SECONDES LEÇONS DE LATIN — CORRIGÉ DES EXERCICES

PREMIÈRE LEÇON

1°) Labor, m. (tous les noms en or sont masculins, sauf sept). — Veritas, f. (tous les noms en tas sont féminins, ce sont les ancêtres de nos noms abstraits féminins en : bonté, etc.). — Populus, peuplier, f. (les noms d’arbres sont du féminin). — Marmor, n. (une des 7 exceptions, tous les autres noms en or étant du m.). — Factio, f. (comme tous les noms en tio, ancêtres de nos noms abstraits en tion: faction, admiration, etc.). — Cornu, n. (comme tous les noms en u, d’ailleurs peu nombreux). — Verbum, n. (comme tous les noms en um). — Soror, f. (nom de femme, une des 7 exceptions à la règle des noms en or). — Frater, m. (nom d’homme). — Arbor, f. (les noms d’arbres sont du féminin; une des 7 exceptions à la règle des noms en or).

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2°) Versions:

L’AGE D’OR

«Les fossés à pic n’entouraient pas encore les villes; il n’y avait ni casques ni épée; sans se servir de soldats, les nations sans inquiétudes coulaient de doux loisirs. D’elle-même aussi, sans être esclave, sans que la herse la touchât, sans être déchirée par aucun soc, la terre donnait toute seule toutes ses productions. Le printemps était éternel, et les tranquilles Zéphyrs caressaient de leurs souffles tièdes les fleurs nées sans qu’on les semât. De plus, la terre portait même des moissons sans être labourée, et le champ, sans être cultivé, prenait la teinte claire des épis lourds de grains. Ici coulaient des fleuves de lait, là des fleuves de nectar, et le miel ambré tombait goutte à goutte de l’yeuse verte.»

Faut-il se demander si la croyance en un «âge d’or» et la croyance au «paradis terrestre» sont parentes? La question dépasse notre compétence. Quant à l’intérêt que peut présenter une vie où il n’y a aucun effort à faire, il est problématique. Cependant les hommes ont toujours été, en général, si paresseux, que la vie idéale leur a constamment apparu sous la forme d’un voluptueux farniente.

Fossae praecipites: «des fossés escarpés». L’adjectif est praeceps, génitif praecipitis: la racine est caput, «la tête», et prae, «en avant». Le sens de praeceps est donc: «où l’on tombe la tête la première.» Dans d’autres cas, s’appliquant à une personne, cet adjectif signifie: «qui se lance la tête la première». Nous avons de même en français: précipice, et se précipiter.

Cingere, o, is, cinxi, cinctum, «entourer». Je vous engage vivement à bien retenir les temps primitifs des verbes irréguliers.

Oppidum: ville fortifiée. Urbs, ville, ensemble des maisons. Civitas, ville, ensemble des citoyens, état.

Non galeae erant: «les casques n’étaient pas», c’est-à-dire: il n’y avait pas de casques. Notez ce sens de est pour traduire il y a.

Sine, «sans», gouverne l’ablatif. Vous connaissez le mot sinécure: place sans souci, sine cura.

Gentes securae peragebant mollia otia. Remarquez la contruction de ce vers, où les adjectifs sont fort éloignés des noms auxquels ils se rapportent. Mais un peu d’attention suffit pour voir que mollia, pluriel neutre, se rapporte à otia, et securae, féminin pluriel, à gentes.

Peragere otia, «passer des loisirs»; on dit de même agere vitam, ou degere vitam, «passer sa vie».

Ipsa, immunis, intacta, saucia, se rapportent tous quatre à tellus, telluris, fém., «la terre».

Rastrum désigne un instrument à dents: rateau ou herse. — Au pluriel on trouve parfois rastri (masc.), parfois rastra (neutre).

Nec ullis = et nullis. Lorsque et est suivi d’un mot négatif (et personne, et rien, et jamais, etc.), le latin remplace et par nec, et le mot négatif par un mot positif. Ainsi on aura:

au lieu de

et nemo (et personne): neque quisquam;
et nihil (et rien): neque quidquam;
et nunquam (et jamais): neque unquam;
et nullus (et aucun): neque ullus, etc.

Omnia: pluriel neutre, «toutes choses».

Tepens est le participe présent du verbe tepeo, es, «être tiède».

Notez que flos, floris, est du masculin.

Semen, seminis, «semence», est apparenté au verbe serere, o, is, sevi, satum, «semer». Semen est du neutre, comme tous les noms de la 3e déclinaison en men, inis.

Remarquez en passant que je n’ai pas conservé dans ma traduction exactement le tour latin: j’ai remplacé «les fleurs nées sans semence» par les «fleurs nées sans qu’on les sème». Il faut toujours, en effet, donner une phrase bien française, et non pas calquer sa phrase française sur la phrase latine. Chaque langue a ses habitudes particulières; votre oreille de Français doit vous guider dans le choix des mots et des tournures.

Mox peut signifier: «bientôt». Mais ici cela n’aurait pas de sens. Dans une énumération, mox signifie: «de plus».

Canebat, imparfait de caneo, «être blanc», verbe apparenté à l’adjectif canus, a, um, «blanc», qui nous a donné «chenu»: «Charlemagne à la barbe chenue» (blanche)». Ne pas confondre avec cano, canis, «chanter».

Gravidis aristis, abl. de cause: «le champ était blanc à cause des épis lourds, c’est-à-dire «mûrs». Remarquez que ma traduction a dû, pour être élégante, s’éloigner encore du mot à mot.

Jam…​ jam…​, «d’un côté, de l’autre». C’est un sens de jam que nous n’avions pas encore rencontré.

Flava mella, «des miels blonds». Le pluriel s’emploie souvent, en poésie, pour le singulier. Notez une fois de plus que l’adjectif flava est fort éloigné du substantif mella.

La préposition de indique la descente, ou l’origine. Ici, les deux sens sont combinés.

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EPITAPHES DE ROMAINS CELEBRES

I. — Scipion Barbatus

«Cornélius Lucius Scipion Barbatus, fils d’un père actif, fut courageux et sage, et sa beauté égala sa valeur. Il fut chez vous consul, censeur, édile. Il prit Taurasie, Cisauna, le Samnium; il soumit toute la Lucanie et en emmena des otages.»

Lucius, ordinairement abrégé en L., est le prénom; Cornélius est le nom de la gens (nomen gentilicium): la gens, sorte de tribu, comprend tous les descendants en ligne masculine d’un ancêtre lointain, dont le culte constitue le lien qui unit les différentes familles de la gens, La gens Cornelia était particulièrement illustre; c’est à elle qu’appartenaient les Scipions, Sylla, etc. — Scipio est le cognomen, nom d’une branche de la gens. — Barbatus est un second cognomen, propre au personnage lui-même.

Les trois premiers vers forment une phrase sans verbe. C’est que dans cette épitaphe l’expression «Ci-gît» est sous-entendue.

Forma a moins souvent le sens de «forme» que celui de «beauté». «Dont la beauté fut tout à fait semblable au courage.» Vous vous rappelez que facilis, gracilis, humilis, similis, ont leur superlatif en illimus.

Le mot virtus a assez rarement le sens de «vertu»; il signifie généralement: «valeur» (militaire), «mérite».

Obsides vient de obses, obsidis, «otage». Ce mot est apparenté au verbe obsideo, «assiéger», supin obsessum (français: obsession, idée qui vous assiège l’esprit).

II. — Nevius

«S’il était permis aux immortels de pleurer les mortels, les divines Muses pleureraient le poète Névius. Oui, une fois qu’il a été rejoindre les innombrables sujets de Pluton, les Romains n’ont plus su parler en latin.»

L’exagération est de règle, peut-on dire, dans les éloges funèbres. Ne nous arrêtons donc pas à celle-ci.

Le premier vers est intéressant: 1°) par l’antithèse des deux mots rapprochés: immortales, mortales. — 2°) par l’allitération des trois derniers mots en f: foret, fas, flere; ces deux procédés étaient très goûtés des Latins.

Foret est, je vous le rappelle, synonyme de esset. Fas signifie: ce qui est permis par la loi morale.

Il y a l’imparfait du subjonctif pour traduire le présent du conditionnel, parce que l’hypothèse est contraire à la réalité. C’est ce qu’on appelle le «mode irréel».

Itaque, qui d’ordinaire a le sens de «c’est pourquoi», n’a pas ici d’autre valeur qu’un renforcement de ita: «ainsi», affirmation vague, que notre français «oui» traduit assez bien.

Postquam…​: «après qu’il a été livré par la mort au trésor de Pluton», c’est-à-dire: aux ombres innombrables qui forment la richesse du dieu des enfers.

Obliti sunt, parfait de oblivisci, «oublier». Loqui, loquor, eris, locutus sum, «parler» (français: locution, etc.).

III. — Pacuvius

«Jeune homme, malgré ta hâte, ma pierre te prie de la regarder, puis de lire son inscription. Ici reposent les os du poète Marcus Pacuvius. Je ne voulais pas te le laisser ignorer. Adieu.»

Tametsi properas: «quoique tu te hâtes.» Notez que dans ma traduction, j’ai remplacé le verbe par un nom, et la conjonction par une préposition: «malgré ta hâte.»

Hoc saxum: «cette pierre». Vous savez que hic est le pronom-adjectif de la 1re pers. et qu’il équivaut souvent à meus. De là ma traduction: «ma pierre»; c’est le tombeau qui parle.

Quod scriptum est: «ce qui est écrit», «l’inscription».

Hic, adverbe de lieu, «ici». Os, ossis, «ossements». Ne pas confondre avec os, oris, «la bouche».

Hoc est l’accusatif neutre, complément direct du verbe nescire, «ignorer», qui se tire de nescius esses: «Je voulais que tu ne fusses pas ignorant cela.»

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UN PRESAGE AMUSANT

«Lucius Paulus, consul pour la seconde fois, à qui le sort avait attribué la conduite de la guerre contre Persée, remarqua, lorsqu’il rentra chez lui, le soir même, et qu’il embrassa sa fille Tertia encore tout enfant, qu’elle était un peu triste. «Qu’est-ce qu’il y a, lui dit-il, ma petite Tertia? Pourquoi es-tu triste? — Père, répondit-elle, Persa est mort.» Alors Paulus embrassa bien fort l’enfant. «J’en accepte l’augure, ma fille», dit-il. C’était un petit chien de ce nom qui était mort.»

Iterum: «de nouveau», pour la deuxième fois (cf. français réitérer).

Le sujet de obtigisset est toute la proposition ut gereret bellum. «Alors que (cum) la conduite de la guerre (mot à mot: «qu’il dirigeât la guerre») lui était échue (obtigisset ei) par le sort (sortitione).» Les consuls en effet tiraient au sort entre eux les missions à remplir.

Le 1er ut, suivi du subjonctif, est explicatif: «à savoir qu’il dirigeât la guerre»; le 2e ut, suivi de l’indicatif, signifie «lorsque».

Domum: accusatif, sans préposition: «à la maison» (question quo).

Ad vesperum: «vers le soir».

Ea ipsa die: «le jour même du tirage au sort».

Animadvertit, osculans, filiolam esse (sous-entendu) tristiculam: «il remarqua, en l’embrassant, que sa fille était triste. Filiola, tristicula, diminutifs.

Quid est? Quid tristis es? Vous avez ici les deux sens de quid: «quoi?» et «pourquoi?»

Mi, vocatif irrégulier de meus, «mon».

Artius, comparatif de arte, «étroitement». Le comparatif veut dire généralement «plus». Mais il a souvent le sens de «assez», ou de «trop». Ici, «assez étroitement» n’est pas éloigné du superlatif: «très étroitement» .

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LES CHEVRES ET LE CHEVRIER

«Les chèvres recherchent les endroits buissonneux plutôt que les plaines découvertes; c’est même dans les endroits escarpés et boisés qu’elles paissent le mieux. Car elles ne se détournent pas des ronces, les buissons épineux ne leur déplaisent pas, et elles aiment beaucoup les arbrisseaux et les broussailles. Tels sont l’arbousier, le cytise agreste, et également les jeunes pousses d’yeuse et de chêne qui ne s’élèvent pas haut. Quant au gardien du troupeau, il faut qu’il soit résistant, actif, très endurant, agile et audacieux, car il doit traverser facilement les rochers, les endroits déserts, les buissons, et non pas, comme font les pâtres des autres catégories, suivre son troupeau, mais la plupart du temps le précéder.»

DEUXIÈME LEÇON

1°) Audacium (les adj. en ax, ix, ox ont le thème en i); — cubili (nom neutre parisyllabique); — febrim (7 noms en is font l’acc. sg. en im, ils sont cités dans la leçon); — tussi (même cas); — parentum (exception vue dans la leçon); — altaria (nom neutre en ar); — fortes ou fortis pour le m. et le f., fortia pour le n.; — cive;felice pour une personne, felici pour une chose (les adj. en ax, ix, ox suivent la déclinaison de prudens); — itinere (le radical est itiner, cf. fr. itinéraire); — rudi (l’abl. des adj. parisyllabiques est en i, contrairement à celui des noms; se rappeler l’exemple: a cive forti).

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2°) Versions:

MOT PLAISANT DE SCIPION NASICA

«Scipion Nasica vint un jour voir le poète Ennius; à la porte, il demanda Ennius et la servante lui répondit qu’il n’était pas chez lui; mais Nasica se rendit compte qu’elle disait cela sur l’ordre de son maître, et que ce dernier y était. Quelques jours après, Ennius vint voir Nasica; arrivé à la porte il le demande. Mais Nasica lui crie qu’il n’est pas chez lui. «Eh quoi, dit Ennius. Est-ce que je ne reconnais pas ta voix?» Alors Nasica: «Tu es un homme sans vergogne. Moi, quand je t’ai demandé, j’ai cru ta servante qui me disait que tu n’étais pas chez toi. Et toi, tu ne me crois pas moi-même?»

La traduction que je viens de vous donner s’efforce d’être bien française. Et en effet, on ne saurait trop répéter qu’une version doit avant tout être écrite en style correct, élégant, courant.

Mais avant d’arriver à cette traduction définitive, il faut bien comprendre le sens exact du latin.

Remarquez d’abord que la première phrase du texte latin ne se compose pas de propositions principales coordonnées, comme la phrase française de ma traduction; elle commence (cas extrêmement fréquent) par une proposition subordonnée par cum.

Lorsque vous avez affaire à une conjonction, notamment cum ou ut, votre premier soin doit être, pour connaître son sens dans le passage, de regarder le mode que cette conjonction gouverne. Venisset est le plus-que-parfait du subj. Cum et le plus-que-parfait du subj. peut avoir tous ses sens (lorsque, parce que, puisque, quoique), et la traduction la plus commode en mot à mot est «alors que» ou «comme». Alors que Nasica était venu chez Ennius (venire ad = venir vers, c’est-à-dire «venir voir» quelqu’un) et que la servante avait dit (dixisset, p-q-p. du subj. de dicere, o, is, dixi, dictum, «dire»), ei à lui (datif de is, ea, id), quaerenti (dat. sing. du participe présent du verbe quaerere, o, is, quaesivi, quaesitum, «chercher, demander») demandant Ennius, ab ostio (abl. de ostium) depuis la porte, Ennium (sous-entendu) non esse domi (proposition infinitive, complément de dixisset; après les verbes dire, croire, penser, on emploie toujours la proposition infinitive avec le sujet à l’accus.), qu’Ennius n’était pas à la maison (domi est le locatif de domus, us, mot irrégulier de la 4e déclinaison).

Après la proposition principale Nasica sensit (de sentire, io, is, sensi, sensum, «avoir le sentiment que») nous avons encore deux prop. inf.: illam dixisse et illum intus esse.

Notez que jussus, us, ordre, ne. s’emploie jamais qu’à l’ablatif jussu, comme c’est le cas ici.

Dans l’expression paucis diebus post, post est adverbe, et diebus est à l’ablatif de temps. Si post était une préposition, il y aurait paucos dies, «après quelques jours», puisque post gouverne toujours l’accusatif.

Cum Ennius venisset: même construction qu’au début.

Se domi non esse, prop. inf. après exclamat. Il y a se parce que le pronom personnel désigne le sujet de la proposition principale. Nasica crie qu’il (lui-même) n’est pas là.

Hic Nasica: ici hic n’est pas l’adjectif démonstratif: «ce Nasica»; hic est un adverbe de lieu, «ici», qui sert aussi d’adv. de temps: «alors».

Après credere, «avoir confiance dans», on emploie le datif: ancillae.

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LE BON INTENDANT

«Il convient de mettre à la tête de la propriété et du personnel un intendant qui ne soit ni jeune ni vieux. Ainsi, c’est l’âge moyen qui est le plus propre à cette fonction; un bon intendant pourra de trente à soixante ans s’acquitter des fonctions d’un cultivateur suffisamment robuste. Il faudra que celui qu’on destine à ce rôle soit très instruit et très fort, pour qu’il instruise ses subordonnés et qu’il fasse lui-même aisément ce qu’il leur commande. Car on n’enseigne et on n’apprend rien convenablement sans l’exemple, et il importe que l’intendant soit le maître des ouvriers et non leur élève.»

Fundus: la propriété; nous disons de même: «un fonds de terre».

Familia: l’ensemble des esclaves, correspond à notre mot «le personnel».

Aetatis, génitif complément de qualité de vilicum: «un intendant d’un âge…​».

Ab anno: «depuis» la 30e année jusqu’à la 60e.

Fungor, eris, functus sum, déponent, «s’acquitter de», d’où notre mot fonction, et défunt: defunctus vita, celui qui s’est acquitté de la vie, qui a fini son rôle.

Munus, muneris, neutre, «fonction».

Autem: «or», «d’autre part». Quisquis, «celui, quel qu’il soit, qui sera destiné»; j’ai traduit le passif destinabitur par on, tournure plus française.

Après le verbe oportet, «il faut», on met généralement le verbe au subjonctif, comme vous le voyez ici.

Faciat (ea sous-entendu, plur. neut., «les choses») quae praecipit, «qu’il ordonne». C’est constamment que l’antécédent is, ea, id, est sous-entendu devant le relatif. Cela arrive aussi en français: «Qui rit vendredi dimanche pleurera» = celui qui.

Ut et le subj. veut dire le plus souvent «afin que».

Docere, «enseigner» (allemand: lehren; anglais: to teach); discere, «apprendre» (lernen; — to learn).

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VERCINGETORIX SOULEVE LA GAULE

«L’Arverne Vercingétorix, fils de Celtillus, jeune, très influent, convoque ses clients et les enflamme facilement. Après l’avoir entendu développer ses projets, ils courent tous aux armes. Mais Vercingétorix est empêché d’agir par son oncle Gobannition et les autres chefs, qui n’étaient pas d’avis qu’il fallût tenter cette aventure; et on l’expulse de la ville de Gergovie. Il ne renonce pas cependant à son idée, et il fait, dans la campagne, une levée de gens sans ressources et de bandits. Une fois cette troupe rassemblée, il gagne à son projet beaucoup d’états et les engage à prendre les armes pour l’indépendance commune. Bientôt il chasse de sa ville ses adversaires qui peu avant l’avaient expulsé lui-même, et il envoie des ambassades de tous côtés. Rapidement il s’associe les Senons, les Parisiens, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes, et tous les autres peuples qui touchent l’Océan; et du consentement unanime on lui confie l’autorité suprême.»

Summae potentiae, génitif de qualité.

Clientibus: les clients étaient des «vassaux», tenus à certains devoirs envers un grand personnage qui, de son côté, les protégeait.

Convocatis clientibus, cognito consilio, sont des ablatifs absolus, c’est-à-dire des compléments circonstanciels formés d’un nom accompagné d’un participe: «ses clients ayant été convoqués», «son plan ayant été connu». Il ne faudrait pas traduire ainsi en français: ce serait lourd; le mieux, en général, est de faire de l’abl. absolu une proposition principale, ou subordonnée, à un mode personnel.

Hanc fortunam tentandam, sous-entendu esse, prop. infinitive après existimabant, «pensaient». Notez que le verbe esse est constamment sous-entendu. Tentandam: participe d’obligation, «qui doit être tentée». Fortuna, «hasard, aventure»; «ils pensaient que ce hasard ne devait pas être tenté».

Oppido Gergovia, les deux mots sont au même cas (ablat.), car Gergovia est une apposition à oppido.

In agris: la campagne était encore en grande partie boisée et inculte; elle servait de refuge à tous les gens sans aveu.

Habere dilectum: «tenir, faire un choix»; c’est le terme consacré pour «faire une levée de troupes». On choisissait les hommes bons pour le service, comme aujourd’hui aux conseils de révision.

Egentium, gén. plur. du part. prés. egens, egentis, de egeo, «manquer», «être pauvre». Nous avons le composé indigent.

Perditi: «gens perdus, criminels».

Manus, «poignée d’hommes, troupe». Coactus, part. passé de cogere, o, is, coegi, coactum, «rassembler», de cum et agere.

Causa libertatis, «pour la cause de la liberté», de l’indépendance à l’égard de Rome. Notez que causa, dans ce sens, est toujours placé après son régime.

Ejectus erat, p-q-p. passif indicatif de ejicere, io, is, ejeci, ejectum, «jeter hors de».

A quibus, «par lesquels». On a la prép. ab parce que le complément du verbe passif est un nom de personne. Amor a Deo, «je suis aimé par Dieu».

Ex civitate, «hors de la cité».

Imperium, defertur ad eum, «le pouvoir suprême est déféré à lui». Deferre, fero, fers, tuli, latum.

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3°) Thème:

Vercingetorix Arvernorum principes (ou: duces) convocat, eosque hortatur ut bellum cum Romanis gerant. Primum (ou: primo) Galli nolunt ejus consilium sequi, atque etiam eum Gergovia ejiciunt, ubi erat. Sed paulo post libertatis amore incenduntur, arma capiunt et Vercingetorigem ducem faciunt.

Il y a peu de difficultés à signaler dans ce thème. «Ne pas vouloir» est le verbe nolo, non vis, composé de volo.

Son projet; comme le possesseur (Vercingétorix) n’est pas le sujet de la proposition (ils), on n’emploie pas suus, mais le génitif de is.

Gergovia: pas de préposition devant les noms de villes.

il était: comme il n’y a pas de direction vers la ville, se traduit par ubi.

Par l’amour: le complément du passif étant un nom de chose, on le met à l’ablatif sans ab.

Chef est l’attribut de Vercingétorix, il se met donc au même cas que lui, à l’accusatif.

Facere est le verbe le plus fréquent pour dire «nommer» un magistrat.

TROISIÈME LEÇON

1°) Veteri: datif sg. de l’adj. vetus, veteris, «vieux» (fr.: vétéran, vétusté, invétéré). — Vi: abl. sg. de vis, «force» (ce pourrait être aussi le datif, mais ce cas semble avoir été inusité). — Suis: dat. abl. plur. de suus, «son», ou gén. sg. de sus, «porc». — Suibus: dat. abl. pl. de sus, «porc» (on trouve aussi la forme subus). — Poematis: gén. sg. ou dat. abl. pl. de poema, «poème». — Senum: gén. pl. de senex, senis, «vieillard» (fr.: senile). — Boum: gén. pl. de bos, bovis, «bœuf». — Aedes: nom. sg. ou nom. acc. pl. de aedes, is, «temple» (au sg.) ou «maison» (au pl.). — Ruri: dat. ou locatif sg. de rus, ruris, «campagne» (fr.: rural, rustique). — Felici: dat. sg. ou abl. sg. (si l’adj. se rapporte à une chose) de felix, felicis, «heureux» (les adj. en ax, ix, ox suivent la déclinaison de prudens).

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2°) Versions:

DEUX PRODIGES

«Midas, qui fut roi de Phrygie, était enfant lorsque, pendant qu’il dormait, des fourmis lui déposèrent dans la bouche des grains de blé. Ses parents demandèrent ce que signifiait ce prodige; les augures répondirent que cet enfant serait le plus riche de tous les mortels. Et cette prédiction ne fut pas vaine: car Midas dépassa par sa richesse l’opulence de presque tous les rois. — D’autre part, des abeilles annoncèrent le bonheur solide et éternel de Platon, en déposant du miel sur ses lèvres, alors que, tout petit enfant, il dormait dans son berceau. En apprenant ce fait, les interprètes des prodiges déclarèrent qu’une douceur de parole toute particulière coulerait de sa bouche.»

Il y a dans ce morceau plusieurs phrases dont la construction est un peu délicate à bien comprendre. Il faut vous y appliquer très attentivement.

Formicae, «des fourmis»; congesserunt, parfait de congerere, «réunirent»; grana tritici, «des grains de froment»; in os, «dans la bouche», accusatif après in parce qu’il y a mouvement vers la bouche; Midae, datif de Midas, «à Midas»; puero, «enfant»; dormienti, «dormant».

Remarquez que j’ai été obligé de m’écarter sensiblement du mot à mot, pour arriver à une traduction française satisfaisante. Cela n’a aucune importance, pourvu qu’on rende exactement le sens de la phrase latine.

Augures, «les augures»; responderunt, «répondirent»; parentibus ejus, «aux parents de lui» (à ses parents); explorantibus deinde, «demandant ensuite»; quorsum prodigium tenderet, «où le prodige tendait», c’est-à-dire ce que signifiait ce prodige; illum futurum esse ditissimum omnium mortalium, proposition infinitive après responderunt, «qu’il serait le plus riche de tous les mortels».

Quorsum, contraction de quo versum, «vers où», est un synonyme de quo, «où», avec mouvement. Vous vous rappelez l’exemple: Quo vadis? «où vas-tu?»

La proposition quorsum prodigium tenderet, est une interrogative indirecte: proposition complément direct du verbe explorantibus, «demandant», et commençant par un mot interrogatif (quorsum).

Le verbe explorari, qui signifie «chercher à voir», est souvent employé dans le style militaire, avec le sens de «faire une reconnaissance».

Futurum esse, infinitif futur de esse, pourrait être remplacé par la forme synonyme fore.

Dis, ditis, est un adjectif de même racine et de même sens que dives, divitis, «riche». — Après le superlatif, on pourrait avoir, au lieu du génitif omnium mortalium: inter mortales ou ex mortalibus.

Nec. Traduisez toujours nec (ou neque, c’est le même mot) comme s’il y avait: et…​ non…​ Ce n’est que lorsqu’il y a nec…​ nec…​ répété qu’il convient de traduire par: ni…​ ni…​

Exstitit, parfait de existere. Ce verbe est ici synonyme de esse, «être».

Construisez: Et praedictio non fuit vana. Nam Midas antecessit abundantia pecuniae opes paene cunctorum regum.

Antecedere (parfait cessi, supin cessum), signifie «marcher devant, précéder», d’où «l’emporter sur, dépasser». Nous avons déjà parlé de opes, au pluriel, «ressources, richesses», Paene: «presque». Cuncti = omnes, «tous».

Vero a d’ordinaire le sens de «mais», ou de «quant à». Ici le sens est affaibli: «d’autre part». Autem a également ces différents sens.

Il y a deux verbes inserere, de même que deux verbes serere. Serere, o, is, sevi, satum, «semer»; inserere, insevi, insitum, «semer dans». Serere, serui, sertum, «attacher»; inserere, inserui, insertum, «mettre dans». C’est ce second verbe que nous avons ici.

Inserendo est le gérondif-ablatif: «en introduisant». Au lieu de inserendo mel, on aurait pu avoir melle inserendo. Je vous rappelle comment on procède pour arriver à cette seconde tournure. Lorsque le gérondif est suivi d’un complément direct, on prend ce complément direct (ici mel), on le met au cas du gérondif (ici l’ablatif: melle), et on fait accorder avec cette nouvelle forme l’adjectif verbal en dus (ici abl. neut. sing. de inserendus, a, um: inserendo). Cette substitution est habituelle pour le gérondif-génitif en di et le gérondif-ablatif en do non précédé d’une préposition. Elle est obligatoire pour le gérondif-datif en do, le gérondif-accusatif en dum précédé de ad, le gérondif-ablatif en do précédé d’une préposition. Ainsi on peut dire: Cupidus videndi urbem ou cupidus videndae urbis, «désireux de voir la ville». Evasit doctus legendo multos libros ou multis libris legendis, «il est devenu savant en lisant beaucoup de livres». Mais on ne peut dire que: Ad eam rem conficiendam., «pour terminer cette affaire» (et non: ad conficiendum eam rem). Impar oneri sustinendo, «impuissant à supporter un fardeau» (et non: sustinendo onus). Tempus consumit in libris legendis, «il passe son temps à lire des livres» (et non: in legendo libros). On ne trouve à cette règle que de très rares exceptions, chez des poètes archaïques notamment.

Labellum, diminutif de labrum, «lèvre».

Parvulus, diminutif de parvus, «petit». Notez ces deux terminaisons de diminutifs. On a de même agellus, «petit champ», de ager; capella, «petite chèvre», de capra; homunculus, «petit homme», de homo.

Cunae, arum; et incunabula, orum, «berceau», sont deux mots toujours au pluriel en latin. De même castra, orum, «camp»; etc.

Hac re audita: ablatif absolu.

Interpretes prodigiorum dixerunt suavitatem singularem eloquii, «qu’une douceur rare de langage»; emanaturam esse, encore un infinitif futur: «coulerait»; ore ejus, «de sa bouche».

Manare, «couler» (cf. espagnol: manantial, «source»), ne doit pas être confondu avec manere, eo, es, mansi, mansum, «demeurer» (immanent, permanent, manoir, manant, etc.).

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CICERON TROUVE LE TOMBEAU D’ARCHIMEDE

«Lorsque j’étais questeur, je me suis mis à la recherche du tombeau d’Archimède. Les Syracusains ne le connaissaient pas. Il était de tous côtés entouré et couvert de ronces et de broussailles. Je me rappelais certains petits vers ïambiques qui se trouvaient sur son tombeau, à ce que j’avais appris, et qui disaient qu’il y avait une sphère et un cylindre placés au sommet du monument. Or, comme j’examinais tous les tombeaux situés près des portes d’Agrigente, je remarquai une petite colonne qui ne s’élevait guère au-dessus des buissons, et sur laquelle il y avait une sphère et un cylindre. Je mis là un bon nombre d’hommes avec des faux; ils nettoyèrent et dégagèrent l’endroit. Alors on put voir l’inscription, dont les vers étaient rongés par le temps.»

Tenebam memoria; synonyme: memineram. Accipere, recevoir dans son esprit, entendre dire, «apprendre».

In summo sepulcro. Notez bien que cela signifie «sur le haut du tombeau», et non «sur le tombeau très haut». On emploie ainsi les adjectifs imus, «bas»; medius, «moyen»; etc. Imus mons: «le bas de la montagne»; media arbor, «le milieu de l’arbre»; etc.

Autem: «or»; c’est un sens fréquent qu’il ne faut pas oublier.

Cum collustrarem oculis: «alors que (cum et l’imparfait du subj.) j’observais des yeux.» En français oculis ne se traduira pas, il ferait pléonasme. Columella, diminutif de columna.

Figura sphaerae, «la figure géométrique d’une sphère». Il est inutile de traduire figura en français.

Immissi, part. passé de immittere, o, is, immisi, immissum, «envoyer dans». «De nombreux hommes envoyés avec des faux nettoyèrent.»

Aperuerunt, parf. de aperire, supin apertum.

Epigramma, atis, «inscription», nom neutre grec, qui a d’ailleurs passé en français, mais avec le sens particulier de «courte pièce satirique».

Exesis, part. passé de exedere, «ronger», composé de edere, o, is, edi, esum, «manger». Ce verbe est parfois irrégulier; il peut faire à l’infinitif présent esse (ne pas confondre avec «être»); à l’indicatif présent es, est, estis ou edis, edit, editis; à l’impératif présent; es ou ede; au subjonctif présent: edim, edis, ou edam, edas.

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LES AUROCHS

«Ceux-ci sont, pour la grandeur, peu au-dessous des éléphants; ils ont l’aspect, la couleur et la forme du taureau. Leur force est grande, et leur vitesse aussi; ils n’épargnent ni l’homme ni la bête qu’ils aperçoivent. Les habitants mettent tous leurs soins à les prendre et à les tuer; c’est par ce travail que les jeunes gens se fortifient, c’est par ce genre de chasse qu’ils s’exercent; ceux qui en tuent le plus en apportent les cornes en public, pour servir de preuves, et on leur accorde de grandes louanges. Mais les aurochs ne peuvent s’habituer aux hommes ni s’apprivoiser, même quand on les prend tout petits. La grandeur, la forme et l’aspect de leurs cornes diffèrent beaucoup de celles de nos boeufs. Les Germains recherchent ces cornes avec ardeur, les entourent d’argent sur les bords, et s’en servent en guise de coupes dans les repas de cérémonie.»

Paulo: «peu»; cet adverbe est à l’ablatif parce que infra est analogue à un comparatif.

