PREMIÈRES LEÇONS DE LATIN — LEÇONS ET DEVOIRS

AVERTISSEMENT

Je publie aujourd’hui une nouvelle tranche des leçons par correspondance que j’ai envoyées naguère, lorsque j’étais professeur de lycée, à de nombreux élèves.

Destiné à remplacer des leçons orales, le présent ouvrage s’adresse aux personnes qui sont dans l’impossibilité de suivre les cours d’un établissement d’enseignement, en raison, soit de leurs occupations (fonctionnaires, employés), soit de leur résidence (instituteurs ruraux, écoliers en vacances, etc.). On y trouvera le ton d’une conversation, et les nombreuses redites qui sont indispensables pour faire entrer les notions voulues dans la mémoire de ceux qui étudient…​

Il n’y a guère que les adultes qui puissent travailler seuls. Cependant mes leçons ont aussi rendu service, pendant les vacances, à beaucoup d’élèves de 6e et de 5e qui y ont trouvé la possibilité de faire une révision claire et commode de ce qu’ils avaient appris en classe.

J’espère que ce livre sans prétention recevra du public le même accueil favorable que mes Leçons pratiques de composition française pour les baccalauréats, brevets et concours, et que mes Leçons particulières de version latine pour les baccalauréats et licences.

PREMIÈRE LEÇON

Plutôt que d’entamer de longs propos sur les avantages du latin, commençons-en aussitôt l’étude. Aussi bien je suppose toujours mes élèves pressés, soit qu’ils aient en vue la prépa­ration d’un examen plus ou moins prochain (étude utilitaire), soit que, par curiosité plus désintéressée, ils désirent ne pas être étrangers à la langue universelle, qui, depuis de longues générations, forme une des bases de la culture intellectuelle dans le monde entier.

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Le verbe être tient une place aussi importante en latin qu’en français. Nous en apprendrons aussitôt l’indicatif présent: je suis, tu es, etc.

Sum, es, est, sumus, estis, sunt.

Remarquez que, normalement, on n’emploie pas le pronom sujet (je, tu, etc.). De même en espagnol «soy» tout seul veut dire je suis. Le latin est donc une langue économique…​

Comment faut-il prononcer? La question est assez peu importante, au fond, car les conversations en latin sont deve­nues fort rares…​ Mais enfin, on peut être amené à citer un mot, un proverbe; à un examen, on vous donne un texte à lire.

En France, on a longtemps prononcé le latin d’une manière traditionnelle, qui s’écartait certainement beaucoup de la pro­nonciation antique. On prononçait toutes les lettres, y compris les e, sur lesquels on ne met jamais d’accent en écrivant, mais qui ne sont cependant jamais muets, et on donnait à u le son o quand il est devant un m ou un n final ou suivi d’une conson­ne. On prononçait donc sum, es, etc. comme des mots fran­çais qui seraient écrits: «somme (e muet), esse, esste, sumusse, esstiss, sonte».

Eram, qui veut dire j’étais, se prononçait érame,

ae se prononçait é.

Enfin, en se prononçait ène à la fin d’un mot: carmen (chant) se prononçait: carmène; et se prononçait in, comme dans main, à l’intérieur d’un mot: patientem se prononçait passyntème.

Il est certain que les Latins ne prononçaient pas de cette manière. Grâce aux ouvrages des grammairiens de l’Anti­quité, nous savons que u se prononçait ou, comme en alle­mand, en espagnol, etc.; c se prononçait k: Cicero = Kikéro; et g, gue: gerere (porter) = guéréré. On faisait sentir toutes les lettres: patientem = pa-ti-èn’tèm'. Il n’y avait pas de j, mais des i: Janus = Ianousse; pas de v, seulement des u: silva = siloua. La plupart des latinistes ont adopté aujourd’hui cette «prononciation restituée».

Mais c’est une illusion de croire qu’en prononçant ainsi on restitue au latin son aspect phonétique véritable. Il y avait en latin autre chose de très important, c’était l’accent tonique.

En français, quand je prononce ce vers de Racine (Esther):

Une postérité d’éternelle durée,

(qui a été promise par Dieu à Abraham, comme vous vous le rappelez), je n’ânonne pas (comme font malheureusement trop d’élèves dans les classes): u-ne-pos-té-ri-té-d’é-ter-nel-le-du-rée, en donnant à toutes les syllabes la même valeur. En disant:

une postérité d'éternelle durée,

j’accentue fortement les syllabes imprimées en caractères gras, assez peu les syllabes imprimées en italiques, très peu les autres, presque pas du tout les e muets.

Si ces différences d’accentuation sont peu considérables en français, vous savez qu’en anglais, en allemand, en espa­gnol, etc., l’accent joue un rôle énorme. Déplacez l’accent d’un mot, on ne reconnaîtra plus le mot. Je me rappelle qu’au cours d’un séjour à Londres, je vins à parler théâtre avec mon hôtesse, et elle me dit son admiration pour Sère Beurne. J’avouai que je n’avais jamais entendu parler de cette ac­trice. C’est qu’elle prononçait Sarah Bernhardt avec l’accent anglais. Elle accentuait les deux premières syllabes, et «ava­lait» les deux dernières.

Les Latins, eux aussi, plaçaient dans chaque mot un accent très net. Seulement ce n’était pas, comme dans nos langues modernes, un accent d’intensité: la voix n’appuyait pas plus sur la syllabe accentuée; c’était un accent de hauteur, c’est-à-dire qu’on prononçait la syllabe accentuée sur une note plus élevée. Il paraît que certains peuples du nord de l’Europe possèdent encore, de nos jours, un accent de ce genre. En tout cas, il nous est à peu près impossible, à nous Français, de le repro­duire. D’autre part, la place de l’accent varie selon la lon­gueur, ou, comme on dit, la quantité de l’avant-dernière syllabe ou pénultième des mots: si cette avant-dernière syllabe est longue (comme par exemple a dans le mot français pâte), elle porte l’accent: patiéntem; si elle est brève (comme par exemple dans patte), l’accent recule sur l’avant-avant-dernière syllabe (ou: antépénultième): Cicero. En pratique il est souvent impossible à un débutant, et même difficile à la plupart des étudiants, de connaître la quantité des syllabes latines, par conséquent de placer correctement l’accent. On renonce donc généralement à le faire sentir, et on se borne à adopter la prononciation dite «restituée». La prononciation «tradition­nelle» est encore employée par beaucoup de personnes d’un certain âge. La lutte a été longtemps chaude entre les partisans de ces deux prononciations. Il est certain que la «resti­tuée» est plus exacte, plus savante. Mais la «traditionnelle» offrait un gros avantage, c’est de nous faire plus facilement découvrir la parenté entre les mots français et les mots latins dont ils viennent. Nous reconnaissons facilement abondance dans abundantia, prononcé abondansia; beaucoup moins faci­lement dans abounndannthia, prononciation restituée. Or, un des gros avantages de l’étude du latin est justement de nous faire mieux comprendre le sens des mots français en nous fai­sant remonter à leurs origines, neuf mots français sur dix venant du latin, comme vous le savez. Quoi qu’il en soit, puisque l’Université a finalement adopté la prononciation «restituée», conformons-nous à sa décision.

Revenons-en à nos moutons, c’est-à-dire au verbe être. Ap­prenez bien ce premier temps, et remarquez bien sa ressem­blance avec le français. La deuxième et la troisième per­sonnes du singulier: tu es, il est, sont identiques. Sunt res­semble à sont comme un frère. Et les trois autres formes ne sont pas non plus bien éloignées des françaises.

Comme vous n’êtes pas encore fatigué par ce premier effort de mémoire, apprenons encore le passé de ce verbe être:

Fui, fuisti, fuit, fuimus, fuistis, fuerunt (ou fuere).

La ressemblance avec je fus, tu fus, etc., est également apparente. Je ne reviens pas sur l’absence du sujet: j’ai déjà dit qu’elle était constante. On n’exprime le pronom sujet que lorsqu’on veut insister sur l’idée que c’est lui, et non un autre, qui agit; ou encore, par exemple, pour opposer les actions de deux personnes: Ego sum bonus, tu es malus. Vous comprenez, sans avoir besoin du dictionnaire, que cela veut dire: «Moi, je suis bon, mais toi, tu es méchant». Notez en passant que tu est le même pronom qu’en français. Quant à ego, qui signifie moi, je, vous le retrouvez dans le vilain mot égoïste, celui qui ne pense qu’à son petit moi. Ces tristes individus ne manquent malheureusement pas, par le temps qui court.

Après cette pénible constatation, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le latin, je reviens à mon passé: fui, etc.

D’abord, je vais vous annoncer une bonne nouvelle. Tandis qu’en français nous avons: 1° un passé simple (je fus); 2° un passé composé (j’ai été); 3° un passé antérieur (j’eus été), le latin ne possède qu’un seul temps pour traduire ces trois formes. Ce sera autant de moins à apprendre: il en restera toujours assez…​

Ce passé latin est généralement appelé par les grammai­riens le parfait. Comparez les mots français: imparfait, plus-que-parfait.

En regardant ce parfait, donc, vous avez certainement été frappé d’y retrouver des terminaisons que vous aviez déjà vues au présent:

mus à la première personne du pluriel (nous écrirons dé­sormais 1re pl. Ce sera autant d’économie. Aussi bien la presse nous apprend de plus en plus à employer les abrévia­tions, depuis le B.C.G. jusqu’à l’O.N.U. (1).

(1) Bacille de Calmette et Guérin, Organisation des Nations-Unies.

Ce mus a donné en français mes: nous sommes, nous fûmes.

tis à la 2e pl.: estis, fuistis. En français, nous avons de même vous êtes, vous fûtes.

nt à la 3e pl.: sunt, fuerunt. Comparez le français: sont, furent.

Nota. — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’emploierai encore, désormais, une autre abréviation. Pour: comparez, j’écrirai: Cf., abrégé de confer, traduction de comparez, en latin. Cette abréviation est très employée, notamment dans les annotations de livres classiques français et étrangers. Puisque nous faisons du latin, c’est la moindre des choses que nous profitions d’une abréviation aussi commode.

t se retrouve à la 3e sing.: est et fuit; fr.: est, fut.

Cependant, si quelques terminaisons sont identiques au présent et au parfait, elles ne le sont pas toutes. Nous avons sum et fui, es et fuisti. C’est donc que tous les temps n’ont pas exactement les mêmes terminaisons. Cf. en français: j’aime et j’aimai, nous aimons et nous aimâmes.

Le présent sum est très irrégulier: c’est la même chose dans toutes les langues.

Mais le parfait fui se conjugue absolument comme tous les parfaits sans exception. Ainsi donc, dès maintenant vous sa­vez conjuguer le parfait de n’importe quel verbe latin: c’est une affaire…​, comme on dit quelquefois.

Mais pour ne pas vous tromper, notez bien dans votre verbe quel est le radical et quelle est la terminaison. Ainsi, dans fui, votre radical est fu, et la terminaison i. A toutes les personnes vous retrouvez le radical fu, et le reste appar­tient à la terminaison. Autrement dit, vos terminaisons, au parfait, sont: i, isti, it, imus, istis, erunt (ou, beaucoup plus rarement, ere).

Si vous voulez conjuguer le parfait amavi (j’ai aimé), vous prenez le radical amav (sans l'i), et vous y ajoutez les ter­minaisons vues: i, isti, it, etc.

J’ai aimé

amavi

Tu as aimé

amavisti

Il a aimé

amavit

Nous avons aimé

amavimus

Vous avez aimé

amavistis

Ils ont aimé

amaverunt (ou amavere).

C’est le moment de noter que le parfait d’un verbe vous est toujours donné par le dictionnaire. Il sert en effet à former d’autres temps: plus-que-parfait, futur antérieur, etc. C’est donc un temps primitif, comme on dit, et il est assez souvent différent du présent. Vous l’avez vu du reste dans fui, qui ne ressemble guère à sum.

Nous allons bientôt nous arrêter, car pour une première leçon je ne veux pas vous donner de méningite…​ Mais je veux encore enrichir vos connaissances sur un point.

Le verbe être a en latin plusieurs composés, c’est-à-dire des verbes qui sont formés tout simplement d’un préfixe, auquel s’ajoute ce verbe. Par exemple:

adsum, ades…​

je suis présent.

absum, abes…​

je suis absent. Au parfait, on a afui, le b étant tombé.

desum, dees…​

je manque, je fais faut.

obsum, obes…​

je nuis, je fais obstacle.

Je souligne exprès les préfixes des mots français dont je me sers pour traduire, toujours pour vous faire ressortir les rapports entre le latin et le français, et par là même pour vous faciliter la mémoire du latin.

Donc, pour traduire, par exemple: il fait obstacle: obest; tu es absent: abes, etc.

En voilà assez pour aujourd’hui. Je pense que vous avez tout compris, et tout retenu. Pour vous en assurer vous-même, je vous invite à faire quelques exercices. Naturelle­ment, faites-les de mémoire, je veux dire sans vous reporter au texte de la leçon. Si toutefois vous constatez, au moment d’écrire, que vous ne vous rappelez plus, alors c’est que vous n’avez pas encore suffisamment la leçon dans la tête; revoyez-la. En tout cas, ne regardez le corrigé du devoir qu'après avoir fait le devoir. C’est seulement en opérant ainsi que vous tirerez de ces leçons le maximum de profit.

EXERCICES

Etant donnés les verbes étudiés dans la leçon, et les verbes suivants:

delevi

j’ai détruit,

legi

j’ai lu,

audivi

j’ai entendu,

scripsi

j’ai écrit,

Traduire en français:

Amaverunt. Deestis. Obsunt. Fuistis. Legisti. Audivere. Adest. Scripsit. Delevimus. Legistis. Scripserunt. Afuit. Delevit. Legere. Obfuit. Amavisti. Adfuistis. Abest. Dees.

Traduire en latin:

J’ai été présent. Tu as détruit. Ils ont lu. Vous faites obs­tacle. Il a écouté. Nous fûmes absents. Tu as écrit. Nous avons aimé. J’ai manqué. Il écrivit. Toi, tu as écrit, moi, j’ai lu. Je suis. Vous avez détruit. Vous manquez. Ils ont fait obstacle. Il est présent. Ils ont entendu. Nous manquons. Vous avez été absents.

DEUXIÈME LEÇON

Aujourd’hui, nous allons entamer l’étude des noms, et, par la même occasion, des pronoms, qui ne sont autre chose que les remplaçants des noms, et des adjectifs, qui sont les fidèles compagnons des noms, et s’accordent toujours avec eux, — ce qui n’est pas toujours le cas entre compagnons.

En français, une règle générale, qui souffre très peu d’ex­ceptions, veut que la terminaison d’un nom, pronom, ou adjectif, ne soit pas la même au singulier et au pluriel. Homme fait au pluriel hommes. Elle fait elles, animal, animaux.

D’autre part, le féminin diffère du masculin: âne, ânesse; beau, belle; cordial, cordiale.

Il en est de même en latin. La terminaison d’un nom n’est pas la même au singulier qu’au pluriel. Une rose se dit rosa. Des roses, rosae (prononcez rosé, si vous adoptez la pronon­ciation «traditionnelle»; rosa-é, si vous adoptez la «resti­tuée»). La terminaison d’un adjectif varie selon le genre: bon se dit bonus, bonne, bona.

Jusqu’ici, rien de nouveau. Mais rassemblez toute votre attention pour bien comprendre la suite.

En latin, les noms (pronoms, adjectifs) changent aussi leur terminaison selon leur fonction dans la phrase.

Je vous rappelle qu’un nom peut être sujet d’un verbe, ou complément direct, indirect, circonstanciel, etc. C’est cela qu’on appelle sa fonction, ou son rôle.

Donc, si, pour donner à un mot sa forme correcte, il faut savoir exactement quelle est sa fonction, une étude prélimi­naire s’impose: celle de l'analyse grammaticale.

Je ne me fais pas d’illusion sur le peu d’enthousiasme que vous pouvez ressentir pour cette étude. On garde générale­ment, des analyses faites en classe, un souvenir peu drôla­tique. Ne vous attristez pas trop d’avance, cependant. Il ne s’agit plus de répéter indéfiniment: «Nom commun, mas­culin singulier»…​ Nous n’avons à nous préoccuper que de la fonction, et cela devient, non plus une question de mémoire, mais une question d’intelligence, ce qui est tout de même un peu plus intéressant.

Comment reconnaît-on le rôle joué par un nom dans une phrase, ou, pour parler plus exactement, dans une proposition?

1° Le sujet est l’être (personne ou chose) qui est dans l’état ou qui fait l’action exprimée par le verbe. Pierre chante. Paul est couché. Jean devient sérieux.

Cela est tellement simple qu’il n’y a pas lieu d’insister. Il y a cependant des élèves qui trouvent moyen de se tromper, lorsque le sujet, au lieu de précéder le verbe, le suit, ce qui est parfois le cas: Que dit-il? — Halte, s’écria la sentinelle. Mais un peu de bon sens suffit pour éviter cette erreur.

2° Le complément d’objet est l’être (personne ou chose) qui est l’objet de l’action faite par le sujet: Je regarde ma montre. Je veille à ma santé. La nuit succède au jour.

Si l’on n’a pas besoin d’intercaler une préposition entre le verbe et le complément d’objet, on dit qu’on a affaire à un complément d’objet direct: Je regarde ma montre. Pierre mange sa soupe. J’apprends le latin.

Si, au contraire, on est obligé, pour parler correctement, d’intercaler une préposition (généralement à) entre le verbe et le complément d’objet, on dit qu’on a un complément d’objet indirect: Je veille à ma santé. La nuit succède au jour.

Ainsi, en exprimant exactement la même pensée, on peut, selon le verbe que l’on emploie, avoir soit un complément di­rect, soit un complément indirect. Par exemple: la nuit succède au jour (indirect). La nuit remplace le jour (direct). Je veille à ma santé (indirect). Je surveille ma santé (direct).

Les verbes qui s’emploient avec un complément direct sont appelés verbes transitifs. Ceux qui s’emploient avec un com­plément indirect sont appelés verbes intransitifs.

On dit souvent actif dans le sens de transitif, et neutre dans le sens de intransitif.

3° La personne ou la chose en faveur de qui on agit, par exemple à qui on donne quelque chose, pour qui on fait un acte, est un complément d’attribution: Je donne un livre à Pierre. J’étudie pour moi-même.

Il est à noter que les frontières entre le complément d’objet indirect et le complément d’attribution sont assez flottantes. Dans: Je parle à ma mère, mère semble répondre aussi bien à la définition du complément d’objet indirect (j’entretiens ma mère), qu’à celle du complément d’attribution (j’articule des paroles en faveur de ma mère).

Il ne faut pas s’étonner de ces limites imprécises. La langue est une chose vivante. Or il y a toujours dans la vie quelque chose qui échappe à une analyse absolue, à une classification mathématique. Entre la santé proprement dite et la maladie proprement dite, combien d’états douteux! Entre l’intelligence vive et la sottise avérée, que de degrés insaisissables! C’est constamment que l’on éprouve des difficultés à cataloguer les êtres vivants, les sentiments humains, etc.

Mais nous voilà en pleines réflexions philosophiques à propos d’analyse grammaticale…​ Cela prouve bien que «tout est dans tout»…​

Retenons seulement que l’on peut parfois hésiter entre l’appellation de complément indirect et de complément d’attri­bution. Et le nom choisi importe peu, s’il correspond à une compréhension intelligente de la pensée. Dans la phrase: Il crie à tue-tête, il serait inepte d’appeler complément indirect ou complément d’attribution «à tue-tête», qui indique tout bonnement la manière de crier. Mais dans Je crie à mon frère, il n’y a rien d’absurde à appeler frère soit complément l’objet indirect, soit complément d’attribution.

4° Tous les compléments qui indiquent une circonstance de l’action: temps, lieu, manière, cause, etc., etc., s’appellent compléments circonstanciels. Ils n’offrent aucune difficulté à reconnaître.

Je vins le soir à Paris pour une visite. Par le train, j’arrivai en trois heures avec facilité.

Soir est complément circonstanciel de temps. Paris, c. c. de lieu. Visite, c. c. de but. Train, c. c. de manière (ou d’instru­ment). Trois heures, c. c. de temps. Facilité, c. c. de manière.

5° Tous les compléments ne se rapportent pas au verbe. Un nom peut avoir un complément: le livre de Pierre. Pierre est complément de nom. On dit aussi: complément déterminatif.

6° Une remarque encore, et ce sera tout. Il ne faut pas con­fondre avec un complément direct l’attribut, qui marque, non pas un être qui subit l’action du sujet, mais une manière d’être du sujet. Ainsi: Ce livre est utile. Notre situation semble bonne. Il arrive fatigué. Aristide mourut pauvre. Le lion est appelé le roi des animaux.

Tous les mots en caractères gras sont des attributs.

J’insiste beaucoup sur cette question de l’analyse des fonctions, parce que là est vraiment la clé de la compréhen­sion du latin.

Puisque les noms changent de terminaison selon leur fonc­tion, il est impossible d’écrire correctement en latin si l’on n’est pas capable de reconnaître les fonctions remplies par ces mots dans la phrase française.

Inversement, si l’on ne sait pas à quelles fonctions corres­pondent les terminaisons des mots latins, il est impossible de comprendre leur sens exact dans une phrase latine.

Ainsi, ne craignons pas de répéter que la seule méthode pour apprendre rapidement le latin, c’est d’avoir avant tout des notions très nettes d'analyse grammaticale.

Sans doute, à force de traduire du latin au petit bonheur, on finit par s’accoutumer aux mots, aux tournures, et on arrive à comprendre…​, tant bien que mal…​ C’est le cas de pas mal d’élèves au bout de cinq à six ans d’études au lycée. Mais est-ce là une méthode? Non. C’est une étude livrée au hasard, à la fantaisie. C’est le système du Français qui part en Angleterre sans savoir un mot d’anglais, et qui «se débrouille» comme il peut, à force de temps…​ et parce qu’il ne fait que cela. Mais nous n’avons pas le temps…​ ni le moyen…​ d’employer ce système en latin. Et puis, si l’on considère l’étude du latin comme essentiellement éducative, c’est justement parce qu’elle doit apprendre à distinguer, à voir clair, à se rendre un compte net des valeurs de chaque mot.

N’hésitons donc pas, en résumé, à nous remettre un mo­ment à l’analyse grammaticale.

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1° La forme à laquelle se met un nom (pronom ou adjectif) sujet s’appelle le nominatif. C’est la forme sous laquelle on nomme couramment ledit nom. Ainsi la rose se dit en latin rosa. Rosa est un nominatif.

Vous remarquez que, de même que le latin n’exprime pas le pronom sujet devant un verbe, il n’emploie pas d’article, ni défini (le, la, les) ni indéfini (un, une, des), devant un nom. Rosa peut donc signifier, à lui tout seul, la rose ou une rose.

Si le sujet a un attribut, l’attribut prend évidemment la même forme; on dit: le même cas. Dans: La rose est belle, rose et belle seront tous deux au nominatif. Rosa est pulchra. (Prononcez pulcra, ch se prononce toujours comme c tout seul.)

2° La forme que l’on donne à un nom lorsqu’il est complé­ment direct s’appelle l'accusatif. L’accusatif de rosa est rosam.

J’ai aimé une rose: amavi rosam.

3° Le complément indirect et le complément d’attribution, dont nous avons signalé la similitude, prennent la forme appe­lée datif. On dit couramment: se mettent au datif. Le datif de rosa est rosae. J’ai donné de l’eau à la rose: dedi aquam rosae.

Dedi, parfait, forme déjà connue.

Aquam, complément direct, accusatif de aqua (cf. français aquatique, aquarium, etc.). Rosae, complément d’attribution, datif.

Le mot datif est dérivé du verbe qui signifie donner. C’est le cas où on met la personne à qui l’on donne quelque chose.

4° Les compléments circonstanciels se mettent à l'ablatif.

L’ablatif de rosa est rosa.

La fourmi est dans la rose: formica est in rosa.

Formica, sujet, est au nominatif.

In signifie dans, comme en anglais, en allemand, etc.

Rosa, complément circonstanciel de lieu, est à l’ablatif.

5° Le complément du nom (complément déterminatif) se met au génitif. Le génitif de rosa est rosae (même forme que le datif).

La couleur de la rose: color rosae.

6° Enfin, quand on adresse la parole à quelqu’un ou à quelque chose, on adopte une forme dite vocatif (cf. en fran­çais invoquer, invocation, etc.), qui d’ailleurs est presque tou­jours semblable au nominatif.

Le vocatif de rosa est rosa.

O rose, tu es belle: rosa, es pulchra.

Réciter de suite les six cas auxquels peut se mettre un nom s’appelle décliner ce nom. Pour des raisons que nous explique­rons plus tard, nous adopterons, pour décliner les noms, l’ordre suivant:

Nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif, ablatif.

La déclinaison de rosa est donc:

Singulier

Pluriel

Nominatif

Rosa

Rosae

Vocatif

Rosa

Rosae

Accusatif

Rosam

Rosas

Génitif

Rosae

Rosarum

Datif

Rosae

Rosis

Ablatif

Rosa

Rosis

Nom., voc., abl. se ressemblent au singulier.

Gén. et dat. aussi.

Dat. et abl. se ressemblent au pluriel.

Le nom. pl. est semblable au gén. sing.

Lorsque vous cherchez dans le dictionnaire la traduction d’un nom latin, vous trouvez toujours le nominatif et le génitif sing. Les noms qui ont le nom. en a et le gén. en ae sont dits noms de la première déclinaison.

Beaucoup d’adjectifs féminins se déclinent de la même manière. Il faut bien se rappeler qu’en latin l’adjectif s’accorde avec le nom auquel il se rapporte en genre et en nombre, comme en français, et aussi en cas.

De la première déclinaison, par exemple, sont les noms: Rosa, la rose, Aqua, l’eau, que nous avons déjà vus; Terra, la terre, Herba, l’herbe, Stella, l’étoile (cf. constellation), Ira, la colère (cf. irascible), Silva, la forêt (cf. silvestre). Tous ces mots sont du féminin. Mais il y a aussi des mots de la pre­mière déclinaison qui sont du masculin. Tels: advena, l’étran­ger, Agricola, le laboureur, Incola, l’habitant, Nauta, le matelot.

Comme adjectifs féminins, notons: bona, bonne, pulchra, belle, déjà vus tous deux, magna, grande (cf. magnanime).

Je vous conseille beaucoup d’apprendre tous les exemples que vous rencontrez au cours des leçons. Il est très précieux de connaître le sens de beaucoup de mots. Certaines personnes, qui prétendent savoir le latin, n’arrivent pas à lire un texte sans être obligées de consulter à tout moment le dictionnaire. Ce n’est pas savoir une langue que d’en connaître la gram­maire, mais d’en ignorer le vocabulaire.

