Compte rendu de mon étude avec la méthode de Petitmangin



  • Voici un compte rendu de mon étude de latin que je pensais publier il y a un an mais dont j'avais décidé de reporter la publication. Étant donné le témoignage récent de @Tyelperinkar, je crois qu'il est opportun de le publier maintenant. Cependant, voici ce qui a changé depuis la dernière année :

    • J'ai terminé les exercices de la deuxième année de Petitmangin, en utilisant toutefois la méthode de retraduction préconisée par Larrasquet.
    • Je suis en bonne voie de terminer le deuxième livre des textes latin du programme (5e).
    • La révision dans Anki me demande maintenant de 20 à 25 minutes par jour, versus 60 minutes il y a un an.
    • @Tyelperinkar semble avoir complété les mêmes exercices de Petitmangin peut-être jusqu'à 8 fois plus rapidement que moi. Donc, si vous choisissez de faire les exercices de Petitmangin, vous pourriez probablement vous aussi les compléter beaucoup plus rapidement que moi.

    Avant de débuter le compte-rendu, je voudrais mettre quelques points au clair :

    • Bien que je sois très satisfait de la méthode de Petitmangin, je crois qu'elle n'est pas pour tout le monde.
    • Parmi ceux qui ont l'auto-discipline nécessaire pour la compléter, rares sont ceux qui auront le temps disponible (à cause de leurs autres engagements plus importants). Mieux vaut alors choisir une méthode moins complète, mais qui permettra tout de même de maîtriser les rudiments de la langue latine.
    • Pour ceux qui ont le temps disponible mais non pas l'auto-discipline, cette méthode peut être choisie si votre objectif est également de travailler sur vous-même pour acquérir davantage de persévérance, de discipline et d'amour du travail. C'est en effet un excellent exercice qui était utilisé autrefois.
    • Je ne voudrais pas que mon témoignage soit la cause à quiconque d'un éloignement de Dieu. Il importe de prioriser notre temps de prière, et non l'étude du latin. En effet, notre amour de Dieu doit en tout temps l'emporter sur le latin. Je ne voudrais surtout pas encourager quiconque à mettre Dieu de côté! À ce sujet (Foi catholique, etc.), j'offre de l'information supplémentaire sur ce site.
    • Je suis quelque peu mal à l'aise de présenter ouvertement au monde entier l'avancement dans mon étude. Je le fais pour aider à la cause du latin en permettant à ceux qui veulent apprendre en autodidacte de prévoir leur temps nécessaire. Même si vous ne comptez pas utiliser la même méthode, mon compte rendu vous permettra d'avoir une certaine idée de l'effort nécessaire pour arriver à maîtriser la langue latine et de planifier en conséquence.
    • Je ne maîtrise pas encore le latin, même après toutes ces années. Cela pourrait être considéré comme un échec de la méthode pour certains. Ce n'est pourtant pas le cas. J'en expliquerai la raison ...

    Compte-rendu de mon étude:


    J'étudie avec la méthode de Petitmangin depuis décembre 2015. J'ai complété les exercices de la première série (qui était destinée dans les années 1930 aux élèves de 6e en France), et la lecture du livre associé intitulé "Les textes latin du programme", en avril 2018. La première "année" de la méthode Petitmangin a donc requis 2 ans et 4 mois d'étude (environ 1100-1200 heures). J'ai mémorisé le vocabulaire de la deuxième année de la méthode de Petitmangin, sans avoir encore fait les exercices eux-mêmes de cette deuxième année.

    Avec le logiciel Anki, j'ai mémorisé :

    • Toute la morphologie à partir de la grammaire dite "complète" de Petitmangin.
    • 2400 mots de la première série d'exercices de Petitmangin
    • 1600 mots de la deuxième série d'exercices de Petitmangin (sans encore avoir complété les exercices eux-mêmes).