Parcere, o, is, peperci, parsum, «épargner», veut son complément au datif: parcunt homini, «ils épargnent l’homme».

Conspexerunt est au parf., car le latin, qui fait toujours très attention au rapport des temps, pense qu’il faut que l’auroch ait vu l’homme ou l’animal avant de ne pas l’épargner. En français nous sommes moins rigoureux et nous employons le présent.

De même qui interfecerunt: «ceux qui en ont tué le plus reçoivent de grands éloges»; en français le présent va très bien.

Cornibus relatis; ablatif absolu.

Quae sint. Lorsque le relatif est suivi du subjonctif, il équivaut généralement à ut, «afin que». «Afin qu’elles soient à témoignage», afin qu’elles prouvent combien d’aurochs ils ont tué.

Excepti, part. passé de excipere, «prendre».

Ne…​ quidem, «pas même»; le nom se met entre ne et quidem.

Pro poculis: «à la place de coupes», en guise de coupes…​

QUATRIÈME LEÇON

1°) Dies, «jour», est normalement masculin. Toutefois il est généralement féminin au singulier quand il a le sens de «jour fixé» ou de «délai». — Quercus, «chêne», est du féminin, comme tous les noms d’arbres. — Arbor, «arbre», f. (nom d’arbre, un des 7 mots en or qui ne soient pas masc.). — Marmor, «marbre», n. (une des 7 exceptions). — Odor, «odeur», m. (mot en or).

2°) Specubus, «caverne»; — verus ou rarement veru, «broche»; — fortes ou fortis (m. et f.) fortia (n.), «courageux»; — domuum ou domorum, «maison»; — cubili, «lit» (neutre parisyllabique, comme mare, maris); — genui ou genu, «genou»; — exercitui ou exercitu, «armée».

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3°) Versions:

MORT DES TROIS GRANDS TRAGIQUES GRECS

«L’accident qui causa la mort du poète Eschyle est à citer, à cause de son étrangeté. Il était en Sicile; il sortit de la ville où il séjournait, et s’assit dans un endroit ensoleillé. Au-dessus de lui passa un aigle, qui emportait une tortue; trompé par l’aspect brillant du crâne d’Eschyle (car il était chauve), l’aigle y laissa tomber sa proie comme sur une pierre, pour qu’elle s’y brisât et qu’il pût ensuite en manger la chair.

Euripide mourut d’une manière plus atroce. Il sortait de dîner chez le roi Archelaüs, en Macédoine, et regagnait la maison de son hôte; des chiens le firent périr en le déchirant à coups de dents; cruauté du destin, qui n’était pas due à un si grand génie.

Sophocle, déjà âgé, venait de réciter une tragédie dans un concours; il resta longtemps inquiet sur l’issue de la délibération des juges, issue qui était douteuse; il fut pourtant déclaré enfin vainqueur à une voix de majorité: la joie le fit mourir.»

1re phrase. Construisez: Casus (nominatif) excessus (génitif) poetae Aeschyli est referendus: «l’accident de la mort du poète Eschyle est à rapporter».

On pourrait construire aussi: excessus (nominatif) poetae Aeschyli est referendus propter novitatem casus (génitif): «la mort du poète Eschyle est à raconter à causé de l’étrangeté de l’accident.» Mais cette seconde construction est moins probable que la première, parce que c’est une règle généralement observée par les Latins que de placer le complément avant le mot complété: novitatem casus, «l’étrangeté de l’accident», serait donc anormal.

Excessus, us (4e déclinaison) signifie exactement «sortie»; c’est le nom formé sur le verbe excedere, composé lui-même de cedere, «marcher» (cedo, is, cessi, cessum), et de ex, «hors de». En sous-entendant e vita, on a le sens de: «la sortie de la vie», c’est-à-dire «la mort». Tout à fait analogue est le mot decessus, que nous avons conservé en français: «décès».

Aeschylus: rappelons en passant qu’il a vécu de 525 à 456 avant notre ère.

Propter, «à cause de», gouverne l’accusatif, comme ad (vers), per (à travers), ante (avant), post (après), etc.

Novitas, tatis, «nouveauté», d’où «étrangeté». Ces noms féminins en tas sont fort nombreux, et nous ont donné des mots en (nouveauté, etc.).

Referendus, participe d’obligation, «qui doit être rapporté». Nous avons conservé quelques-uns de ces participes d’obligation en dus en français: Agenda (pluriel neutre), du verbe agere: «choses qu’il faut faire»: carnet pour les inscrire; — memorandum (neutre singulier): «chose qu’il faut remettre en mémoire»…​ c’est-à-dire «facture».

Rappelons une fois de plus les particularités de referre, refero, refers (revoir au besoin la conjugaison de tout l’indicatif présent actif et passif de fero), referre, rettuli, relatum. Nous avons en français le mot «relation» = récit (d’un événement).

Ma traduction de la 2e phrase ne suit pas exactement le mot à mot, qui serait: Egressus (participe passé de egredi, ior, eris), «sorti»; — in Sicilia; e moenibus urbis, «des murailles de la ville» (nous pourrions traduire exactement par la locution latine-française extra muros, autrefois familière aux clients des tramways qui, dans certaines villes, à Paris par exemple, conduisaient hors de la ville); — in qua, «dans laquelle» (ville); — morabatur, «il séjournait»; — resedit, etc.

Notez que moenia, moenium, pluriel neutre, n’a pas de singulier. Morari, moratus tum, signifie «s’arrêter, attendre». Cf. la locution française: «Il n’y a pas péril en la demeure», c’est-à-dire «dans l’attente». Ce verbe morari s’emploie aussi, transitivement, pour dire: «retarder». Cf. la formule par laquelle le consul levait la séance du Sénat: Nil vos moror, Patres conscripti, «Je ne vous retiens plus pères conscrits», c’est-à-dire: «Messieurs les Sénateurs». Nil ou nihil = «en rien».

La 3e phrase a été également bien modifiée dans la traduction. En voici le mot à mot: Aquila, «un aigle»; — ferens testudinem (testudo, testudinis, nombreux noms féminins en tudo, tudinis), «portant une tortue»; — super eum, «au-dessus de lui»; — elusa, «trompé» (se rapporte à aquila; participe passé de eludere, composé de ludere, «jouer»); — splendore (ablatif de splendor, masculin comme tous les noms en or, sauf 7), «par l’éclat»; — capitis (gén. de caput, neutre), «de la tête»; — enim, «en effet»; — erat, «(cette tête) était»; — vacuum capillis, «vide de cheveux» (capillis à l’abl. comme beaucoup de compléments d’adjectifs); — illisit, parfait de illido, is, composé de in et de laedere, laesi, laesum, «heurter» (fr. léser), «heurta» (sur elle), «lança» (sur elle); — eam, «celle-ci» (la tortue); — perinde atque lapidi (dat. de lapis, lapidis), «comme sur une pierre»; — ut vesceretur, «afin qu’il (l’aigle) se nourrît»; — carne (abl. de caro, carnis), «de la chair»; — (testudinis) fractae, «de la tortue brisée».

Notez le tour: Perinde atque, «de même que». Exemple: «Le maître doit aimer ses élèves comme ses fils», magister debet amare discipulos perinde atque filios.

Lapidi: le datif exprime normalement l’objet, personne ou chose, vers lequel l’action est dirigée. Ici on aurait pu trouver aussi in et l’accusatif.

Revoyez bien les sens de ut, si vous les avez oubliés.

Fractus, part. passé de frangere, fregi, fractum, «briser». Cf. fr. fracture, fraction, etc.

Carne: l’ablatif est naturel après le verbe vescor, «se nourrir de», puisque l’aliment indique la matière dont on se nourrit.

Dans le 2e paragraphe, ma traduction de la 2e phrase s’éloigne encore du mot à mot qui serait:

Repetens domum hospitalem, «regagnant la maison de son hôte» (de celui qui lui donnait l’hospitalité); — ab cena regis Archelai, «en sortant d’un repas du roi Archelaüs»; — obiit, «il mourut»; — laniatus morsibus canum, «déchiré par des morsures de chiens».

Revoyez, à propos de domum, sa déclinaison particulière, et l’emploi de domi, locatif, «à la maison» (sans mouvement, question ubi); de domum, «à la maison» («je vais à la maison», question quo); de domo, je viens «de la maison» (question unde); — pas plus de préposition devant ces mots que devant les noms de villes: «il habite à Athènes», habitat Athenis.

Rappelez-vous canum, sans i, comme patrum, matrum, fratrum, senum (de senex), et juvenum (de juvenis).

J’ai encore coupé la phrase unique du 3e paragraphe: le latin aime les phrases longues, et le français les phrases courtes.

Grandis natu, pour dire «âgé», rappelle l’expression major natu, «l’aîné» (de deux).

Cum: on ne saurait trop revoir les différents sens de cette conjonction essentielle; avec l’indicatif: «lorsque»; — avec le subjonctif: «parce que, puisque, quoique»; — avec l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif: tous ses sens, et traduction commode en mot à mot: «alors que» ou «comme».

Certamen, inis: «combat, lutte, concours.» Nombreux sont les mots en men, minis: ils sont du neutre. Exemple: nomen, nominis; — fulmen, fulminis, «foudre», etc.

Dixisset, de dico, is, dixi, dictum, «dire», verbe très fréquent. N’oubliez pas d’apprendre soigneusement les temps primitifs des verbes irréguliers.

Ancipiti, à l’abl., de anceps, ancipitis. Cet adjectif a le neut. pl. en ia, le gén. pl. en ium, l’abl. sing. en i.

L’adverbe diu, «longtemps», est apparenté à dies, diei, «le jour» 5e décl.).

Victor una sententia, «vainqueur par un seul suffrage».

Habuit gaudium causam mortis: «eut la joie (pour) cause de mort». Causam est l’attribut de gaudium.

Notons encore, bien que ce ne soit pas du latin, qu’Euripide vécut de 480 à 405 avant notre ère, et Sophocle, de 495 à 405.

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ARION

«Arion fut un célèbre chanteur (qui s’accompagnait) sur la lyre» (fidibus, abl. de fides, fidis, «la corde», qu’il ne faut pas confondre avec fides, fidei, «la foi, la confiance»).

«Après avoir (mot à mot: après qu’il eut) charmé les oreilles et les esprits de tous (de tout le monde) en Italie, il résolut de revenir (instituit redire) à Corinthe (pas de préposition devant ce nom de ville), avec une forte somme d’argent (pecunia) et de nombreux trésors, vers (chez) son ami le roi Périandre; et il s’embarqua» (il monta sur un navire; notez que conscendere est traité comme un verbe actif, suivi d’un accusatif).

«Mais pendant (in) le retour, les matelots, avides de ses richesses (ses traduit ejus, «de lui») voulurent (repassez le verbe volo, vis, velle, volui) tuer Arion. Quand il eut compris cela (cela ayant été compris; ablatif absolu) le poète demanda seulement (demanda cette seule chose, id unum) qu’ils lui permissent de revêtir ses habits de cérémonie (ses beaux habits), de prendre sa lyre (fides: ses cordes), et de chanter un morceau (une chanson). Il obtient ce que (quod) il a demandé. Vers (ad) la fin du chant, il se jeta dans la mer (in profundum) avec sa lyre et tout son costume.

«Les matelots, ne doutant nullement qu’ (quin) il n’eût péri, continuèrent leur voyage. Mais on dit (aiunt, suivi de la proposition infinitive) qu’un dauphin tout à coup s’approcha (adnavisse, de adnare, «nager vers»), se plaça sous l’homme qui flottait, et le porta (devexisse, de deveho) sain et sauf à Ténare. De là Arion gagna Corinthe et raconta la chose à Périandre. Quant (autem) aux matelots, lorsqu’ (cum et l’indicatif) ils abordèrent (appellere, o, is, puli, pulsum) au port, ils furent arrêtés (comprehendere) et furent punis» (dare poenas = donner une rançon de sa faute, d’où «être puni»).

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Thème:

Puisque vous venez de traduire le passage précédent sur Arion, ce thème est pour vous ce qu’on appelle un thème «d’imitation»; vous y retrouvez en effet beaucoup de mots et de tournures étudiés à propos de la version; ce vous est un double avantage; d’abord, en revoyant ces mots à propos d’un texte français, vous en comprenez mieux le sens; ensuite, vous n’avez pas à perdre de temps en recherches dans le dictionnaire, et vous risquez d’employer avec plus d’exactitude des mots déjà vus, que des mots absolument nouveaux pour vous.

Cum Arion nonnullos menses in Italia mansisset, ubi ejus poemata carminaque omnes delectabant, Corinthum redire voluit, ad regem Periandrum, cujus amicus erat. Ejus autem navis nautae, grandes opes videntes, quas secum referebat, eum occidere statuerunt, ut illas caperent. Arion vero sese in profundum dejecit, a delphino servatus est, et Periander a malis nautis poenas exegit.

«Quand Arion eut séjourné.» Il s’agit là, non pas exactement du moment précis, mais d’un ensemble de circonstances: après qu’il eut séjourné; parce qu’il avait assez gagné d’argent; puisqu’il avait fini sa tournée. C’est pour cela que je ne traduis pas: Cum…​ mansit (cum et l’indic. = «lorsque»), mais par cum et le p-q-p. du subj. qui est plus vague («alors que»). Toutefois cela ne veut pas dire qu’une autre tournure (par ex. postquam mansit) ne serait pas correcte. Il y a souvent plusieurs traductions possibles du français en latin; de même qu’une phrase latine peut se traduire souvent par plusieurs tournures françaises.

Menses, à l’acc., parce que ce compl. circonstanciel marque la durée. Ubi, parce qu’il ne s’agit pas d’entrer en Italie (ce serait quo), mais d’y séjourner. «Ses» ne peut se traduire par sua, parce que Arion (de qui sont les poèmes) n’est pas le sujet de la proposition (c’est poemata, qui est le sujet de delectabant). De là ejus.

«J’aime la musique»: musica me delectat (la musique me charme). De même carmina delectabant omnes, «ses chants charmaient tout le monde».

Voluit redire: revoir encore ces verbes volo, vis et redeo, redis, s’ils ne sont pas bien sus.

J’ai déjà signalé Corinthum, sans préposition, parce que nom de ville, et à l’accus. parce qu’il y a direction vers Corinthe.

Ad regem Periandrum était tel quel dans la version.

Dont, compl. déterminatif de ami, génitif: cujus. Ne pas oublier que ami est attribut et se met au même cas que le sujet, ici au nominatif amicus.

Au lieu du part. présent videntes, on aurait très bien pu employer cum et l’imparfait du subj.: cum viderent, ou, mieux, cum et le p-q-p. du subj.: ils avaient vu les richesses avant de vouloir tuer Arion, et nous savons que les Latins sont très scrupuleux sur le rapport des temps: cum vidissent.

Pour les prendre: ut caperent eas; on pourrait avoir ad eas capiendas, équivalent de l’inusité ad capiendum eas.

Notez le verbe servare, «sauver», qu’il ne faut pas confondre avec servire, «être esclave».

J’ai mis a devant l’abl. delphino, parce qu’un dauphin est un être animé. Règle: amor a Deo; au contraire: maerore conficior, «je suis accablé par le chagrin», sans a, parce que maeror n’est pas un être animé.

Notez la tournure: exigere poenas ab aliquo pour «punir quelqu’un»; exactement: exiger une rançon de quelqu’un. C’est l’inverse de: dare poenas, «être puni», exactement: donner une rançon.

CINQUIÈME LEÇON

1°) Hectora, acc. sg. de Hector, is, 3e décl., forme grecque; — lampadas, acc. pl. de lampas, lampadis, 3e décl., forme grecque, «lampe»; — poesin, acc. sg. de poesis, is, 3e décl., forme grecque, «poésie»; — alacrem, acc. sg. masc. et fém. de alacer, alacris, alacre, 3e décl.; — gracillimi, gén. sg. masc. et neutre, nom. et voc. pl. masc. du superlatif de gracilis, «grêle» (facilis et difficilis, similis et dissimilis, gracilis, humilis, ont le superlatif en illimus); — forti, dat. et abl. sg. masc. fém. et neutre de l’adj. fortis, «courageux»; — fortius, nom. et acc. neutre sg. du comparatif de l’adj. fortis; ou comparatif de l’adverbe fortiter, «courageusement»; — celerrima, nom. voc. et abl. fém. sg., nom. voc. et acc. pl. neutre du superlatif de l’adj. celer, «rapide»; — plura, nom. et acc. pl. neutre du comparatif de l’adj. multi, «nombreux»; — pejus, nom. et acc. neutre sg. du comparatif de l’adj. malus, «mauvais».

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2°) Versions:

LES JARDINS SUSPENDUS DE BABYLONE

«Au-dessus de la ville haute, merveille relatée par les récits des Grecs, se trouvent des jardins suspendus, qui atteignent la hauteur des remparts, hauteur qui est considérable; l’ombre et la grandeur d’arbres nombreux rendent ces jardins fort agréables. Les piles qui soutiennent tout ce poids ont été construites en quartiers de roc; soutenue par ces piles, on a construit une plate-forme en pierre de taille, sur laquelle on a étendu une épaisse couche de terre. Les arbres y poussent si vigoureusement que leurs troncs atteignent une épaisseur de huit coudées, et s’élèvent à une hauteur de cinquante pieds. Et, bien que la vétusté détruise, en les rongeant peu à peu, non seulement les ouvrages des hommes, mais encore la nature elle-même, cependant cet édifice massif, écrasé par les racines de tant d’arbres, surchargé du poids d’une si grande forêt, demeure intact.»

Ce passage offre moins de difficultés de sens que de difficultés de mise en français. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas moins à surveiller, car une version, répétons-le encore une fois, doit toujours être écrite en un style aussi correct, aussi élégant, que n’importe quelle composition française.

La construction de la phrase est: Horti pensiles, «des jardins suspendus»; aequantes, «égalant»; summam altitudinem murorum, «la très grande hauteur des remparts»; amoenique, «et agréables»; umbra et proceritate, «par l’ombre et la hauteur»; multarum arborum, «de nombreux arbres»; sunt super arcem, «sont, se trouvent, au-dessus de la ville», c’est-à-dire «dominent la ville»; miraculum, «merveille»; vulgatum, «répandue, rendue célèbre»; fabulis Graecorum, «par les récits des Grecs».

Arx, arcis, f. signifie «ville haute, citadelle». On trouve souvent l’expression arx et Capitolium, «la citadelle et le temple du Capitole», expression qui, pour les Romains, synthétisait la patrie.

Vulgare, c’est «annoncer au public»; divulguer en vient; vulgata, «la vulgate», c’est la traduction, répandue dans le public, de la Bible, faite par Saint Jérôme. — Miraculum, c’est ce qui suscite l’étonnement, l’admiration. Cela signifie parfois «miracle». Mais ici, il s’agit d’une des sept «merveilles» du monde. — Quant à fabula, qui signifie souvent «fable», il ne faut pas oublier que son sens propre est simplement: «ce qu’on dit», du verbe fari, «parler», «dire». Cf. l’adj. français ineffable, «qu’on ne peut pas dire».

Je profite de la rencontre de ces deux mots miraculum et fabula pour vous mettre en garde contre la tendance fréquente à traduire les mots latins par les mots français qui leur ressemblent le plus. II arrive assez souvent que cette traduction soit possible. Mais, comme ce n’est pas toujours le cas, il faut bien se rendre compte du sens exact, et pour cela il faut bien regarder: 1°) l’origine du mot, que le dictionnaire vous indique généralement; 2°) le sens de la phrase en général, ce qu’on appelle le «contexte», c’est-à-dire le texte qui accompagne (cum) le mot.

Sunt: ce sens de «se trouvent», ou de «il y a» est très fréquent.

Arbor est du féminin en latin, comme tous les noms d’arbres, par ex. populus, i, «le peuplier», quercus, us, «le chêne», etc.

Amoenus, a, um, «agréable», nous a laissé les mots français: amène et aménité, qui ne s’emploient plus maintenant qu’en parlant du caractère d’un homme, ou de paroles.

Onus, oneris, neutre, «fardeau», nous a donné «onéreux»: ce qui constitue une charge. «C’est un achat onéreux», par exemple.

Instructae sunt, parfait passif de instruere, o, is, instruxi, instructum, «construire», «bâtir».

Super pilas: «au-dessus de ces piliers», «reposant sur ces piliers».

Sternere, o, is, stravi, stratum, «étendre»; parfois «renverser, abattre». Cf.: se prosterner, et, au sens moral, prostré, c’est-à-dire «abattu» par la douleur.

Lapis quadratus, «pierre carrée», désigne les pierres de taille, gros blocs cubiques.

Solum (o bref): «un sol», ne doit pas être confondu avec solum (o long), «seulement».

Terram altam: «une terre haute», c’est-à-dire ici «profonde»: une grande profondeur de terre.

Injecerunt, parfait de injicere, io, is, injectum, composé de jacio «jeter» et in, «sur».

Adeo, exactement: «jusque-là», c’est-à-dire «tellement». On pourrait avoir dans le même sens: tam.

Dans la traduction, «poussent tellement vigoureux» devra être remplacé par «tellement vigoureusement». Notez ce changement. On est fréquemment obligé d’en faire de semblables pour obtenir un bon français. Ces changements n’ont aucun inconvénient, du moment que le sens est scrupuleusement respecté.

Stipes, stipitis, «tronc». Construisez: ut stipites eorum, «que leurs troncs»; aequent, «égalent» (atteignent); spatium octo cubitorum, «un espace de huit coudées»; crassitudine, abl., «par leur épaisseur»; et emineant, «et se dressent»; in altitudinem, «à une hauteur»; L pedum, «de cinquante pieds».

Les deux verbes aequent et emineant sont au subjonctif, après ut indiquant la conséquence.

Altitudinem est à l’accusatif après in, parce qu’il y a, pour ainsi dire, mouvement pour atteindre la hauteur exprimée.

Cum a le sens de «quoique». Je vous rappelle une fois de plus ses divers sens:

cum avec l’indicatif: «lorsque»;

cum avec le subj. présent ou parfait: «parce que, puisque, quoique»;

cum avec le subj. imparfait ou plus-que-parfait: tous ses sens; traduction commode en mot à mot: «alors que» ou «comme».

La construction est: cum vetustas, «bien que la vétusté»; perimat, «détruise»; exedendo, gérondif-ablatif de exedere, «en rongeant»; paulatim, «peu à peu»; non solum, «non seulement»; opera (acc. pl. neut. de opus, operis), «les ouvrages»; facta manu, «faits par la main» (des hommes); sed etiam, «mais même»; naturam ipsam, «la nature elle-même»; haec moles durat inviolata, «cette masse demeure non touchée» (par les atteintes du temps).

Tot = tam multarum. Tot est indéclinable. Tantus = tam magnus. Pondere vient de pondus, eris, n. «poids». Premere, o, is, pressi, pressum, «presser», accabler. Nemus, nemoris, n., «bois, forêt».

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MORT DE CODRUS

«Une grande armée ennemie mettait alors l’Attique à feu et à sang. Le roi d’Athènes, Codrus, ayant peu de confiance dans le secours des hommes, eut recours à l’oracle d’Apollon à Delphes, et fit demander, par des envoyés, de quelle manière on pourrait mettre fin à cette guerre si cruelle. Le dieu répondit que la guerre prendrait fin, si Codrus lui-même périssait sous les coups d’un ennemi. Cette réponse se répandit non seulement dans le camp des Athéniens, mais encore dans celui des ennemis: aussi parut-il un édit défendant de blesser Codrus. Mais quand il apprit cela, celui-ci quitta les insignes de la royauté et revêtit les habits d’un esclave; puis il se jeta sur un groupe d’ennemis qui coupaient du fourrage, en frappa un d’un coup de faux, et le poussa ainsi à le tuer.»

La première phrase est très longue en latin, comme il arrive fréquemment. Je l’ai coupée pour en faire une phrase bien française. La construction n’en est d’ailleurs pas compliquée: «Le roi des Athéniens Codrus, alors que (cum et l’imparfait du subj.) la région attique était ravagée par le fer et par le feu (notez l’ablatif en i de ignis, dans cette expression notamment) par une grande armée des ennemis (ingenti, abl. en i de l’adjectif, parce qu’il se rapporte à un nom de chose), par défiance du secours humain, eut recours à l’oracle (confugit ad oraculum) d’Apollon Delphien.»

Sciscitari, verbe déponent, «questionner»; — per legatos: «par l’intermédiaire d’ambassadeurs.» Dans quisnam, le suffixe nam indique l’impatience: «Quel moyen pourrait-on donc employer?»

Notez que souvent quomodo est écrit en un seul mot: «comment.» Ce mot commence ici une proposition interrogative indirecte, d’où le subj. posset.

Dans discutere, le préfixe dis indique qu’on cherche à écarter.

Fore, synonyme de futurum esse.

Hostili manu: «de la main d’un ennemi.»

Occidisset, vient de occidere (i bref) composé de cadere, «tomber» Vous savez qu’il y a un autre verbe occidere (i long) composé de caedere, «tuer».

Eoque, «et par là, et à cause de cela»; factum est, «il fut fait, il arriva»; Ut ediceretur, «qu’il fut édicté»; ne quis, «que personne»; vulneraret, «ne blessât»; corpus Codri, «le corps de Codrus».

Factum est, passif impersonnel; ediceretur est à l’imparfait du subj. par concordance des temps, parce que le verbe principal factum est est à un temps passé.

Ne, et pas ut non, lorsqu’il y a une idée d’intention. Lorsqu’au contraire il y a une idée de conséquence («de sorte que…​ ne pas»), on trouve ut non.

Quis, et non aliquis, «quelqu’un», après si, nisi, ut, ne, num, ubi. Vulneraret, imparfait du subj. parce que le verbe dont dépend la proposition est à un temps passé: concordance des temps. Je vous rappelle une fois de plus, puisque voilà plusieurs exemples de suite que nous la rencontrons, en quoi consiste exactement la concordance des temps: le subj. subordonné à un verbe présent ou futur se met au présent ou au parfait, selon le sens; le subj. subordonné à un verbe passé se met à l’imparfait ou au plus-que-parfait.

Postquam, «après que», gouverne l’indicatif. Cognovit vient de cognoscere, o, is, cognovi, cognitum, «connaître». Le verbe novi, parfait présent, même racine, signifie aussi «connaître, savoir».

Depositis insignibus imperii, ablatif absolu. Induere vestem, «revêtir un habit». Famularis, adjectif dérivé de famulus, «serviteur».

Pabulantium, gén. pluriel de pabulans, participe présent de pabulor, «aller au fourrage». Rappelons en passant que dans les verbes déponents, il existe deux formes actives: les participes présent et futur: imitans, imitaturus. Construction de la dernière phrase: objecit sese (parfait de objicio), «il se jeta»; globo, datif indiquant la direction «contre un groupe»; pabulantium (sous-entendu hostium), «d’ennemis allant chercher du fourrage»; percussitque (de percutere, io, is), «et il frappa»; unum ex his, «un de ceux-ci»; falce (abl. de falx), «de sa faux», ablatif d’instrument; et compulit (de compellere, o, is) [sous-entendu eum], «et il le poussa»; in caedem (sous-entendu suam), «à son meurtre», à le tuer.

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LETTRE DE CICERON A SON AFFRANCHI MALADE

(Un affranchi [libertinus] était un esclave qui avait obtenu sa liberté. Il était encore tenu à certains devoirs envers son ancien maître. Mais ses enfants étaient des citoyens normaux).

«Marcus Tullius Cicéron envoie à Tiron son meilleur souvenir (mot à mot: dit à Tiron son plus grand salut: salutem plurimam dicit).

Aegypta vint me trouver (mot à mot: vint à moi) la veille des ides d’Avril (pridie, «la veille de», est employé comme une préposition qui gouvernerait l’accusatif; idus, 4e déclinaison; les ides étaient le 13 de chaque mois, mais le 15 des mois de mars, mai, juillet et octobre).

Bien qu’il m’ait annoncé que tu n’avais plus du tout de fièvre (carere: «manquer de, n’avoir pas»; febri, ablatif en i déjà étudié), et que tu te portais bien, il m’a cependant causé du souci (attulit, parfait de afferre; is est le sujet de attulit), parce qu’il m’a dit que tu n’avais pas pu m’écrire (negare = «dire que…​ ne…​ pas»); d’autant plus (eo, à l’ablatif devant le comparatif magis) que Hermia, qui devait arriver le même jour, n’était pas venu. Ta santé me donne une inquiétude incroyable (mot à mot: je suis d’une inquiétude incroyable au sujet de…​) Si tu m’en délivres (liberaveris, futur antérieur), de mon côté je te délivrerai de tout souci. Emploie tout ton soin (confer ingenium tuum) à te conserver (ad te conservandum) pour toi-même et pour moi. Soigne-toi attentivement, de plus en plus (etiam atque etiam). Adieu. Ma lettre était déjà écrite quand Hermia est arrivé (mot à mot: ma lettre étant déjà écrite, Hermia arriva). J’ai reçu ta lettre, avec sa petite écriture tremblée; ce n’est pas étonnant après une maladie si grave. Je t’ai envoyé (misi, parfait de mittere) Egypta, pour qu’il te tienne compagnie (mot à mot: pour qu’il soit avec toi, notez la place de cum avec un pronom personnel), parce que (quod) d’un côté (nec = et non) il n’est pas sans culture (littéraire) et de l’autre (et) il m’a semblé (visus est mihi; videor, «sembler») avoir de l’affection pour toi (diligere te, «t’aimer»). Adieu.»

SIXIÈME LEÇON

1°) Duo fratres sumus, major natu sum (comparatif et non superlatif, parce qu’il s’agit seulement de deux). — Iter est longius (comparatif seul = «plus que la moyenne»; se rappeler que iter, gén. itineris, est neutre). — Satis vini habeo. — Robustior est quam doctior (les deux adjectifs se mettent au comparatif). — Prudentior es (comparatif seul = «trop», «plus qu’il ne faut»), ou nimis prudens es. — Milites quam fortissimi electi sunt (quam sous-entendu potest, «le plus qu’il est possible»; on a naturellement été traduit par le passif). — Milites summum montem occupaverunt (l’adjectif summus, plutôt que le nom summum montis, qui cependant n’est pas sans exemple; on pourrait aussi dire superiorem montem, si on ne distingue que deux parties dans la montagne). — Hoc vinum multo melius est quam illud (notez la différence entre hoc et illud; l’adverbe multo, avec une forme d’ablatif, devant le comparatif melius). — Quam doctus est Paulus! (Quam, devant un adjectif au positif). — Sed ejus frater etiam doctior est quam is (ejus, et non suus, parce que le possesseur du frère est Paul, et qu’il n’est pas le sujet de la phrase; — etiam = encore; — «que», après comparatif = quam).

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2°) Version:

ALEXANDRE ET LE MEDECIN PHILIPPE

«Alexandre venait d’écraser, dans une bataille célèbre, les meilleures forces de Darius; c’était en Cilicie; l’air brûlant et la marche l’avaient mis en sueur; il se baigna dans le Cydnus, fleuve aux eaux remarquablement limpides, qui traverse Tarse. Tout à coup le refroidissement excessif paralyse ses muscles, une torpeur engourdit ses membres. Au milieu de la consternation de toute l’armée, on le transporte à la ville qui était près du camp. Il était couché, souffrant, à Tarse, et sa maladie rendait douteux l’espoir de la victoire imminente. Aussi les médecins appelés en consultation examinaient-ils avec le plus grand soin les moyens de le sauver. Ils étaient tombés d’accord sur une potion; le médecin Philippe l’avait préparée de ses propres mains et l’avait donnée à prendre à Alexandre (c’était d’ailleurs son ami et son compagnon), quand arriva une lettre de Parménion, qui avertissait le roi de se méfier de la trahison de Philippe, corrompu par Darius à prix d’argent. Alexandre lut la lettre, puis, sans aucune hésitation, il but la potion et ensuite seulement donna la lettre à lire à Philippe.»

Opibus contusis, abl. abs., «les meilleures troupes de Darius ayant été écrasées». Inclita pugna, abl. d’instrument plutôt que de lieu: «par une bataille fameuse.»

Ops, opis, fém.; au singulier: «effort, aide, secours»; exemple: omni ope eniti, «faire tous ses efforts»; opem ferre alicui, «porter secours à quelqu’un»; au pluriel: «ressources, richesses, puissance, crédit», et, comme ici: «forces militaires, troupes».

Excellens est déjà un superlatif pour le sens; cela n’empêche pas de le mettre encore au superlatif: «les meilleures troupes».

Contundo, is, contudi, contusum, «écraser»; nous disons en français: «la blessure a été faite par un instrument contondant» (marteau, par exemple), et «une contusion». On sait que beaucoup de mots français sont formés du supin.

Percalefactus, «très échauffé». Per exprime souvent l’idée du superlatif. Cale, se retrouve dans le verbe caleo, «être chaud», et calor, «la chaleur» (calorifère).