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Nous nous arrêterons ici pour les noms qui, aujourd’hui, nous ont demandé beaucoup d’explications. Mais vous pouvez, sans vous fatiguer, apprendre encore deux temps du verbe être:

1° L'imparfait de l’indicatif:

eram, eras, erat, eramus, eratis, erant.

Ce temps vous offre un bon exemple des terminaisons (on dit aussi désinences) régulières de toutes les personnes:

m; s; t; mus; tis; nt. On ne les trouve pas absolument à tous les temps. Preuve: fui, fuisti. Mais ce sont les désinences de presque tous les temps des verbes actifs.

2° Le futur de l’indicatif:

ero, eris, erit, erimus, eritis, erunt.

Notez bien la 1re et la 3e pl. ero, erunt, en o et u, tandis que toutes les autres sont en i.

Voilà une leçon bien remplie. Vos exercices diront si elle a été aussi bien comprise.

EXERCICES

Décliner au singulier et au pluriel:

Magna silva, la grande forêt.

Nota. — Il est inutile d’essayer de donner une traduction française de chaque cas. Donnez simplement le mot latin.

Dites la fonction de chacun des mots en italiques dans le texte suivant, et le cas auquel vous le mettriez en latin.

Exemple: compatriote, c. dét. de expérience, génitif.

Je vous l’avoue, plus j’y réfléchis, plus je trouve que toute la philosophie se résume dans la bonne humeur. Croyez-en l’expérience d’un compatriote qui vous a quittés jeune, et qui vous revient vieux, après avoir vu des mondes assez divers. Je ne vous enseignerai pas l’art de faire fortune, ni, comme on dit vulgairement, l’art de faire son chemin; cette spécia­lité-là m’est assez étrangère.

Mais, touchant au terme de ma vie, je peux vous dire un mot d’un art où j’ai pleinement réussi, c’est l’art d’être heureux. Eh bien! pour cela, les recettes ne sont pas nombreuses; il n’y en a qu’une, à vrai dire: c’est de ne pas chercher le bonheur, c’est de poursuivre un objet désintéressé, la science, l’art, le bien de nos semblables, le service de la patrie. A part un très petit nombre d’êtres, qu’il sera possible de diminuer indéfi­niment, il n’y a pas de déshérité du bonheur: notre bonheur, sauf de rares exceptions, est entre nos mains.

Voilà le résultat de mon expérience. Je vous la livre pour ce qu’elle vaut. J’ai toujours eu le goût de la vie, j’en verrai la fin sans tristesse, car je l’ai pleinement goûtée. Et je mourrai en félicitant les jeunes, car la vie est devant eux, et la vie est une chose excellente.

Ernest Renan.

TROISIÈME LEÇON

Notre premier soin va être d’appliquer les notions que nous avons acquises au cours des deux premières leçons. Si la question de l’emploi des cas en latin est restée encore un peu imprécise dans votre esprit, elle va s’éclairer par un exemple, beaucoup mieux que par de nouvelles explications théoriques.

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Premier exemple: thème (traduction du français en latin).

«Une blanche colombe était sur la rive de la Seine. Elle aperçut dans l’eau une petite fourmi presque morte. «O colombe, s’écria l’insecte, aide-moi.» La bonne colombe sauva la fourmi.»

Je n’ai pas besoin de vous avertir que cette imitation peu élégante de la jolie fable de La Fontaine «La colombe et la fourmi» n’a aucune prétention littéraire. Il s’agit simplement de vous fournir un texte facile à traduire, ne renfermant que des mots et des expressions adaptés à vos connaissances bien rudimentaires encore. Nous essaierons de trouver plus tard des thèmes plus intéressants. Encore notre texte, pour pri­mitif qu’il soit, a-t-il un sens: c’est déjà un progrès sur les phrases qu’on pouvait déguster, dit-on, dans certains exer­cices d’anglais il y a cinquante ans: «Le chapeau de ma tante est plus petit que la barque du matelot, mais la maison du général est peinte en vert»…​ et autres de la même saveur.

Si nous examinons les uns après les autres les mots de la première phrase, nous faisons les remarques suivantes:

Une: c’est un article indéfini (un, une, des). Le latin n’en possède pas. Nous n’avons pas à le traduire.

Notons en passant que un, une, ne sont pas toujours articles indéfinis. Ils peuvent être aussi adjectifs numéraux. Ainsi quand je dis: «Dans tout mon jardin, il n’y a aujourd’hui qu'une rose», j’insiste sur le nombre; une est adj. numéral. Nous pouvons nous rendre compte par là, une fois de plus, que l’analyse des mots n’est au fond que l’analyse des idées. Considérée ainsi, l’analyse grammaticale n’est pas si insipide qu’elle paraît au premier abord; c’est un exercice d’intelligence, de discernement.

Blanche est un adjectif: il s’accordera avec le nom auquel il se rapporte, savoir: colombe.

Colombe est le sujet de était; ce nom se mettra donc au nominatif. J’ouvre mon dictionnaire au mot colombe, et j’y lis: columba, ae, f. Cela signifie: ce mot est féminin (f.); il appar­tient à la 1re déclinaison, car son nominatif est en a et son génitif en ae (columba, columbae). Je ne suis donc pas embarassé pour traduire colombe par le nominatif columba, et l’adjectif blanche: alba, ae (c’est-à-dire, encore une fois, alba au nominatif, albae au génitif), s’accordera avec le nom sing. columba: nous aurons par conséquent le nominatif alba. Alba columba.

Je n’insisterai pas sur le verbe était: erat. Il n’y a pas là de difficulté. Plus tard, les verbes nous embarrasseront sou­vent plus que les noms, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Sur. Le dictionnaire m’indique: in. Nous avions déjà vu ce mot, dans le sens de dans, qu’il a aussi.

La, article défini, ne se traduit pas plus que une, article indéfini.

Rive est un complément circonstanciel de lieu. II doit donc se mettre, normalement, à l'ablatif. Rive se dit ripa, ae, f. Sur la rive: in ripa.

De la Seine. Seine est le complément du nom rive (ou: com­plément déterminatif de rive). On mettra le mot latin (Sequana, ae) au génitif, qui est Sequanae.

Ma phrase complète sera: «Alba columba erat in ripa Sequanae».

Je continue. Elle aperçut. Nous avons vu que le pronom sujet ne se traduit pas en latin. Le parfait du verbe apercevoir, j’ai aperçu, ou j’aperçus, est adspexi. Elle, 3e pers. sing.: adspexit.

Dans. Nous le connaissons: in.

L’eau, complém. circ. de lieu, est à l'ablatif. Aqua, aquae, f. Ablatif: aqua. L' ne se traduit pas.

Une petite fourmi. Une, article indéfini, ne se traduit pas. Petite, adjectif, s’accordera avec fourmi, en nombre, genre, cas. Fourmi est le complément d’objet direct de aperçut, nous emploie­rons donc l'accusatif du mot. Fourmi = formica, ae, f. Accusatif: formicam. Par suite petite, qui se dit parva, ae, sera à l'l’accusatif parvam.

Presque est un adverbe qui modifie morte. Les adverbes sont des mots invariables, comme en français. Presque = prope. Beaucoup d’adverbes se terminent en e.

Morte est un participe passé, c’est-à-dire en somme un adjec­tif, qui se rapporte aussi à formicam et se mettra au même cas, l’accusatif. Mortua, ae. Accus.: mortuam.

Adspexit in aqua parvam formicam prope mortuam.

O colombe: Interpellation, invocation, qui se met au vocatif: O columba.

S’écria l’insecte. Attention ici! Le verbe s’écrier, qui est pronominal en français, se traduit en latin par un verbe simple. Cela ne doit pas vous étonner, si vous considérez que s’écrier (en deux mots), ou crier (en un seul) ont au fond le même sens. Aussi trouverons-nous souvent des verbes pronominaux français traduits par des verbes non prono­minaux en latin.

Je m’écriai, ou: je me suis écrié (car nous savons qu’en latin il n’y a qu’un seul temps, le parfait, pour traduire le passé simple, le passé composé et le passé antérieur français), se dit: clamavi. Vous trouvez clamavi dans le psaume si connu: De profundis clamavi ad te, Domine. («Des profondeurs de l’abîme j’ai crié vers toi, Seigneur».) Ici nous avons la 3e sing.: clamavit.

Quelle est la fonction de l’insecte? Qui est-ce qui a crié? C’est l’insecte. C’est donc le sujet du verbe, bien qu’il soit placé après le verbe. J’ai déjà signalé que cela arrivait sou­vent, et qu’il fallait bien se garder de prendre ce sujet pour un complément direct, ce qui est une faute fréquente. Insecte sera donc au nomin. L' ne se traduit pas. Bestiola.

Aide-moi. Comme nous n’avons pas encore étudié l’impé­ratif, ni les pronoms, je suis obligé de vous donner telle quelle la traduction de ces deux mots: adjuva me. Vous re­marquez en passant que me (prononcez bien ) ressemble comme deux gouttes d’eau au français me, complément direct, par exemple dans: «Il me regarde».

Après ce début, vous n’aurez aucun mal à traduire:

La bonne colombe, sujet de sauva, nom.: bona columba.

Sauva, parfait, J’ai sauvé se dit servavi. 3e pers.: servavit.

La fourmi, compl. dir. de sauva, accus.: formicam.

Récapitulons: O columba, clamavit bestiola, adjuva me. Bona columba servavit formicam.

Comme je vous demanderai, en fait d’exercice, Je traduire la fin du récit, il vous sera facile de vous rendre compte si vous avez compris la méthode. Je ne vois d’ailleurs rien là qui puisse être au-dessus de vos forces.

*
*   *

Après cette application de «vieilles» connaissances, si je puis dire, apprenons du nouveau.

La deuxième déclinaison se compose de noms et d’adjectifs dont le génitif est en i. Notez bien une fois de plus que c’est le génitif qui permet de reconnaître les déclinaisons. Le mo­dèle donné, de toute antiquité, pour cette deuxième décli­naison, c’est le mot dominus, «le seigneur». Apprenez-en la déclinaison:

Singulier

Pluriel

Nominatif

Dominus

Domini

Vocatif

Domine

Domini

Accusatif

Dominum

Dominos

Génitif

Domini

Dominorum

Datif

Domino

Dominis

Ablatif

Domino

Dominis

Il y a bien du rapport entre la 1re et la 2e déclinaisons, surtout au pluriel. Le datif et l’ablatif sont tous deux en is, comme dans rosis. L’accusatif est en s: dominos, rosas. Le génitif est en rum: dominorum, rosarum. A l’accus. et au gén., seule la voyelle diffère: a dans la 1re, o dans la 2e.

Le nominatif pluriel est identique au génitif singulier: domini, rosae.

L’accusatif singulier est en m dans les deux déclinaisons: rosam, dominum.

Notez que le datif et l’ablatif sing. sont identiques dans domino, tandis que nous avons datif rosae, ablatif rosa.

Enfin, remarquez que le vocatif de dominus est domine. C’est la seule déclinaison où le vocatif n’est pas semblable au nominatif. Vous vous rappellerez d’autant mieux cette forme Domine, que la liturgie en est remplie: De profundis clamavi ad te, Domine; Domine exaudi orationem meam («Sei­gneur, écoute ma prière»); etc.

Vous trouvez peut-être que je vous cite bien souvent la liturgie. Vous allez me traiter de «clérical» et, si vos opinions sont anticléricales, et que vous aimiez les vocables énergiques, de «calotin». Veuille bien croire que mes citations litur­giques, quelles que soient d’ailleurs mes opinions sur la religion, opinions qu’il ne vous intéresse probablement pas de connaître, sont faites en dehors de tout esprit clérical. Je prends assez souvent en effet mes exemples dans la liturgie, parce que c’est le seul latin que tout le monde ait l’occasion d’entendre ou de lire à chaque instant. Même les athées assistent, par politesse, aux offices de mariage et d’enterrement. Je sais bien qu’il existe encore quelques personnes qui se croiraient déshonorées si elles mettaient le pied dans une église, même pour une des cérémoniés dont je viens de parler. Mais leur nombre est heureusement des plus restreints. Je me permets de dire «heureusement», car il y a là une étroitesse d’esprit bien singulière. Ne refusons pas d’accompagner nos amis à l’église, au temple, à la synagogue, à la mosquée. Et quelle que soit leur religion et la nôtre, inclinons-nous avec respect devant l’hommage qu’ils rendent à leur façon au mystère que nous environne, et devant leur espoir en une justice suprême, espoir peut-être vain, mais qui, en tout cas, leur donne plus de force et de sérénité pour traverser le dur désert de la vie.

Mais nous voilà encore loin du latin…​ Je me suis laissé entraîner à des considérations morales, parce que j’avais cité un passage du De Profundis…​ Je vous en citerai sans doute d’autres encore, au cours de mes leçons, et je m’en excuse d’avance; j’aime beaucoup la musique liturgique, et, tout sentiment religieux à part, encore une fois, je considère l’Office des Morts, en particulier, comme un des plus magni­fiques poèmes lyriques qui aient jamais été écrits.

D’ailleurs, rassurez-vous. Je ne m’en tiendrai pas au latin d’église, loin de là. Car cette langue, qui date du temps de la décadence de l’Empire Romain, quand ce n’est pas du Moyen-Age, est une langue corrompue déjà par les nou­veautés barbares. Nous aurons plus souvent recours à Cicéron et à César, qui parlaient si purement, si «classi­quement». Mais pour commencer, je ne puis m’adresser qu’à ce que vous pouvez connaître un peu: le latin de la messe. Il est vrai que, depuis le Concile Vatican II, beaucoup de prières sont maintenant récitées en français. Néanmoins une partie des offices reste dite en latin, et les missels continuent à renfermer beaucoup de textes latins.

Quand vous aurez appris la déclinaison de Dominus, vous saurez la 2e déclinaison, en tenant compte toutefois des remarques suivantes:

1° Certains noms et adjectifs n’ont pas us au nominatif, par exemple puer, gén. pueri, «l’enfant» (cf. puéril, puéri­culture); vir, viri, «l’homme» (cf. viril, virilité). Ces mots n’ont pas non plus e au vocatif. On décline:

Puer, puer, puerum, pueri, puero, puero. Pueri, pueri, pueros, puerorum, pueris, pueris.

Vir, vir, virum, viri, viro, viro. Viri, viri, viros, virorum, viris, viris.

2° En français, nous avons deux genres: masculin et fémi­nin. En latin, comme en allemand, etc., il y a trois genres:

masculin, féminin et neutre, c’est-à-dire ce qui n’est ni mascu­lin, ni féminin. Hâtons-nous de dire que le genre d’un nom est souvent arbitraire (c’est-à-dire sans raison plausible). Pourquoi mensa, «la table», est-elle féminin, tandis que liber, libri, «le livre», est masculin?

Beaucoup de noms de la 2e déclin, sont du neutre. Ils se ter­minent alors en um, au lieu de us. Templum, «le temple», par exemple, se décline:

Singulier

Pluriel

Nominatif

Templum

Templa

Vocatif

Templum

Templa

Accusatif

Templum

Templa

Génitif

Templi

Templorum

Datif

Templo

Templis

Ablatif

Templo

Templis

Remarquez bien cette règle absolue pour toutes les décli­naisons latines: Dans les neutres (noms, adjectifs, pronoms), le nominatif, le vocatif et l’accusatif sont toujours sem­blables. (C’est pour cela que nous les déclinons de suite.)

Et cette autre, valable aussi pour toutes les déclinaisons (sauf dans quelques rares pronoms):

Le nominatif pluriel neutre est toujours en a (et par suite le vocatif et l’accusatif).

*
*   *

N’oublions pas nos verbes. Apprenons le plus-que-parfait de être: j’avais été…​

Fueram, fueras, fuerat, fueramus, fueratis, fuerant.

Vous avez tout de suite remarqué que ce temps est formé du radical de fui, savoir: fu, et de l’imparfait de être (eram, etc.).

Vous formez de la même façon le plus-que-parfait de tous les verbes. Exemples: scripsi, «j’ai écrit»; «j’avais écrit»: scripseram; «j’ai lu»: legi; «j’avais lu»: legeram, etc.

Le futur antérieur, «j’aurai été», est: fuero, fueris, fuerit, fuerimus, fueritis, fuerint.

C’est donc le futur ero, etc., ajouté au radical du parfait. Notez cependant que le futur antérieur fait à la 3e pl. fuerint, tandis que le futur fait erunt. Fuerint a l’avantage d’éviter une confusion avec fuerunt, «ils furent».

Le futur antérieur de tous les verbes se forme de même: «j’aurai écrit»: scripsero, scripseris, etc. «J’aurai lu»: legero.

Vous voilà donc déjà bien avancés dans l’étude des verbes.

EXERCICES

Décliner:

Populus, i, m, «le peuple».

Niger, nigri, «noir», adj.

Verbum, i, n, «le mot» (cf. verbeux, «qui dit beaucoup de mots»).

a) Donner l’analyse des noms (fonction seulement) du texte suivant.

b) Traduire le texte suivant en latin.

Alors un laboureur voulut tuer la colombe avec une flèche. Mais la fourmi mordit le laboureur, il ne put lancer la flèche convenablement. Ainsi la fourmi sauva la colombe.

Nota. — Voici les mots dont vous avez besoin pour traduire ce texte:

«Alors» se dit: tum. «Laboureur» (déjà vu) = agricola, ae, m. Le parfait du vb. «vouloir», «je voulus», est volui; — «tuer», infinitif, se dit occidere; — «avec» ne se traduit pas; le cas auquel vous mettrez le nom «flèche» suffira pour indiquer la fonction, et par suite le sens en latin. «Flèche» = sagitta, ae, f. «Mais»: traduisez par autem, que vous pla­cerez seulement le 2e mot de la phrase latine, après «fourmi» par conséquent. Le parfait de «mordre» est momordi.

«Ne…​ pas…​», négation, se traduit par non. Le parfait de «pouvoir» est potui. «Lancer» se dit emittere. «Convenable­ment», adverbe invariable = recte. «Ainsi» = ita.

QUATRIÈME LEÇON

Nous avons montré la dernière fois comment on traduit du français en latin. Montrons aujourd’hui comment on doit traduire du latin en français.

Je choisis naturellement, pour cette version, un texte extrê­mement facile, si facile que vous le comprendrez sans aucun effort, d’autant plus que c’est la traduction d’une fable de La Fontaine que vous avez tous apprise. Mais permettez-moi, en vue de l’avenir, d’insister justement sur ce point impor­tant: quelque facile que vous paraisse une version, ou une phrase dans une version, ne vous contentez jamais de la deviner, je veux dire d’apercevoir le sens de quelques mots, et de traduire aussitôt, sans examiner posément le cas des noms, pronoms et adjectifs, c’est-à-dire leur fonction dans la phrase, le temps, le mode, la personne des verbes. Vous vous exposeriez souvent à des contresens graves. Nous le verrons plus d’une fois au cours de ce livre. C’est pourquoi aujour­d’hui, bien que nous ayons affaire à un texte extrêmement facile, je vais néanmoins insister sur la structure gramma­ticale, et je vous engage fortement à suivre très attentivement mes explications. Peut-être aurez-vous tendance à trouver leur minutie excessive. Mais au début il convient de ne rien laisser dans l’ombre, et d’adopter une méthode absolument rigoureuse: cette lenteur du début fait gagner du temps par la suite.

De lupo et agno.

Ad claram aquam rivi lupus et agnus simul venerunt. «Turba­visti aquam meam, inquit lupus. — Non possum, respondit alter, nam sum infra te. — Turbavisti tamen, et de me verba injusta dixisti, tu aut dominus tuus. Ergo te occido.» Ita infirmi saepe sunt praeda malorum.

Le titre sollicite déjà votre attention. Si vous consultez le dictionnaire, vous trouvez au mot de: «prép. (abl.), au sujet de». Ce qui signifie: de est une préposition après laquelle on trouve toujours l’ablatif (on dit souvent aussi: qui gouverne l’ablatif). Son sens est: «au sujet de».

Nous sommes par là même fixés sur le cas de lupo et agno. Un mot terminé en o peut être bien des choses. Certains nomi­natifs de la 3e déclinaison sont en o. La 1re personne du singu­lier du futur du verbe être est en o (ero). La 1re pers. sing. du présent indic. de la plupart des verbes est en o, etc., etc. Mais puisque les deux mots qui nous occupent sont placés après une préposition qui est toujours suivie de l’ablatif, lupo et agno sont deux ablatifs. Or, l’ablatif est en o dans la 2e déclin, (dominus). Le nominatif de ces deux mots est donc lupus et agnus (comme dominus) ou lupum et agnum (comme templum). Dans cette incertitude, seul le dictionnaire peut nous fixer. Nous y trouvons en effet lupus et agnus, «loup» et «agneau», comme vous l’aviez déjà deviné.

Remarquez que mon insistance sur ces deux mots est au fond invraisemblable. D’abord parce que ce sont deux mots si simples que le plus «cancre» des latinistes les connaît au bout d’un mois de latin. Ensuite, parce que, à la première ligne de la version, nous avons précisément lupus et agnus, ce qui suffit à nous éclairer sans tant de recherches. Mais j’ai insisté exprès. Car bien souvent l’évidence ne sera pas aussi claire; et la méthode indiquée vous permettra de marcher d’un pas sûr, au lieu de «bafouiller», en cherchant seulement à deviner, sans réfléchir à la grammaire.

Ainsi notre titre est: «Au sujet du loup et de l’agneau». C’est en effet l’habitude latine. Nous nous contentons, en français moderne, d’écrire: «Le loup et l’agneau». Mais, il n’y a pas si longtemps, Jean-Jacques Rousseau intitulait un de ses ouvrages: «Emile ou de l’Education».

Il est bien entendu que nous devons traduire: «Le loup et l’agneau», et non pas calquer la tournure latine, qui serait en français lourde, suprêmement inélégante. Il faut garder à chaque langue son cachet propre, sa physionomie. Nous au­rons souvent l’occasion de revenir là-dessus.

Ad claram…​ venerunt.

Au fur et à mesure que vos yeux se portent sur les mots de la phrase que vous lisez, je veux dire au cours de la toute première lecture, et sans que vous essayiez encore de traduire rationnellement, votre esprit n’est pas sans faire, presque machinalement, quelques remarques.

Ad: ce mot latin ne doit pas vous être totalement inconnu, bien que vous ne l’ayez pas encore appris. On a dû vous le citer comme préfixe servant à former beaucoup de mots français: «adduction» d’eau (amener de l’eau vers une ville, un immeuble, etc…​); «addition» (ajouter à quelque chose), etc…​ Vous devez aussi connaître quelques proverbes latins qui ont pâssé dans la langue courante: «expédier quelqu’un ad patres», vers ses pères, c’est-à-dire «le tuer». «Argument ad hominem», qui s’adresse directement à l’homme en question. «Registre ad hoc»: registre spécial pour cela. Nous avons affaire, en somme, à une préposition qui marque la direction, le but.

Claram aquam. Nous avons certainement là l’accusatif de la 1re déclinaison. Nous connaissons aqua, «l’eau».

Rivi, comme domini, doit être un génitif sing. ou un nom. pl. de rivus.

Lupus et agnus: deux nominatifs, certainement les sujets du verbe.

Venerunt nous rappelle fuerunt, parfait de l’indicatif de sum.

Cette toute première lecture ne nous donne pas le sens de la phrase. Mais elle prépare notre traduction raisonnée, en nous permettant de voir où se trouve chacun des mots: verbe, sujet, complément, que nous allons maintenant cher­cher à prendre dans un ordre rationnel pour arriver à une traduction satisfaisante.

Quel est le premier mot qui doit nous préoccuper?

C’est le verbe.

Je répète, pour que vous reteniez bien: C’EST LE VERBE.

Pourquoi mon insistance, qui doit vous étonner? Parce que cet ordre n’est pas toujours celui qu’on adopte. On dit parfois: «Pour traduire une phrase, cherchez d’abord le sujet, c’est-à-dire le nominatif». C’est une mauvaise méthode.

Supposez par exemple la phrase: Aqua pratum impleverunt incolae. Vous voulez commencer par chercher le nominatif: est-ce aqua, pratum ou incolae?

Supposez encore: Magnum gaudium dederunt bona consilia. Quel est le nominatif? gaudium ou consilia?

C’est qu’en effet l’ablatif de rosa est également rosa. Le géni­tif sing. rosae et le nominatif plur. rosae sont semblables. De même, domini (gén. sing.) et domini (nomin. plur.). Les accusatifs neutres ont la même forme que les nominatifs et nous verrons dans d’autres déclinaisons que d’autres confusions sont possibles.

Commençons au contraire par le verbe. Impleverunt: 3e pl.: «ont rempli». Le sujet est évidemment au pluriel: c’est incolae. Il nous faut ensuite un compl. direct, c’est-à-dire un accusatif: ce ne peut être que pratum, «le pré». Aqua, qui reste, ne peut être qu’un compl. circ. à l’ablatif: «d’eau».

Dans le 2e exemple: le verbe est dederunt, parfait: «ont donné». Le sujet est donc au pluriel: bona consilia. «Les bons conseils ont donné». Le compl. direct est l’accusatif magnum gaudium: «une grande joie».

J’ai pris là des exemples enfantins. Mais quand vous aurez affaire à des textes plus difficiles, vous apprécierez davantage encore la méthode.

Revenons donc, — c’est le cas de le dire — à nos moutons.

Le verbe venerunt, en nous rappelant fuerunt, nous apparaît immédiatement comme la 3e pl. d’un parfait. Ce parfait est veni, du verbe «venir»: «vinrent».

Le sujet? Nous pourrions à la rigueur hésiter entre rivi, nom. pl. de rivus, 2e déclin., «le ruisseau», et lupus et agnus, deux nomin. sing., qui valent un pluriel. Mais rivi peut être un génitif singulier, tandis que lupus et agnus ne peuvent être que des nominatifs. C’est donc eux évidemment les sujets. «Le loup et l’agneau vinrent».

A côté du verbe, nous apercevons un mot, simul, dont la terminaison ne ressemble à rien de ce que nous avons déjà étudié jusqu’ici. Nous n’avons qu’à chercher ce mot tel quel dans le dictionnaire, où nous trouvons: simul, adv., «en­semble».

Nous trouvons de même: Ad, prép. (acc.) «vers, à».

Ad claram aquam: «vinrent ensemble à l’eau claire».

Rivi: gén. de rivus, compl. déterminatif de aquam: «à l’eau claire d’un ruisseau».

Quelques remarques encore.

