SECONDES LEÇONS DE LATIN — LEÇONS ET DEVOIRS

PRÉFACE

Ce livre fait suite à mes Premières Leçons de Latin, et il convient de s’en servir exactement de la même manière. On commencent donc par étudier, dans le fascicule I, chaque leçon; on fera ensuite les devoirs qui y sont indiqués, et on les fera toujours seul, sans aucune aide, sans consulter du tout le corrigé. Enfin, une fois que cet effort personnel aura été consciencieusement fourni, on corrigera les fautes qu’on aura pu commettre, en recourant au fascicule II.

Les textes des versions sont empruntés, avec l’autorisation de l’éditeur, à Bornecque, Auteurs latins du Programme (Delagrave, éditeur).

PREMIÈRE LEÇON

Reprenons d’une manière un peu détaillée l’étude de la grammaire, que nous n’avons fait qu’effleurer rapidement dans les Premières Leçons.

Vous pouvez, pour cette étude, vous servir de n’importe quelle grammaire. Toutes ont leurs mérites. Si vous n’en possédez pas encore, je vous signale celle de Crouzet (Grammaire latine simple et complète), que sa brièveté (140 pages en tout) rend commode à consulter.

Pour commencer, revoyez les généralités sur les genres et sur les déclinaisons. Puis lisez ce qui concerne les deux premières déclinaisons.

Dans la première, on vous signale deux formes archaïques du génitif singulier:

1°) as: c’est aussi la forme du gén. sing. de la 1re déclinaison en grec. Vous savez que le latin, le grec, l’allemand, le sanscrit, ont tous une origine commune: on les appelle langues «indo-européennes» (les Allemands disent «indo-germaniques»). Il est fréquent que l’on retrouve dans une de ces langues un mot apparenté avec le mot correspondant d’une autre. Par exemple, le mot père se dit, en grec et en latin: pater; en sanscrit: patar; en allemand: vater; en anglais: father. De même, certaines formes et tournures grammaticales se retrouvent les mêmes dans plusieurs langues. Par exemple, la proposition infinitive se retrouve en grec comme en latin. Il n’est donc pas étonnant de trouver en latin un génitif singulier archaïque de la 1re décl. grecque.

D’ailleurs, de ce génitif, il n’existe guère qu’une seule forme un peu connue, c’est paterfamilias (en un seul mot). Ce mot prêterait à des considérations philosophiques…​ si nous avions le temps d’en faire…​ Les archaïsmes se retrouvent, en tous pays et en tous temps, spécialement dans ce qui touche à la religion, qui est la «conservatrice» par excellence. Or, le père de famille, chez les Romains, était, non seulement un chef social, mais encore un prêtre, pontife de la religion des ancêtres. C’est sans doute ce caractère sacré qui, du moins en partie, a fait conserver cette forme archaïque.

2°) : cette forme se trouve notamment dans le vers du poète Lucrèce: Et quasi cursores vitaï lampada tradunt. «Et comme les coureurs, ils se passent de main en main le flambeau de la vie.»

Ce vers, qui rappelle la solidarité des générations, est souvent cité. Remarquez-y, en plus du génitif vitaï, l’accusatif lampada, de lampas, lampadis. Le mot lampas est un mot grec, qui est en grec de la 3e déclin. et l’accusatif de la 3e déclinaison grecque est en a.

Il y a ainsi un certain nombre de mots grecs qui ont conservé en latin la forme exacte qu’ils avaient en grec; nous en reparlerons à propos de la 3e déclinaison.

Les génitifs pluriels en um, au lieu de arum, sont peut-être des formes archaïques, peut-être des formes imitées des gén. pl. en um de la 2e décl. que nous étudierons plus loin. Ils se trouvent surtout dans des mots grecs, où ils représentent la forme on du grec (ex.: amphorum, de amphora, «amphore»), ou en poésie: agricolum, par ex., pour agricolarum.

Enfin, le datif et l'ablatif pluriels en abus, deabus (de dea) et filiabus (de filia), permettent de distinguer ces cas de deis et filiis venant de deus et filius. Cum filiis et filiabus: «avec ses fils et ses filles.»

En repassant la deuxième déclinaison, vous notez une fois de plus le vocatif en e (domine), la seule forme du vocatif qui ne soit pas semblable au nominatif.

Etudiez bien les particularités signalées pour chaque cas. Vous y trouverez notamment les génitifs pluriels archaïques, ou imités du grec, en um, au lieu de orum. La langue militaire avait conservé par exemple: praefectus fabrum (de faber, fabri), «commandant des ouvriers militaires»; et praefectus socium (de socius), «commandant des alliés» (troupes auxiliaires).

Quelques noms de la 2e déclin. offrent des particularités au point de vue du vocabulaire.

Ainsi locus, m., «lieu, endroit», a deux pluriels: loci, régulier, signifie «endroits, passages d’un auteur»; loca, neutre, signifie «lieux, localités, parages».

Virgilius imitatus est plurimos Homeri locos: «Virgile a imité beaucoup de passages d’Homère.»

In loca deserta ingressus est: «il entra dans des parages déserts.»

Carbasus, f., «étoffe fine de lin», fait au pluriel carbasa, n., qui se trouve chez les poètes avec le sens de «voiles de navires».

Frenum, n., «frein», fait plus souvent freni, m., au pluriel que frena.

Frumentum, au singulier, s’emploie pour désigner «le blé en grains»; et frumenta, au pluriel, pour désigner «le blé sur pied.»

Frumentum exercitui deerat: «l’armée manquait de blé.»

Frumenta in agris matura non erant: «le blé, dans les champs, n’était pas encore mûr.»

Hortus, au singulier, signifie «le jardin»; horti, au plur., «le parc».

EXERCICES

1°) Donnez, sans consulter le dictionnaire, le genre des noms suivants, et dites ce qui vous permet de reconnaître ce genre.

Labor, travail; — veritas, vérité; — populus, peuplier; — marmor, marbre; — factio, parti politique; — cornu, corne; — verbum, mot; — soror, sœur; — frater, frère; — arbor, arbre.

2°) Versions:

L’âge d’or

Nondum praecipites cingebant oppida fossae;
Non galeae, non ensis erant; sine militis usu
Mollia securae peragebant otia gentes,
Ipsa quoque immunis rastroque intacta, nec ullis
Saucia vomeribus, per se dabat omnia tellus.
Ver erat aeternum, placidique tepentibus auris
Mulcebant Zephyri natos sine semine flores.
Mox etiam fruges tellus inarata ferebat,
Nec renovatus ager gravidis canebat aristis;
Flumina jam lactis, jam flumina nectaris ibant,
Flavaque de viridi stillabant ilice mella.

(Ovide).

Epitaphes de Romains célèbres

I. Scipion Barbatus, consul en 298 av. J.-C.

Cornelius Lucius Scipio Barbatus,
Navo patre natus, fortis vir sapiensque,
Cujus forma virtuti simillima fuit.
Consul, censor, aedilis, hic fuit apud vos;
Taurasiam, Cisaunam, Samnium cepit,
Subigit omnem Lucaniam, obsidesque abducit.

II. Névius, auteur de poèmes épiques, tragiques et comiques (IIIe s. av. J.-C.).

Immortales mortales si foret fas flere,
Flerent divae Camenae Naevium poetam;
Itaque, postquam est Orci traditus thesauro,
Obliti sunt Romani loqui lingua latina.

III. Pacuvius, auteur de tragédies (environ 220-130 av. J.-C.).

Adulescens, tametsi properas, te hoc saxum rogat
Ut ad se adspicias, deinde ut quod scriptum est legas.
Hic sunt poetae Marci Pacuvii sita
Ossa. Hoc volebam nescius ne esses. Vale.

Un présage amusant

L. Paulus, iterum consul, eum ei sortitione obtigisset ut bellum cum rege Perse gereret, ut domum ea ipsa die ad vesperum rediit, filiolam suam Tertiam, quae tum erat admodum parva, osculans animadvertit tristiculam. «Quid est, inquit, mea Tertia? Quid tristis es? — Mi pater, inquit, Persa periit.» Tum ille artius puellam complexus: «Accipio, inquit, mea filia, omen.» Erat autem mortuus catellus eo nomine.

(D’après Cicéron).

Les chèvres et le chevrier

Capellae dumeta potius quam campestrem situm desiderant: in asperis etiam locis ac silvestribus optime pascuntur. Nam nec rubos aversantur, nec vepribus offenduntur, et arbusculis frutetisque1 maxime gaudent. Ea sunt arbutus, cytisusque agrestis, nec minus ilignei querneique frutices, qui in altitudinem non prosiliunt. Magistrum autem pecoris durum strenuum, laboris patientissimum, alacrem et audacem esse oportet, nam per rupes, per solitudines, per vepres facile ire debet, et non, ut alterius generis pastores, sequi, sed plerumque antecedere gregem.

(D’après Columelle).

1 NDLR: Ou «fruticibusque».

DEUXIÈME LEÇON

Etudiez aujourd’hui la troisième déclinaison, noms et adjectifs.

Remettez-vous bien dans l’esprit la distinction entre les mots à thème en i (mots parisyllabiques, mots dont le radical est terminé par deux consonnes, autres mots divers comme lis, litis, «le procès»; mus, muris, «le rat»; nix, nivis, «la neige»), qui ont le génitif pluriel en ium, et les autres mots, dont le génitif pluriel est en um.

Rappelons quelques cas particuliers.

1°) Les noms neutres en al et ar, tels que animal, «l’animal», calcar, «l’éperon», sont d’anciens parisyllabiques: animale, calcare, dont la finale c est tombée, mais qui ont conservé la déclinaison des parisyllabiques neutres: gén. pl. animalium, calcarium, etc.

2°) Au contraire, pater, patris, le père; mater, matris, la mère; frater, fratris, le frère; juvenis, is, le jeune homme; senex, senis, le vieillard; canis, is, le chien, bien que parisyllabiques, n’ont pas le thème en i (gén. pl. patrum, matrum, fratrum, juvenum, senum, canum). Cela fait une petite famille de six personnes, chien compris, qu’il n’est pas difficile de se rappeler.

3°) Parentes, «les parents» (de parens, parentis), fait au gén. pl. ordinairement parentum, bien que le radical soit terminé par deux consonnes. On trouve aussi, chez les poètes, beaucoup d’autres gén. pl. en um, au lieu de ium, de mots en ans ou ens: clientum (cliens), infantum (infans), etc.

4°) Il y a hésitation entre um et ium pour un assez grand nombre de mots, notamment: apis, abeille; civitas, civitatis, cité; dos, dotis, dot; fraus, fraudis, fourberie; mus, muris, rat; palus, paludis, marais; etc.

L'ablatif singulier retiendra aussi votre attention. Il est généralement en e: cive, urbe, vetere, etc. Mais il est en i:

1°) dans les neutres parisyllabiques, comme mare, maris, abl.: mari; cubile, le lit, abl. cubili, etc., ainsi que dans les neutres en al et ar, qui, comme nous venons de le revoir, se déclinent comme eux.

2°) dans les adjectifs parisyllabiques comme fortis, fortis, courageux, abl.: forti; acer, acris, vif, abl.: acri, etc. Exemple à retenir: «J’ai été sauvé par un citoyen courageux»: Servatus sum a cive (e parce que civis est un nom), forti (i parce que fortis est un adjectif).

Les adjectifs du type prudens (imparisyllabiques dont le radical se termine par deux consonnes) ont l’ablatif en e s’ils qualifient une personne, en i s’ils qualifient une chose. Ex.: «par un homme prudent», ab homine prudente; «par un conseil prudent», consilio prudenti.

3°) L’ablatif sg. est également en i dans quelques noms géographiques, comme Tiberis, le fleuve Tibre; dans des noms grecs en is, comme basis, le piédestal; et dans sept noms féminins en is: febris, fièvre; puppis, poupe; securis, hache; sitis, soif; turris, tour; tussis, toux; vis, force. Dans ces mêmes noms, l'accusatif sg. est en im: Tiberim, basim, febrim, etc. L’abl. sg. est encore parfois en i dans d’autres noms en is qui n’ont pas l’acc. en im, notamment: amnis, fleuve, classis, flotte; ignis, feu; navis, navire. Imber, imbris, pluie, fait aussi imbre ou imbri. Fustis, bâton, fait fuste; mais dans le sens de «bastonnade», il fait fusti (cf. fr. fustiger). Sors, le sort, fait quelquefois, dans certaines formules, sorti aussi bien que sorte. Ex.: Sicilia evenit ei provincia sorti ou sorte. «La Sicile lui échut comme province par le sort» (par tirage au sort).

L'accusatif pluriel masc. et fém. est généralement en es. Mais dans les noms et adjectifs qui ont le thème en i, il peut être aussi en is (avec i long): civis, fortis, prudentis, etc.

Parmi les cas particuliers d’adjectifs, signalons les adjectifs en ax, ix, ox, et quelques autres, comme par, paris, «égal» qui suivent, bien que n’ayant pas deux consonnes à la fin de leur radical, la déclinaison de prudens: neutre pl. felicia, gén. pl. felicium, abl. sg. en e pour une personne, en i pour une chose.

Il existe encore un grand nombre de cas particuliers; c’est à force de les rencontrer qu’on finit par les connaître. Il n’est d’ailleurs pas indispensable de les retenir tous par cœur, car le dictionnaire vous renseigne à leur sujet. Il faut aussi savoir que l’usage était parfois capricieux, que cet usage a varié au cours des sept ou huit siècles dont nous possédons des monuments écrits du latin (approximativement depuis 300 avant notre ère jusqu’à 500 après); enfin, que les poètes, quand les besoins de la versification l’exigeaient, recouraient volontiers à des formes rares, et même, semble-t-il, à des formes qu’ils créaient par analogie. Sachons donc que la grammaire latine n’a pas toujours la rigueur que les débutants s’imaginent. Néanmoins, pour écrire en latin, n’employez que les formes que le dictionnaire ou la grammaire vous indique comme appartenant à la prose classique.

EXERCICES

1°) Donnez les formes suivantes:

Gén. pl. de audax, audacieux; — abl. sing. de cubile, le lit; — accus. sing. de febris, la fièvre; — abl. sing. de tussis, la toux; — gén. pl. de parentes, parents; — acc. pl. de altar, l’autel; — acc. pl. masc. fém. et neut. de fortis, courageux; — abl. sing. de civis, citoyen; — abl. sing. de felix, heureux; — abl. sing. de iter, chemin; — abl. sing. de rudis, grossier.

2°) Versions:

Mot plaisant de Scipion Nasica

Cum ad poetam Ennium venisset Nasica, eique, ab ostio quaerenti Ennium, ancilla dixisset domi non esse, Nasica sensit illam domini jussu dixisse et illum intus esse. Paucis post diebus, cum ad Nasicam venisset Ennius et eum a janua quaereret, exclamat Nasica se domi non esse. Tum Ennius: «Quid? Ego non cognosco vocem, inquit, tuam?» Hic Nasica: «Homo es impudens. Ego cum te quaererem, ancillae tuae credidi te domi non esse, tu mihi non credis ipsi?»

(Cicéron).

Le bon intendant

Vilicum fundo familiaeque praeponi convenit aetatis nec primae nec ultimae. Media igitur aetas huic officio est aptissima poteritque bonus vilicus ab anno tricesimo usque in sexagesimum satis validi agricolae fungi muneribus. Quisquis autem destinabitur huic negotio, sit oportebit scientissimus robustissimusque, ut edoceat subjectos et ipse commode faciat quae praecipit. Nihil enim recte sine exemplo docetur aut discitur, praestatque vilicum operariorum esse magistrum, non discipulum.

(D’après Columelle).

Vercingétorix soulève la Gaule

Vercingetorix, Celtilli filius, Arvernus, summae potentiae adulescens, convocatis suis clientibus, facile eos incendit. Cognito ejus consilio, omnes ad arma concurrunt. Prohibetur autem Vercingetorix a Gobannitione, patruo suo, reliquisque principibus, qui hanc tentandam fortunam non existimabant, et expellitur ex oppido Gergovia. Non destitit tamen atque in agris habet dilectum egentium ac perditorum. Hac coacta manu multas civitates ad suam sententiam perducit, et hortatur ut communis libertatis causa arma capiant. Mox adversarios suos, a quibus paulo ante erat ejectus, expellit ex civitate et legationes quoquoversus dimittit. Celeriter sibi Senones, Parisios, Pictones, Cadurcos, Turonos, Aulercos, Lemovices, Andos reliquosque omnes qui Oceanum attingunt adjungit, omniumque consensu ad eum defertur imperium.

(D’après César).

3°) Thème: Vercingétorix convoque les chefs des Arvernes et les exhorte à faire la guerre aux Romains. D’abord, les Gaulois ne veulent pas suivre son projet, et même ils l’expulsent de Gergovie, où il se trouvait. Mais bientôt après ils sont enflammés par l’amour de l’indépendance, prennent les armes et nomment Vercingétorix leur chef.

TROISIÈME LEÇON

Continuons l’étude des particularités rencontrées dans la 3e déclinaison.

Quelques noms de villes ont conservé un locatif en i, analogue à celui de la 2e déclinaison. On a ainsi, parfois, Carthagini, «à Carthage», de Carthago, inis; Tiburi, «à Tibur», de Tibur, is; comme on a Lugduni, «à Lyon», de Lugdunum, 2e déclinaison. Toutefois on trouve plus souvent l’ablatif: Carthagine, Tibure, pour indiquer l’endroit où se passe l’action (question ubi).

Le mot rus, ruris, neutre, «campagne», d’où vient notre mot rural, a également un locatif: ruri, «à la campagne», toujours employé à la question ubi (lieu où l’on est), de même que domi, «à la maison», humi, «à terre» (de humus, 2e déclin.).

Les noms neutres en ma, génitif matis, font au dat-abl. pluriel matis au lieu de matibus. Ainsi poema «le poème», fait au dat-abl. plur. poematis. La différence entre le gén. sing. et le dat-abl. plur., c’est que l'i est bref au gén. sing. et long au dat-abl. plur.

Quelques noms sont tout à fait irréguliers, comme:

Bos, bovis, «bœuf», qui fait au gén. plur. boum, et au dat-abl. plur. bubus, quelquefois bobus.

Sus, suis, «le porc», qui fait au dat-abl. plur. subus (ou suibus).

Vis, «la force», qui fait au sing.: accus. vim; abl. vi; et au plur. vires, virium, viribus.

Signalons quelques noms qui n’ont pas le même sens au singulier et au pluriel:

Aedes (ou aedis), gén. aedis, au sing.: «temple»; au pluriel: «temples», mais plus souvent: «maison» ou «maisons».

Finis, au sing.: «limite»; fines, au pluriel: «territoire».

Sal, «le sel»; sales, au pluriel: «les grains de sel», ou, au figuré, «les bons mots».

L’ablatif ope, d’un nominatif inusité qui serait ops, opis, signifie «pouvoir»: omni ope eniti, «s’efforcer de tout son pouvoir»; — l’accusatif opem signifie «secours»: opem ferre alicui, «porter secours à quelqu’un». Le pluriel opes, opum, signifie «ressources, richesse, puissance».

L’usage, et, à son défaut, le dictionnaire, vous renseignera sur les noms «défectifs», c’est-à-dire qui ne s’emploient qu’à certains cas du singulier ou du pluriel, de même que sur certaines déclinaisons bizarres de noms propres étrangers.

EXERCICES

1°) Analyser (et donner le sens du mot): veteri, vi, suis, suibus, poematis, senum, boum, aedes, ruri, felici.

2°) Versions:

Deux prodiges

Midae, qui rex Phrygiae fuit, puero dormienti formicae in os grana tritici congesserunt. Parentibus deinde ejus explorantibus quorsum prodigium tenderet, augures responderunt omnium illum mortalium futurum esse ditissimum. Nec vana praedictio exstitit: nam Midas cunctorum paene regum opes abundantia pecuniae antecessit. Apes vero solidae et aeternae felicitatis Platonis indices fuerunt, labellis parvuli dormientis in cunis mel inserendo. Hac re audita, prodigiorum interpretes singularem eloquii suavitatem ore ejus emanaturam esse dixerunt.

(D’après Valère-Maxime).