    Après l'étude des 2400 mots de la première série d'exercices de Petitmangin, j'ai débuté la lecture de quelques textes latins pour me rendre compte qu'il y avait encore trop de mots inconnus et que cela me gênait énormément. J'ai éprouvé une certaine déception. J'ai alors pris la décision d'étudier le reste des mots que la méthode de Petitmangin propose à mémoriser, c'est-à-dire ceux de la deuxième série d'exercices, pour un total de 1600 mots nouveaux supplémentaires. La troisième série quant à elle ne propose pas de mots à mémoriser systématiquement. En effet, il y a énormément de mots usités qui sont proposés à l'étude seulement à partir de la deuxième série d'exercices. On peut donc considérer que si l'on s'aventure à utiliser la méthode de Petitmangin, il faut avoir comme objectif de compléter au moins les deux premières séries d'exercices, et non pas seulement de la première. En effet, après avoir mémorisés ces 1600 mots supplémentaire de la deuxième série d'exercices, ma lecture de textes quelconques est beaucoup plus aisée. Je suis maintenant satisfait sur ce point. Je rencontre encore régulièrement des mots inconnus, mais la fréquence est acceptable.

    Je suis présentement en mesure de lire aisément les textes des Évangiles dans la Vulgate. J'ai aussi la capacité de lire des textes plus difficiles, comme l'Imitation du Christ, mais cela me demande encore de l'effort. Cependant mon niveau augmente désormais rapidement, les exercices de Petitmangin fournissant une excellente base.

    Voici en résumé le nombre d'heures par jour en moyenne qu'il m'est nécessaire à investir dans mon étude de latin :

    • 1 heure par jour pour maintenir mon niveau sans faire de progrès (révision du vocabulaire et grammaire, et un peu de lecture). Ce temps va bientôt descendre et se stabiliser à 30-40 minutes par jour.
    • 2 heures par jour pour avancer un peu
    • 3 heures par jour pour avancer normalement
    • 4+ heures pour avancer rapidement

    Mon nombre d'heures d'étude en résumé :

    • 336 heures d'étude de grammaire dans Anki. Il est question de toute la morphologie de la grammaire dite "complète" de Petitmangin. Dans ce nombre d'heures, j'estime à une centaine d'heure d'étude superflue, c'est-à-dire que j'ai trop étudié de matériel pour ce qui était nécessaire à une première et deuxième année d'étude de latin. C'est l'un des désavantage de l'étude autodidacte : il est risqué de faire des erreurs de ce type. Si je pouvais recommencer, je mémoriserais uniquement la morphologie de la grammaire adaptée aux élèves de 6e, et éventuellement en deuxième étape, j'étudierais la morphologie de la grammaire adaptée aux élèves de 5e. Mais au moment où j'ai fait cette étude, nous n'avions pas encore sous la main ces deux grammaires adaptées. Elles sont maintenant disponibles grâce à la générosité d'un contributeur du Cercle latin, M. Sylvain Quin.
    • 615 heures d'étude de vocabulaire dans Anki. 4000 mots latin. Il serait facile de couper le nombre de mots à mémoriser de 35% en n'étudiant que les mots d'indice fréquentiel 9 et moins, basé sur l'information fournie dans le dictionnaire Gaffiot 2016 édition «Kamarov» (merci à M. Gérard Gréco et son équipe!).
    • 250 heures pour les exercices eux-mêmes de la première série de Petitmangin. 321 exercices qui demandent entre 30 et 60 minutes chacun.
      30 heures pour compléter la méthode de Most-Coulombe, équivalente à la méthode Orberg. C'était du gâteau puisque j'avais déjà fait les exercices de la première série de Petitmangin. Cette méthode a été un interlude de relaxation dans mon étude.
    • 120 heures pour lire une première fois les textes latin du programme de 6e. Textes exigeants mais possibles à lire en autant que les exercices de la première série aient été complétés. La traduction française m'a été indispensable pour surmonter plusieurs difficultés. Le nombre d'heures nécessaires est assez élevé, car j'ai pris soin de comprendre la structure grammaticale, et le sens de chaque mot. Je ne continuais ma lecture que lorsque toutes les difficultés étaient maîtrisées.
    • 30 heures pour faire une seconde lecture aisée des précédents textes (donc en 4 fois moins de temps). Je compte éventuellement en faire une troisième lecture, mais pour l'instant, je me suis lancé dans les exercices de la deuxième série (pour élèves de 5e).
    • Total : 1381 heures.