Rivi pourrait être, grammaticalement, le complément de lupus aussi bien que de aquam. Car, notons-le une fois pour toutes, en latin, il n’y a pas de place fixe dans la phrase, ni pour le sujet, ni pour les compléments. Cela est très impor­tant à retenir. C’est le cas qui permet de reconnaître la fonction d’un mot, et non sa place. En français, au contraire, dans la plupart des cas, la place du mot indique sa fonction. Dans: «L’abeille aime la fleur», l’abeille est sujet et fleur, compl. direct. Dans: «La fleur aime l’abeille», fleur est sujet et abeille compl. direct. En latin, peu importe qu’on commence par fleur ou par abeille. Comme l’une est au nominatif et l’autre à l’accusatif, il n’y a pas de confusion possible.

Nous verrons cependant plus tard que le latin a certaines préférences pour la place des mots. Ce n’est pas encore le moment de nous en occuper.

J’en reviens à rivi. Il pourrait être, disais-je, complément déterminatif de lupus. Mais ici ce n’est pas la grammaire qui va nous guider, c’est le simple bon sens. «L’eau du ruisseau» offre un sens satisfaisant. «Le loup du ruisseau» serait un personnage bien bizarre.

Autre remarque.

Nous avons dit, quand nous avons donné les règles de l’emploi des cas: les compléments circonstanciels se mettent à l'ablatif. Or nous avons ici un compl. circ. de lieu: «à l’eau pure», qui est à l'accusatif. Il y a de quoi troubler nos récentes acquisitions grammaticales…​

C’est que, pour commencer, je n’ai pas voulu compliquer les questions. Certes, en règle générale, les compl. circ. se mettent à l’ablatif. Mais il y a…​ comme partout…​ des excep­tions à cette règle. Notamment celle-ci: certaines prépositions veulent après elles l’ablatif, certaines autres, l’accusatif.

Et même deux prépositions: in «dans, sur», et sub «sous», gouvernent tantôt l’ablatif, tantôt l’accusatif.

Ad veut toujours l’accusatif: de là: ad aquam.

Dernière remarque.

Si je veux chercher dans le dictionnaire le sens de claram, adjectif, je dois chercher le mot clarus.

En effet, le dictionnaire latin me donne, comme le diction­naire français, le masculin des adjectifs et, dans les adjectifs que nous avons étudiés jusqu’ici, le masculin est en us, le féminin est en a, le neutre en um.

Ex.: Clarus, clara, clarum. Bonus, bona, bonum.

Bonus se décline comme dominus, bona comme rosa, bonum comme templum.

«Le loup et l’agneau arrivèrent ensemble à l’onde pure d’un ruisseau». Que de temps, que d’explications pour tra­duire cette misérable ligne…​ Mais je vous avais prévenu que je n’avais nullement l’intention de me presser. Mon désir n’est pas de faire du cent (lignes) à l’heure, mais de vous expliquer quelque chose absolument à fond. Et vous verrez que nous regagnerons bien vite le temps passé à nous arrêter.

Je vais d’ailleurs, pour vous faire plaisir, traduire à toute allure les lignes suivantes. Pour vous faire plaisir d’abord, et surtout parce qu’elles n’offrent aucune difficulté.

Turbavisti, 2e sing. du parfait, «tu as troublé», — aquam meam, acc., compl. dir. «mon eau» (vous avez cherché dans le dictionnaire meus, mea, meum, «mon»); — inquit, 3e sing. du parf.: «dit»; — lupus, nomin., sujet: «le loup». Non possum, 1re sing. d’un verbe composé de sum, analogue à ceux que nous avons déjà étudiés: «je ne puis pas»; — respondit, 3e sing. parf.: «répondit»; alter, nom sing., sujet: «l’autre»; — nam, conjonction de coordination: «car»; — sum: «je suis»; — infra, prép. (acc.): «au-dessous de toi» (te); — te est l’accus. de tu, comme me, déjà vu, est l’accus. de ego.

Turbavisti: «tu as troublé»; — tamen: «cependant»; — et: «et»; — dixisti, 2e sing. parf. (dixi): «tu as dit»; — verba, acc. pl. neutre (verbum, verbi, 2e décl.): «des mots»; — injusta, adjectif (injustus, a, um) acc. pl. n., se rapporte à verba: «injustes»; — de: «au sujet de»; — me, ablatif de ego (forme semblable donc à l’accusatif): «moi»; — tu: «toi» (nomin., sujet); — aut: «ou»; — dominus tuus, nomin., sujet: «ton maître». — Ergo: «donc»; — te occido, verbe: «je te tue». C’est la 1re sing. présent indicatif. Nous n’avons pas encore vu cette forme, mais c’est celle que le dictionnaire vous donne (contrairement au dictionnaire français, qui vous donne l’infinitif). Vous n’avez donc pas à vous tromper.

Ita: «ainsi»; — infirmi, nom. pl. de infirmus, 2e décl., sujet: «les faibles» (cf. français: infirmes); — sunt saepe: «sont souvent»; — praeda, nominatif comme rosa. Ce ne peut être le sujet, puisque le verbe est au pluriel, et que d’ailleurs nous avons déjà pour sujet infirmi. Mais c’est un attribut: «la proie»; — malorum, gén. pl. de malus, compl. dét. du nom proie: «des méchants».

«Tu as troublé mon eau, dit le loup. — Je ne puis pas, répondit l’autre, car je suis au-dessous de toi. — Tu l’as troublée tout de même, et tu m’as calomnié, toi ou ton maî­tre. Donc, je t’étrangle. — Ainsi les faibles sont bien souvent la proie des méchants.»

Vous remarquerez que dans ma construction définitive je n’ai pas conservé exactement les tournures dont je m’étais servi pour faire ma première traduction, alors que je cher­chais le sens de chaque mot l’un après l’autre. On appelle généralement cette première traduction «traduction litté­rale», c’est-à-dire qui prend, pour ainsi dire, le texte «lettre par lettre», ou encore: «mot-à-mot». Après avoir fait un «mot-à-mot» rigoureux, pour bien comprendre à fond la pensée de l’auteur, il faut écrire finalement sa version dans un français aussi pur, aussi élégant que possible: car la version est aussi un exercice de français, et un des plus efficaces pour former le style.

Exactitude et élégance, voilà les deux qualités maîtresses d’une bonne traduction. Ce seront les vôtres, je l’espère.

*
*   *

Et maintenant, un peu de nouveau. Abordons la 3e décli­naison, qui est la plus importante de toutes, c’est-à-dire celle qui a le plus de mots.

Nous prendrons pour modèle: odor, «l’odeur»; et civis, «le citoyen».

Singulier

Pluriel

Nominatif:

odor

civis

odores

cives

Vocatif:

odor

civis

odores

cives

Accusatif:

odorem

civem

odores

cives

Génitif:

odoris

civis

odorum

civium

Datif:

odori

civi

odoribus

civibus

Ablatif:

odore

cive

odoribus

civibus

Faisons, à notre habitude, quelques remarques.

Le génitif singulier est en is. Nous avons déjà dit que c’est au génitif singulier que l’on reconnaît toujours à quelle dé­clinaison un nom appartient. La forme du nominatif n’a aucune importance, elle peut être des plus variées: odor, civis, homo (l’homme), mulier (la femme), infans (le bébé), nix (la neige), etc. Mais le génitif singulier a une grande importance, non seulement parce qu’il permet de reconnaître à quelle déclinaison on a affaire, mais encore parce qu’il donne, en retranchant la terminaison is, le radical du mot, (ici: odor-, civ-) auquel on ajoutera ensuite les terminaisons de tous les autres cas.

Le vocatif est toujours semblable au nominatif. On sait que Dominus, domine, fait seul exception (et les mots qui se déclinent comme lui, naturellement). L’accusatif singulier est en m, comme rosam et dominum.

Les nominatif, vocatif, accusatif pluriels sont semblables et sont en s, comme rosas et dominos.

Le datif et l’ablatif pluriels sont semblables, comme dans rosis et dominis. Mais au lieu de is, on a ibus, terminaison devenue populaire grâce à omnibus, voiture pour tous (datif pl. de omnis, «tout»), d’où l’imitation autobus, et le mot an­glais bus tout court, par abréviation.

Le génitif pluriel est en um, comme dans rosarum et domi­norum, mais sans la syllabe supplémentaire ar ou or.

Si j’ai gardé le génitif pluriel pour la fin, c’est pour mieux y insister. C’est en effet la forme qui doit solliciter toute votre attention.

Odor, odorum. Civis, civium.

Ainsi, certains mots ont le génitif pluriel en um, d’autres en ium.

On appelle ceux qui prennent un i «mots à thème (= radical) en i». Ce sont presque exclusivement:

1° Les mots qui ont le même nombre de syllabes au nomi­natif et au génitif, par exemple: civis, civis; fortis, fortis («courageux»); mare, maris («la mer»); amabilis, ama­bilis («aimable»); etc.

On les nomme: mots parisyllabiques (du latin par, «égal»);

2° Les mots dont le radical est terminé par deux conson­nes, par exemple: mons, montis («le mont»), radical: mont-; prudens, prudentis («prudent»), radical: prudent-.

Cependant quelques «mots à thème en i» ne rentrent pas dans ces deux catégories, par exemple: mus, muris («le rat»), nix, nivis («la neige»), etc. Le dictionnaire vous ren­seigne à leur sujet.

N’oubliez pas, à tous ces mots, de donner un génitif pluriel en ium: civium, fortium, marium, amabilium, montium, pruden­tium, murium, nivium, etc.

Au contraire, des mots comme iter, itineris, n. («le chemin»), corpus, corporis, n. («le corps»), vetus, veteris, adj. ( «vieux» ), qui ne sont pas parisyllabiques et dont le radical n’est terminé que par une seule consonne, ont le génitif plu­riel en um: itinerum, corporum, veterum.

*
*   *

Et les noms neutres de la 3e déclinaison?

Ils n’ont rien de particulier.

1° Les nominatif, vocatif et accusatif sont semblables, comme dans tous les neutres: opus, opus, opus, «l’œuvre». Iter, iter, iter, «le chemin». Mare, mare, mare, «la mer».

2° Le nominatif pluriel est toujours en a. Opus, operis, nom. pl. opera. Iter, itineris, nom. pl. itinera.

A noter seulement que si le génitif pluriel est en ium, le nominatif pluriel est en ia. Mare, maris, nom. pl.: maria.

C’est simple…​ Mais cela demande tout de même à être appris. Car ce n’est pas tout de comprendre, il faut retenir.

Voilà une longue leçon. Voilà quelques grands pas de faits. Mais il faut s’assurer, par des exercices, que le chemin par­couru est bien conquis.

EXERCICES

Décliner: Homo, hominis, «homme». Avis, avis, f., «oi­seau». Caput, capitis, neutre, «tête» (cf. condamnation capitale). Urbs, urbis, f., «ville» (cf. urbain).

Analyser et traduire les verbes suivants: venero, dixerunt, dixerint, inquit, venit, veneratis, possumus, estis, defuit, aberas.

Version. De mure rustico et mure urbano.

Olim mus urbanus invitavit ad cenam rusticum murem. Cibus erat optimus. Subito autem canes non longe latraverunt, et convivae pavidi in cavum decurrerunt. Tum rusticus: «Vale, inquit, malo vivere tute in paupere casa silvae».

Vocabulaire.Mus, muris, m.: «rat». — Rusticus, a, um, adj.: «des champs». — Urbanus, a, um, adj.: «de ville». — Olim: «autrefois». — Invitavi: «j’ai invité». — Cena, ae, f.: «repas». — Cibus, i, m.: «nourriture». — Optimus, a, um: «excellent». — Subito: «tout à coup», adv. — Canis, is, m.: «chien». — Longe: «loin». — Latravi, parf.: «j’ai aboyé». — Conviva, ae, m.: «convive». — Pavidus, a, um, adj.: «effrayé». — Cavus, i, m.: «trou». — Decurri, parf.: «j’ai couru». — Tum: «alors». — Vale: «adieu». — Malo: «je préfère». — Vivere, infinitif: «vivre». — Tute, adv.: «en sécurité». — Pauper, is, adj.: «pauvre». — Casa, ae, f.: «cabane». — Silva, ae, f.: «forêt».

CINQUIÈME LEÇON

Nous avons étudié la dernière fois la troisième déclinaison. Il nous reste encore quelques remarques à faire à son sujet.

Les noms neutres à thème en i, tels que mare, maris, «la mer», qui prennent, comme nous l’avons vu, ium au génitif pluriel (marium) et ia au nominatif pluriel (maria), ont l’abla­tif singulier en i au lieu de e: ablatif de mare, maris: mari (notez que cette forme est la même que celle du datif).

Récapitulons alors la déclinaison de Mare:

Singulier

Pluriel

Nominatif:

Mare

Maria

Vocatif:

Mare

Maria

Accusatif:

Mare

Maria

Génitif:

Maris

Marium

Datif:

Mari

Maribus

Ablatif:

Mari

Maribus

Les noms neutres en al et ar, comme animal (gén. animalis), altar (gén. altaris), «l’autel», qui étaient autrefois en ale, ars (animale, altare), ont conservé l’ablatif en i: animali, altari. Ils se déclinent donc absolument comme mare. Ex.: animal, animal, animal, animalis, animali, animali. Animalia, animalia, ani­malia, animalium, animalibus, animalibus.

La 3e déclinaison comprend beaucoup d'adjectifs. On les décline naturellement comme les noms.

On en trouve qui n’ont au nominatif singulier qu’une seule forme pour le masculin, le féminin et le neutre, par exemple: vetus, gén. veteris, «vieux», dont la déclinaison, absolument régulière, sera:

Singulier

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

Vetus

Vetus

Vetus

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Veterem

Veterem

Vetus

Génitif:

Veteris

Veteris

Veteris

Datif:

Veteri

Veteri

Veteri

Ablatif:

Vetere

Vetere

Vetere

Pluriel

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

Veteres

Veteres

Vetera

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Veteres

Veteres

Vetera

Génitif:

Veterum

Veterum

Veterum

Datif:

Veteribus

Veteribus

Veteribus

Ablatif:

Veteribus

Veteribus

Veteribus

On pourrait présenter cette déclinaison sous une forme plus concentrée, si je puis dire, en évitant de répéter les formes semblables, soit:

Singulier

masculin

féminin

neutre

Nom. et voc.

Vetus

Accusatif:

Veterem

Vetus

Génitif:

Veteris

Datif:

Veteri

Ablatif:

Vetere

Pluriel

masculin

féminin

neutre

Nom., Voc., Acc.:

Veteres

Vetera

Génitif:

Veterum

Datif et Ablatif:

Veteribus

D’autres adjectifs ont une seule forme pour le féminin et le masculin, et une autre pour le neutre. Exemple: fortis, «courageux», f.: fortis; neutre: forte.

Enfin quelques-uns ont une forme pour le masculin, une pour le féminin, une pour le neutre. Ex.: acer, «vif, violent»: masc. acer; fém. acris; neut. acre.

Comme le dictionnaire vous renseigne toujours sur ces formes, il est inutile de faire un effort de mémoire à ce propos.

Les adjectifs à thème en i, qui font ium au génitif pluriel, font i à l’ablatif singulier, tout comme mari.

On aura donc, par exemple;

Singulier

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Fortis

Forte

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Fortem

Forte

Génitif:

Fortis

Datif et ablatif:

Forti

Pluriel

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Fortes

Fortia

Vocatif:

(semblable au nominatif)

Accusatif:

Fortes

Fortia

Génitif:

Fortium

Datif et ablatif:

Fortibus

Déclinaison de acer:

Singulier

masculin

féminin

neutre

Nominatif

Acer

Acris

Acre

Accusatif:

Acrem

Acre

Génitif:

Acris

Datif et ablatif:

Acri

Pluriel

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

Acres

Acria

Accusatif:

Acres

Acria

Génitif:

Acrium

Datif et ablatif:

Acribus

Déclinaison de prudens:

Singulier

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Prudens

Accusatif:

Prudentem

Prudens

Génitif:

Prudentis

Datif et ablatif:

Prudenti

Pluriel

masc. et fém.

neutre

Nominatif:

Prudentes

Prudentia

Accusatif:

»

»

Génitif:

Prudentium

Datif et ablatif:

Prudentibus

Je vous ai donné tous ces exemples, qui ne sont pas indispensables, et qui se ressemblent beaucoup d’ailleurs, surtout afin que vous voyiez plusieurs fois la même chose, et qu’ainsi cela se grave peu à peu dans votre mémoire.

Vous avez certainement remarqué de vous-même que le nombre des formes à apprendre n’est pas si grand qu’il paraît au premier abord, car bien des formes sont semblables. Ainsi les nominatif, vocatif et accusatif neutres sont tou­jours semblables, comme nous l’avons déjà vu. Au pluriel, les nom., voc. et acc. sont semblables aussi pour le masculin et le féminin. Le datif et l’ablatif pluriels sont également semblables.

Une dernière remarque: Quand les adjectifs comme pru­dens, prudentis (imparisyllabiques à radical terminé par deux consonnes) qualifient une personne, on trouve à leur ablatif un e au lieu d’un i: cum filio prudente: «avec un fils prudent».

Vous voyez que cet ablatif singulier de la troisième décli­naison fait beaucoup parler de lui; on rencontre un certain nombre de gens comme cela…​

En somme, dans l’étude des déclinaisons, il y a peu d’efforts d’intelligence, de compréhension, à faire. Il faut surtout rete­nir et s’exercer à appliquer ce qu’on a appris.

*
*   *

Nous avons déjà étudié tout l’indicatif du verbe être et, par la même occasion, les temps composés de l’indicatif (plus-que-parfait et futur antérieur) de tous les verbes.

Aujourd’hui nous allons terminer l’étude de ce précieux auxiliaire si important dans toutes les langues.

L'impératif présent existe en latin comme en français:

«Sois» = es; «soyez» = este.

Mais en plus le latin possède un impératif futur, qui ex­prime un ordre pour l’avenir, et qui d’ailleurs ne s’emploie guère que dans les textes de lois, où il s’agit en effet d’édicter des prescriptions pour l’avenir. Dans le verbe être, cet impé­ratif futur est: esto, estote. On trouve aussi une 3e pers. pluriel: sunto, «qu’ils soient».

Le participe présent n’existe pas dans le verbe sum. C’est une anomalie à retenir, car il existe dans tous les autres verbes.

En revanche, il y a un participe futur que nous n’avons pas en français. Le sens de ce participe futur n’est d’ailleurs pas difficile à comprendre. Le participe présent «étant» veut dire en somme: «qui est». Le participe futur: futu­rus, a, um, veut dire: «qui sera». On le traduit parfois par: «devant être». Il faut bien voir que, dans cette traduction, «devant» n’exprime aucune idée d’obligation, mais seule­ment l’idée du futur, comme quand on dit, en parlant de quelqu’un qui a annoncé sa visite: «Il doit venir», c’est-à-dire: «Il va venir».

Rien de plus facile à retenir que le mot futurus, puisqu’il a donné en français futur: «Le futur général» veut bien dire: celui «qui sera» général.

L'infinitif présent est esse. Rien à remarquer sur lui. Il existe aussi un infinitif futur qu’on traduit souvent par «devoir être», le verbe devoir indiquant seulement l’avenir, comme je l’ai dit tout à l’heure.

Cet infinitif futur n’est autre chose que le participe futur accompagné de l'infinitif présent: futurus esse. Voici un exemple qui vous fera comprendre dans quel cas on peut l’employer: «Il prétend qu’il est prêt» peut se traduire par: «Il prétend être prêt», infinitif présent. De même: «Il prétend qu’il sera prêt» peut se traduire par: «Il pré­tend devoir être prêt», infinitif futur, en latin: futurus esse paratus.

Enfin, il existe un infinitif parfait, comme en français: avoir été = fuisse. Vous reconnaissez le radical fu du par­fait fui, qui sert à former tous les temps composés, et une terminaison isse, qui ressemble beaucoup à esse. Comparez la formation du plus-que-parfait de l’indicatif: fu et l’imparfait eram: fueram.

La formation de l’infinitif parfait est la même dans tous les verbes: «avoir écrit»: scripsisse. «Avoir détruit»: delevisse, etc.

Au subjonctif, nous trouvons les mêmes temps qu’en fran­çais, savoir:

Un présent: «que je sois»: sim, sis, sit, simus, sitis, sint, dont il n’y a rien à dire.

Un imparfait: «que je fusse»: essem, esses, esset, essemus, essetis, essent. Il est formé dans tous les verbes de l’infinitif présent, auquel on ajoute purement et simplement les dési­nences des personnes: de là cet adage que je vous engage à retenir: «L’imparfait du subjonctif est le temps le plus simple à former». Ainsi, soit l’infinitif amare, «aimer»: imp. subj.: amarem. Soit le verbe velle, «vouloir»: imp. subj. vellem; etc.

Un parfait: «que j’aie été»: fuerim, fueris, fuerit, fueri­mus, fueritis, fuerint. Ce temps est absolument le même que le futur antérieur de l’indicatif, sauf à la 1re du sing., qui est fuero au futur antérieur.

Un plus-que-parfait: «que j’eusse été»: fuissem, fuisses, fuisset, fuissemus, fuissetis, fuissent. Notez que le plus-que-parfait du subjonctif se forme comme l'imp. subj., c’est-à-dire avec l’infinitif, mais cette fois l’infinitif parfait, auquel on ajoute les désinences.

Le parfait et le plus-que-parfait du subjonctif se forment de même dans tous les verbes: «Que j’aie écrit»: scripserim; «que j’eusse écrit»: scripsissem. «Que j’eusse détruit»: delevissem, etc.

C’est tout pour le verbe être.

*
*   *

Vous avez sans doute remarqué l'absence du conditionnel. En effet, le latin ne possède pas de forme spéciale pour ce mode. Pour exprimer l’idée du conditionnel, il emploie le subjonctif.

1° Le conditionnel présent, «je serais», se traduit:

a) Par le subjonctif présent, si l’hypothèse est encore réali­sable. Exemple: «Si j’étais riche un jour, je serais heureux». Phrase que d’ailleurs je ne conseille à personne de prendre au sérieux, car il est bien connu que l’argent ne fait pas le bonheur. Ce qui fait le bonheur, c’est la santé, la conscience du devoir accompli…​ et l’étude du latin…​

Si olim («un jour», adverbe) dives sim, beatus sim.

Dives, gén. divitis, 3e décl., «riche». Beatus, a, um, «heu­reux»: béatitude, béat, etc.

Remarquez de plus que, dans la proposition commençant par si, le latin emploie le même temps que dans la proposition principale. Vous avez certainement entendu des étrangers ou des enfants dire: «Si je serais…​» Le latin parle comme eux.

b) Par l'imparfait du subjonctif, si l’hypothèse n’est plus réalisable. Par exemple: «Je voudrais bien donner 100.000 fr. pour fonder une caisse des retraites en faveur des anciens banquiers tombés dans la misère. Malheureusement, je n’ai plus en poche que 3 fr. 95. A cette triste constatation, je m’écrie alors: «Si aujourd’hui j’étais riche, je serais heu­reux». Si dives essem, beatus essem: l’imparfait du subjonctif, parce qu’il s’agit, d’une supposition malheureusement con­traire à la réalité.

2° Le conditionnel passé: «j’aurais été» se traduit par le plus-que-parfait du subjonctif. Exemple: «Si j’avais été riche à ce moment-là, j’aurais été heureux». Si dives tunc fuissem, beatus fuissem.

Voilà aujourd’hui bien des connaissances à consolider. C’est ce que nous allons essayer de faire en arrêtant là nos acquisitions nouvelles et en nous attelant à quelques exercices d’application.

EXERCICES

Déclinez l’adjectif virilis, e, «viril».

Déclinez l’expression: animal magnum.

Notez bien: animal, is, n.; magnus, a, um, adj., «grand».

Traduire en français: abessem, audiverat, audiverit, audi­visset, adsit, adesset, adfuisse, aderat, aderit, ades.

Traduire en latin: je serais, il aura été, qu’il ait été, être, j’écouterais (écouter = audire), que nous eussions écouté (le parfait de audire est audivi), que vous ayez été, vous avez été présents, qu’ils soient absénts, sois présent. Tu serais déjà savant, si tu écoutais; mais ton esprit est toujours absent.

Esprit = mens, mentis, f. — Ton = tuus, a, um. — Mais = sed. — Savant = doctus, a, um. — Déjà = jam. — Toujours = semper.

SIXIÈME LEÇON

Il nous reste encore deux déclinaisons à voir. Mais elles nous donneront moins de mal que les précédentes. D’abord, parce que vous avez maintenant un peu d’entraînement. Ensuite, parce que ces deux dernières déclinaisons ont un certain rapport avec la troisième. Enfin parce qu’elles ne comprennent que des noms (en nombre d’ailleurs restreint) et pas d’adjectifs.

La quatrième déclinaison a le génitif en us: nous savons que c’est au génitif singulier que l’on reconnaît une décli­naison. Le nominatif singulier est en us pour les masculins et féminins; en u pour les neutres.

L’exemple classique de la quatrième déclinaison est manus, «la main».

Singulier

Pluriel

Nominatif:

Manus

Manus

Vocatif:

Manus

Manus

Accusatif:

Manum

Manus

Génitif:

Manus

Manuum

Datif:

Manui

Manibus

Ablatif:

Manu

Manibus

Remarquons au singulier l’accusatif en m, comme tou­jours (rosam, dominum, civem). Le datif en i, comme dans civi, mais avec un u, que nous trouvons à tous les cas du singulier sans exception. L’ablatif seulement en u.

Au pluriel, les nominatif, vocatif et accusatif semblables, les datif et ablatif aussi. Le génitif en um comme dans la 3e déclinaison, mais avec un u en plus: manuum. Les datif et ablatif sont les seules formes de toute la déclinaison sans u. Ils sont absolument les mêmes que dans civibus.

Remarquons enfin que la forme manus, à elle toute seule, peut avoir six rôles: nom., voc. ou gén. sing.; nom., voc. ou acc. pluriel. Il faudra donc «ouvrir l’œil» en face d’un mot de la 4e déclin, en us, car il peut posséder de multiples sens.

Il y a aussi quelques noms neutres, par exemple: cornu, «la corne». Cornu, cornu, cornu, cornus, cornui, cornu. — Cornua, cornua, cornua, cornuum, cornibus, cornibus.

Il n’y a rien à remarquer sur eux. Dans tous les noms neutres, nous l’avons déjà vu bien souvent, les nom. voc. et acc. sont semblables, et le pluriel nom., voc., acc. est en a.

*
*   *

Les verbes vont nous demander un peu plus d’efforts.

