia trans Danubium facta; Armeniam, quam occupaverant Parthi, recepit; Albanis regem dedit; usque ad Indiae fines et Mare Rubrum accessit. Arabiam postea in provinciae formam redegit, et in Mari Rubro classem instituit, ut per eam Indiae fines vastaret.

Gloriam tamen militarem comitate et moderatione superavit, Romae et per provincias aequalem se omnibus exhibens; amicos salutandi causa frequentans, vel aegrotantes, vel cum dies festos habuissent, convivia cum iisdem vicissim habens, saepe in vehiculis eorum sedens; nullum senatorem laedens; nihil injustum ad augendum fiscum agens; liberalis in cunctos, publice privatimque ditans omnes et honoribus augens, quos vel mediocri familiaritate cognovisset; in omnibus provinciis aedificans et multas immunitates civitatibus tribuens; nihil non tranquillum et placidum agens, adeo ut omni ejus aetate unus senator damnatus sit, et is quidem per senatum, ignorante Trajano. Ob hoc per orbem terrarum deo proximus, nihil non venerationis meruit, et vivus et mortuus. Inter alia dicta, hoc illius fertur egregium; amicis enim culpantibus quod nimis adversus omnes comis esset, respondit «talem se imperatorem esse privatis, quales esse sibi imperatores privatus optavisset.»

Post magnam igitur gloriam belli domique acquisitam, a Perside rediens, apud Seleuciam Isauriae profluvio ventris exstinctus est. Inter divos relatus est, solusque omnium intra Urbem sepultus. Ossa ejus, collocata in urna aurea, in foro quod aedificavit sub columna sita sunt, cujus altitudo centum quadraginta et quattuor pedes habet. Hujus tantum memoriae delatum est, ut usque ad nostram aetatem non aliter in senatu principibus acclametur, nisi «felicior Augusto, melior Trajano». Vivus Trajanus laudatus est a consule C. Plinio Caecilio Secundo in Panegyrico, qui exstat, ut hoc opus ceteris ejusdem generis orationibus exemplar propositum sit.

TABLE DES MATIÈRES

1re Leçon.

1re et 2e déclinaisons.

2e Leçon.

3e déclinaison.

3e Leçon.

3e déclinaison (suite).

4e Leçon.

4e et 5e déclinaisons.

5e Leçon.

Noms grecs. Adjectifs.

6e Leçon.

Comparatifs et superlatifs.

7e Leçon.

Adjectifs numéraux.

8e Leçon.

Pronoms personnels. Adjectifs possessifs.

9e Leçon.

Pronoms-adjectifs démonstratifs.

10e Leçon.

Pronoms relatifs et interrogatifs.

11e Leçon.

Pronoms—adjectifs indéfinis.

12e Leçon.

Verbe être. Verbes actifs.

13e Leçon.

Verbes passifs. Emploi des modes et des temps.

14e Leçon.

Infinitifs, participes, gérondifs, supins.

15e Leçon.

Emplois de l’infinitif et du participe.

16e Leçon.

Verbes déponents.

17e Leçon.

Traduction de on.

18e Leçon.

Verbes irréguliers.

19e Leçon.

Verbes défectifs.

20e Leçon.

Adverbes.

21e Leçon.

Adverbes de quantité.

22e Leçon.

Prépositions.

23e Leçon.

Prépositions (suite).

24e Leçon.

Prépositions (fin).

CORRIGÉ DES EXERCICES

PREMIÈRE LEÇON

1°) Labor, m. (tous les noms en or sont masculins, sauf sept). — Veritas, f. (tous les noms en tas sont féminins, ce sont les ancêtres de nos noms abstraits féminins en té: bonté, etc.). — Populus, peuplier, f. (les noms d’arbres sont du féminin). — Marmor, n. (une des 7 exceptions, tous les autres noms en or étant du m.). — Factio, f. (comme tous les noms en tio, ancêtres de nos noms abstraits en tion: faction, admiration, etc.). — Cornu, n. (comme tous les noms en u, d’ailleurs peu nombreux). — Verbum, n. (comme tous les noms en um). — Soror, f. (nom de femme, une des 7 exceptions à la règle des noms en or). — Frater, m. (nom d’homme). — Arbor, f. (les noms d’arbres sont du féminin; une des 7 exceptions à la règle des noms en or).

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2°) Versions:

L’AGE D’OR

«Les fossés à pic n’entouraient pas encore les villes; il n’y avait ni casques ni épée; sans se servir de soldats, les nations sans inquiétudes coulaient de doux loisirs. D’elle-même aussi, sans être esclave, sans que la herse la touchât, sans être déchirée par aucun soc, la terre donnait toute seule toutes ses productions. Le printemps était éternel, et les tranquilles Zéphyrs caressaient de leurs souffles tièdes les fleurs nées sans qu’on les semât. De plus, la terre portait même des moissons sans être labourée, et le champ, sans être cultivé, prenait la teinte claire des épis lourds de grains. Ici coulaient des fleuves de lait, là des fleuves de nectar, et le miel ambré tombait goutte à goutte de l’yeuse verte.»

Faut-il se demander si la croyance en un «âge d’or» et la croyance au «paradis terrestre» sont parentes? La question dépasse notre compétence. Quant à l’intérêt que peut présenter une vie où il n’y a aucun effort à faire, il est problématique. Cependant les hommes ont toujours été, en général, si paresseux, que la vie idéale leur a constamment apparu sous la forme d’un voluptueux farniente.

Fossae praecipites: «des fossés escarpés». L’adjectif est praeceps, génitif praecipitis: la racine est caput, «la tête», et prae, «en avant». Le sens de praeceps est donc: «où l’on tombe la tête la première.» Dans d’autres cas, s’appliquant à une personne, cet adjectif signifie: «qui se lance la tête la première». Nous avons de même en français: précipice, et se précipiter.

Cingere, o, is, cinxi, cinctum, «entourer». Je vous engage vivement à bien retenir les temps primitifs des verbes irréguliers.

Oppidum: ville fortifiée. Urbs, ville, ensemble des maisons. Civitas, ville, ensemble des citoyens, état.

Non galeae erant: «les casques n’étaient pas», c’est-à-dire: il n’y avait pas de casques. Notez ce sens de est pour traduire il y a.

Sine, «sans», gouverne l’ablatif. Vous connaissez le mot sinécure: place sans souci, sine cura.

Gentes securae peragebant mollia otia. Remarquez la contruction de ce vers, où les adjectifs sont fort éloignés des noms auxquels ils se rapportent. Mais un peu d’attention suffit pour voir que mollia, pluriel neutre, se rapporte à otia, et securae, féminin pluriel, à gentes.

Peragere otia, «passer des loisirs»; on dit de même agere vitam, ou degere vitam, «passer sa vie».

Ipsa, immunis, intacta, saucia, se rapportent tous quatre à tellus, telluris, fém., «la terre».

Rastrum désigne un instrument à dents: rateau ou herse. — Au pluriel on trouve parfois rastri (masc.), parfois rastra (neutre).

Nec ullis = et nullis. Lorsque et est suivi d’un mot négatif (et personne, et rien, et jamais, etc.), le latin remplace et par nec, et le mot négatif par un mot positif. Ainsi on aura:

au lieu de

et nemo (et personne): neque quisquam;
et nihil (et rien): neque quidquam;
et nunquam (et jamais): neque unquam;
et nullus (et aucun): neque ullus, etc.

Omnia: pluriel neutre, «toutes choses».

Tepens est le participe présent du verbe tepeo, es, «être tiède».

Notez que flos, floris, est du masculin.

Semen, seminis, «semence», est apparenté au verbe serere, o, is, sevi, satum, «semer». Semen est du neutre, comme tous les noms de la 3e déclinaison en men, inis.

Remarquez en passant que je n’ai pas conservé dans ma traduction exactement le tour latin: j’ai remplacé «les fleurs nées sans semence» par les «fleurs nées sans qu’on les sème». Il faut toujours, en effet, donner une phrase bien française, et non pas calquer sa phrase française sur la phrase latine. Chaque langue a ses habitudes particulières; votre oreille de Français doit vous guider dans le choix des mots et des tournures.

Mox peut signifier: «bientôt». Mais ici cela n’aurait pas de sens. Dans une énumération, mox signifie: «de plus».

Canebat, imparfait de caneo, «être blanc», verbe apparenté à l’adjectif canus, a, um, «blanc», qui nous a donné «chenu»: «Charlemagne à la barbe chenue» (blanche)». Ne pas confondre avec cano, canis, «chanter».

Gravidis aristis, abl. de cause: «le champ était blanc à cause des épis lourds, c’est-à-dire «mûrs». Remarquez que ma traduction a dû, pour être élégante, s’éloigner encore du mot à mot.

Jam…​ jam…​, «d’un côté, de l’autre». C’est un sens de jam que nous n’avions pas encore rencontré.

Flava mella, «des miels blonds». Le pluriel s’emploie souvent, en poésie, pour le singulier. Notez une fois de plus que l’adjectif flava est fort éloigné du substantif mella.

La préposition de indique la descente, ou l’origine. Ici, les deux sens sont combinés.

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EPITAPHES DE ROMAINS CELEBRES

I. — Scipion Barbatus

«Cornélius Lucius Scipion Barbatus, fils d’un père actif, fut courageux et sage, et sa beauté égala sa valeur. Il fut chez vous consul, censeur, édile. Il prit Taurasie, Cisauna, le Samnium; il soumit toute la Lucanie et en emmena des otages.»

Lucius, ordinairement abrégé en L., est le prénom; Cornélius est le nom de la gens (nomen gentilicium): la gens, sorte de tribu, comprend tous les descendants en ligne masculine d’un ancêtre lointain, dont le culte constitue le lien qui unit les différentes familles de la gens, La gens Cornelia était particulièrement illustre; c’est à elle qu’appartenaient les Scipions, Sylla, etc. — Scipio est le cognomen, nom d’une branche de la gens.Barbatus est un second cognomen, propre au personnage lui-même.

Les trois premiers vers forment une phrase sans verbe. C’est que dans cette épitaphe l’expression «Ci-gît» est sous-entendue.

Forma a moins souvent le sens de «forme» que celui de «beauté». «Dont la beauté fut tout à fait semblable au courage.» Vous vous rappelez que facilis, gracilis, humilis, similis, ont leur superlatif en illimus.

Le mot virtus a assez rarement le sens de «vertu»; il signifie généralement: «valeur» (militaire), «mérite».

Obsides vient de obses, obsidis, «otage». Ce mot est apparenté au verbe obsideo, «assiéger», supin obsessum (français: obsession, idée qui vous assiège l’esprit).

II. — Nevius

«S’il était permis aux immortels de pleurer les mortels, les divines Muses pleureraient le poète Névius. Oui, une fois qu’il a été rejoindre les innombrables sujets de Pluton, les Romains n’ont plus su parler en latin.»

L’exagération est de règle, peut-on dire, dans les éloges funèbres. Ne nous arrêtons donc pas à celle-ci.

Le premier vers est intéressant: 1°) par l’antithèse des deux mots rapprochés: immortales, mortales. — 2°) par l'allitération des trois derniers mots en f: foret, fas, flere; ces deux procédés étaient très goûtés des Latins.

Foret est, je vous le rappelle, synonyme de esset. Fas signifie: ce qui est permis par la loi morale.

Il y a l’imparfait du subjonctif pour traduire le présent du conditionnel, parce que l’hypothèse est contraire à la réalité. C’est ce qu’on appelle le «mode irréel».

Itaque, qui d’ordinaire a le sens de «c’est pourquoi», n’a pas ici d’autre valeur qu’un renforcement de ita: «ainsi», affirmation vague, que notre français «oui» traduit assez bien.

Postquam…​: «après qu’il a été livré par la mort au trésor de Pluton», c’est-à-dire: aux ombres innombrables qui forment la richesse du dieu des enfers.

Obliti sunt, parfait de oblivisci, «oublier». Loqui, loquor, eris, locutus sum, «parler» (français: locution, etc.).

III. — Pacuvius

«Jeune homme, malgré ta hâte, ma pierre te prie de la regarder, puis de lire son inscription. Ici reposent les os du poète Marcus Pacuvius. Je ne voulais pas te le laisser ignorer. Adieu.»

Tametsi properas: «quoique tu te hâtes.» Notez que dans ma traduction, j’ai remplacé le verbe par un nom, et la conjonction par une préposition: «malgré ta hâte.»

Hoc saxum: «cette pierre». Vous savez que hic est le pronom-adjectif de la 1re pers. et qu’il équivaut souvent à meus. De là ma traduction: «ma pierre»; c’est le tombeau qui parle.

Quod scriptum est: «ce qui est écrit», «l’inscription».

Hic, adverbe de lieu, «ici». Os, ossis, «ossements». Ne pas confondre avec os, oris, «la bouche».

Hoc est l’accusatif neutre, complément direct du verbe nescire, «ignorer», qui se tire de nescius esses: «Je voulais que tu ne fusses pas ignorant cela.»

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UN PRESAGE AMUSANT

«Lucius Paulus, consul pour la seconde fois, à qui le sort avait attribué la conduite de la guerre contre Persée, remarqua, lorsqu’il rentra chez lui, le soir même, et qu’il embrassa sa fille Tertia encore tout enfant, qu’elle était un peu triste. «Qu’est-ce qu’il y a, lui dit-il, ma petite Tertia? Pourquoi es-tu triste? — Père, répondit-elle, Persa est mort.» Alors Paulus embrassa bien fort l’enfant. «J’en accepte l’augure, ma fille», dit-il. C’était un petit chien de ce nom qui était mort.»