    Je crois qu'il est important de mettre ce nombre élévé d'heures qui m'ont été nécessaires en perspective. J'ai toujours dû faire assez d'efforts à l'école pour avoir de bons résultats, tandis que d'autres camarades de classe qui étudiaient moins que moi réussissaient mieux. Je considère donc mon intelligence ni mauvaise ni extraordinaire, mais plutôt moyenne. Une autre indication de ma capacité à apprendre les langues est que j'ai failli échouer un cours de langue espagnole lorsque j'avais 18 ans. Mon enseignante avait alors exprimé sa profonde déception du fait que je n'avais pas bien réussi ce cours. Il est vrai que je n'avais pas mis énormément d'efforts à apprendre l'espagnol à ce moment, mais cela indique aussi que je n'ai pas de capacité particulière pour apprendre les langues. Donc ce 1381 heures est à prendre avec un grain de sel. Une personne plus douée que moi aurait complété cette étude beaucoup plus rapidement (j'estime deux fois plus rapidement peut-être, et même plus).

    J'ai débuté la deuxième série d'exercices de Petitmangin (destinée pour la 5e en France). L'étude est devenue maintenant un plaisir et il est maintenant aisé de me mettre au "travail". J'aime particulièrement faire des thèmes en utilisant la méthode de "re-traduction" préconisée par Larrasquet. Mon niveau augmente rapidement avec cette méthode de re-traduction qui peut également être utilisée avec les exercices de thème de Petitmangin. Je compte donc continuer les exercices de Petitmangin pour éventuellement les compléter tous (y compris la troisième série destinée aux classes de 4e et 3e). Mais je ne fais aucune promesse! :)


    Voici un graphique de progression de mon étude avec Anki. (Ceci est en date du 24 juin 2018. Un an après, le temps requis est descendu à 22 minutes par jour). Cela indique le nombre d'heures que j'ai passé par mois à mémoriser dans Anki depuis le début.

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    On voit qu'il y a des périodes d'études intenses et d'autres périodes plus calme. Durant les périodes plus intenses, je faisais moins d'exercices, et durant les périodes plus calmes, davantage d'exercices. Mon temps total d'étude quotidienne (Anki+exercices) était toujours assez stable de semaine en semaine. Il y a des jours par contre où je ne pouvais pas étudier. Présentement, Anki me demande environ une heure par jour, mais d'ici environ deux mois cela devrait se stabiliser à 30-40 minutes par jour et descendre ensuite tranquillement mois après mois.

    Voici mes statistiques complètes d'étude avec Anki (en date du 24 juin 2018) :


    En étudiant le latin, j'avais plusieurs objectifs :

    • Lire les textes de la bible et de la messe aisément (objectif déjà atteint!)
    • Lire aisément des oeuvres littéraires de niveau plus avancé, par exemple Saint Augustin, Saint Robert Bellarmin, etc. (objectif en bonne voie d'être atteint)
    • Écouter aisément des livres audio (objectif en bonne voie d'être atteint)
    • M'exprimer aisément par écrit, sur le forum par exemple.
    • Parler latin aisément avec des amis

    Je n'ai atteint pour le moment que le premier objectif. Il se peut que j'en reste là, car les aléas de la vie pourraient en décider autrement. Si je ne peux aller plus loin, c'est déjà une victoire pour moi. Donc je peux dire : mission accomplie!

    Je compte fournir éventuellement (sans faire de promesse) de nouveaux comptes-rendus à mesure que mes objectifs seront atteints, et je donnerai un estimé du temps que cela a demandé.


    Si vous désirez débuter avec la méthode de Petitmangin, veuillez consulter ces pages du site :



  • Vous avez une discipline remarquable, félicitations !