Nous connaissons maintenant tout le verbe être et, par son «obligeant intermédiaire», les temps dérivés du parfait dans tous les verbes: plus-que-parfait et futur antérieur de l'indi­catif; parfait et plus-que-parfait du subjonctif, parfait de l'infinitif. De fu-i, nous avons tiré: fueram, fuero, fuerim, fuissem, fuisse. De même, de delevi, «j’ai détruit», nous tirons: deleveram, delevero, deleverim, delevissem, delevisse.

Nous pouvons aussi former l'imparfait du subjonctif de n’im­porte quel verbe: c’est «le temps le plus simple à former»: infinitif + désinences; esse: essem. Delere, «détruire»: delerem, etc.

Il ne nous reste donc plus à apprendre qu’une faible partie des verbes. Nous étudierons aujourd’hui le présent et l'im­parfait de l’indicatif.

Il y a en latin quatre conjugaisons, dont les infinitifs pré­sents sont terminés respectivement en are, ēre, ĕre et ire (ē = e long; ĕ = e bref).

L’énoncé de l’infinitif présent seul suffit pour nous faire connaître si un verbe est de la 1re (are) ou de la 4e (ire). Ainsi: amare, «aimer»; cantare, «chanter». Audire, «écou­ter, entendre». Nutrire, «nourrir», etc.

Mais en ce qui concerne la 2e et la 3e, il est nécessaire de recourir aussi à l’indicatif présent. Dans la 2e conjugaison, l’indicatif présent se termine en eo, es…​ Delere, «détruire»: deleo, «je détruis», deles, «tu détruis», etc. Monere, «aver­tir»: moneo, «j’avertis», mones, «tu avertis», etc. Dans la 3e conj., le présent de l’indicatif est en o, is…​ Legere, «lire»: lego, «je lis», legis, «tu lis»…​ Cadere, «tomber»: cado, «je tombe», cadis, «tu tombes»…​

Voici l'indicatif présent de ces quatre conjugaisons:

Amo

Deleo

Lego

Audio

Amas

Deles

Legis

Audis

Amat

Delet

Legit

Audit

Amamus

Delemus

Legimus

Audimus

Amatis

Deletis

Legitis

Auditis

Amant

Delent

Legunt

Audiunt

Les terminaisons des personnes sont toujours celles que vous connaissez déjà, du moins à partir de la 2e pers. du singulier: s, t, mus, tis, nt. Pour la 1re, nous avons jusqu’ici trouvé en général m: amaveram, amaverim, amavissem. Mais nous avions aussi trouvé o au futur ero, «je serai», et par suite à tous les futurs antérieurs: amavero, «j’aurai aimé», etc.

Ce qui fait la différence entre les quatre conjugaisons, c’est donc uniquement la voyelle qui précède ces désinences per­sonnelles. Nous trouvons dans la 1re conjugaison a, dans la 2e e, dans la 3e i, sauf à la 3e du pluriel, legunt. Quant à la 4e, remarquons qu’elle est toujours semblable à la 3e, sauf qu’elle ajoute un i au radical du verbe, quand il n’y en a pas dans la terminaison. Ainsi on a: audis, audit, audimus, auditis, absolument comme legis, legit, legimus, legitis. Mais on a aud-i-o, contre lego, et aud-i-unt, contre legunt.

*
*   *

Passons à l'imparfait de l’indicatif. Il a pour syllabe carac­téristique ba. Quand j’enseignais cela à des enfants, je leur racontais que ce temps est tellement imparfait qu’on en reste…​ baba…​ Ce n’est pas très fort, mais il faut se mettre à la portée de son auditoire, et ce n’est pas toujours ce qui est le plus spirituel qui fait retenir le mieux…​

Nous avons donc:

Amabam

Delebam

Legebam

Audiebam

Amabas

Delebas

Legebas

Audiebas

Amabat

Delebat

Legebat

Audiebat

Amabamus

Delebamus

Legebamus

Audiebamus

Amabatis

Delebatis

Legebatis

Audiebatis

Amabant

Delebant

Legebant

Audiebant

Sur amabam et delebam, il n’y a rien à dire du tout.

Legere fait legebam, comme delere fait delebam. Quant à la 4e, elle suit fidèlement la 3e, avec un i en plus à la fin du radical, comme je l’ai déjà fait remarquer pour le présent.

Tout cela n’offre rien de mystérieux, ni même rien de difficile à retenir. Cependant il faut faire un certain nombre d’exercices dessus, afin de s’entraîner. Car à force de voir des formes qui sont assez près les unes des autres, on a une tendance inévitable à faire des confusions.

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*   *

Pour terminer, parlons d’une conjugaison qui est un peu à part des quatre que nous venons de voir: c’est la troisième conjugaison mixte.

Comme le nom de mixte l’indique, il s’agit de quelque chose qui, tout en étant de la troisième, est aussi d’une autre. Vous découvrirez vous-même de quoi il s’agit, si je vous conjugue le verbe capere, «prendre», qui fait à l’indicatif présent:

Capio, capis, capit, capimus, capitis, capiunt.

Il s’agit, vous le voyez donc, de verbes de la 3e conjugaison qui se conjuguent comme ceux de la 4e. Par exemple, on a l’imparfait capiebam.

En somme, on ne s’apercevra que ces verbes sont de la 3e, que lorsqu’on aura affaire à un temps formé de l’infinitif présent, par exemple l’imparfait du subjonctif, «le temps le plus simple à former», qui sera: caperem, caperes, etc.

Prenons maintenant le temps de faire quelques exercices, pour appliquer ce que nous avons appris aujourd’hui, et aussi pour revoir ce que nous avons appris autrefois: car ce n’est pas tout d’apprendre, il faut aussi ne pas oublier. Rien ne sert de courir…​ si l’on ne retient point. Terminons sur ce proverbe à peu près.

EXERCICES

Décliner: Fructus, us, m., «le fruit» (cf. fructueux, fructifier, etc.). Genu, us, «le genou» (cf. génuflexion).

Conjuguer: le présent ind. du verbe rapere, rapio, rapis, «voler»; l’imparfait indic. du verbe fleo, fles, «pleurer».

Traduire en latin: tu nourris; vous écoutiez; il avertit; ils lisent; nous avertissions; j’aurai détruit; j’aurais aimé; il aimait; tu as aimé; ils écoutent; avoir été; tu seras présent; vous aurez été présents; que vous ayez été présents; ils ont été présents.

Thème: Un corbeau, perché sur un arbre, tenait un fromage dans (son) bec. Alors un renard, attiré (par) l’odeur: «Bonjour, cher, (lui) dit-il. Par Hercule, tu es fort joli. Si tu chantes bien aussi, tu es sans doute le plus beau des habitants de la forêt». Le sot corbeau désire montrer (sa) superbe voix et ouvre le bec. Le fromage tombe, et le renard, souriant, emporte (sa) proie aussitôt.

Note. Ne pas traduire les mots entre parenthèses.

Vocabulaire. — Corbeau: corvus, i, m. — Perché: insidens, entis, adj. — Arbre: arbor, is, f. — Tenir: tenere, eo, es. — Fromage: caseus, i, m. — Bec: rostrum, i, n. — Alors: tum. — Renard: vulpes, is, f. — Attiré: attractus, a, um. — Odeur: odor, is, m. — Bonjour: ave. — Cher: optimus, a, um. — Dit-il: inquit. — Par Hercule: Hercule. — Fort joli: formo­sissimus, a, um. — Bien: bene. — Aussi: quoque. — Sans: sine (abl.). — Doute: dubium, i, n. — Le plus beau: pulcher­rimus, a, um. — Habitant: incola, ae, m. — Forêt: silva, ae, f. — Sot: Stultus, a, um. — Désirer: cupere, io, is. — Montrer: ostendo, is. — Superbe: praeclarus, a, um. — Voix: vox, vocis, f. — Ouvrir: aperire. — Tomber: fallo, is. — Souriant: subri­dens. — Emporter: rapere, io, is. — Proie: praeda, ae, f. — Aussitôt: statim.

SEPTIÈME LEÇON

Terminons-en aujourd’hui avec les déclinaisons.

La cinquième et dernière a le génitif singulier en ei et le nominatif singulier en es. Nous prendrons pour exemple: res, «la chose».

Singulier.

Pluriel.

Nominatif:

Res

Res

Vocatif:

Res

Res

Accusatif:

Rem

Res

Génitif:

Rei

Rerum

Datif:

Rei

Rebus

Ablatif:

Re

Rebus

Vous connaissez depuis longtemps rebus. Un rébus, c’est une phrase qu’on représente «par des choses» (des images) au lieu de mots.

Au singulier, nous avons toujours l’accusatif en m, le datif en i, comme civi et manui; l’ablatif en e tout seul, comme nous avions manu, en u tout seul. Le génitif et le datif sont semblables, comme dans rosa (rosae, rosae).

Au pluriel, à noter l'e partout, notamment à rebus, alors qu’on avait manibus, civibus. A noter aussi le génitif pluriel, rerum, qui se rapproche de rosarum, dominorum, plus que de civium ou de manuum.

Le nominatif est le même au pluriel qu’au singulier.

La cinquième déclinaison renferme peu de mots, mais elle possède quelques mots qu’on trouve très fréquemment, no­tamment res et dies, «jour».

*
*   *

Pour compléter l’étude des adjectifs, nous devons parler de certains changements de forme qu’on leur fait subir quand on les emploie dans des comparaisons.

En français, nous disons: «Paul est bon. Mais Pierre est encore meilleur que lui». Pour la comparaison, on emploie donc une autre forme que la forme bon. On dit que meilleur est le comparatif de bon. De même, pire est le comparatif de mauvais.

D’ordinaire, au lieu de changer le mot (bon en meilleur, mauvais en pire), on se contente de faire précéder l’adjectif du mot plus: Paul est plus savant que Pierre.

En latin, au contraire, on ajoute une terminaison à l’adjec­tif. Par exemple, «savant» se dit doctus. «Plus savant» se dit doctior. Ainsi, pour former le comparatif d’un adjectif, on ajoute ior au radical.

Si vous avez appris l’anglais, vous avez vu par exemple que «grand» se dit great, et «plus grand», greater. Si vous avez appris l’allemand, vous avez vu que «grand» se dit gross, et «plus grand», grösser. Ior en latin, er en anglais et en alle­mand, eur en français (meilleur), autant de terminaisons qui sont parentes entre elles.

L’adjectif au comparatif (doctior) est de la 3e déclinaison, comme odor. On déclinera: Doctior, doctior, doctiorem, doctioris, doctiori, doctiore; doctiores, doctiores, doctiores, doctiorum, doctioribus, doctioribus.

Au neutre, au lieu de doctior, on a doctius. Us est une ter­minaison fréquente du neutre à la 3e déclinaison. Exemples:

corpus, corporis; opus, operis, «l’œuvre»; vulnus, vulneris, «la blessure», etc.

A part le nominatif doctius, et aussi le pluriel en a (doc­tiora), le neutre se décline absolument comme le masculin et le féminin: Doctius, doctius, doctius, doctioris, doctiori, doctiore. Doctiora, doctiorum, doctioribus.

L’adjectif au comparatif suit son éternel destin d’adjectif: c’est-à-dire qu’il s’accorde toujours avec le nom auquel il se rapporte.

«Paul est plus savant que Pierre»: Paulus est doctior quam Petrus.

Au lieu de faire suivre le comparatif de quam et le cas voulu par le sens (ici le nominatif parce que Pierre est le sujet du verbe «n’est savant» sous-entendu), on peut le faire suivre de l’ablatif seul: Paulus est doctior Petro.

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*   *

S’il s’agit de comparer entre elles plus de deux personnes ou choses, par exemple dans: «Paul est le plus savant de tous les élèves», on emploie une autre forme, qu’on appelle le superlatif. Nous disons quelquefois en français: «Ce livre est superlativement ennuyeux», c’est-à-dire: «au plus haut degré».

Le superlatif est en issimus. Pour doct-us, c’est doct-issi-mus qui se décline comme bonus, a, um.

Paulus est doctissimus omnium discipulorum.

Nous avons déjà vu omnis, e, «tout». Discipulus, «élève», a donné en français disciple. «Le disciple» est le titre d’un des plus beaux romans de Paul Bourget, que je vous engage vivement à lire, si vous ne l’avez déjà lu.

Le superlatif en latin n’a pas seulement le sens de «le plus». Il peut aussi signifier: très savant, quand il est em­ployé seul. Paulus est doctissimus: «Paul est très savant».

En français, nous possédons quelques formes calquées sur ce superlatif: savantissime, illustrissime, etc. Là, le sens est «très savant, très illustre». Dans généralissime, amiralissime, le sens est: «le plus haut en grade».

Comme il n’y a pas, dit le proverbe, de règle sans excep­tions, tous les comparatifs et superlatifs ne se forment pas de la manière régulière que je viens de dire.

1° D’abord, quelques adjectifs, terminés en ius, eus, uus, n’ont pas de forme en ior pour le comparatif, ni de forme en issimus pour le superlatif. On forme alors leur comparatif, comme en français, en plaçant devant eux magis, qui signifie «plus», et leur superlatif, en plaçant devant eux maxime, qui signifie «le plus», ou «très», selon le sens de la phrase.

«Pieux»: pius. «Plus pieux»: magis pius. «Très pieux»: maxime pius.

«Escarpé»: arduus. «Plus escarpé»: magis arduus. «Très escarpé»: maxime arduus.

2° Les adjectifs terminés en er au nom. masc. sing., comme pulcher, gén. pulchri; acer, gén. acris, «vif», forment régu­lièrement leur comparatif: pulchr-ior, acr-ior. Mais, pour for­mer leur superlatif, on ajoute rimus au nom. masc.: pulcher­rimus, acerrimus.

Facilis, «facile», fait au superlatif facillimus; et diffi­cilis, difficillimus. Similis, «semblable», fait simillimus; et dissimilis, «dissemblable», dissimillimus. Gracilis, «grêle», fait gracillimus; et humilis, «humble», fait humillimus.

4° Enfin, de même qu’en français il y a fort peu de rapport entre la forme positive bon et la forme comparative meilleur, certains comparatifs latins diffèrent sensiblement de l’adjectif positif:

Bonus

fait au comparatif

melior,

et au superlatif

optimus

Malus

pejor

pessimus

Magnus

major

maximus

Parvus, «petit»

minor

minimus

Multi, «nombreux»

plures

plurimi

Propinquus, «proche»

propior

proximus

Vous retrouvez sous ces différentes formes l’origine de nombreux mots français: améliorer, optimisme, sens péjoratif (c’est-à-dire sens défavorable), pessimiste, majorité et minorité, le maximum et le minimum, la pluralité, des suffrages, la proxi­mité d’un endroit. Habituez-vous à toujours rapprocher les mots latins des mots français, votre connaissance des deux langues y gagnera.

*
*   *

Passons enfin aux verbes.

De tout l'indicatif, nous n’avons plus à étudier que le futur. Il est très différent, selon qu’on a affaire aux deux pre­mières conjugaisons (amare, delere) ou aux deux dernières (legere, audire).

En effet, on a:

Amabo, «j’aimerai»

Delebo, «je détruirai»

Amabis

Delebis

Amabit

Delebit

Amabimus

Delebimus

Amabitis

Delebitis

Amabunt

Delebunt

Legam, «je lirai»

Audiam, «j’entendrai»

Leges

Audies

Leget

Audiet

Legemus

Audiemus

Legetis

Audietis

Legent

Audient

Là encore, ce ne sont pas les terminaisons qui sont diffi­ciles. Mais ce qui arrive constamment aux débutants, c’est d’attribuer à legere ou à audire (ou aux verbes qui se conju­guent comme eux) un futur en bo, ce qui constitue un horrible barbarisme.

A ce propos, il n’est peut-être pas superflu d’expliquer ce que c’est qu’un barbarisme.

Les Grecs, qui étaient très fiers de leur civilisation, avaient pour tout ce qui n’était pas grec un mépris complet. Ils appe­laient les étrangers, tous en bloc, des Barbares. Faire un barbarisme en parlant, c’est faire une faute comme un étranger pouvait en faire en parlant grec; c’est donc employer un mot qui n’existe pas en grec, — ou en latin, — ou en français.

Ceci dit, revenons à notre futur.

Amabo et delebo ont les mêmes terminaisons que ero, eris, ou que lego, legis. Ce qui est surprenant dans legam, leges, audiam, audies, c’est de voir l'a de la première personne se changer brusquement en e à partir de la 2e.

Le subjonctif présent («que j’aime», etc.) est:

Amem

Deleam

Legam

Audiam

Ames

Deleas

Legas

Audias

Amet

Deleat

Legat

Audiat

Amemus

Deleamus

Legamus

Audiamus

Ametis

Deleatis

Legatis

Audiatis

Ament

Deleant

Legant

Audiant

La voyelle caractéristique est e tout seul dans la 1re conju­gaison, a tout seul dans la 3e, et à la fois e et a (ea) dans la 2e: «e, ea, a», formule simple et commode à retenir.

Ne parlons pas de la 4e; elle «emboîte le pas» à la 3e, comme d’habitude, mais toujours avec son i supplémentaire. La 3e mixte (capere: capiam, capias) fait comme elle, natu­rellement.

Vous devez comprendre maintenant pourquoi j’ai tenu à vous présenter ensemble le futur de l’indicatif et le présent du subjonctif. C’est pour vous faire observer aussitôt les confusions qu’on peut faire entre ces deux temps, surtout dans les 3e et 4e conjugaisons. En effet, la première personne est la même au futur et au subjonctif présent: legam, audiam. Cette ressemblance fait souvent oublier la différence qui existe entre les autres personnes. On prendra par exemple legat pour un futur, alors que c’est un subjonctif, ou leget pour un subjonctif, alors que c’est un futur.

Vous voilà prévenus: «un homme averti en vaut deux…​»

Encore quelques mots la prochaine fois sur les impératifs et les formes non personnelles du verbe, c’est-à-dire celles qui ne se conjuguent pas: infinitif, etc., et nous aurons appris à la fois toutes les déclinaisons et toutes les conjugaisons en ces huit premières leçons. Il n’y aura vraiment pas à se plaindre…​ si tout est su, naturellement.

«J’en accepte l’augure et j’ose l’espérer…​»

comme dit Auguste à la fin de Cinna, — pour des vœux, il est vrai, beaucoup plus ambitieux.

EXERCICES

Décliner: dies optatus, «le jour souhaité».

Nota. Il est très important d’apprendre à associer ainsi un nom et un adjectif de deux déclinaisons différentes, pour s’habituer à bien voir les diverses terminaisons qui peuvent se trouver à un même cas. Il est évident qu’en latin on rencontre constamment, se rapportant l’un à l’autre, des mots de plusieurs déclinaisons.

2° Former le comparatif et le superlatif de: sapiens, sapientis, «sage»; — niger, nigra, nigrum, «noir»; — fortis, forte, «courageux»; — similis, e, «semblable».

3° Donner le futur indicatif de: implere, eo, es, «emplir»; et de dicere, dico, dicis, «dire».

Traduire en français: Rapies. Cantes. Cantas. Cantabas. Cantares. Raperes. Rapiebas. Cantabis. Fleas. Fles. Fleretis. Flebitis. Nutriam. Nutriat. Nutriet.

Version. — Multae puellae Romanae formosos vultus habebant. — Nec fluctuum fremitus nec ventorum impetus peritos nautas terrent. — Boni cives parent legibus. — Quercus ramos ventus movet. — Equi agros arant et plaustra trahunt. — Alta quercus in terram cecidit. — Paupertas non terret poetam. — Quiescimus libenter in umbra magnorum ramorum. — Milites victoriam semper cupiunt. — Romani constituerant sapientes leges.

Vocabulaire

Ager, agri, m. champ.

Pareo, es, obéir.

Altus, a, um, haut.

Paupertas, atis, f. pauvreté.

Aro, as, labourer.

Peritus, a, um, habile.

Cado, cadis, pf. cecidi, tomber.

Plaustrum, i, n. chariot.

Constituo, is, fonder.

Poeta, ae, m., poète.

Cupio, is, ere, désirer.

Puella, ae, f., jeune fille.

Equus, i, m., cheval.

Quercus, us, f., chêne.

Fluctus, us, m., flot.

Quiesco, is, se reposer.

Formosus, a, um, joli.

Ramus, i, m., rameau.

Fremitus, us, m., frémissement.

Romanus, a, um, romain.

Habeo, es, avoir.

Sapiens, tis, adj., sage.

Impetus, us, assaut.

Semper, adv., toujours.

Lex, legis, f., loi.

Terreo, es, terrifier.

Libenter, adv., volontiers.

Traho, is, traîner.

Miles, itis, soldat.

Umbra, ae, f., ombre.

Moveo, es, pf. movi, remuer.

Ventus, i, m., vent.

Nauta, ae, m., matelot.

Victoria, ae, f., victoire

Multi, ae, a, beaucoup de.

Vultus, us, m., visage.

Nec, nec, ni…​ ni…​

HUITIÈME LEÇON

La déclinaison des pronoms français est très irrégulière. On a, quand ils sont sujets: je, tu; et quand ils sont complé­ments: me, te; je t'aime, tu m'aimes.

Il en est de même en latin. Voici la déclinaison du pronom de la 1re personne et du pronom de la 2e personne:

Nom.

Ego, je, moi.

Nos, nous.

Tu, tu, toi.

Vos, vous.

Acc.

Me

Nos

Te

Vos

Gén.

Mei

Nostri ou nostrum

Tui

Vestri ou vestrum

Datif

Mihi

Nobis

Tibi

Vobis

Abl.

Me

Nobis

Te

Vobis

Il n’y a qu’à constater, sans essayer de l’expliquer, la grande différence qui existe entre ego et me, entre me et nos, entre tu et vos. «C’est comme ça parce que c’est comme ça». Constamment dans l’étude des langues, nous en sommes réduits à cette formule qui résume notre impuissance à expli­quer. D’ailleurs, comme nous sommes habitués à ces diffé­rences dans nos pronoms français, nous n’y faisons guère plus attention en latin.

Remarquez bien en tout cas que, au singulier, l’accusatif et l’ablatif sont semblables: me, te. C’est un point à retenir, car nous n’avons rien trouvé d’analogue jusqu’ici, si ce n’est toutefois dans la déclinaison de cornu, neutre bien rare de la 4e déclinaison.

Au pluriel, au contraire, c’est le datif et l’ablatif qui sont semblables, comme à l’ordinaire.

Les datifs nous offrent des formes bien curieuses: mihi, tibi, au singulier; nobis, vobis, au pluriel. Nous sommes loin de tout ce que nous avons appris jusqu’ici à propos de ce cas. Malgré cette étrangeté, les formes nobis et vobis sont parmi les plus connues, en raison de deux formules fréquentes dans la liturgie (j’y reviens encore!): Miserere nobis, «ayez pitié de nous», et Dominus vobiscum, «que le Seigneur soit avec vous».

A ce propos, nous pouvons noter immédiatement cette règle un peu bizarre: la préposition cum («avec») se place après les pronoms personnels, et fait corps avec eux. Par exemple, on dit en français: un «vade mecum», c’est-à-dire un objet dont on ne se sépare jamais. Vade est l’impératif du verbe vadere, «aller, venir». L’expression signifie donc: «Viens avec moi». Cum gouverne toujours l’ablatif.

Quant au génitif de ces pronoms, il est tout bonnement emprunté aux adjectifs possessifs correspondants.

Mon se dit meus, mea, meum. Notre: noster, nostra, nostrum.
Ton se dit: tuus, tua, tuum. Votre: vester, vestra, vestrum.

Mei, tui, nostri, vestri, sont les génitifs de ces adjectifs possessifs.

Vous avez remarqué qu’au pluriel il existe deux formes de génitif: nostrum, vestrum et nostri, vestri. On n’emploie pas indifféremment l’une ou l’autre. Nostrum et vestrum ne s’emploient que pour signifier: «d’entre nous», «d’entre vous». C’est ce qu’on appelle «sens partitif», où il est question de faire partie d’un ensemble. Exemple: «Le meilleur de nous», ou «d’entre nous»: optimus nostrum. Mais si l’on dit: «L’esprit est la meilleure partie de nous», ce qui signifie la meilleure partie de notre individu, et non pas la meilleure personne de notre groupe, on traduira: Mens est optima pars nostri.

Est-il utile de répéter ce que nous avons déjà dit plusieurs fois, que le pronom personnel sujet ne s’exprime normalement pas devant le verbe? «Je ris» = rideo. «Tu pleures» = fles. Ce n’est que lorsqu’on veut insister sur l’idée du sujet qu’on l’exprime: «Hier, c’était toi qui riais, et moi qui pleurais. Aujourd’hui, c’est moi qui ris, et c’est toi qui pleures». Heri tu ridebas et ego flebam. Hodie ego rideo et tu fles.

Je viens donc de répéter une règle déjà expliquée. Ce n’est pas, certes, la dernière fois que cela m’arrivera. Car il ne suffit pas de lire, ni même d’apprendre une seule fois un mot ou une règle pour la savoir. Ce n’est que par la répétition que les idées entrent dans la tête, comme le geste dans la main: «C’est en forgeant qu’on devient forgeron». — Les spécialistes de la publicité le savent bien, eux qui s’atta­chent surtout à répéter leurs réclames. — Attendez-vous donc à ce que je vous répète plusieurs fois la même chose. Remarquez qu’aujourd’hui, d’ailleurs, j’ai introduit mon «rabâchage» d’une manière discrète: «Est-il utile…​?» ce qui semblait signifier que je n’allais pas répéter. Ainsi, lorsqu’un monsieur commence par: «Je n’ai pas de conseil à vous donner…​», vous pouvez être sûr qu’il va vous donner des conseils pendant trois quarts d’heure…​

Cette vue sur les pronoms ne serait pas complète si nous n’y ajoutions l’étude du pronom réfléchi de la 3e personne.

Du pronom réfléchi seulement. Car il n’y a pas en latin de pronom personnel de la 3e personne, correspondant à nos: il, elle, le, la, lui, ils, elles, les, leur. On les remplace par un des pronoms démonstratifs dont nous parlerons dans une prochaine leçon.

Le pronom réfléchi offre beaucoup d’analogie avec le pronom de la 2e personne (tu, te, tui, tibi, te):

Accusatif:

Se

Datif:

Sibi

Génitif:

Sui

Ablatif:

Se

Naturellement, je n’ai pas donné de nominatif. Qu’est-ce en effet que le pronom réfléchi? C’est le pronom qui renvoie au sujet de la phrase, qui le «réflète» pour ainsi dire: de même qui, si vous faites tomber un rayon lumineux sur une glace, vous obtenez un autre rayon, appelé rayon réfléchi. Il ne peut pas y avoir de rayon réfléchi s’il n’y a pas d’abord un autre rayon lumineux. De même il ne peut pas y avoir de pronom réfléchi, s’il n’y a pas d’abord un sujet exprimé. Autrement dit, le pronom réfléchi, par sa nature, ne peut pas être lui-même sujet. Il n’a donc pas de nominatif.