Aestu, «par la chaleur», de aestus, 4e déclin.

Fervor, «chaleur» apparenté à ferveo, «bouillonner, être brûlant»; part. prés. adj. fervens, «bouillant», d’où «impétueux» (fr.: fervent, ferveur); fervidus, adj., même sens. Nous avons en français: effervescence.

Itineris, gén. de iter, neutre, «chemin».

In Cydnum, accus., parce qu’il y a mouvement pour plonger dans le fleuve.

Conspicuus liquore, «remarquable par la limpidité».

Influit Tarsum, «coule dans Tarse».

Immersit, parfait de immergere, o, is, supin immersum, d’où «immerger, immersion». Nervus, «nerf, tendon, muscle». Nervis obstupefactis, «les muscles ayant été paralysés»; ex nimio haustu rigoris, «par suite du fait d’avoir tiré (à eux) trop de froid». Nimius, «excessif», est l’adj. formé sur l’adverbe nimis, «trop»; nimio s’accorde avec haustu. Haustus, us, «action de puiser, de tirer», nom formé avec le radical du verbe haurire, hausi, haustum, «puiser». Haurire a souvent le sens de «boire» et haustus, de «action de boire». Mais ici, il ne semble pas possible de traduire haustus rigoris par «le fait de boire du froid», il y aurait: haustus aquae frigidae, par exemple. Il s’agit du trouble causé dans les muscles, les nerfs, les vaisseaux sanguins du corps en sueur par l’application subite d’un froid glacial. C’est un cas classique de «congestion».

Rigor, «raideur», puis: «froid», qui, en glaçant, rend raide. Verbes: rigeo, «être raide, dur», et son dérivé rigesco, verbe inchoatif (qui exprime le commencement d’un état): «devenir raide.» Adj.: rigidus, «raide, dur», d’où le français rigide, rigueur. Nervus: notez qu’il a souvent le sens de «muscle» ou de «tendon». Nous disons encore: un morceau de viande nerveux (qui renferme des tendons).

Obstupefacio, encore un composé de facere, comme plus haut percalefactus. Stupeo, «être paralysé», d’où être frappé de stupeur, d’étonnement, être ahuri, d’où le sens de l’adj. stupidus, «stupéfait», d’où «stupide, sot». Nombreux sont en latin comme en français les mots qui offrent ainsi à la fois un sens physique et un sens moral. Je n’insiste pas sur les rapprochements incessants qui s’imposent entre les mots latins et les mots français.

Artibus vient de artus, «articulation», et non de ars, artis, «art». On trouve plutôt artubus à la période classique (Cicéron, César); mais ensuite la terminaison ibus tend à se répandre (Valère Maxime écrit presque un siècle après Cicéron).

Jacebat, de jaceo, jacui, jacitum, «être étendu», verbe d’état, de même racine que le verbe de mouvement jacere, jacio, jeci, jactum, «jeter». Jaceo veut dire en somme: «avoir été jeté». Voyez de même pendeo, es, «être suspendu» et pendo, is, «suspendre».

Tarsi: profitons de l’occasion pour rappeler que: 1°) devant les noms de villes, on ne met pas in; — 2°) à la question ubi (c’est-à-dire quand il n’y a pas de changement de lieu), les noms de villes de la 1re et de la 2e décl. du sing. se mettent, non pas à l’ablatif, mais au locatif, vieux cas qui se confond généralement avec le génitif. Habitat Lutetiae, «à Paris»; Lugduni, «à Lyon» (de Lugdunum). Notez qu’on trouve même parfois des locatifs à la 3e décl.: Carthagini, «à Carthage», à côté de Carthagine (abl.), de Carthago, inis.

In valetudine adversa, etc…​ «dans sa mauvaise santé l’espoir de la victoire imminente flottait», c’est-à-dire: «dans l’état de choses créé par sa maladie, l’espoir de la victoire chancelait».

Salutis remedia, «les remèdes pour sa guérison». Le génitif ici tient lieu du complément («guérison»} du verbe représenté par le nom («procurer»), On dit alors qu’on a un génitif «objectif» (objet = complément). D’autres fois le génitif est «subjectif», c’est-à-dire que le nom est le sujet du verbe représenté par le nom; ainsi on pourrait dire ici: remedia Philippi, «les remèdes de Philippe» («donnés par»); Philippe serait le sujet du verbe «soigner». Le sens du génitif est opposé dans les deux cas; il faut parfois bien examiner le sens pour éviter une grosse erreur. Ici, au contraire, il n’y a pas de difficulté.

Circumspicere, io, is, exi, ectum, exactement: «regarder tout autour de soi», d’où: «examiner très attentivement.» On connaît l’adj. franç. circonspect, «prudent». Les verbes composés en -spicere, spexi, spectum, sont nombreux (ad, con, de, in, sus…​).

Dirigere, o, is, direxi, directum, nous a donné «diriger»; mot à mot: «comme ils avaient dirigé leur avis sur une même potion», c’est-à-dire: «comme ils avaient conseillé à l’unanimité une potion.»

Porrigere, o, is, porrexi, porrectum, «tendre, offrir», autre composé de regere.

Insidiae, arum, «piège, trahison». Corrupti, gén. (s’accordant avec Philippi) de corruptus, part. passé de corrumpere, corrupi, «corrompre». Pecunia, abl. de moyen: «par l’argent.» Cavere, eo, cavi, cautum, «prendre garde à». Formules connues: 1°) au-dessus de la niche du chien: cave canem, «prends garde au chien»; 2°) senatus-consulte donnant pleins pouvoirs aux consuls dans les moments difficiles (conspirations, etc.): caveant consules ne quid detrimenti respublica capiat, «que les consuls veillent à ce que la république ne reçoive aucun dommage». Quid detrimenti (gén.), «quelque chose en fait de dommage»; quid est le pronom indéfini synonyme de aliquid, après les conjonctions si, nisi, ut, ne, num, ubi, — La construction cavere ne est logique, car ne indique le désir que quelque chose n’arrive pas (contraire de ut).

Tradidit eas legendas, «la donna (la lettre) à lire»; sens fréquent du participe en dus: «devant être lu».

SEPTIÈME LEÇON

1°) Duodesexaginta, 58 (deux ôtés de soixante); — undequadraginta, 39 (un ôté de quarante); — quater millesimus, quatre millième (noter l’emploi de l’adverbe devant l’adj. ordinal); — annus trecentesimus, l’an 300 (ordinal en latin, cardinal en français); — undesexagesimus, 59e; — les soldats des deux camps (noter l’emploi de l’adj. distributif avec un nom toujours pluriel, et la forme du gén. pl. en um, qui existe à côté de celle en orum); — un million d’hommes (dix fois cent mille); — ils amenèrent chacun un compagnon; — ils reçurent chacun trois tuniques; — la moitié; — trois septièmes (partes est sous-entendu à côté de septimae).

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2°) Versions:

L’EPEE DE DAMOCLES

«Damoclès, un des flatteurs de Denys le Tyran, célébrait au cours d’une conversation ses richesses, son pouvoir, la majesté de son règne, l’abondance de ses biens, la magnificence du palais royal; et il disait que jamais personne n’avait été plus heureux. «Eh bien! veux-tu, Damoclès, dit Denys, puisque cette vie te plaît, la goûter toi-même et faire l’expérience de ma condition?» L’autre répondit qu’il ne demandait pas mieux. Le tyran le fit placer sur un lit doré, recouvert d’une housse d’étoffe superbe, brodée de dessins magnifiques, et il fit garnir plusieurs buffets d’argenterie et d’orfèvrerie. Puis il donna l’ordre à des esclaves d’élite, d’une beauté remarquable, de se tenir debout près de la table, et de faire le service avec soin, attentifs au moindre geste de Damoclès. Il y avait des odeurs, des couronnes; on brûlait des parfums; les tables étaient garnies des mets les plus exquis. Damoclès se trouvait heureux. Au milieu de ce luxe, Denys ordonna qu’on fît descendre d’un panneau du plafond une épée brillante, attachée par un crin de cheval, de telle sorte qu’elle fût suspendue au-dessus de la tête de cet homme heureux. Résultat: celui-ci ne regardait plus l’argenterie si artistique; il n’étendait plus la main vers la table; déjà les couronnes glissaient d’elles-mêmes de sa tête; il finit par supplier le tyran de lui permettre de partir, car il ne désirait plus être heureux.»

Ce récit bien connu n’offre pas de difficultés de sens. Il est plus difficile à bien traduire qu’à bien comprendre.

Commemorare, «rappeler». Nombreux mots de la même famille: memor, «qui se souvient»; memini, parfait présent, «je me souviens», etc.

Sermo, «conversation». Suivent plusieurs synonymes (copias, opes, etc.), dont la traduction n’est pas sans présenter quelque difficulté. Dominatus, génitif. Aedes, au pluriel, «maison, palais»; au sing., «temple».

Negare doit habituellement se traduire par: «dire que…​ ne…​ pas…​» «Il disait que jamais personne n’avait été plus heureux.» Notez que, comme la négation se trouve dans negare, on n’emploie pas un mot négatif pour «jamais» (unquam, et pas nunquam), ni pour «personne» (quisquam, «quelqu’un», et pas neminem). Il ne faut pas oublier en effet que «deux négations se détruisent».

Ne, suffixe interrogatif, équivalent de num. Vis, 2e pers. de volo, vis, vult, volumus, vultis, volunt. Infin.: velle. Subj. prés.: velim. — Igitur, «donc», «eh bien».

Quoniam, «puisque»: synonymes: quod, quia et l’indicatif; cum et le subjonctif.

Cum ille dixisset, «comme celui-là avait dit»; se cupere, prop. infin., «qu’il désirait». Remarquez que j’ai coupé la phrase, et que j’ai traduit se cupere par un gallicisme (c’est-à-dire une tournure propre au français).

Notez aussi la traduction de jussit (eum) collocari, «il le fit placer» (mot à mot: «il ordonna qu’il fût placé»).

Strato se rapporte à lecto; part. passé de sternere, stravi, stratum. Pulcherrimo textili stragulo, complément de strato; picto, se rapporte à stragulo; c’est le part. passé de pingere, pinxi, pictum, «peindre» (cf. fr. pittoresque, «digne d’être peint», et anglais picture, «tableau»); magnificis operibus, compl. de manière de picto.

Argento caelato, «argent ciselé, argenterie».

Tum a souvent le sens de «alors»; mais dans une énumération, comme ici, il a le sens de «puis».

Jussit eos, intuentes nutum ejus, ministrare…​ «Il ordonna que eux, regardant le signe de tête de lui (Damoclès), servent…​»

Aderant, imparfait de adsum. Coronae: des couronnes de roses.

Sibi videri, «se sembler à soi-même».

Cervix, plus souvent employé au pluriel cervices, «nuque», «cou» (cf. vertèbres cervicales), d’où «tête».

Itaque, «c’est pourquoi». Ma traduction est peut-être un peu familière.

Denique exoravit, «enfin il pria»; notez ma traduction.

Ut liceret abire, «qu’il lui fût permis de s’en aller».

Quod est suivi du subjonctif nollet, parce que l’auteur rapporte les paroles de Damoclès: style indirect.

Nolo, non vis, non vult, nolumus, non vultis, nolunt; infinitif: nolle; subj. imparf.: nollem; subj. prés.: nolim. Impératif: noli, nolite, employé dans les défenses: «ne lis pas»: noli legere.

Jam, «désormais»; non jam, «ne plus».

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LES DRUIDES

«Ils sont préposés au culte, s’occupent des sacrifices publics et privés, donnent des éclaircissements sur les cérémonies religieuses; un grand nombre de jeunes gens affluent auprès d’eux pour s’instruire. Si quelque crime a été commis, si un meurtre a été consommé, si une dispute surgit au sujet d’un héritage ou d’une borne, ce sont eux encore qui fixent les indemnités et prononcent les peines; si un particulier ou un peuple ne se soumet pas à leurs arrêts, ils l’excommunient. Cette peine, chez eux, est extrêmement grave. Ceux qui ont été ainsi excommuniés sont comptés au nombre des impies et des criminels; tout le monde s’écarte d’eux, fuit leur rencontre et leur conversation; quand ils demandent justice, on ne la leur rend pas; on ne les nomme à aucune magistrature. A la tête de tous ces druides s’en trouve un qui possède parmi eux l’autorité suprême. Quand celui-ci meurt, s’il y a un de ceux qui restent qui surpasse les autres en dignité, c’est celui-là qui lui succède; si au contraire il y a plusieurs égaux, ils se disputent le premier rang en recourant au vote des druides; parfois même en recourant aux armes.»

Illi: «ceux-là», les Druides. Interesse, intersum, interes, ici: «être parmi», assister à, s’occuper de. Il y a deux autres sens fréquents de interesse: 1°) nihil interest inter hoc et illud, «il n’y a aucune différence entre ceci et cela», sens facile à comprendre. 2°) Interest (impersonnel), «il est intéressant»: interest ad nostram laudem, «il importe à notre gloire». Nos mots intérêt, intéresser, intéressant, qui en viennent directement, ont eu un succès énorme.

Causa disciplinae, «en vue de l’instruction». Cf. l’emploi de causa avec le gérondif en di pour traduire «pour»: discendi causa, «pour apprendre».

Si quod; après si, nisi, ut, ne, num, ubi, on emploie l’indéfini quis, qua, quid (ou quod) au lieu de aliquis. Notez que quod est adjectif et quid pronom.

Admissum est, parfait passif de admittere. Nous disons en fr.: commettre un crime. Caedes, is, même racine que caedere, o, is, cecidi, caesum, «couper, tuer».

Controversia a passé en fr.: «controverse», mais surtout dans le sens de «discussion théorique». Au contraire les éternelles questions d’héritage et de limites de propriétés sont essentiellement pratiques.

Iidem, «eux encore», sens bien connu de idem.

Decernere, decrevi, decretum, «décider», nous a donné décerner (un prix), et décréter. Praemium, «avantage» en général; souvent: «récompense»; ici: «dommages-intérêts». Poena, «rançon», d’où «châtiment»; de là dare poenas, «donner une rançon», «être puni»; et exigere poenas, «exiger une rançon», «punir».

Stare, steti, statum, «se tenir»; non stetit decreto eorum, «ne s’est pas tenu à leur décision». Notez le parfait en latin, parce que cette désobéissance est antérieure à la sanction. En français, on ne respecte pas aussi étroitement le rapport des temps.

Sacrificiis: l’ablatif, qui indique l’éloignement, est logique après interdicere; le sens est: «ils l’excluent des cérémonies religieuses.»

Interdictum est, passif impersonnel, «l’exclusion a été prononcée».

Haberi, «être regardé comme, passer pour».

Decedunt his (datif) (de via), «tous s’écartent, se retirent du chemin pour eux» (pour les laisser passer).

His petentibus, «la justice n’est pas rendue à eux la demandant»; «quand ils la demandent».

Honos, «aucun honneur public ne leur est confié».

Autem, «d’autre part», mot de liaison vague ici.

Contendere, transitif, «tendre»; intransitif, «lutter, prétendre». Tendere exprime l’idée d’effort.

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DE VIRIS

I. — Les Origines

«Pendant que les Grecs dévastaient (dum se construit toujours dans ce sens avec l’indicatif présent) Troie par le fer et par le feu (notez l’ablatif igni dans cette locution proverbiale), un petit nombre (pauci) de Troyens purent (potui, parfait de possum, potes, infinitif posse) échapper (fugere) à la violence (vim, acc. de vis, abl. vi) des ennemis, et, abandonnant leur ville (abl. abs.: «la ville ayant été laissée»; urbs, urbis; relinquere, o, is, reliqui, relictum), montèrent dans des navires («s’embarquèrent»). Leur chef, Enée, descendait (oriri, ortus sum, «naître, avoir son origine»; oriens, «l’orient», le soleil levant) des rois (ab et l’ablatif indique toujours le point de départ) de Troie (des Troyens); au cours de cette fuite même (in ipsa), il avait perdu (p-q-p. de amittere, o, is, amisi, amissum) sa femme (conjux) Créüse, et il emmenait (duco, is, duxi, ductum) avec lui (secum) son père Anchise et son fils Ascagne ou Iule.

«Ce héros (ille) longtemps (multum, exactement: «beaucoup») ballotté et sur terre (terris, pluriel fréquent de ce mot; ablatif sans in, construction poétique) et sur mer» (altum, «la haute mer»), comme dit le poète Virgile dans le (eo annonce seulement quod) poème qui est intitulé l’Enéide, s’arrêta sur (tenuit, «toucha, tint») la côte (litus, litoris) d’Afrique (Afer, Afra, Afrum, adj., «Africain»), puis (mox), ayant repris sa route (vehere, vexi, vectum, au passif, «être transporté», puis «se transporter»; cf. lavor, «je me lave», etc…​; re, «de nouveau») vers l’Italie, aborda (appellere, appuli, appulsum, sous-entendu navem, «pousser son navire vers») à l’embouchure du Tibre. Là, alors, «le roi Latinus, déjà vieux (senior, comparatif de senex, senis, sens de «assez vieux»), gouvernait dans une longue paix les champs (arvum) et les villes tranquilles». Celui-ci (hic) unit (jungere, junxi, junctum) par le mariage au chef troyen sa fille Lavinie, qu’ (quam) il avait promise (despondere, despondi, desponsum) d’abord (prius) à Turnus, roi des Rutules. Enée fonda (condere, condidi, conditum) la ville de Lavinium (nommée) du nom de sa femme, et après la mort (obitus, us, de obire, eo, is, «mourir») de Latinus, il succéda (succedere) sur le trône (dans la royauté) au père de sa femme. — Après la mort d’Enée, Ascagne laissa (relinquere) la ville de Lavinium à sa belle-mère Lavinia et à Sylvius, fils d’Enée et de Lavinia, et non loin de là (inde) sur le mont Albain, il fonda Albe la Longue, nouvelle capitale (caput) de son royaume. Après la mort d’Ascagne, son frère Sylvius occupa (obtinere veut rarement dire «obtenir») le trône, qu’il transmit à son fils Sylvius Aeneas. Ce Sylvius eut pour fils (genuit, parfait de gignere, «produire, donner le jour à») Alba; Alba eut pour fils Alys; Atys, Capys; Capys, Capetus; Capetus, Tiberinus, qui, s’étant noyé dans le fleuve l’Albula, changea le nom du fleuve (c’est-à-dire qu’on changea le nom en son honneur). A Tiberinus succéda Agrippa, Romulus-Sylvius régna ensuite, et après cela Aventinus, dont le fils fut Procas.

HUITIÈME LEÇON

ROMULUS, PREMIER ROI DE ROME

«Procas, roi d’Albe, eut deux fils, Amulius et Numitor; il leur laissa le pouvoir, à condition qu’ils régneraient à tour de rôle. Mais Amulius ne donna pas le commandement à son frère, et il fit de Rhéa Silvia, fille de ce dernier, une prêtresse de Vesta. Bientôt même, pour posséder seul le pouvoir, il prit Romulus et Rémus, fils de Mars et de Rhéa Silvia, les mit dans une nacelle, et les lança sur le Tibre. Mais le fleuve, alors débordé, rentra dans son lit, et l’eau déposa les enfants sur le rivage. En ce temps-là, il y avait dans ces parages de vastes solitudes. Au vagissement des nouveau-nés, une louve, dit-on, accourut, et leur offrit ses mamelles pour les nourrir. Le berger Faustulus remarqua ce fait avec un grand étonnement; il recueillit les enfants et les fit élever par sa femme Acca Larentia. Dans la suite, ceux-ci, devenus hommes, vécurent parmi les bergers; avec leur aide, ils tuèrent Amulius, et rendirent le pouvoir à leur aïeul Numitor.»

Ce premier paragraphe n’offre aucune difficulté. Nous y remarquons l’emploi bien latin de propositions relatives là où nous préférerions une suite de propositions principales courtes: au début: duos filios, quibus regnum reliquit; à la fin: pastores, quorum auxilio…​

L’emploi de ut alternis vicibus imperarent est un peu en dehors des sens que nous sommes habitués à donner à ut. Vous vous rappelez que ut suivi du subj. signifie 1°) «afin que»; 2°) «de sorte que»; 3°) «que» (explicatif); 4°) «en admettant que». Notre ut ici («à condition que») se rapproche à la fois du sens «de sorte que» et du sens «afin que».

Alternis vicibus, «les rôles étant alternés» = «alternativement». Nous avons en français l’expression vice versa, «réciproquement.» Les formes vicis (gén.), vicem (acc.), et vice (abl.), au singulier; vices et vicibus, au pluriel, sont seules employées.

D’après la légende, Mars s’était transformé en pluie d’or pour tomber dans la prison où gémissait Rhéa Silvia. L’imagination populaire, comme on le voit, a souvent aimé attribuer aux personnages extraordinaires une origine divine et mystérieuse.

La tournure abjecit in Tiberim, «il lança sur le Tibre»; filios impositos in alveo, «les fils placés dans une nacelle», est tout à fait latine. Dans la traduction, il est bon de changer le participe en une proposition principale; je me suis même cru autorisé à ajouter un verbe («il prit»), pour avoir une phrase bien claire; cependant, en règle générale, il faut éviter de rien ajouter.

In Tiberim: notez l’accusatif en im (au lieu de em); l’accusatif est amené par l’idée de direction vers le fleuve.

Relabente flumine, abl. abs. Relabor, eris, est un déponent: mais on sait que dans les verbes déponents le participe présent et le participe futur ont la forme active. Relabor, ici, «revenir en glissant».

Ut aiunt, «comme on dit»; la 3e pers. plur. est souvent employée dans le sens de «on».

Aluit uberibus, «les nourrit avec ses mamelles» (uber, uberis).

Miratus, «ayant admiré». Les participes passés des verbes déponents (mirari) sont les seuls part. passés actifs. Au contraire amatus = «ayant été aimé» (passif).

Dedit eos educandos, les donna «devant être élevés», «les donna à élever».

Facti, part. passé de facere. Aux temps simples le passif de facere est fio, fis (formes actives, sauf fieri). Le sens est aussi bien «devenir» que «être fait». Egerunt, parf. de agere. Agere vitam, «passer sa vie». On dit aussi degere vitam.

«Romulus et Rémus discutaient entre eux à propos de la fondation d’une ville. Il y avait un endroit qui paraissait favorable à Romulus; c’était sur le mont Palatin, et il voulait l’appeler Rome. Mais Rémus indiquait un endroit sur une autre colline, et voulait l’appeler Rémuria, d’après son nom. On décida de prendre pour arbitres de cette discussion les dieux immortels: celui qui aurait obtenu des présages favorables le premier, fonderait la ville et lui donnerait son nom. L’observation des présages donna l’avantage à Romulus, car il avait vu douze vautours, et Rémus seulement six. Romulus appela la ville Rome, et, pour lui donner des lois avant même de lui donner des remparts, il défendit de franchir la palissade qui formait la limite de la ville. Rémus la franchit en se moquant, et son frère le tua sur le champ.»

Tractare est le fréquentatif de trahete, «tirer». Les fréquentatifs sont en tare (par exemple agitare, de agere) ou en sare, (pulsare, de pellere, supin pulsum, «pousser»). Ils indiquent, conformément à leur nom, que l’action se répète. Cf. les pulsations du cœur.

De condenda urbe, «au sujet d’une ville devant être fondée» = de condendo urbem, «au sujet de l’acte de fonder une ville». Condere, o, is, condidi, conditum.

Idoneus nous a donné l’adjectif «idoine» (approprié); les militaires se servent souvent de ce mot pour désigner un «spécialiste».

Videbatur. Rappelons une fois de plus que videor signifie rarement «être vu»; son sens habituel est: «sembler, paraître.»

Habebat in animo, «il avait dans l’esprit» = «il avait le désir». Quem = eum locum; eum appellari Romam, prop. infin. compl. direct de habebat, «il désirait que cet endroit fût appelé Rome».

Placuit, parfait de placere, «il leur plut», c’est-à-dire: «ils décidèrent.» C’est ainsi que l’expression placuit principi signifie: «le prince a décidé.» On se rappelle l’adage de droit politique de l’ancien régime, hérité de la législation de l’empire romain: Quidquid principi placuit, legis habet vigorem, «tout ce que le prince a décidé, a force de loi». Les rois de France terminaient leurs édits par: «Tel est notre plaisir», c’est-à-dire «notre décision». Plaisir, dans cette formule, n’a donc nullement le sens de «caprice», «lubie», comme certains historiens ignorants ou de mauvaise foi le disent ou le laissent entendre.

Disceptatores est l’attribut de deos: «prendre les dieux pour arbitres.»

Ita ut, «de telle sorte que»; is, «celui»; utri, «auquel des deux» (datif de uter, «lequel des deux»); priori, «le premier» (se rapporte à utri); auspicia secunda, «des présages favorables»; obvenissent «viendraient» (se montreraient); conderet urbem, «celui-là (is) fonderait la ville».

Obvenissent et conderet sont deux conditionnels. Notez le soin du latin de mettre obvenissent au plus-que-parfait et conderet à l’imparfait, pour respecter le rapport des temps: car il ne fonderait la ville qu’après avoir vu les présages.

Legibus muniret, «pour la fortifier par des lois avant même de la fortifier par des remparts». L’idée, c’est que les lois sont pour les cités un rempart moral aussi protecteur que les murailles matérielles. De là l’expression munire legibus.

Moenia, moenium n’a pas de singulier.

Ne quis. Ne est la négation de ut, lorsqu’il y a intention (ut = «afin que»). Mais s’il s’agit d’une conséquence, on trouve ut non: tam sagax est hic homo, ut decipi non possit, «cet homme est si sagace qu’il ne peut pas être trompé».

Après si, nisi, ut, ne, num, ubi, c’est toujours l’indéfini quis que l’on trouve, et non aliquis.

Vallum. La première enceinte, provisoire, de Rome, fut sans doute analogue à l’enceinte d’un camp romain. Autour du camp, on creusait un fossé, fossa. La terre rejetée à l’intérieur du camp formait un talus, agger. On garnissait ce talus d’une palissade de pieux, vallum.

«Romulus ouvrit un asile et reçut dans sa ville une foule de gens du voisinage; il choisit cent des plus âgés, suivit leurs conseils en tout, et les appela sénateurs. Puis, comme ni lui-même ni son peuple n’avaient de femmes, il invita à assister à des jeux les peuples voisins, les Fidénates, les Véiens, et surtout les Sabins, et il fit enlever leurs jeunes filles. En raison de cet outrage, les Sabins partent en guerre contre les Romains et entourent leur ville. Leur chef Titus Tatius fit prisonnière une jeune fille, Tarpéia, qui était descendue de la colline pour puiser de l’eau destinée aux sacrifices. Il lui dit qu’il lui donnerait ce qu’elle voudrait, si elle conduisait son armée au Capitole. Elle demanda ce que ses hommes portaient à leur main gauche, elle voulait dire des bagues et des bracelets. On le lui promit, non sans mauvaise foi; elle conduisit les Sabins dans la citadelle, et là Tatius donna l’ordre de l’écraser sous des boucliers: car ils avaient porté aussi ces derniers de la main gauche.

Mais bientôt Romulus rangea son armée en bataille contre Tatius, et les Romains engagèrent le combat avec les Sabins. Alors les femmes qui avaient été enlevées s’avancèrent entre les deux armées. Elles supplièrent d’un côté leurs pères, de l’autre leurs maris, et firent conclure la paix. Aussi les Sabins furent accueillis à Rome.

Peu de temps après, Romulus passait son armée en revue près du marais de Capra, lorsqu’un orage s’éleva subitement; le roi ne reparut nulle part; on crut qu’il avait été rejoindre les dieux au ciel. Aussi on bâtit un temple à Romulus sur le mont Quirinal; lui-même fut honoré comme un dieu et fut appelé Quirinus».

Asylo aperto, abl. abs., «un asile ayant été ouvert». Aperire, aperui, apertum. Cf. apéritif, boisson soi-disant destinée à ouvrir l’appétit.

Ad ludos spectandos = ad spectandum ludos, «pour voir les jeux».

Jussit, «il ordonna»; virgines quorum (= eorum) «que les jeunes filles d’eux» (leurs jeunes filles); rapi, infin. passif de rapere, «fussent enlevées».

Nactus, part. passé de nanciscor, dont le sens général est «trouver», obtenir; «ayant trouvé, s’étant emparé de».

Causa aquae hauriendae = causa hauriendi aquam, «pour puiser l’eau» (des sacrifices).

Dedit ei optionem muneris, «lui donna le choix d’un cadeau».

Videlicet, «c’est-à-dire». Eo repromisso, abl. abs. Dolose, adverbe, «d’une manière perfide».

Eam obrui, prop. infin. après praecepit.

Laevus, «gauche», synonyme de sinister.

Instruere aciem, «ranger» (et non «instruire») son armée.

Deprecatae, part. passé actif, car deprecor est déponent: «ayant supplié.» Hinc, inde, «d’un côté, de l’autre».

Urbs, avec une majuscule, signifie «la Ville» par excellence, c’est-à-dire «Rome».

Ad paludem, «près du marais».

Eum transisse, prop. infin. après creditum est. Transire, transeo, is, ivi, itum, «passer» (cf. transit, transition).

Creditum est, passif impersonnel, «il fut cru, on crut.»

Aedes, au singulier, «temple»; au pluriel, «maison» (ou «temples»).

Pro deo, «à la place d’un dieu», en qualité de dieu.

Cultus est, de colere.

NEUVIÈME LEÇON

1°) Versions:

LES HORACES ET LES CURIACES

«La guerre ayant éclaté entre les Romains et les Albains, les chefs Hostilius et Fufetius décidèrent de terminer l’affaire en faisant combattre quelques hommes seulement. Il y avait chez les Romains trois jumeaux, les Horaces; et chez les Albains trois jumeaux, les Curiaces. La convention une fois adoptée, les six jeunes gens en vinrent aux mains. Dès le début, deux Romains furent tués, et les trois Albains furent blessés. L’Horace qui restait seul, quoiqu’il fût sans blessure, n’était pas de taille à résister aux trois Curiaces; aussi fit-il semblant de fuir; les autres s’espacèrent à sa poursuite, selon la gravité de leurs blessures, et il les tua l’un après l’autre. Comme il rentrait, chargé de leurs dépouilles, sa sœur vint au devant de lui; quand elle vit le manteau de son fiancé, qui était un des Curiaces, elle se mit à pleurer. Son frère en colère la tua. Il fut condamné pour ce motif au tribunal des duumvirs, mais il fit appel au peuple. Les larmes de son père le firent absoudre, mais le peuple, pour expier son crime, le fit passer, comme sous un joug, sous une poutre qui fut ensuite appelée la poutre de la sœur.»

Cum et le plus-que-parfait du subjonctif correspond souvent à notre partic. passé, comme ma traduction le montre.

Exoriri, «s’élever». Placuit ducibus = «les chefs décidèrent».

Res: éviter le mot «chose» pour traduire res. Il est trop plat.

Foedere icto, abl. absolu. Foedus, eris, «traité»; ne pas confondre avec foedus, a, um, «honteux». Icere, io, «frapper», se trouve surtout dans cette expression. On frappait, c’est-à-dire on immolait des victimes, pour que le traité fût sanctifié par un sacrifice en l’honneur des dieux, pris comme témoins de la convention.

Ceciderunt, parfait de cadere, «tomber»: tombèrent, c’est-à-dire «furent tués».

Quamvis, «quoique»; autres mots ayant le même sens; cum et le subjonctif; licet et le subj.; quamquam et etsi avec l’indicatif.

Integer, «intact» = «sans blessure».

Quia, «parce que». Synonymes: quod, quoniam (indic.); cum (subj.). Impar, «inégal», incapable de résister à. Au lieu d’une proposition subordonnée par «parce que», j’ai mis une propos. principale; mais, en plaçant «aussi» dans la proposition suivante («aussi fit-il semblant de fuir»), j’ai gardé le rapport de sens des deux propositions.

Interfecit, «il tua»; singulos, «un à un»; insequentes, «eux qui le poursuivaient» (eux le poursuivant); per intervalla, «à intervalles»; ut dolor vulnerum erat, «selon que la douleur de leurs blessures existait». Ce sens de ut et l’ind., «selon que», est au fond celui de «de même que», déjà vu bien souvent.

Obviam, «au-devant de», est un adverbe composé de via, «chemin», et ob, «devant».

Notez la traduction: coepit, «se mit à».

Quare, ou qua re, «pour laquelle chose» nous a donné en français «car». Apud, «auprès de, chez». Les duumvirs étaient des magistrats sur lesquels les renseignements nous manquent. Provocare, «faire appel».

Condonatus, «pardonné, absous»; lacrimis patris, «grâce aux larmes de son père»; missus est, «il fut envoyé»; ab eo, «par lui» (le peuple); sub tigillum, «sous une poutre»; causa expiandi, «pour expier».