Cicéron trouve le tombeau d’Archimède

Archimedis ego quaestor ignoratum a Syracusanis, saeptum undique et vestitum vepribus et dumetis, indagavi sepulcrum. Tenebam enim memoria quosdam senariolos, quos in ejus monumento esse inscriptos acceperam, qui declarabant in summo sepulcro sphaeram esse positam cum cylindro. Ego autem cum omnia sepulcra, ad portas Agrigentinas sita, collustrarem oculis, animadverti columellam non multum e dumis eminentem, in qua inerat sphaerae figura et cylindri. Immissi cum falcibus homines multi purgaverunt et aperuerunt locum. Tum apparuit epigramma exesis versiculis.

(D’après Cicéron).

Les aurochs

Hi sunt magnitudine paulo infra elephantos, specie et colore et figura tauri. Magna vis eorum est et magna velocitas; neque homini nec ferae, quam conspexerunt, parcunt. Hos studiose foveis captos interficiunt; hoc se labore durant adulescentes atque hoc genere venationis exercent, et qui plurimos ex his interfecerunt, relatis in publicum cornibus, quae sint testimonio, magnam ferunt laudem. Sed assuescere ad homines et mansuefieri, ne parvuli quidem excepti, uri1 possunt. Amplitudo cornuum et figura et species multum a nostrorum boum cornibus differt. Haec studiose conquisita ab labris argento circumcludunt atque in amplissimis epulis pro poculis utuntur.

1 NDLR: Omettre «uri».

(D’après César).

QUATRIÈME LEÇON

La quatrième déclinaison donne lieu à peu de remarques.

Le datif de la 4e déclinaison peut être en u, au lieu de ui: manu, au lieu de manui.

Quelques substantifs en us font ubus au lieu de ibus au datif-ablatif pluriel; ce sont: arcus, l’arc; lacus, le lac; quercus, le chêne; specus, la caverne (notez qu’ils sont tous quatre terminés en cus); artus, l’articulation, le membre; partus, la mise-bas, l’enfantement; tribus, la tribu. — On a donc: arcubus, lacubus, etc.

A côté du génitif en us, on trouve parfois un génitif archaïque en i, comme dans la 2e déclinaison. On pourra rencontrer par exemple: senati consultum, «décret du sénat», au lieu de senatus consultum.

Notons que domus, us, fait ordinairement domo à l’ablatif singulier; domos à l’accusatif pluriel, et souvent domorum au gén. plur., comme s’il était de la 2e décl. On connaît d’autre part son locatif: domi.

Les neutres en u sont fort rares; on ne rencontre que cornu, la corne; genu, le genou; veru, la broche. Comme les trois cas directs (nom., voc., acc.) sont semblables: cornu; que l’ablatif est en u: cornu; que le datif, comme je le disais plus haut, peut être en u: cornu; cette déclinaison peut se réduire à peu de chose: gén. cornus, et tous les autres cas cornu. Ajoutons même qu’on trouve quelques exemples de génitifs en u: cornu, au lieu de cornus. Aussi les grammairiens latins prétendaient-ils que les neutres en u étaient indéclinables au singulier. Mais le génitif en us semble en réalité avoir été plus employé.

La cinquième déclinaison, dies, comprend assez peu de noms. Tous ces noms sont féminins, sauf meridies, qui est masculin, et dies, qui est généralement masculin. Toutefois dies est généralement féminin au singulier quand il signifie «jour fixé» ou «délai»: «ils revinrent au jour fixé»: die finita redierunt. «Il demanda un délai très court», diem perexiguam postulavit.

Au point de vue des formes, notons qu’on trouve parfois des génitifs en i ou en e, par exemple: acie, pour aciei, de acies, «armée»; pernicii, pour perniciei, de pernicies, «perte».

Enfin, à côté de plebs, plebis, «plèbe», 3e déclinaison, on rencontre une forme archaïque: plebes, plebei, dont le gén. est souvent plebi. «Une décision de la plèbe», plebi scitum.

Plusieurs noms ont tantôt une forme en ia, iae, 1re décl., tantôt une forme en ies, iei, 5e décl.; par exemple: luxuria ou luxuries, «le luxe»; materia ou materies, «la matière», etc.

Requies, «le repos», est de la 3e décl.; gén. requietis; toutefois on trouve souvent l’acc. requiem, et l’abl. requie, comme si ce nom était de la 5e décl.

EXERCICES

1°) Que savez-vous sur le genre de dies? de quercus? de arbor? de marmor? de odor? (Donnez le sens de chaque mot.)

2°) Donnez les formes suivantes (dites en même temps le sens du mot): ablatif pluriel de specus; — génitif singulier de veru; — accusatif pluriel de fortis; — gén. plur. de domus; — abl. sing. de cubile; — datif sing. de genu; — datif sing. de exercitus.

3°) Versions:

Mort des trois grands poètes tragiques, grecs

Aeschyli poetae excessus propter novitatem casus referendus est. In Sicilia e moenibus urbis, in qua morabatur, egressus, aprico in loco resedit. Super quem aquila testudinem ferens, elusa splendore capitis (erat, enim capillis vacuum), perinde atque lapidi eam illisit, ut fractae carne vesceretur.

Sed atrocius Euripides mortuus est. Ab Archelai enim regis cena in Macedonia domum hospitalem repetens, canum morsibus laniatus obiit: crudelitas fati tanto ingenio non debita!

Sophocles, grandis jam natu, cum in certamine tragoediam dixisset, ancipiti sententiarum eventu diu sollicitus, aliquando tamen una sententia victor, causam mortis gaudium habuit.

(D’après Valère-Maxime).

Arion

Nobilis cantator fidibus fuit Arion. Postquam in Italia omnium aures et mentes delectavit, cum grandi pecunia et multis opibus Corinthum, ad amicum Periandrum regem, redire instituit et navem conscendit. At in reditu nautae, divitiarum ejus cupidi, Arionem necare voluerunt. Eo intellecto, id unum oravit poeta ut induere permitterent sua sibi pulchra indumenta et fides capere et carmen canere. Quod oravit impetrat. Ad finem cantus cum fidibus ornatuque omni dejecit sese in profundum. Nautae, haudquaquam dubitantes quin periisset, cursum tenuerunt. Sed delphinum aiunt repente inter undas adnavisse et sese homini fluitanti subdidisse et eum incolumem Taenarum devexisse. Inde Arion Corinthum petivit et rem Periandro narravit. Nautae autem, cum ad portum appulerunt, comprehensi sunt et poenas dederunt.

(D’après Aulu-Gelle) .

4°) Thème. Quand Arion eut séjourné quelques mois en Italie, où tout le monde aimait beaucoup ses poèmes et ses chants, il voulut revenir à Corinthe, chez le roi Périandre, dont il était l’ami. Mais les matelots de son navire, voyant les énormes richesses qu’il ramenait avec lui, décidèrent de le tuer pour les prendre. Arion cependant se jeta à la mer, fut sauvé par un dauphin, et Périandre punit les mauvais matelots.

CINQUIÈME LEÇON

Avant de quitter les déclinaisons, remarquez les bizarreries particulières aux noms grecs employés en latin. Il arrive toujours, lorsque l’on transporte des mots d’une langue dans une autre, comme aujourd’hui, par exemple, de l’anglais en français, ou de l’italien en français, que la déclinaison de ces mots étrangers se trouve prise entre deux tendances:

1°) la tendance à «assimiler» le mot étranger à un mot national, par exemple à traiter, aujourd’hui, un mot italien ou anglais comme un mot français (on dit, entre autres choses, des solos, tandis que le pluriel italien est soli, des wattmans, tandis que le pluriel anglais est wattmen);

2°) la tendance à laisser au mot étranger sa forme étrangère régulière: des soli, des wattmen.

Ces deux tendances existaient déjà en latin à l’égard des mots grecs. Le dictionnaire vous renseignera, le cas échéant, sur les particularités de chaque mot. Mais vous pouvez retenir déjà que les formes grecques employées en latin sont surtout les suivantes:

1°) des accusatifs singuliers, soit en n, comme dans la 1re déclinaison grecque: Anaxagoras, Anaxagorae (1re décl.), accusatif Anaxagoran (nom propre); — soit en a, comme dans la 3e déclinaison grecque: aer, aeris, acc. aera, «l’air»; aether, aetheris, acc. aethera, «l’éther».

2°) Des accusatifs pluriels en as: aspis, aspidis, «aspic», acc. plur. aspidas. Arcas, Arcadis, «Arcadien», acc. plur. Arcadas.

En ce qui concerne les adjectifs, notez que les adjectifs de la 3e déclinaison peuvent se diviser en trois groupes:

1°) ceux qui ont au nominatif singulier une seule forme pour le masculin, le féminin et le neutre; tels sont prudens, vetus, etc.

2°) ceux qui ont au nominatif singulier deux formes: une pour le masculin et le féminin, une pour le neutre; tels sont fortis (masc. et fém.), forte (neutre), «courageux»; utilis (masc. et fém.), utile (neutre); etc.

3°) ceux qui ont au nominatif singulier trois formes: une pour le masculin, une pour le féminin, une pour le neutre; tels sont: acer (masc.), acris (fém.), acre (neutre), «aigu»; alacer, alacris, alacre, «allègre»; etc.

Après avoir ainsi bien revu les déclinaisons, étudiez les emplois de l’adjectif.

Revoyez l’emploi de l'adjectif comme nom: sapiens (masc.), «le sage»; bonum (neutre), «la bonne chose»; notez que cet emploi de l’adjectif neutre comme nom ne se trouve normalement qu’au nominatif et à l’accusatif, où la terminaison permet de reconnaître tout de suite qu’on a affaire à un neutre: bonum, omnia, hoc, haec, etc. Aux autres cas, en effet, on ne peut savoir si l’adjectif est au neutre ou au masculin, et on doit régulièrement le considérer comme un masculin. Cependant l’adj. neutre est quelquefois au génitif, datif ou ablatif, s’il est suivi d’un relatif au nominatif ou à l’accusatif, qui empêche toute confusion; par exemple: ejus quod, omnibus quae, etc. A part ce cas exceptionnel, on emploie, à ces «cas obliques» (gén., datif, ablatif), le mot res avec l’adj.: bonae rei, bona re, etc.

Revoyez la formation des comparatifs et superlatifs réguliers; les formes particulières aux adjectifs en er, en ilis, en dicus, ficus, volus, en eus, ius, uus; les formes irrégulières: melior, etc.

EXERCICES

1°) Analyser et traduire: Hectora,lampadas,poesin,alacrem,gracillimi,forti,fortius,celerrima,plura,pejus.

2°) Versions:

Les jardins suspendus de Babylone

Super arcem, vulgatum Graecorum fabulis miraculum, pensiles horti sunt, summam murorum altitudinem aequantes, multarumque arborum umbra et proceritate amoeni. Pilae, quae totum onus sustinent, saxo instructae sunt; super pilas lapide quadrato solum stratum est, in quo terram altam injecerunt. Adeo validae ibi crescunt, ut stipites earum octo cubitorum spatium crassitudine aequent et in quinquaginta pedum altitudinem emineant. Et, cum vetustas non opera solum manu facta, sed etiam ipsam naturam paulatim exedendo perimat, haec moles, quae tot arborum radicibus premitur tantique nemoris pondere onerata est, inviolata durat.

(D’après Quinte-Curce).

Mort de Codrus

Rex Atheniensium Codrus, cum ingenti hostium exercitu Attica regio ferro ignique vastaretur, diffidentia humani auxilii ad Apollinis Delphici oraculum confugit, perque legatos sciscitatus est quonam modo illud tam grave bellum discuti posset. Respondit deus finem ejus belli fore si ipse hostili manu occidisset. Id quidem non solum in castris Atheniensium, sed etiam hostium percrebruit, eoque factum est, ut ediceretur, ne quis Codri corpus vulneraret. Id postquam cognovit, depositis insignibus imperii, famularem vestem induit, ac pabulantium globo sese objecit unumque ex his falce percussit et in caedem compulit.

(D’après Valère-Maxime).

Lettre de Cicéron à son affranchi malade
M. T. C. Tironi s. d. p.

Aegypta ad me venit pridie idus apriles. Is, etsi mihi nuntiavit te plane febri carere et belle habere, tamen, quod negavit te potuisse ad me scribere, curam mihi attulit, et eo magis quod Hermia, qui eodem die venire debebat, non venerat. Incredibili sum sollicitudine de tua valetudine: ea si me liberaveris, ego te omni cura liberabo. Ingenium tuum confer ad te mihi tibique conservandum. Cura te etiam atque etiam diligenter. Vale. Scripta jam epistula, Hermia venit. Accepi tuam epistulam, vacillantibus litterulis: nec mirum est tam gravi morbo. Ego ad te Aegyptam misi, ut is tecum esset, quod nec inhumanus est, et te visus est mihi diligere. Vale.

(D’après Cicéron).

SIXIÈME LEÇON

Parmi les comparatifs remarquables, il faut connaître junior, de juvenis, «jeune», et senior, de senex, senis, «vieux». Ces deux mots servent surtout à opposer dans l’armée les soldats «encore jeunes» aux soldats «déjà âgés». Ces deux termes ont passé dans notre langue sportive, et les comptes rendus de tournois d’escrime, notamment, parlent des seniores et des juniores (parfois francisés en «seniors» et «juniors»).

Il ne conviendrait pas, d’ailleurs, de traduire «plus âgé» et «plus jeune», par senior et junior; on dit major natu et minor natu.

Assez nombreux sont les adjectifs, et les participes présents et passés, dont le comparatif ou le superlatif, ou les deux, sont inusités. Le dictionnaire d’ailleurs vous renseigne à ce sujet. Pour faire un thème, consultez-le attentivement. C’est ainsi par exemple que ferus, «sauvage», mirus, «étonnant», ne s’emploient ni au comparatif, ni au superlatif. Au contraire, antiquus fait antiquior et antiquissimus, bien qu’en règle générale les adjectifs terminés en uus, de même que par eus, et ius, n’aient ni comparatif ni superlatif. Cela vient de ce que dans antiquus, qu n’a d’autre valeur que c: anticus.

L’idée du superlatif absolu («très») est parfois rendue par les adverbes: valde, sane, bene, admodum (vade strenuus est, «il est fort actif»), ou par les préfixes prae ou per: praeclarus, «très illustre»; permagnus, «très grand».

Certains emplois du comparatif et du superlatif diffèrent de nos habitudes françaises, et il est bon de bien les connaître pour ne pas se laisser surprendre par eux.

1°) En français, lorsque nous comparons entre elles deux personnes ou deux choses, nous employons l’expression: «le (la) plus», comme pour tous les superlatifs: «La main droite est la plus forte des deux mains.» Le latin, au contraire, emploie le comparatif: «dextra est validior manuum.» «L’aîné», en parlant de deux frères, se dira major natu; s’il s’agissait de trois frères, on emploierait au contraire le superlatif, comme en français: maximus natu.

2°) On emploie assez souvent le comparatif seul, donc sans qu’il y ait comparaison entre deux objets. Dans ce cas, le sens est assez ou trop. Par exemple: est loquacior, «il est assez bavard», ou bien: « il est trop bavard». Dans le premier cas, le sens est en somme: «plus bavard que la moyenne»; dans le second: «plus bavard qu’il ne faut.» C’est le contexte, l’ensemble de la phrase, qui permet de choisir entre ces deux acceptions.

3°) Quand on compare entre eux deux adjectifs, par exemple: «il est plus brave qu’habile», on les met tous les deux au comparatif en latin: fortior est quam prudentior.

4°) «Encore», devant un comparatif, se traduit par etiam: «il est encore plus savant», etiam doctior est.

5°) «Beaucoup», devant un comparatif ou un superlatif, se traduit par multo ou longe: multo doctior, «beaucoup plus savant»; longe doctissimus, «de beaucoup le plus savant».

6°) Lorsqu’un adjectif est accompagné de l’expression «le plus possible», on fait précéder le superlatif latin de quam potest, ou de quam tout seul, en sous-entendant potest. «Il crie le plus fort possible» (= qu’il peut): clamat quam maxima voce.

7°) Enfin certains superlatifs peuvent avoir deux sens différents, qu’il importe de bien connaître. Ce sont:

summus: summa arbor, «l’arbre le plus élevé», ou «le sommet de l’arbre»;

extremus; extremum agmen, «la dernière armée», ou «la fin de l’armée en marche», la queue, l’arrière-garde;

infimus: infimus collis, «la colline la plus basse», ou «le bas de la colline»;

primus: prima fabula, «la première pièce de théâtre», ou «le commencement de la pièce».

Notez de même: ultima Gallia, «l’extrémité de la Gaule»; — intimae aedes «le fond de la maison»; — media urbs, «le milieu de la ville» (remarquez d’ailleurs que medius n’est pas un superlatif).

Au lieu d’un superlatif, on peut trouver le comparatif si l’on distingue seulement deux parties d’un objet: superior mons, «le haut de la montagne»; inferior mons, «le bas de la montagne»; on distingue seulement le haut et le bas. C’est parce qu’on distingue trois parties: le haut, le milieu, le bas, qu’on a ordinairement des superlatifs: summus mons, medius mons, infimus mons.

EXERCICES

1°) Traduire en latin:

Nous sommes deux frères, je suis l’aîné. — Le chemin est assez long. — J’ai assez de vin. — Il est plus robuste que savant. — Tu es trop prudent. — On a pris les soldats les plus courageux possible. — Les soldats occupèrent le haut de la montagne. — Ce vin-ci est bien meilleur que celui-là. — Que Paul est savant! — Mais son frère est encore plus savant que lui.

2°) Version:

Alexandre et le médecin Philippe

Alexander, inclita jam pugna excellentissimis opibus Darii contusis, aestu et itineris fervore in Cilicia percalefactus, in Cydnum, qui, aquae liquore conspicuus Tarsum influit, corpus suum immersit. Subito deinde ex nimio haustu rigoris obstupefactis nervis ac torpore hebetatis artibus, maxima cum exanimatione totius exercitus, in oppidum castris propinquum defertur. Jacebat aeger Tarsi, inque valetudine ejus adversa instantis victoriae spes fluctuabat. Itaque convocati medici attentissimo consilio salutis remedia circumspiciebant. Cum ad unam potionem sententiam direxissent atque eam Philippus medicus suis manibus temperatam Alexandro (erat autem ipsius amicus et comes) porrexisset, a Parmenione missae litterae superveniunt, admonentes, ut rex insidias Philippi pecunia corrupti a Dario caveret. Eas cum legisset, sine ulla cunctatione, medicamentum hausit ac tunc legendas Philippo tradidit.

(D’après Valère-Maxime).

SEPTIÈME LEÇON

Etudions aujourd’hui les adjectifs numéraux.

Sur unus, a, um, remarquez qu’il suit la déclinaison pronominale, c’est-à-dire qu’il fait au génitif unius et au datif uni.

A côté de son sens d’adjectif numéral, on trouve fréquemment le sens de «seul, unique». Dans ce sens, il est parfois employé au pluriel: uni, ae, a.

Rappelons en passant que unus n’a jamais le sens de l’article indéfini français «un»; d’ordinaire l’article indéfini ne se traduit pas; si on veut traduire l’idée indéfinie «un certain», on traduira par quidam ou par aliquis.

Dans la déclinaison de duo et de ambo, remarquez que le neutre est en o, contrairement à la règle qui dit: «Tous les pluriels neutres sont en a».

Au génitif pluriel on trouve parfois duum, au lieu de duorum.

Ambo signifie «tous les deux», «les deux à la fois». Nous retrouvons ce mot dans l’adjectif français ambidextre, «qui se sert également bien (= adroit) des deux mains». Exemple d’emploi de ambo: ambo milites simul regressi sunt, «les deux soldats rentrèrent en même temps».

Notez duodeviginti pour 18, et undeviginti pour 19. De même, 28: duodetriginta; 98: duodecentum; 99: undecentum, etc.

Les dizaines sont en a: triginta, etc., sauf viginti; les dizaines sont indéclinables. Les centaines se déclinent en i, ae, a, comme le pluriel de bonus, sauf centum, indéclinable. Au génitif pluriel on a parfois ducentum, pour ducentorum, etc.

Rappelez-vous: «Mille soldats», mille milites; mais «2.000 soldats», duo milia militum (deux milliers de soldats).