Il est important, pour éviter des contresens, de bien se rappeler que le pronom réfléchi (sui, sibi, se) renvoie toujours au sujet de la phrase. Petrus se amat, «Pierre s’aime» (il y a beaucoup de gens comme Pierre…​)

L’adjectif possessif suus, sua, suum renvoie toujours, lui aussi, au sujet de la phrase. Pater amat liberos suos: «le père aime ses enfants». Mais je ne puis pas dire: «J’aime ses en­fants», en employant suus pour traduire ses. Car le sujet est ici: Je, et les enfants ne sont pas les miens. Je serai obligé de traduire: «les enfants de celui-ci», en me servant du génitif d’un des pronoms démonstratifs dont nous parlerons bientôt.

Notons enfin que suus s’emploie, que le possesseur soit singulier ou pluriel, c’est-à-dire qu’il peut signifier son ou leur.

On n’exprime pas l’adjectif possessif, quand le sens est déjà clair sans lui. Lavat manus: «il lave ses mains». De même en français, je dis: «J’ai mal à la tête», sans adjectif possessif, parce que même les gens les moins intelligents comprennent bien qu’il ne peut s’agir de la tête du voisin.

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*   *

Je voudrais maintenant en finir avec les verbes actifs. L'impératif présent des quatre conjugaisons est:

ama

dele

lege

audi

amate

delete

legite

audite

La 2e pers. singulier se forme directement avec l’infinitif présent, en l’amputant de sa queue, si je puis ainsi dési­gner re: opération chirurgicale qui n’offre aucun danger, ni aucune difficulté.

La 2e pers. pluriel est conforme à l’indicatif présent, c’est-à-dire que avec amatis vous avez amate; avec deletis vous avez delete; avec legitis vous avez legite; et avec auditis vous avez audite.

C’est également en vous réglant sur l’indicatif présent que vous pouvez former sans erreur l'impératif futur, dont nous avons déjà parlé à propos du verbe être:

amato

deleto

legito

audito

amatote

deletote

legitote

auditote

amanto

delento

legunto

audiunto

formes, encore une fois, très rares, sauf dans les textes de lois.

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*   *

Lorsque vous regardez un verbe latin dans un dictionnaire, vous le trouvez toujours avec les formes suivantes:

Amo, as, are, amavi, amatum (aimer)

Scribo, is, ere, scripsi, scriptum (écrire)

Rapio, is, ere, rapui, raptum (ravir), etc.

Les deux premières formes sont la 1re et la 2e pers. sing. du présent indicatif. La 3e est l’infinitif présent qui, à vrai dire, n’est utile que pour différencier la 3e conj. mixte de la 4e; car dans toutes les autres conjugaisons, l’indicatif présent suffit: amo, as; deleo, es; lego, is. La 4e est le parfait.

La 5e forme, qui nous est encore inconnue, s’appelle le supin.

Ce supin lui-même est rarement employé. On le trouve seulement dans les deux cas suivants:

1° A la place de l’infinitif, après un verbe de mouvement:

«Je vais jouer»: Eo lusum (supin de ludere).

2° Une autre forme de supin, en u, comme manu (ablatif) s’emploie également à la place de l’infinitif, après quelques adjectifs qui marquent une impression: Res mirabilis visu (supin de video, voir): «chose admirable à voir». Horribile (neutre) dictu: «chose horrible à dire». Facile factu: «chose facile à faire», etc.

Remarquez l’emploi d’un adjectif neutre pour dire: «chose».

Mais, si le supin lui-même est peu employé, il sert à former le participe passé passif qui, lui, est très employé, comme son collègue français, d’ailleurs. De amatum, supin, on tire amatus, a, um, «aimé»; de scriptum, on tire scriptus, a, um, «écrit», etc.

C’est également du supin que se tire le participe futur actif, dont nous avons déjà fait la connaissance avec futurus, «qui sera», «devant être». Nous avons: amaturus, «qui aimera», «devant aimer»; scripturus, «qui écrira», «de­vant écrire», etc.

Nous avons déjà dit aussi que ce participe futur actif, complété par esse, formait l'infinitif futur actif:

amaturus esse, «aimer dans l’avenir», «devoir aimer».

scripturus esse, «devoir écrire», etc.

Il nous reste à étudier le participe présent, qui offre une grande analogie de forme avec notre participe présent actif français:

«Aimant» se dit: amans, amantis et se décline sur prudens.

De delere, on a delens; de legere, on a legens; de audire, audiens, et capere suit naturellement la 4e: capiens, capientis.

Notons que les participes présents ont l’ablatif singulier en e, tandis que prudens fait tantôt prudente, tantôt prudenti. On a donc: legente, delente, etc. à l’ablatif singulier.

L'infinitif d’un verbe est en somme un nom. La preuve, c’est que nous lui donnons quelquefois un article: «Le man­ger, le boire». La Fontaine a même dit: «Le dormir»:

Et le financier se plaignait
Que les soins de la Providence
N’eussent pas au marché fait vendre le dormir.
Comme le manger et le boire.

En latin, l’infinitif peut être, comme en français, sujet d’un verbe: «Lire est agréable»: legere est jucundum. Dans ce cas, la forme jucundum (de jucundus, a, um) vous montre que l’infinitif est toujours considéré comme un nom neutre.

L’infinitif peut être, non seulement sujet, mais complément:

Ex.: «Le moment de lire» (lire, complément déterminatif de moment).

Le latin possède une sorte de déclinaison de l’infinitif: c’est ce qu’on nomme le gérondif du verbe.

Génitif:

Amandi

Delendi

Legendi

Audiendi

Dat. et abl.:

Amando

Delendo

Legendo

Audiendo

Ac. apr. Ad:

Amandum

Delendum

Legendum

Audiendum

Cette dernière forme sert uniquement à exprimer l’idée de pour. «Il lit pour apprendre»: Legit ad discendum (discere, o, is: nous avons déjà vu discipulus, «l’élève», celui qui apprend).

Cette forme en dum est d’autant plus curieuse que nous avons dit: «L’infinitif est considéré comme un nom neutre». Et en effet, partout ailleurs que dans cette locution ad aman­dum, on trouve l’accusatif semblable au nominatif. «Il aime apprendre»: amat discere. «Il désire voir»: cupit videre, etc.

Le génitif, le datif et l’ablatif (on dit couramment: le gérondif en di, le gérondif en do) s’emploient normalement:

«L’heure de lire»: tempus legendi. «Apte à apprendre»: aptus discendo. «Il a beaucoup appris en lisant» (= par la lecture): multum didicit (parf. de discere) legendo.

Voilà bien des connaissances à la fois sur les verbes. Il faudra donc relire attentivement cette longue leçon, et à plusieurs reprises. D’ailleurs, je ne me fais pas d’illusions vaines: avant que vous ne possédiez à fond tout ce que nous avons vu dans ces premières leçons, il faudra que nous l’ayons revu bien des fois. C’est justement ce que nous aurons l’occa­sion de faire au cours de nos lectures expliquées, au cours des versions et des thèmes. Mais j’ai voulu aller un peu vite au début, justement pour que nous puissions commencer au plus tôt ces lectures, ces traductions. Et il nous était impos­sible de les commencer, si vous ne possédiez pas les éléments de la phrase latine.

EXERCICES

Décliner: Rara avis, «l’oiseau rare». Gén.: rarae avis.

Traduire en latin: je vous vois — tu me vois — il se voit — nous nous voyons — il me donne son cheval — je te donne un cheval — je vous donne des chevaux — je suis avec vous — je ne suis pas le meilleur d’entre vous.

«Voir» = video, es. «Donner» = do, das. «Cheval» = Equus, i, m.

Traduire en latin: Bien écrire est difficile (Bien = bene). Conserve (conservare) le désir (cupido, inis, f.) d’apprendre. Le cheval est apte à courir (curro, is). Je travaille (laboro, as) pour vivre (vivo, is). Je vois une chose horrible à dire.

Donner les participes présent et futur des verbes:

Rapio, is, ere, rapui, raptum, «ravir». — Delectare, o, as, avi, atum, «charmer». — Punio, is, ivi, itum, «punir». — Fleo, es, ere, evi, etum, «pleurer». —Scribo, is, scripsi, scriptum, «écrire».

Thème: Une jeune fille se reposait à l’ombre d’un chêne élevé. Elle avait avec elle un beau (pulcher, pulchra, um) chien (canis, is, m.). Elle voyait dans les champs voisins (vicinus, a, um) des chevaux labourant la terre (terra, ae, f.). Sur la route (via, ae, f.), un berger (pastor, is, m.) avec ses agneaux (agnus, i, m.) revenait (revenio, is, ire) vers le village (vicus, i, m.).

NEUVIÈME LEÇON

J’ai le plus vif désir d’interrompre un moment notre «course en avant» dans l’étude de la grammaire, et de faire avec vous des applications de ce que nous avons appris. En retrouvant à plusieurs reprises, dans des lectures expli­quées et des thèmes, ce que nous avons vu jusqu’ici seulement une fois, vous arriverez peu à peu et sans peine à vous l’assimiler complètement.

Cependant, je dois encore, auparavant, vous signaler une déclinaison un peu spéciale: c’est celle des pronoms-adjectifs démonstratifs, qui sont très fréquemment employés.

Vous vous rappelez ce que c’est en français qu’un pronom démonstratif: celui-ci, celui-là, celle-ci, ceux-ci, etc. Les adjectifs démonstratifs sont: ce, cette, ces.

En latin, il y en a plusieurs. Je prendrai d’abord: ille, illa, illud, formes respectives du masculin, du féminin et du neutre, comme on les donne toujours quand il s’agit d’un adjectif ou d’un pronom. Pronom, ille signifie celui-là; adjectif: ce, cette. Et nous pouvons noter qu’on l’emploie pour désigner, soit un objet éloigné, soit un objet qu’on admire: ille impe­rator = «ce grand général». Voici sa déclinaison:

Singulier

Nom:

ille

illa

illud

Acc.:

illum

illam

illud

Gén.:

illius

pour les 3 genres

Datif:

illi

pour les 3 genres

Abl.:

illo

illa

illo

Pluriel

Nom:

illi

illae

illa

Acc.:

illos

illas

illa

Gén.:

illorum

illarum

illorum

Datif:

illis

pour les 3 genres

Abl.:

illis

pour les 3 genres

Au pluriel et à plusieurs cas du singulier, il n’y a rien d’autre que ce qu’on aurait si on avait affaire à un pronom illus, illa, illum, se déclinant sur bonus, bona, bonum. Les particularités sont très peu nombreuses et portent seulement sur:

1° Le nominatif singulier masculin: ille, et neutre: illud. L’accusatif neutre est naturellement semblable au nominatif, comme toujours.

2° Le génitif singulier en ius pour les trois genres.

3° Le datif singulier en i pour les trois genres.

Absolument comme ille se décline iste, ista, istud, qui signifie toujours ce, cette, mais avec une nuance de mépris, en général: iste liber, «ce mauvais livre».

Ipse, qui signifie «même», moi-même, toi-même, lui-même, etc., a également la même déclinaison, sauf que le nominatif-accusatif neutre est ipsum (pas de d).

Un peu plus compliqué est is, ea, id, qui signifie encore celui ou ce, selon les cas.

Singulier

Nom:

is

ea

id

Acc.:

eum

eam

id

Gén.:

ejus

Datif:

ei

Abl.:

eo

ea

eo

Pluriel

Nom:

ei ou ii

eae

ea

Acc.:

eos

eas

ea

Gén.:

eorum

earum

eorum

Datif:

eis ou iis

Abl.:

eis ou iis

Le pluriel est aussi normal que celui de ille; il a les dési­nences de bonus, a, um, avec un radical e. A noter seulement que devant un i dans la terminaison, l'e du radical peut être remplacé par i: nom. masc. pl.: ei ou ii; dat. et abl. pl: eis ou iis.

Au singulier, au même radical e s’ajoutent les désinences de ille: eius, ei, etc. Noter que d’ordinaire nous écrivons ejus au lieu de eius. Mais le latin ne connaissait pas la lettre j, qui est un signe inventé seulement au xvie siècle par les grammairiens pour distinguer i consonne (son que nous fai­sons entendre par exemple quand nous prononçons hier en une seule syllabe), de i voyelle (que l’on entend dans hi-er prononcé en deux syllabes).

Il n’y a donc à remarquer que le nominatif masculin is et neutre id, où nous retrouvons un d, comme dans illud et istud.

De is, avec la terminaison dem, est formé idem, eadem, idem, qui signifie «le même». Cf. les mots français: identique, identité. La déclinaison de idem est absolument celle de is, sauf au nominatif singulier, où l's de is est tombé, ainsi que le d de id: idem, idem. Mais on a: eumdem, eamdem, idem, ejusdem, eidem, eodem, eadem, eodem, etc.

Enfin nous terminerons par un pronom adjectif assez bizarre d’aspect, mais très fréquent: hic, haec, hoc, qui si­gnifie aussi «celui-là». Ne vous inquiétez pas de voir tant de démonstratifs qui signifient la même chose. En réalité, il y a des nuances assez précises entre eux. Mais nous les étudierons plus tard:

Singulier

Nom.:

hic

haec

hoc

Acc.:

hunc

hanc

hoc

Gén.:

hujus

Datif:

huic

Abl.:

hoc

hac

hoc

Pluriel

Nom:

hi

hae

haec

Acc.:

hos

has

haec

Gén.:

horum

harum

horum

Datif:

his

Abl.:

his

Il ne faut pas se laisser intimider par ce que cette décli­naison peut sembler avoir d’excentrique.

Notez d’abord qu’au pluriel on a absolument la déclinaison de ille, c’est-à-dire de bonus, avec un radical h tout seul. Seule forme à remarquer, le neutre haec. Mais cette forme est celle du féminin singulier, de même que bona, neutre pluriel, est la même forme que bona, fém. singulier.

Au singulier, c’est un peu plus compliqué, du fait d’une terminaison démonstrative c qui rappelle en somme notre ci de «celui-ci», et qu’on trouve à tous les cas, sauf au génitif hujus.

La même formation qu’au pluriel se retrouve (rad. h et désinences de bonus) à l’ablatif, mais avec le c en plus: hoc, hac, hoc et à l’accusatif: humc, hamc. Mais à cause de la présence du c, l'm a été remplacé par un n: hunc, hanc.

Ce qui est plus irrégulier, c’est la présence d’un u au génitif hujus, et au datif huic, et aussi la terminaison ae au nominatif féminin singulier: haec. L'o du neutre nominatif, hoc, n’est pas moins curieux.

C’est en somme la plus difficile des déclinaisons de pro­noms adjectifs. Il faudra donc l’apprendre soigneusement, afin de ne pas être embarrassés si vous la rencontrez.

*
*   *

Après cette petite leçon de grammaire, prenez page 109 le début des Versions.

Les premières pages ne sont pas des extraits d’auteurs latins: aucun texte ancien ne serait assez facile pour conve­nir à des débutants. Ces premières pages sont l’œuvre de latinistes français, qui ont veillé à n’employer que des mots et des tournures à la portée d’élèves ayant seulement quel­ques semaines d’études.

Nous allons commencer, conformément à une très vieille tradition, par un petit résumé de l’histoire grecque: Epitome (mot grec signifiant «résumé» et passé tel quel en latin) historiae graecae (au génitif). Ce résumé commence par quel­ques notions de mythologie. Ce n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire, car la littérature et les beaux arts sont tout imprégnés de mythologie grecque: on ne la connaît donc jamais trop bien.

Commençons donc à lire le chapitre I.

De deis et heroibus. C’est le titre. Nous avons déjà parlé de l’habitude du latin de former le titre avec le mot de (= «au sujet de») et l’ablatif. Deis est donc l’ablatif de deus, que vous pouvez chercher dans un lexique, mais que vous connaissez même sans cela: «dieux». Notez que j’écris les dieux du paganisme avec un petit d. Au contraire on met un D majuscule quand il s’agit du Dieu unique des juifs, des chrétiens, des musulmans, etc.

Heroibus. C’est évidemment un ablatif pluriel, mais dans la 3e déclinaison on ne peut pas savoir d’avance le nominatif.

Vous pouvez hésiter entre herois, comme civis, heroes, comme miles, «le soldat», etc. Le lexique vous apprendra que c’est heros, gén. herois = «demi-dieu». Ne pas confondre avec le mot français «héros», c’est-à-dire «homme très coura­geux»: vir fortissimus.

Graecia paeninsula est, quae inter Ionium et Mediterraneum et Aegaeum mare procurrit.

Cela commence par deux mots au nominatif: l’un est sujet, l’autre attribut. «La Grèce est une péninsule» (ou «pres­qu’île»). Il est inutile de vous faire remarquer une fois de plus l’absence d’article défini (la) et indéfini (une). Vous les suppléez avec votre simple «bon sens».

Quae. Voilà justement un mot que nous n’avons pas encore étudié. C’est le féminin du pronom relatif qui. Nous l’étudie­rons dès la prochaine fois.

Après le pronom relatif, qui est un sujet, nous allons cher­cher le verbe. C’est procurrit. Il est à la fin de la phrase. Rap­pelez-vous bien que, très souvent, c’est à la fin de la phrase que le latin met le verbe. Procurrit vous rappelle legit, 3e con­jugaison. Vous cherchez donc au lexique procurrere, o, is. On vous donne à choisir entre différents sens, que le verbe peut avoir selon les cas: «s’élancer, s’avancer; s’étendre, affluer, faire des progrès». Il est évident que vous ne pouvez pas dire d’une péninsule qu’elle s’élance, ni qu’elle afflue, ni qu’elle fait des progrès. Une péninsule s’étend ou s’avance.

Inter et l’accusatif = «entre».

Mare n’est pas répété devant chaque adjectif. Suppléons-le. Mare Ionium et mare Mediterraneum et mare Aegaeum, «la mer Ionienne, la mer Méditerranée et la mer Egée». Jetez un coup d’œil sur la carte pour vous remémorer quelles sont ces mers. Le neutre mare, maris, vous est déjà connu. Si vous ne vous en souvenez pas bien, profitez-en pour revoir les parti­cularités de sa déclinaison: gén. pl. marium; nom. pl. maria; abl. sing. mari.

Graeciae incolae, Graeci vel Hellenes, a Jove, ut aiunt poetae, originem trahunt.

Pour comprendre une phrase, comme je l’ai déjà dit, il faut d’abord bien voir quel en est le verbe. Ici il y en a deux: aiunt, de aio, ais, «je dis»; et trahunt, de trahere, o, is, «tirer».

Remarquons que ut aiunt poetae est entre deux virgules, et que ut signifie «comme». Il s’agit donc d’une petite propo­sition incise, c’est-à-dire enclavée dans l’autre: «comme di­sent les poètes».

Le verbe principal est donc trahunt. Le sujet sera par suite au pluriel. Ce ne sera pas Graeciae, qui a bien la forme d’un nominatif pluriel, mais qui est un nom singulier, et ne peut être alors qu’au génitif ou datif singulier. C’est incolae, «les habitants»; Graeciae, «de la Grèce». Les deux noms propres au nominatif aussi: Graeci, «les Grecs», vel, «ou», Hellenes, «les Hellènes» sont accolés en appositions à incolas.

Ainsi nous avons: «Les habitants de la Grèce, les Grecs ou Hellènes, comme disent les poètes».

Originem, accusatif, est le complément direct: «leur ori­gine» (origo, inis). Nous ajoutons leur, que le latin n’emploie pas parce que la possession est évidente.

A, préposition qui gouverne l’ablatif: «de».

Jove, ablatif de Jupiter, génitif Jovis. Notez la grande diffé­rence entre le nominatif et le génitif.

«Tirent, à ce que disent les poètes, leur origine de Jupi­ter», «descendent de Jupiter».

Je m’arrête là et je vous demande de lire seuls la fin de ce chapitre sur les dieux, soit une douzaine de lignes. Si cela vous semble un peu difficile, ne vous découragez pas, l’habi­tude viendra vite. Et surtout ne consultez pas le «corrigé» avant d’avoir fait l’effort indispensable de traduire vous-même par écrit.

EXERCICES

Lire le chapitre I: «Les dieux», et en donner la tra­duction (voir texte page 109).

Décliner ille vir fortis, «cet homme courageux».

DIXIÈME LEÇON

Tout près de la déclinaison des pronoms adjectifs démons­tratifs, que nous avons étudiée la dernière fois, se place celle des pronoms et adjectifs relatifs, interrogatifs et indéfinis.

En français, notre pronom relatif est qui, que, dont. La forme varie selon la fonction dans la proposition

«L’homme qui apprend s’enrichit». Qui est du masculin singulier parce qu’il tient la place de homme: qui est sujet de apprend: il serait en latin au nominatif.

«Les leçons que j’apprends sont difficiles». Que est du féminin pluriel, parce qu’il tient la place de leçons; que est le complément direct de j’apprends, il serait en latin à l'accusatif.

«Le professeur dont je suis les cours est un brave père de famille». Dont est au masculin singulier parce qu’il remplace professeur; dont est le complément déterminatif du nom cours, et serait au génitif en latin, etc., etc.

Le pronom relatif latin se décline ainsi:

Singulier

Nom.:

qui

quae

quod

Acc.:

quem

quam

quod

Gén.:

cujus

Datif:

cui

Abl.:

quo

qua

quo

Pluriel

Nom.:

qui

quae

quae

Acc.:

quos

quas

quae

Gén.:

quorum

quarum

quorum

Datif:

quibus

Abl.:

quibus

Ce n’est pas très différent de ille, de hic, etc. Cependant, il y a plusieurs cas curieux: l’accusatif masculin en em, quem, tandis que nous avions illum, hunc, etc.; le féminin singulier, et par suite le neutre pluriel en ae: quae, comme haec, tandis que nous avions illa, ea, etc.; le génitif sing. en ujus: cujus, comme hujus, et le datif en ui: comme huic. Le datif ablatif pluriel en ibus, comme dans la 3e déclinaison, tandis que nous avions illis etc., comme dans la 2e.

Le pronom interrogatif: qui? que? quoi? lequel? ne diffère du relatif qu’au nominatif singulier masculin: quis et neutre: quid. Partout ailleurs, il est identique: quem, quam, quid, cujus, etc.

La plupart des pronoms indéfinis ne sont que des composés de qui ou de quis:

Aliquis, aliqua, aliquid (pronom) et aliquod (adjectif) = «quelqu’un, quelque chose» (pronom) ou «quelque» (ad­jectif).

On trouve aussi, dans le même sens, ce pronom sans ali: quis, qua, quid ou quod.

Quisque, quaeque, quidque (pronom) et quodque (adjec­tif): «chacun».

Quisquam: «quelqu’un»; quidam, quaedam, quiddam et quoddam: «un certain homme», «une certaine chose»; — quivis, quaevis, quidvis et quodvis; quilibet, quaelibet, quidlibet et quodlibet: «n’importe qui, n’importe quoi, n’importe lequel».

Lorsque, dans une interrogation, il s’agit de deux person­nes ou de deux choses, le latin n’emploie pas quis, mais un autre pronom: uter, utra, utrum, «lequel des deux?»

Uter se décline comme niger, nigra, nigrum, «noir», ou bonus, a, um, mais toujours avec le génitif en ius et le datif en i: utrius, utri.

Il existe des composés de uter, comme des composés de quis:

neuter, neutra, neutrum, «ni l’un ni l’autre»;

uterque, utraque, utrumque, «l’un et l’autre»;

alteruter, alterutra, alterutrum, «l’un ou l’autre».

Citons encore quelques pronoms-adjectifs qui, suivant cette déclinaison pronominale, ont le génitif en ius et le datif en i:

ullus et nullus, «aucun»; unus, «un seul»; solus, «seul»; totus, «tout entier».

La différence de sens entre ullus et nullus est importante à comprendre, parce que la même différence existe entre un certain nombre de mots.

Dans nullus, vous voyez un n: le mot est négatif, comme en français aucun …​ne: «Aucun citoyen n’est plus utile à son pays que celui qui élève une famille nombreuse». Nullus traduit à la fois aucun et ne.

«Y a-t-il aucun mérite à dépenser sans compter?» Ici il n’y a pas de négation; aucun = un: ullus.

La différence est la même entre unquam et nunquam:

«jamais» et «ne…​ jamais»; usquam et nusquam: «nulle part».

*
*   *

Nous avons jusqu’ici étudié seulement les verbes actifs, c’est-à-dire ceux qui expriment une action: «j’aime mes en­fants», «j’écris une lettre», «je viens», «je parle», etc.

Le verbe peut exprimer aussi une action, non pas que nous faisons, mais que nous subissons: «Je suis invité par le percep­teur à payer mes contributions». «Cette histoire était racon­tée par ma grand’mère». «Le criminel sera puni par la jus­tice».

On dit alors qu’on a affaire à un verbe passif.

En français, pour conjuguer un verbe passif, on prend le participe passé de ce verbe, et on l’ajoute au verbe être.

Exemple: écouter. Présent indicatif: actif, j’écoute; passif, je suis écouté (verbe être et participe passé).

Verbe aimer. Subjonctif présent: actif, que j’aime; passif, que je sois aimé.

Verbe admirer. Futur indicatif: actif, il admirera; passif, il sera admiré.

Remarque importante. Il ne faut pas confondre les verbes passifs avec certains verbes actifs exprimant un mouvement qui, aux temps composés, sont conjugués avec le verbe être au lieu du verbe avoir: «je suis venu, je suis allé, je suis des­cendu». Dans ce cas-là, personne ne me fait subir une action, c’est moi qui fais une action: ce sont des verbes actifs.

En latin, on forme le passif d’un verbe de deux façons bien distinctes, selon qu’il s’agit d’un temps simple ou d’un temps composé.

Débarrassons-nous tout de suite des temps composés, pour lesquels la question est particulièrement simple:

En latin, les temps composés du passif se forment comme en français, c’est-à-dire qu’on se sert du participe passé et du verbe être: «j’ai été aimé», fui amatus; j’avais été écouté», fueram auditus.

Mais en général, au lieu du temps passé du verbe être (temps composé), on emploie le temps présent (temps simple) correspondant: c’est-à-dire qu’au lieu de amatus fui, on trouve gé­néralement amatus sum; au lieu de amatus fueram, amatus eram; de amatus fuero, amatus ero; de amatus fuerim, amatus sim; de amatus fuissem, amatus essem; de amatus fuisse, amatus esse.