Iterum: «de nouveau», pour la deuxième fois (cf. français réitérer).

Le sujet de obtigisset est toute la proposition ut gereret bellum. «Alors que (cum) la conduite de la guerre (mot à mot: «qu’il dirigeât la guerre») lui était échue (obtigisset ei) par le sort (sortitione).» Les consuls en effet tiraient au sort entre eux les missions à remplir.

Le 1er ut, suivi du subjonctif, est explicatif: «à savoir qu’il dirigeât la guerre»; le 2e ut, suivi de l’indicatif, signifie «lorsque».

Domum: accusatif, sans préposition: «à la maison» (question quo).

Ad vesperum: «vers le soir».

Ea ipsa die: «le jour même du tirage au sort».

Animadvertit, osculans, filiolam esse (sous-entendu) tristiculam: «il remarqua, en l’embrassant, que sa fille était triste. Filiola, tristicula, diminutifs.

Quid est? Quid tristis es? Vous avez ici les deux sens de quid: «quoi?» et «pourquoi?»

Mi, vocatif irrégulier de meus, «mon».

Artius, comparatif de arte, «étroitement». Le comparatif veut dire généralement «plus». Mais il a souvent le sens de «assez», ou de «trop». Ici, «assez étroitement» n’est pas éloigné du superlatif: «très étroitement» .

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LES CHEVRES ET LE CHEVRIER

«Les chèvres recherchent les endroits buissonneux plutôt que les plaines découvertes; c’est même dans les endroits escarpés et boisés qu’elles paissent le mieux. Car elles ne se détournent pas des ronces, les buissons épineux ne leur déplaisent pas, et elles aiment beaucoup les arbrisseaux et les broussailles. Tels sont l’arbousier, le cytise agreste, et également les jeunes pousses d’yeuse et de chêne qui ne s’élèvent pas haut. Quant au gardien du troupeau, il faut qu’il soit résistant, actif, très endurant, agile et audacieux, car il doit traverser facilement les rochers, les endroits déserts, les buissons, et non pas, comme font les pâtres des autres catégories, suivre son troupeau, mais la plupart du temps le précéder.»

DEUXIÈME LEÇON

1°) Audacium (les adj. en ax, ix, ox ont le thème en i); — cubili (nom neutre parisyllabique); — febrim (7 noms en is font l’acc. sg. en im, ils sont cités dans la leçon); — tussi (même cas); — parentum (exception vue dans la leçon); — altaria (nom neutre en ar); — fortes ou fortis pour le m. et le f., fortia pour le n.; — cive;felice pour une personne, felici pour une chose (les adj. en ax, ix, ox suivent la déclinaison de prudens); — itinere (le radical est itiner, cf. fr. itinéraire); — rudi (l’abl. des adj. parisyllabiques est en i, contrairement à celui des noms; se rappeler l’exemple: a cive forti).

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2°) Versions:

MOT PLAISANT DE SCIPION NASICA

«Scipion Nasica vint un jour voir le poète Ennius; à la porte, il demanda Ennius et la servante lui répondit qu’il n’était pas chez lui; mais Nasica se rendit compte qu’elle disait cela sur l’ordre de son maître, et que ce dernier y était. Quelques jours après, Ennius vint voir Nasica; arrivé à la porte il le demande. Mais Nasica lui crie qu’il n’est pas chez lui. «Eh quoi, dit Ennius. Est-ce que je ne reconnais pas ta voix?» Alors Nasica: «Tu es un homme sans vergogne. Moi, quand je t’ai demandé, j’ai cru ta servante qui me disait que tu n’étais pas chez toi. Et toi, tu ne me crois pas moi-même?»

La traduction que je viens de vous donner s’efforce d’être bien française. Et en effet, on ne saurait trop répéter qu’une version doit avant tout être écrite en style correct, élégant, courant.

Mais avant d’arriver à cette traduction définitive, il faut bien comprendre le sens exact du latin.

Remarquez d’abord que la première phrase du texte latin ne se compose pas de propositions principales coordonnées, comme la phrase française de ma traduction; elle commence (cas extrêmement fréquent) par une proposition subordonnée par cum.

Lorsque vous avez affaire à une conjonction, notamment cum ou ut, votre premier soin doit être, pour connaître son sens dans le passage, de regarder le mode que cette conjonction gouverne. Venisset est le plus-que-parfait du subj. Cum et le plus-que-parfait du subj. peut avoir tous ses sens (lorsque, parce que, puisque, quoique), et la traduction la plus commode en mot à mot est «alors que» ou «comme». Alors que Nasica était venu chez Ennius (venire ad = venir vers, c’est-à-dire «venir voir» quelqu’un) et que la servante avait dit (dixisset, p-q-p. du subj. de dicere, o, is, dixi, dictum, «dire»), ei à lui (datif de is, ea, id), quaerenti (dat. sing. du participe présent du verbe quaerere, o, is, quaesivi, quaesitum, «chercher, demander») demandant Ennius, ab ostio (abl. de ostium) depuis la porte, Ennium (sous-entendu) non esse domi (proposition infinitive, complément de dixisset; après les verbes dire, croire, penser, on emploie toujours la proposition infinitive avec le sujet à l’accus.), qu’Ennius n’était pas à la maison (domi est le locatif de domus, us, mot irrégulier de la 4e déclinaison).

Après la proposition principale Nasica sensit (de sentire, io, is, sensi, sensum, «avoir le sentiment que») nous avons encore deux prop. inf.: illam dixisse et illum intus esse.

Notez que jussus, us, ordre, ne. s’emploie jamais qu’à l’ablatif jussu, comme c’est le cas ici.

Dans l’expression paucis diebus post, post est adverbe, et diebus est à l’ablatif de temps. Si post était une préposition, il y aurait paucos dies, «après quelques jours», puisque post gouverne toujours l’accusatif.

Cum Ennius venisset: même construction qu’au début.

Se domi non esse, prop. inf. après exclamat. Il y a se parce que le pronom personnel désigne le sujet de la proposition principale. Nasica crie qu’il (lui-même) n’est pas là.

Hic Nasica: ici hic n’est pas l’adjectif démonstratif: «ce Nasica»; hic est un adverbe de lieu, «ici», qui sert aussi d’adv. de temps: «alors».

Après credere, «avoir confiance dans», on emploie le datif: ancillae.

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LE BON INTENDANT

«Il convient de mettre à la tête de la propriété et du personnel un intendant qui ne soit ni jeune ni vieux. Ainsi, c’est l’âge moyen qui est le plus propre à cette fonction; un bon intendant pourra de trente à soixante ans s’acquitter des fonctions d’un cultivateur suffisamment robuste. Il faudra que celui qu’on destine à ce rôle soit très instruit et très fort, pour qu’il instruise ses subordonnés et qu’il fasse lui-même aisément ce qu’il leur commande. Car on n’enseigne et on n’apprend rien convenablement sans l’exemple, et il importe que l’intendant soit le maître des ouvriers et non leur élève.»

Fundus: la propriété; nous disons de même: «un fonds de terre».

Familia: l’ensemble des esclaves, correspond à notre mot «le personnel».

Aetatis, génitif complément de qualité de vilicum: «un intendant d’un âge…​».

Ab anno: «depuis» la 30e année jusqu’à la 60e.

Fungor, eris, functus sum, déponent, «s’acquitter de», d’où notre mot fonction, et défunt: defunctus vita, celui qui s’est acquitté de la vie, qui a fini son rôle.

Munus, muneris, neutre, «fonction».

Autem: «or», «d’autre part». Quisquis, «celui, quel qu’il soit, qui sera destiné»; j’ai traduit le passif destinabitur par on, tournure plus française.

Après le verbe oportet, «il faut», on met généralement le verbe au subjonctif, comme vous le voyez ici.

Faciat (ea sous-entendu, plur. neut., «les choses») quae praecipit, «qu’il ordonne». C’est constamment que l’antécédent is, ea, id, est sous-entendu devant le relatif. Cela arrive aussi en français: «Qui rit vendredi dimanche pleurera» = celui qui.

Ut et le subj. veut dire le plus souvent «afin que».

Docere, «enseigner» (allemand: lehren; anglais: to teach); discere, «apprendre» (lernen;to learn).

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VERCINGETORIX SOULEVE LA GAULE

«L’Arverne Vercingétorix, fils de Celtillus, jeune, très influent, convoque ses clients et les enflamme facilement. Après l’avoir entendu développer ses projets, ils courent tous aux armes. Mais Vercingétorix est empêché d’agir par son oncle Gobannition et les autres chefs, qui n’étaient pas d’avis qu’il fallût tenter cette aventure; et on l’expulse de la ville de Gergovie. Il ne renonce pas cependant à son idée, et il fait, dans la campagne, une levée de gens sans ressources et de bandits. Une fois cette troupe rassemblée, il gagne à son projet beaucoup d’états et les engage à prendre les armes pour l’indépendance commune. Bientôt il chasse de sa ville ses adversaires qui peu avant l’avaient expulsé lui-même, et il envoie des ambassades de tous côtés. Rapidement il s’associe les Senons, les Parisiens, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes, et tous les autres peuples qui touchent l’Océan; et du consentement unanime on lui confie l’autorité suprême.»

Summae potentiae, génitif de qualité.

Clientibus: les clients étaient des «vassaux», tenus à certains devoirs envers un grand personnage qui, de son côté, les protégeait.

Convocatis clientibus, cognito consilio, sont des ablatifs absolus, c’est-à-dire des compléments circonstanciels formés d’un nom accompagné d’un participe: «ses clients ayant été convoqués», «son plan ayant été connu». Il ne faudrait pas traduire ainsi en français: ce serait lourd; le mieux, en général, est de faire de l’abl. absolu une proposition principale, ou subordonnée, à un mode personnel.

Hanc fortunam tentandam, sous-entendu esse, prop. infinitive après existimabant, «pensaient». Notez que le verbe esse est constamment sous-entendu. Tentandam: participe d’obligation, «qui doit être tentée». Fortuna, «hasard, aventure»; «ils pensaient que ce hasard ne devait pas être tenté».

Oppido Gergovia, les deux mots sont au même cas (ablat.), car Gergovia est une apposition à oppido.

In agris: la campagne était encore en grande partie boisée et inculte; elle servait de refuge à tous les gens sans aveu.

Habere dilectum: «tenir, faire un choix»; c’est le terme consacré pour «faire une levée de troupes». On choisissait les hommes bons pour le service, comme aujourd’hui aux conseils de révision.

Egentium, gén. plur. du part. prés. egens, egentis, de egeo, «manquer», «être pauvre». Nous avons le composé indigent.

Perditi: «gens perdus, criminels».

Manus, «poignée d’hommes, troupe». Coactus, part. passé de cogere, o, is, coegi, coactum, «rassembler», de cum et agere.

Causa libertatis, «pour la cause de la liberté», de l’indépendance à l’égard de Rome. Notez que causa, dans ce sens, est toujours placé après son régime.

Ejectus erat, p-q-p. passif indicatif de ejicere, io, is, ejeci, ejectum, «jeter hors de».

A quibus, «par lesquels». On a la prép. ab parce que le complément du verbe passif est un nom de personne. Amor a Deo, «je suis aimé par Dieu».

Ex civitate, «hors de la cité».

Imperium, defertur ad eum, «le pouvoir suprême est déféré à lui». Deferre, fero, fers, tuli, latum.

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3°) Thème:

Vercingetorix Arvernorum principes (ou: duces) convocat, eosque hortatur ut bellum cum Romanis gerant. Primum (ou: primo) Galli nolunt ejus consilium sequi, atque etiam eum Gergovia ejiciunt, ubi erat. Sed paulo post libertatis amore incenduntur, arma capiunt et Vercingetorigem ducem faciunt.

Il y a peu de difficultés à signaler dans ce thème. «Ne pas vouloir» est le verbe nolo, non vis, composé de volo.

Son projet; comme le possesseur (Vercingétorix) n’est pas le sujet de la proposition (ils), on n’emploie pas suus, mais le génitif de is.

Gergovia: pas de préposition devant les noms de villes.

il était: comme il n’y a pas de direction vers la ville, se traduit par ubi.

Par l’amour: le complément du passif étant un nom de chose, on le met à l’ablatif sans ab.

Chef est l’attribut de Vercingétorix, il se met donc au même cas que lui, à l’accusatif.

Facere est le verbe le plus fréquent pour dire «nommer» un magistrat.

TROISIÈME LEÇON

1°) Veteri: datif sg. de l’adj. vetus, veteris, «vieux» (fr.: vétéran, vétusté, invétéré). — Vi: abl. sg. de vis, «force» (ce pourrait être aussi le datif, mais ce cas semble avoir été inusité). — Suis: dat. abl. plur. de suus, «son», ou gén. sg. de sus, «porc». — Suibus: dat. abl. pl. de sus, «porc» (on trouve aussi la forme subus). — Poematis: gén. sg. ou dat. abl. pl. de poema, «poème». — Senum: gén. pl. de senex, senis, «vieillard» (fr.: senile). — Boum: gén. pl. de bos, bovis, «bœuf». — Aedes: nom. sg. ou nom. acc. pl. de aedes, is, «temple» (au sg.) ou «maison» (au pl.). — Ruri: dat. ou locatif sg. de rus, ruris, «campagne» (fr.: rural, rustique). — Felici: dat. sg. ou abl. sg. (si l’adj. se rapporte à une chose) de felix, felicis, «heureux» (les adj. en ax, ix, ox suivent la déclinaison de prudens).