Pour les nombres composés, on peut choisir entre deux tournures: viginti unus, viginti duo, etc., ou unus et viginti, duo et viginti, etc. (et seulement si le plus petit nombre est en premier).

Les ordinaux se déclinent tous. Remarquez alter, synonyme de secundus (alter, a, um, veut dire d’ordinaire «autre», quand on parle de deux personnes ou de deux choses). A part undecimus (11e), duodecimus (12e), duodevicesimus (18e), undevicesimus (19e), les adjectifs ordinaux au-dessus de 10e sont composés; dans les adjectifs ordinaux composés tous les éléments se déclinent: 18e, tertius decimus; 234e ducentesimus tricesimus quartus, etc.

De même que pour les cardinaux, on peut choisir pour les ordinaux (21e, 22e, etc.) entre vicesimus primus, et primus et vicesimus; etc.

Pour «deux millième», remarquez bis millesimus; 3.000e, ter millesimus.

Remarquez l'emploi de l’adjectif ordinal en latin, dans des cas où nous employons en français le cardinal: «le livre 3», liber tertius ; «Antiochus II», Antiochus secundus.

A propos des heures, rappelons que, dans l’antiquité, la journée, du matin au soir, se divisait en 12 heures. La 12e heure, c’est la fin de la journée, et non pas midi; la 6e heure, c’est le milieu du jour, et non le matin. Il faut se rappeler cela pour comprendre, notamment, la parabole de l’Evangile où il est question des ouvriers de la 11e heure; ce sont ceux qui se mettent, à l’ouvrage très tard, presque à la fin de la journée.

Remarquez l’existence des adjectifs distributifs: deux par deux, etc. Ex.: «César et Arioviste amenèrent chacun dix compagnons», Caesar et Ariovistus denos comites adduxerunt. Notez leur emploi au lieu des adjectifs cardinaux avec les substantifs qui n’ont pas de singulier: «deux camps», bina castra (castra n’a pas de singulier); «deux maisons», binae aedes; «deux lettres» (missives), binae litterae. Aedes se trouve aussi au singulier, il signifie alors «temple»: duae aedes, «deux temples»; littera, au singulier, signifie «lettre de l’alphabet»: duae litterae, «deux lettres de l’alphabet».

Avec les substantifs qui n’ont pas de singulier, on n’emploie pas singuli, mais uni; ni terni, mais trini; una castra, «un camp»; «j’ai reçu trois lettres», accepi trinas litteras.

Les premiers adverbes de nombre («deux fois», etc.) sont bien connus: bis, ter, quater. Se rappeler la terminaison iens ou ies; — ne pas confondre semel, «une fois», avec simul, «en même temps».

EXERCICES

1°) Traduire les expressions: duodesexaginta;undequadraginta;quater millesimus;annus trecentesimus;undesexagesimus;binum castrorum milites;decies centena millia hominum;singulos comites secum adduxerunt;,ternas tunicas acceperunt;dimidia pars;tres septimae.

2°) Versions:

L’épée de Damoclès

Damocles, unus ex assentatoribus Dionysii tyranni, commemorabat in sermone copias ejus, opes, majestatem dominatus, rerum abundantiam, magnificentiam aedium regiarum, negabatque umquam beatiorem quemquam fuisse: «Visne igitur, inquit, o Damocles, quoniam te haec vita delectat, ipse eam degustare et fortunam experiri meam?» Cum se ille cupere dixisset, collocari jussit tyrannus in aureo lecto, strato pulcherrimo textili stragulo, magnificis operibus picto, abacosque complures ornavit argento auroque caelato. Tum ad mensam eximia forma servos delectos jussit consistere, eosque, nutum illius intuentes, diligenter ministrare. Aderant unguenta, coronae; incendebantur odores; mensae conquisitissimis epulis exstruebantur. Fortunatus sibi Damocles videbatur. In hoc medio apparatu fulgentem gladium e lacunari saeta equina aptum demitti jussit, ut impenderet illius beati cervicibus. Itaque nec plenum artis argentum aspiciebat, nec manum porrigebat in mensam; jam ipsae defluebant coronae; denique exoravit tyrannum ut abire liceret, quod jam beatus nollet esse.

(D’après Cicéron).

Les Druides

Illi rebus divinis intersunt, sacrificia publica ac privata procurant, religiones interpretantur; ad eos magnus adulescentium numerus disciplinae causa concurrit. Si quod est admissum facinus, si caedes facta, si de hereditate, si de finibus controversia est, iidem decernunt praemia poenasque constituunt; si qui aut privatus aut populus eorum decreto non stetit, sacrificiis interdicunt. Haec poena apud eos est gravissima. Quibus ita est interdictum, hi numero impiorum ac sceleratorum habentur, his omnes decedunt, horum aditum sermonemque defugiunt neque his petentibus jus redditur neque honos ullus communicatur. His autem omnibus Druidibus praeest unus, qui summam inter eos habet auctoritatem. Hoc mortuo, aut, si qui ex reliquis excellit dignitate, succedit, aut, si sunt plures pares, suffragio Druidum, nonnumquam etiam armis de principatu contendunt.

(D’après César).

DE VIRIS ILLUSTRIBUS URBIS ROMAE

I. Les origines

1. Enée, après la prise de Troie, s’établit en Italie et y devient roi. — 2. Les descendants d’Enée.

1. Dum Graeci Trojam ferro ignique vastant, Trojani pauci vim hostium effugere potuerunt, et, urbe relicta, in naves conscenderunt. Eorum dux, Aeneas, a regibus Trojanorum oriebatur; in ipsa fuga conjugem amiserat Creüsam et secum patrem Anchisam et filium Ascanium sive Iulum ducebat. «Multum ille et terris jactatus et alto», ut ait Vergilius poeta in eo carmine quod Aeneis inscribitur, Afrum tenuit, litus et mox, ad Italiam revectus, ad ostium Tiberis appulit. Ibi tunc

... Rex arva Latinus et urbes
Jam senior longa placidas in pace regebat.

Hic duci Trojano filiam Laviniam, quam Turno, Rutulorum regi, primo desponderat, matrimonio junxit. Aeneas oppidum ex nomine uxoris Lavinium condidit et post Latini obitum uxoris patri in regno successit.

2. Mortuo Aenea, Ascanius Lavinium oppidum novercae Laviniae et Sylvio, Aeneae et Laviniae filio, reliquit, et, haud procul inde, in Albano colle novum caput imperii, Albam Longam, condidit. Post mortem Ascanii regnum obtinuit Sylvius frater, quod filio suo Sylvio Aeneae tradidit. Genuit hic Sylvius Albam, Atym Alba, Capym Atys. Capys Capetum, Capetus Tiberinum qui, in Albula flumine demersus, mutavit fluvii nomen. Tiberino successit Agrippa; Romulus Sylvius deinde regnavit et Aventinus postea, cujus filius Procas fuit.

HUITIÈME LEÇON

Etudiez aujourd’hui les pronoms personnels et les adjectifs possessifs.

A) Pronoms personnels.

Les remarques à faire à leur sujet sont peu nombreuses.

1°) A la troisième personne, il n’y a pas de pronom personnel proprement dit. On le remplace par un des pronoms démonstratifs (is, hic, ille, iste).

2°) Le génitif des pronoms personnels: mei, tui, sui, nostri, vestri, sont en réalité des génitifs neutres singuliers des adjectifs possessifs meus, tuus, suus, noster, vester.

Exemples: «Ma mère, j’étais désireux de te voir», mater, eram cupidus tui videndi (tournure déjà vue pour remplacer videndi te, gérondif en di et accusatif; on met le complément te au cas du gérondif, c’est-à-dire au génitif, tui, et on fait accorder avec ce complément l’adjectif verbal en dus).

Si tui était du féminin, il y aurait videndae.

«Les Romains ne laissèrent pas aux ennemis le temps de se reconnaître», Romani non reliquerunt hostibus spatium sui colligendi.

Si sui était masculin pluriel, il y aurait colligendorum.

3°) Les génitifs pluriels nostrum et vestrum ne sont que des partitifs, c’est-à-dire qu’ils signifient «d’entre nous, d’entre vous». Dans les autres cas, c’est seulement nostri, vestri, qui conviennent.

Ainsi: «Aie pitié de nous», miserere nostri. — «Qui de nous ignore?…​» Quis nostrum nescit?…​

4°) On trouve parfois aux pronoms personnels des suffixes qui marquent l'insistance.

a) met, dans egomet, «moi-même», meimet, tibimet, etc.

b) te, après tu: tute. On ne trouve pas tumet.

c) le pronom réfléchi possède la forme redoublée sese, à côté de se.

5° Le pluriel de politesse («vous», en s’adressant à une seule personne) n’existe pas en latin.

«César, vous êtes le maître du monde», Caesar, orbis terrarum dominus es.

6°) Le pronom réfléchi: sui, sibi, se, ne s’emploie que pour renvoyer au sujet: «Le berger pousse les brebis devant lui», pastor oves prae se agit. Au contraire: «Pierre connaît les défauts de son ami, mais il l’aime», sed eum diligit.

Dans une proposition subordonnée complétive (proposition complément direct d’un verbe), se peut renvoyer soit au sujet de la prop. subord. soit au sujet du verbe principal: «César ordonna à Paulus de venir le trouver», Caesar jussit Paulum venire ad se (César).

Dans une phrase comme: oratus sum a patre ut ad se venirem, «j’ai été prié par mon père d’aller le trouver», se renvoie à pater, qui assurément n’est pas le sujet; mais on remarque immédiatement que oratus sum a patre = pater oravit me.

Les expressions per se, propter se, inter se, peuvent renvoyer à un mot qui n’est pas le sujet: «Nous devons pratiquer la vertu pour elle-même», virtutem propter se colere debemus. «Tout ce que possèdent des amis, ils le possèdent en commun», omnia amicis inter se communia.

Inter se a souvent le sens de «réciproquement»: inter se amant, «ils s’aiment l’un l’autre». Ce sens de «réciproquement» est parfois rendu par in vicem.

B) Adjectifs possessifs.

1°) Nous avons déjà vu le vocatif mi, de meus. Le suffixe met s’ajoute aussi parfois aux adjectifs possessifs: suamet facta, «ses propres actions».

A l’ablatif singulier, met peut être remplacé par pte: «par ses propres talents», suopte ingenio.

2°) Nous avons déjà dit que le possessif est inutile quand la possession est évidente: lavat manus, «il lave ses mains».

3°) Suus s’emploie lorsque le possesseur est le sujet; dans le cas contraire on emploie le génitif d’un pronom démonstratif (is, ille, etc.): «le père aime son fils, mais il déteste ses défauts», pater amat filium suum, sed odit vitia ejus.

Il arrive pourtant que suus soit employé sans que le possesseur soit le sujet; il est alors placé normalement immédiatement à côté du possesseur: Sui eum cives e civitate ejecerunt, «ses propres concitoyens le chassèrent de sa patrie». Sua eum perdet ambitio, «sa propre ambition le perdra.»

Un cas assez fréquent est le rapprochement de suus et de quisque: eos in suas quemque civitates dimisit, «il les renvoya chacun dans leur ville».

Enfin, sui, au pluriel, signifie parfois «les siens», «ses parents», même sans renvoyer au sujet. «Ce fut un événement déplorable pour les siens», hoc fuit luctuosum suis.

EXERCICE

Version:

II. Romulus, premier roi de Rome
(de 758 à 716 av. J.-C.).

3. Romulus et Rémus échappent à la mort. — 4. Fondation de Rome. — 5. Romulus, son règne, sa mort.

3. Procas, rex Albanorum, duos filios, Amulium et Numitorem, habuit, quibus regnum reliquit ut alternis vicibus imperarent. Sed Amulius fratri imperium non dedit, Rheamque Silviam, filiam ejus, Vestae sacerdotem fecit. Mox etiam, ut regnum solus obtineret, Romulum et Remum, Martis Rheaeque Silviae filios, in alveo impositos, in Tiberim abjecit. Sed eos aqua, relabente flumine, in sicco reliquit. Vastae tum in iis locis solitudines erant. Ad vagitum parvulorum lupa, ut aiunt, accurrit, eosque uberibus suis aluit. Faustulus autem pastor, rem miratus, eos collegit et Aceae Larentiae conjugi educandos dedit. Hi postea, adulescentes facti, vitam inter pastores egerunt, quorum auxilio Amulium interfecerunt et avo Numitori regnum restituerunt.

4. Romulus et Remus de condenda urbe inter se tractabant. Locus idoneus Romulo videbatur in monte Palatino, quem Romam appellari in animo habebat; Remus autem in alio colle locum designabat Remuriamque ex suo nomine eum nominari volebat. Placuit disceptatores ejus controversiae deos immortales sumere ita ut utri priori secunda auspicia obvenissent, urbem is conderet eamque ex suo nomine nuncuparet. Romulus augurio victor, quod ipse duodecim, Remus vero sex tantum vultures viderat, Romam vocavit, et, ut eam prius legibus muniret quam moenibus, edixit ne quis vallum transiret. Id Remus irridens transiluit et a fratre statim occisus est.

5. Romulus, asylo aperto, multitudinem finitimorum in civitatem recepit; centum ex senioribus elegit, quorum consilio omnia egit eosque senatores nominavit. Tum, cum uxores ipse et populus non haberent, invitavit ad ludos spectandos vicinas gentes, Fidenates, Veientes, Sabinosque praesertim, quorum virgines rapi jussit. Hanc propter injuriam bellum adversus Romanos sumunt Sabini et urbem cingunt. Dux eorum T. Tatius, Tarpeiam virginem nactus, quae aquae sacrorum hauriendae causa descenderat, optionem ei muneris dedit, si exercitum suum in Capitolium perduxisset. Illa petiit quod in sinistris manibus gerebant, videlicet anulos et armillas. Eo dolose repromisso, Sabinos in arcem perduxit, ubi Tatius eam scutis obrui praecepit; nam et ea in laevis habuerant. Sed mox adversus Tatium Romulus aciem instruxit et Romani cum Sabinis pugnam conseruerunt. Tum mulieres raptae in medium processerunt et hinc patres, inde conjuges deprecatae pacem conciliaverunt. Itaque Sabini in Urbem recepti sunt. Nec multo post, cum Romulus ad Caprae paludem exercitum lustraret, orta subito tempestate, nusquam rex comparuit et eum ad deos transisse creditum est. Ideo aedes in colle Quirinali Romulo constituta est; ipse pro deo cultus et Quirinus appellatus est.

NEUVIÈME LEÇON

Etudions cette fois les pronoms-adjectifs démonstratifs.

Rappelons que dans tous ces pronoms le génitif singulier est en ius, et le datif en i.

Hic est le plus difficile à décliner. Revoyez sa déclinaison si vous en avez besoin.

Quand on voulait désigner un objet avec une insistance particulière, on ajoutait parfois ce aux formes terminées en s: hujusce, hosce, hasce, hisce.

Dans l’ancien latin, cette particule ce, ou c seulement, se trouve encore à d’autres formes: horunce ou horunc au génitif pluriel (horum), haec au nominatif féminin pluriel (hae).

Devant la particule interrogative ne (= «est-ce que»), qui, comme nous l’avons déjà dit, s’ajoute au premier mot de la phrase, on trouve plutôt hicine, huncine, que hicne, huncne.

«Est-ce celui-ci qui a parlé?» Hicine locutus est?

Hic désigne en général un objet rapproché; notamment le dernier objet nommé; il a souvent le sens de meus ou de noster. Hic liber = «ce livre qui est à moi» (ou «à nous»).

Ille, au contraire, désigne un objet éloigné; notamment le premier objet nommé; souvent, il a le sens de «ce fameux».

Il faut noter le neutre en d (illud).

On trouve chez les poètes quelques cas d’une déclinaison archaïque, notamment le datif singulier olli (Virgile: olli subridens, «en lui souriant»).

Iste se décline absolument comme ille.

On rencontre parfois des formes de ille et de iste accompagnées du c démonstratif qui a subsisté dans hic; par exemple: illic, et istic, «celui-ci»; illaec et istaec, «celles-ci»; illuc et istuc (nom. neut. sing.), «ceci»; istaec (nom. pl. neut.), «ces choses-ci».

Iste a souvent le sens péjoratif: iste homo, «ce triste individu». Parfois, il a le sens de tuus: ista sententia, «ton opinion».

Dans la déclinaison de is, on retrouve un d au neutre. Il faut noter au nom. masc. pluriel les trois formes: ei, ii, et i; au dat.-abl. eis, iis et is.

Is sert souvent d’antécédent à qui; is qui = «celui qui». Parfois il a le sens de «tel»: ea vis est amicitiae, «telle est la force de l’amitié». Ei viro succedere difficile est, «il est difficile de succéder à un tel homme».

Il faut noter que les pronoms ci-dessus n’ont pas l’emploi de nos: «celui, celle, ceux», suivis d’un complément déterminatif. «Les discours de Scipion sont meilleurs que ceux de Lélius», Scipionis orationes sunt meliores quam Laelii (orationes). On ne pourrait pas dire: quam eae Laelii; eae Laelii signifierait: «que celles-ci de Laelius.»

Idem, «le même» est composé de is; toutefois, l's de is et le d de id tombent devant dem; nom. sing. masc. et neut.: idem.

Idem, «le même» a souvent le sens de «aussi», «encore». Vir doctus idemque modestus, «homme savant et en même temps modeste».

Ipse, «lui-même», ne doit pas être confondu pour le sens avec idem.

Primitivement, ipse était composé de is et du suffixe pse. Dans l’ancien latin on trouve encore des formes comme: eumpse (= ipsum), eampse (= ipsam), etc…​ Il en est resté en latin classique: reapse pour re eapse, à côté de reipsa: «en réalité, effectivement.»

EXERCICES

Versions;

Les Horaces et les Curiaces

Cum inter Romanos et Albanos bellum exortum esset, ducibus Hostilio et Fufetio placuit rem paucorum certatione finire. Erant apud Romanos trigemini Horatii, trigemini apud Albanos Curiatii. Foedere icto, sex juvenes concurrerunt; statim duo Romani ceciderunt, tres Albani vulnerati sunt. Unus Horatius, quamvis integer esset, quia tribus impar erat, fugam simulavit et singulos per intervalla, ut vulnerum erat dolor, insequentes interfecit. Cum spoliis onustus rediret, obviam ei soror venit, quae, viso paludamento sponsi sui, qui unus ex Curiatiis erat, flere coepit. Iratus frater eam occidit. Quare apud duumviros condemnatus, ad populum provocavit. Patris vero lacrimis condonatus, ab eo, expiandi causa, sub tigillum, velut sub jugum, missus est, quod postea tigillum Sororium appellatum est.

Tarquin le Superbe
Septième et dernier roi de Rome (de 534 à 510 av. J.-C.).

Tarquinius Superbus cognomen moribus meruit. Occiso Servio Tullio, regnum sceleste occupavit. Tamen bello strenuus, Sabinos Latinosque domuit et Suessam Pometiam Volscis eripuit; Gabios quoque, per Sextum filium, qui, simulato transfugio, hujus urbis primos interemit, in potestatem suam redegit. Ferias Latinas primus instituit et cloacam maximam fecit. Cum Capitolium inciperet, caput hominis invenit, unde cognitum est eam urbem caput gentium futuram esse.

In obsidione Ardeae Tarquinius Collatinus, sorore Tarquinii Superbi genitus, in contubernio filiorum regis erat. Cum forte in liberiore convivio conjugem suam unusquisque laudaret, placuit experiri. Itaque equis Romam petunt: Regias nurus in convivio et luxu deprehendunt. Exinde Collatiam petunt, et Lucretiam, Tarquinii Collatini uxorem, inter ancillas in lanificio offendunt. Ea ergo ceteris praestare judicata est. Sed Tarquinius Sextus, nocte insequenti, Collatiam rediit et vim Lucretiae attulit. Illa, postero die, advocatis patre et conjuge, rem exposuit et se cultro, quem veste texerat, occidit. Illi in exitium regum conjuraverunt eorumque exsilio necem Lucretiae vindicaverunt. Ad Porsenam, Etruriae regem, confugit Tarquinius Superbus, cujus ope regnum retinere tentavit. Pulsus, Cumas concessit, ubi per summam ignominiam reliquum vitae tempus exegit.

DIXIÈME LEÇON

Continuons la révision des déclinaisons par l’étude des pronoms relatifs et interrogatifs.

