La question du latin



  • La question du latin est un blog qui suit la question de la place des langues anciennes (latin/grec) dans l'enseignement scolaire. Le ton est toujours neutre, les sujets bien argumentés et documentés. Je pense qu'il s'adresse avant tout à une audience de profs de l'enseignement secondaire dans le système publique français. Mon impression.

    Dans le dernier article posté, une petite phrase m'a sauté aux yeux:

    De plus cette opposition latin/sciences a recoupé longtemps la lutte entre l’Église et la République et il en reste encore des traces que manifeste le fait que dans l’enseignement confessionnel, le latin joue encore un plus grand rôle (même s’il reste modeste).

    Wow!
    Une allusion très timide, mais très claire, à la guerre proxy qu'a mené la République contre l'Église via le latin.
    Bien sûr l'auteur danse autour du sujet sans vraiment le traiter frontalement. Il admet que la lutte contre le latin est politique et idéologique:

    S’il faut être bien conscient de l’origine de cet acharnement politique contre le latin, il ne sert pas à grand-chose de le dénoncer car on se place alors dans une position surplombante par rapport au débat et c’est irrecevable car a priori dépréciateur. Il faut répondre en restant sur le même plan politique [...]

    Mais comme tous les humanistes et autres républicains, c'est à dire des pleutres pétris de lâcheté, il prétend répondre à une attaque politique sans être politique tout en étant politique... Genre!

    Bref. Mais ce post a au moins le mérite d'exister, ce qui est déjà pas mal.
    Beaucoup d'autres articles intéressants aussi sur ce blog.



  • La République en France a bien combattu le latin comme symbole de la puissance de l'Eglise catholique sur les esprits. L'Eglise ayant perdu, ce n'est cependant pas en tant que langue ecclésiastique, mais parce qu'elle est jugée inutile et, comme le dit l'article, élitiste, qu'elle continue à être attaquée.



  • Les révolutionnaires disent que le latin est inutile, mais historiquement ils ont toléré son enseignement pour la seule raison qu'elle était "utile" pour mieux connaître le français!

    Ce qu'ils détestent du latin, ce n'est pas que l'Église, car le latin n'est pas synonyme de christianisme, même si l'Église a toujours été son plus grand défenseur. Ils détestent le latin parce qu'il symbolise le lien avec notre passé. En bons révolutionnaires, ils veulent faire table rase pour créer la société parfaite. Ou plutôt à l'époque post-moderne, ils ont fini par comprendre qu'ils sont incapables de créer la société parfaite et par pur orgueil ils détestent l'excellence du modèle de société proposé par le christianisme.

    En plus, la connaissance du latin est un sérieux obstacle à la création d'une novlangue, une étape obligée dans la marche vers le totalitarisme bienveillant.



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  • @Julius a dit dans La question du latin :

    La République en France a bien combattu le latin comme symbole de la puissance de l'Eglise catholique sur les esprits. L'Eglise ayant perdu, ce n'est cependant pas en tant que langue ecclésiastique, mais parce qu'elle est jugée inutile et, comme le dit l'article, élitiste, qu'elle continue à être attaquée.

    Ou pire, par atavisme, c-à-d la rémanence de comportements "bouffeurs-de-curé" alors même qu'il n'y a plus de curés. Typiques chez les laïcards hystériques et rabiques qui ont encore l'Église en travers de la gorge alors même qu'ils ne l'ont pas connue.
    Ce sont ces automatismes zombies que décrit si bien Emmanuel Todd quand il parle de catholiques zombies; là on a des républicains zombies, des mecs qui luttent contre le spectre de ce qui a été.



  • @daniel a dit dans La question du latin :

    En bons révolutionnaires, ils veulent faire table rase pour créer la société parfaite. Ou plutôt à l'époque post-moderne, ils ont fini par comprendre qu'ils sont incapables de créer la société parfaite et par pur orgueil ils détestent l'excellence du modèle de société proposé par le christianisme.

    Wooooooo!
    Yes, en voilà un raisonnement qui déchire!!

    En plus, la connaissance du latin est un sérieux obstacle à la création d'une novlangue, une étape obligée dans la marche vers le totalitarisme bienveillant.

    Wooooooo!
    Tu serais pas conspi sur les bords par hasard??

    Ok, j'aurais parlé d'hubris plutôt que d'orgueil (presque pareil) et franchement je crois que les mecs y croient encore à leur projet.
    Ils sont juste agaçés que les moutons aient l'audace de leur résister, et je croient que très bientôt, toute la martingale va passer à la vitesse supérieure. La main de fer va tomber le gant de velours!



  • @rmedinap a dit dans La question du latin :

    Je n'ai jamais compris comment la France, (si multiculturelle et ouverte dans d'autres aspects) est presque comme l'Espagne quand elle vient avec sa relation avec le latin et le grec, complètement absorbée dans la contemplation de soi-même et de sa lutte contre l'église .

    Même en Italie, on ne croit pas que le latin soit en quelque sorte exclusivement lié à l'église, dans l'imaginaire collectif est plus le langage des romains et des humanistes que de l'église.

    Je soupçonne que sa rivalité avec l'Angleterre et l'Allemagne avait aussi quelque chose à faire. L'Allemagne et l'Angleterre ont simplement enlevé le monopole du latin à l'église au lieu de le supprimer. J'ai toujours cru que la Querelle des Anciens et des Modernes est une réaction contre la domination de l'Allemagne et de l'Angleterre dans cette domaine que les révolutionnaires ont interprété plus tard comme un combat contre l'église (qui faisait aussi partie des "anciens" qui n'avaient rien à enseigner).

    Vous avez l'air de penser que l'Angleterre et l'Allemagne n'ont à partie dans cette affaire que pour des raisons nationalistes et/ou identitaires. Or la source de cette rivalité est ancrée dans la Réforme qui elle même donnera la Révolution. Dans les deux cas on parle de Rébellion et de Religion.
    Il faut bien comprendre l'articulation dans l'esprit révolutionnaire entre Catholicisme-Monarchie-Moyen-Age. C'est ça qu'il convient de déconstruire, diaboliser, effacer de la mémoire.
    Il faut bien comprendre que les révolutionnaires de terrain (la racaille parisienne) qui s'est mobilisée pour des raisons "économiques" étaient menés par des têtes pensantes (bourgoises et maçonniques) qui avaient déjà effectuée une répétiion générale aux États-Unis avant de se lancer contre l'Ancien Régime, et qui eux avaient un projet idéologique très clair. La République est le produit de cela et porte en elle cet agenda. On parle là de son essence et c'est ce qui permet à des mecs comme Vincent Peillon de dire ouvertement que la laîcité est la religion de la République, tout simplement parce que c'est vrai.

    Bref, pour moi, le coeur de l'affaire est religieux. C'est juste tellement enfoui profondément que peu de gens arrivent à l'attendre.

    Je ne savais pas que la situation du latin était la même en Espagne. Je connais les lignes de fractures socio-culturelles mais je ne savais pas que le latin était mêlé à ça comme en France ou au Québec.
    Quoique, j'ai été à Montserrat, et j'ai été choquée de voir que pour un monastère de cette envergure (une vraie usine à touristes religieux, les marchands du temple 2.0), il n'y a pas au moins un office en latin pour ceux qui ne parlent pas catalan. Je comprends mieux le regard qu'on m'a jeté quand j'ai fait le commentaire.


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