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2°) Versions:

DEUX PRODIGES

«Midas, qui fut roi de Phrygie, était enfant lorsque, pendant qu’il dormait, des fourmis lui déposèrent dans la bouche des grains de blé. Ses parents demandèrent ce que signifiait ce prodige; les augures répondirent que cet enfant serait le plus riche de tous les mortels. Et cette prédiction ne fut pas vaine: car Midas dépassa par sa richesse l’opulence de presque tous les rois. — D’autre part, des abeilles annoncèrent le bonheur solide et éternel de Platon, en déposant du miel sur ses lèvres, alors que, tout petit enfant, il dormait dans son berceau. En apprenant ce fait, les interprètes des prodiges déclarèrent qu’une douceur de parole toute particulière coulerait de sa bouche.»

Il y a dans ce morceau plusieurs phrases dont la construction est un peu délicate à bien comprendre. Il faut vous y appliquer très attentivement.

Formicae, «des fourmis»; congesserunt, parfait de congerere, «réunirent»; grana tritici, «des grains de froment»; in os, «dans la bouche», accusatif après in parce qu’il y a mouvement vers la bouche; Midae, datif de Midas, «à Midas»; puero, «enfant»; dormienti, «dormant».

Remarquez que j’ai été obligé de m’écarter sensiblement du mot à mot, pour arriver à une traduction française satisfaisante. Cela n’a aucune importance, pourvu qu’on rende exactement le sens de la phrase latine.

Augures, «les augures»; responderunt, «répondirent»; parentibus ejus, «aux parents de lui» (à ses parents); explorantibus deinde, «demandant ensuite»; quorsum prodigium tenderet, «où le prodige tendait», c’est-à-dire ce que signifiait ce prodige; illum futurum esse ditissimum omnium mortalium, proposition infinitive après responderunt, «qu’il serait le plus riche de tous les mortels».

Quorsum, contraction de quo versum, «vers où», est un synonyme de quo, «où», avec mouvement. Vous vous rappelez l’exemple: Quo vadis? «où vas-tu?»

La proposition quorsum prodigium tenderet, est une interrogative indirecte: proposition complément direct du verbe explorantibus, «demandant», et commençant par un mot interrogatif (quorsum).

Le verbe explorari, qui signifie «chercher à voir», est souvent employé dans le style militaire, avec le sens de «faire une reconnaissance».

Futurum esse, infinitif futur de esse, pourrait être remplacé par la forme synonyme fore.

Dis, ditis, est un adjectif de même racine et de même sens que dives, divitis, «riche». — Après le superlatif, on pourrait avoir, au lieu du génitif omnium mortalium: inter mortales ou ex mortalibus.

Nec. Traduisez toujours nec (ou neque, c’est le même mot) comme s’il y avait: et…​ non…​ Ce n’est que lorsqu’il y a nec…​ nec…​ répété qu’il convient de traduire par: ni…​ ni…​

Exstitit, parfait de existere. Ce verbe est ici synonyme de esse, «être».

Construisez: Et praedictio non fuit vana. Nam Midas antecessit abundantia pecuniae opes paene cunctorum regum.

Antecedere (parfait cessi, supin cessum), signifie «marcher devant, précéder», d’où «l’emporter sur, dépasser». Nous avons déjà parlé de opes, au pluriel, «ressources, richesses», Paene: «presque». Cuncti = omnes, «tous».

Vero a d’ordinaire le sens de «mais», ou de «quant à». Ici le sens est affaibli: «d’autre part». Autem a également ces différents sens.

Il y a deux verbes inserere, de même que deux verbes serere. Serere, o, is, sevi, satum, «semer»; inserere, insevi, insitum, «semer dans». Serere, serui, sertum, «attacher»; inserere, inserui, insertum, «mettre dans». C’est ce second verbe que nous avons ici.

Inserendo est le gérondif-ablatif: «en introduisant». Au lieu de inserendo mel, on aurait pu avoir melle inserendo. Je vous rappelle comment on procède pour arriver à cette seconde tournure. Lorsque le gérondif est suivi d’un complément direct, on prend ce complément direct (ici mel), on le met au cas du gérondif (ici l’ablatif: melle), et on fait accorder avec cette nouvelle forme l’adjectif verbal en dus (ici abl. neut. sing. de inserendus, a, um: inserendo). Cette substitution est habituelle pour le gérondif-génitif en di et le gérondif-ablatif en do non précédé d’une préposition. Elle est obligatoire pour le gérondif-datif en do, le gérondif-accusatif en dum précédé de ad, le gérondif-ablatif en do précédé d’une préposition. Ainsi on peut dire: Cupidus videndi urbem ou cupidus videndae urbis, «désireux de voir la ville». Evasit doctus legendo multos libros ou multis libris legendis, «il est devenu savant en lisant beaucoup de livres». Mais on ne peut dire que: Ad eam rem conficiendam., «pour terminer cette affaire» (et non: ad conficiendum eam rem). Impar oneri sustinendo, «impuissant à supporter un fardeau» (et non: sustinendo onus). Tempus consumit in libris legendis, «il passe son temps à lire des livres» (et non: in legendo libros). On ne trouve à cette règle que de très rares exceptions, chez des poètes archaïques notamment.

Labellum, diminutif de labrum, «lèvre».

Parvulus, diminutif de parvus, «petit». Notez ces deux terminaisons de diminutifs. On a de même agellus, «petit champ», de ager; capella, «petite chèvre», de capra; homunculus, «petit homme», de homo.

Cunae, arum; et incunabula, orum, «berceau», sont deux mots toujours au pluriel en latin. De même castra, orum, «camp»; etc.

Hac re audita: ablatif absolu.

Interpretes prodigiorum dixerunt suavitatem singularem eloquii, «qu’une douceur rare de langage»; emanaturam esse, encore un infinitif futur: «coulerait»; ore ejus, «de sa bouche».

Manare, «couler» (cf. espagnol: manantial, «source»), ne doit pas être confondu avec manere, eo, es, mansi, mansum, «demeurer» (immanent, permanent, manoir, manant, etc.).

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CICERON TROUVE LE TOMBEAU D’ARCHIMEDE

«Lorsque j’étais questeur, je me suis mis à la recherche du tombeau d’Archimède. Les Syracusains ne le connaissaient pas. Il était de tous côtés entouré et couvert de ronces et de broussailles. Je me rappelais certains petits vers ïambiques qui se trouvaient sur son tombeau, à ce que j’avais appris, et qui disaient qu’il y avait une sphère et un cylindre placés au sommet du monument. Or, comme j’examinais tous les tombeaux situés près des portes d’Agrigente, je remarquai une petite colonne qui ne s’élevait guère au-dessus des buissons, et sur laquelle il y avait une sphère et un cylindre. Je mis là un bon nombre d’hommes avec des faux; ils nettoyèrent et dégagèrent l’endroit. Alors on put voir l’inscription, dont les vers étaient rongés par le temps.»

Tenebam memoria; synonyme: memineram. Accipere, recevoir dans son esprit, entendre dire, «apprendre».

In summo sepulcro. Notez bien que cela signifie «sur le haut du tombeau», et non «sur le tombeau très haut». On emploie ainsi les adjectifs imus, «bas»; medius, «moyen»; etc. Imus mons: «le bas de la montagne»; media arbor, «le milieu de l’arbre»; etc.

Autem: «or»; c’est un sens fréquent qu’il ne faut pas oublier.

Cum collustrarem oculis: «alors que (cum et l’imparfait du subj.) j’observais des yeux.» En français oculis ne se traduira pas, il ferait pléonasme. Columella, diminutif de columna.

Figura sphaerae, «la figure géométrique d’une sphère». Il est inutile de traduire figura en français.

Immissi, part. passé de immittere, o, is, immisi, immissum, «envoyer dans». «De nombreux hommes envoyés avec des faux nettoyèrent.»

Aperuerunt, parf. de aperire, supin apertum.

Epigramma, atis, «inscription», nom neutre grec, qui a d’ailleurs passé en français, mais avec le sens particulier de «courte pièce satirique».

Exesis, part. passé de exedere, «ronger», composé de edere, o, is, edi, esum, «manger». Ce verbe est parfois irrégulier; il peut faire à l’infinitif présent esse (ne pas confondre avec «être»); à l’indicatif présent es, est, estis ou edis, edit, editis; à l’impératif présent; es ou ede; au subjonctif présent: edim, edis, ou edam, edas.

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LES AUROCHS

«Ceux-ci sont, pour la grandeur, peu au-dessous des éléphants; ils ont l’aspect, la couleur et la forme du taureau. Leur force est grande, et leur vitesse aussi; ils n’épargnent ni l’homme ni la bête qu’ils aperçoivent. Les habitants mettent tous leurs soins à les prendre et à les tuer; c’est par ce travail que les jeunes gens se fortifient, c’est par ce genre de chasse qu’ils s’exercent; ceux qui en tuent le plus en apportent les cornes en public, pour servir de preuves, et on leur accorde de grandes louanges. Mais les aurochs ne peuvent s’habituer aux hommes ni s’apprivoiser, même quand on les prend tout petits. La grandeur, la forme et l’aspect de leurs cornes diffèrent beaucoup de celles de nos boeufs. Les Germains recherchent ces cornes avec ardeur, les entourent d’argent sur les bords, et s’en servent en guise de coupes dans les repas de cérémonie.»

Paulo: «peu»; cet adverbe est à l’ablatif parce que infra est analogue à un comparatif.

Parcere, o, is, peperci, parsum, «épargner», veut son complément au datif: parcunt homini, «ils épargnent l’homme».

Conspexerunt est au parf., car le latin, qui fait toujours très attention au rapport des temps, pense qu’il faut que l’auroch ait vu l’homme ou l’animal avant de ne pas l’épargner. En français nous sommes moins rigoureux et nous employons le présent.

De même qui interfecerunt: «ceux qui en ont tué le plus reçoivent de grands éloges»; en français le présent va très bien.

Cornibus relatis; ablatif absolu.

Quae sint. Lorsque le relatif est suivi du subjonctif, il équivaut généralement à ut, «afin que». «Afin qu’elles soient à témoignage», afin qu’elles prouvent combien d’aurochs ils ont tué.

Excepti, part. passé de excipere, «prendre».

Ne…​ quidem, «pas même»; le nom se met entre ne et quidem.

Pro poculis: «à la place de coupes», en guise de coupes…​

QUATRIÈME LEÇON

1°) Dies, «jour», est normalement masculin. Toutefois il est généralement féminin au singulier quand il a le sens de «jour fixé» ou de «délai». — Quercus, «chêne», est du féminin, comme tous les noms d’arbres. — Arbor, «arbre», f. (nom d’arbre, un des 7 mots en or qui ne soient pas masc.). — Marmor, «marbre», n. (une des 7 exceptions). — Odor, «odeur», m. (mot en or).

2°) Specubus, «caverne»; — verus ou rarement veru, «broche»; — fortes ou fortis (m. et f.) fortia (n.), «courageux»; — domuum ou domorum, «maison»; — cubili, «lit» (neutre parisyllabique, comme mare, maris); — genui ou genu, «genou»; — exercitui ou exercitu, «armée».

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3°) Versions:

MORT DES TROIS GRANDS TRAGIQUES GRECS

«L’accident qui causa la mort du poète Eschyle est à citer, à cause de son étrangeté. Il était en Sicile; il sortit de la ville où il séjournait, et s’assit dans un endroit ensoleillé. Au-dessus de lui passa un aigle, qui emportait une tortue; trompé par l’aspect brillant du crâne d’Eschyle (car il était chauve), l’aigle y laissa tomber sa proie comme sur une pierre, pour qu’elle s’y brisât et qu’il pût ensuite en manger la chair.

Euripide mourut d’une manière plus atroce. Il sortait de dîner chez le roi Archelaüs, en Macédoine, et regagnait la maison de son hôte; des chiens le firent périr en le déchirant à coups de dents; cruauté du destin, qui n’était pas due à un si grand génie.

Sophocle, déjà âgé, venait de réciter une tragédie dans un concours; il resta longtemps inquiet sur l’issue de la délibération des juges, issue qui était douteuse; il fut pourtant déclaré enfin vainqueur à une voix de majorité: la joie le fit mourir.»

1re phrase. Construisez: Casus (nominatif) excessus (génitif) poetae Aeschyli est referendus: «l’accident de la mort du poète Eschyle est à rapporter».

On pourrait construire aussi: excessus (nominatif) poetae Aeschyli est referendus propter novitatem casus (génitif): «la mort du poète Eschyle est à raconter à causé de l’étrangeté de l’accident.» Mais cette seconde construction est moins probable que la première, parce que c’est une règle généralement observée par les Latins que de placer le complément avant le mot complété: novitatem casus, «l’étrangeté de l’accident», serait donc anormal.

Excessus, us (4e déclinaison) signifie exactement «sortie»; c’est le nom formé sur le verbe excedere, composé lui-même de cedere, «marcher» (cedo, is, cessi, cessum), et de ex, «hors de». En sous-entendant e vita, on a le sens de: «la sortie de la vie», c’est-à-dire «la mort». Tout à fait analogue est le mot decessus, que nous avons conservé en français: «décès».