Le relatif qui possède à l’ablatif singulier une ancienne forme qui. On la trouve surtout au neutre. Ex.: vix reliquit qui efferretur, «il laissa à peine de quoi être enterré», (mot à mot: quelque chose avec quoi il pût être enterré; notez ce sens de efferri, exactement: «être emporté hors de sa maison»). Au masculin, on trouve parfois quicum = cum quo, «avec qui».

Au datif-ablatif pluriel on trouve quelquefois quis au lieu de quibus.

Qui est tantôt pronom, tantôt adjectif. «J’ai appris ton arrivée, nouvelle qui m’a été très agréable», adventum tuum cognovi, qui nuntius («laquelle nouvelle») mihi gratissimus fuit. Qui est ici adjectif et s’accorde avec nuntius.

Quicumque, quaecumque, quodcumque, «qui que ce soit qui», peut être aussi pronom ou adjectif. Pronom: quicumque hoc dixit, «celui, quel qu’il soit, qui a dit cela». Adjectif: quaecumque res ei accidit, «quelque accident qui lui soit arrivé».

Quisquis a le même sens que quicumque; mais on ne le rencontre qu’aux formes: quisquis (nom. masc. sing.), quidquid (nom.-acc. neut. sing.) et quoquo (abl. masc. et neut. sing.) Quisquis et quidquid sont seulement pronoms; quoquo peut être pronom ou adjectif.

Notez qu’après ces relatifs indéfinis le latin emploie l’indicatif.

En parlant de deux personnes ou de deux choses, on peut remplacer qui et quicumque par uter et utercumque. Ex.: «je ferai celle des deux choses que vous voudrez», faciam utrum (neutre) voles. «Quel que soit celui des deux qui a dit cela», utercumque hoc dixit…​

Rappelons une fois de plus que pour traduire le relatif, il faut connaître: 1°) son antécédent (dont le pronom prend le genre et le nombre); 2°) le rôle que le pronom joue dans la phrase, ce qui détermine son cas. «La lettre que tu m’as écrite m’a été très agréable», litterae (fém. pl.) quas (fém. pl. aussi, mais accusatif, parce que complément direct de «as écrite») scripsisti mihi jucundissimae fuerunt. On peut d’ailleurs trouver, au lieu de cette tournure normale, la tournure: quas scripsisti litteras, eae jucundissimae fuerunt, en plaçant l’antécédent dans la proposition relative, s’accordant avec le relatif.

Au lieu de is qui, on trouve souvent qui tout seul: «celui qui est venu», qui venit. Cf. français: «qui vivra verra» (pour: «celui qui vivra».)

Le pronom interrogatif quis, quae, quid, n’est différent du relatif qu’aux formes quis et quid. Encore trouve-t-on parfois qui pour signifier «quelle espèce d’homme». «Songe quel homme tu es», reputa qui sis.

Comme adjectif, on trouve parfois quis, mais plus souvent qui; on trouve quod au lieu de quid. Quid mihi das? «que me donnes-tu?» — Quod consilium mihi das? «quel conseil me donnes-tu?» Quid est pronom, quod adjectif.

Il y a aussi un ancien ablatif neutre sing. qui, qui a le sens d’un adverbe: «comment». Qui fit ut…​? «Comment se fait-il que…​?»

Quisnam = «qui donc?»

Ecquis, ecqua ou ecquae, ecquid, signifie «est-ce que quelqu’un?» ou, dans une interrogation indirecte, «si quelqu’un»: quaeris ecqua spes sit, «tu demandes s’il y a quelque espoir».

Uter, utra, utrum — «qui des deux» ou «lequel des deux».

Quotus, a, um, équivaut à l’ancien français «quantième». C’est, si l’on peut dire, l’ordinal de «combien» (le français populaire dit parfois: «le combientième?») Quotus es? «quel est ton rang?» Quota hora est? «quelle heure est-il?» (parce que le latin se sert de l'ordinal pour dire l’heure).

EXERCICES

1°) Traduire en latin: Quel est ton nom? Quel est ton caractère? Quel est ton rang dans la classe? Qui donc peut prétendre que les tyrans sont heureux? Est-ce que quelqu’un est allé trouver le roi? La fable qu’Agrippa a racontée a rétabli la concorde à Rome. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. Quel temple as-tu visité? Quel prêtre te l’a montré?

N.-B. — Donnez plusieurs traductions s’il y a lieu.

2°) Versions:

Horatius Coclès (507 av. J.-C.)

Porsena, rex Etruscorum, cum Tarquinios in urbem restituere tentaret, et primo impetu Janiculum cepisset, Horatius Cocles (ita cognominatus quod in alio proelio oculum amiserat) pro ponte Sublicio stetit et aciem hostium solus sustinuit, donec pons a tergo interrumperetur. Tum in Tiberim decidit, et armatus ad suos tranavit. Ob hoc ei tantum agri publice datum est, quantum uno die circumarari potuisset. Statua quoque ei in comitio posita est.

Mucius Scévola (507 a. J.-C.)

Cum Porsena rex Urbem obsideret, Mucius, vir Romanae constantiae, senatum adiit, et veniam transfugiendi petiit, necem regis repromittens. Accepta potestate, in castra Porsenae venit ibique scribam pro rege deceptus occidit. Apprehensus et ad regem pertractus, dextram aris imposuit, hoc supplicium ab ea exigens, quod in caede peccavisset. Unde cum misericordia regis abstraheretur, quasi beneficium referens, ait trecentos adversus eum similes sui conjuravisse. Quare ille territus bellum, acceptis obsidibus, deposuit, Mucio prata trans Tiberim data sunt; statua quoque ei honoris gratia constituta est.

Clélie (507 av J.-C.)

Haec quoque virgo inter viros illustres numeranda est, quod virilem audaciam gessit. Porsena Cloeliam, virginem nobilem, inter obsides accepit: ea autem, deceptis custodibus, noctu e castris egressa, equum, quem fors dederat, arripuit, et Tiberim trajecit. A Porsena per legatos repetita, reddita est. Virginis ille virtutem admiratus, cum eis quos optavisset in patriam redire permisit. Illa virgines puerosque elegit, quorum aetatem injuriae obnoxiam sciebat. Huic statua equestris in foro posita est.

Ménénius Agrippa (494 av. J.-C.)

Menenius Agrippa, dux electus adversum Sabinos, de his triumphavit. Et cum plebs a patribus secessisset, quod tributum et militiam toleraret, nec revocari posset, Agrippa ad eam missus: «Olim, inquit, humani artus, cum ventrem otiosum cernerent, ab eo discordaverunt, et suum illi ministerium negaverunt. Cum, eo pacto, et ipsi deficerent, intellexerunt ventrem acceptos cibos per omnia membra digerere et cum eo in gratiam redierunt. Sic senatus et populus, quasi unum corpus, discordia pereunt, concordia valent.» Hac fabula plebs regressa est. Creavit tamen tribunos plebis, ut libertatem suam adversus nobilitatis superbiam defenderent. Menenius autem tanta paupertate decessit, ut eum populus collatis quadrantibus sepeliret et locum sepulcro senatus publice daret.

ONZIÈME LEÇON

Encore quelques précisions sur les pronoms-adjectifs indéfinis, et nous aurons terminé la révision des déclinaisons.

Quis et aliquis, «quelque, quelqu’un, quelque chose», sont synonymes. Au point de vue de la déclinaison, il faut noter qu’on a, au féminin singulier, et au nominatif-accusatif neutre pluriel aliqua, et non aliquae. Dans quis on trouve à ces mêmes cas indifféremment quae ou qua.

Quis et aliquis sont pronoms; qui et aliqui sont adjectifs; cependant on trouve aussi quis et aliquis employés parfois comme adjectifs.

Quant à quid et aliquid, ils sont toujours pronoms; quod et aliquod, toujours adjectifs.

Au point de vue du sens, la différence entre quis et aliquis consiste surtout dans le fait que quis n’est pas accentué (ce qu’on exprime par l’expression: il est «enclitique»), tandis que aliquis est accentué. Nous savons en effet qu’un mot latin porte normalement un accent; toutefois, quelques mots sans importance n’ont pas d’accent propre et s’appuient seulement, pour ainsi, dire, sur l’accent du mot qui les précède ou qui les suit. De même en français, quand vous prononcez: «le cheval», l’accent porte sur val; le n’est pas accentué; dans «dis-je» l’accent porte sur dis; je n’est pas accentué. Dans ces deux cas, le et je sont enclitiques.

On comprend donc facilement que aliquis, forme pleine, accentuée, s’emploiera toutes les fois qu’on voudra appuyer sur le pronom indéfini. «Nommez consul T. Otacilius s’il a exécuté, je ne dis pas tous ces projets, mais s’il a exécuté quelqu’un de ces projets», Create consulem T. Otacilium non dico si omnia haec, sed si aliquid eorum praestitit. Il est nécessaire, dans cette phrase, d’accentuer aliquid, qui s’oppose à omnia; la forme enclitique quid ne conviendrait pas.

En revanche, on dira bien dans une hypothèse: venit quis, «supposons qu’il soit venu quelqu’un», parce qu’on n’attache aucune importance, ici, à l’indéfini.

C’est surtout après certaines conjonctions: si, nisi, ut, ne, num, ubi, qu’on emploie quis plutôt que aliquis. Cave ne quis veniat, «prenez garde que quelqu’un ne vienne.»

Il faut noter le pluriel indéclinable aliquot, qui signifie «un certain nombre de». Vous connaissez tot (= tam multi) et quot (= quam multi), indéclinables.

Quispiam, «quelqu’un», n’offre pas de singularité.

Quidam signifie plutôt «une certaine personne» (que l’on pourrait désigner d’une façon plus précise, si l’on voulait), tandis que aliquis signifie «quelqu’un» (mais on ne sait pas qui). Notez que l’on écrit souvent quendam, quandam, quorundam, quarundam, au lieu de quemdam, etc.

Quisque et unusquisque signifient «chacun». Il faut noter leur emploi dans les cas suivants: 1°) avec un nombre ordinal: decimus quisque, «chaque dixième», c’est-à-dire «un sur dix»; tertio quoque anno, «chaque troisième année», c’est-à-dire «tous les trois ans»; 2°) avec un superlatif: doctissimus quisque modestissimus est, «les plus savants sont les plus modestes» (mot à mot «chaque plus savant», chaque fois le plus savant est le plus modeste). Quisque s’emploie au pluriel avec un nom toujours pluriel: castra quaeque, «chaque camp».

Uter, «lequel des deux», a deux composés: uterque, utraque, utrumque, «l’un et l’autre»; neuter, neutra, neutrum, «ni l’un ni l’autre».

Quivis, «celui que tu veux», et quilibet «celui qui plaît», signifient «n’importe qui». De même, en parlant de deux, utervis et uterlibet.

Dans la langue classique, nemo, «personne», se trouve seulement au nominatif, à l’accusatif neminem, et au datif nemini; au génitif et à l’ablatif, on emploie nullius et nullo, gén. et abl. de nullus, «aucun». Toutefois le gén. neminis et l’abl. nemine se rencontrent chez certains auteurs.

Le neutre nihil, «rien», écrit quelquefois nil, ne s’emploie guère qu’au nom. acc.; aux autres cas, on dit généralement nullius rei, nulli rei, nulla re; après une préposition, on trouve même (ad) nullam rem, plutôt que nihil. Cependant, on trouve, dans quelques locutions toutes faites, un accus. nihilum: ad nihilum recidere, «tomber à rien»; un abl. nihilo: pro nihilo putare, «compter pour rien» (cf. nihilominus. «néanmoins», en rien moins); un gén. nihili: nihili facere aliquid, «ne faire aucun cas de quelque chose» (gén. de l’adverbe avec un verbe d’estime).

Au lieu de et nemo, et nihil, on dit ordinairement: neque quisquam, neque quidquam, faisant ainsi passer la négation sur le premier mot. De même au lieu de: et nullus on emploie généralement neque ullus.

On trouve de même haud quisquam, «personne» («pas quelqu’un»); nunquam ulla res: «jamais rien». En somme, quisquam et ullus, mots positifs, s’emploient pour traduire «personne, rien, aucun», lorsque la négation est déjà exprimée par un autre mot. Il ne faut pas en effet que deux négations se suivent, elles se détruiraient l’une l’autre.

A propos de alius, a, ud, «autre», notons deux emplois intéressants:

1°) alii alios trucidant, «ils s’égorgent les uns les autres» (réciproquement).

2°) alii in aliam partem discesserunt, «ils s’en allèrent les uns d’un côté, les autres de l’autre». Notez que le latin n’a pas besoin comme nous de deux pronoms (un…​ autre).

Alter, «autre», s’emploie en parlant de deux: «l’un des deux consuls parla, l’autre se tut», alter consul locutus est, alter tacuit. (On pourrait dire aussi: unus…​ alter).

Il signifie parfois «second»: vicesimus alter, «le vingt-deuxième».

Enfin on l’emploie aussi dans le sens du français «autrui»: «ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît»: alteri (datif) ne feceris quod tibi fieri nolis (on n’emploie pas alius en pareil cas).

Le pluriel alteri sert à opposer deux groupes d’individus: On le trouve aussi avec un nom toujours pluriel: altera castra, «l’autre camp» (en parlant de deux).

Notons enfin alteruter, «l’un ou l’autre», dont on décline les deux parties (alterautra, alterumutrum, etc.), ou seulement la seconde: alterutra, alterutrum, etc.

EXERCICES

1°) Composez des phrases où vous emploierez, au cas que vous voudrez: uterque, alius, alter, quisque, ullus, quisquam, nemo, quidam.

2°) Versions:

Fabricius (278 av. J.-C.)

Cum Pyrrhus, junctis sibi Samnitibus, Lucanis Brutiisque, Romam perrexisset, atque ad Praeneste, miliario ab Urbe duodevicesimo, venisset, legati ad eum de redimendis captivis missi sunt. Eos honorifice recepit et captivos sine praemio Romam misit. Erat inter legatos Fabricius, quem sic admiratus est Pyrrhus ut, cum eum pauperem esse cognovisset, quarta parte regni promissa, sollicitare voluerit ut ad se transiret. Cui Fabricius respondit: «Si me virum bonum judicas, cur me vis corrumpere? Sin vero malum, cur ambis?» Mox a Fabricio ipso et Curio superatus, Tarentum Pyrrhus refugit et adversus eum Fabricius missus est.

Cum vicina castra ipse et rex haberent, medicus Pyrrhi nocte ad Fabricium venit, promittens se Pyrrhum veneno occisurum esse, si sibi quidquam polliceretur. Hunc Fabricius vinctum reduci jussit ad dominum, Pyrrhoque dici quae contra caput ejus medicus spopondisset. Tum rex, admiratione elatus, dixisse fertur: «Ille est Fabricius, qui difficilius ab honestate quam sol a suo cursu averti posset.»

Pyrrhus et Cinéas

Erat is Cineas, de quo supra locuti sumus, regi Pyrrho familiarissimus, magnaque apud eum gratia valebat. Dicere solebat Pyrrhus se plures urbes Cineae eloquentia quam armorum vi expugnavisse. Cineas tamen regis cupiditatem non adulabatur; nam, cum in sermone Pyrrhus sua consilia aperiret, dixissetque se velle Italiam dicioni suae subjicere, respondit Cineas: «Superatis Romanis, quid agere destinas, o rex? — Italiae vicina est Sicilia, inquit Pyrrhus, nec difficile erit eam armis occupare.» Tunc Cineas: «Occupata Sicilia, quid postea acturus es?» Rex, qui nondum Cineae mentem perspiciebat: «In Africam, inquit, trajicere mihi in animo est. — Quid deinde, o rex? — Tum demum, mi Cinea, ait Pyrrhus, dulci otio fruemur. — At quid impedit, respondit Cineas, quominus isto otio jam nunc fruamur?»

DOUZIÈME LEÇON

Je vous engage aujourd’hui à revoir le verbe être, ses composés (particulièrement prosum, prodes et possum, potes), et les quatre conjugaisons actives.

Tout cela doit vous être connu depuis longtemps. Toutefois un détail est si vite oublié, qu’il n’est pas mauvais (l’expérience me l’a montré des centaines de fois) de revoir de temps en temps même ce que l’on croit savoir parfaitement.

Le mieux d’ailleurs, pour s’assurer de l’état de ses connaissances, est de tenter une épreuve. Faites donc attentivement les exercices que je vous propose spécialement à la fin de cette leçon.

EXERCICES

1°) Traduire en latin: Il aura été absent. Nous aurions rempli. Nous ouvrirons. Dormez (deux formes). Il est tombé. Avoir cultivé. Je détruirai. J’achèterai. Que je meuve. Qu’il remplisse. Tu as pu. Il était utile. Il sera absent. Vous manquerez. Ecoutons. Ils écouteront. Qu’il écoutent. Qu’ils écoutassent. Que vous aimiez. Que vous avertissiez.

2°) Versions:

Duilius (1re partie du IIIe siècle av. J.-C.)

C. Duilius Poenos in navali proelio primus devicit. Is cum videret naves Romanas a Punicis velocitate superari, manus ferreas, quas corvos vocaverunt, instituit. Ea machina Romanis magno usui fuit: nam, injectis illis corvis, hostilem navem apprehendebant, deinde superjecto ponte, in eam insiliebant, et gladio velut in pugna terrestri dimicabant: unde Romanis, qui robore praestabant, facilis victoria fuit. Inter pugnandum triginta hostium naves captae sunt, tredecim mersae. Duilius victor Romam reversus est, et primus navalem triumphum egit. Nulla victoria Romanis gratior fuit, quod, invicti terra, jam etiam mari plurimum poterant. Itaque Duilio concessum est ut, per omnem vitam, praelucente funali et praecinente tibicine a cena publice rediret.

Régulus (2e partie du IIIe siècle av. J.-C.)

Regulus crebris proeliis Carthaginiensium opes contudit, eosque pacem petere coegit: quam cum Regulus nollet nisi durissimis condicionibus dare, illi a Lacedaemoniis auxilium petierunt. Lacedaemonii Xanthippum, virum belli peritissimum, Carthaginiensibus miserunt, a quo Regulus victus est: duo tantum milia hominum ex omni Romano exercitu remanserunt; Regulus ipse captus est, et in carcerem conjectus. Deinde Romam de permutandis captivis missus est, dato jurejurando ut, si non impetravisset, rediret ipse Carthaginem. Cum Romam venisset, introductus in senatum, mandata exposuit. Jussus sententiam dicere, negavit esse utile captivos Poenos reddi, quia adulescentes essent et boni duces, ipse vero jam confectus senectute. Cum hujus valuisset auctoritas, captivi retenti sunt. Regulus deinde cum retineretur a propinquis et amicis, tamen Carthaginem rediit: neque vero tunc ignorabat se ad crudelissimum hostem et ad exquisita supplicia proficisci, sed jusjurandum conservandum esse putavit. Reversum eum Carthaginienses omni cruciatu necaverunt: palpebris enim resectis, eum aliquandiu in loco tenebricoso tenuerunt; deinde, cum sol esset ardentissimus, repente eductum intueri caelum coegerunt; postremo in arcam ligneam incluserunt, in qua undique clavi praeacuti eminebant. Ita, vigiliis et dolore continuo exstinctus est. Hic fuit Atilii Reguli exitus, ipsa quoque vita, licet per maximam gloriam diu acta sit, clarior et illustrior.

TREIZIÈME LEÇON

Il n’y a pas lieu de séparer l’étude du passif de l’étude de l’actif, puisque, aux temps simples, les formes passives ne sont autre chose que les formes actives avec un léger changement de terminaison. Quant aux temps composés, ils comprennent, comme en français, le participe passé et le verbe être.

Toutes les particularités des temps actifs sont donc conservées au passif: imparfaits en ba, futurs en bo, bi, dans les deux premières conjugaisons, en a, e, dans les autres; subjonctifs présents en e, ea, a, (lre, 2e, 3e) et i additionnel dans la 4e conj. et la 3e mixte: audiam, capiam, à côté de legam, etc.