Cela est facile à comprendre. Puisque l’idée du passé est déjà contenue dans le participe, il est inutile de la renouveler en employant encore un temps passé. Sum amatus = «je suis ayant été aimé», par suite = «j’ai été aimé».

Cette formation des temps composés du passif étant ex­cessivement simple, il n’y a pas lieu d’y insister.

Les temps simples du passif se forment en changeant la terminaison de l’actif.

Ce n’est pas très compliqué non plus: il s’agit de bien connaître les temps actifs, et on forme automatiquement les mêmes temps du passif. Exemple:

Amo

j’aime

Amor

je suis aimé

Amas

tu aimes

Amaris

tu es aimé

Amat

il aime

Amatur

il est aimé

Amamus

nous aimons

Amamur

nous sommes aimés

Amatis

vous aimez

Amamini

vous êtes aimés

Amant

ils aiment

Amantur

ils sont aimés

Vous voyez qu’à la première personne, singulier et pluriel, la terminaison du passif est r. Ex.: «J’avertissais», mone­bam; «j’étais averti», monebar. «Je prendrai», capiam; «je serai pris», capiar. «Que nous écoutions», audiamus; «que nous soyons écoutés», audiamur; etc.

La 3e pers. singulier et pluriel se forme en ajoutant ur: «il aimait»: amabat; «il était aimé», amabatur. «Ils écou­teront», audient; «ils seront écoutés», audientur.

La 2e pers. plur. se forme en remplaçant tis par mini: «vous écoutez», auditis; «vous êtes écoutés», audimini; amabitis: amabimini; etc., etc.

La 2e pers. sing. est la seule qui offre une particularité.

En règle générale, on remplace s par ris ou (plus rare­ment) par re. «Tu aimais», amabas; «tu étais aimé», amabaris (ou amabare); «que tu aimes», ames; «que tu sois aimé», ameris (ou amere).

Mais si, à l’actif, on a la terminaison is avec un i bref, cet i se change en e.

J’ai déjà expliqué, dans la première leçon, que les voyelles latines sont tantôt brèves, tantôt longues, comme les voyelles françaises d’ailleurs: on dit une patte, avec un a bref, et une pâte, avec un a long. On dit une bette (légume) et une bête.

Il est donc aisé de comprendre qu’en latin il y ait eu aussi des syllabes longues et des syllabes brèves.

Donc je répète: si la terminaison de la 2e pers. sing. active est is avec un i bref, cet i bref se changera en e.

Or, il n’y a pas à se creuser la tête, ni à faire de grandes recherches pour savoir la longueur ou, comme on dit, la quantité des i qu’on rencontre dans la conjugaison latine. Il n’y a que deux is brefs:

1° L'is de bis, 2e pers. sing. du futur des 1re et 2e conju­gaisons: amabis, manebis. On aura donc au futur passif: «tu seras aimé», amaberis; «tu seras averti», moneberis.

2° L'i du présent de la 3e conjugaison: legis, «tu lis»; «tu es lu»: legeris; «tu prends»: capis; «tu es pris»: caperis.

En revanche, venant de audis, qui est de la 4e, on a: «tu es écouté»: audiris, car l'i est long.

Voici donc, à titre d’exemples, les quatre présents de l’indicatif passif:

amor

moneor

amaris (amare)

moneris (monere)

amatur

monetur

amamur

monemur

amamini

monemini

amantur

monentur

legor

audior

legeris (legere)

audiris (audire)

legitur

auditur

legimur

audimur

legimini

audimini

leguntur

audiuntur

Capior, caperis, capitur suit naturellement la 3e conju­gaison en ce qui concerne la 2e pers. singulier (caperis, comme legeris, tandis qu’on a audiris).

Il est absolument inutile de vous donner tous les temps, ils n’offrent rien de remarquable. Vous pouvez les former vous-même en appliquant les deux règles que je vous ai données pour les temps composés et pour les temps simples.

Les quelques remarques qu’il est nécessaire d’ajouter portent sur:

1° La 2e pers. singulier de l'impératif qui est toujours terminée en re, alors que dans les autres temps, elle est presque toujours terminée en ris. «Sois aimé»: amare; «sois averti»: monere; «sois lu»: legere; «sois écouté»: audire. Si bien qu’en définitive, l’impératif passif a la même forme que l’infinitif actif. Il faudra s’en souvenir pour ne pas se laisser tromper par cette ressemblance.

2° Les infinitifs présents: amari, moneri, legi, capi, audiri. Vous remarquez qu’ils sont tous formés en changeant re en ri, sauf dans la 3e: legi, capi,ere est remplacé par i seulement.

3° L'infinitif futur passif, formé du supin invariable et d’un infinitif passif du verbe ire, aller (verbe qu’on retrouve dans le français: j’irai). «Devoir être aimé»: amatum iri. «Devoir être écrit»: scriptum iri.

Il est très important de bien connaître la conjugaison passive en latin, pour deux raisons:

La première, c’est que, par goût, les Latins employaient le passif plus fréquemment que nous, et qu’on rencontre par conséquent beaucoup de formes passives.

La deuxième, c’est qu’il y a en latin de nombreux verbes qui ont le sens actif, mais qui se conjuguent au passif. C’est ce qu’on appelle les verbes déponents.

Par exemple, le verbe imitor, imitaris qui, comme vous le voyez, se conjugue au passif, a le sens actif: «j’imite, tu imites», etc.

Le verbe sequor, sequeris, sequitur, etc.: «je suis, tu suis, il suit»; le verbe blandior, blandiris, blanditur, etc.: «je flatte, tu flattes, il flatte», sont dans le même cas.

Il n’est donc pas exagéré de dire qu’on rencontre en latin presque autant de formes passives que de formes actives.

EXERCICES

Décliner aux trois genres du singul. et du plur.: quidam, «un certain».

Conjuguer les temps suivants du passif: futur de audire; subjonctif présent de capere; imparfait indicatif de legere; imparfait subjonctif de monere.

Thème (sur le pronom relatif). — Nota. Les numéros placés entre parenthèses à la suite des mots renvoient aux mots latins correspondants qui sont donnés à la fin du thème.

La jeune fille (1) que je vois (2) est belle (3). — La jeune fille dont je vois le visage (4) est aimée par (5) sa mère (6).

Le soldat (7) dont je parle (8) est courageux (9). — Les soldats dont j’étais le chef (10) étaient courageux. — Les animaux que je vois sont des ânes (11). — Les élè­ves (12) à qui je parle m’écoutent toujours (13).

Vocabulaire: (1) puella, ae, f. — (2) video, es. — (3) pulcher, pulchra, pulchrum. — (4) vultus, us, m. — (5) a, prép. (abl.). — (6) mater, matris, f. — (7) miles, militis, m. — (8) loquor, eris. — (9) fortis, e. — (10) dux, ducis, m. — (11) asinus, i, m. — (12) discipulus, i, m. — (13) semper, adv.

Traduire dans l'Epitome, le chapitre 2: Les déesses (voir texte page 110).

ONZIÈME LEÇON

A partir de maintenant, c’est surtout au cours de l’expli­cation de vos devoirs que vous allez acquérir de nouvelles connaissances. Nous devons cependant continuer méthodi­quement notre étude de la grammaire.

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*   *

Il y a en latin quelques verbes irréguliers, comme dans toutes les langues. Nous avons déjà appris esse, «être», et un certain nombre de ses composés: adsum, «je suis pré­sent»; absum, «je suis absent»; desum, «je manque», «je fais défaut»; obsum, «je fais obstacle».

Notons encore: inesse, «être dans»; interesse, «être par­mi», «assister à»; praeesse, «être à la tête de», «com­mander»; superesse, «être en surplus».

Deux autres composés offrent de légères difficultés:

Prosum, «je suis utile» (cf. le français: faire du profit). Il y a simplement à remarquer que, lorsque le verbe esse commence par une voyelle, le préfixe devient prod. Exemples: infinitif présent: prodesse; à l’indic. présent: prodes, prodest, prodestis, contre prosum, prosumus, prosunt.

Imparfait: proderam, proderas, etc. Futur: prodero, pro­deris, etc.

Possum, «je peux». Dans possum, le préfixe est pot; mais le t se change en s quand le verbe être commence par un s. Ex.: au présent de l’indicatif: possum, potes, potest, possumus, potestis, possunt.

En outre, le parfait est potui, d’où potueram, potuero, etc.

Enfin, l’infinitif présent: «pouvoir», se dit posse.

EXERCICES

Traduire en latin: Tu pouvais; — il sera utile; — que nous puissions; — vous avez pu; — nous sommes utiles; — ils ont été utiles; — ils auront été utiles; — qu’ils aient été utiles; — vous aurez pu; — que vous ayez pu.

Décliner: id animal.

Version: (voir texte page 110).

DOUZIÈME LEÇON

Continuons l’étude des quelques verbes irréguliers très fréquents qu’il est indispensable de connaître.

Prenons aujourd’hui le verbe ire, «aller», eo, is, ivi, itum. Ce verbe aller est irrégulier dans beaucoup de langues. Français: aller, je vais, j’irai. Anglais: to go, went, gone. Allemand: gehen, ging, gegangen, etc.

Le présent de l’indicatif fait: eo, is, it, imus, itis, eunt.

Ainsi, bien que le présent de l’infinitif ressemble à la 4e conjugaison, nous avons: eo, eunt.

Au subjonctif présent, on a: eam, eas, eat, eamus, eatis, eant. Imparfait de l’indicatif: ibam, ibas, ibat, etc. Futur: ibo, ibis, etc. Participe présent: iens, gén. euntis. Gérondif: eundi, do, dum.

Je ne parle ni de l’imparfait du subjonctif, «le temps le plus simple à former»: de ire, on tire irem, ires, etc., tout naturellement; ni des temps composés du parfait: iveram, ivero, iverim, ivissem; ni du participe futur iturus, composé du supin. Ils n’offrent aucune irrégularité.

Ce qu’il faut donc remarquer, c’est que:

1° Devant une consonne ou un e, on trouve un radical i:

ibam, ibo, iens, etc.

2° Devant un a, un o ou un u, on a un e: eo, eunt, eam, euntis, eundi.

En somme, ce verbe n’est pas trop compliqué. Il est utile à connaître en raison de ses nombreux composés: adire, «aller vers», «aborder quelqu’un»; abire, «s’en aller»; exire, «sortir», d’où le mot français un exeat, c’est-à-dire une «autorisation de sortie», et le mot anglo-américain: exit, «sortie»; interire, «mourir»; redire, «revenir»; transire, «passer», d’où transit et transition.

Perire, «être perdu», sert de passif à perdere.

Venire, veneo, venis, etc. sert de passif à vendere et signifie «être vendu»: ne pas le confondre avec venire, io, is, «venir».

Enfin, deux verbes rares: queo, «je peux», et nequeo, «je ne peux pas», sont également des composés de ire.

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*   *

Puisque nous parlons d’aller et de venir, c’est le moment d’étudier d’un peu près les compléments circonstanciels de lieu.

On peut en distinguer quatre sortes qui répondent aux questions suivantes:

1° «Où suis-je? où es-tu? où est-il?», etc. Dans ce pre­mier cas, le nom désigne un endroit dans lequel on se trouve. La question: «Où suis-je?» se dit en latin: ubi sum?

Le complément de lieu qui répond à la question ubi? se met normalement à l'ablatif précédé de in («dans» ou «sur») ou de sub «sous».

Sum in urbe, «je suis dans la ville».

Cela répond d’ailleurs absolument aux notions que vous possédez déjà sur l’ablatif, cas ordinaire des compléments circonstanciels.

2° «Où vais-je? où vas-tu?» etc. Il s’agit alors d’un endroit vers lequel on se dirige. En latin où? ne se traduira plus par ubi, mais par quo? quo eo? quo vadis? (de vadere, o, is, autre verbe qui signifie aussi «aller»).

«Vers» se dit ad, ainsi que nous l’avons déjà vu, et veut toujours après lui l'accusatif. «Dans» se dit toujours in, mais à la question quo? in et sub, «sous», veulent tous deux l'accusatif, comme ad.

Ainsi, selon que l’on se dirige vers un lieu, ou que l’on est déjà dans ce lieu, on emploiera d’abord un interrogatif (ad­verbe) différent (ubi, quo) et, dans la réponse, un cas différent.

Sum in urbe, «je suis dans la ville», Eo in urbem, «je vais dans la ville».

Si vous savez l’anglais, vous savez que dans cette langue on ne se sert pas non plus de la même tournure pour dire, par exemple: I am in the town, et I go to the town. On dit de même en allemand: Ich bin in dem Garten, et Ich trete in den Garten, «j’entre dans le jardin».

3° «D’où viens-tu?» Unde venis? Marquant l’éloignement, la provenance, se dit unde, et le complément de lieu, dans ce cas, se met à l'ablatif, qui est naturel, car l’ablatif est par définition le cas de l'éloignement. Quand on éloigne de vous, pur une opération chirurgicale…​ toujours regrettable…​ un de vos membres, on dit qu’on procède à l'ablation de ce membre.

«Je sors de la ville»: exeo ex urbe. «Je m’éloigne de la ville»: discedo ab urbe. La différence entre ex et ab (a devant une consonne, ab devant une voyelle), c’est que ex indique qu’on sort d’un lieu, et ab qu’on s’éloigne d’un lieu dans lequel on n’était pas.

4° «Par où passes-tu?» Qua transis? (de transire). Le lieu par où l’on passe se met souvent à l'ablatif, comme il sied en général à un complément circonstanciel. D’autres fois, on se sert de per = «à travers», préposition qui veut après elle l'accusatif. «Il passe par la Voie Sacrée» (rue fameuse de Rome), Iter facit Via Sacra (abl.). «Il passe par la ville», transit per urbem (acc. avec per).

*
*   *

Ces «questions de lieu», comme on a l’habitude de les désigner dans les grammaires, ne sont pas en somme bien difficiles à comprendre. Mais elles offrent quelques petites complications accessoires.

1° Les adverbes «ici», «là», diffèrent selon les questions, de même que l’adverbe où, que nous avons déjà vu.

Nous avons plusieurs pronoms-adjectifs démonstratifs pour dire celui-ci, celui-là. De même il y a plusieurs adverbes pour dire ici, là, et ces adverbes sont dérivés de chaque démonstratif.

Nous avons à la question:

Venant de:

Ubi

Quo

Unde

Qua

Is

Ibi

Eo

Inde

Ea

Hic

Hic

Huc

Hinc

Hac

Ille

Illic

Illuc

Illinc

Illac

Iste

Istic

Istuc

Istinc

Istac

Notez: partout un i à la question ubi; uc à la question quo, sauf pour eo; in à la question unde; a à la question qua. Pour cette dernière question, à côté de ea, hac, etc., il faut sous-entendre via (abl.): chemin. Ea via = «par ce che­min-ci», etc.

Pour eo, qui diffère de huc, illuc, istuc, retenez l’exemple: Quo vadis? «Où vas-tu?», exemple facile à retenir, à cause du titre du fameux roman, et retenez la réponse: eo eo = «je vais là»: deux fois de suite eo, mais le 1er est le verbe et le 2e un adverbe.

2° Ce n’est pas tout. Il faut encore observer que, devant les noms de ville, on ne met pas de préposition, sauf per.

Question ubi: «Je suis à Athènes», sum Athenis, abl. de Athenae, arum, nom pluriel. «Je suis à Avignon», Avenione; «à Carthage», Carthagine.

Question quo: «Je vais à Rome», eo Romam; «à Lyon», Lugdunum.

Question unde: «Je reviens de Carthage, de Rome»: Redeo Carthagine, Roma.

3° A la question ubi, les noms de villes de la 1re et de la 3e déclinaison du singulier, au lieu de se mettre à l’ablatif, se mettent à un vieux cas, disparu partout ailleurs, qu’on appe­lait le locatif et qui se confond pratiquement avec le génitif.

On dit donc: «Je suis à Rome», sum Romae; «à Lyon», Lugduni (de Lugdunum).

Mais notez bien que cette règle n’est valable que pour les villes des 1re et 2e déclinaisons qui sont du singulier. Nous avons vu tout à l’heure Athenis, à l’ablatif, parce que Athenae, arum, est de la 1re déclinaison, mais du pluriel.

4° Quelques noms communs ont conservé eux aussi le «lo­catif» en question. Ce sont les mots: domi, «à la maison»; humi, «à terre»; ruri, «à la campagne». Ruri vient de rus, ruris, de la 3e déclinaison: ruri n’est donc pas un génitif.

Ces trois noms, suivant encore l’exemple des noms de ville, ne prennent pas de préposition. Eo domum, «je vais à la maison». (Cf. anglais: home; allemand: heim). «Je vais à la campagne»: eo rus (acc.). Redeo domo (abl.), «je reviens de la maison», question unde.

Les questions de lieu sont généralement l’occasion d’erreurs nombreuses de la part des élèves. J’espère que pour votre part, après avoir soigneusement «potassé» cette leçon, vous n’en commettrez jamais…​

EXERCICES

Donner les comparatifs et superlatifs des adjectifs sui­vants: doctus, savant; — acer, acris, acre, vif; — bonus, bon; — praecipuus, principal, essentiel; — similis, semblable.

Traduire en latin: Je suis allé; — tu iras; — il sortait (exire); — va; — qu’il sorte; — nous irions; — il était revenu (redire); — vous avez abordé (adire); — je vois (video) des enfants (puer, i) allant à l’école (schola, ae, f.); — devoir aller.

Version: (voir texte page 111).

Thème. — Les douze travaux qu’Hercule a faits sont très célèbres. Nous parlons encore maintenant des écuries d’Augias, qu’il nettoya. Ces écuries étaient pleines du fumier de nombreuses vaches. Aucun homme n’avait pu les nettoyer. Mais Hercule dériva un fleuve, qui fit l’ouvrage seul.

Nota. Avant de donner la traduction, donner la fonction et le cas des noms, pronoms et adjectifs.

Les mots employés dans ce thème sont ceux de la version indiquée dans la dernière leçon, sauf les suivants: parler = loqui, loquor, eris, locutus sum. Encore maintenant = etiam nunc. Plein: plenus, a, um. Fumier: Stercus, oris, n. Vache: vacca, ae, f. Fleuve: flumen, inis, n.

TREIZIÈME LEÇON

Un verbe irrégulier encore très fréquent est ferre, «por­ter». Fero, fers, tuli, latum. Vous voyez que le parfait tuli et le supin latum sont formés de radicaux tout à fait diffé­rents du présent fero. A part cela, ils n’ont rien de curieux, et forment les temps composés comme tous les parfaits et tous les supins.

L’infinitif ferre, au lieu de ferere, est irrégulier. On en tire l'impératif: fer, qui, vous vous le rappelez, est toujours formé de l’infinitif présent par amputation de la «queue» re: fer. Nous en avons déjà parlé, d’ailleurs, en même temps que des autres impératifs non terminés en e: dic, de dicere, «dire»; duc, de ducere, «conduire»; et fac, de facere, «faire».

De l’infinitif présent, on tire aussi l'imparfait du subjonctif, qui est le «temps le plus simple à former»: ferrem, ferres, etc.

A l'indicatif présent, à côté de fero, ferimus, ferunt, qui sont réguliers, nous avons trois formes contractées: fers, au lieu de feris; fert (pour ferit); fertis (pour feritis). Ce qui donne au passif, pour la 2e pers. «tu es porté»: ferris; pour la 3e: fertur; mais la 2e pers. du pluriel, «vous êtes portés», est régulièrement ferimini, comme si l’on avait régulière­ment feritis.

Ce sont là toutes les irrégularités, peu nombreuses, comme vous le voyez. Le reste se conjugue sur fero, comme les temps de legere sur lego. Ferebam; feram, feres; feram, feras; ferens, entis; ferendi.

*
*   *

La traduction de nos adverbes de quantité: beaucoup, peu, autant, combien, plus, moins, offre quelques difficultés.

Avec un verbe, ce qui est la place normale d’un adverbe, on emploie les mots suivants:

Il travaille

beaucoup:

Multum

laborat

peu:

Parum

Combien il travaille!

Quantum

Il travaille

tant!

Tantum

plus:

Magis

moins:

Minus

assez:

Satis

Ce sont encore ces mots que l’on trouve avec un nom au singulier: «Que d’eau!» = Combien d’eau!: Quantum aquae, etc.

Cependant, pour plus, on n’emploie pas magis, mais plus: plus aquae.

Mais devant un nom au pluriel, le latin n’emploie pas comme nous un adverbe; il se sert d’un adjectif:

Beaucoup de

soldats:

Multi

milites

(= des soldats nombreux).

Peu de

Pauci

Plus de

Plures

(Comparatif de multi, déjà vu avec les comparatifs irréguliers).

Moins de

Pauciores

Que de (ou combien)

Quam multi

Autant de

soldats:

Tam multi

Assez de

Satis multi

Ces derniers exemples nous montrent que, devant un adjectif, comme multi par exemple, que nous avons ici, le latin traduit «combien» par quam et «tant» par tam. «Combien il est savant!» (ou: «qu’il est savant!»): quam doctus est. «Tant il est savant!» (ou: «il est si savant!»): tam doctus est.

Nous ajouterons encore quelques petites remarques:

1° Au lieu de tam multi, qui se décline, on trouve souvent tot, mot indéclinable: nom., tot milites; gén., tot militum, etc.

De même, au lieu de quam multi, on trouve souvent quot, mot indéclinable: quot milites, quot militum, etc.

2° Quand on a affaire à un adjectif (ou un adverbe) au comparatif, on se sert d’un adverbe à l’ablatif: Tanto doctior est: «tant il est plus savant!». Quanto doctior est: «com­bien il est plus savant!» Multo doctior: «beaucoup plus savant».

3° Avec certains verbes qui expriment le prix ou l’estime, on se sert parfois d’un adverbe au génitif: «Combien il t’estime!», quanti te aestimat! «Combien coûte ce livre?», quanti constat hic liber?

4° Avec ces mêmes verbes, on trouve aussi parfois un adverbe à l’ablatif: hic liber constat magno, «ce livre coûte cher»; parvo, «bon marché», etc.

Ces différents emplois vous paraissent évidemment assez compliqués, mais quand vous les aurez rencontrés un certain nombre de fois, ils vous paraîtront beaucoup moins difficiles à comprendre.

EXERCICES

Conjuguer l’imparfait passif du subjonctif de ferre et en donner les sens en français.

Versions: Epitome: a) Guerre de Troie; b) Les Retours (voir texte page 111).

QUATORZIÈME LEÇON

Au cours de nos lectures, nous avons déjà rencontré quel­ques nombres. Faisons aujourd’hui plus ample connaissance avec cette question. C’est d’ailleurs une simple affaire de mémoire, où il y a fort peu de chose à comprendre.

Les dix premiers nombres (1, 2, 3, etc.), base de tout système qui se respecte, sont:

unus, duo, tres, quattuor, quinque, sex, septem, octo, novem, decem.

Sur ces dix «adjectifs numéraux cardinaux», pour parler grammaticalement, trois seulement se déclinent: les trois premiers.

Unus se décline comme les pronoms adjectifs, c’est-à-dire comme bonus, a, um, avec toutefois le génitif en ius et le datif en i.

Duo fait:

masculin

féminin

neutre

Nominatif:

duo

duae

duo

Accusatif:

duos ou duo

duas

duo

Génitif:

duorum

duarum

duorum

Datif et Abl.:

duobus

duabus

duobus

Tres fait:

Nom. et Acc.:

Tres

Tria

Génitif:

Trium

Datif et Abl.:

Tribus

A ces dix adjectifs numéraux cardinaux correspondent les adjectifs ordinaux («premier, second, troisième», etc.):

primus, secundus, tertius, quartus, quintus, sextus, septi­mus, octavus, nonus, decimus. Tous se déclinent comme bonus, bona, bonum.

La ressemblance de tous ces mots avec des mots français est évidente: unique, un duo, un trio, triangle, un quatuor, sep­tembre (septième mois chez les Romains), octobre, novembre, décembre; primitif, secondaire, tertiaire, quart, quinte, sixte, octave, décimal.

Je vous ai déjà expliqué pourquoi j’ai la manie de ces rap­prochements franco-latins: c’est qu’ils sont profitables à la fois à la connaissance du français et du latin.

*
*   *

Bornons-nous là aujourd’hui, pour ne pas risquer de nous embrouiller, et passons au verbe volo, «je veux», qui est fréquent et assez difficile.

L'infinitif de ce verbe est tout à fait singulier: velle. C’est, avec esse, le seul infinitif qui ne soit pas terminé en re. Ferre, ire, n’offraient pas cette excentricité.

De velle, on tire normalement l'imparfait du subjonctif: vellem, velles, etc. Mais on ne tire pas d’impératif.

Le présent de l’indicatif est bigarré:

Volo, vis, vult, volumus, vultis, volunt.

Les premières personnes et la 3e du pluriel se ressemblent; la 1re du pluriel a une terminaison =umus qui rappelle sumus. Ce ne sera pas le seul rapprochement que nous aurons à faire entre velle et esse.

Les autres personnes ne conservent pas le radical vol. Seul le v reste commun. On connaît la forme vis, d’abord parce que les quincailliers en vendent des quantités…​ et aussi à cause du proverbe souvent cité: Si vis pacem, para bellum, «si tu veux la paix, prépare la guerre». Je cite, bien entendu, ce proverbe simplement à titre d’exemple grammatical, et sans vouloir soulever, sur sa signification, une polémique qui dépasserait de beaucoup un simple cours de latin…​

Constatons la bizarrerie de vult et de vultis.

De volo, on tire régulièrement l’imparfait volebam, le futur volam, voles, et du parfait volui tous les temps composés habituels: volueram, voluero, voluerim, voluissem.

Un seul temps est encore irrégulier: le subjonctif présent, très différent des subjonctifs que nous avons vus jusqu’ici: velim, velis, velit, velimus, velitis, velint. C’est le seul sub­jonctif présent en im, avec sim, de esse.

Volo a deux composés un peu plus rares que lui-même, mais cependant fréquents encore: nolo, «je ne veux pas» (= non volo) et malo, «j’aime mieux», «je préfère» (= magis volo).

Les infinitifs sont nolle et malle, d’où les imparfaits du subj.: nollem et mallem.

Les imparfaits de l’indicatif sont normalement: nolebam et malebam; et les futurs: nolam, noles, malam, males.

Les parfaits sont nolui et malui et forment régulièrement les temps composés: nolueram, etc.

Lee subjonctifs présents sont: nolim et malim, tout à fait selon velim.