Aeschylus: rappelons en passant qu’il a vécu de 525 à 456 avant notre ère.

Propter, «à cause de», gouverne l’accusatif, comme ad (vers), per (à travers), ante (avant), post (après), etc.

Novitas, tatis, «nouveauté», d’où «étrangeté». Ces noms féminins en tas sont fort nombreux, et nous ont donné des mots en (nouveauté, etc.).

Referendus, participe d’obligation, «qui doit être rapporté». Nous avons conservé quelques-uns de ces participes d’obligation en dus en français: Agenda (pluriel neutre), du verbe agere: «choses qu’il faut faire»: carnet pour les inscrire; — memorandum (neutre singulier): «chose qu’il faut remettre en mémoire»…​ c’est-à-dire «facture».

Rappelons une fois de plus les particularités de referre, refero, refers (revoir au besoin la conjugaison de tout l’indicatif présent actif et passif de fero), referre, rettuli, relatum. Nous avons en français le mot «relation» = récit (d’un événement).

Ma traduction de la 2e phrase ne suit pas exactement le mot à mot, qui serait: Egressus (participe passé de egredi, ior, eris), «sorti»; — in Sicilia; e moenibus urbis, «des murailles de la ville» (nous pourrions traduire exactement par la locution latine-française extra muros, autrefois familière aux clients des tramways qui, dans certaines villes, à Paris par exemple, conduisaient hors de la ville); — in qua, «dans laquelle» (ville); — morabatur, «il séjournait»; — resedit, etc.

Notez que moenia, moenium, pluriel neutre, n’a pas de singulier. Morari, moratus tum, signifie «s’arrêter, attendre». Cf. la locution française: «Il n’y a pas péril en la demeure», c’est-à-dire «dans l’attente». Ce verbe morari s’emploie aussi, transitivement, pour dire: «retarder». Cf. la formule par laquelle le consul levait la séance du Sénat: Nil vos moror, Patres conscripti, «Je ne vous retiens plus pères conscrits», c’est-à-dire: «Messieurs les Sénateurs». Nil ou nihil = «en rien».

La 3e phrase a été également bien modifiée dans la traduction. En voici le mot à mot: Aquila, «un aigle»; — ferens testudinem (testudo, testudinis, nombreux noms féminins en tudo, tudinis), «portant une tortue»; — super eum, «au-dessus de lui»; — elusa, «trompé» (se rapporte à aquila; participe passé de eludere, composé de ludere, «jouer»); — splendore (ablatif de splendor, masculin comme tous les noms en or, sauf 7), «par l’éclat»; — capitis (gén. de caput, neutre), «de la tête»; — enim, «en effet»; — erat, «(cette tête) était»; — vacuum capillis, «vide de cheveux» (capillis à l’abl. comme beaucoup de compléments d’adjectifs); — illisit, parfait de illido, is, composé de in et de laedere, laesi, laesum, «heurter» (fr. léser), «heurta» (sur elle), «lança» (sur elle); — eam, «celle-ci» (la tortue); — perinde atque lapidi (dat. de lapis, lapidis), «comme sur une pierre»; — ut vesceretur, «afin qu’il (l’aigle) se nourrît»; — carne (abl. de caro, carnis), «de la chair»; — (testudinis) fractae, «de la tortue brisée».

Notez le tour: Perinde atque, «de même que». Exemple: «Le maître doit aimer ses élèves comme ses fils», magister debet amare discipulos perinde atque filios.

Lapidi: le datif exprime normalement l’objet, personne ou chose, vers lequel l’action est dirigée. Ici on aurait pu trouver aussi in et l’accusatif.

Revoyez bien les sens de ut, si vous les avez oubliés.

Fractus, part. passé de frangere, fregi, fractum, «briser». Cf. fr. fracture, fraction, etc.

Carne: l’ablatif est naturel après le verbe vescor, «se nourrir de», puisque l’aliment indique la matière dont on se nourrit.

Dans le 2e paragraphe, ma traduction de la 2e phrase s’éloigne encore du mot à mot qui serait:

Repetens domum hospitalem, «regagnant la maison de son hôte» (de celui qui lui donnait l’hospitalité); — ab cena regis Archelai, «en sortant d’un repas du roi Archelaüs»; — obiit, «il mourut»; — laniatus morsibus canum, «déchiré par des morsures de chiens».

Revoyez, à propos de domum, sa déclinaison particulière, et l’emploi de domi, locatif, «à la maison» (sans mouvement, question ubi); de domum, «à la maison» («je vais à la maison», question quo); de domo, je viens «de la maison» (question unde); — pas plus de préposition devant ces mots que devant les noms de villes: «il habite à Athènes», habitat Athenis.

Rappelez-vous canum, sans i, comme patrum, matrum, fratrum, senum (de senex), et juvenum (de juvenis).

J’ai encore coupé la phrase unique du 3e paragraphe: le latin aime les phrases longues, et le français les phrases courtes.

Grandis natu, pour dire «âgé», rappelle l’expression major natu, «l’aîné» (de deux).

Cum: on ne saurait trop revoir les différents sens de cette conjonction essentielle; avec l’indicatif: «lorsque»; — avec le subjonctif: «parce que, puisque, quoique»; — avec l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif: tous ses sens, et traduction commode en mot à mot: «alors que» ou «comme».

Certamen, inis: «combat, lutte, concours.» Nombreux sont les mots en men, minis: ils sont du neutre. Exemple: nomen, nominis;fulmen, fulminis, «foudre», etc.

Dixisset, de dico, is, dixi, dictum, «dire», verbe très fréquent. N’oubliez pas d’apprendre soigneusement les temps primitifs des verbes irréguliers.

Ancipiti, à l’abl., de anceps, ancipitis. Cet adjectif a le neut. pl. en ia, le gén. pl. en ium, l’abl. sing. en i.

L’adverbe diu, «longtemps», est apparenté à dies, diei, «le jour» 5e décl.).

Victor una sententia, «vainqueur par un seul suffrage».

Habuit gaudium causam mortis: «eut la joie (pour) cause de mort». Causam est l’attribut de gaudium.

Notons encore, bien que ce ne soit pas du latin, qu’Euripide vécut de 480 à 405 avant notre ère, et Sophocle, de 495 à 405.

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ARION

«Arion fut un célèbre chanteur (qui s’accompagnait) sur la lyre» (fidibus, abl. de fides, fidis, «la corde», qu’il ne faut pas confondre avec fides, fidei, «la foi, la confiance»).

«Après avoir (mot à mot: après qu’il eut) charmé les oreilles et les esprits de tous (de tout le monde) en Italie, il résolut de revenir (instituit redire) à Corinthe (pas de préposition devant ce nom de ville), avec une forte somme d’argent (pecunia) et de nombreux trésors, vers (chez) son ami le roi Périandre; et il s’embarqua» (il monta sur un navire; notez que conscendere est traité comme un verbe actif, suivi d’un accusatif).

«Mais pendant (in) le retour, les matelots, avides de ses richesses (ses traduit ejus, «de lui») voulurent (repassez le verbe volo, vis, velle, volui) tuer Arion. Quand il eut compris cela (cela ayant été compris; ablatif absolu) le poète demanda seulement (demanda cette seule chose, id unum) qu’ils lui permissent de revêtir ses habits de cérémonie (ses beaux habits), de prendre sa lyre (fides: ses cordes), et de chanter un morceau (une chanson). Il obtient ce que (quod) il a demandé. Vers (ad) la fin du chant, il se jeta dans la mer (in profundum) avec sa lyre et tout son costume.

«Les matelots, ne doutant nullement qu' (quin) il n’eût péri, continuèrent leur voyage. Mais on dit (aiunt, suivi de la proposition infinitive) qu’un dauphin tout à coup s’approcha (adnavisse, de adnare, «nager vers»), se plaça sous l’homme qui flottait, et le porta (devexisse, de deveho) sain et sauf à Ténare. De là Arion gagna Corinthe et raconta la chose à Périandre. Quant (autem) aux matelots, lorsqu' (cum et l’indicatif) ils abordèrent (appellere, o, is, puli, pulsum) au port, ils furent arrêtés (comprehendere) et furent punis» (dare poenas = donner une rançon de sa faute, d’où «être puni»).

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Thème:

Puisque vous venez de traduire le passage précédent sur Arion, ce thème est pour vous ce qu’on appelle un thème «d’imitation»; vous y retrouvez en effet beaucoup de mots et de tournures étudiés à propos de la version; ce vous est un double avantage; d’abord, en revoyant ces mots à propos d’un texte français, vous en comprenez mieux le sens; ensuite, vous n’avez pas à perdre de temps en recherches dans le dictionnaire, et vous risquez d’employer avec plus d’exactitude des mots déjà vus, que des mots absolument nouveaux pour vous.

Cum Arion nonnullos menses in Italia mansisset, ubi ejus poemata carminaque omnes delectabant, Corinthum redire voluit, ad regem Periandrum, cujus amicus erat. Ejus autem navis nautae, grandes opes videntes, quas secum referebat, eum occidere statuerunt, ut illas caperent. Arion vero sese in profundum dejecit, a delphino servatus est, et Periander a malis nautis poenas exegit.

«Quand Arion eut séjourné.» Il s’agit là, non pas exactement du moment précis, mais d’un ensemble de circonstances: après qu’il eut séjourné; parce qu’il avait assez gagné d’argent; puisqu’il avait fini sa tournée. C’est pour cela que je ne traduis pas: Cum…​ mansit (cum et l’indic. = «lorsque»), mais par cum et le p-q-p. du subj. qui est plus vague («alors que»). Toutefois cela ne veut pas dire qu’une autre tournure (par ex. postquam mansit) ne serait pas correcte. Il y a souvent plusieurs traductions possibles du français en latin; de même qu’une phrase latine peut se traduire souvent par plusieurs tournures françaises.

Menses, à l’acc., parce que ce compl. circonstanciel marque la durée. Ubi, parce qu’il ne s’agit pas d’entrer en Italie (ce serait quo), mais d’y séjourner. «Ses» ne peut se traduire par sua, parce que Arion (de qui sont les poèmes) n’est pas le sujet de la proposition (c’est poemata, qui est le sujet de delectabant). De là ejus.

«J’aime la musique»: musica me delectat (la musique me charme). De même carmina delectabant omnes, «ses chants charmaient tout le monde».

Voluit redire: revoir encore ces verbes volo, vis et redeo, redis, s’ils ne sont pas bien sus.

J’ai déjà signalé Corinthum, sans préposition, parce que nom de ville, et à l’accus. parce qu’il y a direction vers Corinthe.

Ad regem Periandrum était tel quel dans la version.

Dont, compl. déterminatif de ami, génitif: cujus. Ne pas oublier que ami est attribut et se met au même cas que le sujet, ici au nominatif amicus.

Au lieu du part. présent videntes, on aurait très bien pu employer cum et l’imparfait du subj.: cum viderent, ou, mieux, cum et le p-q-p. du subj.: ils avaient vu les richesses avant de vouloir tuer Arion, et nous savons que les Latins sont très scrupuleux sur le rapport des temps: cum vidissent.

Pour les prendre: ut caperent eas; on pourrait avoir ad eas capiendas, équivalent de l’inusité ad capiendum eas.

Notez le verbe servare, «sauver», qu’il ne faut pas confondre avec servire, «être esclave».

J’ai mis a devant l’abl. delphino, parce qu’un dauphin est un être animé. Règle: amor a Deo; au contraire: maerore conficior, «je suis accablé par le chagrin», sans a, parce que maeror n’est pas un être animé.

Notez la tournure: exigere poenas ab aliquo pour «punir quelqu’un»; exactement: exiger une rançon de quelqu’un. C’est l’inverse de: dare poenas, «être puni», exactement: donner une rançon.

CINQUIÈME LEÇON

1°) Hectora, acc. sg. de Hector, is, 3e décl., forme grecque; — lampadas, acc. pl. de lampas, lampadis, 3e décl., forme grecque, «lampe»; — poesin, acc. sg. de poesis, is, 3e décl., forme grecque, «poésie»; — alacrem, acc. sg. masc. et fém. de alacer, alacris, alacre, 3e décl.; — gracillimi, gén. sg. masc. et neutre, nom. et voc. pl. masc. du superlatif de gracilis, «grêle» (facilis et difficilis, similis et dissimilis, gracilis, humilis, ont le superlatif en illimus); — forti, dat. et abl. sg. masc. fém. et neutre de l’adj. fortis, «courageux»; — fortius, nom. et acc. neutre sg. du comparatif de l’adj. fortis; ou comparatif de l’adverbe fortiter, «courageusement»; — celerrima, nom. voc. et abl. fém. sg., nom. voc. et acc. pl. neutre du superlatif de l’adj. celer, «rapide»; — plura, nom. et acc. pl. neutre du comparatif de l’adj. multi, «nombreux»; — pejus, nom. et acc. neutre sg. du comparatif de l’adj. malus, «mauvais».