Lorsqu’on connaît un temps à l’actif, on le connaît donc au passif, en observant que la terminaison passive de la 1re pers. est r (au lieu de m, de legam, par ex.; de s, de legimus; ou de l’absence de terminaison de amo, amabo); celle de la 3e, tur, au lieu de t (amabatur. amabantur); celle de la 2e pluriel., mini (au lieu de tis: audietis, audiemini); — celle de la 2e sing. ris, ou re (au lieu de s: audis, audiris; ames, ameris, etc.).

A noter seulement que legis fait legeris (3e conj.), et amabis, amaberis (futur des 1re et 2e conj.), parce que ces i brefs se changent en e devant r; cf. pulvis, gén. pulveris, «la poussière»; cinis, cineris, «la cendre», etc.

Après avoir repassé ces éléments, rappelons quelques formes un peu curieuses.

A l’actif, dans les parfaits en vi et les temps qui en sont formés, les latins supprimaient parfois: vi, devant un s: amavisse ou amasse; delevisti ou delesti, etc., et ve, devant un r; amaverunt ou amarunt; noverunt ou norunt, etc. Toutefois, pour éviter une confusion, amavere n’est jamais remplacé par amare, qui serait la même forme que l’infinitif présent.

Dans les parfaits en ivi, on peut supprimer vi devant s: audivisti ou audisti;v devant er: audiverunt ou audierunt.

Quelquefois on supprime le v devant un i: audivit ou audiit; petivi ou petii, petivit ou petiit, etc.

Quatre impératifs actifs sont irréguliers: dic (dicere, «dire»); duc (ducere, «conduire»); fac (facere, «faire»); fer (ferre, «porter»).

Cependant, les composés du verbe facere: conficere, efficere, forment régulièrement leur impératif: confice, effice.

Il est juste de dire que nous n’avons aucun exemple d’impératif des composés en facere: calefacere, «échauffer», par exemple, où l’analogie aurait peut-être gardé l’impératif fac. Nous n’avons pas non plus d’exemple d’impératif des verbes composés de dico.

Mais les composés de ducere font à l’impératif duc: educ (de educere, «faire sortir»).

Au passif, il n’y a de remarques à faire que:

1°) sur la forme re de la 2e pers. sing.: elle ne se trouve que tout à fait rarement à l’ind. prés.: en effet amare, pour amaris; delere pour deleris, etc., risquent trop d’être confondus avec l’impératif passif, qui lui-même est semblable à l’infinitif actif.

2°) sur l'impératif: il n’y a pas dans la langue classique de formes spéciales pour l’impératif futur aux deuxièmes pers. sing, et plur.: amare, amamini. Toutefois on trouve dans la langue archaïque des impératifs futurs passifs en tor pour les 2e et 3e pers. sing.: amator, deletor, de même que pour la 3e pluriel: amantor, monentor, etc.

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S’il y a peu de choses à dire sur les formes verbales, l’emploi des temps et des modes appelle en revanche de nombreuses remarques.

Le fait qu’il n’y a qu’un parfait en latin, contre nos trois passés (simple, composé et antérieur), ne doit pas vous faire oublier de traduire ce parfait par le passé convenable en français: c’est une question de précision dans le style.

L’impératif futur, qui ne correspond à aucun temps français, exprime un ordre qui doit être exécuté seulement après un certain intervalle de temps. Ex.: «demande demain, on te donnera; pour le moment, va-t-en». cras petito, dabitur (passif impers.); nunc abi.

C’est surtout dans les textes de lois que s’emploient ces formes on to et tote; on a alors toutes les personnes, sauf les premières: amato (2e), amato (3e), amatote, amanto.

Ces formes sont à peu près inusitées dans le langage courant. Cependant on trouve couramment:

esto (de sum), 3e pers. sing., pour traduire l’idée de: «eh bien soit!»

scito, scitote, de scire, «savoir», qui n’a pas de formes d’impératif présent.

memento, mementote, de memini, «se souvenir», qui n’a pas non plus d’impératif présent.

Il n’y a pas de formes spéciales pour le conditionnel en latin. On sait qu’on traduit:

1°) le conditionnel passé par le plus-que-parfait du subjonctif: «si j’avais été riche, j’aurais été heureux», si dives fuissem, felix fuissem.

2°) le conditionnel présent:

a) par le subj. présent si la condition se rapporte à l’avenir (hypothèse encore réalisable, encore possible, «mode potentiel»): «si un jour j’étais riche, je serais heureux», si olim dives sim, felix sim.

b) par le subj. imparfait si la condition se rapporte au présent (hypothèse qui n’est plus possible, qui est contraire à la réalité, «mode irréel»): «si j’étais riche aujourd’hui, je serais heureux», si hodie dives essem, felix essem.

On trouve encore le subj. pour exprimer, comme le conditionnel français, un souhait, ou une affirmation polie (moins brutale qu’à l’indicatif): velim, «je voudrais»; quis credat? «qui croirait?» dicam, ou dixerim (subj. parfait de préférence pour la 1re pers.), «je dirais volontiers».

Mais il faut noter que l’imparf. du subj. a souvent, alors, le sens du conditionnel passé: crederes, «vous auriez cru»; quis crederet? «qui aurait cru?»

En revanche, le latin emploie l’indicatif avec les verbes de possibilité ou d’obligation, lorsqu’il y a, ou lorsqu’il y a eu réellement devoir ou possibilité (bien que dans ces cas le français emploie le conditionnel). Possum dicere, «je pourrais dire». Debeo dicere, «je devrais dire», si l’on considère que réellement on peut le faire, on doit le faire, — mais qu’on ne le fait pas pour certaines raisons.

De même: poteram, ou debebam dicere, «je pouvais, je devais parler alors». Nous disons: «j’aurais pu, j’aurais dû.» Même sens, selon le rapport des temps, pour potui, potueram, «j’aurais pu».

Par analogie avec ces verbes, on trouve employés de la même façon à l’indicatif: licet, «il serait possible»; longum est, «il serait trop long»; melius est, «il vaudrait mieux»; oportet, «il faudrait», etc.; et notamment le participe en dus avec esse. Ex.: «j’aurais dû tomber sur le champ de bataille», mihi in acie cadendum fuit: ce fut mon devoir à ce moment-là (bien que je ne l’aie pas fait).

EXERCICES

1°) Analyser et traduire: delectare,legi,deleram,delerem,legerere,legunto,deletor,scripserit,crederet,crediderit,dicam,scitote,delectentur,delectassent.

Nota. — Donnez les différents sens de chaque mot, quand il y a lieu.

2°) Thème. — Les Romains avaient été vaincus par les Carthaginois dans plusieurs combats navals. Les navires carthaginois étaient beaucoup plus rapides que ceux des Romains. Les matelots africains, d’autre part, étaient bien plus habiles dans l’art de la navigation, car de nombreux voyages à travers toutes les mers les avaient accoutumés à tout ce qui peut arriver aux navigateurs. Que fit donc le consul Duilius? Il fit construire des grappins avec lesquels les Romains purent saisir les navires ennemis; et on combattit alors sur les navires comme sur la terre.

3°) Versions:

Archimède (287-212 av J.-C.)

Cum Sicilia a Romanis ad Poenos defecisset, Marcellus, consul creatus, Syracusas, urbem Siciliae nobilissimam, oppugnavit. Diuturna fuit obsidio; nec eam, nisi post tres annos, cepit Marcellus. Rem confecisset celerius, nisi unus homo ea tempestate Syracusis fuisset. Is erat Archimedes, mirabilis inventor machinarum, quibus omnia Romanorum opera brevi disturbabat. Captis Syracusis, Marcellus, eximia hominis prudentia delectatus, ut capiti illius parceretur edixit. Archimedes, dum in pulvere quasdam formas describebat attentius, patriam suam captam esse non senserat. Miles, praedandi causa, in domum ejus irrupit, et minanti voce quisnam esset eum interrogavit. Archimedes, propter cupiditatem investigandi illud quod requirebat, non respondit. Quapropter a milite obtruncatus est. Ejus mortem aegre tulit Marcellus, sepulturaeque curam habuit.

Scipion l’Africain (234-183 av. J.-C.)

P. Cornelius Scipio, nondum annos pueritiae egressus, patrem singulari virtute servavit: nam cum is in pugna ad Ticinum contra Hannibalem commissa graviter vulneratus esset, et in hostium manus jamjam venturus esset, filius, interjecto corpore, Poenis irruentibus se opposuit, et patrem periculo liberavit. Ea pietas Scipioni postea aedilitatem petenti favorem populi conciliavit. Cum obsisterent tribuni plebis, negantes rationem ejus esse habendam, quod nondum ad petendum legitima aetas esset: «Si me, inquit Scipio, omnes Quirites aedilem facere volunt, satis annorum habeo.» Tanto inde favore ad suffragia itum est, ut tribuni incepto destiterint. Post cladem Cannensem, Romani exercitus reliquiae Canusium perfugerant, cumque ibi tribuni militum quattuor essent, tamen omnium consensu ad Scipionem, admodum adulescentem, summa imperii delata est.

QUATORZIÈME LEÇON

Pour former les temps composés du passif, on se sert du participe passé et du verbe être. On trouve parfois le verbe être au même temps qu’en français: «j’ai été aimé», amatus fui; «j’avais été aimé», amatus fueram, etc. Plus souvent on emploie le temps présent (simple): sum, eram, puisque le participe passé exprime déjà l’idée du passé. «Je suis ayant été aimé» = «j’ai été aimé»; «j’étais ayant été aimé» = «j’avais été aimé», etc.

En réalité, il y a une nuance entre les deux formes. «Templum clausum est», par exemple, signifie: «le temple a été fermé, et il l’est encore»; templum clausum fuit, signifie: «il resta fermé un certain temps, mais maintenant il ne l’est plus.» De même templum clausum erat, «il avait été fermé (et il l’était encore)»; clausum fuerat, «il s’était trouvé fermé auparavant (mais il ne l’était plus)», etc.

Il faut cependant noter que certains auteurs ne tiennent pas compte de cette distinction, et emploient indifféremment l’une ou l’autre tournure.

En revanche, la distinction est toujours bien nette entre des phrases comme: «l’enfant est aimé par son père» (action présente), puer amatur a patre, et: «la maison est construite en pierre de taille» (résultat d’une action passée): domus saxo quadrato aedificata est. En tournant le passif français par l’actif, la confusion est impossible: «le père aime l’enfant», «on a construit la maison».

Parfois le passif latin se traduira élégamment par un verbe réfléchi. Domus in hac regione cito aedificantur, «dans ce pays, les maisons se construisent vite». Cet emploi du réfléchi est un pur gallicisme.

Mais d’autres fois, le passif latin correspond réellement à un réfléchi. Ainsi exerceor peut signifier «je m’exerce»; lavor = «je me lave»; satior, «je me rassasie»; vertor, «je me tourne», etc. Il arrive même que, faute d’une forme passive du gérondif, on emploie le gérondif actif de ces verbes dans ce sens passif-pronominal; exemple: «pour se baigner», lavandi causa: lavandi ici est le gérondif de lavor et non de lavo.

Le supin n’est employé que dans deux cas:

1°) le supin en um remplace notre infinitif après les verbes qui marquent un mouvement. «Je vais jouer», eo lusum. «Il est venu raconter cette affaire», venit narratum eam rem. On emploie d’ailleurs plus habituellement une des tournures qui traduisent «pour»: ludendi causa, par exemple.

2°) le supin en u traduit notre infinitif précédé de à, après certains adjectifs: «chose agréable à entendre», res jucunda auditu. «Facile à aimer» facilis amatu.

Le participe en dus ou adjectif verbal, employé avec le verbe être exprime l’obligation: on l’appelle d’ailleurs souvent participe d’obligation. Son complément se met au datif: virtus est amanda mihi, «la vertu doit être aimée par moi», «je dois aimer la vertu».

Mais il y a un autre cas où cette idée d’obligation n’apparaît pas; c’est lorsque le participe en dus est substitué au gérondif.

Le gérondif est, pour ainsi dire, la déclinaison de l’infinitif. «Désireux de voir», cupidus videndi (gén.). «Le désir de voir», cupido videndi (gén.). «Propre à agir», aptus agendo (datif). «Il est devenu savant en lisant» (par la lecture), doctus evasit legendo (abl.). «Il place son plaisir dans l’étude» (dans le fait d’étudier), voluptatem ponit in discendo (abl.).

L’infinitif est considéré comme un nom neutre, et il est à la fois nominatif et accusatif. «Lire est agréable», legere est jucundum. «J’aime lire», amo legere.

Mais si l’accusatif est précédé d’une préposition, on emploie, au lieu de l’infinitif, un gérondif en dum: «pour lire», ad legendum; «au milieu du dîner» inter cenandum.

Si le gérondif est suivi d’un complément direct, on le remplace d’ordinaire par le participe en dus. Le complément direct se met au cas du gérondif, et l’adjectif verbal s’accorde avec lui: «désireux de voir la ville», se dit: cupidus videndi urbem, ou mieux: cupidus urbis (génitif comme videndi) videndae (en accord avec urbis).

«Pour terminer cette affaire»: ad conficiendum eam rem, se remplace par: ad eam rem conficiendam.

«L’âne est apte à porter des fardeaux»: asinus est aptus ferendo onera, se remplace par: asinus est aptus oneribus (datif, comme ferendo) ferendis (en accord avec oneribus).

«Il est devenu savant en lisant des livres», doctus evasit legendo libros, se remplace par: doctus evasit libris (abl. comme legendo) legendis.

«II passe son temps à lire des livres», consumit tempus in legendo libros, se remplace par: consumit tempus in libris legendis.

Le remplacement du gérondif par l’adjectif verbal est facultatif quand le gérondif est au génitif (di) ou à l'ablatif (do), non précédé d’une préposition.

Il est obligatoire, quand le gérondif est au datif, à l'accusatif ou à l'ablatif précédé d’une préposition.

EXERCICES

1°) Traduire en latin: Cet enfant est très bien élevé par sa mère. — Marcus est un homme bien élevé. — Il se baignait souvent dans le Tibre. — Je viens voir la ville (donnez différentes traductions). — Quelle chose admirable à voir! — Il faut honorer les dieux. — Voici le moment de dire son opinion. — Je vous écris pour expliquer mon opinion.

2°) Version:

Scipion l’Africain (suite)

Scipio deinde Romam rediit, et ante annos consul factus est. Ei Sicilia provincia decreta est, permissumque est ut in Africam inde trajiceret. Tunc Scipio ex Sicilia in Africam vento secundo profectus est. Tantus erat militum ardor, ut non ad bellum duci viderentur, sed ad certa victoriae praemia. Celeriter naves e conspectu Siciliae ablatae sunt, conspectaque brevi Africae littora. Expositis copiis, Scipio in proximis tumulis castra metatus est. Ibi speculatores hostium in castris deprehensos et ad se perductos nec supplicio affecit, nec de consiliis ac viribus Poenorum percontatus est; sed circa omnes Romani exercitus manipulos curavit deducendos: dein interrogavit an ea satis considerassent quae jussi erant speculari; tum, prandio dato, eos incolumes dimisit. Qua sui fiducia prius animos hostium, quam arma contudit. Scipioni in Africam advenienti Masinissa se conjunxit cum parva equitum turma. Syphax vero a Romanis ad Poenos defecerat. Asdrubal Poenorum dux Syphaxque se Scipioni opposuerunt: at Scipio utriusque castra una nocte perrupit et incendit. Syphax ipse captus est, et vivus ad Scipionem pertractus. Quem cum in castra Romana adduci nuntiatum esset, omnis, velut ad spectaculum triumphi, multitudo effusa est: praecedebat is vinctus; sequebatur nobilium Numidarum turba. Movebat omnes fortuna viri, cujus amicitiam olim Scipio petierat. Regem aliosque captivos Romam misit Scipio: Masinissam, qui egregie rem Romanam adjuverat, aurea corona donavit.

Hannibal a Scipione victus, suisque invisus, ad Antiochum, Syriae regem, confugit, eumque hostem Romanis fecit. Missi sunt Roma legati ad Antiochum, in quibus erat Scipio Africanus; qui, cum Hannibale collocutus, ab eo quaesivit quem fuisse maximum imperatorem crederet. Respondit Hannibal Alexandrum, Macedonum regem, maximum sibi videri, quod parva manu innumerabiles exercitus fudisset. Interroganti deinde quem secundum poneret: «Pyrrhum, inquit, quod primus castra metari docuit, nemoque illo elegantius loca cepit, et praesidia disposuit.» Sciscitanti demum quem tertium duceret, semetipsum dixit. Tum ridens Scipio: «Quidnam, inquit, igitur tu diceres, si me vicisses? — Me vero, respondit Hannibal, et ante Alexandrum et ante Pyrrhum et ante alios omnes posuissem.» Ita improviso assentationis genere, Scipionem e grege imperatorum, velut inaestimabilem, secernebat.

QUINZIÈME LEÇON

C’est par l'infinitif et le participe que nous terminerons l’étude des formes et emplois du verbe.

Au présent actif, rappelons que l’infinitif de la 2e conjugaison a un e long, tandis que l'e de la 3e est bref.

Au passif, rappelons legi, capi (3e), à côté de amari, deleri, audiri.

Il n’y a rien à dire du participe présent actif, qui ressemble au français: amans, amantis, si ce n’est que l’ablatif singulier est en e, quand il est employé en tant que participe: urbe ardente, abl. abs., «pendant que la ville était en flammes». Mais si le participe est employé comme adjectif, il suit la règle de la déclinaison de prudens: prudente s’il se rapporte à un nom de personne, prudenti s’il se rapporte à un nom de chose: «par un orateur passionné», ab oratore ardente; «par un discours passionné», oratione ardenti.

Le participe futur actif est en urus, et il suffit de penser à futurus, pour ne pas l’oublier. On trouve surtout ce participe joint au verbe sum. Il signifie:

1°) «destiné à»: Scipio hoc bellum confecturus erat, «Scipion était destiné à terminer cette guerre»;

2°) «qui a l’intention de»: Hunc librum lecturus sum, «j’ai l’intention de lire ce livre»;

3°) «qui est sur le point de»: Apes evolaturae erant, «les abeilles étaient sur le point de sortir» (de leur ruche), «allaient sortir».

On peut d’ailleurs trouver ce participe sans le verbe être. Hamilcar, in Africain exercitum trajecturus, sacrificavit, «Hamilcar, sur le point de faire passer son armée en Afrique, offrit un sacrifice aux dieux». Galli ad Clusium venerunt, legionem Romanam castraque oppugnaturi, «les Gaulois vinrent aux environs de (ad; si le sens était à, il n’y aurait pas de préposition) Clusium, dans l’intention d’attaquer la légion romaine et son camp».

Parfois, enfin, le participe futur est employé absolument comme un adjectif: Opinio venturi boni, «l’idée d’un bien futur».

En ce qui concerne l'infinitif futur actif, composé de ce participe futur et de esse, il faut se rappeler que esse est fort souvent sous-entendu. Juravit se illum statim interfecturum (sous-entendu esse), «il jura qu’il le tuerait sur le champ».

L’infinitif futur passif se compose du supin, invariable, et de l’infinitif présent passif de ire, aller, iri: amatum iri.

Le participe passé passif est souvent devenu un véritable adjectif, et son sens s’est trouvé parfois quelque peu altéré:

acceptus, «accepté», parfois: «acceptable»;

compectus, «vu», parfois: «visible»;

inexhaustus, «non épuisé», parfois: «inépuisable»;

invictus, «invaincu», parfois: «invincible».

Les participes, soit présents, soit passés, qui sont devenus adjectifs peuvent avoir un comparatif et un superlatif. Dea amantissima pacis, «déesse très amie de la paix». Mais, comme l’usage est très variable sur ce point, on fera bien de consulter le dictionnaire pour savoir si ce comparatif ou ce superlatif était employé, lorsqu’on voudra s’en servir dans un thème.

Dans l'infinitif passé passif amatus esse, le verbe esse est fréquemment sous-entendu, comme dans l’infinitif futur. Me contemptum (sous-entendu esse) gaudeo, «je me réjouis d’avoir été dédaigné».

De même, il arrive souvent que, à l’indic. parfait passif, est ou sunt soit sous-entendu: magna pars copiarum caesa (sous-ent. est), «une grande partie des troupes fut taillée en pièces».

Pour terminer, faisons remarquer que:

L'infinitif possède tous les temps des deux voix, active et passive: amare, amari; amaturus esse, amatum iri; amavisse, amatus esse.