Le joug était une pièce de bois sous laquelle on faisait passer les ennemis vaincus, en signe de soumission.

Il est inutile de rappeler le magnifique parti que Corneille a tiré de cet épisode dans son Horace.

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TARQUIN LE SUPERBE

«Tarquin le Superbe mérita son surnom par son caractère. Après le meurtre de Servius Tullius, il usurpa le pouvoir d’une manière criminelle. Cependant il était brave à la guerre, il soumit les Sabins et les Latins, et enleva Suessa Pometia aux Volsques; il réduisit aussi en son pouvoir Gabies, grâce à son fils Sextus, qui, après avoir fait semblant de passer à l’ennemi, tua les chefs de cette ville. Il institua les Féries latines, et fit le Grand Égout de Rome. En entreprenant la construction du Capitole, il trouva une tête d’homme, ce qui montra que cette ville serait la capitale du monde.»

Mos, moris, nous a donné «moeurs, moral», etc. Mais en parlant d’un homme, ce mot se traduit souvent mieux par «caractère» que par «mœurs»; cette dernière traduction convient plutôt quand il s’agit d’un peuple.

On trouve tantôt mereo, actif, tantôt mereor, déponent. Je vous signale en passant que ce verbe, quelquefois accompagné de stipendia, pluriel de stipendium, «la solde militaire», souvent même en l’absence de ce complément, alors sous-entendu, signifie fréquemment: «servir, être soldat.»

Tamen se trouve plus souvent après le premier mot de la phrase.

Domare, domui, domitum; le fréquentatif domitare a formé notre français «dompter» (dom’tar, domter: normalement le p n’est pas prononcé).

Eripio, composé de rapere, io, is, rapui, raptum, «enlever». — Per, «par l’intermédiaire de…​» — Simulato transfugio, abl. abs., «une trahison ayant été simulée». — Interimere, «tuer», emi, emptum; rapprochez interire, composé de ire, «mourir».

Redigere, redegi, redactum, «réduire», composé de agere.

Cloaca Maxima: cet égout, qui subsiste encore, est un monument de la solidité des constructions des Romains, et de leurs préoccupations d’hygiène urbaine; leurs aqueducs en sont une autre preuve.

Cum et l’imparfait du subjonctif, «alors que», indique l’ensemble des circonstances de l’action principale, et pas uniquement le temps, qui est régulièrement indiqué par cum et l’indicatif: «Au milieu des premiers travaux…​»

Invenit, parfait de l’indicatif de invenire, inveni, inventum, «trouver» (inventeur, etc.).

Unde, «d’où». Cognitum est, passif impersonnel, parfait de cognoscere, cognovi. Le passif impersonnel, toujours au neutre, correspond à notre français on.

Après connaître, la proposition infinitive est normale. Le verbe est au futur, futuram esse; on pourrait avoir fore. Caput, attribut de urbem, «tête, capitale». Gens, gentis, «nation»; cf.: le droit des gens = le droit international.

«Au siège d’Ardée, Tarquin Collatin, fils de la sœur de Tarquin le Superbe, se trouvait camarade de tente des fils du roi. Un jour, au cours d’un repas un peu licencieux, chacun se mit à vanter sa femme; on décida alors de faire une expérience. Ils partent donc à cheval à Rome. Ils surprennent les belles-filles du roi au milieu des festins et des plaisirs. De là ils vont à Collatie, et rencontrent Lucrèce, la femme de Tarquin Collatin, parmi ses servantes, occupée à travailler la laine. Aussi jugea-t-on qu’elle valait mieux que toutes les autres. Mais la nuit suivante Sextus Tarquin revint à Collatie, et fit violence à Lucrèce. Celle-ci, le lendemain, fit venir son père et son mari, leur raconta le fait, et se tua avec un couteau qu’elle avait caché sous sa robe. Ceux-ci formèrent un complot pour perdre les membres de la famille royale, et ils vengèrent la mort de Lucrèce en les faisant exiler. Tarquin le Superbe s’enfuit auprès de Porsena, roi d’Etrurie, et tenta, avec son aide, de recouvrer son trône. Repoussé, il se retira à Cumes, où il finit sa vie dans le plus grand déshonneur.»

Genitus, «fils», part. passé de gignere, o, is, genui, genitum, «produire, engendrer». De là notre mot progéniture, «les enfants». La racine gen se retrouve dans génération et ses composés; régénérer, c’est-à-dire, en somme, «recréer»; générateur, «qui crée» (principe générateur de violences; un générateur d’électricité); notons même généreux, qui signifie «bien né».

Cum forte in liberiore convivio, «alors que par hasard, dans un repas un peu plus libre» (qu’il ne convient): ce sens du comparatif a déjà été vu. Pour le sens et la manière de traduire en bon français, voir plus haut.

Laudare; on ne voit pas du premier coup que le mot louer en vient; mais on a formé l’adjectif savant laudatif («louangeur»).

Placuit, parfait de placere, «il plut», c’est-à-dire «on décida»; mots dérivés: un placet, requête sur laquelle l’autorité est priée d’écrire placet, «cela est accordé»; — plaisir, plaire, etc.

Experiri, expertus sum, «essayer», a donné en français expert, expérience, expérimenter, et leurs dérivés.

Petere, «gagner un endroit», se retrouve dans force centripète, «qui se dirige vers le centre»; dans le sens de «demander», petere a donné pétition, appétit; répétition signifie, en droit, «action de redemander». Ces divers mots ont de nombreux composés et dérivés.

Deprehendere; le verbe simple prehendere, prehendi, prehensum, a donné prendre, de l’infinitif; et préhension, du supin. Le verbe «prendre» a une nombreuse famille de mots formés sur le radical du participe présent prenantentrepreneur», par exemple), et sur celui du participe passé pris (prison, par ex.).

Offendere, offendi, offensum, «rencontrer», d’où «heurter»; de là offense. Défense, défendre, viennent d’un autre composé, defendere. Ces trois mots ont de nombreux dérivés.

Judicare a donné juger et tous ses dérivés; judicare est facilement reconnaissable dans judiciaire, judicieux, adjudication, etc.

Praestare, praestiti, praestitum, exactement «se tenir debout (stare) devant» (prae), d’où «l’emporter sur». Le verbe stare a formé une foule de mots français: distance, obstacle, circonstance, etc. Praestat se retrouve dans prestance, attitude qui vous met en avant; prêter (pour prester) signifie «mettre devant quelqu’un», d’où prestation = fourniture.

Insequenti, abl. du part. prés. de insequor; le verbe simple sequor, sequeris, secutus sum, a donné de nombreux mots, entre autres: conséquence, persécuter.

Rediit, parf. de redire, composé de ire. Français: j’irai; un exeat («qu’il s’en aille», autorisation de quitter un endroit); périr, transit, subit, l’air ambiant («qui va autour»), ambitieux («qui tourne autour des honneurs»), issir (vieux verbe «sortir», exire), d’où issu; le mot iter «chemin», de même racine que ire, supin itum, se retrouve dans itinéraire, initier. Tous ces mots ont de nombreux dérivés et composés.

Attuli est le parfait de adferre (écrit plus souvent afferre). Le verbe ferre, «porter», nous a donné fertile, «qui porte des fruits»; ses composés sont fort nombreux: offrir (offerre), souffrir (sufferre), transférer; de afferre vient afférent, «qui revient à quelqu’un», en parlant d’un droit, par ex. On reconnaît encore ferre dans circonférence, conférer, déférer, différer, inférer, préférer, référer, crucifère, odoriférant, légiférer…​ Quant au supin latum, il apparaît dans ablation, collation, délation, relation, translation. Ces deux racines sont…​ fertiles, comme vous le voyez.

Advocare, «appeler». Un avocat est celui qu’on appelle à son secours; la racine de vocare et de vox, vocis, se retrouve dans voix, vocal, invoquer, convoquer, provoquer et tous leurs dérivés.

Exponere, o, is, exposui, situm, est composé de ponere. Ce dernier verbe a en français, comme ferre, une très nombreuse descendance. Ponere, «poser», a donné directement pondre («poser des œufs»), et ses dérivés. Positum a donné position et ses dérivés (exposition, notamment), et aussi poste, dont le sens est tout proche de position. Quant aux composés: apposer, composer, déposer, disposer, exposer, imposer, opposer, etc…​ ils ont eux-mêmes une foule de dérivés et de composés. Cet infinitif poser a été emprunté en réalité, parce qu’il ressemblait à position, à un autre verbe poser, «s’arrêter», d’origine grecque, dont le sens est encore clair dans certains emplois: «le modèle du peintre pose».

Texerat, p-q-p. de tegere, o, is, texi, tectum, «couvrir». Tectum a donné toit. Tegere se retrouve dans tégument (enveloppe), protéger et ses dérivés, détective.

Occidere, o, is, occidi, occisum; composé de caedere, «couper, tuer». Au supin caesum se rattachent césure (coupe du vers); ciseau et ses dérivés; de cidere, vient le suffixe -cide: suicide, infanticide, homicide, parricide; le sens de «tuer» se retrouve dans le vieux verbe occire, d’où occis. Le sens de «couper» se retrouve dans décider (trancher une question), concision (couper les détails superflus), incision, etc.

Conjurare a passé tel quel en français: «conjurer». Sa racine est jus, juris, «droit», «justice», présente dans de nombreux mots: jurer, justice, etc. Vindicare a donné vindicatif et revendiquer, outre venger.

Confugere, composé de fugere, io, is, fugi, fugitum, a donné, outre fuir: fugitif, fugue, refuge, transfuge, subterfuge, centrifuge (contraire de centripète, que nous venons de voir), fébrifuge, ignifuge, fugace.

Retinere, eo, es, tinui, tentum. Ce composé nous a donné retenir, retenue, rétention. Quant au simple tenere, on le retrouve dans l’immense famille de tenir: tenace, tenailles, tenon, contenir, détenir, maintenir, etc., etc. Tenture n’est lui-même qu’un fréquentatif de tenere; nous le retrouvons dans tenter: «chercher à tenir, à prendre»; tentacule, tentation, tentateur, tentative, attentat, attenter.

Concedere, o, is, cessi, cessum, nous a donné concéder, concession. Le simple cedere, «marcher», se retrouve dans une quantité de mots: céder, accéder, procéder, excéder, précéder, succéder, etc., et tous leurs dérivés.

Enfin, exigere, exegi, exactum, qui signifie ici simplement «achever» (sa vie), a passé en français avec un sens un peu dérivé dans exiger, exact, exaction. Le verbe simple agere, egi, actum, a formé aussi un très grand nombre de mots, depuis agir, agence, agile, agenda, action, actif, jusqu’à prodigue, transiger, rédiger.

Ces quelques exemples suffisent à vous montrer comment nous retrouvons partout dans nos mots français, ou du moins dans neuf sur dix, la descendance, plus ou moins abondante, de mots latins.

Rien n’est plus amusant que d’étudier d’une manière approfondie les liens qui unissent entre eux les mots d’une même famille; rien n’est plus instructif d’ailleurs, car on comprend mieux un mot, dans ses sens actuels et ses variations historiques, si on les compare à ses frères et à ses cousins…​ si je puis dire.

Si l’étymologie et les familles de mots vous intéressent, vous pourrez consulter avec plaisir et profit un Dictionnaire étymologique, par exemple celui de Clédat.

DIXIÈME LEÇON

1°) Quis es? (quis interroge sur l’identité); ou quod est nomen tuum?Qui es? (qui interroge sur le caractère); ou qualis es? ou: quae est indoles tua? ou: qui sunt mores tui? — Quotus es in classe? — Quisnam contendere potest tyrannos beatos esse? — Ecquis adiit regem? (adire, «aller vers» = «aller trouver»; «trouver», dans ce gallicisme, n’a pas le sens de «découvrir, inventer»; il ne faut donc pas se servir de invenire, ni de reperire). — Fabula quam Agrippa narravit, concordiam Romae restituit; ou: Quam fabulam Agrippa narravit, ea c. R. restituit (ne pas oublier de mettre «à Rome» au locatif). — Qui (quisquis, quicumque) aures ad audiendum habet, audiat (au lieu de ad audiendum, on pourrait dire: audiendi causa, ou: ut audiat). — Quod (adj.) templum invisisti? — Qui (ou quis) sacerdos id tibi monstravit?

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2°) Versions:

HORATIUS COCLES

«C’était au moment où Porsena, roi des Etrusques, essayait de ramener les Tarquins à Rome; d’un premier assaut il s’était emparé du Janicule. Horatius Coclès (surnommé ainsi [le Borgne] parce que, dans un autre combat, il avait perdu un œil) se tint à la tête du pont Sublicius, et soutint seul le choc de l’ennemi, en attendant qu’on coupât le pont derrière lui. Puis il se laissa tomber dans le fleuve, et le traversa à la nage, tout armé, pour rejoindre les siens. Pour cet exploit, on lui donna en récompense nationale tout le terrain qu’il aurait pu entourer d’un sillon dans l’espace d’une journée. On lui éleva aussi une statue sur la place où se tenaient les comices.»

Notez la construction: Porsena, cum…​ aussi souvent employée que Cum Porsena, que nous avons au chapitre suivant.

Les récits qui commencent par cum et l’imparfait (ou le plus-que-parfait) du subjonctif sont innombrables. Il est généralement impossible de conserver cette tournure en français, où elle serait très lourde. Remarquez ma traduction: «C’était au moment où»…​ qui me permet de couper la phrase après la proposition subordonnée.

Rex Etruscorum: habitude latine, le nom des habitants au lieu du nom du pays. Urbs, urbis, sans autre qualification, désigne Rome, la ville par excellence. Restituere, ici, sera bien traduit par «ramener».

Pro, «devant»; c’est son sens propre. Il a souvent aussi le sens de «à la place de», par exemple dans le mot proconsul (pro consule), «remplaçant du consul». Ce n’est que beaucoup plus rarement qu’il signifie «pour»: pro patria mori, «mourir pour la patrie».

Stetit, parfait de stare.

Dans acies, aciei, 5e déclinaison, la racine est ac, que nous retrouvons dans acuité, âcre, acerbe, acéré, etc. (aigu en vient aussi). Cette racine exprime l’idée d’une pointe piquante, ou d’un tranchant. C’est ce premier sens qu’on a dans acies gladii, «pointe d’une épée», acies securis, «tranchant d’une hache». Au figuré, acies oculorum signifie: «vivacité du regard»; acies ingenii, «la pénétration de l’esprit». En style militaire, acies, c’est la ligne de bataille (qui pique l’ennemi): prima acies, «la première ligne»; et enfin, en général, «l’armée» et «la bataille». Ici, j’ai traduit «le choc de l’ennemi» (bien que hostium soit au pluriel). Hostis, «l’ennemi à la guerre»; inimicus, «l’ennemi privé», qui a de mauvais sentiments envers vous; — infensus «ennemi par rancune» (-fendere, offendere, «froisser, offenser»).

Solus, gén. solius, dat. soli. Synonyme: unus. Donec est synonyme de dum dans deux acceptions:

1) «Aussi longtemps que»:

Donec (tant que) eris felix, multos numerabis amicos;
Tempora si fuerint nubila, solus eris. (Ovide).

«Heureux, vous compterez des amitiés sans nombre;
Mais adieu les amis, si le temps devient sombre.» (Ponsard).

2) «Jusqu’à ce que» (sens ici).

A tergo, «du côté du dos». Notez ce sens de ab, qui d’ailleurs est proche parent du sens général: ab indique «le point de départ». Cf. Ei togam ab utroque humero apprehendit, «il lui saisit sa toge aux deux épaules» (ab: en partant de).

Notez l’expression technique: «couper le pont», et la traduction du passif latin par le on français.

Tiberim: quelques accusatifs en im se rencontrent (sitim, febrim, etc.), bien que l’acc. de la 3e déclinaison soit régulièrement en em (civem).

Decidit, «il tomba» (decidere, de de et cado); notez ma traduction pour indiquer que cette chute fut volontaire.

Tranare, «nager à travers». Tra est une forme courte de trans, forme pleine que nous avons dans transit, etc.

Ob, «devant» (obstacle) et «pour» (sens ici).

Publice, «au nom de l’état», «aux frais de l’état.»

Tantum…​ quantum, «autant…​ que». Ces mots sont «corrélatifs», comme tam…​ quam; tot…​ quot, etc. «Autant», avec un nom singulier, se traduit par tantum et le génitif: tantum agri; au contraire, avec un nom pluriel, on emploie tam multi, ou tot: «autant de soldats», tam multi milites, ou tot milites.

Circumarare, «labourer autour». Aratrum, «charrue», arator, «le laboureur». Français: terre arable (qui peut se labourer), instrument aratoire.

Quantum est le sujet de circumarari: «la quantité qui aurait pu être entourée d’un sillon».

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MUCIUS SCEVOLA

«Au moment où Porsena assiégeait Rome, Mucius, héros dont la fermeté était bien romaine, se présenta au Sénat, et demanda la permission de passer à l’ennemi; il promettait, de son côté, de tuer le roi. On lui accorda l’autorisation. Il arriva au camp de Porsena, et là, par erreur, il tua un secrétaire au lieu du roi. On l’arrêta, on le traîna devant le roi; il mit sa main dans le feu qui brûlait sur l’autel, pour la punir ainsi de s’être trompée dans son meurtre. Le roi, saisi de pitié, le fit éloigner de ce feu; comme pour l’en remercier, Mucius lui dit que trois cents hommes qui lui ressemblaient avaient juré de le tuer. Cela effraya le roi, qui cessa la guerre après avoir reçu des otages. On donna à Mucius des prés au delà du Tibre; on lui éleva aussi une statue pour le glorifier».

Vir Romanae constantiae; on sait qu’au lieu du génitif on pourrait avoir l’ablatif: Romana constantia. «Homme d’une fermeté romaine» ne me semble pas parfaitement idiomatique en français; de là ma traduction. Vous pouvez remarquer en outre les équivalents proposés pour: senatum adiit; repromittens; potestate; deceptus (mot à mot: «trompé», part. pass. de decipere, «tromper, décevoir», d’où déception); similes sui; bellum deposuit; honoris gratia (équivalent de causa).

Remarquez aussi: exigere supplicium ab aliquo, «infliger un supplice à quelqu’un», absolument analogue à exigere poenas, «punir». Au contraire, dare poenas signifie «être puni» (donner une rançon).

Cum abstraheretur, «comme il était tiré», unde, «de là» (relatif: «d’où», qui relie à la phrase précédente); misericordia regis, «par la pitié du roi». Ma traduction s’éloigne sensiblement de ce mot à mot.

Quasi referens beneficium, «comme rendant un service en échange» (de sa pitié). «En échange» traduit re. Le participe équivaut ici à une proposition finale: «pour lui rendre». On sait que le participe tient souvent lieu de toutes sortes de propositions, soit relatives, soit circonstancielles: malum oriens facile opprimitur, «on vient facilement à bout d’un mal quand il commence»; — fertur moriturus in hostes, «il se jette (passif = pronominal) sur l’ennemi pour chercher la mort», etc.

Notez la différence d’emploi entre sui, qui désigne le sujet du verbe principal ait; et eum, qui désigne le roi.

Similis se construit parfois avec le datif: similis patris ou patri.

Conjuravisse in eum, «avoir conspiré contre lui».

La manie d’élever des statues n’a pas cessé de sévir. Mais on ne donne plus, — du moins en France, — de domaines à ceux qui ont rendu des services à la patrie: un ruban à la boutonnière coûte beaucoup moins cher…​

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CLELIE

«Il faut compter aussi cette jeune fille au nombre des hommes illustres, car (parce que) elle montra une audace virile.

Porsena reçut Clélie, jeune fille de grande naissance, parmi les otages; mais elle trompa la surveillance des sentinelles (je traduis l’abl. abs. par cette prop. princ.), sortit nuitamment du camp, saisit un cheval que le hasard lui avait fait rencontrer, et traversa le Tibre. Porsena la fit réclamer par (par l’intermédiaire de) ses envoyés, et on la lui rendit (mot à mot: réclamée par Porsena, elle fut rendue). Mais le roi, plein d’admiration pour (ayant admiré) le courage de cette jeune fille, lui permit de rentrer dans sa patrie, avec ceux qu’elle aurait choisis. Clélie choisit les jeunes filles et les jeunes garçons qu’elle savait exposés aux violences par leur âge. On lui éleva une statue équestre dans le forum.»

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MENENIUS AGRIPPA

«Ménénius Agrippa, surnommé Lanatus [le Laineux, probablement à cause de ses cheveux crépus], fut élu général contre les Sabins, et triompha d’eux. Un jour, la plèbe était partie de Rome, pour ne plus vivre avec les patriciens, sous prétexte que c’était elle qui supportait les impôts et le service militaire; et il était impossible de la faire revenir. On délégua Agrippa auprès d’elle. «Jadis, leur dit-il, les membres du corps humain, voyant le ventre ne rien faire, ne s’entendirent plus avec lui, et lui refusèrent leurs services. Mais, comme, de cette façon, ils s’affaiblissaient aussi, ils comprirent que le ventre répartissait entre tous les membres la nourriture qu’il recevait; et ils se raccommodèrent avec lui. De même, le Sénat et le peuple forment comme un seul corps: la discorde les fait périr, la concorde les fait prospérer». Cette fable détermina la plèbe à revenir. Toutefois, pour défendre sa liberté contre la tyrannie de la noblesse, elle créa les tribuns de la plèbe. Quant à Ménénius, il mourut dans une telle pauvreté, qu’on dut faire une souscription publique pour payer son enterrement, et que le Sénat dut donner, aux frais de l’Etat, un emplacement pour son tombeau.»

Secedere, secessi, secessum, est composé de cedere, «marcher», et se, «à part»; on retrouve ce préfixe dans seducere, «séduire» (conduire hors du droit chemin). On se rappelle la guerre de Sécession, aux Etats-Unis (1860-65), provoquée par la volonté des Etats du sud, esclavagistes, de se séparer des Etats du nord, anti esclavagistes.

La plèbe se composait des descendants des esclaves affranchis, et des étrangers de toute sorte venus peu à peu à Rome; ils ne jouissaient d’aucun droit politique; ceux-ci étaient uniquement aux mains des patriciens (patres), descendants des anciennes familles qui avaient fondé la ville.

Quod toleraret. Le subj. est amené par le style indirect: «parce que, disait-elle…​»

Cernere, «voir»; cf. français discerner, concerner. Aucun rapport avec cerner (apparenté à cerceau, cirque).

Eo pacto: de «pacte, traité», on passe à l’idée de «manière, façon». Et ipsi, «eux-mêmes aussi»; et est adverbe = etiam.

Hac fabula, abl., «grâce à cette fable».

Ut populus eum sepeliret, «que le peuple l’ensevelit»; quadrantibus collatis, abl. abs., «des sous ayant été recueillis». Voyez la traduction.

ONZIÈME LEÇON

1°) Exemples d’emploi des indéfinis.

Magnam vim esse in fortuna in utramque partam, vel secundas ad res vel adversas, quis ignorat? (Cicéron, De officiis, 2, 19) «Qui ignore que le hasard a un grand pouvoir dans les deux sens, soit pour le bonheur, soit pour le malheur?» (Mot à mot: «qu’il y a une grande force dans la fortune vers l’un et l’autre côté»; notez res secundae, «le bonheur»; res adversae, «le malheur»).

Alii alio currunt, «les uns courent d’un côté, les autres, de l’autre» (alio est ici un adverbe de lieu à la question quo, c’est-à-dire avec mouvement vers un lieu).

Necesse est sit alterum de duobus (Cic. Tusculanes, 1, 97), «forcément, de deux choses l’une» (mot à mot: «il est nécessaire qu’il existe une chose des deux», «une des deux choses»; notez le subj. seul, sans ut, après necesse est; de, aussi correct que ex; duobus, abl. neutre; la présence de alterum, neutre, rend impossible la confusion avec le masculin).

Trahit sua quemque voluptas (Virgile, Eglogues, 2, 65) «son propre plaisir attire chacun», «chacun prend son plaisir où il le trouve».

Nemo eum non odit, «tout le monde le déteste» (notez ce sens de nemo non, «il n’y a personne qui ne»).

Eodem tempore Caepasii fratres fuerunt, oppidano quodam genere dicendi (Cic. Brutus, 242), «à cette même époque vécurent les frères Cépasii, qui possédaient une sorte d’éloquence provinciale» (genere est à l’abl. de qualité; genus dicendi, genre de parole, «éloquence» ou «style»; oppidum, «ville de province», opposé à urbs, «la ville par excellence», Rome; notez l’emploi de quidam dans le sens de: «une espèce de.»)

2°) Versions:

FABRICIUS

«A ce moment Pyrrhus, à qui s’étaient joints les Samnites, les habitants de la Lucanie et du Brutium, s’était mis en marche vers Rome; il était arrivé près de Préneste, à dix-huit milles de la capitale. On lui envoya des parlementaires pour traiter du rachat des prisonniers. Il les reçut avec beaucoup d’honneurs, et renvoya les prisonniers à Rome sans rançon. Parmi les parlementaires se trouvait Fabricius. Il fit à tel point l’admiration de Pyrrhus, que le roi, ayant appris qu’il était sans fortune, conçut le désir de lui demander, en lui promettant le quart de son royaume, de passer à son service. Fabricius lui répondit: «Si tu me considères comme un honnête homme, pourquoi veux-tu me corrompre? Si au contraire tu me considères comme un fripon, pourquoi recherches-tu mon concours?»

Bientôt, vaincu par Fabricius lui-même et par Curius, Pyrrhus se réfugia à Tarente, et on envoya Fabricius contre lui. Le camp de Fabricius et celui du roi étaient près l’un de l’autre; une nuit, le médecin de Pyrrhus vint trouver Fabricius, et lui offrit d’empoisonner Pyrrhus s’il lui promettait une récompense. Fabricius le fit reconduire, chargé de chaînes, à son maître, et fit raconter à Pyrrhus quel attentat son médecin avait offert de commettre contre sa personne. Alors le roi, transporté d’admiration, s’écria, dit-on: «C’est bien là Fabricius, qu’on pourrait plus difficilement détourner du chemin de l’honneur, que le soleil de sa course.»

Cette petite histoire est bien connue. On se rappelle que c’est Fabricius que J.-J. Rousseau a fait parler dans son discours sur les Lettres et les Arts: «O Fabricius, que dirait votre grande âme…​?» Il faut bien se rappeler, pour comprendre toutes les œuvres de l’époque qui va jusqu’à la fin de l’empire (1815), que les jeunes gens qui sortaient du collège étaient tous farcis de latin et de récits de l’histoire romaine.

Ce texte n’offre pas de difficultés sérieuses.

Junctis, abl. du part. passé de jungo, is, junxi, junctum, «joindre». Nous parlons encore d’armées qui font leur jonction.

Sibi, et non ei, parce que Pyrrhus est le sujet de la proposition cum perrexisset.

Pergo, is, perrexi, perrectum, «tendre vers», «se diriger vers» (per, rego). Verbe tout voisin: porrigo, is, porrexi, porrectum (par, rego).

Romam, accus., question quo (mouvement vers). Pas de préposition devant les noms de villes. De même plus bas encore Romam, puis Tarentum.

Au contraire ad Praeneste, signifie «près de». Pugna ad Cannas, «la bataille de Cannes».

Milliarium, borne placée tous les mille pas. Nous disons de même: «au kilomètre 18».

Ab Urbe, «en partant de Rome».

De redimendis captivis = de redimendo captivos, «au sujet du fait de racheter les prisonniers».

Sic (ou ita) ut, «de telle sorte que».

Cognosco, cognovi, cognitum, «apprendre, connaître». Cf. voyager incognito, «sans se faire connaître».

Eum esse pauperem, prop. inf. après «apprendre».

Voluerit, «il voulut»; sollicitare eum, «le solliciter»; ut transiret, «pour qu’il passât»; ad se, «à lui», à son service.

Se renvoie au sujet du verbe voluerit, principal par rapport à (c’est-à-dire dont dépend) ut transiret.

Cui: à chaque instant le latin emploie le relatif pour relier la nouvelle phrase à la précédente (relatif de liaison).

Vis, 2e pers. de volo, «vouloir».

Corrumpere, corrupi, corruptum; français: corrompre, corruption.

Sin, «si au contraire». Vero, «mais». Ambire, «rechercher»; exactement: «aller autour, circonvenir». L’ambitieux est celui qui «tourne autour des honneurs».

Cum ipse et rex haberent castra vicina, «comme lui-même et le roi avaient leurs camps voisins».

Promittere, misi, missum; polliceri, pollicitus sum; et spondere, spopondi, sponsum, signifient tous les trois «promettre».

Occisurum esse, inf. futur de occidere, «tuer».

Si polliceretur sibi, «si Fabricius promettait au médecin». Sibi représente le sujet de promittens, qui est le verbe principal par rapport à la conditionnelle si polliceretur.

Jussit hunc vinctum reduci, «il ordonna qu’il fût reconduit enchaîné», «il le fit reconduire»; traduction déjà signalée. Vincire, vinxi, vinctum, «enchaîner». Jubeo, jussi, jussum.

Dici, inf. passif, a pour sujet la proposition interrogative indirecte quae spopondisset. «Il ordonna que fût dit à Pyrrhus ce que…​»

Contra caput, «contre sa tête, contre sa personne».

Elatus, part. passé de efferre, extuli, elatum, «enlever».

Fertur dixisse, «est rapporté avoir dit».

Difficilius, comparatif de l’adverbe (forme du comparatif neutre).

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PYRRHUS ET CINEAS

«Ce Cinéas, dont nous venons de parler, était un ami intime du roi Pyrrhus, et il avait beaucoup de crédit auprès de lui. Pyrrhus aimait à dire que l’éloquence de Cinéas lui avait conquis plus de villes que ses armées. Pourtant Cinéas ne flattait pas l’ambition du roi; par exemple, un jour, en causant, Pyrrhus lui découvrait ses projets; il avait dit qu’il voulait soumettre l’Italie; Cinéas lui répondit: «Une fois les Romains battus, quelles sont vos intentions, Sire? — Tout près de l’Italie, il y a la Sicile, dit Pyrrhus, et il ne sera pas difficile de la conquérir.» — Alors Cinéas: «Une fois la Sicile conquise, que pensez-vous faire?» — Le roi, qui ne comprenait pas encore l’idée de Cinéas: «Je me propose, dit-il, de passer en Afrique. — Et ensuite, Sire? — Alors enfin, mon cher Cinéas, dit Pyrrhus, nous pourrons nous reposer agréablement. — Mais qu’est-ce qui nous empêche, répondit Cinéas, de nous reposer dès maintenant?»

Voilà encore une histoire bien connue.

Remarquez que familiaris se construit avec le datif: regi.

Valebat: le verbe valere, apparenté à validus, signifie en général: «être fort». Ici: valere magna gratia (abl.) apud aliquem: «être fort par une grande autorité auprès de quelqu’un = avoir beaucoup de crédit auprès de quelqu’un». Le verbe valere s’emploie dans des formules très usuelles: Ut vales? «comment vas-tu?» (Comment te portes-tu?). Vale, «adieu» (porte-toi bien). On dit dans le même sens: cura ut valeas, «prends soin de te bien porter». Au commencement des lettres, on a souvent la formule: S.V.B.E.E.Q.V. (si vales, bene est; ego quidem valeo).

Solebat, de soleo, solitus sum, semi-déponent, «avoir coutume de»; fr. insolite («inaccoutumé»). La Fontaine dit encore: «il soulait», pour «il avait l’habitude de».

Plures quam, «plus nombreux que»; comparatif de multi.

Se expugnavisse, «qu’il avait pris»; plures urbes, «plus de villes»; eloquentia Cineae, «par l’éloquence de Cinéas»; quam vi armorum, «que par la force des armes».

Vi, ablatif de vis, dont l’accus. est vim; le pluriel est vires, virium, viribus. — Arma, armorum, n’a pas de singulier.

Nam, «car»; ici: «par exemple.»

Subjicere Italiam dicioni suae, «soumettre l’Italie à sa puissance».

Occupare, «s’emparer de», plutôt que «occuper».

Acturus, part. futur de agere, «faire». Il y a dans ce part. futur, comme c’est souvent le cas, l’idée d’intention. Ex.: fertur moriturus in hostes, «il s’élance sur l’ennemi avec l’intention de se faire tuer». — Parfois le part. futur exprime seulement l’idée de futur, sans intention: Ave, Caesar, morituri te salutant, «Salut, César, ceux qui vont mourir te saluent» (paroles prononcées au cirque par les gladiateurs avant de commencer le combat).

Perspicere, io, perspexi, perspectum, «apercevoir tout à fait» (per).

Mens, «l’esprit»; mens sana in corpore sano; ici: «l’intention».

Tum demum, «alors seulement».

Mi, voc. de meus, «mon»; terme d’amitié: «mon cher.»

Fruor, eris, fruitus sum ou fructus sum, «jouir». Se construit avec l’ablatif.