  • Salut Matthieu,

    Merci de ce témoignage.

    J'aimerais commenter sur ce que tu ne "maîtrises pas encore le latin après toutes ces années". Il y a beaucoup de raisons pour expliquer cet état de faits. La raison la plus importante est le simple fait que la langue latine est très difficile. Elle est difficile dans sa nature même (complexité de la morphologie et de la syntaxe), mais elle est rendue encore plus difficile par le fait qu'elle est une langue morte, ce qui nous prive de la possibilité de l'employer oralement et limite gravement les ressources disponibles pour l'apprendre. Après deux décennies de latin, j'ai encore du mal à lire certains textes et je ne le parle pas couramment (forcément puisque je n'ai jamais rencontré personne qui pouvait converser avec moi). Les gens qui parlent "aisément" le latin (d'après ton dernier objectif) se comptent sur les doigts d'une main dans le monde. Il y a d'autres raisons qui expliquent la lenteur de ta progression, si on doit parler de lenteur. Tu aurais probablement pu avancer plus rapidement en lisant plus de latin plutôt qu'en faisant des exercices de traduction. C'est certain qu'un cours avec un prof aurait facilité les choses. Mais on s'arrange comme on peut et la vraie recette du succès comporte un ingrédient principal: la persévérance.

    Ton témoignage me porte à réfléchir sur l'étude du latin en général. Beaucoup de latinistes sont nostalgiques de l'époque où l'on enseignait le latin à l'école. Mais force est de constater que peu d'élèves apprenaient assez de latin pour lire même les textes les plus simples. Dès qu'on a essayé de démocratiser le latin, on l'a dilué au point d'en faire une perte de temps. Certains relèvent que dans les écoles humanistes du 17e siècle les élèves parlaient couramment le latin. Il faut remettre les choses en perspective. Ces écoles étaient des écoles d'élite où l'on choisissait les élèves les plus brillants et les plus prometteurs et où l'on passait le clair de son temps à étudier le latin. Les profs étaient des experts latinistes et profitaient d'un environnement où le latin était encore parlé couramment. La réalité historique est que le latin a toujours été une langue très minoritaire parce que très difficile.

    La difficulté du latin est un obstacle à son emploi comme langue universelle, hormis son manque de poids économique et politique. On sait que la vraie raison pour laquelle une langue devient "universelle" est l'influence des pays qui parlent cette langue. L'anglais, par exemple, est parlé non parce qu'il est relativement facile, mais à cause de la dominance de l'anglo-américanisme. Mais si on veut faire abstraction de cette loi de l'influence économique et politique, une langue universelle doit nécessairement être facile à apprendre, ce qui n'est pas le cas du latin. Pour moi, c'est décevant d'arriver à cette conclusion puisque l'un des aspects du latin qui m'a attiré à cette langue est son potentiel d'universalité. Je crois encore qu'il serait bénéfique que les nations aient une langue commune qui ne soit pas destinée à remplacer les langues nationales, mais je ne pense pas que le latin puisse accomplir cette fonction. Quand on étudie l'Espéranto et l'Interlingua, on comprend à quel point le latin est difficile. Je m'éloigne du sujet un peu, mais seulement pour souligner que le nombre élevé d'heures passées à étudier le latin s'explique par sa difficulté.



  • @daniel
    Dans ma naïveté, lorsque j'avais commencé à étudier il y a bientôt 4 ans, je croyais qu'en mettant les bouchées double, et en travaillant d'arrache-pied, que j'aurais alors pu terminer la première série d'exercices en 6 mois. Cela m'a pris 2 ans de plus ... Mais je ne regrette pas tout le temps que j'y ai mis, au contraire.

    Oui, le latin est une langue difficile. Il est impressionnant tout de même que beaucoup de personnes la maîtrisaient dans le passé (même en faisant abstraction du fait qu'il était un peu plus facile de l'apprendre étant donnée qu'elle n'était pas tout à fait "morte").