Les Colloques de Cordier



  • Maturinus Corderius (Mathurin Cordier) est un pédagogue du 16e siècle qui est surtout connu pour ses dialogues en langue latine destinés à servir de modèle à la conversation latine. Ses dialogues ont connu un énorme succès dans les écoles pendant toute l'époque où l'on y parlait encore latin.

    Le texte monolingue ici:
    http://www.stoa.org/hopper/text.jsp?doc=Stoa:text:2003.02.0003:book=1:colloquium=1

    Une ancienne édition bilingue ici:
    https://books.google.ca/books?id=CmgVAAAAQAAJ

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  • Merci beaucoup Daniel. Par contre, il est dommage que l'accent tonique ne soit pas indiqué. Il est vrai que ce n'est pas nécessaire la plupart du temps, mais puisque ces textes sont conçus pour apprendre à parler, il serait nécessaire de les avoir pour l'utiliser en autodidacte ...



  • Ce texte a été si souvent édité qu'on pourrait sûrement trouver une édition assortie d'accents ou de macrons (avec les macrons on peut connaître l'accent tonique).



  • En passant, je te signale cet outil qui ajoute des macrons automatiquement à un texte:

    http://stp.lingfil.uu.se/~winge/macronizer/

    Il faut connaître les règles pour placer l'accent tonique, mais quand on les maîtrise, c'est très facile de se servir des macrons. Je les résume:

    1. Sur les mots de deux syllabes, l'accent porte toujours sur l'avant-dernière syllabe.
    2. Sur les mots à 3+ syllabes, l'accent porte soit sur l'avant-dernière, soit sur l'avant-avant-dernière.
      a. Il porte sur l'avant-dernière syllabe si cette syllabe est longue. Elle est longue si 1) elle contient une voyelle qui porte un macron, 2) une diphtongue (ae, oe) ou 3) si la voyelle qu'elle contient est suivie de deux consonnes (ex. Bernárdus = a long parce que suivi de deux consonnes "rd").
      b. En l'absence de l'une des trois situations énumérées ci-haut, l'avant-dernière est brève et l'accent porte sur l'avant-avant dernière.

    (Voici une astuce: un mot dont les deux dernières syllabes comportent des voyelles consécutives comme "stultitia" et "nimium" font automatiquement que l'avant-dernière est brève, donc l'accent portera sur l'avant-avant-dernière: stultítia, nímium; mais si notre texte a des macrons on n'a pas besoin de cette astuce.)

    Si on prend le premier dialogue, voici ce que ça donne avec des macrons:

    Colloquium 1
    Persōnae: Bernardus, Claudius. B. Salve, Claudī. C. Tū quoque salvus sīs, Bernarde. B. Lūdāmus paulisper. C. Quid ais, ineptule? Vix scholam ingressus es; et iam dē lūdō loqueris? B. Nē īrāscāris, quaesō. C. Nōn īrāscor. B. Quid ergō sīc exclāmās? C. Accūsō tuam stultitiam. B. Nōn licet igitur lūdere? C. Īmō licet; at cum tempus est. B. Vah! tū nimium sapis. C. Utinam tantum saperem satis: sed mitte mē, quaesō, ut repetam quae mox reddenda erunt praeceptōrī. B. ‘Aequum’ dīcis: volō ego quoque tēcum repetere, sī tibi placet. C. Eho! quid hoc est? quid sibi vult ista tam subitā mūtātiō? nōnne tū modo loquēbāris dē lūsū? B. Loquēbar quidem, sed nōn sēriō. C. Cūr simulābās? B. Ut paucīs tēcum fābulārer. C. Quid illud prōdest? B. Etiam rogās? nunquam audīvistī ex praeceptōre? C. Nunc mihi nōn occurrit: quid, inquam, prōdest cōnfābulārī? B. Ad nōs in Latīnā linguā exercendōs. C. Profectō rēctē putās, et ego tē nunc magis amō. B. Habeō tibi grātiam: age, repetāmus praelēctiōnem; nam brevī praeceptor aderit.

    Je vais prendre les mots à trois 3+ syllabes pour illustrer:

    Colloquium = collóquium parce que l'avant-dernière "qui" est brève. Aucune des trois situations énumérées au point 2 a. ci-haut ne s'applique: pas de macron, pas de diphtongue, pas suivi de deux consonnes. (En plus l'astuce s'applique: nous avons deux voyelles juxtaposées: iu, ce qui fait que le i est bref)
    Persōnae = persónae parce que l'avant-dernière est longue (elle comporte une voyelle avec un macron)
    Bernardus = Bernárdus parce que l'avant-dernière est longue (voyelle suivie de deux consonnes)
    Claudius = Claúdius (deux voyelles juxtaposées: iu, comme colloquium
    Lūdāmus = Ludámus (l'avant-dernière longue avec un macron)
    paulisper = paulísper (l'avant-dernière longue parce que suivie de deux consonnes: sp)
    ineptule = inéptule (l'avant-dernière brève parce qu'aucune des trois situations énumérées ne s'applique: pas de macron, pas de diphtongue, pas suivi de deux consonnes)
    ingressus = ingréssus (l'avant-dernière longue parce que suivie de deux consonnes: ss)
    loqueris = lóqueris (l'avant-dernière brève parce qu'aucune des trois situations énumérées ne s'applique: pas de macron, pas de diphtongue, pas suivi de deux consonnes)

