La méthode latine de l'abbé Lhomond



  • Charles-François Lhomond est considéré comme le père de la pédagogie latine en France. Il est l'auteur de trois livres qui ont été au centre de l'enseignement du latin pendant plus d'un siècle:

    1. Sa grammaire latine
    2. L'Epitome historiae sacrae, un texte de lecture pour débutants
    3. De viris illustribus, un texte intermédiaire.

    L'élève apprend par coeur les déclinaisons et les conjugaisons pendant quelques mois. Il s'y pratique en déclinant des noms et adjectifs en parallèle et en conjuguant des verbes choisis par le professeur. Ensuite, il commence à lire l'Epitome, avec des explications fournies par le professeur, tout en étudiant la grammaire. Il se perfectionne avec le De viris avant de passer à la lecture d'authentiques textes latins. Tout au long de ce processus, l'élève fait des versions et des thèmes (traductions du latin au français et du français au latin), corrigés par le professeur.

    Je me suis demandé comment on pourrait adapter cette méthode à l'étude autodidacte, pour ceux qui souhaiteraient apprendre le latin selon la méthode traditionnelle. Avec les bons livres, c'est possible de le faire. Voici les étapes:

    1. Étudiez pendant un mois ou deux la "Première partie" de la grammaire de Lhomond. Apprenez par coeur les déclinaisons régulières (rosa, dominus, soror, manus, dies), le verbe être (sum) et les conjugaisons régulières (amo, moneo, lego, audio; on peut apprendre par coeur l'indicatif et revenir sur les autres modes à mesure qu'on les rencontre dans l'Epitome). N'apprenez pas par coeur le reste (adjectifs, pronoms, verbes irréguliers, etc.) mais lisez plusieurs fois la totalité de la première partie de la grammaire pour en avoir une connaissance générale vous permettant d'y revenir au besoin. Un moyen simple d'apprendre les déclinaisons et les conjugaisons par coeur, c'est de les copier au long dans un cahier 100-200 fois.

    2. Commencez votre étude de l'Epitome. Servez-vous de l'édition juxtalinéaire de l'Epitome, qui comporte deux traductions: l'une figurée et l'autre littérale. À l'aide du commentaire de L.-H. Jéhan sur l'Epitome, lisez le texte latin chapitre par chapitre, sans consulter la traduction. Déployez tous vos efforts pour comprendre le texte sans la traduction, à l'aide du commentaire de Jéhan et en consultant la grammaire lorsqu'une nouvelle forme se présente, par exemple un pronom ou un verbe irrégulier. Ensuite, lisez la traduction pour contrôler votre compréhension.

    3. En terminant chaque chapitre, prenez le texte juxtalinéaire et traduisez le texte latin en français, en comparant votre traduction avec la traduction juxtalinéaire, puis du français (à partir de la traduction juxtalinéaire) vers le latin. La traduction du français au latin est plus importante que vous pourriez croire. Elle travaille la mémoire de manière plus intensive et elle révèle les déficiences dans votre maîtrise des formes et par conséquent les éléments de la grammaire qu'il faut étudier davantage. Pour épargner du temps, on peut traduire mentalement sans écrire les traductions au long.

    4. La répétition et la révision constante sont la clé de votre succès. Avant chaque nouveau chapitre de l'Epitome, relisez tous les chapitres précédents. Vous serez surpris de constater que vous avez oublié le sens de plusieurs mots. Quand on oublie quelque chose, on ignore l'avoir oublié et notre confiance mal fondée est un obstacle au progrès dans les chapitres ultérieurs. Si, au contraire, on maîtrise parfaitement les chapitres antérieurs, on progresse facilement et on évite le découragement.

    5. Au terme de l'Epitome, vous pourrez commencer à lire le De viris de la même manière. Servez-vous d'une édition annotée comme celle de Duval pour la lecture et de l'édition juxalinéaire pour vous faire des exercices de traduction de la même manière qu'avec l'Epitome.

    6. Pour l'autodidacte, le meilleur moyen d'aborder la lecture des auteurs latins est de se servir d'une édition scolaire munie de notes explicatives et de se trouver une traduction littérale pour contrôler sa compréhension. On commence généralement par César.