Le participe, au contraire, n’a jamais qu’une voix sur deux:

Actif

Passif

Présent

amans

n’existe pas

Futur

amaturus

n’existe pas

Passé

N’existe pas

amatus.

EXERCICES

1°) Faites des phrases où vous emploierez toutes les formes de l’infinitif et du participe, actives et passives, du verbe ducere, «conduire».

2°) Version:

Scipion l’Africain (suite)

Deinde Scipioni Africano duo tribuni plebis diem dixerunt, quasi praeda ex Antiocho capta, aerarium fraudavisset. Ubi causae dicendae dies venit, Scipio magna hominum frequentia in forum est deductus. Jussus causam dicere, sine ulla criminis mentione, magnificam orationem de rebus a se gestis habuit. «Hac die, inquit, Carthaginem vici: eamus in Capitolium, et diis supplicemus.» E foro statim in Capitolium ascendit; simul se universa contio ab accusatoribus avertit, et secuta Scipionem est, nec quisquam praeter praeconem, qui reum citabat, cum tribunis mansit. Inde, ne amplius tribuniciis injuriis vexaretur, in Literninam villam concessit, ubi reliquam egit aetatem sine urbis desiderio.

Cum Scipio Africanus Literni degeret, complures praedonum duces ad eum videndum forte confluxerunt. Scipio eos ad vim faciendam venire ratus, praesidium servorum in tecto collocavit, aliaque parabat quae ad eos repellendos opus erant. Quod ubi praedones animadverterunt, abjectis armis, januae appropinquant, nuntiantque se non vitae ejus hostes, sed virtutis admiratores venisse, conspectum tanti viri expetentes; proinde ne gravaretur se spectandum praebere. Id postquam audivit Scipio, fores reserari eosque introduci jussit. Illi postes januae tanquam religiosissimam aram venerati, cupide Scipionis dexteram apprehenderunt, ac diu deosculati sunt; deinde positis ante vestibulum donis, laeti quod Scipionem videre contigisset, domum reverterunt. Paulo post mortuus est Scipio, moriensque ab uxore petiit ne corpus suum Romam referretur.

SEIZIÈME LEÇON

Les verbes déponents (forme passive, sens actif) forment un groupe à part, qui appelle quelques remarques.

Dans le tableau des participes que je vous ai dressé la dernière fois, vous avez remarqué l’absence d’un participe passé actif. Or, dans les verbes déponents, il y a un participe passé à forme passive; à amatus, de amare, correspond imitatus, de imitari. Mais ce participe a le sens actif: «ayant imité». Les verbes déponents, en d’autres termes, sont les seuls à posséder un participe passé actif.

Il faut remarquer, en outre, que les verbes déponents possèdent quelques formes actives:

part. présent

imitans, imitantis.

part. futur

imitaturus, a, um.

le gérondif

imitandi, do, dum.

le supin

imitatum.

Enfin, l'adjectif verbal en dus a, non seulement une forme passive, mais un sens passif: imitandus, «qui doit être imité».

J’ai dit que, dans les verbes passifs, on trouvait rarement la 2e personne de l’indicatif présent en re (amare) pour amaris. Cela est moins rare dans les déponents (imitaris ou imitare), où la confusion n’est pas à redouter avec l’infinitif actif. Il faut cependant remarquer qu’on pourrait confondre imitare, «tu imites», avec imitare, «imite» (impératif présent).

Il est évident que les verbes déponents ne peuvent pas s’employer au passif, et que, si l’on a, par exemple, à traduire: «il est imité», il faudra tourner par l’actif: «beaucoup l’imitent», multi cum imitantur; — exception faite pour imitandus, «devant être imité», déjà mentionné plus haut.

Quelques verbes sont tantôt actifs, tantôt déponents, par ex. luxurio et luxurior signifient tous deux «être exubérant». Dans certains verbes, cette indifférence s’applique seulement à un temps, le parfait par exemple. «Mériter» se dit mereor, rarement mereo; mais au parfait on trouve aussi bien merui que meritus sum.

Il y a même quelques verbes qui sont déponents seulement aux temps composés, on les appelle pour cela semi-déponents, c’est-à-dire «à moitié déponents». Ce sont:

Audeo, ausus sum, «oser».

Gaudeo, gavisus sum, «se réjouir».

Soleo, solitus sum, «avoir coutume».

Fido, is, fisus sum, «se fier».

Enfin dans certains verbes, qui ne sont pas pour cela semi-déponents, le participe passé de forme passive a parfois le sens actif. Par exemple, potus de potare, signifie aussi bien «ayant bu» que «ayant été bu». (Nous disons de même familièrement d’un homme: «il était un peu bu»). Juratus = «qui a été juré», ou: «qui a juré».

D’autres n’ont même gardé que le sens actif; ainsi: pransus (de prandeo), «ayant déjeuné»; cenatus (de cenare), «ayant dîné».

En revanche, certains participes passés de verbes déponents ont tantôt le sens actif, tantôt le sens passif; par exemple:

comitatus,

«ayant accompagné», ou «ayant été accompagné»;

confessus,

«qui a avoué», ou «qui a été avoué»;

depopulatus,

«qui a ravagé», ou «qui a été ravagé»;

meditatus,

«qui a médité», ou «qui a été médité»;

pactus,

«qui a conclu», ou «qui a été conclu».

EXERCICES

1°) Faites des phrases où vous emploierez tous les participes du verbe sequi, secutus sum, «suivre».

2°) Versions:

L. Mummius
(consul en 146 av J.-C.)

Cum Corinthii adversus Romanos rebellassent, eorumque legatis injuriam fecissent, L. Mummius consul, conscripto exercitu, Corinthum profectus est. Corinthii, veluti nihil negotii bello Romano suscepissent omnia neglexerant. Praedam, non proelium cogitantes, vehicula duxerant ad spolia Romanorum reportanda. Conjuges liberosque ad spectaculum certaminis in montibus posuerunt. Quam vecordiam celerrima poena consecuta est: nam, proelio ante oculos suorum commisso caesi, lugubre his spectaculum et gravem luctus memoriam reliquerunt. Conjuges et liberi eorum de spectatoribus captivi facti, praeda victorum fuere. Urbs ipsa Corinthus direpta primum, deinde, tuba praecinente, diruta est; populus omnis sub corona venditus; dux eorum victus domum refugit eamque incendit; conjugem interfecit et in ignem praecipitavit; ipse veneno interiit.

Erat Corinthi magna vis signorum tabularumque pretiosarum, quibus Mummius Urbem et totam replevit Italiam; nihil vero in domum suam intulit; sed harum rerum adeo rudis et ignarus erat Mummius, ut, cum eas tabulas Romam portandas locaret, edixerit conducentibus, si eas perdidissent, novas esse reddituros. Una eximii pictoris tabella ludentibus alea militibus alvei vicem praestitit. Quae tabella deinde, cum praeda venderetur, ab Attalo rege sex millibus nummorum empta est. Mummius, pretium admiratus, ex alieno judicio pulchritudinem tabellae suspicatus est, atque venditionem rescidit et tabellam jussit Romam deferri.

Scipion Emilien (185 environ - 129 av. J.-C.)

Tertio bello Punico, cum clarum esset Scipionis nomen, juvenis adhuc, factus est consul, eique Africa provincia extra sortem data est, ut, quam urbem avus concusserat, ejus nepos everteret. Tunc enim Romani, suadente Catone, deliberatum habebant Carthaginem diruere. Carthaginiensibus igitur imperatum est ut, si salvi esse vellent, ex urbe migrarent, sedemque alio in loco, a mari remoto, constituerent. Quod ubi Carthagine auditum est, ortus statim est ululatus ingens clamorque, bellum esse gerendum, satiusque esse extrema omnia pati quam patriam relinquere. Cum vero neque naves neque arma haberent, in usum novae classis tecta domorum resciderunt; aurum et argentum pro aere ferroque conflatum est; viri, feminae, pueri, senes simul operi instabant: non die, non nocte labor intermissus. Ancillas primum totonderunt, ut ex earum crinibus funes facerent; mox etiam matronae ipsae capillos suos ad eundem usum contulerunt. Scipio exercitum ad Carthaginem admovit, eamque oppugnare coepit: urbs, quamquam summa vi defendebatur, tamen expugnata est. Rebus desperatis, quadraginta milia hominum se victori tradiderunt. Dux ipse Hasdrubal, inscia uxore, ad genua Scipionis cum ramis oleae supplex procubuit. Cum vero ejus uxor se a viro relictam esse vidisset, diris ominibus eum devovit; tum duobus liberis laeva dextraque manu comprehensis, a culmine domus se in medium flagrantis urbis incendium immisit.

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Un emploi particulier du passif latin est le passif impersonnel, qui traduit l’idée de «on» français. «On aime», amatur; «on lisait», legebatur; «on entendra», audietur; «on a entendu», auditum est; «on avait lu», lectum erat; amandum est, «on doit aimer». Il s’agit, on le voit, de la 3e personne du singulier employée au neutre sans sujet.

Les verbes intransitifs possèdent aussi ce passif impersonnel: tibi nocetur, «on te nuit»; mihi invidetur, «on me porte envie»; nemini nocendum est, «il ne faut nuire à personne».

Il faut noter la tournure: cum a Cotta resisteretur, «comme il y avait de la résistance de la part de Cotta», qui équivaut en somme à: eum Cotta resisteret.

Si un verbe actif est suivi d’un complément direct, on ne peut pas employer le passif impersonnel. On fait du compl. direct le sujet du verbe, mis au passif: «On aime les gens de bien», se traduira par: «Les gens de bien sont aimés», boni amantur. «On lisait les livres» = «les livres étaient lus», libri legebantur. «On doit aimer les gens de bien», boni amandi sunt.

Il n’y a d’ailleurs pas que le passif qui puisse rendre l’idée de «on».

«On dit que…​ on raconte que…​ on rapporte que» sont souvent traduits par la 3e pers. plur. (cf. anglais: they say, «ils disent, on dit»); aiunt, dicunt, ferunt, tradunt, narrant, perhibent.

La 1re pers. plur. traduit bien «on», quand on veut indiquer qu’il s’agit de tout le monde, soi compris. «On loue souvent la vertu, on la pratique rarement», virtutem saepe laudamus, raro colimus.

Si «on» équivaut à «quelqu’un», on trouve naturellement le pronom indéfini quis, ou aliquis: «Si on dit», si quis dicit. «On frappe à la porte», aliquis pulsat fores.

La 2e pers. du subj. peut aussi équivaloir à «on»: «on croirait», credas; «on croirait» ou «on aurait cru», crederes. En français nous disons souvent de même: «vous diriez, vous auriez dit», etc. au lieu de «on dirait», etc.

EXERCICES

1°) Traduire en latin: On imite presque toujours ses parents. — On raconte que Scipion eut une conversation avec Hannibal. — A voir l’admiration des brigands pour Scipion, on aurait cru qu’ils étaient les meilleurs des citoyens. — On a souvent besoin d’un plus petit que soi. — Que dit-on à Paris? — Si on vous demande comment je vais, répondez que je suis malade.

2°) Version:

Tiberius Gracchus
(entre 150 et 100 av. J.-C.)

Tiberius Gracchus et Caius Gracchus Scipionis Africani ex filia nepotes erant. Horum adolescentia bonis artibus et magna omnium spe floruit: Ad egregiam quippe indolem accedebat optima educatio. Exstant Corneliae matris epistolae, quibus apparet eos non solum in gremio matris educatos fuisse, sed etiam ab ea sermonis elegantiam hausisse. Maximum matronis ornamentum esse liberos bene institutos merito putabat sapientissima illa mulier. Cum Campana matrona, apud illam hospita, ornamenta sua, quae erant illa aetate pretiosissima, ostentaret ei muliebriter, Cornelia traxit eam sermone, dum a schola redirent liberi, quos reversos hospitae exhibens: «En haec, inquit, mea ornamenta». Nihil quidem istis adulescentibus neque a natura neque a doctrina defuit; sed ambo rem publicam, quam tueri potuissent, perturbare maluerunt.

Tiberius Gracchus, cum esset tribunus plebis, a senatu descivit: populi favorem profusis largitionibus sibi conciliavit; agros plebi dividebat, dabat civitatem omnibus Italicis; provincias novis coloniis replebat, quibus rebus viam sibi ad regnum parare videbatur. Quare convocati patres deliberabant quidnam faciendum esset. Tiberius in Capitolium venit, manum ad caput referens; quo signo salutem suam populo commendabat: hoc nobilitas ita accepit quasi diadema posceret. Tum Scipio Nasica, cum esset consobrinus Tiberii Gracchi, patriam cognationi praetulit, sublataque dextera proclamavit: «Qui rempublicam salvam esse volunt me sequantur»; dein Gracchum fugientem persecutus, in eum irruit, suaque manu eum interfecit. Mortui Tiberii corpus in flumen projectum est.

Nota. — Je m’attarde un peu sur le De viris, parce que les anecdotes qui y figurent étaient si connues des anciens, qu’on y retrouve des allusions dans beaucoup de versions données aux examens. Il est donc utile de bien les avoir étudiées.

DIX-HUITIÈME LEÇON

Revoyez aujourd’hui les verbes irréguliers si fréquents que sont volo, fero, eo et fio.

Dans volo et ses composés, il manque certains temps; il n’y a pas de participe futur; par suite, pas d’infinitif futur, qui est composé du participe futur (amaturus esse); pas de gérondif, ni de supin; pas d’impératifs pour volo, ni malo; seul, nolo a, au présent: noli, nolite; et au futur: nolito, nolitote (formes rares). On sait que noli et nolite sont fréquents, pour exprimer une défense: noli me tangere, «ne me touche pas».

Dans la langue familière, on trouve parfois la locution: velim nolim, «que je le veuille ou que je ne le veuille pas», velis nolis, etc. Le sens est: «bon gré mal gré».

Il n’y a aucune remarque nouvelle à faire sur les irrégularités, d’ailleurs peu nombreuses, de ferre.

Dans le verbe ire, il faut noter: la présence d’un e devant a, o, u: eam; eo; eunt; le participe iens, euntis; le gérondif eundi; l’imparfait ibam: le futur ibo; enfin, au parfait, les formes contractées isti et istis, aux deuxièmes personnes singulier et pluriel.

Le composé pereo remplace le passif inusité de perdere, «perdre»; veneo remplace le passif inusité de vendere, «vendre». Cependant on trouve, même dans les meilleurs écrivains, les participes passés perditus et venditus. Peu à peu, d’ailleurs, à partir de l’empire (début de notre ère), les formes passives de vendere et de perdere se sont introduites dans la langue.

Queo, «je peux», et nequeo, «je ne peux pas», parfait quivi, nequivi, sont des verbes rares; ils n’ont d’ailleurs ni impératif, ni gérondif, ni participe.

Fio, passif de facere aux temps simples (les temps composés étant formés régulièrement de factus et du verbe sum), n’a pas d’impératif à l’époque classique. Mais on trouve parfois, fi, fite chez Plaute. L’adjectif verbal est faciendus.

Les composés de facere qui sont en facio, calefacio; «j’échauffe», par exemple, forment leur passif en fio: calefio. Ceux qui sont en ficio ont un passif régulier: conficio, «achever», conficior, «être achevé».

Outre le sens de «être fait», fio a aussi celui de «devenir», et celui de «arriver». Dans le sens de «arriver», l’infinitif futur est fore ou futurum esse, c’est-à-dire celui de sum. «Je crois que cela arrivera», credo hoc futurum esse.

A ces verbes très irréguliers, on peut ajouter edo, «je mange», parfait edi, supin esum, où l’on remarque les formes suivantes, à côté desquelles d’ailleurs existent les formes régulières:

Indic. prés.

es ou edis, est ou edit, estis ou editis.

Imparf. subj.

essem, esses, etc. ou ederem.

Impératif prés.

es, este, ou ede, edite.

Impératif futur

esto, ou edito, estote ou editote.

Infinitif prés.

esse ou edere.

Il faudra donc avoir soin, à ces temps, d’éviter les confusions de sens entre le verbe «manger» et le verbe «être».

Le compose comedere (ou comesse) se conjugue sur edere (esse).

EXERCICES

Traduire en latin: Nous allons; — porte; — je vois des soldats allant à la ville; — tu es porté; — on raconte; — allons; — va; — être porté; — iî mangerait; — il mange; — manger; — tu ne voudrais pas; — vouloir; — j’aimais mieux; — ne porte pas; — il deviendra; — qu’il devienne; — devenir; — il aura été fait; — tu es allé.

2°) Version:

Caius Gracchus

Caium Gracchum, idem furor qui fratrem Tiberium, invasit: seu vindicandae fraternae necis, seu comparandae regiae potentiae causa, vix tribunatum adeptus est, cum pessima coepit inire consilia: maximas largitiones fecit; aerarium effudit; legem de frumento plebi dividendo tulit. Perniciosis Gracchi consiliis obsistebant omnes boni, in quibus maxime Piso, vir consularis. Is, cum multa contra legem frumentariam dixisset, lege tamen lata, ad frumentum cum ceteris accipiendum venit; Gracchus animadvertit in concione Pisonem stantem; eum sic compellavit, audiente populo Romano. «Qui tibi constas, Piso, cum ea lege frumentum petas quam dissuasisti?» Cui Piso: «Nolim quidem, Gracche, inquit, mea bona tibi viritim dividere liceat: sed, si facies, partem petam.» Hoc responso aperte declaravit vir gravis et sapiens lege quam tulerat Gracchus, patrimonium publicum dissipari.

Decretum a senatu latum est, ut videret consul Opimius ne quid detrimenti respublica caperet: id decretum, nisi in maximo discrimine, ferri non solebat. Caius Gracchus, armata familia, Aventinum occupaverat. Quamobrem consul, vocato ad arma populo, Caium aggressus est; is pulsus, dum a templo Dianae desilit, talum intorsit, et cum jam a satellitibus Opimii comprehenderetur, jugulum servo praebuit, qui dominum et mox semetipsum super domini corpus interemit. Consul promiserat se pro capite Gracchi aurum repensurum esse; quare Septimuleius quidam lancea praefixum Caii caput attulit, eique aequale auri pondus persolutum est. Aiunt etiam illum, prius cervice perforata cerebroque exempto, plumbum infudisse, quo gravius efficeretur.

Occiso Tiberio Graccho, cum senatus consulibus mandavisset ut in eos qui cum Tiberio consenserant animadverteretur, Blosius quidam Tiberii amicus pro se deprecatum venit; hancque, ut sibi ignosceretur, causam afferebat, quod tanti Gracchum fecisset ut, quidquid ille vellet, sibi faciendum putaret. Tum consul: «Quid? ait, si te in Capitolium faces ferre vellet, obsecuturusne voluntati illius fuisses, propter istam quam jactas familiaritatem? — Nunquam, inquit Blosius, id quidem voluisset; sed, si voluisset, paruissem.» Nefaria est ista vox; nulla enim est excusatio peccati, si amici causa peccaveris.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Terminons aujourd’hui notre révision des verbes.

Les parfaits présents sont conjugués au parfait, mais ont le sens du présent.

Memini, «je me souviens», a un impératif à forme de futur: memento, mementote. Un «memento» en français, c’est un «aide-mémoire», un petit livre qui vous dit à chaque instant: «Souviens-toi de faire ceci», Memini est de la même famille que memor, «qui se souvient»; memoria, «la mémoire», etc.

Odi, «je hais», même famille que odium, «la haine», etc. (odieux), n’a pas d’impératif.

Suevi, «j’ai coutume» a pour participe passé suetus. Nous avons en français le mot désuet, «qui a cessé d’être habituel» et désuétude (par ex.: mot tombé en désuétude). La mansuétude est la qualité qui consiste à être «habitué à la main», c’est-à-dire «apprivoisé», et finalement «doux».

Novi, «je connais» est de la même famille que notion; nombreux composés: cognoscere, connaître, etc.

Memini et odi n’ont pas de présent. Mais suevi a un présent: suesco, «je m’habitue à»; de même novi a un présent: nosco, «je cherche à connaître». Ces deux présents sont des verbes inchoatifs, c’est-à-dire qu’ils expriment un commencement, comme d’ailleurs tous les verbes en sco. Le parfait, au contraire, n’a plus ce sens: suevi, «je suis habitué»; novi, «je sais». Le parfait exprime en somme le résultat de l’action marquée par le présent.