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2°) Versions:

LES JARDINS SUSPENDUS DE BABYLONE

«Au-dessus de la ville haute, merveille relatée par les récits des Grecs, se trouvent des jardins suspendus, qui atteignent la hauteur des remparts, hauteur qui est considérable; l’ombre et la grandeur d’arbres nombreux rendent ces jardins fort agréables. Les piles qui soutiennent tout ce poids ont été construites en quartiers de roc; soutenue par ces piles, on a construit une plate-forme en pierre de taille, sur laquelle on a étendu une épaisse couche de terre. Les arbres y poussent si vigoureusement que leurs troncs atteignent une épaisseur de huit coudées, et s’élèvent à une hauteur de cinquante pieds. Et, bien que la vétusté détruise, en les rongeant peu à peu, non seulement les ouvrages des hommes, mais encore la nature elle-même, cependant cet édifice massif, écrasé par les racines de tant d’arbres, surchargé du poids d’une si grande forêt, demeure intact.»

Ce passage offre moins de difficultés de sens que de difficultés de mise en français. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas moins à surveiller, car une version, répétons-le encore une fois, doit toujours être écrite en un style aussi correct, aussi élégant, que n’importe quelle composition française.

La construction de la phrase est: Horti pensiles, «des jardins suspendus»; aequantes, «égalant»; summam altitudinem murorum, «la très grande hauteur des remparts»; amoenique, «et agréables»; umbra et proceritate, «par l’ombre et la hauteur»; multarum arborum, «de nombreux arbres»; sunt super arcem, «sont, se trouvent, au-dessus de la ville», c’est-à-dire «dominent la ville»; miraculum, «merveille»; vulgatum, «répandue, rendue célèbre»; fabulis Graecorum, «par les récits des Grecs».

Arx, arcis, f. signifie «ville haute, citadelle». On trouve souvent l’expression arx et Capitolium, «la citadelle et le temple du Capitole», expression qui, pour les Romains, synthétisait la patrie.

Vulgare, c’est «annoncer au public»; divulguer en vient; vulgata, «la vulgate», c’est la traduction, répandue dans le public, de la Bible, faite par Saint Jérôme. — Miraculum, c’est ce qui suscite l’étonnement, l’admiration. Cela signifie parfois «miracle». Mais ici, il s’agit d’une des sept «merveilles» du monde. — Quant à fabula, qui signifie souvent «fable», il ne faut pas oublier que son sens propre est simplement: «ce qu’on dit», du verbe fari, «parler», «dire». Cf. l’adj. français ineffable, «qu’on ne peut pas dire».

Je profite de la rencontre de ces deux mots miraculum et fabula pour vous mettre en garde contre la tendance fréquente à traduire les mots latins par les mots français qui leur ressemblent le plus. II arrive assez souvent que cette traduction soit possible. Mais, comme ce n’est pas toujours le cas, il faut bien se rendre compte du sens exact, et pour cela il faut bien regarder: 1°) l’origine du mot, que le dictionnaire vous indique généralement; 2°) le sens de la phrase en général, ce qu’on appelle le «contexte», c’est-à-dire le texte qui accompagne (cum) le mot.

Sunt: ce sens de «se trouvent», ou de «il y a» est très fréquent.

Arbor est du féminin en latin, comme tous les noms d’arbres, par ex. populus, i, «le peuplier», quercus, us, «le chêne», etc.

Amoenus, a, um, «agréable», nous a laissé les mots français: amène et aménité, qui ne s’emploient plus maintenant qu’en parlant du caractère d’un homme, ou de paroles.

Onus, oneris, neutre, «fardeau», nous a donné «onéreux»: ce qui constitue une charge. «C’est un achat onéreux», par exemple.

Instructae sunt, parfait passif de instruere, o, is, instruxi, instructum, «construire», «bâtir».

Super pilas: «au-dessus de ces piliers», «reposant sur ces piliers».

Sternere, o, is, stravi, stratum, «étendre»; parfois «renverser, abattre». Cf.: se prosterner, et, au sens moral, prostré, c’est-à-dire «abattu» par la douleur.

Lapis quadratus, «pierre carrée», désigne les pierres de taille, gros blocs cubiques.

Solum (o bref): «un sol», ne doit pas être confondu avec solum (o long), «seulement».

Terram altam: «une terre haute», c’est-à-dire ici «profonde»: une grande profondeur de terre.

Injecerunt, parfait de injicere, io, is, injectum, composé de jacio «jeter» et in, «sur».

Adeo, exactement: «jusque-là», c’est-à-dire «tellement». On pourrait avoir dans le même sens: tam.

Dans la traduction, «poussent tellement vigoureux» devra être remplacé par «tellement vigoureusement». Notez ce changement. On est fréquemment obligé d’en faire de semblables pour obtenir un bon français. Ces changements n’ont aucun inconvénient, du moment que le sens est scrupuleusement respecté.

Stipes, stipitis, «tronc». Construisez: ut stipites eorum, «que leurs troncs»; aequent, «égalent» (atteignent); spatium octo cubitorum, «un espace de huit coudées»; crassitudine, abl., «par leur épaisseur»; et emineant, «et se dressent»; in altitudinem, «à une hauteur»; L pedum, «de cinquante pieds».

Les deux verbes aequent et emineant sont au subjonctif, après ut indiquant la conséquence.

Altitudinem est à l’accusatif après in, parce qu’il y a, pour ainsi dire, mouvement pour atteindre la hauteur exprimée.

Cum a le sens de «quoique». Je vous rappelle une fois de plus ses divers sens:

cum avec l’indicatif: «lorsque»;

cum avec le subj. présent ou parfait: «parce que, puisque, quoique»;

cum avec le subj. imparfait ou plus-que-parfait: tous ses sens; traduction commode en mot à mot: «alors que» ou «comme».

La construction est: cum vetustas, «bien que la vétusté»; perimat, «détruise»; exedendo, gérondif-ablatif de exedere, «en rongeant»; paulatim, «peu à peu»; non solum, «non seulement»; opera (acc. pl. neut. de opus, operis), «les ouvrages»; facta manu, «faits par la main» (des hommes); sed etiam, «mais même»; naturam ipsam, «la nature elle-même»; haec moles durat inviolata, «cette masse demeure non touchée» (par les atteintes du temps).

Tot = tam multarum. Tot est indéclinable. Tantus = tam magnus. Pondere vient de pondus, eris, n. «poids». Premere, o, is, pressi, pressum, «presser», accabler. Nemus, nemoris, n., «bois, forêt».

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MORT DE CODRUS

«Une grande armée ennemie mettait alors l’Attique à feu et à sang. Le roi d’Athènes, Codrus, ayant peu de confiance dans le secours des hommes, eut recours à l’oracle d’Apollon à Delphes, et fit demander, par des envoyés, de quelle manière on pourrait mettre fin à cette guerre si cruelle. Le dieu répondit que la guerre prendrait fin, si Codrus lui-même périssait sous les coups d’un ennemi. Cette réponse se répandit non seulement dans le camp des Athéniens, mais encore dans celui des ennemis: aussi parut-il un édit défendant de blesser Codrus. Mais quand il apprit cela, celui-ci quitta les insignes de la royauté et revêtit les habits d’un esclave; puis il se jeta sur un groupe d’ennemis qui coupaient du fourrage, en frappa un d’un coup de faux, et le poussa ainsi à le tuer.»

La première phrase est très longue en latin, comme il arrive fréquemment. Je l’ai coupée pour en faire une phrase bien française. La construction n’en est d’ailleurs pas compliquée: «Le roi des Athéniens Codrus, alors que (cum et l’imparfait du subj.) la région attique était ravagée par le fer et par le feu (notez l’ablatif en i de ignis, dans cette expression notamment) par une grande armée des ennemis (ingenti, abl. en i de l’adjectif, parce qu’il se rapporte à un nom de chose), par défiance du secours humain, eut recours à l’oracle (confugit ad oraculum) d’Apollon Delphien.»

Sciscitari, verbe déponent, «questionner»; — per legatos: «par l’intermédiaire d’ambassadeurs.» Dans quisnam, le suffixe nam indique l’impatience: «Quel moyen pourrait-on donc employer?»

Notez que souvent quomodo est écrit en un seul mot: «comment.» Ce mot commence ici une proposition interrogative indirecte, d’où le subj. posset.

Dans discutere, le préfixe dis indique qu’on cherche à écarter.

Fore, synonyme de futurum esse.

Hostili manu: «de la main d’un ennemi.»

Occidisset, vient de occidere (i bref) composé de cadere, «tomber» Vous savez qu’il y a un autre verbe occidere (i long) composé de caedere, «tuer».

Eoque, «et par là, et à cause de cela»; factum est, «il fut fait, il arriva»; Ut ediceretur, «qu’il fut édicté»; ne quis, «que personne»; vulneraret, «ne blessât»; corpus Codri, «le corps de Codrus».

Factum est, passif impersonnel; ediceretur est à l’imparfait du subj. par concordance des temps, parce que le verbe principal factum est est à un temps passé.

Ne, et pas ut non, lorsqu’il y a une idée d’intention. Lorsqu’au contraire il y a une idée de conséquence («de sorte que…​ ne pas»), on trouve ut non.

Quis, et non aliquis, «quelqu’un», après si, nisi, ut, ne, num, ubi. Vulneraret, imparfait du subj. parce que le verbe dont dépend la proposition est à un temps passé: concordance des temps. Je vous rappelle une fois de plus, puisque voilà plusieurs exemples de suite que nous la rencontrons, en quoi consiste exactement la concordance des temps: le subj. subordonné à un verbe présent ou futur se met au présent ou au parfait, selon le sens; le subj. subordonné à un verbe passé se met à l’imparfait ou au plus-que-parfait.

Postquam, «après que», gouverne l’indicatif. Cognovit vient de cognoscere, o, is, cognovi, cognitum, «connaître». Le verbe novi, parfait présent, même racine, signifie aussi «connaître, savoir».

Depositis insignibus imperii, ablatif absolu. Induere vestem, «revêtir un habit». Famularis, adjectif dérivé de famulus, «serviteur».

Pabulantium, gén. pluriel de pabulans, participe présent de pabulor, «aller au fourrage». Rappelons en passant que dans les verbes déponents, il existe deux formes actives: les participes présent et futur: imitans, imitaturus. Construction de la dernière phrase: objecit sese (parfait de objicio), «il se jeta»; globo, datif indiquant la direction «contre un groupe»; pabulantium (sous-entendu hostium), «d’ennemis allant chercher du fourrage»; percussitque (de percutere, io, is), «et il frappa»; unum ex his, «un de ceux-ci»; falce (abl. de falx), «de sa faux», ablatif d’instrument; et compulit (de compellere, o, is) [sous-entendu eum], «et il le poussa»; in caedem (sous-entendu suam), «à son meurtre», à le tuer.

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LETTRE DE CICERON A SON AFFRANCHI MALADE

(Un affranchi [libertinus] était un esclave qui avait obtenu sa liberté. Il était encore tenu à certains devoirs envers son ancien maître. Mais ses enfants étaient des citoyens normaux).

«Marcus Tullius Cicéron envoie à Tiron son meilleur souvenir (mot à mot: dit à Tiron son plus grand salut: salutem plurimam dicit).

Aegypta vint me trouver (mot à mot: vint à moi) la veille des ides d’Avril (pridie, «la veille de», est employé comme une préposition qui gouvernerait l’accusatif; idus, 4e déclinaison; les ides étaient le 13 de chaque mois, mais le 15 des mois de mars, mai, juillet et octobre).

Bien qu’il m’ait annoncé que tu n’avais plus du tout de fièvre (carere: «manquer de, n’avoir pas»; febri, ablatif en i déjà étudié), et que tu te portais bien, il m’a cependant causé du souci (attulit, parfait de afferre; is est le sujet de attulit), parce qu’il m’a dit que tu n’avais pas pu m’écrire (negare = «dire que…​ ne…​ pas»); d’autant plus (eo, à l’ablatif devant le comparatif magis) que Hermia, qui devait arriver le même jour, n’était pas venu. Ta santé me donne une inquiétude incroyable (mot à mot: je suis d’une inquiétude incroyable au sujet de…​) Si tu m’en délivres (liberaveris, futur antérieur), de mon côté je te délivrerai de tout souci. Emploie tout ton soin (confer ingenium tuum) à te conserver (ad te conservandum) pour toi-même et pour moi. Soigne-toi attentivement, de plus en plus (etiam atque etiam). Adieu. Ma lettre était déjà écrite quand Hermia est arrivé (mot à mot: ma lettre étant déjà écrite, Hermia arriva). J’ai reçu ta lettre, avec sa petite écriture tremblée; ce n’est pas étonnant après une maladie si grave. Je t’ai envoyé (misi, parfait de mittere) Egypta, pour qu’il te tienne compagnie (mot à mot: pour qu’il soit avec toi, notez la place de cum avec un pronom personnel), parce que (quod) d’un côté (nec = et non) il n’est pas sans culture (littéraire) et de l’autre (et) il m’a semblé (visus est mihi; videor, «sembler») avoir de l’affection pour toi (diligere te, «t’aimer»). Adieu.»

SIXIÈME LEÇON

1°) Duo fratres sumus, major natu sum (comparatif et non superlatif, parce qu’il s’agit seulement de deux). — Iter est longius (comparatif seul = «plus que la moyenne»; se rappeler que iter, gén. itineris, est neutre). — Satis vini habeo.Robustior est quam doctior (les deux adjectifs se mettent au comparatif). — Prudentior es (comparatif seul = «trop», «plus qu’il ne faut»), ou nimis prudens es.Milites quam fortissimi electi sunt (quam sous-entendu potest, «le plus qu’il est possible»; on a naturellement été traduit par le passif). — Milites summum montem occupaverunt (l’adjectif summus, plutôt que le nom summum montis, qui cependant n’est pas sans exemple; on pourrait aussi dire superiorem montem, si on ne distingue que deux parties dans la montagne). — Hoc vinum multo melius est quam illud (notez la différence entre hoc et illud; l’adverbe multo, avec une forme d’ablatif, devant le comparatif melius). — Quam doctus est Paulus! (Quam, devant un adjectif au positif). — Sed ejus frater etiam doctior est quam is (ejus, et non suus, parce que le possesseur du frère est Paul, et qu’il n’est pas le sujet de la phrase; — etiam = encore; — «que», après comparatif = quam).