Quominus: cette conjonction s’emploie après les verbes «empêcher, défendre», surtout employés négativement ou interrogativement. Non impedio quominus id faciat, «je ne l’empêche pas de faire cela». On peut trouver quin dans le même emploi.

DOUZIÈME LEÇON

Traduction de verbes.

Afuerit (le b du préfixe ab ne s’écrit généralement pas devant f). — Implevissemus (subj. p-q-p. pour traduire le condit. passé). — Aperiemus. —Dormite, dormitote. — Cecidit (pft. de cadere). — Coluisse (inf. pft. de colere). — Delebo (fut. de deleo). — Emam (fut. de emere, 3e conj.) — Moveam (subj. pr. de moveo, 2e conj.). — Impleat (subj. pr. de impleo, 2e conj.). — Potuisti (ind. pft. de possum; pas de f dans potui). — Proderat (ind. impft. de prosum, prodes; il y a un d quand la forme de sum commence par un e). — Aberit (fut. ind. de absum). — Deeritis (fut. ind. de desum). — Audiamus (subj. prés. de audire; à la 1re pers. plur. le latin n’a pas d’impératif; il se sert de la forme du subj. prés.). — Audient (ind. fut. de la 4e conj.). — Audiant (subj. prés. de la 4e conj.). — Audirent (subj. impft). — Ametis (subj. pr. de la 1re conj.). — Moneatis (subj. pr.) ou moneretis (subj. impft).

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2°) Versions:

DUILIUS

«Gaïus Duilius fut le premier qui battit les Carthaginois dans un combat naval. Voyant que les navires carthaginois étaient plus rapides que les romains, il fit construire des grappins en fer, qu’on appela des «corbeaux». Cette machine fut fort utile aux Romains; car, en jetant ces corbeaux, ils accrochaient le navire ennemi; puis ils jetaient une passerelle sur lui, sautaient sur le navire, et combattaient à l’épée comme dans un combat terrestre. Par suite, les Romains, qui étaient plus forts, remportèrent facilement la victoire.

Dans la bataille, trente navires ennemis furent capturés et treize coulés. Duilius, vainqueur, rentra à Rome, et, le premier, célébra un triomphe naval. Aucune victoire ne fut plus agréable aux Romains, parce que, déjà invincibles sur terre, ils étaient dorénavant très puissants sur mer également. Aussi on décerna à Duilius pour toute sa vie l’honneur d’être précédé officiellement d’une torche et d’un trompette toutes les fois qu’il rentrerait de dîner en ville.»

Ce cortège brillant et bruyant était une récompense quelque peu encombrante: mais enfin, c’était un témoignage de reconnaissance et «la reconnaissance envers les grands hommes est la marque des peuples forts.»

Cum videret; j’ai déjà signalé que cum et l’imparfait du subjonctif se traduisait souvent bien par un participe présent; cum et le plus-que-parfait subjonctif, par un participe passé. — Notez aussi que j’ai traduit le passif: naves Romanas superari a Punicis («que les navires romains étaient surpassés en vitesse par les carthaginois) par un actif: «que les navires carthaginois étaient plus rapides que les romains.»

Il est rare que a soit employé devant le complément d’un verbe passif quand c’est un nom de chose. Peut-être faut-il penser que l’auteur a pour ainsi dire personnifié les navires, par une comparaison tacite avec des coureurs, d’où l’emploi de a, comme devant un nom de personne (amor a Deo).

Ferreus, adj., «de fer», et non le génitif ferri; de même: vas argenteum, «un vase d’argent», etc.

Vocaverunt, 3e pers. pl. = «on»; cf. anglais they say, «on dit».

Instituit, «il fabriqua», pour «il fit fabriquer».

Romanis magno usui fuit, tournure par deux datifs: «cette machine fut à utilité aux Romains», «fut utile aux Romains». Exemple souvent cité: hoc erit tibi dolori, «cela te causera de la douleur.»

Injectis illis corvis, abl. abs., «ces corbeaux» (le nom vient de la forme du bec de corbeau) «ayant été jetés», «en jetant ces corbeaux».

Praestare, «l’emporter sur» (stare, et prae, «devant»; cf. préférence, etc.).

Inter pugnandum, exemple de gérondif en dum après inter, emploi assez rare.

Mersae. Sunt est sous-entendu, comme souvent.

Mergere, o, is, mersi, mersum. Devise de la ville de Paris, inscrite sous son vaisseau: fluctuat nec mergitur, «il est battu des flots, mais il ne sombre pas».

Reversus est, exemple de passif-pronominal: «il s’en retourna à Rome».

Agere triumphum, «conduire, célébrer un triomphe».

Invicti, «invaincus» et par extension «invincibles». On trouve de même acceptus, «acceptable»; conspectus, «visible»; infinitus (non mesuré), «incommensurable». Ces adjectifs, qui semblent exprimer seulement le fait accompli, marquent aussi en réalité la possibilité.

Jam, «à partir de ce moment», c’est son sens le plus normal.

Ut rediret, «qu’il revînt»; a cena, «de dîner» (en ville); publice, «d’une manière officielle», en cortège officiel; praelucente funali, «avec une torche brillant devant lui», et tibicine (tibicen, tibicinis, de tuba, et canere) praecinente, «et un joueur de trompette jouant devant lui.»

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REGULUS

«Régulus battit, dans de nombreux combats, les armées des Carthaginois, et il força ceux-ci à demander la paix; comme Régulus ne voulait la leur accorder qu’à des conditions très dures, ils demandèrent du secours aux Lacédémoniens. Les Lacédémoniens envoyèrent aux Carthaginois Xanthippe, général très habile, qui vainquit Régulus: il ne resta que deux mille hommes de toute l’armée romaine. Régulus lui-même fut fait prisonnier, et jeté en prison. Puis on l’envoya à Rome pour traiter de l’échange des prisonniers, après lui avoir fait jurer que, s’il n’obtenait pas cet échange, il reviendrait lui-même à Carthage. Une fois à Rome, il fut reçu au Sénat, et exposa l’objet de sa mission. Quand on lui demanda son avis, il répondit qu’il n’était pas avantageux de rendre les prisonniers carthaginois, car c’étaient des hommes jeunes et de bons chefs, tandis que lui-même était déjà affaibli par la vieillesse. Son avis prévalut, et on garda les prisonniers. Puis, malgré les efforts de ses parents et de ses amis pour le retenir, Régulus retourna à Carthage: pourtant il n’ignorait pas, à ce moment, qu’il partait chez un ennemi très cruel, qu’il allait au-devant de supplices raffinés. Mais il pensa qu’il devait tenir son serment. A son retour, les Carthaginois le firent périr dans toutes sortes de tourments: par exemple, après lui avoir coupé les paupières, ils l’enfermèrent quelque temps dans un local obscur; puis, par un soleil très ardent, ils le firent sortir et l’obligèrent à regarder en l’air; enfin ils l’enfermèrent dans une caisse de bois, tout hérissée intérieurement de clous très pointus. Epuisé par ces veilles et ces souffrances sans répit, il expira. Telle fut la fin d’Atilius Régulus, plus fameuse, plus illustre encore que sa vie elle-même, bien que celle-ci se fût longtemps écoulée parmi la gloire la plus grande.»

Creber, crebra, crebrum, «fréquent».

Opes, au pluriel, signifie souvent «troupes», à côté de «richesse». Même cas pour copiae, «ressources» et «troupes».

Cogere, o, is, coegi, coactum, «forcer, obliger».

Quam, relatif de liaison, mis pour eam.

Nollet, imparf. subj. de nolo, non vis, composé de volo: «ne pas vouloir».

Nisi = si non.

Belli est complément de peritissimum. Peritus gouverne en effet le génitif: peritus musicae, «habile dans la musique».

Tantum, «seulement». Remaneo, remansi, remansum, «rester», composé de manere, qui nous a laissé: manoir (habitation du seigneur), permanent, etc.

De permutandis captivis = de permutando captivos, «au sujet du fait d’échanger les prisonniers».

Jus jurandum, juris jurandi, etc. Les deux parties du mot se déclinent.

Ut avec le subj. (rediret) = «que», explicatif.

Jussus, part. passé de jubeo, jussi, jussum, «ordonner», «ayant été commandé, ayant reçu l’ordre de, ayant été invité à».

Negavit esse utile = dixit non esse utile.

Reddi, inf. prés. passif de reddere, reddidi, redditum, «rendre».

Quia essent; d’ordinaire quia, quod et quoniam sont suivis de l’indicatif, Le subj. ici indique que l’auteur rapporte la pensée de Régulus, et non la sienne («style indirect»).

Retineo, retinui, retentum, «retenir».

Cum Regulus retineretur, il serait inexact de dire que Régulus était retenu, puisque effectivement il partit. Le verbe indique l’effort: on cherchait à le retenir.

Conservandum: participe d’obligation. Nous disons «observer» sa parole.

Reversum, de revertor, «s’en retourner», sens déjà vu.

Resectis, de resecare, secui, sectum, «couper» (section, sécateur, etc.).

Intueri, «regarder».

Arca, «coffre». Ce mot nous rappelle l’ «arche» des Juifs, le coffret où étaient gardées les Tables de la Loi.

Praeacuti; prae, de même que per, donne à l’adjectif le sens du superlatif.

Exstinguere, o, is, exstinxi, exstinctum. Le passif a encore ici le sens du pronominal français: «il s’éteignit.»

Hic fuit exitus. Notez ce sens de hic: «tel».

Licet, «quoique», avec le subj. Quamvis et cum, avec le subj.; quamquam et etsi, avec l’indic., signifient également «quoique».

Agere vitam, «passer sa vie».

TREIZIÈME LEÇON

Analyse. Delectare, inf. prés. act. ou impér. pr. passif: «charmer», ou «sois charmé». — Legi, 1re sg. pft. ind. act. ou inf. pr. passif de legere: «j’ai lu», ou «être lu». Ce pourrait être aussi le datif de lex, legis, «la loi». — Deleram, plus-que-parfait ind. act. de deleo (= deleveram): «j’avais détruit». — Delerem, impft. subj. act. de deleo: «que je détruisisse», ou «je détruirais». — Legerere (= legereris), impft subj. passif, 2e sg.: «que tu fusses lu», ou «tu serais lu». — Legere, inf. pr. actif: «lire»; — 3e pl. pft. ind. (= legerunt): «ils ont lu»; — 2e sg. impér. pr. passif: «sois lu»; — 2e sg. fut. ind. passif (= legeris): «tu seras lu». — Legunto, 3e pl. impér. fut. actif: «qu’ils lisent». — Deletor, 2e ou 3e sg. impér. fut. passif: «sois détruit», ou «qu’il soit détruit». — Scripserit, fut. ant. ind. act. ou pft. subj. act.: «il aura écrit», ou «qu’il ait écrit», «il écrirait». — Crederet, 3e sg. impft. subj. act.: «qu’il crût», «il croirait», «il aurait cru». — Crediderit, 3e sg. fut. ant. ou pft. subj. act.: «il aura cru», «qu’il ait cru», «il croirait». — Dicam, 1re sg. fut. ind. ou prés. subj. act.: «je dirai», «que je dise», «je dirais». — Scitote, 2° pl. impér. futur actif de scire: «sachez» (l’impératif présent est inusité). — Delectentur, 3e pl. subj. prés. passif: «qu’ils soient charmés», «ils seraient charmés». — Delectassent, 3e pl. p-q-p..subj. act.: «qu’ils eussent charmé», «ils auraient charmé».

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Thème:

Romani a Poenis in nonnullis navalibus proeliis victi erant. Cette phrase pouvait être traduite encore de bien des manières, par ex.:

Romani a Carthaginiensibus in compluribus proeliis mari devicti erant.

Mari, abl. = «sur mer». Ne pas oublier a devant le complément du verbe passif, lorsque c’est un nom de personne.

Carthaginiensium naves multo velociores quam Romanorum erant. Ne pas oublier que, devant un comparatif (velociores), les adverbes se mettent à l’abl. (multo).

«Ceux» ne peut pas se traduire par un démonstratif (eae, illae, etc.), qui signifierait «ceux-ci».

Autre tournure: Carthaginienses naves Romanas velocitate multum superabant.

Ou encore, en se rappelant que le latin aime beaucoup le passif: Romanorum naves a Poenis velocitate multum superabantur.

Afri autem nautae multo peritiores rerum nauticarum erant.

Ne pas oublier que peritus veut son complément au génitif.

Autre tournure: Poeni vero nautae rerum maritimarum multo prudentiores erant.

Nam multi cursus per cuncta maria eos ad omnia assuefecerant, quae navigantibus evenire possunt.

J’ai employé cuncta maria, pour ne pas répéter deux fois omnia.

«Les navigateurs» est bien traduit par le participe présent.

Assuefacere se construit aussi avec l’ablatif. On pourrait alors écrire: assuefecerant omnibus quae. En effet, le relatif pluriel neutre qui suit omnibus ne permet pas de prendre cet adjectif pour un masculin. C’est le seul cas où l’on puisse employer un adjectif neutre à une forme qui lui soit commune avec le masculin. Loquitur de omnibus, ne pourrait normalement signifier que: «il parle de tous les hommes», et non «de toutes les choses».

Quid igitur Duilius consul egit? Corvos instituit, quibus Romani hostium naves apprehendere potuerunt. Tum in navibus tanquam in terra pugnatum est.

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3°) Versions:

ARCHIMEDE

«La Sicile avait alors abandonné le parti des Romains pour celui des Carthaginois. Marcellus, élu consul, mit le siège devant Syracuse, ville fameuse de Sicile. Le siège fut long; et ce n’est qu’au bout de trois ans que Marcellus s’en empara. Il aurait terminé l’affaire plus rapidement sans la présence à Syracuse, en ce temps-là, d’un homme. Cet homme était Archimède, génial inventeur de machines, avec lesquelles il désorganisait bien vite tous les travaux des Romains. Lors de la prise de Syracuse, Marcellus, séduit par la science extraordinaire de cet homme, ordonna d’épargner sa personne. Archimède, absorbé à tracer certaines figures sur le sable, ne s’était pas aperçu que sa patrie avait été prise. Un soldat fit irruption dans sa maison pour piller et lui demanda d’un ton menaçant qui il était. Archimède, tout à son désir de trouver ce qu’il cherchait, ne répondit pas. Par suite, le soldat le tua. Marcellus éprouva un grand chagrin de sa mort, et il s’occupa de le faire enterrer.»

Deficere a Romanis ad Poenos, «passer du parti de Rome à celui de Carthage».

Nec cepit eam, «il ne la prit pas»; nisi post tres annos, «si ce n’est après trois ans».

Confecisset, plus-que-parfait subj., sens du conditionnel passé. Celerius, comparatif de celeriter, «vite». Les comparatifs d’adverbes ont la forme des comparatifs d’adjectifs neutres.

Unus homo, «un seul homme». Ea tempestate, «à cette époque». Tempestas a souvent aussi le sens de «état de l’atmosphère».

Nisi = si non. Après si on trouve normalement le même temps que dans la proposition principale.

Brevi (tempore), «vite».

Prudentia, «science» Emploi analogue de prudens dans le thème ci-dessus.

Edixit, parfait de edicere, edictum, d’où notre mot «édit».

Parceretur est un passif impersonnel (sens de «on») à l’imparfait, parce que le verbe principal est au passé: concordance des temps. Parcere, o, is, peperci, parsum, «épargner». Le supin se retrouve dans notre mot parcimonie (où le c est une bizarrerie d’orthographe). Le cantique Parce Domine, parce populo tuo, est bien connu. Ce verbe gouverne le datif, ici: capiti; «tête», comme caput, est employé dans la langue juridique pour signifier «personne»; on dit par exemple qu’une assurance peut être reversée sur la tête d’un conjoint.

Dum, «tandis que», est régulièrement construit avec l’indic. présent. Ici, l’emploi de l’imparfait n’est pas conforme aux habitudes classiques. On sait que la syntaxe a sensiblement varié, au cours des cinq ou six siècles dont les écrits latins nous ont conservé des monuments littéraires. La syntaxe française du XVIe siècle n’est pas non plus tout à fait la nôtre.

Attentius, comparatif de attente, «avec une trop grande attention». C’est bien ce que nous appelons être «absorbé».

Praedandi causa, «pour piller». Praedor, verbe déponent.

Minanti, abl. en i, parce que ce participe présent est un véritable adjectif, et qu’il qualifie un nom de chose (voce).

Aegre ferre aliquid, «supporter quelque chose avec peine», être peiné de quelque chose.

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SCIPION L’AFRICAIN

«Publius Cornélius Scipion, encore enfant, sauva son père avec un courage extraordinaire. Celui-ci, dans la bataille livrée près du Tessin contre Hannibal, avait été grièvement blessé, et était sur le point de tomber aux mains des ennemis, lorsque son fils, lui faisant un rempart de son corps, résista à l’attaque des Carthaginois, et délivra son père du péril. Ce dévouement filial concilia, dans la suite, la faveur du peuple à Scipion, lorsqu’il se présenta à l’édilité. Les tribuns de la plèbe s’opposaient à sa candidature, prétendant qu’il ne fallait pas en tenir compte, parce qu’il n’avait pas encore l’âge légal pour se présenter. «Si tous les Romains, dit Scipion, veulent me nommer édile, j’ai assez d’années.» Puis on alla au vote avec tant d’enthousiasme, que les tribuns renoncèrent à leur idée.

Après la défaite de Cannes, les débris de l’armée romaine s’étaient réfugiés à Canusium; bien qu’il y eût là quatre tribuns militaires, pourtant, d’un consentement unanime, on confia le commandement suprême à Scipion, encore tout jeune.»

Egredior, «dépasser», transitif: «n’ayant pas encore dépassé les années d’enfance.» Egredior s’emploie aussi intransitivement avec ex: egredi ex urbe, «sortir de la ville».

Pueritia va jusqu’à 17-18 ans. Puis commence adulescentia, jusqu’à 30 ans, puis juventus, jusqu’à 45 environ. On voit que nos mots: «enfance, adolescence, jeunesse», ne sont pas tout à fait synonymes des mots latins correspondants.

Cum is vulneratus esset, «alors que celui-ci avait été blessé». Notez que ma traduction a fait, de la subordonnée, la principale, et de la principale, une subordonnée par «lorsque». Ce changement, qui respecte absolument le sens, est parfaitement légitime.

Jam venturus esset, «il était sur le point de». On connaît ce sens du participe futur.

Interjecto corpore, abl. abs. «son corps ayant été jeté au milieu» (entre son père et les ennemis).

Poenis irruentibus, «les Carthaginois s’élançant», «l’attaque des Carthaginois».

Pietas: mot propre pour désigner l’amour envers les dieux et les parents.

Petere aedilitatem: on traduit souvent: «briguer l’édilité». C’est une traduction traditionnelle, mais en réalité médiocrement française; dit-on, par exemple, «briguer la députation?»

Negantes = dicentes…​ non…​

Habere rationem ejus, «tenir compte de lui».

Quod aetas, etc., «parce que l’âge légal pour briguer (se présenter) n’était pas à lui» (ei, sous-entendu), c’est-à-dire: «parce qu’il n’avait pas…​»

Itum est, parfait passif impersonnel de ire, «aller»: «on alla.»

Tanto favore ut…​ «avec une si grande faveur que…​»

Cum, avec le subj. imparfait ou p-q-p., peut avoir tous ses sens; ici: «quoique».

Tribuni militum: c’étaient les auxiliaires du consul; en général, c’étaient des jeunes gens nobles qui faisaient, sous le consul, l’apprentissage du commandement.

Summa imperii, «l’ensemble du commandement».

Il y aurait beaucoup de réflexions à faire sur ce récit. Assurément:

«Aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années.»

Mais faut-il penser que, si l’on ne veut pas respecter les termes de la loi en ce qui concerne un détail d’âge, on risque fort d’être entraîné, de proche en proche, loin de la légalité? Faut-il penser, au contraire, qu’il ne faut pas avoir la superstition des détails de pure forme, car «la lettre tue, et l’esprit vivifie»? Je livre ce sujet à vos méditations. En tous cas, admirons cette république où la piété filiale était un titre à la faveur du peuple. Durables, parce que saines, sont les sociétés où les sentiments familiaux demeurent vivaces.

QUATORZIÈME LEÇON

Thème:

Hic puer a matre optime educatur. Le verbe est au présent, car le sens est: «la mère élève bien»; — on notera l’absence d’adjectif possessif (qui serait ici sua, car le possesseur enfant est sujet), parce que la possession est évidente. — Marcus vir optime educatus est (le verbe être et le participe passé, parce que Marcus a été jadis bien élevé par ses parents). — In Tiberi saepe lavabatur (lavor = «je me lave», passif à sens pronominal, notez l’abl. en i de Tiberis). Venio urbem visum (supin après un verbe de mouvement); — ad urbem videndam (= ad videndum urbem, qui ne serait pas correct); — urbis videndae causa ou gratia; — ut urbem videam; urbem visurus (partic. futur). — Quae res mirabilis visu! (supin en u après les adj. qui marquent une impression). — Dei colendi sunt (participe d’obligation); debemus deos colere. — Ecce tempus dicendi opinionem, ou: opinionis dicendae (avec le gér. en di, les deux tournures sont correctes). — Tibi scribo ad opinionem meam explicandam; ou: ut meam opinionem explicem; opinionis explicandae causa ou gratia; opinionem explicaturus.

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Version:

SCIPION L’AFRICAIN (suite)

«Ensuite Scipion revint à Rome, et il fut élu consul, avant l’âge légal. On lui donna pour mission le commandement en Sicile, et on lui permit de passer de là en Afrique. Alors Scipion, profitant d’un vent favorable, partit de Sicile en Afrique. L’ardeur des soldats était telle, qu’ils n’avaient pas l’air d’aller à la guerre, mais à la récompense assurée d’une victoire. Rapidement, les navires furent emportés hors de la vue de la Sicile, et on aperçut bientôt la côte d’Afrique. Après le débarquement des troupes, Scipion établit son camp sur les hauteurs voisines. On arrêta alors, dans le camp, des espions ennemis, et on les amena devant le consul. Il ne les fit pas exécuter; il ne les interrogea pas sur les plans ni les forces des Carthaginois. Au contraire, il les fit conduire parmi tous les manipules de l’armée romaine; ensuite, il leur demanda s’ils avaient bien examiné tout ce qu’ils avaient reçu l’ordre de reconnaître; puis il leur fit donner à déjeuner, et les renvoya sans leur faire aucun mal. En montrant ainsi quelle confiance il avait en lui-même, il porta un coup au moral des ennemis avant de porter des coups à leur force armée.

Lorsque Scipion arriva en Afrique, Massinissa se joignit à lui avec une petite troupe de cavalerie. Syphax au contraire avait abandonné les Romains pour les Carthaginois. Hasdrubal, chef des Carthaginois, et Syphax barrèrent la route à Scipion. Mais Scipion fit prendre d’assaut et incendier, dans la même nuit, le camp de l’un et de l’autre. Syphax lui-même fut fait prisonnier, et traîné vivant devant Scipion. Quand on eut appris qu’on l’amenait dans le camp romain, toute la foule se répandit à sa rencontre, comme pour voir un cortège triomphal. Le roi marchait le premier, chargé de chaînes; il était suivi de la troupe des nobles numides. Tout le monde était ému par le destin de cet homme, dont Scipion avait autrefois sollicité l’alliance. Scipion envoya le roi et les autres prisonniers à Rome. Il donna une couronne d’or à Massinissa, qui avait été un excellent auxiliaire pour la cause romaine.»

Ante annos, «avant le nombre d’années légal». — Factus est consul, «il fut élu consul». Autre formule: creatus est consul. — Provincia: le sens primitif est «mission». Dans la suite, provincia a désigné le pays où le consul, préteur, proconsul ou propréteur, avait à remplir sa mission de gouvernement, d’où notre sens territorial de «province». Mais ici provincia a encore son sens primitif: «La Sicile (c’est-à-dire la guerre en Sicile) lui (ei) fut assignée comme mission». — Decernere, o, is, decrevi, decretum, «décider».

Permissum est, passif impersonnel: «on lui permit».

Tunc équivaut à tum, suivi du c démonstratif qui se trouve dans hic. Devant c, m se change en n; tunc, pour tumc, de même qu’on a hunc pour humc, hanc pour hamc.

Vento secundo, «avec un vent favorable». Ce sens de secundus se retrouve dans notre verbe «seconder».

Ut non. Lorsque ut exprime la conséquence («si grande que»), il n’est pas remplacé par ne dans une proposition négative. Ce remplacement a lieu au contraire lorsque ut est final («afin que»).

Duci, infinitif présent passif; ne pas confondre avec le datif sing. de dux.

Videor, «sembler»; très rarement «être vu».

Ablatae sunt, parfait passif de auferre, aufero, aufers, abstuli, ablatum, «ôter». Notez les trois formes différentes prises par la préposition devant des consonnes différentes: ab, abs, au.

Littora (pl. neutre de littus, littoris), «les rivages»; Africae, «de l’Afrique»; conspecta sunt, «furent aperçus» (parfait passif de conspicere, io, is, conspexi); brevi (tempore), «en peu de temps», au bout de peu de temps.

Exponere copias, sens spécial militaire, «débarquer des troupes».

Metari castra, «limiter le camp» (de meta, «la borne») établir son camp (sur les hauteurs voisines du lieu du débarquement).

ibi, comme hic, peut avoir le sens temporel («alors»), comme le sens local («là»).

Nec…​ nec…​, «d’une part, d’autre part», comme: et…​ et.

Curavit (speculatores) deducendos (esse), «il eut soin que les espions fussent conduits». Notez cet emploi du participe en dus, après les verbes qui marquent une mission à remplir; ex.: dedit mihi librum legendum, «il m’a donné un livre à lire».

Manipulus, «compagnie», généralement composée de 120 hommes; la légion se composait de 80 manipules.

Cette phrase: Ibi speculatores etc. est bien caractéristique de la construction latine: «Il ne supplicia pas des espions des ennemis, surpris dans le camp et conduite vers lui.» L’auteur commence par les participes: deprehensos, — perductos, parce que l’arrestation a précédé la décision de Scipion. C’est un exemple de ce que j’ai dit autrefois de la construction «chronologique» de la phrase latine.

Interrogavit an; c’est, régulièrement, en tête du 2e membre d’une interrogation double qu’on rencontre an, utrum étant en tête du 1er. «Il lui demanda s’il était bien portant ou malade», interrogavit, utrum valeret an aegrotaret. Toutefois on rencontre souvent, à partir de l’époque d’Auguste, an pour introduire une proposition interrogative simple, au lieu de num, ou de ne.

Considerassent (= consideravissent), p-q-p. du subj. amené par l’interrogation indirecte.

Jubeo, «ordonner»; jubeor, «recevoir l’ordre de».

Contudit (parf. de contundere, o, is, contudi, contusum), «il brisa»; animos, «le courage», «le moral», comme nous disons; hostium, «des ennemis»; illa fiducia (ablatif), «par cette confiance»; sui, génitif objectif, «en soi»; priusquam, «avant que» (il brisât); arma, «ses armes».

Cum nuntiatum esset, «alors qu’il avait été annoncé» (passif impersonnel); eum (quem) adduci in castra Romana, «qu’il (Syphax) était amené dans le camp romain».

Velut ad spectaculum triumphi, «comme pour voir un triomphe».

Fortuna viri, «le sort de l’homme»; movebat omnes, «émouvait tous» (tout le monde).

Notez la construction du verbe donare: donare aliquem aliqua re, «gratifier quelqu’un de quelque chose». — Au contraire: dare aliquid alicui, «donner quelque chose à quelqu’un». Toutefois donare peut se construire aussi comme dare.

Res Romana, «la cause romaine».

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«Hannibal, vaincu par Scipion, en butte à la haine de ses concitoyens, se réfugia auprès d’Antiochus, roi de Syrie, et lui inspira des sentiments hostiles envers les Romains. On envoya de Rome des ambassadeurs à Antiochus; parmi eux se trouvait Scipion l’Africain. Dans une conversation avec Hannibal, il demanda à celui-ci quel avait été, à son avis, le plus grand homme de guerre. Hannibal répondit qu’Alexandre, roi de Macédoine, lui semblait le plus grand, parce qu’avec une petite troupe il avait mis en déroute des armées énormes. Il lui demanda ensuite qui il plaçait au second rang: «Pyrrhus, dit-il, parce qu’il a montré le premier à établir un camp, et que personne n’a su, avec plus de bonheur que lui, choisir des positions avantageuses, ou répartir des postes.» Scipion lui demanda enfin à qui il attribuait le troisième rang; Hannibal dit qu’il se l’attribuait à lui-même. Alors Scipion se mit à rire: «Eh bien, que dirais-tu donc, fit-il, si tu m’avais vaincu? — Oh, répondit Hannibal, alors je me serais mis au-dessus d’Alexandre, au-dessus de Pyrrhus, au- dessus de tous les autres.» Ainsi, par une flatterie improvisée, il mettait Scipion à part de tous les autres hommes de guerre, comme incomparable.»

Invisus, part. passé de invideo, «jeter un mauvais regard sur quelqu’un», d’où «jalouser» (fr. «envier»), «haïr». Le part. passé, «mal vu de», se construit avec le datif; suis, «les siens», ses concitoyens. On sait qu’Hannibal appartenait à la famille des Barca, chefs du parti populaire, volontiers belliqueux, tandis que les Hannon étaient les chefs du parti aristocrate, composé de riches marchands, pacifiques par crainte du trouble que la guerre apporte aux affaires. Le parti Hannon était revenu au pouvoir, et Hannibal s’était exilé.

Fecit eum hostem, «le rendit ennemi».

Quaesivit ab eo, construction normale des verbes de demande; en effet il s’agit de chercher à obtenir quelque chose de quelqu’un, c’est-à-dire d’éloigner quelque chose de quelqu’un, d’où ab et l’ablatif.

Videri, «paraître». Sibi, et non ei, parce que ce pronom représente le sujet de la proposition principale respondit.

Manus, «une poignée d’hommes». Fundere, o, is, fudi, fusum, «répandre, disperser, mettre en déroute». Le subjonctif après quod, parce que l’auteur rapporte la pensée d’Hannibal (style indirect).

Elegantius, comparatif de l’adverbe eleganter. Nous disons de même en français «une solution élégante» (d’un problème).

Ducere, noter ce sens de «penser», que nous retrouvons dans induction, déduction.

Notez les mots dont se sert Scipion pour insister: quidnam igitur tu. On sait que le pronom personnel n’est habituellement pas exprimé.

Improviso genere assentationis, «par un genre imprévu de flatterie». Imprévu de Scipion, sans doute; car il est difficile de croire que cet aveu ait échappé à Hannibal malgré lui, qu’il soit involontaire.

E grege imperatorum, «de la foule des généraux». Grex, gregis, «le troupeau». Se désagréger, c’est «se dissoudre»: les éléments se séparent de la troupe, pour ainsi dire, qu’ils formaient. Un professeur agrégé est celui qui, à la suite d’un concours, a été admis à faire partie de la troupe, du corps, des professeurs.

QUINZIÈME LEÇON

1°) Infinitifs et participes du verbe ducere.

Infinitif présent actif: «je t’ordonne d’épouser Marcelle» jubeo te ducere Marcellam uxorem. Ducere uxorem, parfois ducere seul, signifie «épouser», en parlant du mari, qui «conduit» chez lui la mariée, après l’avoir prise dans la maison où elle habitait jusque-là; — en parlant de la femme, le verbe est nubere, «prendre le voile nuptial», et le mari se met au datif, par exemple Paulo, «en l’honneur de Paul, pour Paul».

Infin. prés. passif: «Je crois que la plupart des hommes sont guidés par leurs passions», credo plerosque homines voluptatibus duci (plerique, pleraeque, pleraque, «la plupart»).

Inf. fut. act. «J’espère que le général conduira heureusement ses légions», spero imperatorem legiones feliciter ducturum esse.

Inf. fut. passif: «On dit que l’enfant qui respecte ses parents sera conduit au ciel», dicunt puerum, qui parentes vereatur, in caelum ductum iri (vereatur au subj. par attraction modale, parce que la relative dépend d’une infinitive; on peut dire aussi: subj. du style indirect, puisque cette relative exprime la pensée des gens dont on parle, sujets de dicunt).

Inf. passé actif: «On raconte que Scipion a conduit son armée en Afrique», narratur (passif impersonnel pour traduire «on») Scipionem exercitum in Africam duxisse (l’accus. après in, à cause du changement de lieu; on pourrait avoir: Scipio narratur duxisse, passif personnel, «Scipion est dit avoir conduit»).

Inf. pft. passif: «Je crois que la légion a été conduite à la victoire», credo legionem ad victoriam ductam esse.

Participe présent actif: «Le berger, conduisant son troupeau, fut tué par des brigands», pastor, gregem ducens, a latronibus occisus est.