Restent donc seulement à étudier les présents de l’indicatif:

Nolo

Malo

non vis

mavis

non vult

mavult

nolumus

malumus

non vultis

mavultis

nolunt

malunt

Ici encore nous remarquons, comme dans volo, que la 1re pers. sing. et la 1re pers. pluriel, ainsi que la 3e plur. vont ensemble: nolo, nolumus, nolunt; malo, malumus, malunt. Au contraire, les 2e et 3e singulier, et la 2e pluriel forment un autre groupe: non vis, non vult, non vultis; mavis, mavult, mavultis. Remarquons notamment que dans nolo, ces trois formes sont en deux mots, tandis que toutes les autres for­mes sont en seul mot.

Nolo seul a un impératif: noli, nolite; «ne veuille pas, ne veuillez pas». Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en reparler.

EXERCICES

Décliner virgo et caput.

Traduire en latin: nous voudrions; — il aimait mieux; — vous ne vouliez pas; — il veut; — tu auras préféré; — vouloir; — que nous n’ayons pas voulu; — qu’ils veuillent; — ne veuille pas lire; — vous voulez.

Thème. — Médée était la fille du roi de Colchide; c’était une jeune fille très habile dans les arts magiques. Pendant que Jason parlait (loqui) avec le roi son père, elle trouva (exis­timare) qu’il était très beau et très courageux (fortis) et elle se mit à l’aimer. Pendant la nuit (nox, noctis, fém.) elle l’aborda (adire) et lui dit (dicere, o, is, dixi) qu’elle pouvait l’aider (adjuvare); elle lui donna (dare, dedi) des philtres (phil­trum) magiques. Ainsi (ita) grâce à son aide, Jason tua le dragon qui gardait la toison d’or.

Version.La guerre de Troie (voir texte page 112).

QUINZIÈME LEÇON

Une fois qu’on sait bien les dix premiers nombres, les sui­vants s’apprennent facilement. Nous avons, de onze à dix-sept:

Undecim, duodecim, tredecim, quattuordecim, quindecim, sedecim, septendecim, c’est-à-dire presque le nombre un, deux, trois, etc. ajouté à decim, altération de decem, «dix».

A ces cardinaux correspondent les ordinaux:

undecimus, duodecimus, puis tertius decimus, quartus deci­mus, quintus decimus, sextus decimus, septimus decimus.

Vingt se dit viginti, et, au lieu de dire dix-huit et dix-neuf, le latin dit: deux ôtés de vingt, un ôté de vingt: duodeviginti, undeviginti. De même, de vingtième: vicesimus, on tire: dix-huitième, dix-neuvième: duodevicesimus, undevicesimus.

A partir de vingt, on trouve, comme en français: vingt et un, vingt-deux, etc. Viginti unus, viginti duo, etc.; pour vingt-huit et vingt-neuf: duodetriginta, undetriginta, car trente = triginta.

Toutes les dizaines sont en a et indéclinables; les ordinaux, au contraire, sont tous déclinables:

Cardinaux: 30, 40, etc.

Ordinaux: 30e, 40e, etc.

Triginta

Tricesimus, a, um

Quadraginta

Quadragesimus

Quinquaginta

Quinquagesimus

Sexaginta

Sexagesimus

Septuaginta

Septuagesimus

Octoginta

Octogesimus

Nonaginta

Nonagesimus

Centum

Centesimus

Pour vous faciliter la mémoire de ces nombres, rappelez-vous le nom des dimanches qui précèdent Pâques: septuagésime, sexagésime, quinquagésime, quadragesime. c’est-à-dire le 70e, 60e, 50e, 40e jour avant Pâques (en réalité, la semaine est comptée pour dix jours). De l’adjectif ordinal quadragesimus, par exemple, vous passez facilement à l’adjectif cardinal quadraginta. Seule, la terminaison diffère: -ginta; -gesimus.

Les centaines se distinguent nettement des dizaines en ce qu’elles se déclinent: ducenti, ae, a; trecenti; quadringenti; quingenti; sexcenti; septingenti; octingenti; nongenti.

Les ordinaux sont semblables aux cardinaux, avec la ter­minaison -centesimus ou -gentesimus, à la place de -centi ou de -genti:

ducentesimus, trecentesimus, quadringentesimus, quingen­tesimus, sexcentesimus, septingentesimus, octingentesimus, nongentesimus. — Notez que dans les nombres ordinaux, tous les éléments sont ordinaux; ainsi: 543e = quingentesimus quadragesimus tertius.

Mille se dit: mille. Le pluriel de mille est milia, nom neutre, «milliers», après lequel on trouve le génitif: mille milites, «mille soldats»; mais duo milia militum, «deux mille sol­dats».

Millième = millesimus.

Terminons-en avec les nombres, en vous rappelant les chiffres romains, que d’ailleurs vous n’ignorez pas, puisque vous savez lire l’heure.

Les chiffres proprement dits sont les lettres suivantes:

I = 1; V = 5; X = 10; L = 50; C = 100; D = 500; M = 1.000.

Les chiffres portés à droite d’un autre s’ajoutent à lui:

MCX = 1.110; MDCLX = 1.660.

Mais un chiffre plus petit à la gauche d’un autre se sous­trait de cet autre: XL = 40. CM = 900. MCMXXIV = 1.924. Ici, C est soustrait de M, et I, de V.

Les dix premiers nombres sont: I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X.

EXERCICES

Ecrire en latin et traduire en français les nombres sui­vants: MDCCLXI — LII — MM — XCII — MCMX.

Ecrire en chiffres romains: 42 — 63 — 1.655 — 17 — 400.

Ecrire en latin: 40e — 52e — 19e — 453e.

Version: Chapitre 7. Lois de Solon (voir texte page 112).

SEIZIÈME LEÇON

Etudions aujourd’hui la manière d’interroger. En français, nous avons deux tournures: Est-ce que…​? ou l’inversion du verbe et de son sujet: Est-il vrai…​?

En latin, il est impossible de songer à l’inversion comme marque de l’interrogation, pour une bonne raison, c’est qu’il n’y a pas dans la phrase un ordre fixe des mots, par consé­quent, qu’on ne peut pas s’apercevoir si l’ordre est changé. On peut très bien commencer une phrase par le verbe sans qu’il y ait interrogation.

On se sert donc d’un adverbe spécial, qui en somme équi­vaut au est-ce que français.

Trois cas peuvent se présenter:

1° On ne sait pas si la réponse sera oui ou non. Dans ce cas, on ajoute: =ne après le premier mot de la phrase. «As-tu vu Rome?» Vidistine Romam? Vous remarquez que =ne se colle après le premier mot, de manière à ne former qu’un seul mot avec lui. Nous avons déjà vu que ( = et), qui se traitait de la même manière: Ego tuque, «toi et moi».

2° On attend la réponse non. Dans ce cas, on commence la phrase par num, «As-tu vu Rome?» Num vidisti Romam?

3° Si l’interrogation est négative: «N’as-tu pas vu Rome?», on se sert de nonne: Nonne vidisti Romam? Ce troisième cas n’est d’ailleurs qu’une application du premier: =ne est sim­plement ajouté à non.

EXERCICES

Thème. — La tyrannie de Pisistrate ne fut pas cruelle (saevus, a, um). Il laissa (relinquere, o, is, reliqui, relictum) aux Athéniens une très grande liberté. Cependant le peuple supporta (ferre) avec peine (aegre, adv.) son pouvoir et, des fils de Pisistrate, l’un fut tué par Harmodius et Aristogiton, l’autre fut envoyé en exil. Pour venger son frère, celui-ci alla trouver le roi de Perse, Darius, et lui dit qu’il voulait être soldat dans l’armée (exercitus, us, m.) que Darius préparait (parare) contre Athènes.

Versions: Pisistrate et Lycurgue (voir texte pages 113-114).

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Nous avons parlé la dernière fois de la manière d’interro­ger. Complétons ces notions par ce qui se rapporte à l'inter­rogation double. «Est-ce que je dois rire ou pleurer?» Pour traduire cette phrase, on mettra en tête: Utrum, neutre de uter, «lequel des deux», ce qui signifie donc: «laquelle des deux choses?» et on séparera les deux verbes par an. Utrum debeo ridere, an flere?

On peut remplacer utrum par ne, qu’on emploie dans l’inter­rogation simple, comme nous avons vu la dernière fois. Debeone ridere an flere?

Si le second terme de l’interrogation est non, on écrit géné­ralement annon en un seul mot. «Vient-il, ou non?» Utrum venit annon?

*
*   *

L’interrogation n’est pas toujours posée directement, comme dans les cas que nous venons d’étudier. On l’exprime souvent sous la forme d’une proposition subordonnée, après un verbe comme: «je me demande, je voudrais savoir», etc. Dans ce cas, on appelle la proposition subordonnée proposi­tion interrogative indirecte.

On appelle même «interrogative indirecte» toute propo­sition subordonnée qui commence par un mot interrogatif: «Dis-moi qui tu es»; «je ne savais ce que tu faisais», etc.

Règle importante. — Le verbe de la proposition interro­gative indirecte se met toujours au subjonctif en latin.

Exemples: «Tu demandes ce qui est arrivé»: quaeris quid acciderit (parfait du subjonctif de accidere). — «Tu sauras qui je suis»: scies quis sim. — «Je demande s’il est là»: rogo num adsit.

Notez bien qu’en latin les mots interrogatifs sont les mê­mes dans l’interrogation indirecte que dans l’interrogation directe: quis, quae, quid; num, etc. Je souligne num, parce qu’en français le mot si, qui veut dire «est-ce que» dans l’interrogation indirecte, peut être confondu avec si indiquant la condition. Or, en latin si conditionnel se dit si, comme en français: nous l’avons déjà vu. Il ne faut pas confondre si conditionnel (latin si) avec si interrogatif (latin num). Entre si et num, en latin, il y a la même différence qu’en anglais entre if et whether; en allemand, entre wenn et ob.

J’ai dit que le verbe de l’interrogation indirecte se mettait en latin au subjonctif. J’ajoute: et au même temps qu’en français. Car voilà une règle qu’il faut bien retenir: c’est que, dans la traduction du français en latin, et réciproquement, on est souvent obligé de changer les modes, mais il ne faut pas changer les temps.

Cette règle souffre bien quelques petites exceptions…​ comme toutes les règles…​ mais elles sont si rares, qu’on peut dire: il ne faut jamais changer les temps.

Mais alors, direz-vous, comment traduira-t-on le futur, dans une interrogation indirecte, puisque le subjonctif n’a pas de futur?

Dans ce cas, on lui en forme un, de la manière suivante: on prend le participe futur actif, qui est en urus, comme vous vous le rappelez, et on y ajoute le présent de être: sim, sis, etc. Exemple: «Voyez ce qui arrivera», Videte quid futurum sit.

On peut dire que la proposition infinitive et l’interrogation indirecte sont les deux tournures qui «dépaysent» le plus un apprenti latiniste. Maintenant que vous les connaissez toutes deux, vous êtes au courant de l’essentiel de la syntaxe latine.

EXERCICES

Version: Les trois derniers paragraphes de «Lycurgue» (voir texte page 114).

Questions grammaticales sur ce texte de Lycurgue:

  • Pourquoi agrum est-il à l’accusatif? — Analysez deduci et praecepit. — Qu’est-ce que la tournure pueros deduci? — Pourquoi est-elle employée ici?

  • De quel genre est labor? — Que savez-vous du genre des noms en or en latin? — Quel est le nominatif de opere et son genre?

  • Analysez agerent.

  • Conjuguez le présent de l’indicatif de redire, le futur et le subjonctif présent. — Analysez quam.

  • Analysez facti essent. Quel est l’infinitif présent de ce verbe?

  • Maximos: de quel adjectif vient ce superlatif? — Quel en est le comparatif?

  • Voluit: quel est l’infinitif présent et le subjonctif présent de ce verbe?

DIX-HUITIÈME LEÇON

Disons aujourd’hui quelques mots de la concordance des temps en latin.

Voici de quoi il s’agit:

En français, on dit: «Je désire (présent) qu’il vienne» (subjonctif présent); et «Je désirais (ou: j’ai désiré) (temps passés) qu’il vînt» (imparfait du subjonctif).

La règle est la suivante: Quand le verbe de la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif de la proposition subordonnée se met au présent (ou au passé, selon le sens). — Quand le verbe de la proposition principale est à un temps passé, le subjonctif de la proposition subordonnée se met à l’imparfait (ou au plus-que-parfait, selon le sens).

C’est cette règle que l’on appelle «règle de concordance des temps». Elle s’applique en français. Du moins on doit l’appliquer. En réalité, dans la conversation, l’usage tend à ne plus employer l’imparfait ni le plus-que-parfait du subjonctif dans aucun cas. Ce sont, peut-on dire, des temps qui meurent. Ils subsistent encore, cependant, dans certaines provinces. Nos auteurs classiques les employaient fréquemment, car ils respectaient scrupuleusement la concordance des temps.

Cette règle est la même en latin.

«Je demande, je demanderai que tu viennes»: rogo, ro­gabo (prés., futur) ut venias (subj. prés.).

«Je demandais, j’ai demandé, j’avais demandé, j’aurais demandé que tu vinsses»: rogabam, rogavi, rogaveram, ro­gavissem ut venires (imparfait subj.).

«Je demande si tu es venu»: rogo num veneris (parf. subj.).

«J’ai demandé si tu étais venu»: rogavi num venisses ( plus-que-parfait subj.).

Comme vous le voyez, cela n’est pas difficile à comprendre. Répétons-le une dernière fois.

Verbe principal au présent ou au futur: subjonctif subor­donné au présent ou au parfait.

Verbe principal à un temps passé: subjonctif subordonné à l’imparfait ou au plus-que-parfait.

EXERCICES

Traduire en latin:

Je te commande d’écrire. — Je t’avais commandé d’écrire. — Je te commanderai d’écrire. — Je t’aurais commandé d’écrire. Commander = imperare; se construit avec ut et le subjonctif.

Version: Bataille de Marathon (voir texte page 114).

Donner les temps primitifs et le sens des verbes de cette version.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises, au hasard des explications, les principales conjonctions latines. Etudions-les maintenant d’une manière systématique.

La plus fréquente des conjonctions de subordination latines est cum. Il ne faut pas confondre cum conjonction, écrite parfois quum, avec cum, préposition, qui signifie avec et gou­verne l’ablatif. (Dominus vobiscum, «que le Seigneur soit avec vous»).

Cum peut être suivi de l'indicatif ou du subjonctif.

Suivi de l'indicatif, il signifie: lorsque.

Exemple: Cum patrem videbat, laetabatur, «lorsqu’il voyait son père, il était joyeux». (Laetor, aris, «se réjouir», déponent).

Suivi du subjonctif, cum peut avoir plusieurs sens.

1° Devant le subjonctif présent ou parfait, il peut signifier:

A) parce que, puisque, étant donné que: c’est-à-dire indi­quer la cause.

Exemple: cum id cupias, proficiscar, «puisque tu le désires, je partirai».

B) quoique, bien que, c’est-à-dire marquer la concession.

Exemple: cum sis callidus, tamen deceptus es, «quoique tu sois habile, tu as pourtant été trompé». (Decipere, io, is, decepi, deceptum, 3e conj. mixte).

2° Devant l'imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif, il peut avoir tous les sens que nous avons énumérés jusqu’ici:

lorsque, parce que, puisque, étant donné que, quoique, bien que.

La manière la plus pratique de le traduire en mot-à-mot est alors que, expression vague que l’on remplacera, s’il y a lieu, une fois le sens de la phrase bien compris, par une expression plus précise.

Exemple: Cum Athenae florerent, procax libertas civitatem miscuit, «alors qu’Athènes était florissante, la licence boule­versa la cité». Floreo, es, 2e conj. Procax, acis, «effronté». Misceo, es, 2e conj. «mêler, mettra pêle-mêle».

Cum Clitum interfecisset, sui facinoris Alexandrum paenituit, «quand il eut tué Clitus, Alexandre se repentit de son crime». Interficere, io, is, feci, fectum, 3e conj. mixte. Facinus, oris, «crime», neutre. Paenitet, «le repentir saisit»: «le repentir de son crime saisit Alexandre».

Phocion fuit pauper, cum ditissimus esse posset, «Phocion fut pauvre, quoiqu’il pût être très riche». Ditissimus, superlatif de ditis, «riche», adjectif de même racine que dives, divitis, qui est plus fréquent.

Une traduction recommandable, assez souvent, de cum avec l’imparfait du subjonctif est le participe présent; de même, cum avec le plus-que-parfait du subjonctif sera souvent bien rendu par le participe passé. Ex.: «Athènes étant floris­sante, la licence bouleversa la cité». «Ayant tué Clitus, Alexandre se repentit de son crime». «Pouvant être riche, Phocion fut pauvre».

Toutefois, il ne faut pas oublier que les participes présents sont lourds en français. On se servira donc de cette tournure avec circonspection.

Vous pouvez remarquer que, à l’imparfait, dans le sens de lorsque, cum peut être suivi soit de l’indicatif, soit du subjonctif.

La nuance entre ces deux modes semble bien faible. Avec l’imparfait de l'indicatif, cum indiquerait seulement le moment de l’action principale (temps); avec l’imparfait du subjonctif, plutôt les circonstances de l’action principale.

Ne vous inquiétez pas, pour l’instant, de ces subtilités. Retenez seulement les sens, selon la formule simple:

A) avec l’indicatif: lorsque.

B) avec le subjonctif présent ou parfait: puisque, parce que, quoique.

C) avec le subjonctif imparfait ou plus-que-parfait: tous ses sens.

EXERCICES

Version: Léonidas aux Thermopyles et Bataille de Salamine (voir texte page 115).

Je vous demande actuellement de consacrer votre temps surtout à des lectures, afin de vous familiariser avec la phrase latine et d’acquérir du vocabulaire.

VINGTIÈME LEÇON

Après cum, la conjonction la plus importante est ut.

Ut peut être, lui aussi, construit soit avec l'indicatif, soit avec le subjonctif. Il peut signifier:

Avec l’indicatif:

Avec le subjonctif:

a) de même que;

a) afin que;

b) lorsque.

b) de telle sorte que;

c) que (explicatif);

d) à supposer que.

Quelle floraison de sens variés! Il faudra donc être très attentif à démêler la signification précise de ut, quand on le rencontrera dans un texte.

Prenons des exemples de chacun de ces sens.

Indicatif.

a) «De même que»: Ut me amas, ita te amo, «de même que tu m’aimes, de même je t’aime».

Une traduction bien française de cette phrase serait: «Si tu m’aimes, je t’aime aussi». Notez bien que si, dans cette tournure, n’a pas le sens conditionnel. Le sens est: «Tu dis que tu m’aimes, je le crois, mais de même, moi, je t’aime».

Au lieu de ita, la proposition correspondante peut com­mencer par sic: Ut me amas, sic te amo Ou encore, on peut n’avoir ni ita, ni sic: Ut me amas, te amo.

b) «Lorsque»: Ut me vidit, clamavit, «lorsqu’il me vit, il s’écria». Dans ce sens, ut est quelquefois suivi de primum. Il signifie alors: «dès que». Ut primum me adspexit, clamavit, «dès qu’il m’aperçut, il cria». Adspicere, io, is, exi, ectum.

2° Subjonctif.

a) «Afin que» (ut marquant l'intention). C’est peut-être le sens le plus fréquent de ut.

Audi, ut discas, «écoute, afin que tu apprennes» (afin d’apprendre). Discere, o, is, didici, discitum.

Dans ce sens, ut est employé après un grand nombre de verbes, qui signifient: «conseiller, exhorter, ordonner». Suadeo tibi ut legas, «je te conseille de lire». Nobis imperat ut loquamur, «il nous ordonne de parler». Loqui, or, eris, locutus sum.

Lorsque «afin que» est suivi d’une négation, ut est rem­placé par ne. «Il nous ordonne de ne pas parler», nobis imperat ne loquamur.

b) «De telle sorte que» (ut marquant la conséquence).

Arboribus consita Italia est, ut pomarium videatur, «l’Italie est plantée d’arbres, de telle sorte (si bien) qu’elle semble un verger».

Cette idée de conséquence se trouve dans beaucoup d’ex­pressions, notamment après «tellement que»:

Tam sagax est hic homo, ut decipi non possit. «cet homme est si sagace qu’il ne peut pas être trompé». Decipere, io, is, decepi, deceptum.

Ita territus est, ut resistere non auderet, «il fut tellement terrifié, qu’il n’osa pas résister».

Notons à ce propos que ita…​ ut…​ et le subjonctif signifie: «de telle sorte que»; tandis que ut…​ ita…​ et l'indicatif signifie: «de même que, de même».

Notons aussi que ut est suivi de non, quand il exprime la conséquence, tandis qu’il est remplacé par ne quand il indiqué l'intention et que la proposition est négative.

b) «Que» (explicatif). Cette tournure est un équivalent de la proposition infinitive:

An «est-ce que» veri simile est «il est vraisemblable» ut civis Romanus cum gladio in forum descenderit ante lucem? «Est-il vraisemblable qu’un citoyen romain soit descendu au forum, avec une épée, avant le jour?»

Hoc commune est ut invidia gloriae comes sit, «il est commun que la jalousie soit la compagne de la gloire». Comes, comitis, «compagnon, compagne».

d) «A supposer que, en admettant que». Ce sens est le plus rare.

Ut desint vires, tamen est laudanda voluntas, «à supposer que les forces manquent, néanmoins l’intention est louable».

Naturellement, c’est le contexte qui vous permet chaque fois de comprendre le sens exact de ut. C’est une question de discernement, de bon sens, d’intelligence…​ et aussi d’habitude.

EXERCICES

Version: Miltiade (voir texte page 116).

Analysez le sens des cum et des ut de ce texte. — Rendez compte du cas employé après chaque préposition.

VINGT ET UNIÈME LEÇON

Dum se construit avec l'indicatif ou avec le subjonctif. Il signifie:

Avec l’indicatif:

a) pendant que, tandis que;

b) aussi longtemps que;

c) (quelquefois) jusqu’à ce que.

Avec le subjonctif:

a) jusqu’à ce que;

b) pourvu que.

Exemples:

Indicatif:

a) «Pendant que, tandis que»: Dum ea geruntur. Caesar in Galliam profectus est, «pendant que ces événements avaient lieu, César partit en Gaule».

Dans cette construction, vous remarquez que le verbe qui suit dum est à l’indicatif présent, bien que le verbe principal soit au passé.

De même: Dum quaerit (présent) escam, margaritam repperit (parfait de reperire), «tandis qu’il cherchait sa nourriture, il trouva une perle».

b) «Aussi longtemps que»: Dum felix eris, multos numerabis amicos, «tant que tu seras heureux, tu compteras beaucoup d’amis».

c) «Jusqu’à ce que»: Tityre, dum redeo, pasce capellas, «Tityre, surveille mes chèvres, jusqu’à ce que je revienne».

Subjonctif:

a) «Jusqu’à ce que»: Expecta dum rex advenerit (subj. parf.), «attends jusqu’à ce que le roi soit arrivé».

b) «Pourvu que»: Oderint, dum metuant, «qu’ils me haïs­sent, pourvu qu’ils me craignent» (parole prêtée à des souve­rains autoritaires). Oderint est le parfait du subjonctif équivalant à un impératif, du verbe odi, «je hais», parfait-présent; il y a plusieurs verbes parfaits-présents: memini, «je me souviens»; novi, «je connais»; suevi, «j’ai coutume».

Notons que, dans le sens de «aussi longtemps que» et de «jusqu’à ce que», dum peut être remplacé par donec.

EXERCICES

Thème. — De nombreux habitants étaient venus de la campagne à Athènes, pour ne pas être pris par les Lacédé­moniens. Une partie de cette multitude fut tuée par une terrible maladie. Périclès lui-même, l’orateur le plus célèbre d’Athènes, dont les conseils étaient presque toujours suivis par le peuple, mourut. Les Grecs parlèrent de cette peste pendant de longues années.

Versions: Peste d’Athènes, Périclès, Socrate (voir texte page 117).

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Nous allons dire aujourd’hui quelques mots de l'attraction modale. Voici ce dont il s’agit.

Quand une proposition subordonnée dépend d’une propo­sition à l’infinitif ou au subjonctif, cette proposition subor­donnée se met souvent au subjonctif.

Exemple: «Je crois que l’enfant, qui respecte ses parents, sera aimé par Dieu»: Credo puerum, qui parentes vereatur, a Deo amatum iri.

Cet exemple est bon à retenir, parce qu’il présente des applications de plusieurs règles à la fois:

1° la proposition infinitive après credo,

2° un exemple de l’infinitif futur passif (amatum iri), temps que l’on oublie souvent parce qu’il est un peu rare;

3° un exemple du complément du passif, nom de personne à l’ablatif précédé de a ou ab (a Deo);

4° enfin un exemple d'attraction modale: qui vereatur, sub­jonctif amené parce que l’antécédent de qui, puerum, est le sujet d’une proposition infinitive.

La conclusion pratique que vous devez tirer de cette étude, c’est que dans certains cas il ne faut pas être surpris de trouver le subjonctif là où l’on attendrait l’indicatif, si l’attraction modale entre en jeu.

EXERCICES

Versions: Epitome, suite et fin (voir texte page 118).

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Une des particularités les plus curieuses du latin, c’est la fréquence du style indirect.

Lorsque nous rapportons, en français, les paroles de quel­qu’un, nous ouvrons généralement les guillemets et nous donnons les mots tels qu’il les a prononcés.

«Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?»
Dit cet animal plein de rage.

Toutefois, nous pouvons rapporter ces paroles sous la forme de propositions subordonnées, compléments directs d’un verbe dire ou analogue. «Cet animal plein de rage lui demanda qui le rendait si hardi, de troubler son breuvage». Mais dès que le discours est un peu long, cette seconde tour­nure, qui fait naître des subordonnées à perte de vue, qui multiplie les que, les qui, etc., est nettement opposée au génie de notre langue.

En latin, au contraire, la longueur de la phrase, la multi­plicité des propositions subordonnées, n’effrayait nullement un auteur. Et l’on trouve des pages entières composées de propositions infinitives, compléments du verbe «il dit», entrecoupées de relatives et de circonstancielles.

De la proposition infinitive, il n’y a rien à dire, nous l’avons étudiée maintes fois. Mais en ce qui concerne les propositions subordonnées aux infinitives, il faudra se rappeler que norma­lement elles doivent se mettre au subjonctif comme nous l’avons signalé la dernière fois (attraction modale).

Par extension, on dit aussi que le subjonctif est amené par le style indirect, lorsque, dans une phrase ordinaire, on exprime la pensée de quelqu’un. Par exemple si je dis: «Socrate fut condamné parce qu’il corrompait la jeunesse», Socrates condemnatus est quod corrumpebat juventutem (indi­catif), c’est que j’énonce un jugement personnel: «Socrate corrompait effectivement la jeunesse».