Le parfait coepi a surtout le sens du parfait: «j’ai commencé». Toutefois, on le trouve aussi avec le sens du présent: «je commence.» Le présent coepere, coepio, qui ne se rencontre pas à l’époque classique, se trouve avant et après cette période. Notez que devant un infinitif passif, on trouve généralement au parfait le passif coeptus sum.

Inquam, «je dis», et aio, «je dis, j’affirme», ne possèdent que peu de formes et s’emploient seulement dans des cas particuliers (propositions incises, surtout).

Le verbe quaeso, même famille que quaero, ne se rencontre guère qu’aux deux formes quaeso, quaesumus, pour signifier «je te prie, nous vous en prions», dans des sortes de parenthèses: da mihi, quaeso, hunc librum, «donne-moi ce livre, je te prie».

Notons encore les impératifs bizarres: cedo, «donne», et cette, «donnez». Cedo argentum, «donne-moi l’argenterie». Parfois cet impératif n’a guère que la valeur d’une interjection: «dis-moi», «voyons».

Le verbe salvere n’est guère usité qu’à l’impératif salve, salvete, «Porte-toi bien, portez-vous bien», formules de salutation.

Revoyez les verbes impersonnels, me paenitet, etc.

A côté de me miseret, («la pitié me prend»), on trouve le verbe misereo et surtout misereor (déponent), «j’ai pitié», qui se construit comme tous les verbes personnels.

Le parfait de me pudet est plutôt me puditum est (dép.) que me puduit.

Le parfait de me taedet est me pertaesum est: on a donc affaire à un verbe semi-déponent.

Enfin, il y a lieu de noter que, pour que le sens soit exactement rendu, le verbe latin doit être parfois traduit en français par autre chose que le verbe français qui correspond littéralement.

Voici quelques exemples de ce fait:

Caesar pontem fecit, «César fit construire un pont».

Judex non flectitur, «le juge ne se laisse pas fléchir».

Moveor misericordia, «je me sens ému de pitié».

Orare, atque obsecrare, «prier instamment» (verbe et adverbe au lieu de deux synonymes).

Eloquar an sileam, «dois-je parler ou me taire»?

J’ai déjà fait remarquer ces différences de traduction au cours de nos explications de textes.

EXERCICE

Version:

Marius
(157-86 av. J.-C.)

Marius post expeditionem Numidicam iterum consul creatus est, eique bellum contra Cimbros et Teutones decretum est. Hi novi hostes ab extremis Germaniae finibus profugi, novas sedes quaerebant. Gallia exclusi, in Italiam transgressi sunt: primum impetum barbarorum tres duces Romani sustinuerant; sed Marius primo Teutones sub ipsis Alpium radicibus assecutus, proelio oppressit. Vallem fluviumque medium hostes tenebant, ut militibus Romanis nulla aquae copia esset. Aucta necessitate virtus causa victoriae fuit: nam Marius sitim metuentibus ait, digitum protendens: «Viri estis: en illic aquam habebitis.» Itaque tam acriter pugnatum est, tantaque caedes hostium fuit, ut Romani victores de cruento flumine non plus aquae biberent, quam sanguinis barbarorum.

Deletis Teutonibus C. Marius in Cimbros convertitur: hi ex alia parte Italiam ingressi, Athesim flumen non ponte nec navibus, sed tota ingestum silva transiluerant; illis occurrit Marius. Tum Cimbri legatos ad consulem miserunt, agros sibi suisque fratribus postulantes: ignorabant scilicet Teutonum cladem. Cum Marius ab iis quaesivisset quos illi fratres dicerent, Teutones nominaverunt. Ridens Marius: «Omittite, inquit, fratres; tenent hi acceptam a nobis terram aeternumque tenebunt.» Legati sensere se ludibrio haberi, ultionemque Mario minati sunt statim atque Teutones advenissent. «Atqui adsunt, inquit Marius, decetque vos hinc non discedere, nisi salutatis vestris fratribus.» Tum vinctos adduci jussit Teutonum duces qui in proelio capti fuerant.

His rebus auditis, Cimbri castris egressi ad pugnam prodierunt. Marius aciem ita instituit ut pulvis in oculos et ora hostium ferretur. Incredibili strage prostrata est illa Cimbrorum multitudo: caesa traduntur centum octoginta hominum millia. Nec minor cum uxoribus pugna quam cum viris fuit: illae enim, objectis undique plaustris altae desuper, quasi e turribus, pugnabant lanceis contisque. Victae tamen legationem ad Marium miserunt, libertatem orantes, et eam cum non impetravissent, suffocatis elisisque infantibus, aut mutuis concidere vulneribus, aut vinculo e crinibus suis facto, ab arboribus jugisque plaustrorum subrectis pependerunt. Ferant unam conspectam fuisse quae pedibus suis duos filios, seipsam vero ex arbore suspenderat.

VINGTIÈME LEÇON

Etudions aujourd’hui les adverbes de manière. Ils ont généralement une forme particulière en e, en o ou en ter, (bene, raro, fortiter); mais il arrive souvent qu’on se serve tout simplement du neutre de l’adjectif: facile, «facilement»; primum, «d’abord».

D’ailleurs, le comparatif de l’adverbe n’est autre chose que le comparatif de l’adjectif neutre: melius, «mieux». Quant au superlatif de l’adverbe, il se forme du superlatif de l’adjectif avec la terminaison e: pulcherrime, «très magnifiquement». Pourtant quelques adverbes en c font aussi leur superlatif en o: meritissimo, «très justement»; tutissimo, «tout à fait en sûreté».

Les adverbes de temps doivent déjà vous être bien connus, car vous les avez rencontrés maintes fois au cours des explications de textes.

Quelques-uns pourtant vous sont sans doute moins familiers. Si l’on voit souvent semper, «toujours» et saepe, «souvent», on oublie parfois nuper, «récemment», et son synonyme modo, qui a d’ailleurs d’autres sens aussi (non modo, «non seulement»; modo…​ modo…​ «tantôt…​ tantôt»), heri, «hier», et cras, «demain». Rappelons que «un jour» se traduit beaucoup mieux par olim que par quadam die; que tum et mox, dans une énumération, signifient tous deux «puis»; que tandem exprime le soulagement de l’impatience, tandis que denique indique seulement le dernier terme d’une énumération.

Jam est parfois bien traduit par «venir de», quand il s’agit du passé, et par «aller», quand il s’agit du futur. Jam profectus est, «il vient de partir»; jam veniet, «il va venir».

Enfin, nous avons déjà vu que les adverbes de lieu: ibi, hic, ont parfois le sens temporel: «à ce moment, alors».

Les adverbes de lieu méritent toute votre attention. Je vous rappelle quelques exemples commodes:

Ubi sum? «où suis-je»? — Sum ibi.

Quo vadis? «où vas-tu?» — Eo eo, «je vais là».

Unde venis? «d’où viens-tu? — Venio inde, «je viens de là».

Qua transis? «par où passes-tu»? — Transeo ea, «je passe par là». (Qua via? — Ea via.)

Ibi nous a donné y, comme ubi (prononcé oubi) nous a donné où, et inde nous a donné en («j’en viens»). La chute de la syllabe finale est constante.

Nous avons conservé en français: «Voilà le hic», abréviation de hic jacet lepus, «là se trouve le lièvre», c’est-à-dire la difficulté; — et un alibi, mot à mot un «ailleurs» («j’étais ailleurs qu’à l’endroit du crime»).

Parmi les adverbes d’opinion, il faut distinguer soigneusement certo, «assurément», de certe, synonyme de quidem: «du moins». Certe et quidem ont souvent le sens de «ce qu’il y a de sûr, c’est que».

Notez les quatre formes de «par hasard»: forte, fortasse, forsan, forsitan, toutes de la même origine. Il ne faudrait pas confondre ce forte, «par hasard», avec le neutre de fortis, «courageux».

Quant à utinam, bien que la traduction «plaise» ou «plût au ciel que» soit courante, il ne faut pas en avoir la superstition: Utinam ne mortales essemus, pourrait aussi bien se traduire par: «Si seulement nous n’étions pas mortels!» Utinam justitia fiat, pourrait se rendre par: «Puisse la justice se réaliser!»

Remarquez bien ce qui vous est dit sur la place de l’adverbe, mis normalement devant le mot qu’il modifie: vere sapiens dicit, «l’homme vraiment sage dit…​» Sapiens vere dicit, «le sage dit avec vérité…​» Mais certe et quidem se placent toujours après.

Comme adverbe de négation, à la place de non, qui est la négation constante, on trouve souvent haud. Toutefois, à part la locution fréquente haud scio, «je ne sais pas», haud se rencontre rarement devant un verbe; on le trouve plutôt devant un adjectif ou un adverbe: homo haud sapiens, «un homme qui n’est pas sage»; id fecit haud prudenter, «il a fait cela d’une manière insensée».

Et non se remplace habituellement par nec ou neque.

Et ne (ne est la négation de ut) se remplace ordinairement par neve ou neu, si la première proposition (celle qui précède et) est également négative. «Il lui conseilla de ne pas parler et de ne pas écrire non plus», ei suasit ne loqueretur neve scriberet.

Si la 1re proposition renferme un ordre positif, on peut trouver neque au lieu de neve. «Agissons, et ne parlons pas», agamus, neque loquamur.

Nec…​ nec, ou neque…​ neque signifient «ni…​ ni»…​ Ne quidem signifie «ne pas même», ou «pas non plus».

La différence de sens entre les deux constructions non nemo, «quelques personnes» et nemo non, «tout le monde», est importante à noter.

L’expression nonnulli, «quelques-uns», est particulièrement fréquente.

Bien que régulièrement «deux négations se détruisent», on peut trouver cependant nec…​ nec…​ après un mot négatif, sans que la phrase cesse d’être négative. Nihil nec tam inopinatum, nec tam insperatum accidere potuit, «il ne pouvait rien arriver, ni de si imprévu, ni de si inespéré».

On trouve aussi ne…​ quidem après une négation sans que la phrase cesse d’être négative. Nunquam Scipionem ne minima quidem re offendi, «je n’ai jamais offensé Scipion, pas même pour le plus petit objet».

Les adverbes d’interrogation offrent peu de remarques à faire. On peut noter que, pour répondre, on répète généralement les termes de la question. «Mon père est-il malade? — Oui.» Aegrotatne? — Aegrotat. — «Es-tu fou? — Non.» Num insanis? — Non insanio.

Toutefois, on trouve parfois: Etiam, pour «oui» et non pour «non».

EXERCICES

1°) Thème: Tout le monde sait que Marius était d’une famille très humble, et personne ne s’imagine qu’il était noble. C’était un soldat courageux et en même temps soigneux. Un jour Scipion examina tous les chevaux de l’armée, et c’est celui de Marius qui lui parut de beaucoup le plus beau. Il le félicita. Un autre jour, dans un dîner, quelqu’un s’écria: «Si tu venais à mourir, Scipion, la république retrouverait-elle jamais un autre général semblable à toi?» Alors Scipion répondit, en montrant Marius: «Peut-être celui-ci.» Cette parole fit concevoir à Marius de hautes espérances.

2°) Version:

Marius (suite)

Tunc Romae primum civile bellum ortum est. Cum enim Sylla consul contra Mithridatem, regem Ponti, missus fuisset, ei Marius illud imperium eripuit, fecitque ut loco Syllae imperator crearetur. Ea re commotus, Sylla cum exercitu Romam venit, eam armis occupavit, Mariumque expulit. Marius in palude aliquandiu delituit; sed ibi paulo post deprehensus, et, ut erat, nudo corpore caenoque oblitus, injecto in collum loro, raptus est et in custodiam conjectus. Missus etiam est ad eum occidendum servus publicus, natione Cimber; eum Marius vultus majestate deterruit. Cum enim hominem ad se gladio stricto venientem vidisset: «Tune, inquit, Marium audebis occidere?» Ille attonitus ac tremens, abjecto ferro, fugit. Marius postea, ab iis etiam qui prius eum occidere voluerant, e carcere emissus est.

Marius accepta navicula in Africam trajecit, et in agrum Carthaginiensem pervenit. Ibi cum in locis solitariis sederet, venit ad eum lictor Sextilii praetoris, qui hanc provinciam administrabat. Marius ab eo, quem nunquam laeserat, aliquod humanitatis officium exspectabat; at lictor decedere eum provincia jussit, nisi vellet in se animadverti. Torvis oculis eum intuens Marius nullum dabat responsum. Interrogavit igitur eum lictor, ecquid praetori vellet renuntiari. Cui Marius: «Abi, inquit, nuntia te vidisse C. Marium in Carthaginis magnae ruinis sedentem.» Duplici exemplo insigni eum admonebat de inconstantia rerum humanarum, cum et urbis maximae excidium, et viri clarissimi casum ob oculos poneret.

VINGT-ET-UNIÈME LEÇON

Les adverbes de quantité sont ceux dont l’emploi est le plus délicat. En effet, là où nous n’avons en français qu’une forme, par exemple: «beaucoup», le latin se sert, selon les cas, de six ou sept formes différentes. On traduit «beaucoup d’eau» par multum aquae (l’adverbe suivi du génitif du nom singulier); — «beaucoup de soldats», par multi milites (l’adjectif «nombreux» s’accordant avec le nom); — «beaucoup de travail», par magnus labor («un grand travail»); — «très pieux» (on ne dit pas «beaucoup pieux») par maxime pius, et «très savant» par doctissimus; — «beaucoup plus savant», par multo doctior (ablatif de l’adverbe devant un comparatif); — «j’aime beaucoup ma mère», par multum matrem amo; — «j’estime beaucoup cet homme», par hunc virum multi aestimo (génitif de l’adverbe avec un verbe d’estime); — «cela coûte beaucoup», par hoc magno constat (ablatif avec un verbe de prix).

Cela fait déjà pas mal de complications. Mais ce n’est pas tout. Les délimitations présentées ci-dessus sont souvent indécises dans l’application. Un nom comme labor, «travail», virtus, «courage», peut se construire aussi bien avec l’adverbe multum: multum laboris, multum virtutis, qu’avec l’adjectif magnus: magnus labor, magna virtus. On trouve même parfois des noms pluriels au génitif après l’adverbe: multum civium, «beaucoup de citoyens», tantum militum, «tant de soldats», au lieu de multi cives, tot (ou tam multi) milites.

Quant à la différence entre les verbes «de prix» et les verbes «d’estime», c’est un modèle de subtilité. La vérité, c’est que l’usage varie selon les verbes. Ainsi, avec le verbe esse (être) dans le sens de «coûter», on emploie le génitif: «coûter beaucoup»: esse magni («être d’un grand prix»); «coûter peu»: esse parvi; — tandis qu’avec le verbe constare, «coûter» (sens absolument identique), on dit constare magno, constare parvo.

En résumé, il faut être prudent dans les affirmations et dire: en général, les distinctions spécifiées dans les grammaires sont exactes; mais il ne faut pas perdre de vue que toute langue (et le latin comme les autres) est une chose vivante, donc souple…​ et capricieuse; aussi ne devra-t-on pas s’étonner de trouver parfois d’autres constructions que ces constructions présentées comme fixes.

On retiendra les faits suivants:

«Tant de soldats» (nom pluriel), se traduit par tam multi milites, tam multorum militum, tam multis militibus, ou par: tot milites, tot militum, tot militibus; de même, à l’expression quam multi, quam multae, quam multa, déclinable, correspond un mot indéclinable quot. De ce quoi est formé aliquot, «quelques», également indéclinable.

Au lieu de nimis, on trouve souvent nimium («trop»).

Les adverbes ante, «avant»; post, «après»; aliter, «autrement», sont assimilés à des comparatifs, et par suite on emploie devant eux un adverbe à l’ablatif: «beaucoup avant»: multo ante; «peu après», paulo post; «combien autrement», quanto aliter.

«Nullement» devant un adjectif ou un verbe ordinaire, se rend par nequaquam: «nullement bon», nequaquam bonus; «je ne l’aime nullement», eum nequaquam amo. Mais devant un comparatif, on emploie un ablatif: nihilo; «nullement meilleur», nihilo melior. Devant un verbe d’estime, on emploie un génitif: «je n’estime nullement», nihili aestimo.

Les verbes «acheter» et «vendre» se construisent comme constare: «vendre cher», vendere magno.

En ce qui concerne ces verbes de prix ou d’estime, on peut dire en somme qu’on trouve presque toujours, avec ces sortes de verbes, les génitifs tanti, quanti, pluris et minoris, «combien, autant, plus et moins»; les autres adverbes se trouvent, selon les verbes, tantôt au génitif, tantôt à l’ablatif.

Enfin, devant les verbes qui signifient «être supérieur» ou «être inférieur» à quelqu’un, on peut trouver soit les mêmes adverbes que devant les verbes ordinaires, soit les adverbes à l’ablatif comme devant un comparatif. «Combien il surpasse le roi», quanto ou quantum regem superat.

Avec les verbes refert et interest, «il importe» («il est d’un grand prix»), on a de même soit l’adverbe ordinaire, soit le génitif comme devant aestimare: «il importe beaucoup», multum ou magni interest.

Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer des exemples d’à peu près tous ces faits dans nos explications de textes.

EXERCICES

1°) Thème: Lorsque Sylla apprit que Rome était au pouvoir de ses ennemis, il se hâta d’y revenir. Une fois là, il fit tuer beaucoup d’amis de Marius. — D’où viens-tu? Est-ce de Rome? — Oui, j’en viens. Mais toi, par où as-tu passé? Est-ce par Lyon? — Oui, c’est bien par là.

2°) Version:

Sylla (188-78 av. J.-C.)

Sylla, propter motus urbanos, cum victore exercitu Romam properavit; eos, qui Mario favebant, omnes superavit: nihil illa victoria fuit crudelius. Sylla, dictator creatus, novo et inaudito exemplo tabulam proscriptionis proposuit, qua nomina eorum qui occidendi essent, continebantur, cumque omnium esset orta indignatio, postridie plura etiam adjecit nomina. Ingens caesorum fuit multitudo. Saevitiae causam avaritia etiam praebuit, multoque plures propter divitias, quam propter odium victoris necati sunt. Civis quidam innoxius, cui fundus in agro Albano erat, legens proscriptorum nomina, se quoque adscriptum vidit: «Vae, inquit, misero mihi; me fundus Albanus persequitur!» Neque longe progressus, a quodam agnitus et percussus est.

Tum repente, contra omnium expectationem, dictaturam deposuit, dimissisque lictoribus, diu in foro deambulavit. Stupebat populus eum privatum videns, cujus modo tam formidolosa fuerat potestas. Unus tantum fuit adolescens qui auderet queri, et recedentem usque ad fores domus maledictis incessere. Cujus injurias Sylla patienti animo tulit, sed domum ingrediens dixit: «Hic adolescens efficiet ne quis posthac tale imperium deponat.» Sylla deinde in villam profectus, rusticari et venando vitam ducere coepit. Ibi morbo correptus interiit, vir ingentis animi, cupidus voluptatum, sed gloriae cupidior. Litteris graecis atque latinis eruditus, et virorum litteratorum adeo amans, ut sedulitatem etiam mali cujusdam poetae aliquo praemio dignam duxerit: nam cum ille epigramma ipsi obtulisset, jussit Sylla praemium ei statim dari, ea tamen lege, ne quid postea scriberet. Ante victoriam laudandus, in iis vero quae secuta sunt nunquam satis vituperandus: Urbem enim et Italiam civium sanguine inundavit. Non solum in vivos saeviit, sed ne mortuis quidem pepercit; nam C. Marii, cujus, etsi postea inimicus, aliquando tamen quaestor fuerat, erutos cineres in flumen projecit. Ita, ea crudelitate rerum praeclare gestarum gloriam corrupit.

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Nous avons déjà rencontré bien souvent la plupart des prépositions latines. Leur révision ne sera cependant pas inutile.

Voici quelques remarques sur les prépositions suivies de l’accusatif.

Ad a des sens fort nombreux. Quelques exemples permettront d’en juger. Dans: Eo ad urbem, «je vais vers la ville», — eo ad patrem, «je vais chez mon père», on rencontre l’idée de mouvement; — mais il n’y a pas cette idée dans stat ad dextram, «il se tient à droite», «vers la droite»; — urbs ad mare sita est, «la ville est située près de la mer». Notons à ce propos: habitat ad Castoris (sous-entendu aedem), «il habite près du temple de Castor».