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2°) Version:

ALEXANDRE ET LE MEDECIN PHILIPPE

«Alexandre venait d’écraser, dans une bataille célèbre, les meilleures forces de Darius; c’était en Cilicie; l’air brûlant et la marche l’avaient mis en sueur; il se baigna dans le Cydnus, fleuve aux eaux remarquablement limpides, qui traverse Tarse. Tout à coup le refroidissement excessif paralyse ses muscles, une torpeur engourdit ses membres. Au milieu de la consternation de toute l’armée, on le transporte à la ville qui était près du camp. Il était couché, souffrant, à Tarse, et sa maladie rendait douteux l’espoir de la victoire imminente. Aussi les médecins appelés en consultation examinaient-ils avec le plus grand soin les moyens de le sauver. Ils étaient tombés d’accord sur une potion; le médecin Philippe l’avait préparée de ses propres mains et l’avait donnée à prendre à Alexandre (c’était d’ailleurs son ami et son compagnon), quand arriva une lettre de Parménion, qui avertissait le roi de se méfier de la trahison de Philippe, corrompu par Darius à prix d’argent. Alexandre lut la lettre, puis, sans aucune hésitation, il but la potion et ensuite seulement donna la lettre à lire à Philippe.»

Opibus contusis, abl. abs., «les meilleures troupes de Darius ayant été écrasées». Inclita pugna, abl. d’instrument plutôt que de lieu: «par une bataille fameuse.»

Ops, opis, fém.; au singulier: «effort, aide, secours»; exemple: omni ope eniti, «faire tous ses efforts»; opem ferre alicui, «porter secours à quelqu’un»; au pluriel: «ressources, richesses, puissance, crédit», et, comme ici: «forces militaires, troupes».

Excellens est déjà un superlatif pour le sens; cela n’empêche pas de le mettre encore au superlatif: «les meilleures troupes».

Contundo, is, contudi, contusum, «écraser»; nous disons en français: «la blessure a été faite par un instrument contondant» (marteau, par exemple), et «une contusion». On sait que beaucoup de mots français sont formés du supin.

Percalefactus, «très échauffé». Per exprime souvent l’idée du superlatif. Cale, se retrouve dans le verbe caleo, «être chaud», et calor, «la chaleur» (calorifère).

Aestu, «par la chaleur», de aestus, 4e déclin.

Fervor, «chaleur» apparenté à ferveo, «bouillonner, être brûlant»; part. prés. adj. fervens, «bouillant», d’où «impétueux» (fr.: fervent, ferveur); fervidus, adj., même sens. Nous avons en français: effervescence.

Itineris, gén. de iter, neutre, «chemin».

In Cydnum, accus., parce qu’il y a mouvement pour plonger dans le fleuve.

Conspicuus liquore, «remarquable par la limpidité».

Influit Tarsum, «coule dans Tarse».

Immersit, parfait de immergere, o, is, supin immersum, d’où «immerger, immersion». Nervus, «nerf, tendon, muscle». Nervis obstupefactis, «les muscles ayant été paralysés»; ex nimio haustu rigoris, «par suite du fait d’avoir tiré (à eux) trop de froid». Nimius, «excessif», est l’adj. formé sur l’adverbe nimis, «trop»; nimio s’accorde avec haustu. Haustus, us, «action de puiser, de tirer», nom formé avec le radical du verbe haurire, hausi, haustum, «puiser». Haurire a souvent le sens de «boire» et haustus, de «action de boire». Mais ici, il ne semble pas possible de traduire haustus rigoris par «le fait de boire du froid», il y aurait: haustus aquae frigidae, par exemple. Il s’agit du trouble causé dans les muscles, les nerfs, les vaisseaux sanguins du corps en sueur par l’application subite d’un froid glacial. C’est un cas classique de «congestion».

Rigor, «raideur», puis: «froid», qui, en glaçant, rend raide. Verbes: rigeo, «être raide, dur», et son dérivé rigesco, verbe inchoatif (qui exprime le commencement d’un état): «devenir raide.» Adj.: rigidus, «raide, dur», d’où le français rigide, rigueur. Nervus: notez qu’il a souvent le sens de «muscle» ou de «tendon». Nous disons encore: un morceau de viande nerveux (qui renferme des tendons).

Obstupefacio, encore un composé de facere, comme plus haut percalefactus. Stupeo, «être paralysé», d’où être frappé de stupeur, d’étonnement, être ahuri, d’où le sens de l’adj. stupidus, «stupéfait», d’où «stupide, sot». Nombreux sont en latin comme en français les mots qui offrent ainsi à la fois un sens physique et un sens moral. Je n’insiste pas sur les rapprochements incessants qui s’imposent entre les mots latins et les mots français.

Artibus vient de artus, «articulation», et non de ars, artis, «art». On trouve plutôt artubus à la période classique (Cicéron, César); mais ensuite la terminaison ibus tend à se répandre (Valère Maxime écrit presque un siècle après Cicéron).

Jacebat, de jaceo, jacui, jacitum, «être étendu», verbe d’état, de même racine que le verbe de mouvement jacere, jacio, jeci, jactum, «jeter». Jaceo veut dire en somme: «avoir été jeté». Voyez de même pendeo, es, «être suspendu» et pendo, is, «suspendre».

Tarsi: profitons de l’occasion pour rappeler que: 1°) devant les noms de villes, on ne met pas in; — 2°) à la question ubi (c’est-à-dire quand il n’y a pas de changement de lieu), les noms de villes de la 1re et de la 2e décl. du sing. se mettent, non pas à l’ablatif, mais au locatif, vieux cas qui se confond généralement avec le génitif. Habitat Lutetiae, «à Paris»; Lugduni, «à Lyon» (de Lugdunum). Notez qu’on trouve même parfois des locatifs à la 3e décl.: Carthagini, «à Carthage», à côté de Carthagine (abl.), de Carthago, inis.

In valetudine adversa, etc…​ «dans sa mauvaise santé l’espoir de la victoire imminente flottait», c’est-à-dire: «dans l’état de choses créé par sa maladie, l’espoir de la victoire chancelait».

Salutis remedia, «les remèdes pour sa guérison». Le génitif ici tient lieu du complément («guérison»} du verbe représenté par le nom («procurer»), On dit alors qu’on a un génitif «objectif» (objet = complément). D’autres fois le génitif est «subjectif», c’est-à-dire que le nom est le sujet du verbe représenté par le nom; ainsi on pourrait dire ici: remedia Philippi, «les remèdes de Philippe» («donnés par»); Philippe serait le sujet du verbe «soigner». Le sens du génitif est opposé dans les deux cas; il faut parfois bien examiner le sens pour éviter une grosse erreur. Ici, au contraire, il n’y a pas de difficulté.

Circumspicere, io, is, exi, ectum, exactement: «regarder tout autour de soi», d’où: «examiner très attentivement.» On connaît l’adj. franç. circonspect, «prudent». Les verbes composés en -spicere, spexi, spectum, sont nombreux (ad, con, de, in, sus…​).

Dirigere, o, is, direxi, directum, nous a donné «diriger»; mot à mot: «comme ils avaient dirigé leur avis sur une même potion», c’est-à-dire: «comme ils avaient conseillé à l’unanimité une potion.»

Porrigere, o, is, porrexi, porrectum, «tendre, offrir», autre composé de regere.

Insidiae, arum, «piège, trahison». Corrupti, gén. (s’accordant avec Philippi) de corruptus, part. passé de corrumpere, corrupi, «corrompre». Pecunia, abl. de moyen: «par l’argent.» Cavere, eo, cavi, cautum, «prendre garde à». Formules connues: 1°) au-dessus de la niche du chien: cave canem, «prends garde au chien»; 2°) senatus-consulte donnant pleins pouvoirs aux consuls dans les moments difficiles (conspirations, etc.): caveant consules ne quid detrimenti respublica capiat, «que les consuls veillent à ce que la république ne reçoive aucun dommage». Quid detrimenti (gén.), «quelque chose en fait de dommage»; quid est le pronom indéfini synonyme de aliquid, après les conjonctions si, nisi, ut, ne, num, ubi, — La construction cavere ne est logique, car ne indique le désir que quelque chose n’arrive pas (contraire de ut).

Tradidit eas legendas, «la donna (la lettre) à lire»; sens fréquent du participe en dus: «devant être lu».

SEPTIÈME LEÇON

1°) Duodesexaginta, 58 (deux ôtés de soixante); — undequadraginta, 39 (un ôté de quarante); — quater millesimus, quatre millième (noter l’emploi de l’adverbe devant l’adj. ordinal); — annus trecentesimus, l’an 300 (ordinal en latin, cardinal en français); — undesexagesimus, 59e; — les soldats des deux camps (noter l’emploi de l’adj. distributif avec un nom toujours pluriel, et la forme du gén. pl. en um, qui existe à côté de celle en orum); — un million d’hommes (dix fois cent mille); — ils amenèrent chacun un compagnon; — ils reçurent chacun trois tuniques; — la moitié; — trois septièmes (partes est sous-entendu à côté de septimae).

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2°) Versions:

L’EPEE DE DAMOCLES

«Damoclès, un des flatteurs de Denys le Tyran, célébrait au cours d’une conversation ses richesses, son pouvoir, la majesté de son règne, l’abondance de ses biens, la magnificence du palais royal; et il disait que jamais personne n’avait été plus heureux. «Eh bien! veux-tu, Damoclès, dit Denys, puisque cette vie te plaît, la goûter toi-même et faire l’expérience de ma condition?» L’autre répondit qu’il ne demandait pas mieux. Le tyran le fit placer sur un lit doré, recouvert d’une housse d’étoffe superbe, brodée de dessins magnifiques, et il fit garnir plusieurs buffets d’argenterie et d’orfèvrerie. Puis il donna l’ordre à des esclaves d’élite, d’une beauté remarquable, de se tenir debout près de la table, et de faire le service avec soin, attentifs au moindre geste de Damoclès. Il y avait des odeurs, des couronnes; on brûlait des parfums; les tables étaient garnies des mets les plus exquis. Damoclès se trouvait heureux. Au milieu de ce luxe, Denys ordonna qu’on fît descendre d’un panneau du plafond une épée brillante, attachée par un crin de cheval, de telle sorte qu’elle fût suspendue au-dessus de la tête de cet homme heureux. Résultat: celui-ci ne regardait plus l’argenterie si artistique; il n’étendait plus la main vers la table; déjà les couronnes glissaient d’elles-mêmes de sa tête; il finit par supplier le tyran de lui permettre de partir, car il ne désirait plus être heureux.»

Ce récit bien connu n’offre pas de difficultés de sens. Il est plus difficile à bien traduire qu’à bien comprendre.

Commemorare, «rappeler». Nombreux mots de la même famille: memor, «qui se souvient»; memini, parfait présent, «je me souviens», etc.

Sermo, «conversation». Suivent plusieurs synonymes (copias, opes, etc.), dont la traduction n’est pas sans présenter quelque difficulté. Dominatus, génitif. Aedes, au pluriel, «maison, palais»; au sing., «temple».

Negare doit habituellement se traduire par: «dire que…​ ne…​ pas…​» «Il disait que jamais personne n’avait été plus heureux.» Notez que, comme la négation se trouve dans negare, on n’emploie pas un mot négatif pour «jamais» (unquam, et pas nunquam), ni pour «personne» (quisquam, «quelqu’un», et pas neminem). Il ne faut pas oublier en effet que «deux négations se détruisent».

Ne, suffixe interrogatif, équivalent de num. Vis, 2e pers. de volo, vis, vult, volumus, vultis, volunt. Infin.: velle. Subj. prés.: velim.Igitur, «donc», «eh bien».

Quoniam, «puisque»: synonymes: quod, quia et l’indicatif; cum et le subjonctif.

Cum ille dixisset, «comme celui-là avait dit»; se cupere, prop. infin., «qu’il désirait». Remarquez que j’ai coupé la phrase, et que j’ai traduit se cupere par un gallicisme (c’est-à-dire une tournure propre au français).

Notez aussi la traduction de jussit (eum) collocari, «il le fit placer» (mot à mot: «il ordonna qu’il fût placé»).

Strato se rapporte à lecto; part. passé de sternere, stravi, stratum. Pulcherrimo textili stragulo, complément de strato; picto, se rapporte à stragulo; c’est le part. passé de pingere, pinxi, pictum, «peindre» (cf. fr. pittoresque, «digne d’être peint», et anglais picture, «tableau»); magnificis operibus, compl. de manière de picto.

Argento caelato, «argent ciselé, argenterie».

Tum a souvent le sens de «alors»; mais dans une énumération, comme ici, il a le sens de «puis».

Jussit eos, intuentes nutum ejus, ministrare…​ «Il ordonna que eux, regardant le signe de tête de lui (Damoclès), servent…​»

Aderant, imparfait de adsum. Coronae: des couronnes de roses.