    On comprend assez vite que la seule question qu'on doit se poser est celle de savoir si l'avant-dernière est longue ou non. Pour le savoir, deux des trois situations (présence de diphtongue ou les deux consonnes) n'exigent pas de macron. Dans tous les mots qu'on vient de voir, seuls personae et ludamus ont nécessité un macron pour savoir si l'avant-dernière est longue. Et si on connaît bien ses conjugaisons, on sait que le a dans ludamus est long, donc en réalité seulement personae aurait pu causer un problème. Quand on maîtrise les règles de l'accent, on n'a plus besoin d'indications dans le texte sauf pour quelques mots comme personae et même là, avec de l'expérience on apprend à les connaître ces mots, ce qui fait que les latinistes expérimentés n'ont pratiquement pas besoin d'indications pour l'accent sauf pour les noms propres et les mots inusités.

    Est-ce que ça te tente de continuer l'exercice?



  • īrāscāris : irascàris
    īrāscor : iràscor
    exclāmās : exclàmas
    Accūsō : accùso
    stultitiam : stultìtiam
    igitur : ìgitur
    lūdere : lùdere
    nimium : nìmium
    Utinam : ùtinam
    saperem : sàperem
    repetam : rèpetam
    reddenda : reddènda
    praeceptōrī : praeceptòri
    Aequum : àequum
    repetere : repètere
    subitā : sùbita
    mūtātiō : mutàtio
    loquēbāris : loquebàris
    Loquēbar : loquèbar
    simulābās : simulàbas
    fābulārer : fabulàrer
    audīvistī : audivìsti
    praeceptōre : praeceptòre
    occurrit : occùrrit
    cōnfābulārī : confabulàri
    latīna : latìna
    exercendōs : exercèndos
    Profectō : profècto
    Habeō : hàbeo
    grātiam : gràtiam
    repetāmus : repetàmus
    praelēctiōnem : praelectiònem
    praeceptor : praecèptor
    aderit : àderit

    Merci Daniel!



  • Tout parfait! C'est facile, non? Si on a les macrons, pas besoin d'accent tonique.

    Je dois te mettre en garde que l'outil qui ajoute des macrons fait parfois des fautes sur la dernière syllabe, mais c'est sans importance pour l'accent tonique.



  • @matthieu

    J'ai trouvé une édition avec l'accent tonique:

    https://archive.org/details/colloqviorummatv00cord



  • Très bien!

    En plus, cette édition contient des notes de bas de page utiles à la compréhension.



  • Quoique... L'accent ne semble pas avoir été mis pour tous les mots à 3 syllabes.



  • C'est la même chose qu'avec Petitmangin (dans la série des Textes latin du programme). Lorsque l'accent est sur la pénultième (c'est-à-dire l'avant dernière syllabe), il n'est pas indiqué. L'accent tonique est seulement indiqué lorsqu'un mot de trois syllabes a une pénultième de longueur courte (dans ce cas, l'accent est alors indiqué sur l'antépénultième). Il est alors possible de bien prononcer partout. J'aime cette façon d'indiquer l'accent tonique car ça évite d'avoir trop d'accents inutiles partout. On s'y habitue rapidement.

    Mise à jour : j'ai corrigé mon erreur concernant le concept de pénultième et antépénultième.



  • antépénultième = avant-avant-dernière
    pénultième = avant-dernière

    Ce texte vaudrait la peine d'être transcrit. Le texte contient de nombreuses coquilles qui auraient avantage à être corrigées. Il y a même une coquille récurrente dans l'une des entêtes de page: LIBER TERTIA. Comme il n'y a pas de tableaux, ce serait assez rapide de le transcrire par OCR et corriger les coquilles en même temps. J'aime aussi que les notes soient en latin, cela rend le texte accessible aux lecteurs de toutes les nationalités.



  • Je viens de remarquer que même en tenant compte du fait que seul l'antépénultième est accentué, cette édition de Cordier en omet plusieurs. J'ai pris un dialogue au hasard pour vérifier l'exactitude (le numéro VII). Dans ce seul dialogue, trois mots n'ont pas été accentués sur l'antépénultième: Siccine, consulo, exigunt.

    Donc, une retranscription exigerait que l'on vérifie l'accent partout, mais ce serait l'occasion de produire une édition de bien meilleure qualité.