Dans: Cato ad summam senectutem vixit, le sens est: «Caton vécut jusqu’à l’extrême vieillesse».

Notons: Ad lucem, «vers le point du jour»; — ad Idus Apriles reverti, «revenir pour les Ides d’Avril»; — res ad bellum utiles, «les choses utiles pour (en vue de) la guerre»; — ad arbitrium alicujus omnia agere, «faire tout selon la volonté de quelqu’un»; — ad hoc, «en outre» (ajoutez à cela).

On trouve souvent usque ad, «jusqu’à».

Apud, qui exprime «près de» à côté d’un verbe de repos, s’emploie surtout devant un nom de personne: ceno apud patrem, «je dîne chez mon père». On trouve cependant: pugna apud Cannas, «la bataille près de Cannes», aussi bien que ad Cannas.

Si ante, «devant» et «avant», et post, «derrière», «après», sont très connus, il n’en est pas de même de pone, «derrière»: pone tergum, «derrière le dos».

Circa et circiter sont parfois employés devant un nom de temps pour dire: «aux environs de»: circiter meridiem, «aux environs de midi»; circa octavam horam, «vers la huitième heure». — Circa signifie aussi parfois «environ»: circa quingentas naves, «environ cinq cents navires.»

Intra muros = «en dedans des murs»; intra centum dies = «dans l’espace de cent jours».

A côté de extra muros, «en dehors des murs», on trouve: extra culpam esse, «être en dehors d’une faute», «être innocent»; — omnes extra ducem, «tous en dehors du chef», «en exceptant le chef».

Supra, outre le sens de «au-dessus de»: ratio supra hominem, «une raison surhumaine», a aussi celui de «en remontant plus haut que»: paulo supra hoc tempus, «un peu avant ce moment», et celui de: «plus de»: supra milia viginti, «plus de vingt mille».

De même on a pour infra: «au-dessous de» et «à une époque plus basse»: infra Lycurgum, «à une époque plus récente que Lycurgue».

Citra, «en deçà de», prend des sens variés selon les cas: citra scelus, «en restant en deçà du crime», «sans aller jusqu’au crime»; citra personas, «abstraction faite des personnes», etc.

Les sens de per sont nombreux: per flammas ire, «marcher à travers les flammes»; per idem tempus, «pendant le même temps»; per vim, «par la violence»; per tumultum agere: «agir avec désordre»; per deos, «au nom des dieux»; per me licet, «je t’en donne la permission» (cela t’est, permis grâce à moi).

Praeter est également riche: praeter castra copias duxit, «il fit passer ses troupes à côté du camp», «le long du camp»; praeter consuetudinem, «contrairement à la coutume»; praeter te nullum amicum habeo, «je n’ai pas d’ami excepté toi»; praeter Ariovistum, decem erant equites, «outre Arioviste, il y avait dix cavaliers»; «au delà de»: praeter ceteros doctus: «savant plus que tous les autres».

Notons pour juxta (proprement: «à côté de»): juxta finem vitae, «vers la fin de sa vie»; juxta seditionem ventum est; «on fut tout près d’une sédition»; juxta praeceptum Themistoclis, «conformément à la recommandation de Thémistocle».

A côté de prope suivi de l’accusatif (prope oppidum), on trouve prope ab et l’ablatif: prope ab Sicilia, «près de la Sicile». A noter que l’on a le comparatif et le superlatif de prope: propius oppidum, proxime oppidum, «plus près», «très près de la ville».

Secundum flumen, «le long du fleuve»; secundum proelium, «après la bataille»; secundum naturam vivere, «vivre selon, conformément à la nature»; judicare secundum aliquem,, «juger au profit de quelqu’un» (terme de droit ): tous ces sens se rattachent facilement au sens de «en suivant» (racine de secundum: sequi, «suivre»).

Adversus ou adversum, «en face de», a pris le sens de «contre» et de «envers».

EXERCICES

1°) Thème: Je vois peu de fleurs dans le jardin. — Que de travail dans cette maison! — Combien d’enfants avez-vous? — J’ai trop de chagrin. — Combien estimez-vous ce livre? — Je l’ai acheté cher, et le marchand voulait me le vendre encore plus cher. — Mais je lui ai prouvé qu’il ne valait pas tant.

2°) Version:

César (100-44 av. J.-C.).

Bellis civilibus confectis, Caesar, dictator in perpetuum creatus agere insolentius coepit: senatum ad se venientem sedens excepit, et quemdam ut assurgeret monentem irato vultu respexit. Cum Antonius, Caesaris in omnibus expeditionibus comes, et tunc in consulatu collega, ei in sella aurea sedenti pro rostris diadema, insigne regium, imponeret, non visus est eo facto offensus. Quare conjuratum est in eum a sexaginta et amplius viris, Cassio et Bruto ducibus conspirationis. Cum igitur Caesar Idibus Martiis in senatum venisset, assidentem specie officii circumsteterunt, illicoque unus e conjuratis, quasi aliquid rogaturus, propius accessit, renuentique togam ab utroque humero apprehendit. Deinde clamantem: «Ista quidem vis est», Cassius vulnerat paulo infra jugulum. Caesar Cassii brachium arreptum graphio trajecit, conatusque prosilire aliud vulnus accepit. Cum Marcum Brutum, quem filii loco habebat, in se irruentem vidisset, dixit fertur: «Tu quoque, fili!» Dein ubi animadvertit undique se strictis pugionibus peti, toga caput obvolvit, atque ita tribus et viginti plagis confossus est.

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Parmi les prépositions qui gouvernent l’ablatif, ab est fort intéressant.

Ab, avons-nous dit souvent, indique le point de départ. Exemples: Hostis ab eo loco recessit, «l’ennemi s’éloigna de ce lieu». — Tria milia passuum ab eorum castris castra ponit, «il établit son camp à trois mille pas du leur» (en partant de leur camp). — A Caesare venit, «il vient d’auprès de César».

De nombreux sens dérivés se sont peu à peu ajoutés à ceux-là:

Ab hac oratione eos dimisit, «après ce discours, il les congédia».

A puero, ou a pueris, «depuis mon (ton, son, leur…​) enfance».

Amor a Deo, «je suis aimé par Dieu» (l’affection vient de Dieu).

A Porta Collina, «du côté de la porte Collin».

Stare ab aliquo, «être du parti de quelqu’un» (se tenir du côté de quelqu’un).

Mediocriter a doctrina instructus, «médiocrement pourvu en fait de savoir» (du coté du savoir).

Servus a manu, «esclave secrétaire» (du côté de la main).

Ab ira, «par colère»; ab odio, «par haine» (l’acte vient de la colère).

Ex n’est guère moins riche en sens. Sa signification première est «en sortant de», tandis que ab indique généralement qu’on s’éloigne d’un endroit dans lequel on n’était pas. Canis ex aqua egressus est, «le chien sortit de l’eau».

Beaucoup de sens en sont dérivés:

Ex praetura, «au sortir de la préture».

Ex illo tempore, «depuis ce temps là».

Diem ex die exspectare, «attendre de jour en jour» (un jour depuis l’autre).

Una ex parte, «d’un côté»; — magna ex parte, «en grande partie».

Unus ex militibus, «un des soldats» (tiré des soldats).

Vas ex auro, «un vase d’or» (tiré de l’or).

Mortuus est ex vulturibus, «il mourut de ses blessures».

De indique la descente: de muro, «du haut du mur»; et le départ: de provincia decessit, «il sortit de la province».

Comme ex, il a pris des sens dérivés:

Unus de militibus (moins bon que ex), «un des soldats».

Ea de causa, «pour cette raison» (indique donc l’origine de l’action).

De amicitia, titre d’un livre: «sur l’amitié».

Les sens de de sont d’ailleurs devenus de plus en plus nombreux: notre de français, si fréquent, en est l’héritier direct. Notons:

Redimere captivos de publico, «racheter des prisonniers en prenant sur le trésor public».

De meridie, «l’après-midi» (en s’éloignant de midi).

Diem de die exspectare, «attendre de jour en jour».

Navigare de mense Decembri, «naviguer pendant le mois de décembre» (le temps du voyage est pris sur le mois).

Bene mereri de aliquo, «bien mériter de quelqu’un» (de la part de quelqu’un): lui rendre service.

On trouve même, en poésie: templum de marmore (au lieu de ex marmore).

Exemples de prae:

Prae se armentum agere, «pousser le troupeau devant soi.»

Prae romana magnitudine, «en comparaison de la grandeur romaine».

Prae lacrimis loqui non potest, «il ne peut parler à cause de ses larmes».

Sur pro, on fait souvent des erreurs. Son sens premier est: «devant». Caesar exercitum pro castris constituit: «César rangea son armée devant le camp».

Il a souvent aussi le sens de: «à la place de.»

Esse pro parente, «tenir lieu de père».

Esse pro consule, «remplacer le consul».

Le sens de «pour, dans l’intérêt de», est rare. L’exemple le plus connu est: pro patria mori, «mourir pour la patrie.» Le sens de «selon» se rencontre aussi: pro viribus, «selon ses forces».

Pour cum, «avec», on se rappelle la postposition avec les pronoms personnels: mecum, tecum, secum, nobiscum, vobiscum. On trouve même plutôt quocum, quacum, quibuscum, que cum quo, cum qua, cum quibus.

Coram est connu par la locution coram populo, «en public», sans se cacher.

EXERCICE

Version:

Auguste (63 av. J.-C. à 14 apr. J.-C.).

Octavius in Italiam rediit, Romamque triumphans ingressus est. Tum, bellis toto orbe compositis, Jani gemini portas sua manu clausit, quae tantummodo bis antea clausae fuerant, primo sub Numa rege, iterum post primum Punicum bellum. Tunc omnes praeteritorum malorum oblivio cepit, populusque Romanus praesentis otii laetitia perfructus est. Octavio maximi honores a senatu delati sunt. Ipse Augustus cognominatus est, et in ejus honorem mensis Sextilis eodem nomine est appellatus, quod illo mense bellis civilibus finis esset impositus. Equites Romani natalem ejus biduo semper celebraverunt: senatus populusque Romanus universus cognomen patris patriae maximo consensu ei tribuerunt. Augustus prae gaudio lacrimans respondit his verbis: «Compos factus sum votorum meorum; neque aliud mihi optandum est quam ut hunc consensum vestrum ad ultimum vitae finem videre possim.

Pedibus saepe per urbem incedebat, summaque comitate adeuntes excipiebat: unde cum quidam libellum supplicem porrigens, prae metu et reverentia nunc manum proferret, nunc retraheret: «Putasne, inquit jocans Augustus, assem te elephanto dare?» Eum aliquando convenit veteranus miles, qui, vocatus in jus, periclitabatur, Augustumque rogavit ut sibi adesset. Statim Augustus unum e comitatu suo elegit advocatum, qui litigatorem commendaret. Tum veteranus exclamavit: «At non ego, te periclitante bello Actiaco, vicarium quaesivi, sed ipse pro te pugnavi» simulque detexit cicatrices. Erubuit Augustus, et ipse venit in advocationem. Augustus fere nulli se invitanti negabat. Exceptus igitur a quodam cena satis parca et paene quotidiana, hoc tantum insusurravit: «Non putabam me tibi esse tam familiarem!» Cum aliquando apud Pollionem quemdam cenaret, fregit unus e servis vas crystallinum: rapi illum protinus Pollio jussit, et, ne vulgari morte periret, objici murenis, quas ingens piscina continebat. Evasit e manibus puer, et ad pedes Caesaris confugit, non recusans mori, sed rogans ne piscium esca fieret. Motus novitate crudelitatis, Augustus servi infelicis patrocinium suscepit. Cum autem veniam a viro crudeli non impetraret, crystallina vasa ad se afferri jussit, omnia manu sua fregit, servum manumisit, piscinamque compleri praecepit.

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Quelques prépositions gouvernent tantôt l’accusatif, tantôt l’ablatif. La plus importante de beaucoup est in.

In, suivi de l'accusatif, signifie «dans» ou «sur», et indique l’endroit dans lequel on entre ou sur lequel on arrive (question quo). In collem ascendit, «il monta sur la colline». In urbem ingressus est, «il entra dans la ville».

Mais bien des sens dérivés sont venus se greffer sur ce sens primitif.

Signalons d’abord: In longitudinem, «en longueur» (en allant dans le sens de la longueur).

En parlant du temps, in et l’accusatif signifie «pour»: dictatorem in sex menses dicere, «nommer un dictateur pour six mois». Il peut encore signifier «jusqu’au milieu de»: sermonem in multam noctem producere, «faire durer la conversation fort avant dans la nuit» (jusqu’à la pleine nuit).

Avec l’accusatif encore, in signifie, au figuré, «envers» ou «contre»: amor in patriam, «l’amour envers la patrie»; odium in hostes, «la haine contre les ennemis». Oratio in eam legem, «un discours pour, en faveur de cette loi»; carmen in aliquem, «poème en l’honneur de quelqu’un».

Le résultat est indiqué par in dans les expressions comme: in modum, «à la manière de»: villae in urbium modum aedificatae, «des domaines ruraux bâtis à la façon de véritables villes». On trouve fréquemment mirum in modum, «d’une manière admirable».

Enfin des sens dérivés sont plus curieux encore: foedus ictum in has leges, «un traité conclu à ces conditions» (sans doute: «de manière à arriver à ces lois»). Major in dies, «plus grand de jour en jour».

Avec l'ablatif, in signifie «dans» ou «sur», et marque l’endroit où l’on se trouve quand on fait l’action (question ubi): Ambulat in horto, «il se promène dans le jardin». Corvus in arbore sedebat, «un corbeau était perché sur un arbre.»

In et l’ablatif signifie aussi: «parmi» («dans»). In his erant duo milites, «parmi ces hommes se trouvaient deux soldats».

Notons comme sens figurés:

In magno impetu maris, «étant donné le mouvement violent de la mer».

Misericordes in furibus aerarii, «pleins de miséricorde à l’égard des pillards du trésor public»; etc.

Sub est beaucoup moins fréquent. Sub terra esse, «être sous la terre» (question ubi); sub terram ire, «aller sous la terre» (question quo).

Au sens temporel, sub signifie «vers». Sub idem tempus, «vers le même temps».

Super, avec l’accusatif , signifie «sur». Super juvencum dejectum stabat leo, «un lion se tenait debout sur un taureau terrassé».

Avec l’ablatif, il signifie parfois «au sujet de»: ad te scribam super hac re, «je t’écrirai au sujet de cette affaire».

Le sens de super s’est peu à peu étendu. On trouve par exemple: super omnia, «au-dessus de tout», «plus que tout». Super morbum, «outre la maladie». Super his, «en plus de cela».

Signalons enfin que les trois ablatifs: causa, gratia, et loco sont employés fréquemment avec la valeur de prépositions:

Id fecit salutis suae causa, «il a fait cela en vue de son salut».

Id fecit filii gratia, «il a fait cela pour l’amour de son fils».

Avec le gérontif en di, ces deux mots signifient «pour»: studendi causa (ou gratia), «en vue d’étudier».

Esse loco parentis, «servir de père» (être à la place du père).

Beaucoup de prépositions que nous avons étudiées s’emploient aussi comme adverbes: adversus, «en face», — ante, «auparavant»; — post, «après»; — contra, «en face», «au contraire»; — super, «en outre», etc.

Enfin, nous avons déjà vu bien souvent qu’elles contribuent à former de nombreux mots composés, particulièrement des verbes. Par exemple: mittere «envoyer», donne les composés: amittere, «envoyer loin de soi», d’où «perdre»; admittere, «envoyer vers», puis «admettre»; committere, demittere, etc., etc.

Voilà terminée cette seconde série de leçons. Je vous laisse le soin de revoir méthodiquement, dans votre grammaire, ce qui concerne la syntaxe. Ce sont des notions que nous avons déjà vues tant de fois au cours de nos explications de textes, qu’il me semble superflu d’en refaire un exposé d’ensemble.

Je vous engage en outre à apprendre à fond les temps primitifs et le sens des verbes irréguliers. Je me permets de vous recommander pour cette étude mon petit ouvrage: «Les verbes latins irréguliers et leurs dérivés français», qui vous permettra, grâce à des rapprochements constants avec de nombreux mots de notre langue, d’acquérir, presque sans avoir à faire d’effort de mémoire, un vocabulaire latin étendu.

EXERCICE

Version:

L. Trajan (né en 53 ap. J.-C., empereur en 98, mort en 117)

Nervae successit Trajanus, natus Italicae in Hispania, familia antiqua magis quam clara, nam pater ejus Primum consul fuit. Imperator autem apud Agrippinam civitatem in Gallis factus est. Rempublicam ita administravit ut omnibus principibus merito praeferatur. Inusitatae comitatis et fortitudinis fuit. Romani imperii, quod, post Augustum, defensum magis erat quam auctum, fines large lateque diffudit: Daciam, Decebalo rege victo, subegit, Provincia trans Danubium facta; Armeniam, quam occupaverant Parthi, recepit; Albanis regem dedit; usque ad Indiae fines et Mare Rubrum accessit. Arabiam postea in provinciae formam redegit, et in Mari Rubro classem instituit, ut per eam Indiae fines vastaret.

Gloriam tamen militarem comitate et moderatione superavit, Romae et per provincias aequalem se omnibus exhibens; amicos salutandi causa frequentans, vel aegrotantes, vel cum dies festos habuissent, convivia cum iisdem vicissim habens, saepe in vehiculis eorum sedens; nullum senatorem laedens; nihil injustum ad augendum fiscum agens; liberalis in cunctos, publice privatimque ditans omnes et honoribus augens, quos vel mediocri familiaritate cognovisset; in omnibus provinciis aedificans et multas immunitates civitatibus tribuens; nihil non tranquillum et placidum agens, adeo ut omni ejus aetate unus senator damnatus sit, et is quidem per senatum, ignorante Trajano. Ob hoc per orbem terrarum deo proximus, nihil non venerationis meruit, et vivus et mortuus. Inter alia dicta, hoc illius fertur egregium; amicis enim culpantibus quod nimis adversus omnes comis esset, respondit «talem se imperatorem esse privatis, quales esse sibi imperatores privatus optavisset.»

Post magnam igitur gloriam belli domique acquisitam, a Perside rediens, apud Seleuciam Isauriae profluvio ventris exstinctus est. Inter divos relatus est, solusque omnium intra Urbem sepultus. Ossa ejus, collocata in urna aurea, in foro quod aedificavit sub columna sita sunt, cujus altitudo centum quadraginta et quattuor pedes habet. Hujus tantum memoriae delatum est, ut usque ad nostram aetatem non aliter in senatu principibus acclametur, nisi «felicior Augusto, melior Trajano». Vivus Trajanus laudatus est a consule C. Plinio Caecilio Secundo in Panegyrico, qui exstat, ut hoc opus ceteris ejusdem generis orationibus exemplar propositum sit.

TABLE DES MATIÈRES

1re Leçon.

1re et 2e déclinaisons.

2e Leçon.

3e déclinaison.

3e Leçon.

3e déclinaison (suite).

4e Leçon.

4e et 5e déclinaisons.

5e Leçon.

Noms grecs. Adjectifs.

6e Leçon.

Comparatifs et superlatifs.

7e Leçon.

Adjectifs numéraux.

8e Leçon.

Pronoms personnels. Adjectifs possessifs.

9e Leçon.

Pronoms-adjectifs démonstratifs.

10e Leçon.

Pronoms relatifs et interrogatifs.

11e Leçon.

Pronoms—adjectifs indéfinis.

12e Leçon.

Verbe être. Verbes actifs.

13e Leçon.

Verbes passifs. Emploi des modes et des temps.

14e Leçon.

Infinitifs, participes, gérondifs, supins.

15e Leçon.

Emplois de l’infinitif et du participe.

16e Leçon.

Verbes déponents.

17e Leçon.

Traduction de on.

18e Leçon.

Verbes irréguliers.

19e Leçon.

Verbes défectifs.

20e Leçon.

Adverbes.

21e Leçon.

Adverbes de quantité.

22e Leçon.

Prépositions.

23e Leçon.

Prépositions (suite).

24e Leçon.

Prépositions (fin).