Sibi videri, «se sembler à soi-même».

Cervix, plus souvent employé au pluriel cervices, «nuque», «cou» (cf. vertèbres cervicales), d’où «tête».

Itaque, «c’est pourquoi». Ma traduction est peut-être un peu familière.

Denique exoravit, «enfin il pria»; notez ma traduction.

Ut liceret abire, «qu’il lui fût permis de s’en aller».

Quod est suivi du subjonctif nollet, parce que l’auteur rapporte les paroles de Damoclès: style indirect.

Nolo, non vis, non vult, nolumus, non vultis, nolunt; infinitif: nolle; subj. imparf.: nollem; subj. prés.: nolim. Impératif: noli, nolite, employé dans les défenses: «ne lis pas»: noli legere.

Jam, «désormais»; non jam, «ne plus».

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LES DRUIDES

«Ils sont préposés au culte, s’occupent des sacrifices publics et privés, donnent des éclaircissements sur les cérémonies religieuses; un grand nombre de jeunes gens affluent auprès d’eux pour s’instruire. Si quelque crime a été commis, si un meurtre a été consommé, si une dispute surgit au sujet d’un héritage ou d’une borne, ce sont eux encore qui fixent les indemnités et prononcent les peines; si un particulier ou un peuple ne se soumet pas à leurs arrêts, ils l’excommunient. Cette peine, chez eux, est extrêmement grave. Ceux qui ont été ainsi excommuniés sont comptés au nombre des impies et des criminels; tout le monde s’écarte d’eux, fuit leur rencontre et leur conversation; quand ils demandent justice, on ne la leur rend pas; on ne les nomme à aucune magistrature. A la tête de tous ces druides s’en trouve un qui possède parmi eux l’autorité suprême. Quand celui-ci meurt, s’il y a un de ceux qui restent qui surpasse les autres en dignité, c’est celui-là qui lui succède; si au contraire il y a plusieurs égaux, ils se disputent le premier rang en recourant au vote des druides; parfois même en recourant aux armes.»

Illi: «ceux-là», les Druides. Interesse, intersum, interes, ici: «être parmi», assister à, s’occuper de. Il y a deux autres sens fréquents de interesse: 1°) nihil interest inter hoc et illud, «il n’y a aucune différence entre ceci et cela», sens facile à comprendre. 2°) Interest (impersonnel), «il est intéressant»: interest ad nostram laudem, «il importe à notre gloire». Nos mots intérêt, intéresser, intéressant, qui en viennent directement, ont eu un succès énorme.

Causa disciplinae, «en vue de l’instruction». Cf. l’emploi de causa avec le gérondif en di pour traduire «pour»: discendi causa, «pour apprendre».

Si quod; après si, nisi, ut, ne, num, ubi, on emploie l’indéfini quis, qua, quid (ou quod) au lieu de aliquis. Notez que quod est adjectif et quid pronom.

Admissum est, parfait passif de admittere. Nous disons en fr.: commettre un crime. Caedes, is, même racine que caedere, o, is, cecidi, caesum, «couper, tuer».

Controversia a passé en fr.: «controverse», mais surtout dans le sens de «discussion théorique». Au contraire les éternelles questions d’héritage et de limites de propriétés sont essentiellement pratiques.

Iidem, «eux encore», sens bien connu de idem.

Decernere, decrevi, decretum, «décider», nous a donné décerner (un prix), et décréter. Praemium, «avantage» en général; souvent: «récompense»; ici: «dommages-intérêts». Poena, «rançon», d’où «châtiment»; de là dare poenas, «donner une rançon», «être puni»; et exigere poenas, «exiger une rançon», «punir».

Stare, steti, statum, «se tenir»; non stetit decreto eorum, «ne s’est pas tenu à leur décision». Notez le parfait en latin, parce que cette désobéissance est antérieure à la sanction. En français, on ne respecte pas aussi étroitement le rapport des temps.

Sacrificiis: l’ablatif, qui indique l’éloignement, est logique après interdicere; le sens est: «ils l’excluent des cérémonies religieuses.»

Interdictum est, passif impersonnel, «l’exclusion a été prononcée».

Haberi, «être regardé comme, passer pour».

Decedunt his (datif) (de via), «tous s’écartent, se retirent du chemin pour eux» (pour les laisser passer).

His petentibus, «la justice n’est pas rendue à eux la demandant»; «quand ils la demandent».

Honos, «aucun honneur public ne leur est confié».

Autem, «d’autre part», mot de liaison vague ici.

Contendere, transitif, «tendre»; intransitif, «lutter, prétendre». Tendere exprime l’idée d’effort.

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DE VIRIS

I. — Les Origines

«Pendant que les Grecs dévastaient (dum se construit toujours dans ce sens avec l’indicatif présent) Troie par le fer et par le feu (notez l’ablatif igni dans cette locution proverbiale), un petit nombre (pauci) de Troyens purent (potui, parfait de possum, potes, infinitif posse) échapper (fugere) à la violence (vim, acc. de vis, abl. vi) des ennemis, et, abandonnant leur ville (abl. abs.: «la ville ayant été laissée»; urbs, urbis; relinquere, o, is, reliqui, relictum), montèrent dans des navires («s’embarquèrent»). Leur chef, Enée, descendait (oriri, ortus sum, «naître, avoir son origine»; oriens, «l’orient», le soleil levant) des rois (ab et l’ablatif indique toujours le point de départ) de Troie (des Troyens); au cours de cette fuite même (in ipsa), il avait perdu (p-q-p. de amittere, o, is, amisi, amissum) sa femme (conjux) Créüse, et il emmenait (duco, is, duxi, ductum) avec lui (secum) son père Anchise et son fils Ascagne ou Iule.

«Ce héros (ille) longtemps (multum, exactement: «beaucoup») ballotté et sur terre (terris, pluriel fréquent de ce mot; ablatif sans in, construction poétique) et sur mer» (altum, «la haute mer»), comme dit le poète Virgile dans le (eo annonce seulement quod) poème qui est intitulé l’Enéide, s’arrêta sur (tenuit, «toucha, tint») la côte (litus, litoris) d’Afrique (Afer, Afra, Afrum, adj., «Africain»), puis (mox), ayant repris sa route (vehere, vexi, vectum, au passif, «être transporté», puis «se transporter»; cf. lavor, «je me lave», etc…​; re, «de nouveau») vers l’Italie, aborda (appellere, appuli, appulsum, sous-entendu navem, «pousser son navire vers») à l’embouchure du Tibre. Là, alors, «le roi Latinus, déjà vieux (senior, comparatif de senex, senis, sens de «assez vieux»), gouvernait dans une longue paix les champs (arvum) et les villes tranquilles». Celui-ci (hic) unit (jungere, junxi, junctum) par le mariage au chef troyen sa fille Lavinie, qu' (quam) il avait promise (despondere, despondi, desponsum) d’abord (prius) à Turnus, roi des Rutules. Enée fonda (condere, condidi, conditum) la ville de Lavinium (nommée) du nom de sa femme, et après la mort (obitus, us, de obire, eo, is, «mourir») de Latinus, il succéda (succedere) sur le trône (dans la royauté) au père de sa femme. — Après la mort d’Enée, Ascagne laissa (relinquere) la ville de Lavinium à sa belle-mère Lavinia et à Sylvius, fils d’Enée et de Lavinia, et non loin de là (inde) sur le mont Albain, il fonda Albe la Longue, nouvelle capitale (caput) de son royaume. Après la mort d’Ascagne, son frère Sylvius occupa (obtinere veut rarement dire «obtenir») le trône, qu’il transmit à son fils Sylvius Aeneas. Ce Sylvius eut pour fils (genuit, parfait de gignere, «produire, donner le jour à») Alba; Alba eut pour fils Alys; Atys, Capys; Capys, Capetus; Capetus, Tiberinus, qui, s’étant noyé dans le fleuve l’Albula, changea le nom du fleuve (c’est-à-dire qu’on changea le nom en son honneur). A Tiberinus succéda Agrippa, Romulus-Sylvius régna ensuite, et après cela Aventinus, dont le fils fut Procas.

HUITIÈME LEÇON

ROMULUS, PREMIER ROI DE ROME

«Procas, roi d’Albe, eut deux fils, Amulius et Numitor; il leur laissa le pouvoir, à condition qu’ils régneraient à tour de rôle. Mais Amulius ne donna pas le commandement à son frère, et il fit de Rhéa Silvia, fille de ce dernier, une prêtresse de Vesta. Bientôt même, pour posséder seul le pouvoir, il prit Romulus et Rémus, fils de Mars et de Rhéa Silvia, les mit dans une nacelle, et les lança sur le Tibre. Mais le fleuve, alors débordé, rentra dans son lit, et l’eau déposa les enfants sur le rivage. En ce temps-là, il y avait dans ces parages de vastes solitudes. Au vagissement des nouveau-nés, une louve, dit-on, accourut, et leur offrit ses mamelles pour les nourrir. Le berger Faustulus remarqua ce fait avec un grand étonnement; il recueillit les enfants et les fit élever par sa femme Acca Larentia. Dans la suite, ceux-ci, devenus hommes, vécurent parmi les bergers; avec leur aide, ils tuèrent Amulius, et rendirent le pouvoir à leur aïeul Numitor.»

Ce premier paragraphe n’offre aucune difficulté. Nous y remarquons l’emploi bien latin de propositions relatives là où nous préférerions une suite de propositions principales courtes: au début: duos filios, quibus regnum reliquit; à la fin: pastores, quorum auxilio…​

L’emploi de ut alternis vicibus imperarent est un peu en dehors des sens que nous sommes habitués à donner à ut. Vous vous rappelez que ut suivi du subj. signifie 1°) «afin que»; 2°) «de sorte que»; 3°) «que» (explicatif); 4°) «en admettant que». Notre ut ici («à condition que») se rapproche à la fois du sens «de sorte que» et du sens «afin que».

Alternis vicibus, «les rôles étant alternés» = «alternativement». Nous avons en français l’expression vice versa, «réciproquement.» Les formes vicis (gén.), vicem (acc.), et vice (abl.), au singulier; vices et vicibus, au pluriel, sont seules employées.

D’après la légende, Mars s’était transformé en pluie d’or pour tomber dans la prison où gémissait Rhéa Silvia. L’imagination populaire, comme on le voit, a souvent aimé attribuer aux personnages extraordinaires une origine divine et mystérieuse.

La tournure abjecit in Tiberim, «il lança sur le Tibre»; filios impositos in alveo, «les fils placés dans une nacelle», est tout à fait latine. Dans la traduction, il est bon de changer le participe en une proposition principale; je me suis même cru autorisé à ajouter un verbe («il prit»), pour avoir une phrase bien claire; cependant, en règle générale, il faut éviter de rien ajouter.

In Tiberim: notez l’accusatif en im (au lieu de em); l’accusatif est amené par l’idée de direction vers le fleuve.

Relabente flumine, abl. abs. Relabor, eris, est un déponent: mais on sait que dans les verbes déponents le participe présent et le participe futur ont la forme active. Relabor, ici, «revenir en glissant».

Ut aiunt, «comme on dit»; la 3e pers. plur. est souvent employée dans le sens de «on».

Aluit uberibus, «les nourrit avec ses mamelles» (uber, uberis).

Miratus, «ayant admiré». Les participes passés des verbes déponents (mirari) sont les seuls part. passés actifs. Au contraire amatus = «ayant été aimé» (passif).

Dedit eos educandos, les donna «devant être élevés», «les donna à élever».

Facti, part. passé de facere. Aux temps simples le passif de facere est fio, fis (formes actives, sauf fieri). Le sens est aussi bien «devenir» que «être fait». Egerunt, parf. de agere. Agere vitam, «passer sa vie». On dit aussi degere vitam.

«Romulus et Rémus discutaient entre eux à propos de la fondation d’une ville. Il y avait un endroit qui paraissait favorable à Romulus; c’était sur le mont Palatin, et il voulait l’appeler Rome. Mais Rémus indiquait un endroit sur une autre colline, et voulait l’appeler Rémuria, d’après son nom. On décida de prendre pour arbitres de cette discussion les dieux immortels: celui qui aurait obtenu des présages favorables le premier, fonderait la ville et lui donnerait son nom. L’observation des présages donna l’avantage à Romulus, car il avait vu douze vautours, et Rémus seulement six. Romulus appela la ville Rome, et, pour lui donner des lois avant même de lui donner des remparts, il défendit de franchir la palissade qui formait la limite de la ville. Rémus la franchit en se moquant, et son frère le tua sur le champ.»

Tractare est le fréquentatif de trahete, «tirer». Les fréquentatifs sont en tare (par exemple agitare, de agere) ou en sare, (pulsare, de pellere, supin pulsum, «pousser»). Ils indiquent, conformément à leur nom, que l’action se répète. Cf. les pulsations du cœur.

De condenda urbe, «au sujet d’une ville devant être fondée» = de condendo urbem, «au sujet de l’acte de fonder une ville». Condere, o, is, condidi, conditum.

Idoneus nous a donné l’adjectif «idoine» (approprié); les militaires se servent souvent de ce mot pour désigner un «spécialiste».

Videbatur. Rappelons une fois de plus que videor signifie rarement «être vu»; son sens habituel est: «sembler, paraître.»

Habebat in animo, «il avait dans l’esprit» = «il avait le désir». Quem = eum locum; eum appellari Romam, prop. infin. compl. direct de habebat, «il désirait que cet endroit fût appelé Rome».