Partic. fut. act.: «Sur le point de conduire son navire au port, le pilote tomba à la mer», navem in portum ducturus, gubernator in mare decidit.

Part. passé passif: «Conduit aux enfers, Enée y vit son père», Aeneas, ad inferos ductus, patrem ibi vidit.

Participe d’obligation: «Tu devras épouser une jeune fille aussi robuste et aussi sensée que possible», puella quam validissima et quam prudentissima tibi ducenda erit (se rappeler le sens de quam devant un superlatif: «le plus…​ possible»).

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2°) Version:

SCIPION L’AFRICAIN (suite)

«Dans la suite, deux tribuns de la plèbe citèrent Scipion l’Africain en justice, en l’accusant d’avoir frustré le trésor public du butin fait sur Antiochus. Quand arriva le jour du procès, une foule immense accompagna Scipion au forum. Quand on l’invita à présenter sa défense, sans parler du tout de l’accusation, il prononça un magnifique discours sur ses actes passés. «C’est en ce jour, dit-il, que j’ai vaincu Carthage: allons au Capitole et offrons un sacrifice aux dieux.»

Aussitôt, il partit du forum et monta au Capitole; en même temps, l’assemblée tout entière laissa là les accusateurs et suivit Scipion; personne ne resta avec les tribuns, sauf le héraut qui appelait l’accusé. Puis, pour ne pas être tracassé davantage par les attaques des tribuns, il se retira dans sa villa de Literne, où il passa le reste de sa vie sans regretter Rome».

Il ne faut pas oublier que Scipion était un grand seigneur, un «aristocrate» pur sang. L’hostilité des tribuns de la plèbe à son égard ne doit donc pas nous surprendre; — et c’est un procédé classique que d’accuser de malhonnêteté ses ennemis politiques. La façon dédaigneuse de Scipion de «répondre par le mépris» est bien caractéristique. Entre nous, elle ne prouve pas grand chose. Mais le peuple romain était aristocrate dans l’âme, et l’enthousiasme avec lequel il accueillit ce geste théâtral est significatif.

Dicere diem, «fixer un jour pour comparaître». C’est une locution technique judiciaire pour dire: «attaquer en justice».

Quasi, «comme si», se construit avec le subj., ce qui est facile à comprendre, puisqu’il s’agit généralement d’une comparaison c’est-à-dire d’une supposition opposée à un fait. Ici, quasi indique le texte d’une accusation, et le subj. est tout naturellement amené par le style indirect. Quasi a pour synonyme tanquam.

Praeda capta est à l’ablatif, complément de fraudavisset; l’ablatif, cas de l’éloignement, est naturel après un verbe qui signifie «frustrer de». Ex Antiocho est aussi une construction naturelle après le verbe «prendre».

Ubi, à côté de son sens local, «où» (que nous avons plus bas: ubi aetatem egit), a un sens temporel: «lorsque». J’ai déjà fait remarquer que beaucoup de mots ont ainsi à la fois un sens local et un sens temporel: ante, «devant» et «avant»; post, «derrière» et «après»; hic, ibi: «là» et «alors». — Ubi se construit avec l’indicatif, comme il est normal pour les conjonctions qui marquent le temps, c’est-à-dire un fait: cum et ut dans le sens de «lorsque», postquam, etc. Ubi primum et ut primum, signifient «dès que».

Dies causae dicendae, substitution habituelle, quoique non obligatoire, pour dies dicendi causam. Je vous rappelle que la substitution n’est obligatoire ni pour le gérondif en di, ni pour l’ablatif en do sans préposition: «il est devenu savant en lisant des livres», doctus evasit legendo libros. Au contraire, la substitution du participe en dus au gérondif est obligatoire quand le gérondif est en dum, en do datif, ou en do ablatif précédé d’une préposition.

Dicere causam, c’est «plaider sa cause», généralement donc «se défendre».

Frequentia, «foule». Nous disons dans le même sens «une rue fréquentée». Mais «fréquence» se rapporte maintenant à des phénomènes consécutifs, et non simultanés.

Jussus, participe passé de jubeo, jussi, jussum, «ordonner». «Ayant été commandé de», «ayant été invité à». Ne pas oublier que jubere a souvent ce sens poli.

Crimen, criminis, neutre comme tous les noms en men, minis, c’est «l’accusation». Nous avons en français: «faire un crime de quelque chose à quelqu’un», c’est-à-dire, «lui en faire grief», «l’en accuser». Cf. aussi incriminer, «accuser». Ici: «sans aucune mention de l’accusation».

Ulla (et non pas nulla), après sine, qui est un mot négatif.

Habere orationem, «faire un discours». On voit le grand nombre d’acceptions de ce verbe habere: habere rationem, «tenir compte»; habere dilectum, «faire une levée de troupes»; haberi au passif, «être considéré comme», «être tenu pour». Nous aurons sans doute encore l’occasion d’en rencontrer d’autres.

Res gestae, «les actes», et souvent, emphatiquement, «les exploits». Gerere a constamment le sens de «faire». Geste, en français moderne, n’a guère conservé que le sens restreint de «mouvement». Pourtant son sens primitif se retrouve dans l’expression pléonastique «les faits et gestes de quelqu’un». Au Moyen Age, les «Chansons de gestes», dont la plus célèbre est la «Chanson de Roland», racontaient les exploits des héros.

Hac die, «en ce jour où nous sommes». Ce sens de hic = meus ou noster a déjà été vu plusieurs fois. Dies est ici du féminin, ce qui est normal dans le sens de «date, jour fixé, délai». Dans le sens de «durée de 24 heures», dies est du masculin. Au pluriel, il est toujours masculin.

Vici, parfait de vincere, o, is, vici, victum, «vaincre». Ne pas confondre avec vixi, de vivere, «vivre», ni avec vinxi, de vincire, «lier, enchaîner». Pour se rappeler vici, on peut se remémorer le mot de César, rentrant d’une facile expédition en Asie-Mineure: Veni, vidi, vici, phrase souvent citée quand on parle d’une victoire rapide.

Eamus, subj. présent de ire, «aller».

Diis, deis, ou dis, dat.-abl. pluriel de deus.

Supplicare, «offrir un sacrifice à…​».

Ascendit: le Capitole se trouvait sur une colline.

Contio, «l’assemblée». On a fait plusieurs recueils de «contiones», c’est-à-dire de discours prononcés dans les assemblées, extraits des historiens latins. Ces discours n’ont d’ailleurs rien d’authentique. Ils ont été presque toujours inventés à peu près de toutes pièces par les historiens; c’était un ornement traditionnel de l’histoire.

Nec quisquam = et nemo. Substitution habituelle déjà vue bien des fois.

Mansit, parfait de maneo, supin mansum, «rester» (manoir, manant, permanent, etc.).

Reus, «l’accusé»; ne pas confondre le génitif singulier ni le nominatif pluriel, rei, avec le gén.-dat. sing. de res, «chose».

Inde, «ensuite»; autre exemple de mot à sens tantôt local («de là»), tantôt temporel. Les composés deinde, deinceps, n’ont que le sens temporel.

Ne et le subj. = ut non dans une proposition finale: «afin que…​ ne pas…​»

Tribuniciis injuriis, «par les actions injustes, les outrages des tribuns». L’emploi de l’adjectif au lieu du génitif du nom a été déjà vu bien souvent: vas argenteum, «un vase d’argent».

Reliquam aetatem, «le reste de sa vie», tournure analogue à summus mons, «le sommet de la montagne».

Agere aetatem, «passer sa vie»; nous avons déjà vu: degere vitam.

Desiderium, «regret». Nous disons de même: «cet ouvrage laisse beaucoup à désirer», en donnant à désirer le sens d’un regret. Urbs: la ville par excellence, Rome.

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«Pendant le séjour de Scipion l’Africain à Literne, un assez grand nombre de chefs de brigands vinrent un jour pour le voir. Scipion crut qu’ils venaient pour se porter à des violences; il plaça un poste d’esclaves sur le toit de la villa, et il prenait les autres mesures nécessaires pour les repousser. Lorsque les brigands s’en aperçurent, ils jetèrent leurs armes, s’approchèrent de la porte et déclarèrent qu’ils n’étaient pas venus avec des intentions hostiles contre sa vie, mais en admirateurs de sa valeur, pour demander à voir un tel héros; ainsi, que Scipion ne refusât pas de se laisser voir. Quand Scipion eut appris cela, il fit ouvrir la porte et les fit introduire. Après avoir salué les montants de la porte comme l’autel le plus vénérable, ils saisirent avidement la main de Scipion et la tinrent longtemps embrassée. Puis ils déposèrent des présents devant le seuil, et s’en retournèrent, joyeux d’avoir eu le bonheur de voir Scipion. Scipion mourut peu après, et, en mourant, il demanda à sa femme que son corps ne fût pas ramené à Rome.»

Cette petite histoire de brigands ne manque pas de saveur. L’auteur nous la cite comme une preuve de la gloire extraordinaire de Scipion. Mais ce qui nous frappe surtout, nous lecteurs du XXe siècle, c’est la petite lueur qu’elle projette sur l’«histoire du brigandage dans l’antiquité». Nous voyons que, même aux beaux temps de la république romaine, la campagne n’était pas sûre. Liternum n’était qu’à une vingtaine de kilomètres de Naples; ce n’était donc pas une «campagne perdue». Or, nous voyons que Scipion n’a pas l’air étonné outre mesure de l’arrivée des brigands. Il est vrai que Liternum était au bord de la mer, et que les pirates maritimes ont exercé leur «profession» jusqu’au XIXe siècle. Mais ce n’est pas seulement la fréquence des brigands qu’il est intéressant de constater, c’est le caractère que l’auteur leur prête: ce sont des gens accessibles aux bons sentiments, notamment à l’admiration des héros. D’ailleurs, Scipion, loin de leur répondre par le mépris, ne refuse pas de les recevoir: il a donc une certaine considération pour eux. En somme ces chefs de brigands sont des espèces de soldats, qui exercent un métier dangereux, mais pas tellement décrié. Ils sont loin d’être les «pâles voyous» que le mot «brigands» peut évoquer à des esprits de notre temps.

Literni, locatif-génitif, «à Liternum».

Degere, sous-entendu vitam, «passer sa vie».

Forte, apparenté à fortuna, «par hasard»; ici, ce mot n’a pas d’autre sens que «un jour».

Ratus, part. passé de reor, «penser», d’où vient ratio, «raison».

Ad vim faciendam (et non ad faciendum vim), «pour faire violence», c’est-à-dire pour attaquer la villa.

In tecto: ne pas oublier que, dans les pays chauds, les toits sont ordinairement en terrasse. De là, les esclaves de Scipion pouvaient lancer des projectiles sur les assaillants. C’est à cause de ces toits-terrasses où, en Orient, on passait une bonne partie de sa vie, que nous avons l’expression tirée de l’Ecriture sainte: «crier quelque chose sur les toits.»

Opus est, «il est besoin». La construction habituelle est impersonnelle: Mihi opus est amico (abl.), «j’ai besoin d’un ami», avec l’abl. de l’objet dont on a besoin; cela ferait ici: alia quibus opus erat…​ Toutefois, on trouve souvent aussi, comme dans ce passage, le nominatif de la chose dont on a besoin. — L’origine de la locution opus est est obscure; il est possible que opus soit une forme archaïque de ops, opis, «moyen, secours»; car on ne voit pas le rapport avec opus, operis, «le travail».

Quod = id. Ubi = «lorsque». — Appropinquant, nuntiant, sont des «présents historiques», c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’autre valeur que des parfaits. C’est constamment que, dans les récits, le présent et le parfait alternent, sans aucune différence de sens: collocavit…​ animadverterunt…​ nuntiant…​ jussit, etc. Toutefois, pour animadverterunt, on peut faire remarquer que le présent n’aurait pas été dans les habitudes latines, car le latin marque toujours très exactement le rapport des temps, et il est évident que la remarque des brigands précède leur déclaration (appropinquant, nuntiant).

Januae: le datif est souvent l’équivalent de ad et l’acc.; il se trouve fréquemment après les verbes composés d’une préposition comme ad (ad, propinquo).

Conspectum, accus. de conspectus, us, «la vue».

Gravare, dérivé de gravis, «lourd», signifie «charger», d’où «ennuyer». Cf. fr.: «la vie sédentaire lui pèse». — Au passif, c’est «être ennuyé».

Ne gravaretur, équivaut à un impératif négatif. On sait que, pour exprimer une défense, on se sert de ne et du subj. prés. ou passé. Les brigands disent: ne gravetur (présent), «qu’il ne refuse pas»; — ici, l’imparfait du subj. vient de ce que l’on rapporte cette prière au passé: «ils demandèrent qu’il ne refusât pas…​»; c’est en somme une application de la concordance des temps.

Praebere se spectandum, «se donner à voir», «se montrer».

Quod contigisset. Contingere, «arriver», se dit en parlant d’un bonheur; accidere, d’un malheur; evenire, d’un événement indifférent. — Il y a le subj. parce qu’on rapporte les paroles des brigands (style indirect). Sibi est sous-entendu: «il leur était arrivé.»

SEIZIÈME LEÇON

1°) Participes du verbe sequi.

Part. prés.: «Les jours suivants, il se reposa», sequentibus diebus quievit.

Part. fut.: «Pour suivre César, il partit en Gaule», Caesarem secuturus, in Galliam profectus est.

Part. passé.: «Ayant suivi l’avis de son père, il se retira à la campagne», patris sententiam secutus, rus secessit (pas de préposition devant rus, pas plus que devant les noms de villes, humus et domus).

Part. d’obligation: «Voici la voie à suivre», ecce via sequenda «devant être suivie»).

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2°) Versions:

Si vous possédez un De viris, je vous engage à lire les chapitres que nous laissons de côté, faute de temps pour tout expliquer. Voyez, par exemple, dans la vie de Caton le Censeur, tous les traits du caractère «vieux-romain»: sa sobriété; sa défiance de la vie large menée par Scipion; son mépris du luxe, qui lui fait proposer d’interdire aux femmes les bijoux, les vêtements de plusieurs couleurs et les voitures de luxe, interdiction qu’il ne put pas obtenir, d’ailleurs, car la coquetterie féminine a toujours remporté la victoire sur les plus graves opinions; son obstination à réclamer la destruction de Carthage, en terminant toutes ses explications de vote, sur n’importe quel sujet, par Hoc censeo, et Carthaginem esse delendam, «voilà ce que je pense, et aussi qu’il faut détruire Carthage» — la haute idée qu’il avait de ses devoirs de père de famille; — sa grande estime pour l’agriculture, et son mépris pour la banque.

L’histoire de Paul Emile vous présente la vie d’un grand général romain aux plus beaux temps de Rome, au moment où, aux anciennes vertus: esprit de famille, désintéressement, toujours vivaces, s’ajoutait le charme d’une douceur de vie nouvelle, qui portait à la clémence. La grandeur même des conquêtes romaines allait bientôt corrompre les mœurs, et faire naître la mollesse et le désordre.

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LUCIUS MUMMIUS

«Corinthe s’était soulevée contre Rome, et avait outragé ses envoyés. Le consul Lucius Mummius leva une armée et partit contre elle. Les Corinthiens, comme si la guerre contre les Romains ne leur créait aucune difficulté, n’avaient pris aucune précaution. Pensant au butin, et non au combat, ils avaient amené des voitures pour remporter les dépouilles des Romains. Ils avaient placé leurs femmes et leurs enfants sur les hauteurs, pour voir la bataille. Cette folie reçut un prompt châtiment: taillés en pièces dans le combat engagé sous les yeux de leurs familles, ils leur laissèrent une vision sinistre, et le terrible souvenir d’un désastre. Leurs femmes et leurs enfants, de spectateurs devenus esclaves, furent la proie des vainqueurs. La ville de Corinthe elle-même fut d’abord mise à sac, puis démolie au son de la trompette. Toute la population fut vendue comme prisonniers de guerre; leur chef, après la défaite, se réfugia dans sa maison et y mit le feu; il tua sa femme et la lança dans le brasier; lui-même s’empoisonna.»

Voilà un tableau saisissant de la guerre dans l’antiquité: sac et destruction, d’une ville, population réduite en esclavage. On comprend que la vision de ce qui attendait les vaincus ait parfois donné aux villes menacées le courage du désespoir: nous le verrons tout à l’heure pour Carthage. Pour bien comprendre l’antiquité, il ne faut jamais oublier que l’on ne concevait pas alors la possibilité de se passer d’esclaves, qui assuraient tous les services pénibles. Les esclaves étaient en nombre énorme; à Rome, les deux tiers de la population totale.

Corinthii, Romanos…​ Nous avons déjà vu cette habitude latine de nommer les peuples au lieu des Etats. Nous faisons le contraire en français.

Veluti, pour velut si, «comme si». «Comme s’ils n’avaient pris en charge (suscipere) rien en fait d’affaire (nihil negotii) par suite de la guerre romaine.» Notez ce sens de suscipere (sub-capere), «prendre par en dessous, se charger de, s’exposer à». Nihil negotii, construction analogue à nihil novi, «rien de nouveau».

Vecordia, «folie»; de ve, préfixe privatif, et cor, cordis, «le cœur». Cf. vesania, «folie» (fr. médical: vésanie).

Urbs Corinthus: bien que nous traduisions par: «la ville de Corinthe», Corinthe n’est pas un complément de ville, mais une «apposition». C’est pour cela qu’elle est au même cas que urbs.

Venditus, participe passé de vendere.

interiit, parfait de interire, eo, is, composé de ire. Notez le sens: «se fit mourir.»

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«Il y avait à Corinthe une grande quantité de statues et de tableaux précieux, dont Mummius pourvut abondamment Rome et toute l’Italie. Mais il ne rapporta rien chez lui. D’ailleurs il était si peu connaisseur, si ignorant en ces matières, que, lorsqu’il passa le marché pour le transport de ces tableaux à Rome, il signifia aux entrepreneurs que, s’ils les perdaient, ils auraient à en fournir des neufs à la place. Un tableau d’un peintre célèbre servit de table à jouer à des soldats qui faisaient des parties de dés. Ce tableau fut ensuite mis en vente comme butin, et le roi Attale l’acheta six mille sesterces. Mummius s’étonna du prix, soupçonna, d’après le jugement d’autrui, la beauté du tableau, cassa la vente et fit porter le tableau à Rome.»

C’est encore un épisode bien connu. Mummius, dans son dédain pour les œuvres d’art, était bien dans la tradition de ces vieux Romains, pour qui il n’y avait rien de sérieux en dehors de l’agriculture, du droit et de la guerre. Près d’un siècle plus tard, en 70 avant J.-C., Cicéron, esprit pourtant très cultivé, amateur d’art lui-même, se croyait encore obligé, dans son discours contre Verrès sur les objets d’art volés par celui-ci (De Signis), de prendre des précautions oratoires pour ne pas heurter ce préjugé: il faisait semblant d’avoir oublié le nom des artistes, par exemple.

Erat: ce sens de «il y avait» est très fréquent. Corinthi, locatif. Vis, «abondance», sens dérivé; le sens premier est: «force». Nous disons de même: «il y avait force statues», pour: «beaucoup de statues».

Nihil vero: j’ai parlé plus haut du désintéressement, vertu romaine.

In domum suam. Lorsque domum est seul, il ne prend pas de préposition: eo domum, «je vais chez moi». Mais, accompagné d’une détermination, il suit le sort commun des noms.

Sed, Sens assez vague: «d’ailleurs».

Adeo ut, «à tel point que».

Locare, c’est «adjuger». «Il adjugeait les tableaux devant être transportés à Rome», c’est-à-dire: «le transport des tableaux».

Edicere, c’est généralement rendre une ordonnance, en parlant du consul ou, plus souvent, du préteur, qui était chargé de rendre la justice, Ici, c’est insérer une clause dans un contrat entre un fournisseur et l’administration.

Conducere; sens général: «conduire»; c’est souvent «louer», contraire de locare. Locare s’applique au propriétaire, conducere, au locataire. Conducere domum, «louer une maison». Par extension, ici, se présenter à une adjudication, «soumissionner».

Venderetur: ce passage vous montre que, bien que le passif de vendere soit régulièrement venire, composé de ire, certaines formes du passif de vendere se rencontrent parfois. A partir de l’époque d’Auguste (début de notre ère), on trouve: venditur, venduntur, vendebatur, vendebantur, venderetur, venderentur, venditus est, vendi (inf. passif). Les langues ont en effet toujours tendance à supprimer les irrégularités, à tout uniformiser.

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SCIPION EMILIEN

«Au moment de la troisième guerre punique, Scipion était déjà célèbre; tout jeune encore il fut élu consul, et on lui donna pour mission, sans recourir au sort, le commandement en Afrique, afin que le petit-fils achevât la ruine de la ville que le grand-père avait déjà fortement ébranlée. A cette date en effet, les Romains, sur les conseils de Caton, avaient pris la résolution de détruire Carthage. On ordonna donc aux Carthaginois, s’ils voulaient avoir la vie sauve, de quitter leur ville, et de s’établir en un autre endroit, éloigné de la mer. Lorsqu’on apprit cela à Carthage, aussitôt des gémissements, de grands cris s’élevèrent: «Il fallait faire la guerre, il valait mieux souffrir toutes les extrémités, que d’abandonner la patrie.» Comme ils n’avaient ni navires ni armes, ils scièrent les toits des maisons pour en faire une nouvelle flotte; on fondit l’or et l’argent, pour remplacer le bronze et le fer; les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards travaillaient tous ensemble avec ardeur; on ne cessait de travailler ni jour ni nuit. On coupa d’abord les cheveux des servantes, pour faire des cordes avec; puis même les dames de qualité apportèrent leurs cheveux pour le même usage. Scipion fit avancer son armée jusque sous les murs de Carthage, et en entreprit le siège. La ville, bien qu’elle fût défendue avec la plus grande énergie, fut cependant prise. Quand la situation fut désespérée, 40.000 hommes se rendirent au vainqueur. Le général lui-même, Hasdrubal, à l’insu de sa femme, vint se prosterner aux pieds de Scipion en suppliant, une branche d’olivier à la main. Mais lorsque sa femme vit que son mari l’avait abandonnée, elle le maudit; puis saisissant ses deux enfants, un de chaque main, elle se jeta du haut de sa maison au milieu du brasier que formait la ville en flammes.»

Si les Carthaginois n’avaient plus ni flotte, ni armes, c’est qu’ils les avaient eux-mêmes livrés aux Romains: 200.000 armures et 3.000 machines de guerre, dit-on; ils s’étaient remis à la discrétion de leurs ennemis pour éviter la guerre. C’est alors que Rome leur ordonna de se retirer à dix milles dans l’intérieur des terres, c’est-à-dire de renoncer au commerce qui faisait vivre leur ville: les Carthaginois se repentirent, trop tard, de leur naïveté…​ ou de leur lâcheté. La politique des concessions perpétuelles est souvent dangereuse, surtout quand l’adversaire est imbu de l’idée de sa supériorité, et assez peu scrupuleux sur le choix des moyens: c’était le cas des Romains, quoique le De Viris ne le dise jamais, naturellement.

Extra sortem: d’ordinaire on tirait au sort entre les deux consuls les missions à remplir. Mais on n’avait pas voulu recourir, cette fois, à ce procédé.

Deliberatum habebant, «c’était pour eux une décision prise»; le sens n’est pas tout à fait le même que deliberaverant. Notez que peu à peu c’est cette tournure par avoir et le participe passé qui a prévalu, et qui a passé dans les langues dérivées du latin (langues romanes): «j’avais délibéré».

Carthagine, à Carthage». On trouve quelquefois un autre locatif: Carthagini.

Satius, «préférable», comparatif de satis, «assez».

Pro, «à la place de»; c’est le sens habituel de cette préposition.

Totonderunt, de tondeo, supin tonsum, «tondre»; parfait à redoublement. Funis, «corde»; cf. funiculaire, «train tiré par un câble».

Omen, ominis, «présage». Dirus, «funeste; Vouer aux funestes présages, c’est «maudire».

DIX SEPTIÈME LEÇON

1°) Thème:

Parentes fere imitamur, ou encore; homines parentes suos plerumque imitantur. — Narratur (ou: narrant) Scipionem cum Hannibale sermonem habuisse ou: Scipio narratur…​ habuisse. — Qui vidisset («celui qui aurait vu») latrones Scipionem admirantes (mieux que: latronum in Scipionem admirationem), is crederet hos civium optimos esse; ou: videndo latrones…​ ou: videns…​ (le part. pr.: «au moment où tu aurais vu», et le gér. en do: «parce que tu aurais vu» sont tous les deux admissibles), crederes…​, ou: si vidisses…​ crederes…​ ou: si quis vidisset…​ crederet…​Minore nobis saepe opus est (nobis est à la fois le datif complément de opus est, et l’abl. compl. de minore) — Quid dicunt (ou: dicitur) Lutetiae (locatif)? — Si quis a te petit (rogat) quomodo (ou ut) valeam (subj. de l’interr. indirecte), responde me aegrotare (prop. inf. après respondere).

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2°) Version:

TIBERIUS GRACCHUS

«Tibérius et Gaius Gracchus étaient les petits-fils de Scipion l’Africain par leur mère. Ce furent des jeunes gens distingués, qui s’adonnaient à de nobles occupations et qui donnaient à tous les meilleures espérances. C’est qu’en effet, chez eux, à des dispositions remarquables s’ajoutait une excellente éducation. Il nous reste des lettres de leur mère Cornélie, qui nous montrent non seulement qu’ils furent élevés sous ses yeux, mais encore que c’est d’elle qu’ils apprirent l’élégance du style. Cette femme très sage pensait à juste titre que les plus beaux bijoux pour les dames, ce sont des enfants bien élevés. Un jour, une dame de Campanie, en visite chez elle, lui montrait, avec une vanité bien féminine, ses bijoux, qui étaient fort précieux pour cette époque. Cornélie fit durer la conversation jusqu’à ce que ses enfants revinssent de l’école. Puis, quand ils rentrèrent, elle les montra à son amie: «Voilà, dit-elle, mes bijoux à moi.» Rien, certes, ne manqua à ces jeunes hommes, ni en fait de dispositions, ni en fait d’instruction. Ils auraient pu être de bons serviteurs de la république: tous deux préférèrent la troubler profondément.

Tibérius Gracchus, étant tribun de la plèbe, se sépara du Sénat; il se concilia la faveur du peuple par de grandes prodigalités; il distribuait des terres à la plèbe; il faisait accorder le droit de cité à tous les Italiens; il remplissait les provinces de nouvelles colonies; par ces mesures, il semblait se préparer les voies à la royauté. Aussi les sénateurs, convoqués, délibéraient-ils sur ce qu’il fallait faire. Tibérius vint au Capitole et porta la main à sa tête; par ce geste il indiquait qu’il confiait au peuple le soin de sa sûreté. Mais les nobles interprétèrent ce geste comme une demande du diadème. Alors Scipion Nasica, quoiqu’il fût le cousin de Tibérius Gracchus, fit passer le patriotisme avant l’esprit de famille; la main droite levée, il s’écria: «Que ceux qui veulent sauver la république me suivent!» Gracchus s’enfuit; Nasica le poursuivit, sauta sur lui et le tua de sa propre main. Le cadavre de Tibérius fut jeté dans le fleuve.»

Après l’histoire des premières conquêtes va commencer l’histoire des grands troubles civils: ils vont durer près d’un siècle, — sans d’ailleurs que les conquêtes s’interrompent pour cela. — A vrai dire, il y eut toujours des discordes civiles à Rome, toujours des réclamations des plébéiens, et toujours des résistances des patriciens; la sécession de la plèbe, en 494 avant J.-C. (voir l’histoire de Ménénius Agrippa) en est l’épisode le plus connu. Mais les crises devinrent beaucoup plus graves lorsque les conquêtes eurent introduit à Rome d’immenses richesses, concentrées entre les mains d’un petit nombre de patriciens; lorsque ces mêmes conquêtes eurent aussi encombré Rome d’une foule de prolétaires: anciens soldats ayant perdu le goût du travail des champs; étrangers venus de tous les coins du monde méditerranéen; esclaves affranchis. Quelle différence entre la ville de petits propriétaires-soldats des premiers siècles et la ville des Gracques, de Sylla, de César, où l’opulence sans bornes des nobles, dont quelques-uns possédaient plus de dix mille esclaves, contrastait avec la misère d’une foule aigrie!

Les Gracques étaient, leurs adversaires même en convenaient, des aristocrates au cœur généreux: ils nous rappellent en somme les grands seigneurs qui ont guidé les premiers pas de la Révolution française, Mirabeau, par exemple. Leurs intentions ne nous paraissent pas aussi noires que le De Viris voudrait nous le faire croire. Distribuer en petits lots les terres possédées par l’Etat, établir des colonies dans les provinces, c’était créer une nouvelle classe de petits propriétaires. Donner le droit de cité à tous les Italiens, c’était introduire parmi les électeurs un grand nombre de nouveaux citoyens sérieux, et lutter contre l’influence antisociale des prolétaires romains. Maintenant, n’y avait-il pas une part de chimère dans ces conceptions? Pouvait-on donner l’esprit «national» à des provinciaux jusqu’ici traités en sujets? Peut-être le Sénat n’était-il pas mal fondé à se méfier de l’idéalisme des Gracques. Mais peut-être aussi la principale opposition vint-elle des gros propriétaires nobles, qui louaient à bas prix, pour les faire cultiver par leurs esclaves, et surtout pour y faire paître leurs troupeaux, les portions du domaine public que Tibérius Gracchus voulait distribuer à la plèbe.

Je vous laisse le soin de constater combien les questions politiques et sociales ont peu varié, au fond, à travers les âges. Il est vrai que la constitution physique et morale de l’homme n’a guère changé; il ne faut donc pas s’étonner que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. De là la nécessité pour les hommes politiques d’étudier attentivement l’histoire. Mais combien y en a-t-il qui s’en soucient?

Nepos, nepotis, «le petit-fils». Plus tard on trouve, chez Saint Jérôme par exemple, ce mot avec le sens de «neveu», et c’est ce second sens qu’il a gardé dans notre langue, puisque neveu vient de nepotem (nepot, nevot, neveu). On appelle népotisme le fait de «caser» ses neveux, et par extension toute sa famille, dans les bonnes places dont on dispose. C’est une mauvaise manifestation de l’excellent sentiment qu’est l’esprit de famille.

Ex filia, «par sa fille». J’ai trouvé qu’il était plus conforme à nos habitudes françaises de traduire: «par leur mère». Nouvel exemple d’un changement de mots, absolument indifférent du moment que le sens est respecté.

Quippe, sens très proche de enim, «en effet».

In gremio matris, «dans le giron de leur mère», c’est-à-dire, par extension, «près d’elle», sous sa surveillance immédiate.

Matrona: c’est tout à fait le sens de notre mot «dame»; il oppose la «dame de qualité» à la femme du peuple; le sens de «mère de famille» y est d’ailleurs inclus: matrona vient de mater.

Hospita, c’est aussi bien «celle qui reçoit» que «celle qui est reçue». Il ne s’agit pas ici exactement d’une personne qui reçoit l’hospitalité, mais d’une visite.

Muliebriter, adverbe, «d’une manière féminine».

Traxit eam sermone dum, «l’entraîna par sa conversation jusqu’à ce que». Profitons de la rencontre de dum pour nous remémorer ses différents sens:

dum et l’indicatif, «tandis que» et «tant que»;

dum et le subjonctif, «jusqu’à ce que» et «pourvu que».

Liberi, «les enfants» considérés par rapport à leurs parents. C’est puer qui indique l’âge.

Quos, relatif de liaison, mis tout simplement pour eos: le latin aime beaucoup relier les phrases les unes aux autres.

Reversos, participe passé de revertor, eris, déponent. Ce verbe se trouve aussi à l’actif: reverto, is; il a le même sens dans les deux cas: «retourner, revenir de».

En, «voici». Après cette préposition, on trouve généralement le nominatif, mais parfois aussi l’accusatif. Ici, il est impossible de savoir de quel cas il s’agit, puisque le neutre a la même forme au nominatif et à l’accusatif.

Quidem, «ce qu’il y a de sûr, c’est que».

Istis, démonstratif à sens péjoratif, indique le peu de bien que l’auteur pense de ces fauteurs de troubles.

A natura. Notez ce sens de a, «du côté de». On trouve ainsi des expressions où a semble assez loin de son sens primitif, qui est «en venant de». Nous avons déjà vu, dans Horatius Coclès: a tergo, «du côté du dos», «par derrière». On trouve stare ab aliquo, «se tenir du côté de quelqu’un», «être du parti de quelqu’un». Servus a pedibus, «un esclave courrier»; servus a manu, «un esclave secrétaire».

Doctrina, racine: doceo, signifie en général «la science».

Ambo, «tous deux», même déclinaison que duo; nous avons en français le mot ambidextre, exactement «adroit des deux mains».