Mais si je dis: «Socrates condemnatus est quod corrumperet juventutem», mon subjonctif indique que je ne prends pas ce jugement à mon compte, que je ne fais que rapporter la pensée des juges de Socrate. «Socrate fut condamné à mort, parce que, disait-on, il corrompait la jeunesse». On pourrait même traduire: «sous prétexte qu’il corrompait la jeunesse».

On voit comment le simple changement de mode permet d’exprimer une opinion différente dans les deux cas.

EXERCICES

Versions: Épitaphe d’une Romaine; La Campanie: L’année agricole (voir texte page 120).

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Nous voici arrivés à la fin de ces premières leçons. Nous avons déjà procédé à une étude rapide de la grammaire, et à de nombreuses applications. Si vous avez bien assimilé tout ce que nous avons vu, vous possédez déjà une «teinture» appréciable de latin.

Mais je n’ai pas la prétention de vous avoir rendu capable de lire «à livre ouvert» n’importe quelle page de latin; je ne me fais même pas l’illusion que vous avez pu retenir tout ce que je vous ai dit.

Aussi vous faudra-t-il reprendre l’étude systématique et approfondie de la grammaire, en même temps qu’enrichir votre vocabulaire d’une manière méthodique.

L'explication des textes devra rester votre principal exer­cice, puisque nous avons pour but l’intelligence des auteurs latins, et que «c’est en forgeant qu’on devient forgeron».

Il y a un exercice que je vous recommande vivement: c’est d’apprendre par cœur des textes latins. Naturellement, il ne faut apprendre ainsi que des morceaux expliqués et compris bien à fond. L’étude de toutes les langues, vivantes ou mortes, profite grandement de ce travail de mémoire qui, au premier abord, peut sembler mécanique, peu intelligent. Les mots et les tournures, groupés en phrases, se retiennent mieux qu’isolés; de même les divers emplois des prépositions, des conjonctions, des modes, des temps, etc., se retiennent mieux quand on a présents à la mémoire des passages entiers où ils se rencontrent d’une manière naturelle, si je puis dire.

EXERCICES

Versions: La cour de Phébus; L’emplacement d’une ruche (voir texte page 121).

Thème. — Les abeilles sont des animaux très utiles, car elles donnent à l’homme le miel, qui le nourrit agréablement, et la cire, dont les usages sont très variés. Rien n’est plus digne d’admiration que la vie de ces insectes, qui nous ensei­gnent comment on peut travailler avec activité et avec joie.

VERSIONS

Nos textes de versions sont empruntés, avec l’autorisation de l’éditeur, au livre de Bornecque, Les Auteurs latins du pro­gramme (Delagrave, éditeur).

NEUVIÈME LEÇON

Epitome historiae graecae

I. De deis et heroibus

Graecia paeninsula est, quae inter Ionium et Mediterraneum et Aegeum mare procurrit.

Graeciae incolae, Graeci vel Hellenes, a Jove, ut aiunt poetae, origi­nem trahunt.

Juppiter, deorum et hominum pater et rex, cum ceteris deis in Olympo sedet. Cinctus nubibus, fulmina manu gerit, quae ei Vulcanus ejusque adjutores Cyclopes in specubus fumantibus Aetnae excudunt.

Fratres habet Neptunum et Plutonem et cum his mundi imperium divisit: Jovi caelum et terra, Neptuno maria, Plutoni inferi cesserunt.

Aliorum deorum et dearum est suum cuique officium. Phoebus vel Apollo, Jovis filius, auctor est lucis, idemque, novem Musarum dux, cithara et cantu gaudet et poetis favet.

Virtutis et armorum deus est Mars, qui lanceam scutumque tenet. Mercurius in terris mandata Jovis et deorum conficit, mercatorumque patronus est.

DIXIÈME LEÇON

II. Les déesses

Junonem uxorem duxit Juppiter, conubiorum deam, cui Iridem famulam dedit.

Minerva, seu Pallas, Jovis filia, nunc dea bellatrix, nunc pacis amantissima, multarum artium est inventrix Athenisque praecipue in honore est.

Venus forma omnibus deabus praestat; Ceres autem messes, Vesta focos et penates protegit.

Diana, Jovis filia, venatui praeest et montes et silvas venando peragrat. Musas quoque et Nymphas et Naides et multos deos in omnibus vitae eventis Graeci orabant et colebant.

ONZIÈME LEÇON

Les héros

Nec dei tantum, sed etiam heroes in honore erant, quorum cla­rissimi sunt Hercules, Theseus, Perseus, Bellerophon et Jason.

Duodecim labores Hercules perfecit: leonem Nemeaeum ictu clavae humi stravit, et ejus pellem induit; hydram Lernaeam obtruncavit; aprum Erymanthium vivum cepit; aves Stymphali lacus sagittis transfixit; cervam aereis pedibus praeditam cursu superavit; Augiae regis stabula, derivato Alpheo, purgavit; Amazones vicit; Geryonem monstrum interemit; aurea mala Hesperidum horti rapuit; terram humeris pro Atlante portavit; Antaeum, terrae filium, suffocavit; postremo ad Inferos descendit et Cerberum vinctum reduxit et Theseum liberavit.

Theseus, Herculis comes, maximum in Athenienses beneficium Minotaurum occidendo contulit. Hoc monstrum corpore homini, capite tauro simile erat. In Labyrintho Cretae inclusum, septem adulescentes quotannis devorabat, quos Minos, ob Androgeum filium ab eis interfectum, ab Atheniensibus exigebat. Sed dum victor redit Theseus, malo suspendere alba vela, victoriae indicium, non meminit, et pater Aegeus, nigra vela adspiciens, filium mortuum esse credidit, et, dolore confectus, in mare, quod propterea Aegaeum dictum est, se projecit.

DOUZIÈME LEÇON

Les héros (suite)

Perseus, Medusae capite caeso, Pegaso insidens, equo alato de Gorgonis sanguine nato, terrarum orbem peragravit et Andromedam virginem servavit, quam uxorem duxit.

Postea Bellerophon, eodem Pegaso a Minerva accepto, Chimaeram necavit et, dum caelum attingere cupit, decidit et periit, et ideo inter stellas, post mortem, collocatus est.

Jason denique, Argonautarum dux, auxilio Medeae, magicae artis peritae, aureo vellere potitus est, quod in regno Colchorum saevissimus draco custodiebat.

TREIZIÈME LEÇON

Guerre de Troie

Paris, Priami filius, regis Trojanorum, Helenam rapuit, Menelai uxorem, regis Spartanorum, cum quo sibi hospitium erat; itaque Graeci bellum Trojanis indixerunt et per decem annos Trojam obse­derunt.

Exercitum eorum ducebat rex Mycenensium, Agamemnon. Aulide cum illo profecti sunt et Menelaus frater, et Myrmidonum rex, Achilles, cum amico Patroclo, Graecorum fortissimus, et Ajaces ambo, et Diomedes, et disertus Nestor, et Ithacensium rex, dolosus Ulixes.

Sed per obsidium urbis, Achilles, contumelia ab Agamemnone accepta, in sua castra recessit. Absentia ejus Trojanorum animos revocavit, qui multas pugnas victores commiserunt.

Les retours

Troja capta, Graecorum duces crudelia fata manebant. Nam Agamemnonem victorem domum regressum Clytaemnestra conjux interfecit; Diomedes vero, e patria ejectus, in exsilium profectus est. Ajax Telamonius, amens ira, quod Achillis arma non impetra­verat, mortem sibi dedit, Ajaxque, Oilei filius, a Neptuno tridente percussus, in mare demersus est.

Ulixes autem, post longos per omnia maria errores, multa mala laboresque decem annos perpessus, et Ithacam et uxorem fidelem Penelopam et filium Telemachum, quem parvum domi reliquerat, revisere potuit.

QUATORZIÈME LEÇON

Guerre de Troie (suite)

Flammas etiam navibus Graecorum summittebant, cum Patroclus, Achillis arma indutus, repente advenit. Hector autem, Priami filius, Trojanorum virtute praestantissimus, eum occidit. Tum ad pugnam revolavit Achilles, Hectoremque aggressus est et vicit, et, ulciscendi Patrocli causa, caesi hostis corpus ter circum moenia urbis traxit; attamen supplici Priamo filii corpus pro mercede reddidit nec multo post ipse periit.

Mox Graeci, exspectatione fatigati, ingentem ex ligno equum exstruunt, cujus in lateribus duces eorum fortissimi latuerunt. Tum, simulato in Graeciam reditu, in litore fatalem machinam relinquunt, quam intra urbem magno conatu Trojani laeti transportant. At noctu Graeci erumpunt, portas urbis militibus suis aperiunt, omnia ferro flammaque miscent, incolas captivos ducunt et urbem solo aequant.

QUINZIÈME LEÇON

Lois de Solon

Sed civitati nullae tunc leges erant, quia libido regum pro legibus habebatur. Lectus est itaque Solon, vir justitiae insignis, qui philo­sophos Asiae audierat, philosophus ipse et poeta, ut velut novam civitatem legibus conderet.

Cives primum Solon in quatuor classes ex censu divisit; servos, qui aes alienum solvere non potuerant, e carceribus emisit, et agro­rum, quos antea principes tantum possidebant, rusticis partem dedit.

Omnia deinde omnium voluntate fieri voluit, contionique civium archontes, magistratus et quadringentos senatores eligendos dedit.

Areopagum quoque constituit, quod tribunal ex civibus, qui archontes fuerant, constabat, et Atheniensibus testularum suffragium praebuit ut in exsilium eos ejicere possent quos civitati nocere exis­timabant.

Argento denique, quod ex Laurii metallis Athenienses ducebant, usus est ut artes novas in patriam inferret classemque aedificaret.

SEIZIÈME LEÇON

Pisistrate et ses successeurs

Civitate ita constituta, Athenis profectus est Solon, et Pisistratus, tyrannide per dolum occupata, annos triginta Atheniensium dux fuit.

Post mortem ejus, Hippias et Hipparchus imperium paternum tenuerunt; sed mox Hipparchum inter ferias Panathenaicus Harmo­dius et Aristogiton occiderunt, nec multo post Hippiam Athenienses, libertatis pristinae memores, in exsilium egerunt. Ille, profectus in Persas, ducem se Dario regi, inferenti Atheniensibus bellum, adversus patriam suam obtulit.

Lycurgue

Ut Athenas instituta Solonis, ita Lacedaemonem Lycurgi leges validam effecerunt.

Mortuo fratre suo Polydecta, Lacedaemoniorum rege, Lycurgus regnum sibi vindicare potuisset, sed maluit id nepoti Charilao, cum ad aetatem adultam pervenit, summa fide restituere. Medio autem tempore, non habentibus Lacedaemoniis leges instituit.

Administrationem reipublicae per ordines divisit; regibus potes­tatem bellorum, magistratibus judicia, senatui custodiam legum, populo sublegendi senatum, vel creandi quos vellet magistratus potestatem dedit.

Fundos omnium aequaliter inter cives divisit; juvenibus non amplius una veste uti toto anno jussit; convivari omnes publice voluit, nec quemquam cultius quam alterum nec epulari opulentius permisit.

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Lycurgue (suite)

Pueros non in forum, sed in agrum deduci praecepit, ut primos annos non in luxuria, sed in opere et laboribus agerent. Nihil eos somni causa substernere et vitam sine pulpamento degere neque prius in urbem redire quam viri facti essent statuit.

Maximos honores non divitum et potentium, sed senum esse voluit, nec sane umquam major reverentia senectuti adhibita est.

Harum autem legum, cum duriores primo viderentur, auctorem esse Apollinem Lycurgus finxit. Dein ut eis aeternitatem daret, jure­jurando obligavit cives, nihil de legibus eos mutaturos esse, priusquam reverteretur, et simulavit se ad oraculum Delphicum proficisci. Pro­fectus est autem Cretam ibique perpetuum exsilium egit.

DIX-HUITIÈME LEÇON

Bataille de Marathon

Milesii, Atheniensibus adjuvantibus, a Dario defecerant; quare Persarum rex, ab exsulibus Graecis, inter quos Hippias, impulsus, bellum Graeciae intulit.

Athenienses, audito Darii adventu, auxilium a Lacedaemoniis peti­verunt. Sed, non exspectato auxilio, decem milia civium et Plataeenses auxiliares mille in campo Marathonio instruunt.

Miltiades exercitui praeerat. Tam magna Graecis alacritas animo­rum fuit, ut, cum mille passus inter duas acies essent, citato cursu ante jactum sagittarum ad hostem venerint.

Pugnatum est tanta virtute ut Persae victi in naves confugerint. Hippias, concitator ejus belli, inter hostes cecidit.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Léonidas aux Thermopyles (480)

Mortuo Dario, filius ejus, Xerxes, regnum obtinuit. Bellum adver­sus Graecos quinquennium instruxit; Persarum septingenta milia, sociorum trecenta milia armavit et naves mille ducentas numero comparavit.

Veluti naturae ipsius dominus, montes in planum ducere et maria quaedam pontibus sternere volebat; sed tam turpis ac foedus dis­cessus ejus, quam terribilis in Graeciam introitus fuit.

Nam cum Leonidas, Lacedaemoniorum rex, angustias Thermo­pylarum cum septem milibus militum occupavisset, Xerxes, contemptu eorum paucitatis, pugnam capessere jussit.

Triduo ibi dimicatum est; quarta die, socios Leonidas dimisit et ita suos firmavit ut ire se parato animo ad mortem scirent.

Statim arma capiunt et trecenti viri castra quingentorum milium irrumpunt; caedunt sternuntque omnia. Proelium a principio noctis in majorem partem diei tractum est. Ad postremum, non victi, sed vincendo fatigati, Lacedaemonii pro patria occiderunt.

Bataille de Salamine (480)

Attamen Xerxes, duobus vulneribus terrestri proelio acceptis, experiri maris fortunam statuit.

Athenienses interea naves ducentas fabricaverant. Consulentibus eis de bello suaserat oraculum ut salutem muris ligneis tuerentur. Statim naves conscendunt, et conjuges et liberos cum pretiosissimis rebus in abditis insulis, relicta urbe, demandant.

Exemplum Atheniensium aliae urbes imitatae sunt. Thespias igitur et Plataeas et Athenas vacuas hominibus Xerxes incendit.

Omnis sociorum classis angustias Salaminii freti, ne circumveniri multitudine posset, occupaverat.

Sed dissensio inter civitatum principes oritur et ad sua tuenda dilabi alii alio volebant. Tum Themistocles, timens ne discessu socio­rum vires minuerentur, per servum fidum haec Xerxi nuntiat:

«Uno in loco contractam Graeciam capere facillime potes; si civitates, quae jam abire volunt, dissipatae erunt, majore labore singulas consectaberis.»

Hoc dolo impellit regem signum pugnae dare. Graeci quoque, adventu hostium occupati, paeana canunt et proelium collatis viribus capessunt.

Interea rex, velut spectator pugnae, cum parte navium in litore remanet; Artemisia autem, Halicarnassi regina, quae in auxilium Xerxi venerat, inter primos duces bellum acerrime ciebat.

Anceps tamen proelium erat, sed Iones, juxta Themistoclis prae­ceptum, pugnae se paulatim subtrahere coeperunt. Eorum defectio Persarum animos fregit et mox victi in fugam vertuntur. In ea trepi­datione multae hostium captae sunt naves, multae mersae.

VINGTIÈME LEÇON

Miltiade, Thémistocle, Aristide

Miltiadi, Cimonis filio, qui Athenas totamque Graeciam liberaverat, hic honor tributus est: in porticu, quae Poecile vocatur, pugna depicta est Marathonia et in decem Graecorum praetorum numero prima ejus imago posita est.

Attamen postea, proditionis accusatus, pecunia multatus est. Eam pecuniam cum solvere non posset, in vincula publica conjectus est, ibique diem obiit supremum.

Invidiam suorum civium ne Themistocles quidem effugit. Nam damnatus et ipse proditionis, primum Argos petiit, mox Corcyram demigravit, deinde ad Admetum, Molossorum regem, denique in Asiam, apud Artaxerxem, Xerxis filium, confugit.

Magnis muneribus ab Artaxerxe donatus, domicilium Magnesiae sibi constituit ibique mortuus est. Sed ejus ossa clam in Attica ab amicis sepulta sunt.

Aristides, Lysimachi filius, aequalis fere fuit Themistocli; pugnae navali ad Salamina interfuit et Atheniensium dux fuit ad Plataeas.

Sed postea, a Themistocle collabefactus, testulis exsilio decem annorum multatus est. Adeo tamen abstinentia excellebat ut justus appellaretur.

Delectus quoque est ut constitueret quantum pecuniae civitas quaeque daret ad commune aerarium, quod Deli comparandum erat, et, cum tantis rebus praefuisset, in tanta paupertate decessit ut unde efferretur vix reliquerit.

VINGT ET UNIÈME LEÇON

Peste d’Athènes (422). Paix de Nicias (421)

Anno insequenti, terribilis pestis, ex Aegypti finibus orta, Athenas invasit, in quibus undique rustici plurimi confugerant ut hostium incursiones vitarent. Mox incolarum decimam fere partem morbus absumpsit et Pericles ipse periit.

Tum, consiliis Cleonis, hominis novi, compulsi Athenienses insulam Sphacteriam cingunt, in qua trecenti Lacedaemonii, diu quidem, sed frustra luctati, se dedere coacti sunt.

Irati Lacedaemonii Athenas fame redigere statuunt, et Thraciam, ex qua frumentum Athenienses ducebant, Brasidas, dux Lacedaemo­niorum, petit, et ibi urbem Amphipolim capit. Sed mox Brasidas et Cleon fortiter dimicantes ceciderunt paxque, auctore Nicia, pacta est, quae sex tantum annos valuit.

Siècle de Périclès

Numquam tamen Athenarum gloria major fuit; nam magistram totius Graeciae, ut aiebat Pericles, in omnibus artibus se praebuerunt.

Etenim Aeschylus, Sophocles et Euripides, tragoediarum poetae, multos et heroas et principes in scenam inducebant et variis modis omnium animos movebant; Aristophanes autem, comicus poeta, in theatro Bacchi omnium et Populi ipsius vitia irridebat castigabatque ridendo mores.

Historiam quoque tunc floruisse Herodoti et Thucydidis et Xeno­phontis opera demonstrant.

Praeterea philosophi clari eminebant, quorum nobilissimum, Socra­tem, adulescentes cotidie audiebant, et oratores optimi, inter quos erant Antiphon, Andocides, Lysias et Pericles ipse, in contione et in tribunalibus consilia civibus suis dabant aut causas dicebant.

Nec litterae tantum, sed artes etiam omnes vigebant. Ictinus enim architectus Parthenonem, Callimachus Erechtheionem aedifi­cabant. In eis templis pulcherrima signa artificum, ut Phidias, Myron et paulo post Praxiteles, collocabantur. Porticus denique, quae Poecile vocabatur, a pictore Polygnoto ornata est.

Mort de Socrate (399)

Eo autem tempore, Socrates, qui pater philosophiae Graecorum merito dictus est, capitis a judicibus damnatus est. Falso accusabatur quasi juventutem corrumperet et deos novos in civitatem introducere vellet.

Cum e custodia discipuli ejus eum educere cuperent, abnuit: «Patriae legibus, ait, bonus civis semper paret», et in carcere inter discipulos maerentes cicutam fortiter ebibit.

Nihil quidem Socrates scripsit, sed ejus doctrinam nobis discipu­lorum clarissimi, Plato et Xenophon, tradiderunt.

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Bataille d’Arbèles (331). Mort de Darius

Denuo, Euphrate et Tigride superatis, adversus Darium Alexander exercitum producit; duo reges aciem instruunt ad urbem Arbela. Confectum curis Alexandrum ante proelium somnus arripuit et a Parmenione amico aegre excitatus est. Macedones in pugnam cum contemptu toties a se victi hostis ruebant; multi Persae diffugerunt, multi occisi sunt et Darius salutem suam fugae commisit. Hoc proelio Asiae imperium rapuit Alexander, Babylonem magna pompa intravit, et Susa et Persepolim, urbes locupletissimas, occupavit. In ea urbe, vino calefactus, inter epulas amicum Clitum interfecit, qui vitam ipsius ad Granicum flumen servaverat. Nec multo post Darius obiit. Id ubi Alexandro nuntiatum est, corpus regio more sepeliri jussit et reliquias ejus majorum tumulis inferri.

Expédition dans l’Inde (327)
Mort d’Alexandre (323)

Inter haec indignatio omnium totis castris erat quod Alexander mores luxumque Persarum assumeret. Rex autem maxime indigna­batur carpi se sermonibus suorum, et ira elatus imperavit ut Parmenio et ejus filius Philotas et alii principes interficerentur. Postea Indiam petiit, ut Oceano ultimoque Oriente imperium suum finiret. Unum e regibus Indorum, Porum nomine, propter virtutem amicitia et multis regnis donavit. Sed jam, post multa pericula multosque labores in vastis solitudinibus, Alexander exercitum reducere coeperat, Babylonemque regressus erat, cum, febri correptus, post paucos dies, annos tres et triginta natus et in ipsis victoriis decessit.

Mort de Démosthène (322) et de Phocion (317)

Mortuo Alexandro, dum ejus legati orbem terrarum inter se divi­dunt, Graeciae civitates adversus Macedones, hortante Demosthene, conjurant. Sed primo proelio ad Lamiam victores, mox ad Cranonem Graeci victi sunt. Tum Demosthenes, e patria fugere coactus, Calauriam insulam petiit, ibique in Neptuni fanum supplex confugit. Deinde ne vivus in hostium manus incideret, venenum calamo inclusum hausit, et statim, edito gemitu, expiravit. Nec multo post, false proditionis accusatus, orator Phocion, Macedonum jussu, in carcere cicutam ebibit.

La Grèce proclamée libre par les Romains (196)
Mort de Philopoemen (184). La Grèce province romaine (146)

Jam vero magis atque magis res Graeciae inclinatae sunt. Romani bellum intulerant Philippo, Macedonum regi, Hannibalis socio, eoque victo Graecos liberos et immunes esse declaraverant. Sed multis factionibus Graecia dividebatur, nam Achaei et Aetoli de principatu acriter contendebant. Frustra Philopoemen, Epaminondae aemulus, nisus est ne Achaei saltem, quorum praetor erat, inter se dissiderent; Messena enim defectionem fecit, et Philopoemen venenum bibere jussus est. Tum Romani Graeciam denuo invaserunt, et, Corintho capta et diruta, nomen etiam Graecorum ablatum est et Graecia provincia imperii Romani, Achaia nomine, facta est.

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Epitaphe d’une Romaine

Hospes, quod dico paulum est: adsta ac perlege.
Hic est sepulchrum haud pulchrum pulchrae feminae.
Nomine parentes nominaverunt Claudiam.
Suum maritum corde dilexit suo.
Natos duos creavit: horum alterum
In terra linquit, alium sub terra locavit.
Domum servavit; lanam fecit. Dixi; abi.

La Campanie

Omnium non modo Italiae, sed totius etiam orbis terrarum pul­cherrima Campaniae plaga est. Nihil est mollius caelo: bis floribus vernat. Nihil est uberius solo: ideo Liberi Cererisque ibi certamen esse dicitur. Nihil est hospitalius mari; hic sunt illi nobiles portus, Caieta, Misenus et tepentes fontibus Baiae. Hic amicti vitibus sunt montes, Gaurus, Falernus, Massicus, et pulcherrimus omnium Vesu­vius, Aetnaei ignis imitator. Urbes multae ad mare sitae sunt: For­miae, Cumae, Puteoli, Neapolis, Herculanum, Pompeii, et ipsa, caput urbium, Capua, quondam inter tres maximas, Romam Carthaginemque numerata.

(D’après Florus)

L’année agricole

Solis cursus annalis ternis mensibus est divisus in quattuor partes, ver, aestas, autumnus et hiems. Vere sationes quaedam fiunt; terram rudem proscindere oportet et plantas eradicare quae sunt ex ea enatae, priusquam ex iis semina cadant. Neque ea minus bis exaranda est. Aestate demeti messes oportet. Autumno, siccis tempestatibus, vin­demiae ac silvae excoli commodissime possunt. Hieme putandae sunt arbores, cum gelu cortices et imbribus carent.

(D’après Varron)

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

La cour de Phébus

Purpurea velatus veste sedebat
In solio Phoebus claris lucente smaragdis.
A dextra laevaque Dies, et Mensis, et Annus,
Saeculaque, et positae spatiis aequalibus Horae,
Verque novum stabat cinctum florente corona,
Stabat nuda Aestas et spicea serta gerebat;
Stabat et Autumnus calcatis sordidus uvis,
Et glacialis Hiems canis hirsuta capillis.

Ovide.

L’emplacement d’une ruche

Primum secundum villam mellaria facere oportet, potissimum ubi non resonant imagines: hic enim sonus apibus fugae causa est. Deinde hunc locum aestate non fervidum et hieme apricum esse oportet, magnique interest in proximo pabulum esse frequens et aquam puram. Si pabulum naturale non est, ea oportet dominum serere quibus maxime delectantur apes; ea sunt rosa, serpyllum, apiastrum, papaver, faba, lens, pisum, ocimum, cyperum, medica, et praesertim cytisum et thymum, quorum illud ad sanitatem apium, hoc ad mellificium est aptissimum.

(D’après Varron)

TABLE DES MATIÈRES

Leçon

1.

Prononciation. Verbe sum (indic. prés., et pft). Composés de sum

2.

Les cas. 1re déclinaison. Sum (indic. impft et fut.)

3.

Comment on fait un thème. 2e déclinaison. Indic. pl.-q.-pft et fut. ant. de sum

4.

Comment on fait une version. 3e déclin.

5.

3e déclin. (suite). Impér., partic., infin. et subj. de sum. Manière de rendre le conditionnel.

6.

4e déclin. Indic. prés, et impft des quatre conjugaisons

7.

5e déclin. Comparatifs et superlatifs. Indic. futur et subj. prés. des quatre conjugai­sons.

8.

Pronoms personnels. Impératifs, supins, participes, gérondifs.

9.

Pronoms-adjectifs démonstratifs.

10.

Relatifs, interrogatifs, indéfinis. Verbes passifs.

11.

Prosum, possum

12.

Ire. Questions de lieu.

13.

Ferre. Adverbes de quantité.

14.

Les nombres. Volo, nolo, malo.

15.

Les nombres (suite).

16.

L’interrogation directe.

17.

L’interrogation indirecte.

18.

La concordance des temps.

19.

La conjonction cum.

20.

La conjonction ut.

21.

La conjonction dum.

22.

L’attraction modale.

23.

Le style indirect.

24.

Derniers conseils.