Placuit, parfait de placere, «il leur plut», c’est-à-dire: «ils décidèrent.» C’est ainsi que l’expression placuit principi signifie: «le prince a décidé.» On se rappelle l’adage de droit politique de l’ancien régime, hérité de la législation de l’empire romain: Quidquid principi placuit, legis habet vigorem, «tout ce que le prince a décidé, a force de loi». Les rois de France terminaient leurs édits par: «Tel est notre plaisir», c’est-à-dire «notre décision». Plaisir, dans cette formule, n’a donc nullement le sens de «caprice», «lubie», comme certains historiens ignorants ou de mauvaise foi le disent ou le laissent entendre.

Disceptatores est l’attribut de deos: «prendre les dieux pour arbitres.»

Ita ut, «de telle sorte que»; is, «celui»; utri, «auquel des deux» (datif de uter, «lequel des deux»); priori, «le premier» (se rapporte à utri); auspicia secunda, «des présages favorables»; obvenissent «viendraient» (se montreraient); conderet urbem, «celui-là (is) fonderait la ville».

Obvenissent et conderet sont deux conditionnels. Notez le soin du latin de mettre obvenissent au plus-que-parfait et conderet à l’imparfait, pour respecter le rapport des temps: car il ne fonderait la ville qu’après avoir vu les présages.

Legibus muniret, «pour la fortifier par des lois avant même de la fortifier par des remparts». L’idée, c’est que les lois sont pour les cités un rempart moral aussi protecteur que les murailles matérielles. De là l’expression munire legibus.

Moenia, moenium n’a pas de singulier.

Ne quis. Ne est la négation de ut, lorsqu’il y a intention (ut = «afin que»). Mais s’il s’agit d’une conséquence, on trouve ut non: tam sagax est hic homo, ut decipi non possit, «cet homme est si sagace qu’il ne peut pas être trompé».

Après si, nisi, ut, ne, num, ubi, c’est toujours l’indéfini quis que l’on trouve, et non aliquis.

Vallum. La première enceinte, provisoire, de Rome, fut sans doute analogue à l’enceinte d’un camp romain. Autour du camp, on creusait un fossé, fossa. La terre rejetée à l’intérieur du camp formait un talus, agger. On garnissait ce talus d’une palissade de pieux, vallum.

«Romulus ouvrit un asile et reçut dans sa ville une foule de gens du voisinage; il choisit cent des plus âgés, suivit leurs conseils en tout, et les appela sénateurs. Puis, comme ni lui-même ni son peuple n’avaient de femmes, il invita à assister à des jeux les peuples voisins, les Fidénates, les Véiens, et surtout les Sabins, et il fit enlever leurs jeunes filles. En raison de cet outrage, les Sabins partent en guerre contre les Romains et entourent leur ville. Leur chef Titus Tatius fit prisonnière une jeune fille, Tarpéia, qui était descendue de la colline pour puiser de l’eau destinée aux sacrifices. Il lui dit qu’il lui donnerait ce qu’elle voudrait, si elle conduisait son armée au Capitole. Elle demanda ce que ses hommes portaient à leur main gauche, elle voulait dire des bagues et des bracelets. On le lui promit, non sans mauvaise foi; elle conduisit les Sabins dans la citadelle, et là Tatius donna l’ordre de l’écraser sous des boucliers: car ils avaient porté aussi ces derniers de la main gauche.

Mais bientôt Romulus rangea son armée en bataille contre Tatius, et les Romains engagèrent le combat avec les Sabins. Alors les femmes qui avaient été enlevées s’avancèrent entre les deux armées. Elles supplièrent d’un côté leurs pères, de l’autre leurs maris, et firent conclure la paix. Aussi les Sabins furent accueillis à Rome.

Peu de temps après, Romulus passait son armée en revue près du marais de Capra, lorsqu’un orage s’éleva subitement; le roi ne reparut nulle part; on crut qu’il avait été rejoindre les dieux au ciel. Aussi on bâtit un temple à Romulus sur le mont Quirinal; lui-même fut honoré comme un dieu et fut appelé Quirinus».

Asylo aperto, abl. abs., «un asile ayant été ouvert». Aperire, aperui, apertum. Cf. apéritif, boisson soi-disant destinée à ouvrir l’appétit.

Ad ludos spectandos = ad spectandum ludos, «pour voir les jeux».

Jussit, «il ordonna»; virgines quorum (= eorum) «que les jeunes filles d’eux» (leurs jeunes filles); rapi, infin. passif de rapere, «fussent enlevées».

Nactus, part. passé de nanciscor, dont le sens général est «trouver», obtenir; «ayant trouvé, s’étant emparé de».

Causa aquae hauriendae = causa hauriendi aquam, «pour puiser l’eau» (des sacrifices).

Dedit ei optionem muneris, «lui donna le choix d’un cadeau».

Videlicet, «c’est-à-dire». Eo repromisso, abl. abs. Dolose, adverbe, «d’une manière perfide».

Eam obrui, prop. infin. après praecepit.

Laevus, «gauche», synonyme de sinister.

Instruere aciem, «ranger» (et non «instruire») son armée.

Deprecatae, part. passé actif, car deprecor est déponent: «ayant supplié.» Hinc, inde, «d’un côté, de l’autre».

Urbs, avec une majuscule, signifie «la Ville» par excellence, c’est-à-dire «Rome».

Ad paludem, «près du marais».

Eum transisse, prop. infin. après creditum est. Transire, transeo, is, ivi, itum, «passer» (cf. transit, transition).

Creditum est, passif impersonnel, «il fut cru, on crut.»

Aedes, au singulier, «temple»; au pluriel, «maison» (ou «temples»).

Pro deo, «à la place d’un dieu», en qualité de dieu.

Cultus est, de colere.

NEUVIÈME LEÇON

1°) Versions:

LES HORACES ET LES CURIACES

«La guerre ayant éclaté entre les Romains et les Albains, les chefs Hostilius et Fufetius décidèrent de terminer l’affaire en faisant combattre quelques hommes seulement. Il y avait chez les Romains trois jumeaux, les Horaces; et chez les Albains trois jumeaux, les Curiaces. La convention une fois adoptée, les six jeunes gens en vinrent aux mains. Dès le début, deux Romains furent tués, et les trois Albains furent blessés. L’Horace qui restait seul, quoiqu’il fût sans blessure, n’était pas de taille à résister aux trois Curiaces; aussi fit-il semblant de fuir; les autres s’espacèrent à sa poursuite, selon la gravité de leurs blessures, et il les tua l’un après l’autre. Comme il rentrait, chargé de leurs dépouilles, sa sœur vint au devant de lui; quand elle vit le manteau de son fiancé, qui était un des Curiaces, elle se mit à pleurer. Son frère en colère la tua. Il fut condamné pour ce motif au tribunal des duumvirs, mais il fit appel au peuple. Les larmes de son père le firent absoudre, mais le peuple, pour expier son crime, le fit passer, comme sous un joug, sous une poutre qui fut ensuite appelée la poutre de la sœur.»

Cum et le plus-que-parfait du subjonctif correspond souvent à notre partic. passé, comme ma traduction le montre.

Exoriri, «s’élever». Placuit ducibus = «les chefs décidèrent».

Res: éviter le mot «chose» pour traduire res. Il est trop plat.

Foedere icto, abl. absolu. Foedus, eris, «traité»; ne pas confondre avec foedus, a, um, «honteux». Icere, io, «frapper», se trouve surtout dans cette expression. On frappait, c’est-à-dire on immolait des victimes, pour que le traité fût sanctifié par un sacrifice en l’honneur des dieux, pris comme témoins de la convention.

Ceciderunt, parfait de cadere, «tomber»: tombèrent, c’est-à-dire «furent tués».

Quamvis, «quoique»; autres mots ayant le même sens; cum et le subjonctif; licet et le subj.; quamquam et etsi avec l’indicatif.

Integer, «intact» = «sans blessure».

Quia, «parce que». Synonymes: quod, quoniam (indic.); cum (subj.). Impar, «inégal», incapable de résister à. Au lieu d’une proposition subordonnée par «parce que», j’ai mis une propos. principale; mais, en plaçant «aussi» dans la proposition suivante («aussi fit-il semblant de fuir»), j’ai gardé le rapport de sens des deux propositions.

Interfecit, «il tua»; singulos, «un à un»; insequentes, «eux qui le poursuivaient» (eux le poursuivant); per intervalla, «à intervalles»; ut dolor vulnerum erat, «selon que la douleur de leurs blessures existait». Ce sens de ut et l’ind., «selon que», est au fond celui de «de même que», déjà vu bien souvent.

Obviam, «au-devant de», est un adverbe composé de via, «chemin», et ob, «devant».

Notez la traduction: coepit, «se mit à».

Quare, ou qua re, «pour laquelle chose» nous a donné en français «car». Apud, «auprès de, chez». Les duumvirs étaient des magistrats sur lesquels les renseignements nous manquent. Provocare, «faire appel».

Condonatus, «pardonné, absous»; lacrimis patris, «grâce aux larmes de son père»; missus est, «il fut envoyé»; ab eo, «par lui» (le peuple); sub tigillum, «sous une poutre»; causa expiandi, «pour expier».

Le joug était une pièce de bois sous laquelle on faisait passer les ennemis vaincus, en signe de soumission.

Il est inutile de rappeler le magnifique parti que Corneille a tiré de cet épisode dans son Horace.

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TARQUIN LE SUPERBE

«Tarquin le Superbe mérita son surnom par son caractère. Après le meurtre de Servius Tullius, il usurpa le pouvoir d’une manière criminelle. Cependant il était brave à la guerre, il soumit les Sabins et les Latins, et enleva Suessa Pometia aux Volsques; il réduisit aussi en son pouvoir Gabies, grâce à son fils Sextus, qui, après avoir fait semblant de passer à l’ennemi, tua les chefs de cette ville. Il institua les Féries latines, et fit le Grand Égout de Rome. En entreprenant la construction du Capitole, il trouva une tête d’homme, ce qui montra que cette ville serait la capitale du monde.»

Mos, moris, nous a donné «moeurs, moral», etc. Mais en parlant d’un homme, ce mot se traduit souvent mieux par «caractère» que par «mœurs»; cette dernière traduction convient plutôt quand il s’agit d’un peuple.

On trouve tantôt mereo, actif, tantôt mereor, déponent. Je vous signale en passant que ce verbe, quelquefois accompagné de stipendia, pluriel de stipendium, «la solde militaire», souvent même en l’absence de ce complément, alors sous-entendu, signifie fréquemment: «servir, être soldat.»

Tamen se trouve plus souvent après le premier mot de la phrase.

Domare, domui, domitum; le fréquentatif domitare a formé notre français «dompter» (dom’tar, domter: normalement le p n’est pas prononcé).

Eripio, composé de rapere, io, is, rapui, raptum, «enlever». — Per, «par l’intermédiaire de…​» — Simulato transfugio, abl. abs., «une trahison ayant été simulée». — Interimere, «tuer», emi, emptum; rapprochez interire, composé de ire, «mourir».

Redigere, redegi, redactum, «réduire», composé de agere.

Cloaca Maxima: cet égout, qui subsiste encore, est un monument de la solidité des constructions des Romains, et de leurs préoccupations d’hygiène urbaine; leurs aqueducs en sont une autre preuve.

Cum et l’imparfait du subjonctif, «alors que», indique l’ensemble des circonstances de l’action principale, et pas uniquement le temps, qui est régulièrement indiqué par cum et l’indicatif: «Au milieu des premiers travaux…​»

Invenit, parfait de l’indicatif de invenire, inveni, inventum, «trouver» (inventeur, etc.).

Unde, «d’où». Cognitum est, passif impersonnel, parfait de cognoscere, cognovi. Le passif impersonnel, toujours au neutre, correspond à notre français on.

Après connaître, la proposition infinitive est normale. Le verbe est au futur, futuram esse; on pourrait avoir fore. Caput, attribut de urbem, «tête, capitale». Gens, gentis, «nation»; cf.: le droit des gens = le droit international.

«Au siège d’Ardée, Tarquin Collatin, fils de la sœur de Tarquin le Superbe, se trouvait camarade de tente des fils du roi. Un jour, au cours d’un repas un peu licencieux, chacun se mit à vanter sa femme; on décida alors de faire une expérience. Ils partent donc à cheval à Rome. Ils surprennent les belles-filles du roi au milieu des festins et des plaisirs. De là ils vont à Collatie, et rencontrent Lucrèce, la femme de Tarquin Collatin, parmi ses servantes, occupée à travailler la laine. Aussi jugea-t-on qu’elle valait mieux que toutes les autres. Mais la nuit suivante Sextus Tarquin revint à Collatie, et fit violence à Lucrèce. Celle-ci, le lendemain, fit venir son père et son mari, leur raconta le fait, et se tua avec un couteau qu’elle avait caché sous sa robe. Ceux-ci formèrent un complot pour perdre les membres de la famille royale, et ils vengèrent la mort de Lucrèce en les faisant exiler. Tarquin le Superbe s’enfuit auprès de Porsena, roi d’Etrurie, et tenta, avec son aide, de recouvrer son trône. Repoussé, il se retira à Cumes, où il finit sa vie dans le plus grand déshonneur.»

Genitus, «fils», part. passé de gignere, o, is, genui, genitum, «produire, engendrer». De là notre mot progéniture, «l