Tueri, parfait tuitus sum et tutus sum (d’où tuteur, etc.), signifie «protéger, veiller sur». Ce verbe est souvent employé en parlant de bons citoyens qui travaillaient à la prospérité de l’Etat; il ne faut pas oublier que, pour les Romains, le «service» du pays, c’était surtout la guerre.

Descisco, is, descivi, c’est «se séparer de quelqu’un», lui être infidèle. Ici, c’est s’opposer aux volontés du Sénat. On sait qu’à Rome c’était l’Assemblée du peuple qui votait les lois. Mais généralement elle suivait les directives du Sénat, composé de nobles. Au contraire, Tibérius Gracchus proposa des lois démagogiques, résolument hostiles aux idées du Sénat.

Dividebat, dabat, replebat: exemples du sens de «faire», comme dans l’exemple Caesar fecit pontem, «César fit construire un pont». Ici Tib. Gracchus ne peut rien faire par lui-même. Il fait distribuer, etc. par des lois.

Agros: il s’agit de l’ager publicus, «domaine de l’Etat». Lorsqu’un peuple était vaincu, Rome devenait propriétaire de son territoire; généralement elle laissait l’usage de la plus grande partie aux anciens propriétaires moyennant redevance. Mais elle en confisquait une partie, qui devenait domaine de l’Etat; elle vendait ou louait ces terres à de nouveaux propriétaires, ou elle y installait des colonies romaines.

Civitas, «le droit de cité romaine», qui comportait tous les droits civils et politiques.

Patres, «les sénateurs». On les appelle souvent patres conscripti, «pères conscrits», expression dont l’origine n’est d’ailleurs pas très claire.

Commendabat salutem, «il confiait sa sécurité».

Nobilitas accepit hoc signum, «la noblesse, le parti des aristocrates, reçut ce signe, le traduisit», ita quasi diadema posceret, «ainsi, comme s’il demandait la royauté». Poscere, o, is, poposci, poscitum. Les interprétations de mauvaise foi sont, on le voit, de toutes les époques.

Pour bien comprendre l’habileté de cette tactique des nobles, il faut se rappeler que le mot de roi excitait la fureur des Romains à un point qu’il est difficile de s’imaginer. Accuser quelqu’un de vouloir se faire nommer roi, c’était le faire tuer rapidement. Cette «phobie» de certains mots est de tous les temps. Comparez le sort du mot «aristocrate» sous la Révolution française, du mot «réactionnaire» sous la troisième république.

Praetulit, parfait de praeferre.

Cognatio, «la parenté»; cognati, «les parents», «les gens de la même famille»; parentes, «le père et la mère».

Sublatus, participe passé de tollere, o, is, sustuli, sublatum, «lever».

DIX-HUITIÈME LEÇON

1°) Thème:

Imus; — fer; — video milites ad urbem euntes; — ferris; — ferunt, fertur; — eamus; — i; — ferri;edat (quelquefois edit dans la langue archaïque), ederet ou esset; —- edit ou est; — edere ou esse; — nolis, nolles;velle; — malebam; — noli ferre, ne tuleris, ne feras, ne fer (poétique); — fiet; — fiat; — fieri; — factus erit; — ivisti, iisti, isti.

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2°) Version:

GAIUS GRACCHUS

Gaius Gracchus fut possédé de la même folie que son frère Tibérius. Soit pour venger la mort de son frère, soit pour s’emparer du pouvoir royal, dès qu’il parvint au tribunat, il se mit à prendre les mesures les plus détestables. Il fit de très grandes largesses, il ruina le trésor public, il fit voter une loi établissant des distributions de blé à la plèbe. Les projets pernicieux de Gracchus rencontraient l’opposition de tous les bons citoyens, et parmi ceux-ci particulièrement celle de Pison, ancien consul. Celui-ci avait longuement parlé contre la loi sur le blé; la loi passa néanmoins; alors Pison se présenta avec tout le monde pour recevoir du blé. Gracchus remarqua Pison dans le public. Il l’apostropha devant le peuple: «Est-ce comme cela que tu es logique avec toi-même, Pison, que de venir chercher du blé en vertu de cette loi que tu as combattue?» Pison lui répondit: «Certes, je ne voudrais pas, Gracchus, qu’il te soit permis de partager ma fortune entre tous les citoyens; mais si tu le fais un jour, je demanderai ma part». Par cette réponse, cet homme plein de bon sens et de sagesse montrait ouvertement que la loi que Gracchus avait fait voter gaspillait la fortune de l’Etat.»

La loi sur les distributions quasi gratuites de blé, dont il est question ici, est loin d’être aussi intéressante dans son principe que les distributions de terres. Refaire des cultivateurs, c’est-à-dire des créateurs de richesse, peut être un remède social. Permettre à la foule de vivre à bas prix sans travailler, c’est entretenir le paupérisme et préparer des révolutions sanglantes.

Idem furor, «la même folie furieuse»; qui (invaserat) Tiberium, «qui avait envahi Tibérius»; invasit Gaium, «envahit Gaius».

Seu…​ seu…​ ou sive…​ sive, «soit…​ soit».

Causa ou gratia, avec le gérondif en di, est un tour connu pour traduire «pour». Bien connu aussi le remplacement du gérondif suivi d’un complément direct par le principe en dus: causa necis vindicandae, au lieu de causa vindicandi necem. Ce remplacement n’est pas obligatoire pour le gérondif en di, mais il est habituel. Nex fraterna, pour nex fratris (vas argenteum, pour vas argenti) ne nous étonne pas non plus. Mais remarquons l’emploi de vindicare, «venger» (français: vindicatif), qui est moins fréquent dans ce sens que ulcisci, or, eris, ultus sum. D’ordinaire, vindicare veut dire «revendiquer». Notez aussi le sens de comparare, «acquérir» (espagnol comprar, «acheter»), composé de parare, qu’il ne faut pas confondre avec comparare, composé de par, «égal», qui signifie «comparer».

Adeptus est, parfait de adipiscor, eris, «obtenir». Un adepte, c’est un nouvel adhérent d’une religion ou d’une secte politique.

Inire, composé de ire, eo, is, ivi, itum, «aller dans», puis «entreprendre».

Consilia, «les projets», puis leur réalisation.

Effundere, o, is, effudi, effusum, «verser hors de», d’où «vider, ruiner».

De frumento dividendo plebi, «au sujet du blé à distribuer à la plèbe». C’est généralement ainsi qu’on nomme les lois: de et le gérondif en do.

Ferre legem, c’est «proposer une loi»; perferre legem, c’est la faire voter.

Omnes boni, «tous les honnêtes gens»; les historiens appellent ainsi les «conservateurs». Cela nous fait penser aux noms favorables que le parti conservateur s’est toujours attribué de tous les temps: «parti de l’ordre», etc. Il est d’ailleurs facile à comprendre que ceux qui possèdent regardent comme des gens peu recommandables ceux qui n’ont rien et qui voudraient bien obtenir une part de ce que les autres possèdent…​

Vir consularis; on traduit parfois: «personnage consulaire»; cela signifie tout bonnement: «ancien consul.»

Multa, «beaucoup de paroles», complément direct de dixisset.

Contio, c’est généralement «l’assemblée délibérante»; ici ce ne peut être le sens.

Stantem, «se tenant» (debout). Audiente populo romano, «le peuple romain entendant cela», «devant tout le peuple».

Qui, «comment», ablatif adverbial de l’interrogatif quid.

Constare sibi, «être constant avec soi-même», être logique avec soi-même.

Dissuadere, eo, es, dissuasi, dissuasum, «déconseiller».

Nolim (subj. prés. de nolo), «je ne voudrais pas»; liceat tibi, «qu’il te soit permis»; dividere mea bona, «de distribuer ma fortune»; viritim, «homme par homme».

Si facies, petam: deux futurs; après si, on trouve normalement le même temps que dans la proposition principale.

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«Le Sénat rendit un décret ordonnant, au consul Opimius «de veiller à ce que la république ne souffrît aucun dommage»; ce décret n’était rendu, habituellement, qu’en cas de grand danger. Gaius Gracchus avait armé tous ses gens et avait occupé l’Aventin. Aussi le consul appela le peuple aux armes et attaqua Gaius; délogé de l’Aventin, celui-ci, en sautant du temple de Diane, se donna une entorse; sur le point d’être appréhendé par les gardes d’Opimius, il tendit sa gorge à un esclave qui lui donna la mort, et se tua ensuite lui-même sur le cadavre de son maître. Le consul avait promis qu’il paierait la tête de Gracchus au poids de l’or. Aussi un certain Septimuleius l’apporta, fixée au bout d’une pique, et on lui donna un poids égal d’or. On dit même que cet individu avait auparavant fait un trou au crâne, en avait extrait la cervelle et y avait versé du plomb, pour rendre la tête plus lourde.»

Ferre decretum, tournure à rapprocher de ferre legem, bien que le sens ne soit pas le même.

Ne res publica caperet quid detrimenti, «que la république ne reçût rien en fait de dommage». Cet emploi de quid, pronom indéfini, au lieu de aliquid, après ne, ut, si, etc. a déjà été vu plusieurs fois.

Le sénatus-consulte: Videat consul ne quid detrimenti res publica capiat (ici nous avons videret et caperet, par concordance des temps avec latum est), investissait le consul de pouvoirs dictatoriaux. Aussi n’était-il rendu que tout à fait exceptionnellement: non solebat ferri, «il n’avait pas coutume d’être rendu», nisi in maximo discrimine, «si ce n’est dans un grand danger». Soleo, solitus sum, semi-déponent.

Familia: non seulement sa «famille», au sens français, mais ses esclaves, ses affranchis (les esclaves affranchis étaient tenus encore à certaines obligations envers leur ancien maître), ses clients (protégés du noble, qui était leur patronus, leur défenseur). Un personnage puissant avait ainsi à son service une véritable armée. Il ne faut pas oublier que les Gracques étaient de grands seigneurs.

Quam ob rem, «pour laquelle chose»; «c’est pourquoi».

Desilire, «sauter du haut de». Dum, «tandis que», est régulièrement suivi de l’indicatif présent, bien que intorsit soit au passé (torqueo, torsi, tortum ou torsum d’où tordre, torture, torsion).

Cum jam: «alors que incessamment il était pris», «alors qu’il allait être pris»; notez ce sens de jam.

Pro capite, «en échange», sens normal de pro. Quo, devant le comparatif gravius, remplace ut: «afin que la tête fût rendue plus lourde».

Cette manière originale de «mettre du plomb dans la tête» de quelqu’un dénote une ingéniosité qui ferait sourire, si ce récit tragique d’une journée sanglante d’émeute et de répression ne nous laissait plutôt sous une impression d’horreur.

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«Après la mort de Tibérius Gracchus, le Sénat chargea les consuls de sévir contre ses partisans. Un certain Blosius, ami de Tibérius, vint solliciter sa grâce; comme raison de lui pardonner, il alléguait qu’il aimait tellement Gracchus qu’il se croyait obligé de faire tout ce que celui-ci voulait. «Quoi, dit alors le consul, s’il avait voulu que tu misses le feu au Capitole, aurais-tu fait ce qu’il voulait à cause de cette amitié que tu allègues? — D’abord, reprit Blosius, jamais il n’aurait voulu cela. Mais s’il l’avait voulu, je l’aurais fait.» Ce mot est criminel. Car cela n’excuse pas une faute, que de l’avoir commise par amitié.»

Occiso Tib. Graccho, ablatif absolu, «Tib. Gracchus ayant été tué.»

Animadvertere signifie exactement: «faire attention». Animadvertere in aliquem, c’est faire attention à quelqu’un pour le punir.

Consentire cum aliquo, «être d’accord avec quelqu’un, être son partisan».

Deprecatum: le supin s’emploie au lieu de l’infinitif après les verbes de mouvement. Pro se, «pour lui-même». Ce sens de pro, déjà vu dans pro patria mori, «mourir pour la patrie», est moins habituel que le sens de «à la place de».

Hanc causam quod, «ce motif que»; notez ce sens de quod explicatif.

Le subjonctif de fecisset est amené par le style indirect: on rapporte les paroles de Blosius.

Tanti: avec les verbes qui marquent l’estime, l’adverbe se trouve au génitif. Exemple: magni aestimo, «j’estime beaucoup», Tanti ut, «tellement que».

Quidquid ille vellet, «tout ce que celui-ci voulait»; le subjonctif est amené par le style indirect. Autrement, on aurait l’indic., qui se trouve régulièrement après les relatifs indéfinis: quisquis, quicumque. Nous avons étudié cela il y a peu de temps. Cette proposition quidquid ille vellet est le sujet de faciendum (esse sous-entendu): «tout ce que celui-ci voulait, devait être fait par lui».

Ferre faces, «porter des torches», d’où «incendier». Fuisses obsecuturus, «aurais-tu été disposé à obéir?» Notez la valeur du participe futur en urus, étudiée récemment aussi.

Familiaris, «ami intime».

Quidem, «ce qu’il y a de sûr, c’est que». C’est ce que j’ai traduit par «d’abord».

Parere, eo, es, parui, paritum, «obéir».

Notez le sens de vox, vocis, pour «parole, mot»; cf. vocabulaire, «recueil de mots.»

Nulla excusatio est, «ce n’est pas une excuse». Ce sens de nullue est analogue à l’allemand kein = nicht ein.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Version:

MARIUS

Les querelles de politique intérieure, dont l’histoire des Gracques nous a montré l’acuité, passèrent au second plan des préoccupations des Romains sous l’empire de la crainte que fit naître en eux un immense péril extérieur. C’est une loi historique souvent constatée au cours des siècles, que les peuples du Nord sont attirés vers le Sud, les habitants des climats rudes, vers les climats doux.

Dans les temps modernes, les peuples ont cherché à adjoindre de nouveaux territoires à ceux qu’ils avaient déjà. C’est ainsi qu’en 1914, l’Allemagne désirait annexer une portion de la France, pour y établir une partie de sa trop nombreuse population (65 millions d’habitants, contre 40 en France, les territoires étant à peu près égaux). Dans l’antiquité, les peuples avaient un autre système: ils abandonnaient purement et simplement le territoire qu’ils occupaient, pour s’installer ailleurs. C’est ce qu’on a appelé les «migrations» des peuples. Au Xe siècle, les Spartiates s’étaient installés en Laconie, où ils n’avaient conservé les habitants que réduits en esclavage: c’étaient les Ilotes. De même, vers l’an 100, les Cimbres et les Teutons quittèrent la Germanie pour descendre en Italie. Cela ne leur réussit pas: les Romains étaient nombreux et bien organisés. Mais cinq et six siècles plus tard, les mêmes migrations recommencèrent, et cette fois Goths, Burgondes, Francs, Alamans, Vandales, réussirent à entrer dans l’empire romain. On sait pourquoi: c’est qu’alors, en face de ces races barbares, jeunes et prolifiques, l’Empire était, pour ainsi dire, vide d’hommes. La civilisation en était trop vieille, peut-être, et le luxe inouï des riches, comme la misère extrême des pauvres, avaient contribué à faire douter de la valeur de la vie; l’empire était peut-être trop étendu, le gouvernement trop tracassier. Le résultat de tout cela avait été une oblitération du sens national. On ne s’intéressait plus vraiment, dans le peuple, à l’avenir du pays. De là une stérilité presque générale. Il ne faut pas oublier que l’empire romain, le plus colossal gouvernement qu’on ait jamais connu, est mort, au fond, d’une crise de natalité.

Mais revenons en à la migration malheureuse des Cimbres et des Teutons.

«Après l’expédition de Numidie, Marius fut réélu consul, et un décret lui confia la direction de la guerre contre les Cimbres et les Teutons. Ces nouveaux ennemis, partis du fond de la Germanie, cherchaient une nouvelle patrie. Repoussés de la Gaule, ils passèrent en Italie. Trois généraux romains n’avaient pas pu soutenir leur choc. Mais Marius rejoignit d’abord les Teutons au pied même des Alpes, et les tailla en pièces. Les ennemis étaient maîtres du milieu de la vallée et du fleuve qui y coulait, si bien que les soldats romains n’avaient pas le moyen de se procurer de l’eau. La nécessité accrut leur courage, et les fit vaincre. Car, comme ils craignaient la soif, Marius leur dit, le doigt tendu vers l’ennemi: «Vous êtes des hommes: voilà où vous aurez de l’eau.» Aussi on combattit avec tant d’énergie, et il y eut tant d’ennemis de tués, que les Romains, vainqueurs, burent dans le fleuve rougi autant de sang barbare que d’eau.»

Creatus est iterum, «fut élu de nouveau», «fut réélu». D’après la loi, les consuls n’étaient pas rééligibles en sortant de charge. Mais on regardait Marius comme le seul général capable de sauver l’Etat: on ne tint pas compte de la loi.

Fines, au pluriel, a le plus souvent le sens de «territoire»; «du territoire extrême», «du fond de la Germanie». Profugus: ici le sens n’est pas «fuir», mais simplement «partir». Sedes: un territoire pour s’établir.

Primo; les Teutons avaient accompagné les Cimbres d’Allemagne en Espagne, puis ils s’étaient séparés d’eux pour traverser la Gaule et devaient les retrouver en Italie; mais ils y arrivèrent un an avant eux.

Radix, radicis, «racine» (d’où radical); ici, en parlant d’une montagne, «le pied».

Opprimere, o, is, oppressi, oppressum, «écraser».

Copia aquae, «ressource d’eau».

Virtus, «le courage»; aucta necessitate, «augmenté par la nécessité»; fuit causa victoriae, «fut la cause de la victoire».

Sitis, «la soif», a l’accusatif en im et l’ablatif en i.

Cruentus, «sanglant»; de cruor, «le sang qui coule».

«Après avoir détruit les Teutons, Gaius Marius se tourna contre les Cimbres; ceux-ci étaient entrés en Italie par un autre côté, et ils avaient traversé le fleuve Adige, non sur un pont, ni en bateaux, mais en y jetant toute une forêt. Marius accourut au-devant d’eux. Alors les Cimbres envoyèrent des parlementaires au consul, chargés de lui demander des terres pour eux et pour leurs frères; car ils ignoraient la défaite des Teutons. Marius leur ayant demandé de quels frères ils voulaient parler, ils nommèrent les Teutons. Marius sourit: «Ne vous inquiétez pas de vos frères, leur dit-il: ceux-là occupent la terre que nous leur avons donnée, et ils l’occuperont à jamais.» Les parlementaires comprirent qu’il se moquait d’eux, et menacèrent Marius de se venger, aussitôt que les Teutons seraient arrivés. «Mais ils sont là, dit Marius, et il convient que vous ne partiez pas d’ici sans avoir salué vos frères.» Alors il fit amener, enchaînés, les chefs des Teutons qui avaient été faits prisonniers dans le combat.»

Convertitur est au «présent historique», c’est-à-dire qu’il n’a d’autre sens que le passé; la preuve, c’est qu’on trouve plus loin miserunt, nominaverunt, etc.

In et l’accusatif a souvent le sens de «contre».

Ingressi Italiam: on pourrait avoir in Italiam. Cf. intrare regnum ou in regnum, «entrer dans un royaume». Comme in est déjà dans le verbe, on peut ne pas le trouver devant le complément.

Transiluerant, p-q-p. de transilire, «sauter par-dessus», «passer». Ils avaient traversé le fleuve Adige; ingestum, «rempli»; tota silva, «d’une forêt entière». Cette construction de ingestum est à noter. Ingerere, c’est «porter dans»; ingestus, «porté dans», devrait s’appliquer, semble-t-il, aux arbres, et non pas au fleuve. Mais nous avons ici un emploi semblable à: «un champ semé de blé»; on dit: «semer le blé», et le sens est: «un champ on a semé du blé». De même, flumen ingestum silva, c’est «un fleuve où l’on a jeté une forêt».

Legatus; ce mot a différentes acceptions, qu’il importe de ne pas confondre. Tantôt, il désigne un «lieutenant» du général en chef: Labienus Caesaris legatus erat. Ce mot «lieutenant», d’ailleurs, en français, ne signifie pas la même chose que le grade de «chef de section». «Le maréchal Ney fut un des plus habiles lieutenants de Napoléon.» Tantôt legatus signifie «député», «ambassadeur». C’est le sens ici.

Postulantes. Le participe remplace constamment une proposition subordonnée. Ici, c’est l’équivalent de ut postularent.

Scilicet: sci, «sache-le»; licet, «cela t’est permis», signifie «évidemment, naturellement». Synonyme composé de la même façon: videlicet, que l’anglais emploie couramment pour «à savoir», «c’est-à-dire».

Quaerere ab aliquo, est la construction normale. Quos, «qui»; dicerent, «ils appelaient»; fratres, «leurs frères»; proposition interrogative indirecte.

Sensere est la 3e pers. plur. du parf. indic., comme senserunt.

Habere aliquem ludibrio, «avoir quelqu’un à moquerie», «se moquer de quelqu’un». Cette construction par le datif est fréquente. Ici, nous en avons le passif.

Notez la construction du verbe minari, «menacer»: la chose dont on menace est à l’accusatif et la personne menacée est au datif. C’est l’inverse de la construction française. Nous avons vu: donare aliquem aliqua re, «donner quelque chose à quelqu’un». Ces différences de construction n’ont rien d’extraordinaire. En français nous construisons «promettre» comme minari: «promettre un châtiment à quelqu’un», et «gratifier» comme donare: «gratifier quelqu’un de quelque chose.»

Statim atque, «aussitôt que». Il est curieux de constater ce sens de «que» pour atque. Nous avons de même: simul atque, «en même temps que»; est alius atque erat, «il est autre qu’il n’était», etc.

Atqui, «mais», ou: «eh bien», ne doit pas être confondu avec atque.

Decet, «il convient». Décent est synonyme de «convenable».

Nisi, «si ce n’est». Salutatis fratribus, ablatif absolu. Notez ma traduction par «sans».

Vinctos, part. passé de vincire, «enchaîner», ne doit pas être confondus avec victus, part. passé de vincere, «vaincre».

«En apprenant ces nouvelles, les Cimbres sortirent de leur camp et s’avancèrent pour combattre. Marius disposa son armée de manière que l’ennemi reçût la poussière dans les yeux et dans la bouche. Cette énorme multitude des Cimbres fut écrasée dans un carnage incroyable: on dit que 180.000 hommes furent tués. Il fallut se battre avec les femmes autant qu’avec les hommes. Car celles-ci, montées sur les chariots qui formaient un rempart tout autour de leur camp, combattaient d’en haut, comme sur des tours, à coups de piques et d’épieux. Vaincues cependant, elles envoyèrent une délégation à Marius, pour demander d’être laissées libres. On le leur refusa. Alors elles étouffèrent ou assommèrent leurs enfants, puis se tuèrent les unes les autres, ou bien, faisant une corde de leurs cheveux, elles se pendirent aux arbres et aux timons, dressés en l’air, de leurs chariots. On raconte qu’on en vit une qui avait pendu ses deux fils à ses pieds, et s’était pendue elle-même à un arbre.»

His rebus auditis, abl. abs., «ces choses ayant été entendues».

Castrit egressi. On pourrait avoir e castris. Cf. plus haut la construction ingressi Italiam.

Prodierunt, parfait de prodire, «s’avancer».

Ut pulvis ferretur in oculos, «de sorte que la poussière fût portée (par le vent) dans les yeux…​».

Ora, accus. plur. de os, oris, «bouche, visage». On connaît ora, orae, «bord, lisière» et os, ossis, «os», «ossement».

Incredibili: se rappeler en passant que les adjectifs parisyllabiques (type fortis), ont l’abl. sing. en i. Exemple commode: «j’ai été sauvé par un citoyen courageux», servatus sum a cive forti.

Prosternere, o, is, prostravi, prostratum, «renverser». Fr.: se prosterner, et prostré, prostration.

Centum octoginta milia hominum, «180.000 hommes»; traduntur, «sont dits»; caesa (esse), «avoir été tués».

Illae, «celles-ci»; altae, «montées»; plaustris, «sur les chariots»; objectis undique, «mis en avant de tous côtés». Les Cimbres avaient fait un rempart de leurs chariots tout autour de leur camp.

Quasi e turribus, «comme du haut de tours»: les tours roulantes étaient couramment employées dans les sièges de villes.

Concidere et pependerunt, sont deux verbes neutres: concido (cum-cado), «tomber»; pendeo, «être suspendu». Ce sont deux verbes de résultat: «elles tombèrent sous des blessures mutuelles»; «on les vit suspendues», c’est-à-dire «elles se pendirent». Mais il faut noter qu’il n’y a pas se concidere (de cum-caedere) ni se pependerunt (de pendo, is, «suspendre»).

Ferunt, «on rapporte que…​»

VINGTIÈME LEÇON

1°) Thème:

Omnes sciunt (ou: constat) Marium ex humillimo loco esse (ou: humillimo loco ortum [ou: natum] esse), nec quisquam arbitratur (ou: credit; ou putat; ou sibi fingit; ou neque cuiquam in mentem venit) eum nobilem fuisse.

«Tout le monde»; la traduction totus mundus signifierait: «l’univers entier», ce qui n’est évidemment pas le sens.

Le verbe constat, à lui seul, signifie: «il est certain», «il est admis par tout le monde que».

Notez l’emploi de loco (ablatif) pour indiquer l’origine. Se rappeler le superlatif particulier de humilis (de même facilis, difficilis, similis, dissimilis, gracilis).

Nec quisquam, et non pas et nemo.

Remarquez l’expression: neque cuiquam in mentem venit, «il ne vient à l’esprit de personne» (exactement: à l’esprit à personne).

L’emploi de la proposition infinitive après «savoir» et «s’imaginer» est trop naturel pour qu’on y insiste.

Ille autem miles fortis erat, idemque diligens. Cum olim Scipio omnes exercitus equos inspiceret, Marii equus ei longe pulcherrimus visus est. Itaque illi gratulatus est.

Autre traduction: Scipioni olim cunctos exercitus equos inspicienti Marii equus longe pulcherrimus visus est. Quare illum laudavit.

Autem, itaque, quare: vous savez que le latin aime relier les phrases les unes aux autres.

Idemque, dans le sens de «et aussi» a déjà été vu bien des fois. Il est également bien conforme aux habitudes latines, au lieu de nos deux propositions principales coordonnées, «il examina et…​», de subordonner la première: «alors qu’il examinait», ou «à Scipion examinant».

«Un jour»: olim, beaucoup plutôt que quodam die. «Paraître», videri. «C’est…​ qui», ne se traduit pas. Pulcher a un superlatif particulier, comme tous les adjectifs en er. «De beaucoup», devant un superlatif: longe.

Alio autem (ou: vero) die cum in cena quidam exclamavisset: «Si quid tibi forte accidat, o Scipio, num respublica unquam alium tui similem imperatorem habeat?» Scipio, Marium ostendens, respondit: «Fortassis istum.»

Dies, au singulier, peut aussi être du féminin, quand il a le sens de date: alia die. J’ai encore subordonné la 1re principale «quelqu’un s’écria»: «alors que quelqu’un s’était écrié.»

«Si tu venais à mourir.» Le mot «mourir», en parlant à quelqu’un, était évité par les Romains comme un mot de mauvais augure. De là l’euphémisme: «si quelque chose t’arrivait». On sait qu’un euphémisme est une tournure qui emploie des mots de bon augure pour désigner des événements fâcheux. C’est un tour fréquent, même en français. «Cet homme n’est pas une lumière», dira-t-on en parlant d’un imbécile.

L’expression si forte moriaris serait correcte, mais contraire aux habitudes latines. Le verbe «venir» est intraduisible ici; il s’agit d’un événement possible, et non de la venue de quelqu’un.

Notez l’emploi de num, comme interrogatif, parce qu’on attend la réponse «non». Néanmoins, «reperiatne respublica alium, etc.» serait correct.

«Jamais» est positif; il n’y a pas «ne…​ jamais»; c’est donc bien unquam et non pas nunquam.

Après similis, on trouve tantôt le génitif, tantôt le datif: tui ou tibi.

«Alors» n’est pas à traduire, puisque la subordination par cum indique déjà la liaison des idées.

«En montrant» est un participe (ostendens), et non un gérondif (ostendendo), car le gérondif marque la cause: «Il fit tuer Tibérius, en l’accusant de briguer la royauté», accusando: c’est la cause du meurtre. Ici, l’action de montrer accompagne simplement les paroles.

Istum est à l’accusatif, complément direct de habeat, «aurait, trouverait» (reperiat, inveniat).

Autre traduction: Alia autem die, cum in cena aliquis dixisset, si quid Scipioni accidisset, ecquemnam alium similem imperatorem habitura esset respublica, Scipio, Mario designato: «Fortassis istum», inquit.

Dans cette seconde traduction, les paroles sont rapportées au style indirect. Alors le verbe dixisset, au p.-q-p., entraîne par concordance des temps le p-q-p. accidisset et l’imparfait esset. Esset habitura, «serait en position de trouver»; notez cette valeur du participe futur.

On pourrait aussi avoir accideret et haberet. Mais accidisset est préférable, parce que la mort de Scipion précéderait la venue d’un nouveau général: on sait que les Latins étaient très attentifs au rapport des temps.

Ecquis, «est-ce que quelqu’un», a été vu récemment. Nam ne fait que le renforcer. Mario designato, ablatif absolu, tour très fréquent.

Quo dicto Marius maximos spiritus concepit.

Quo, pour relier à la phrase précédente; maximos, plutôt que magnos, parce que le latin aime les superlatifs.

Autre tournure: Quo dicto effectum est ut Marius…​ conciperet, «par cette parole fut obtenu ce résultat que Marius conçut…​»

Il reste bien entendu que d’autres tournures peuvent être ajoutées à celles que j’indique: la même pensée peut parfois se rendre de dix façons différentes.

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2°) Version:

MARIUS (suite)

«A ce moment survint (ortum est, «s’éleva» de oriri) à Rome (Romae, locatif) la première guerre civile. En effet le consul Sylla ayant été envoyé (cum missus fuisset) contre Mithridate, roi du Pont, Marius lui retira ce commandement, et fit en sorte d’être nommé général à la place (loco) de Sylla. Celui-ci, irrité (commotus, exactement «ébranlé») par cet acte (re), vint à Rome avec son armée, l’occupa militairement (armis, «par les armes»), et en chassa (expello, is, expuli, expulsum) Marius. Marius se cacha quelque temps dans un marais; mais il y fut pris (deprehensus est, le verbe «être» est souvent, sous-entendu) peu après, et, comme il était (ut et l’indic.), nu et tout souillé (oblitus, part. passé de oblino, is, oblevi) de boue (caenum), une corde (injecto, «jetée», que je ne traduis pas) au cou, il fut emmené et jeté en prison. On envoya même pour le tuer un esclave public (l’Etat possédait aussi ses esclaves), de nationalité cimbre (Cimbre par la nation). Marius l’effraya par la majesté de son visage. Ayant vu cet homme se diriger (venientem, «se dirigeant») vers lui, l’épée nue (strictus, de stringere, «tirer hors du fourreau»): Est-ce toi, lui dit-il, qui oseras tuer Marius? Cet homme, tout interdit et tremblant, jeta son épée et s’enfuit. Ensuite Marius fut libéré (envoyé hors de la prison) par ceux-là mêmes qui avaient d’abord voulu le tuer.

Marius, à qui l’on avait donné un petit navire (abl. abs.: «un petit navire ayant été reçu»), passa en Afrique, et arriva dans le territoire (agrum) de Carthage. Il était assis là, dans la solitude, quand il vit venir à lui un licteur du préteur Sextilius, qui administrait cette province. (Exactement: «comme il était assis là, un licteur vint à lui»). Marius attendait de ce magistrat, à qui il n’avait jamais fait de tort, quelque marque de politesse. Mais le licteur lui intima l’ordre de sortir de la province, s’il ne voulait pas s’exposer à des mesures de rigueur (exactement: «qu’on sévît contre lui»: animadverti est l’infinitif présent, passif impersonnel). Marius lui jeta un regard sombre et ne lui répondit rien. Alors le licteur lui demanda s’il y avait quelque chose, qu’il voulait faire dire au préteur (ecquid: «est-ce que quelque chose» est le sujet de l’inf. passif renuntiari, «être rapporté»; vellet est au subj. de l’interrogation indirecte). Marius lui répliqua (cui, relatif de liaison): «Va, dis-lui que tu as vu Gaius Marius assis sur les ruines de la grande Carthage.» Par ce double exemple extraordinaire (notez l’ablatif en i de duplex, duplicis), il le faisait souvenir de l’inconstance des choses humaines, en lui mettant sous les yeux (ob: «devant») d’un côté (et…​ et) la ruine d’une grande ville, de l’autre le malheur d’un homme illustre.»

Marius rentra ensuite à Rome, y fit massacrer ses adversaires, et y mourut, ce pendant que Sylla achevait sa campagne contre Mithridate.

VINGT-ET-UNIÈME LEÇON

1°) Thème:

Ubi (ut) Sylla comperit (accepit, audiit, certior factus est) Romam in potestate inimicorum suorum esse, maturavit (properavit) eo redire.

Il n’y a rien à dire sur ces diverses tournures, dont le nombre vous montre la richesse du vocabulaire latin. — Eo, «là», question quo (mouvement vers).

Ibi (hic) (ubi hic fuit) multos Marii amicos occidit.

«Une fois» ne doit surtout pas être traduit par una vice, ni par semel (même sens). Car il signifie simplement: «lorsqu’il fut là.» «Il fit tuer»: le latin traduit: «il tua». Toutefois, si on voulait traduire absolument «il fit», on pourrait dire: jussit multos Marii amicos occidi.

«D’où viens-tu?» Unde venis? «Est-ce de Rome?» Romane? ou: Num Roma? ou même: An Roma? — «Oui, j’en viens.» Inde (hinc) enim venio. (Notez enim: «en effet.») «Mais toi, par où as-tu passé?» Tu autem, qua transisti? (Notez cette forme, vue à propos de ire.) — «Est-ce par Lyon?» An per Lugdunum? — «Oui, c’est bien par là.» Ita est, ea transivi. Ou: Ea quidem transivi (Ita est: «c’est ainsi, oui.»)

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2°) Version:

SYLLA

«Sylla, en raison des troubles de Rome, se hâta d’y rentrer avec son armée victorieuse. Il battit tous les partisans de Marius. Il n’y eut jamais rien de plus cruel que cette victoire. Sylla, nommé dictateur, fit afficher, par un procédé nouveau, inouï, une liste de proscription, qui contenait les noms de ceux qui étaient à tuer; et comme tout le monde s’indignait, le lendemain il ajouta encore plus de noms. Le nombre des victimes fut énorme. La cruauté fut aussi déterminée par la cupidité: il y eut beaucoup plus de gens tués à cause de leur fortune qu’à cause de la haine du vainqueur. Un paisible citoyen, qui possédait une propriété sur le territoire d’Albe, lisait les noms des proscrits; il vit le sien affiché aussi. «Malheur à moi, s’écria-t-il» ma propriété d’Albe me poursuit!» A quelque distance de là, quelqu’un le reconnut et le tua.

Puis tout à coup, contre l’attente générale, il déposa la dictature, et, après avoir renvoyé ses licteurs, il se promena longtemps au forum. Le public était stupéfait, en voyant redevenu simple particulier cet homme dont naguère la puissance avait été si redoutable. Il n’y eut qu’un jeune homme qui osât exprimer sa haine, et, quand Sylla rentra chez lui, le poursuivre de ses malédictions jusqu’à la porte de sa maison. Sylla supporta ses outrages avec patience, mais, en entrant chez lui, il dit: «Ce jeune homme sera cause qu’à l’avenir personne ne déposera jamais un tel pouvoir.» Sylla partit dans son domaine rural; il se mit à s’occuper d’agriculture et à passer son temps à chasser. Là il tomba malade et mourut; c’était un homme d’une grande valeur, qui aimait les plaisirs, mais encore plus la gloire. Il avait une bonne connaissance des lettres latines et grecques; il prisait tant les gens de lettres que même le zèle d’un mauvais poète lui parut mériter une récompense. En effet, celui-ci, un jour, lui avait offert une pièce de vers; Sylla lui fit remettre aussitôt une récompense, à la condition cependant qu’il n’écrirait plus rien. Jusqu’à sa victoire, il mérite des louanges; mais on ne saurait jamais assez le blâmer pour les événements qui suivirent: car il inonda Rome et l’Italie du sang de ses concitoyens. Non seulement il exerça sa fureur contre les vivants, mais il n’épargna pas même les morts; car il fit déterrer et jeter dans le fleuve les cendres de Gaius Marius, dont, s’il fut ensuite l’ennemi, il avait cependant été un jour le questeur. Ainsi il souilla par cette cruauté la gloire de ses grands exploits.»

Propter, «à cause de», avec l’accusatif (motus).

Motus, us, «mouvements, troubles».

Faveo, es, favi, fautum, «favoriser», gouverne le datif. Mario: «ceux qui favorisaient Marius», «les partisans de Marius».

Crudelius, comparatif neutre, parce que le pronom nihil, «rien», est neutre. Au lieu de l’ablatif illa victoria, on aurait pu avoir: «quam illa victoria», au nominatif, sous-entendu fuit.

Creatus, «nommé», terme technique pour la nomination des magistrats. Synonyme: factus.

Tabula, «tableau», ici: «liste».

Qua, «par laquelle»; nomina continebantur, «les noms étaient contenus».

Eorum qui essent occidendi, «de ceux qui étaient devant être tués». Le subjonctif essent est à noter. Il exprime la pensée du rédacteur de la liste, c’est-à-dire de Sylla; les noms de ceux qui, d’après la décision du dictateur, devaient être tués. C’est un emploi du subjonctif déjà étudié à propos du style indirect.

Orta esset, p-q-p. du subjonctif de orior, «se lever», «s’élever». On pourrait traduire indignatio omnium par: «l’indignation générale» (génitif d’un nom ou pronom, remplacé par un adjectif).

Plura nomina, «plus de noms». Exemple du comparatif de multi, étudié à propos des adverbes de quantité. Etiam plura, «encore plus de».

Caesorum, génitif pluriel de caesus, «tué».

Avaritia, «la cupidité» («avarice» convient beaucoup moins souvent pour traduire ce mot); praebuit etiam causam, «fournit aussi la cause»; saevitiae, «de la cruauté».

Multo, ablatif de l’adverbe devant le comparatif plures.

Propter, «à cause de».

Fundus, i; nous disons encore un fonds de terre. Ager, «le territoire», déjà vu.

Vae, «malheur à», bien connu par l’exclamation: vae victis, «malheur aux vaincus», attribuée au chef gaulois qui, ayant pris Rome vers 400 avant notre ère, reçut la rançon exigée. Il jeta son épée, en plus des poids convenus, dans la balance où l’on pesait l’or romain, et ne répondit aux réclamations que ce mot: Vae victis!

Misero, datif de miser, fait pléonasme avec vae.

Neque = et, non longe progressus, agnitus est. Agnitus, de agnosco, «reconnaître»; percussus, de percutere, io, is, percussi, «frapper».

Modo, «naguère»; modo…​ modo, «tantôt…​ tantôt»; non modo, sed etiam, «non seulement, mais encore».

Tantum, «seulement», renforce unus, «un seul».

Qui auderet, «il ne se trouva qu’un jeune homme pour oser». Audeo, ausus sum, semi-déponent.

Queri, questus sum, «se plaindre», «exhaler son mécontentement»; ne pas confondre avec quaerere, o, is, quaesivi, quaesitum, «chercher, demander».

Domus, génitif, complément de fores, «la porte de la maison». On connaît le locatif domi, «à la maison». La déclinaison de domus est mixte (2e et 4e). L’ablatif singulier est généralement domo; l’accusatif pluriel domos; le génitif pluriel est domuum ou domorum.

Incessere, «poursuivre»; composé de cedere, «marcher», et in «contre».

Injuria a ordinairement le sens de «injustice» (injus). Ici cependant il s’agit bien d’injures, d’outrages.

Patienti, ablatif en i, parce que cet adjectif se rapporte à un nom de chose (animo); se rapportant à un nom de personne, ces adjectifs du type prudens font l’ablatif en e, patiente. Enfin, les participes présents ont l’ablatif en e. Il n’est pas mauvais de repasser ces détails de temps en temps.

Ferre, «supporter». On rencontre souvent l’expression: ferre aequo animo, «supporter d’une âme égale», dans le même sens.

Ingrediens, participe présent de ingredior, ingressus sum; le part. prés. et le part. futur sont les seules formes actives des verbes déponents. On trouve après ce verbe soit l’accusatif seul, comme ici, soit in et l’accusatif (cf. de même intrare).

Efficere ut, «faire en sorte que».

Quis, et non aliquis, après ne.

Ducere vitam, «passer sa vie». On trouve aussi: agere vitam, degere vitam. Venando, gérondif-ablatif de manière, «en chassant». Venari, «chasser», déponent.

Duxerit, parf. du subj. de ducere. Notez ce sens de «penser» pour ducere.

Obtulisset, p-q-p. subj. de offerre.

Ne quid, et non ut nihil. Ut est ici explicatif de lege (lex), «loi», clause, condition.

In iis quae; iis est un neutre. On sait qu’on ne peut normalement employer un pronom neutre à un cas oblique que s’il est suivi d’un relatif au nominatif ou à l’accusatif, qui indique sans erreur possible que le pronom est au neutre et non au masculin.

In vivos, «contre les vivants». Ce sens de in avec l’accusatif est fréquent.

Pepercit, parfait de parcere, o, is, peperci, parsum, «épargner». Parcimonie signifie «épargne».

Cinis, cineris, «cendre». Cf. incinérer, «réduire en cendre». Notez le changement de l’i du nominatif en e au génitif. De même pulvis, pulveris, etc. Cf. aussi legis, «tu lis»; legeris, «tu es lu»; amabis, «tu aimeras», amaberis, «tu seras aimé».

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

1°) Thème:

Video paucos flores in horto (ne pas oublier que flos est masculin). — Quantum laboris (ou quantus labor) in hac domo!Quot (ou quam multos) liberos habetis? ou: quot (quam multi) liberi tibi sunt? (pas pueri, qui se rapporte à l’âge, et non à la parenté). — Nimium (ou nimis) maeroris habeo; ou: nimius maeror mihi est; ou: nimio maerore conficior. — Quanti hunc librum aestimatis?Eum magno emi, atque mercator eum mihi etiam pluris vendere volebat; sed huic probavi eum non tanti esse.

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2°) Version:

Le De Viris nous parle, après Sylla, de Pompée, le Grand Pompée, chef du parti aristocrate, général heureux dans ses guerres, mais adversaire malheureux de César. Puis nous lisons l’histoire de César, que Sylla laissa vivre bien à regret, car il voyait en lui «plusieurs Marius». L’anecdote des pirates est bien connue. Tombé entre leurs mains, César leur promit cinquante talents au lieu de vingt qu’ils lui demandaient comme rançon. Mais il leur promit en même temps de les faire crucifier. Il tint parole. Aussitôt sa rançon payée, il équipa une flotte, prit et fit exécuter les pirates. — Ses campagnes en Gaule sont célèbres. On connaît aussi ses mots fameux: «J’aimerais mieux être le premier ici que le second à Rome», dit-il, découvrant son orgueil, en traversant un petit village des Alpes. — «Que crains-tu? tu portes César», dit-il, plein de confiance en son étoile, au patron d’une petite barque effrayé par la tempête. — «Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu» (veni, vidi, vici), dit-il, après une campagne de cinq jours contre Pharnace: parole qui est restée proverbiale après une victoire facile.

Chef du parti populaire, César entra en conflit avec Pompée, et fut vainqueur. Habile politique, il pardonna à tous ses adversaires, et se trouva le maître incontesté de tout l’empire.

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CÉSAR

«Une fois les guerres civiles terminées, César, nommé dictateur à vie, commença à se comporter avec plus de hauteur. Lorsque le Sénat vint lui rendre visite, il resta assis pour le recevoir, et, comme quelqu’un l’invitait à se lever, il lui jeta un regard irrité. Antoine avait été le compagnon de César dans toutes ses expéditions; il était alors son collègue dans le consulat; un jour que César était assis sur un siège d’or devant les rostres, Antoine lui mit sur la tête le diadème, insigne de la royauté. César n’en parut pas offensé. — Tout cela explique qu’un complot fut ourdi contre lui par soixante hommes et davantage, complot dont les chefs étaient Cassius et Brutus, César vint au Sénat aux Ides de Mars. Quand il s’assit, les conjurés l’entourèrent comme pour lui rendre leurs devoirs, et aussitôt un d’eux s’approcha de lui, comme pour lui demander quelque chose. Comme César refusait, il lui saisit sa toge aux deux épaules. César s’écria: «Mais c’est de la violence!» Alors Cassius le blessa un peu au-dessous de la gorge. César saisit le bras de Cassius et le transperça d’un coup de son stylet; il s’efforça de bondir pour s’échapper; il reçut une autre blessure. En voyant Marcus Brutus, qu’il traitait comme son fils, s’élancer contre lui, il s’écria, dit-on: «Toi aussi, mon fils!» Puis, lorsqu’il s’aperçut que de tous côtés des poignards nus se dirigeaient contre lui, il se couvrit la tête de sa toge, et, dans cette position, fut transpercé de vingt-trois coups de poignard.»

In perpetuum, «à perpétuité».

Excepit, «il reçut»; sedens, «assis»; senatum venientem ad se, «le sénat venant à lui»; et respexit irato vultu, «et il regarda d’un visage irrité»; quemdam monentem ut assurgeret, «quelqu’un l’avertissant qu’il se levât».

On voit aussi la construction de la phrase suivante: Cum Antonius imponeret diadema ei sedenti, non visus est…​

Comes, génitif comitis, «compagnon»; de là: comte («compagnon du roi»); comité.

Pro, «devant», préposition.

Rostra, «les rostres»; c’était la tribune aux harangues. On l’appelait ainsi parce qu’elle était ornée d’éperons de navires pris à l’ennemi. Cet éperon s’appelait rostrum, «bec».

Visus est; rappelons une fois de plus que videor signifie beaucoup plus souvent «paraître», que «être vu».

Conspiratum est, passif impersonnel: «on conspira», «une conspiration fut faite».

Quare, «c’est pourquoi»: à cause de ces attitudes de César qui rappelaient la tyrannie.

Idibus, ablatif de temps. Les ides de Mars étaient le 15. Etudiez, dans votre grammaire, le calendrier romain.

Specie officii, «avec l’apparence d’hommage».

Circumsteti est à la fois le parfait de circumstare et de circumsistere, qui d’ailleurs ont tous les deux la même origine et le même sens: «entourer.»

Rogaturus: notez ce sens de «pour demander», déjà étudié.

Apprehendit, «il saisit»; togam, «sa toge»; ab utroque humero, «du côté de l’une et l’autre épaule»; renuenti, «à lui refusant».

Clamantem est le complément direct de vulnerat.

Ista quidem vis est. Ista équivaut à istud, «cela». Le pronom sujet ne reste pas au neutre; il s’accorde par attraction avec l’attribut vis qui est du féminin. Exemple souvent cité: haec est mea culpa, «ceci est ma faute» (pour hoc est).

Paulo est à l’ablatif, parce que infra est assimilé à un comparatif; nous avons revu cela récemment.

Caesar trajecit graphio bracchium Cassii arreptum, «César traversa de son stylet le bras de Cassius (qu’il avait) saisi».

Quem habebat loco filii, «qu’il avait en place de fils»; «qu’il considérait comme son fils». Notez ce sens de loco. Esse loco parentis, «tenir lieu de père».

Fertur dixisse, tournure personnelle: «il est rapporté avoir dit».

Fili, vocatif de filius.

Stringere o, is, strinxi, strictum, «serrer» (d’où «étreindre»), puis «tirer une épée», en en serrant la poignée dans sa main.

Petere, «viser»; se peti (infinitif passif) «qu’il était visé», menacé.

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Si vous possédez un De Viris, lisez les notices qui suivent celle de César.

La vie de Cicéron est celle d’un honnête homme. Il fut bon administrateur en province, et consul vigilant à Rome, où il sut déjouer la conspiration de Catilina. Fidèle à Pompée et au parti conservateur, il n’en fut pas moins épargné par César. Mais après la mort de César il encourut la haine d’Antoine, qui le fit proscrire et tuer: sa tête et ses mains furent clouées sur la tribune aux harangues, où il avait osé élever la voix contre Antoine. Les discours, les écrits philosophiques, les lettres de Cicéron font partie des meilleures œuvres latines.

Brutus fait partie de ces esprits sincères, mais bornés, qui se grisent de grands mots. N’ayant rien compris à l’évolution de l’histoire romaine, il crut que la liberté renaîtrait une fois la dictateur disparu. Mais le meurtre de César ne pouvait pas refaire de Rome la petite ville de cultivateurs qu’elle était sous les premiers consuls. Après un demi-siècle de troubles sanglants, l’empire préférait la paix civile, l’ordre, à une liberté illusoire. Octave, petit-neveu de César, rétablit facilement à son profit la dictature.

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AUGUSTE

Etre héritier d’un grand nom, c’est une force dont certains hommes d’état ont su se servir. Octave, rentré à Rome en apprenant la mort de son grand-oncle, renouvela les proscriptions de Sylla, avec plus de cruauté encore. D’abord l’associé d’Antoine, il en devint l’ennemi, lorsque ce dernier, épris de Cléopâtre, sembla préférer l’Orient voluptueux à la patrie romaine. La bataille d’Actium fut la victoire définitive d’Octave sur Antoine. N’ayant plus d’ennemi en face de lui, le nouveau dictateur fut assez habile pour se montrer clément.

«Octave revint en Italie, et fit à Rome une entrée triomphale. Puis, comme les guerres étaient apaisées dans le monde entier, il ferma de sa propre main les portes du temple de Janus aux deux visages; jusque-là elles n’avaient été fermées que deux fois: la première, sous le roi Numa; la seconde, après la première guerre punique. Alors tout le monde se mit à oublier les maux passés, et le peuple romain goûta profondément la joie du calme présent. Le Sénat décerna à Octave les plus grands honneurs. Il lui donna le surnom d’Auguste, et en son honneur le sixième mois fut aussi appelé de ce nom, parce que c’était pendant ce mois-là qu’il avait mis fin aux guerres civiles. Les chevaliers romains célébrèrent toujours son anniversaire par deux jours de fête. Le Sénat et le peuple romain tout entier lui décernèrent d’un accord unanime le titre de Père de la Patrie. Auguste, pleurant de joie, répondit: Mes vœux ont été exaucés; je n’ai plus rien à souhaiter, que de pouvoir voir votre accord durer jusqu’à mon dernier jour.»

Jani, génitif de Janus. Les portes de Janus = du temple de Janus. Geminus signifie «double»: ce dieu possédait deux visages, l’un regardant vers le passé, l’autre vers l’avenir.

Oblivio cepit omnes, «l’oubli saisit tous les hommes».

Delati sunt, parfait passif de deferre.

L’année romaine commençait le premier mars; de là Sextilis, pour le sixième mois, et nos mois de septembre, octobre, novembre, décembre, dont le nom ne correspond plus au rang. Augustus est devenu août. Prononcez aougoustous, aougoust, ougt, out. Le mot a été à peine déformé en anglais et en allemand.

Finis esset impositus, «la fin avait été imposée». Le subj. rapporte les paroles du sénat: style indirect.

Equites: classe qui venait, pour le cens, après la noblesse. Les chevaliers s’occupaient beaucoup de finance (banque). Au contraire la fortune des sénateurs était surtout terrienne.

Natalem diem, «l’anniversaire».

Prae gaudio, sens de prae étudié aujourd’hui même, «à cause de».

Lacrimare, «pleurer»; lacrima, «larme». Cf. gaz lacrimogène, «qui fait pleurer».

Compos, compotis, «maître de»; racine: pot (possum, potentia). Avec votorum, le sens est: «qui a obtenu l’objet de ses vœux».

L’habileté d’Auguste apparut dans la façon dont il s’efforça de ne pas éveiller la susceptibilité républicaine des Romains. Loin de songer à se faire nommer roi, il ne voulut même pas être dictateur. Il se laissa appeler volontiers imperator, «chef de l’armée», dont nous avons fait empereur. Il montra en tout une grande largeur d’esprit.

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«Il allait souvent à pied par la ville, et il accueillait avec la plus grande aménité ceux qui l’abordaient. Un jour, quelqu’un voulait lui présenter une supplique; mais, saisi de crainte et de respect, l’homme avançait et retirait alternativement la main. «Est-ce que tu t’imagines, lui dit plaisamment Auguste, que tu es en train de présenter un sou à un éléphant?» — Un jour, un ancien soldat, cité en justice et en danger d’être condamné, vint trouver Auguste, et le pria de lui prêter son assistance. Aussitôt Auguste désigna un avocat de sa suite, pour recommander le plaideur au tribunal. Le vétéran s’écria alors: «Ah! mais, moi, quand tu t’es trouvé en danger à la bataille d’Actium, je n’ai pas cherché un remplaçant, j’ai combattu en personne pour toi.» En même temps, il découvrit ses cicatrices. Auguste rougit, et il vint lui-même assister le plaideur. — Auguste ne refusait presque jamais une invitation à dîner. Un jour, chez quelqu’un qui l’avait invité, il trouva un repas assez peu abondant, presque un repas de tous les jours. Il se contenta de murmurer: «Je ne pensais pas que j’étais si intime avec toi.» — Un autre jour, il dînait chez un certain Pollion; un des esclaves brisa un vase de cristal. Pollion ordonna immédiatement de saisir l’homme, et, pour le faire mourir d’une manière extraordinaire, de le jeter à des murènes qui se trouvaient dans un immense vivier. L’esclave s’échappa des mains de ses gardiens, et courut se jeter aux pieds de César: «Il ne refusait pas de mourir, mais il suppliait qu’on ne le fasse pas dévorer par des poissons.» Ému par le caractère extraordinaire de cette cruauté, Auguste prit le malheureux esclave sous sa protection. Mais il ne put obtenir sa grâce du maître cruel. Alors il ordonna qu’on lui apportât les vases de cristal; il les brisa tous de sa propre main, il affranchit l’esclave, et il fit combler le vivier.»

Adeuntes, acc. pl. masc. du part. prés. adiens, du verbe adire.

Unde, «d’où», «de là vient que…​»

Prae metu, même sens de prae que plus haut dans prae gaudio: «à cause de».

Nunc…​ nunc…​, «tantôt, tantôt».

Jocans, part. prés. de jocor, dép., «plaisanter».

Qui commendaret = ut commendaret.

Pro te, «en ta faveur», «pour toi». Sens étudié plus haut.

Exceptus a quodam cena parva, «reçu par quelqu’un avec un repas frugal».

Puer: notez ce sens fréquent de «esclave».

Impetrare a, «obtenir de». Ab indique de qui vient ce que l’on obtient (origine). — Caesar: nom de famille d’Octave, que tous les empereurs portèrent dans la suite.

Que nous montrent ces anecdotes? Une simplicité affectée, qui nous rappelle Napoléon tirant l’oreille à ses soldats; — le caractère militaire de la nouvelle puissance: Auguste ne peut rien refuser à un ancien soldat; cela mènera l’empire à l’anarchie militaire; — l’inhumanité de certains maîtres envers leurs esclaves; — enfin la puissance absolue de l’empereur, qui maintenant récompense et punit sans autre formalité que sa seule décision. Le despotisme est installé dans l’empire, et c’est pour longtemps.

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Version:

Les successeurs d’Auguste ne furent pas tous parfaits, tant s’en faut. Tibère, beau-fils d’Auguste, devint à la fin de son règne soupçonneux et cruel. Caligula fut un monstre et périt assassiné. Claude était poltron et ridicule. Néron, espèce de fou vaniteux et féroce, fut abandonné des soldats comme du Sénat, et se tua pour ne pas être tué par les révoltés. Après sa mort, les armées romaines se battirent les unes contre les autres pour imposer chacune l’empereur de son choix. Mais leurs créatures: Galba, Othon, Vitellius, furent successivement vainqueurs, vaincus et tués. Vespasien, chef de l’armée d’Orient, parvint à établir la paix sous son autorité. Ce fut un empereur des plus sages. C’est sous lui, en 70, que Jérusalem fut prise et les Juifs dispersés. Son premier fils, Titus, fut surnommé «les délices du genre humain»; mais le second, Domitien, se fit détester et assassiner. Son successeur fut un vieux sénateur, Nerva, qui désigna pour lui succéder, en 98, un général énergique, Trajan.

Ainsi s’écoula ce premier siècle de l’empire: pouvoir essentiellement militaire, il assura la paix intérieure, qui ne fut troublée un moment que par les rivalités d’armées. L’absolutisme engendra souvent la folie et la cruauté du chef: c’est un terrible danger pour un homme que de ne pas sentir de bornes à sa puissance. Mais, malgré ses énormes défauts, la «Paix Romaine» était partout ressentie comme un bienfait, tout particulièrement dans les provinces, où régnaient la sécurité, l’ordre, conditions essentielles de la prospérité des individus et des sociétés.

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TRAJAN

«A Nerva succéda Trajan. Il était né à Italica, en Espagne, d’une famille plus ancienne qu’illustre, car son père fut le premier consul de la famille. Trajan fut nommé empereur quand il se trouvait près d’Agrippina, en Gaule. Il gouverna l’état de telle manière qu’on le place à juste titre au-dessus de tous les autres empereurs. Son affabilité et son courage étaient extraordinaires. L’empire romain, depuis Auguste, avait été plutôt défendu qu’accru; il en recula largement les limites: il soumit la Dacie, par sa victoire sur le roi Décébale, et il en fit une province au delà du Danube; il reconquit l’Arménie, que les Parthes avaient envahie; il donna un roi aux Albaniens; il avança jusqu’aux confins de l’Inde et à la Mer Rouge. Plus tard, il fit de l’Arabie une province, et il installa une flotte sur la Mer Rouge, pour lui faire faire des expéditions contre l’Inde.»

Italicae, locatif. Les noms de villes de la 1re et de la 2e déclin. du sing, se mettent, à la question ubi, au génitif-locatif. Cette ville était une de ces «colonies» que les Romains fondaient dans les pays conquis, pour les surveiller.

Familia antiqua magis quam clara; on aurait pu avoir: familia antiquiore quam clariore. En effet antiquus (= anticus) possède un comparatif, contrairement à l’habitude des adjectifs en eus, ius, uus: magis pius, maxime pius, «plus pieux, très pieux», à côté de doctior, «plus savant», doctissimus, «très savant». On sait d’autre part que, lorsqu’on compare entre eux deux adjectifs, on les met tous les deux au comparatif: «plus heureux que sage», felicior quam prudentior.

Consul primum, «consul pour la première fois» (de la famille).

In Gallis, «chez les Gaulois». Cette ville, paraît-il, est Cologne.

Praeferre, «mettre en avant, au-dessus de».

Fuit inusitatae comitatis, génitif de qualité; on pourrait aussi bien avoir l’ablatif. Remarquez que j’ai traduit le parfait fuit par l’imparfait. C’est que nous avons ici une des très rares exceptions à la règle: «dans la traduction, on est souvent obligé de changer les modes, mais il ne faut pas changer les temps». Ici le parfait latin exprime la manière d’être dans le passé; nous employons pour cela l’imparfait. Ex.: Caesar fuit peritissimus imperator, «César était un habile général».

Auctum erat, p-q-p. passif de augeo, auxi, auctum, «accroître».

Large lateque, «au loin».

Dacia, c’est la Roumanie actuelle. La langue roumaine est une des langues filles du latin, au même titre que le français, l’italien, l’espagnol et le portugais.

Albani: peuple voisin de la Caspienne, qu’il ne faut pas confondre, ni avec les Albains voisins de Rome, dont étaient les Curiaces, ni avec l’Albanie actuelle, dans les Balkans.

Regem dedit: quand vous donnez un roi à un peuple, c’est qu’il est sous votre dépendance.

In formam provinciae, «il la réduisit à la forme d’une province»; in indique le résultat: sens étudié plus haut, dans la leçon de grammaire.

Ut per eam vastaret, «afin de dévaster grâce à elle».

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«Son mérite militaire était cependant dépassé par son affabilité et par sa sagesse. A Rome, dans les provinces, il se conduisait comme s’il était l’égal de tout le monde. Il rendait visite à ses amis quand ils étaient souffrants, ou quand ils avaient eu une fête de famille; il allait aussi dîner chez eux, et les recevait à sa table; il prenait souvent place dans leurs voitures; il ne faisait de tort à aucun sénateur; il ne commettait aucune injustice pour augmenter le trésor impérial; il était généreux envers tout le monde; il faisait des cadeaux, pris soit sur le trésor public, soit sur sa fortune personnelle, et il accordait des fonctions publiques, à tous ceux qu’il avait pu connaître, même sans grande intimité; dans toutes les provinces, il faisait élever des monuments; il accordait beaucoup d’avantages aux cités; il ne faisait que des actes de paix et de douceur, au point que pendant tout son règne un seul sénateur fut condamné, et encore fut-ce par le Sénat, à l’insu de Trajan. Aussi, tout près, sur la terre, de la divinité, il mérita tous les hommages, pendant sa vie et après sa mort. Parmi d’autres paroles, voici un beau mot qu’on rapporte de ce grand prince. Ses amis lui reprochaient un jour d’être trop aimable envers tout le monde. Il répondit: «Je suis tel comme empereur, pour les citoyens, que j’avais souhaité, quand j’étais citoyen, que les empereurs fussent pour moi.»

Nous trouvons dans ce paragraphe des traces de l’époque où il a été écrit. La langue commence à changer quelque peu de caractère. Les participes présents, relativement rares à l’époque classique (Cicéron, César), deviennent très nombreux; la préposition per gagne du terrain: c’est une de celles qui ont passé en français: «par». Quant aux idées, elles sentent l’adulation envers le maître absolu: Trajan est presque un dieu (proximus deo); tous ceux qui l’approchent en ressentent les bienfaits; de même, plus tard, Louis XIV comblera de gratifications et nommera aux bonnes places ses moindres courtisans.

Ces remarques n’ôtent d’ailleurs rien aux très grands mérites de Trajan, qui semble bien avoir été l’empereur parfait.

Per provincias, «à travers les provinces», «dans les provinces».

Aequalis a souvent le sens de «du même âge», «contemporain». Ici, il a le sens de «égal»: il n’avait aucune morgue pour personne.

Frequentans, «allant chez ses amis pour les saluer». Le sens de causa précédé du gérondif en di a été rappelé dans la leçon de grammaire.

Vel…​ vel…​, «soit…​ soit…​»

Cum habuissent dies festos, «quand ils avaient eu des jours de fête», par exemple au moment d’un anniversaire, d’une naissance, d’un mariage, etc.

Cum iisdem, «avec eux encore», sens de idem souvent étudié.

Vicissim, « à tour de rôle»; il recevait et était reçu.

Nullum senatorem laedens: les sénateurs étaient des gens à la fois riches et en vue. Le Sénat n’était plus, comme autrefois avant César, la tête du gouvernement. Mais il avait encore beaucoup de prestige. Aussi les empereurs se montraient-ils souvent durs à l’égard des sénateurs qu’ils soupçonnaient d’ambition: Tibère, Néron, en firent périr beaucoup: ils confisquaient en même temps leurs biens, ce qui était tout profit. C’est un grand éloge que d’insister sur la bienveillance de Trajan à leur égard.

Ditare, «enrichir»: même racine que dis, ditis, «riche» (autre forme: dives, divitis).

Vel mediocri, «même médiocre».

Cognovisset: le subj. ajoute une nuance d’indétermination.

Nihil non, «rien qui ne soit pas». Per senatum, «par le Sénat»; à l’époque classique, on aurait eu: a senatu.

Per terrarum orbem: comme tout à l’heure per provincias, emploi de per rare à l’époque classique.

Quod esset, «parce qu’il était»; le subj. indique qu’on rapporte les paroles des amis (style indirect).

Optavisset: paroles de Trajan, style indirect.

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«Après avoir acquis une grande gloire dans les travaux de la guerre et de la paix, en revenant de Perse, il mourut d’un accès de dysenterie près de Séleucie en Isaurie. On lui décerna le titre de dieu et, seul de tous les empereurs, il fut enterré à l’intérieur même de Rome. Ses cendres, déposées dans une urne d’or, furent placées dans le forum qu’il avait fait construire, sous une colonne dont la hauteur mesure 144 pieds. Il n’y eut que lui à la mémoire de qui on rendit l’honneur suivant: de nos jours encore on n’acclame pas autrement un empereur au Sénat qu’avec ces mots: «Plus heureux qu’Auguste, meilleur que Trajan.» De son vivant, Trajan fut loué par le consul Gaius Plinius Caecilius Secundus dans son Panégyrique, qui nous a été conservé: éloge tel, que cet ouvrage a été proposé comme modèle à tous les autres discours du même genre.»

Belli domique, expression toute faite, formée de deux locatifs: «à la guerre et à la maison».

Inter divos referre: après sa mort, Auguste avait été mis au rang des dieux. Le Sénat procéda de même pour ses successeurs, sauf pour ceux qu’il osa déclarer mauvais princes. Aussi lorsqu’on parle d’un empereur en l’appelant divus, c’est qu’il est mort, et divus Augustus, par exemple, équivaut tout bonnement à «feu l’empereur Auguste», ou «le regretté empereur Auguste».

Delatum est ut, «on accorda que»: ut a ici son sens explicatif.

Memoriae hujus tantum, «à la mémoire de lui seulement».

Notez la traduction vivus Trajanus: «de son vivant, Trajan».